Archives par mot-clé : environnement

Les articles les plus lus en 2019

Palmarès des articles les plus lus cette année. Retour sur un an d’actualités.

Anthropocène, écologie, crise écologique, environnement, augmentation humaine, automatisation, intelligence artificielle, machine learning, biotechnologies, cerveau augmenté, informatique cognitive, wearable, gouvernance algorithmique, Chine, chômage technologique, emplois automatisables, bioéthique, ectogenèse, grossesse extracorporelle, utérus artificiel, informatique quantique, biohackers, biohacking, convergence NBIC, implant sous-cutané, puce NFC, TIC, Transhumanisme…

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

Les 10 principales tendances technologiques pour 2020

La surveillance totale est le seul moyen de sauver l’humanité

L’IA remplacera 40% des emplois en 15 ans

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

C’est officiel : Google a atteint la suprématie quantique

Amazon a utilisé une IA pour licencier automatiquement des travailleurs peu productifs

Les puces sous-cutanées ouvrent la voie au transhumanisme

Les Etats-Unis ont officiellement commencé à utiliser CRISPR sur les humains

Pourquoi nous vivons dans une matrice ?

L’avenir, c’est l’IA qui sait quand vous mourrez

Le Best

Chine : naissance des premiers bébés génétiquement modifiés

L’apartheid climatique va faire basculer 120 millions de personnes dans la pauvreté d’ici 2030

L’apartheid climatique est imminent. Seuls les riches survivront.

Un rapport de l’ONU prévoit que les populations pauvres de la planète ne pourront pas échapper au pire de la crise climatique.

Si la catastrophe du changement climatique mondial se poursuit sans être maîtrisée, de vastes régions du monde deviendront probablement plus hostiles et beaucoup moins hospitalières pour l’humanité.

Lorsque cela se produira, un fossé encore plus profond se creusera entre les nantis et les démunis de la planète, car de nombreuses personnes se retrouveront sans les moyens d’échapper aux pires effets de la crise climatique, selon un nouveau rapport publié par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui décrit un “apartheid climatique” imminent.

Alors que les riches déménagent dans des zones habitables plus chères, le rapport prévoit que 120 millions de personnes seront plongées dans la pauvreté d’ici 2030 en raison du changement climatique. Beaucoup d’autres mourront.

Le rapport décrit comment les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres du monde sont responsables de dix pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tandis que les dix pour cent les plus riches de la population mondiale sont responsables de la moitié.

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

« Perversement, les plus riches, qui ont la plus grande capacité d’adaptation, qui sont responsables de la vaste majorité des émissions de gaz à effet de serre et qui en ont tiré profit, seront les mieux placés pour faire face au changement climatique », a écrit Philip Alston, responsable des droits humains et de la pauvreté aux Nations Unies dans son rapport, “tandis que les plus pauvres, qui ont le moins contribué aux émissions et ont le moins de capacité à se protéger, seront les plus touchés”.

Dans le rapport, Alston écrit comment l’accès des riches aux ressources vitales a amené l’humanité à s’adapter à la crise climatique dans la mauvaise direction – au lieu d’agir pour prévenir ou inverser le pire du changement climatique, les riches peuvent se permettre d’éviter personnellement ce problème.

“Une dépendance excessive à l’égard du secteur privé pourrait conduire à un scénario d’apartheid climatique dans lequel les riches paieraient pour échapper au réchauffement, à la faim et aux conflits, tandis que le reste du monde en souffrirait”, écrit Alston.

CNN, ONU

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

Une analyse australienne bouleversante sur le changement climatique a de mauvaises nouvelles : la civilisation humaine est sur le point de s’effondrer d’ici 2050 si l’on ne s’attaque pas à la menace imminente du changement climatique.

L’analyse conclut que le changement climatique est un risque de sécurité nationale actuel et existentiel qui menace l’extinction prématurée de la vie intelligente provenant de la Terre ou la destruction permanente et radicale de son potentiel de développement futur souhaitable.

En d’autres termes, le monde est sur la voie de la fin de la civilisation humaine et de la société moderne telle que nous l’avons connue.

D’ici 2050, les systèmes humains pourraient atteindre un point de non-retour dans lequel la perspective d’une Terre largement inhabitable conduirait à l’effondrement des nations et de l’ordre international.

Comment tout peut s’effondrer

Par conséquent, le document appelle à une mobilisation d’urgence de la main-d’œuvre et des ressources à l’échelle de la société, d’une ampleur comparable à celle de la mobilisation d’urgence de la Seconde Guerre mondiale, affirme le document.

Une partie de cette solution consisterait en une construction de type approvisionnement en énergie sans dioxyde de carbone et en un plan semblable à celui du Plan Marshall, ainsi qu’une électrification majeure visant à mettre en place une stratégie industrielle sans émission de carbone.

L’objectif : limiter le réchauffement climatique à seulement 1,5 degré Celsius, et non aux trois degrés Celsius dont les rapports précédents font état.

Même pour un réchauffement de 2 ° C, il faudra peut-être reloger plus d’un milliard de personnes. Dans les scénarios les plus extrêmes, l’ampleur des destructions dépasse notre capacité de modéliser la probabilité de la fin de la civilisation humaine, indique le rapport.

Vice, National Centre for Climate Restoration Australia

Guérir le monde… avec des blockchains ?

C’est possible, affirme le Forum économique mondial dans cette nouvelle étude optimiste. Le rapport présente 65 « cas d’utilisation existants et émergents » pour lesquels les chaînes de blocs pourraient être utilisées pour résoudre les problèmes environnementaux, des catastrophes naturelles à la pénurie d’eau et, bien sûr, au changement climatique. Des concepts tels que le commerce de l’énergie peer-to-peer pourraient rendre les réseaux électriques plus efficaces et résilients, tandis que les systèmes décentralisés contribueraient à diffuser des informations essentielles à la suite d’une catastrophe. En ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Les crédits de carbone « tokenisés » peuvent y contribuer.

Le WEF pourrait avoir raison. Mais soyons réaliste : comme le reconnaît le rapport, la plupart de ces cas d’utilisation ne sont que des concepts ou des projets pilotes. Les réseaux de chaînes de blocs peuvent également poser un problème environnemental à part entière. Les plus populaires utilisent autant d’électricité qu’une petite nation en raison du processus, appelé preuve de travail, que les participants utilisent pour parvenir à un consensus sur le fait que les informations contenues dans leur grand livre partagé sont exactes.

Presque personne ne comprend vraiment la technologie blockchain

Des mécanismes de consensus plus efficaces sur le plan énergétique pourraient émerger et trouver du succès à grande échelle. Mais les obstacles techniques à cela ne peuvent être occultés. Les défis liés à l’évolutivité et à la durabilité environnementale peuvent être surmontés en se tournant vers les réseaux de chaînes de blocs qui nécessitent que les participants s’identifient. Cela réduit le coût de convaincre le reste du réseau de leur faire confiance – même si beaucoup d’entre eux diraient qu’une telle structure mine l’idée même de la blockchain.

Quelle que soit la voie à suivre, les réseaux de chaînes de blocs doivent relever leurs propres défis environnementaux avant de pouvoir s’attaquer à la planète.

Le rapport a été réalisé en partenariat avec PwC et le Stanford Woods Institute for the Environment

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La 6ème extinction de masse mondiale arrive trop tôt, selon ce mathématicien

Cela ne se produit pas très souvent, mais après quelque 540 millions d’années, ce monde dans lequel nous vivons a été témoin de cinq extinctions massives – et le prochain rideau pourrait tomber avant que le siècle ne soit écoulé. C’est l’évaluation sombre d’une nouvelle analyse mathématique du cycle de carbone renouvelable de la Terre, avec des calculs prévoyant notre production d’émissions de CO2 qui nous entraînent vers un «seuil de catastrophe» que la planète n’a pas violée depuis des millions d’années.

Le géophysicien du MIT, Daniel Rothman, a étudié les fluctuations du cycle du carbone – les traces de carbone sur les terres, les océans et l’atmosphère de la Terre – qui se sont produites au cours des 542 millions d’années.

En analysant 31 événements isotopiques de carbone reconnus par les géochimistes, Rothman a identifié le flux et le reflux du carbone-12 et du carbone-13 – deux isotopes de carbone dont l’abondance a varié considérablement dans l’histoire de la Terre. De là, il a construit une base de données pour évaluer la quantité de masse de carbone injectée dans les océans du monde dans chaque événement historique. Dans la plupart de ces épisodes, le volume de carbone est resté sous un certain seuil.

Mais dans certains d’entre eux – dont quatre des cinq derniers événements d’extinction de masse qui ont exterminé une multitude de formes de vie sur la planète – le seuil a été violé.

Maintenant, nous savons tous que la corrélation ne correspond pas à la causalité, mais à la lumière de tous les autres éléments de preuve que nous avons sur la façon dont les niveaux élevés de carbone sont dangereux pour la vie sur notre planète, une tendance inquiétante est sans aucun doute en train d’émerger.

« Il est devenu évident qu’il y avait un taux de changement caractéristique que le système n’a guère envie de passer, » affirme Rothman.

Selon les calculs de Rothman, il existe deux façons dont les niveaux de carbone peuvent dépasser ce seuil de catastrophe. L’un d’eux consiste à gonfler lentement les émissions de CO2 sur des milliers et des millions d’années, déclenchant lentement une calamité mondiale. L’autre cas se produit à une échelle de temps beaucoup plus courte, où un changement immense dans les volumes de carbone se déplaçant dans le cycle du carbone se produit dans l’espace des décennies et des années. Cela vous semble familier ?

Dans ce contexte, Rothman prédit qu’il faudrait environ 310 gigatonnes de carbone ajouté aux océans du monde pour que nous puissions franchir le seuil – ce qui est à peu près la quantité minimum attendu pour l’année 2100 au rythme où vont les choses, à ce moment le chercheur dit que nous allons entrer dans un “territoire inconnu”.

« Cela ne veut pas dire que le désastre surviendra le lendemain », déclare Rothman.

« Cela dit, si on le laisse sans contrôle, le cycle du carbone se déplacerait dans un domaine qui ne serait plus stable et qu’il se comporterait d’une manière difficile à prédire. Dans le passé géologique, ce type de comportement est associé à une extinction massive. »

En d’autres termes, à moins que l’humanité ne fasse quelque chose pour changer radicalement notre situation en carbone, nous pourrions bloquer une extermination dangereuse.

Cela ne se produirait pas du jour au lendemain, mais une mort aussi épique pourrait se dérouler sur quelque chose comme environ 10 000 ans, suggère Rothman, et le phénomène pourrait se cristalliser dès 2100 si les choses ne changent pas.

Bien sûr, c’est seulement une perspective sur la façon dont le scénario du carbone mondial pourrait se concrétiser, et Rothman ne prétend pas avoir toutes les réponses, mais il espère que nous considérons ces chiffres comme une autre preuve pour nous galvaniser.

« Il devrait y avoir des moyens de réduire les émissions de dioxyde de carbone », dit-il. « Mais ce travail souligne les raisons pour lesquelles nous devons faire attention, et cela donne plus de raisons d’étudier le passé pour informer le présent. »

Les résultats sont présentés dans Science Advances DOI: 10.1126/sciadv.1700906.

Cette recherche a été soutenue en partie par la NASA et la National Science Foundation.

MIT News, Science Alert

La plus grande étude de géo-ingénierie solaire au monde démarre aux États-Unis

D’ici 2022, les chercheurs de Harvard prévoient de disperser de petites quantités de deux matériaux dans la stratosphère dans l’espoir de répliquer les effets atmosphériques rafraîchissants d’une éruption volcanique d’envergure.

Une équipe de scientifiques américains sont prêts à procéder à des injections par aérosols dans la stratosphère (jusqu’à 20 km d’altitude = 12.4 miles) afin de valider la faisabilité technique d’une méthode permettant de résoudre le problème du réchauffement climatique. L’objectif est de simuler en toute sécurité les effets atmosphériques rafraîchissants d’une éruption volcanique de grande ampleur. Le projet de 20 millions de dollars porté par la Harvard University est le plus grand programme de géo-ingénierie jamais imaginé, et il sera lancé dans les prochaines semaines (début avril 2017).

Les scientifiques porteurs du projet visent à réaliser deux dispersions à petite échelle d’ici 2022. La première dispersera de l’eau dans la stratosphère, et la seconde dispersera des particules de carbonate de calcium. Dans le futur, des tests pourraient inclure également l’émission, dans l’atmosphère supérieure, d’oxyde d’aluminium ou peut-être même d’un élément plus exotique : des diamants.

Ces techniques imitent les altérations naturelles de la balance de radiation terrestre normale observées à la suite d’éruptions volcaniques d’envergure. L’éruption du Mont Pinatubo en 1991, par exemple, a engendré la baisse des températures de 0.5°C (9°F). En outre, l’éruption du Mont Tambora a rafraîchi la Terre avec des effets secondaires plus sinistres (maladies, mauvaises récoltes, et famines observées en Europe à la suite de cette éruption, l’année que nombreux appellent « l’année sans été »). En effet, une étude menée en 2013 par le service national britannique de météorologie, a émis une alerte selon laquelle la dispersion de particules fines dans la stratosphère pourrait engendrer une sécheresse dramatique en Afrique du Nord.

L’éventail de résultats imprévisibles et potentiellement dangereux justifie l’accueil assez froid du programme par la communauté scientifique. Et malgré le manque de solutions techniques fiables, il faut toutefois remarquer les efforts menés afin d’obtenir des solutions alternatives et dont les résultats sont plus probants. Ceci étant, il ne faut pas perdre de vue que, pour le moment, ces résultats ne sont pas la panacée.

“L’ingénierie [S]olar n’est pas la solution” a déclaré Kevin Trenberth, un des principaux membres du jury intergouvernemental des Nations Unies sur le changement climatique, lors d’un entretien avec The Guardian. « Réduire les effets des radiations solaires sur la Terre affecte la météo et le cycle hydrologique, engendre la désertification, déstabilise les choses et pourrait déclencher des guerres. Les effets secondaires sont nombreux, et nos modèles sont loin d’être capables de prédire les résultats à l’avenir ».

Des pays tels que la Chine ont travaillé avec ardeur sur les façons de réduire les émissions et d’adopter des solutions énergétiques propres. Et alors que les instances politiques officielles des US semblent faire fi de toute discussion relative au changement climatique (quand ils ne dénient pas tout simplement les effets de l’activité humaine sur le réchauffement climatique), une équipe leader composées de techniciens de haut vol aux USA recherche très activement des solutions à ce problème avec pour objectif de réduire les émissions. L’État de Californie qui continue également ses travaux de réduction des émissions, engage le reste des USA dans cette démarche.

Même les scientifiques à la tête du programme à Harvard reconnaissent que la géo-ingénierie doit constituer une méthode complémentaire plutôt qu’un moyen offensif de réduire les émissions. Quoi qu’il en soit, ils affirment qu’il est vital que nous en apprenions plus sur la géo-ingénierie dans l’éventualité où nous aurions besoin de nous en servir à l’avenir. Frank Keutsch, professeur de sciences atmosphériques et coordinateur de l’expérimentation, donne le nom de « perspective terrifiante » au déploiement d’un système de géo-ingénierie solaire. Et d’ajouter « Mais il serait dramatique de préférer l’ignorance à la connaissance dans une situation comme celle-ci ».

traduction Virginie Bouetel

The Guardian, New York Times, Harvard’s Solar Geoengineering Research Program, Futurism

Rapport Mady Delvaux – la révolution industrielle

L’OCDE (1) avait répertorié en 2001 l’existence de 256 codes de conduite émanant d’entreprises individuelles ou de secteurs d’activités (2). Il s’agit de la manifestation du droit souple (soft law) qui a souvent pour objectif d’éviter ou de devancer une législation formelle. En cela, l’initiative européenne de créer une charte éthique sur la robotique présente une originalité, puisqu’elle ne provient pas du monde de la robotique lui-même (3).

Il est urgent et important de créer une structure juridique contraignante avec un recadrage éthique pour notre future vie qui s’engage sur une « révolution industrielle ».

Seulement, la révolution a déjà commencé dans de nombreux domaines :

. automobile autonome > Roborace en Argentine avec les Devbot (4) et Waymo de Google (5),
. emploi > robots pour tâches répétitives et complexes (6),
. armement > drones militaires (7),
. santé > l’IA implantée dans l’univers médical (8),
. vie quotidienne > jeux vidéo, internet, domotique, etc. (9)

Le rapport

Le Parlement Européen a adopté le 16 février 2017 le rapport Delvaux (10), par 313 voix contre 285 et 20 abstentions.

Celui-ci aborde les différentes recommandations et principes à prendre en compte afin d’aboutir à un cadre juridique souhaité par l’Union Européenne dans le domaine du droit civil sur la robotique. Il met l’accent sur les considérations générales concernant les robots : la notion de robot et ses implications, la question de la conscience, les problèmes posés par la responsabilité en robotique et les principes éthiques à développer en robotique.

L’élément phare de ce rapport est la proposition d’une taxe sur le robot qui viendrait supporter le scénario catastrophe d’une hausse redoutée du chômage – le revenu universel.

Enfin, la Direction Générale des Politiques Internes du Parlement Européen a été consultée pour établir une critique sur le rapport dont nous pouvons lire la synthèse :

« La proposition de résolution invite à créer d’ores et déjà un instrument législatif en robotique et en intelligence artificielle qui anticiperait les évolutions scientifiques prévisibles à moyen terme, et qui pourrait évoluer pour en suivre les progrès. » (11)

Un contenu qui amène au débat

À travers les recommandations du rapport sur les futures mesures à adopter pour cadrer nos produits technologiques et débuter l’offensive sur un marché déjà bien investi, nous devinons l’enjeu économique et le risque éthique que cela va engendrer. Le rapport construit une éthique, disposée à admettre, pour le moment, le robot comme une aide à notre évolution, palliant à la pénibilité de notre travail ou encore pansant nos maux : ce sont des arguments qui atténuent une utilité plus dissimulée. Ne mettons pas de côté l’intérêt bien marqué à l’élaboration d’un texte juridique – le programme SPARC (12, 13) nous montre bien dans quel genre de course s’engagent nos politiques pour augmenter la richesse de nos industries en les intégrant à la création d’un nouveau besoin en technologie. Comprenons : l’Europe veut devenir « leader mondial » dans le domaine de la robotique.

En effet, nous pouvons deviner que l’existence d’un tel texte permettrait à l’Europe d’être acteur de cette « révolution industrielle » tout en ouvrant ce marché aux financements les plus divers.

Pour que l’éthique d’une telle implication dans l’avenir de la robotique soit complète, il aurait été juste et responsable d’apporter des « considérations » sur les risques de fragiliser encore plus notre environnement. Mais il est vrai, pour aborder un sujet qui anime les plus sensibles écologistes d’entre nous il aurait fallu un peu plus d’empathie – quelle est la valeur de notre planète au regard du statut juridique de cette manne financière ? Même si le rapport considère l’impact de l’industrie robotique sur l’environnement (14) (seulement 2 paragraphes sur 103) et préconise de développer des moyens pour en « limiter l’incidence environnementale », il reste trop superficiel dans la situation actuelle qui est largement dégradée. Il est donc légitime d’être pessimiste sur les choix futurs des entrepreneurs entre productivité et environnement ; nous avons appris que l’un coïncide difficilement avec l’autre. A noter que la construction de cette technologie impose des ressources en minerais qui s’amenuisent, quand bien même nous surpasserions cette contrainte, détruire les robots obsolètes polluera encore un peu plus notre environnement – à ce jour, nous ne savons toujours pas recycler nos produits technologiques bourrés de terres rares.

De même une porte est entr’ouverte sur la considération à donner une « personnalité juridique » (14, paragraphes AC et 59 c,f) aux robots – ressentez ce frisson d’effroi lorsque Monsieur Robot vous fera un procès pour harcèlement moral.

Il aurait été aussi responsable d’évoquer quelques recommandations sur l’utilisation de la robotique et de l’IA dans les armées mais peut-être qu’il n’est pas utile de cadrer ce périmètre où l’éthique est toute relative. A défaut, vous pouvez toujours vous intéresser à la dangerosité d’une telle évolution, dénoncée par des chercheurs de renom comme Stephen Hawkings, ou des ONG, comme Human Rights Watch dans sa campagne « Stopper les robots tueurs ».

En regardant ce projet d’un peu plus près et avec le degré de dangerosité envisagé, effectivement, il va falloir être réactif sur la constitution d’une loi régissant notre future technologie.

Cependant, et c’est ce qui est peut-être le plus inquiétant, ne perdons pas de vue que nous sommes face à une proposition de résolution parlementaire (l’article 34-1 de la Constitution) et comme l’indiquait Bernard Accoyer (président de l’Assemblée nationale de 2017 à 2012) : « La résolution, c’est pour expliquer. La loi, c’est pour agir ». Ce rapport a donc la structure d’une charte, aussi il faudra patienter avant de voir des mesures se concrétiser. A ce propos, en attendant la constitution d’une loi sur la robotique, eh bien ! Rassurez-vous, Eurobotics (15) use déjà de son « livre vert », une charte sans poids juridique, pour commencer la « révolution industrielle ».

Une prise de conscience

En revanche, nous pouvons trouver une certaine crédibilité à ce rapport. Il essaie d’évaluer l’impact de cette transition vers l’ère robotique sur des points importants, constitutifs de notre société (emplois, médecine, transport, sécurité, recherche, etc), avec des « valeurs humanistes intrinsèquement européennes et universelles ».

En effet, il a une pertinence éthique dans son ensemble grâce à une réelle prise de conscience du devenir de l’humanité puisqu’on incorpore et accepte l’IA et la robotique dans la vie de tous les jours. Qui plus est, tordons le cou aux idées les plus farfelues de ceux qui pensent vivre dans une dystopie orwellienne – il faut être critique et responsable de notre évolution fulgurante même s’il est difficile de sacrifier la pensée darwinienne. D’ailleurs, Laurent Alexandre, qui effectuait une très remarquée intervention au Sénat le 19.01.2017 à propos de l’impact de l’Intelligence Artificielle sur la société et l’économie française (16), peut voir dans le rapport que les sujets de l’emploi et de la formation sont abordés avec une relative lucidité. La charte prépare la population à ce bouleversement même si « le revenu universel » (17) alimenté par une future taxation a succombé à la fronde des politiques de droite qui siègent au parlement de l’Union Européenne.

Gardons les yeux ouverts

A souligner que ceux qui nous procurent si souvent ce goût amer d’une politique détachée du réel au service du pouvoir régalien, des intérêts personnels et financiers, sont aussi les mêmes qui établiront les règles sur une révolution dont ils ne comprennent pas toujours le fonctionnement. Donc, même si leur projet de loi représente une prise de conscience par l’Occident sur la potentielle dangerosité de la robotique et de l’IA, un retard est déjà accusé sur la maturation des esprits pour encaisser ce futur et rapide changement. La vraie prise de conscience devra être faite par l’homme « normal » et il devra établir une position critique pour ne pas être absorbé par un système déshumanisé.

N’oublions pas que de nombreux et brillants fervents du courant transhumaniste s’engouffreront dans cette ouverture pour charrier leurs égos par les idées les plus folles – il va donc falloir souhaiter des politiques tout aussi brillants, et quant à nous, faire preuve d’une incroyable résilience à défaut d’être déjà complètement englués dans l’univers des GAFA (18).

Le spectacle a déjà commencé

Enfin, la motivation première d’un tel rapport est à craindre – devenir leadership dans les domaines de la robotique, l’IA, la NBIC (19), etc. et donc concurrencer des acteurs déjà bien aguerris. Même si une étude sur l’éthique nous garantit un avenir meilleur et sécurisé, il est difficile de croire que tout se passera dans le meilleur des mondes. Gardons le sens critique car l’Europe, la vieille conservatrice, vient d’ouvrir les portes au libre-échange de cette dangereuse « révolution industrielle » – les trois coups retentissent et le rideau s’ouvre…bienvenue dans une nouvelle ère !

Nicolas Bernard
Diplômé de l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA). Après une longue carrière dans les forces sous-marines de la Marine Nationale en tant qu’atomicien, Nicolas travaille comme chargé d’affaires en industrialisation militaire pour le groupe DCNS. Il nous propose des articles d’opinions sur des questions importantes en matière de transhumanisme, post humanisme et d’intelligence artificielle.

Notes :

1) Organisation de Coopération et de Développement Économiques
2) « Responsabilité des entreprises. Initiatives privées et objectifs publics », Rapport OCDE, 2001, p. 5.)
3) Département thématique C : droits des citoyens et affaires constitutionnelles, 4.2. Analyse de la valeur juridique de la charte
4) Futura sciences : Roborace : comment s’est déroulée la première course de voitures autonomes ?
5) Le Figaro Tech & Web : Google ne fabriquera pas sa petite voiture autonome
6) Kuka Robotics solutions d’automatisation intelligentes
7) Air & Cosmos : actualité drones militaires
8) France Science : Comment l’intelligence artificielle révolutionne le monde de la santé américain
9) TPE sur l’Intelligence Artificielle
10) Résolution du Parlement européen du 16 février 2017 contenant des recommandations à la Commission concernant des règles de droit civil sur la robotique (2015/2103(INL))
11) Département thématique C : Droits des citoyens et affaires constitutionnelles, PE 571.379, p.7, paragraphe 25
12) Commission européenne, programme SPARC : L’UE lance le plus vaste programme au monde dans le domaine de la robotique civile, avec à la clé 240 000 nouveaux emplois attendus
13) site eurobotics : https://www.eu-robotics.net/sparc/ sur la robotique p. 30 à 31)
14) rapport contenant des recommandations à la Commission concernant des règles de droit civil sur la robotique (2015/2103(INL)) du 27/01/2017
15) Association du droit des robots : EuRobotics : Livre vert sur les aspects juridiques des robots
16) Impact de l’intelligence artificielle sur l’économie – Laurent Alexandre au Sénat
17) Le Monde : En pleine campagne, Benoît Hamon rabote (puis remet) son « revenu universel »
18) « géants du web » Google, Apple, Facebook, Amazon
19) Nanotechnologies Biotechnologies Informatique et Sciences Cognitives

Comment tout peut s’effondrer

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d’auteurs, de scientifiques et d’institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d’éviter un tel scénario ?

Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement et proposent un tour d’horizon interdisciplinaire de ce sujet – fort inconfortable – qu’ils nomment la “collapsologie“. En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de “crises” que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre…

Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il est l’auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).

Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.

Postface d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’Institut Momentum.

Conférence de Pablo Servigne – Effondrements : comment encaisser les chocs ?

Thématique “Rêves et cauchemars” Cycle la modernité en crise – Mardi 10 mai 2016 à 19h. Et si notre civilisation s’effondrait ? Certains penseurs, au sein d’une nouvelle discipline appelée « collapsologie », annoncent la fin de la civilisation industrielle. Vers quelle nouvelle ère allons-nous ? L’utopie n’est plus ce qu’elle était…

 

Écologisme et transhumanisme. Des connexions contre nature

Ecologistes, véganes et sympathisants de gauche prolifèrent au sein du mouvement transhumaniste. Après Le Monde, Le Nouvel Obs et Politis, Primevère, le plus grand salon écologiste français, invitait en 2016 un de ses représentants à s’exprimer. Didier Cœurnelle, vice-président de l’Association française transhumaniste, est élu Verts en Belgique. Il aurait eu les mots pour séduire les visiteurs de Primevère, avec une « vie en bonne santé beaucoup plus longue, solidaire, pacifique, heureuse et respectueuse de l’environnement, non pas malgré, mais grâce aux applications de la science (1). » II aura fallu les protestations d’opposants aux nécrotechnologies pour que le salon annule son invitation (2). Les transhumanistes ne luttent pas contre les nuisances. Technophiles et « résilients », ils comptent sur l’ingénierie génétique, la chimie et les nanotechnologies pour adapter la nature humaine et animale à un milieu saccagé.

Faut-il un État mondial inter-espèces pour lutter contre les dominations entre humains et animaux ? Voire entre animaux, avec des prédateurs devenus herbivores après modification génétique ? Même si leurs idées prêtent à rire, les transhumanistes ne sont pas des ahuris victimes d’une indigestion de mauvaise science-fiction. Ils sont écologistes et véganes (c’est-à-dire refusant de consommer les produits issus des animaux), certes. Parfois même bouddhistes. Mais aussi philosophes, généticiens, informaticiens, sociologues ou start-uppers rétribués par Harvard, Oxford, la London School of Economics ou Google. La plupart d’entre eux veulent le bien de la planète et de ses habitants, lutter contre les oppressions, tout en augmentant notre espérance de vie jusqu’à « la mort de la mort ».

Les deux porte-parole du mouvement transhumaniste francophone revendiquent leur militantisme « écolo ». Marc Roux a été adhérent de l’Alternative rouge et verte. Didier Cœurnelle est élu Verts de la commune de Molenbeek. Le cofondateur de Humanity+, la principale association transhumaniste américaine, David Pearce, est un militant antispéciste et végane. L’Australien Peter Singer, philosophe et auteur du livre de référence des antispécistes La Libération animale (1975), est lui-même transhumaniste et ancien candidat Verts en Australie. Quant à l’actuel directeur de Humanity+, James Hughes, en tant que bouddhiste, il ne ferait pas de mal à une mouche. Loin de l’image repoussoir de libertariens insensibles aux malheurs qui les entourent, les transhumanistes sont souvent des progressistes de gauche, écologistes et féministes, suivant la bonne conscience qui règne dans la Silicon Valley depuis le mouvement hippie des années 1960. En France, à l’avant-garde des partisans de la reproduction artificielle de l’humain (PMA-GPA) figurent les membres d’Europe Écologie-Les Verts.

D’après Marc Roux et Didier Cœurnelle, auteurs de Technoprog (3), les transhumanistes seraient majoritairement de gauche, attachés à un système social et à une médecine redistributive, contre l’idée d’une humanité à deux vitesses après sélection génétique. Ils se trouvent même des points communs avec les « objecteurs de croissance » (4). Fort bien. Laissons de côté les ultras, libertariens ou technogaïanistes, et intéressons-nous à ces transhumanistes sociaux-démocrates et soi-disant écolos. Ceux qui introduisent le loup transhumaniste dans la bergerie verte.[…]

L’écologie transhumaniste est pétrie de cette idéologie de la « résilience » – un terme issu de la psychologie synonyme d’adaptation à la dégradation des conditions d’existence –, qui prévaut aujourd’hui jusque dans les Conférences sur le climat. « Aucune idée n’est à écarter a priori si elle peut déboucher sur une meilleure adaptation des corps à leur environnement. […] Il s’agit, dans la tradition du darwinisme social, de permettre la survie du mieux adapté. Crèvent les faibles et les inadaptés. D’où l’appel aux transformations génétiques. Voilà l’imposture.[…]

TomJo, Hors-sol, octobre 2016

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Modifier l’espèce humaine ou l’environnement? Les transhumanistes face à la crise écologique