Sabotages : En France des réfractaires attaquent les antennes 5G

En France, des réfractaires ont déclaré la guerre aux infrastructures de la quatrième révolution industrielle

Antennes-relais brûlées, câbles coupés

Un mouvement de résistance en constante expansion sabote le réseau 5G, largement décrié.

Selon un rapport en trois parties publié sur le site de Reporterre : “Des antennes-relais sont incendiées, des câbles de fibre optique coupés, des pylônes déboulonnés. Pendant la nuit, des personnes brûlent des engins de chantier, attaquent des pylônes avec des découpeuses à disque ou détruisent des équipements électriques avec des masses”.

Des véhicules appartenant à des entreprises de télécommunications ont également été incendiés lors d’au moins 140 attaques depuis le début du Covid, ce qui a coûté des dizaines de millions d’euros au secteur.

Selon Reporterre : “C’est un mouvement qui avance en souterrain, loin des projecteurs, une révolte profonde qui se répand en France”.

Une antenne 5G détruite suite à un incendie, à Toulouse, en novembre 2020 © Nathalie Saint-Affre / MaxPPP

Pascaline, une résistante interrogée par Reporterre, dit avoir été poussée à l’action par un sentiment d’urgence : “Nous vivons une période charnière. Si nous ne faisons rien maintenant, cette industrie se sera définitivement installée”.

Pascaline explique que ses amis saboteurs viennent d’horizons très divers : des Gilets Jaunes et des anarchistes se battent aux côtés de catholiques qui s’opposent à cette Nouvelle Normalité en cours de construction avec la 5G.

Les protestations contre la Grande Réinitialisation ayant été ignorées, dénigrées et réprimées par l’État français, les dissidents ont été contraints de s’exprimer plus directement.

Des textes ont circulé, appelant à la création d’un nouveau mouvement de “résistance concrète, et pas seulement symbolique”.

Deux antennes-relais, compatibles à la 5G, sont en feu mardi 4 mai 2021 au petit matin, entre Labège et Saint-Orens (Haute-Garonne). Sur l’image ci-dessus, celle de Labège en feu, filmée par une internaute d’Actu Toulouse (©Marie Chignac / twitter @Panali31)

Le résistant Léon a déclaré à Reporterre : “Ce sont des raisons très pratiques qui nous ont aussi poussées au sabotage. Depuis les Gilets jaunes, l’État a resserré la vis, il est de plus en plus difficile de faire reculer le pouvoir en prenant la rue”.

“Compte tenu des restrictions Covid, c’était également impossible de construire une mobilisation de masse contre la 5G”, a-t-il dit, “alors même que la majorité de la population y reste opposée”.

Ces actions apparaissent dans leurs revendications comme autant de refus de vivre dans une société hyperconnectée, autant de résistances frontales à la numérisation du monde, précise Reporterre.

Pour Margot, une autre saboteuse, les antennes-relais tissent la toile d’une prison de câbles, d’ondes et de pylônes qui sont en train de se construire.

“On nous vante les joies d’une société numérique qui en réalité ne fait qu’accentuer l’exploitation, la surveillance et la catastrophe écologique”.

Voici les images filmées par une internaute d’Actu Toulouse de l’une des antennes en feu, à Labège (©Marie Chignac / twitter @Panali31)

Le secteur des télécommunications est bien sûr alarmé par cette vague de sabotage la plus importante en France depuis la lutte massive contre les cultures OGM il y a 20 ans.

Le patron d’Orange, Stéphane Richard, invite même à “purger” le débat pour éviter “un Afghanistan de la téléphonie mobile, où il faudra se battre pylône par pylône, commune par commune pour essayer de mettre la 5G”.

Comme le soulignent les saboteurs, les antennes-relais sont les nœuds névralgiques par lesquels transitent les flux économiques et se développe le technocapitalisme. Les sites web anarchistes parlent de “cordons ombilicaux” et de “talons d’Achille”.

La révolution n’est jamais télévisée et les grands médias évitent largement de mentionner ce qui se passe, de peur que cela ne se propage encore plus.

Lorsque l’existence des saboteurs est reconnue, ils sont décrits comme des excentriques et des “théoriciens du complot”.

Pour Léon : “Le complotisme a toujours été un outil rhétorique pour délégitimer un mouvement. On l’a vu avec les Gilets jaunes. Après avoir joué la carte homophobe, antisémite et raciste, le complotisme est devenu le nouveau mot-valise du pouvoir.

Un pylône en feu à Toulouse le 14 mai 2020 (©Laurent H / twitter @davinci78lh)

“Les autorités tentent de faire passer les saboteurs pour des loups solitaires, des personnes esseulées. En réalité, nous répondons à une démarche collective en France et en Europe”.

Les centaines d’attaques contre les infrastructures de télécommunication opérées ces dernières années donnent des sueurs froides aux autorités. Elles déploient un arsenal répressif pour y faire face. Au sommet de l’État, la menace est prise très au sérieux.

Mais peut-on vraiment faire quelque chose pour arrêter ce qui est devenu une puissante vague de révolte ?

Pascaline explique : “Nous ciblons ces infrastructures car non seulement elles matérialisent l’industrie numérique mais aussi parce qu’elles sont vulnérables”.

“Il en existe des dizaines de milliers sur le territoire avec un maillage de plus en plus serré, et les autorités peinent à les surveiller”.

“Ce n’est pas réaliste aujourd’hui de dire que nous allons installer 66 000 caméras de vidéo-surveillance sur toutes les antennes. Et soyons clairs : quelqu’un qui veut entrer et détruire un site isolé pourra le faire”, admet Vincent Cuvillier, président de l’Ofitem (Association française des opérateurs d’infrastructure de téléphonie mobile).

Partie VI – Les plans d’une élite technocratique

Qu’est-ce que la Grande Réinitialisation ? Partie VI : Les plans d’une élite technocratique

Dans les articles précédents, j’ai présenté l’idée1 de la Grande Réinitialisation et je l’ai traitée sous l’angle de ses composantes économiques2 et idéologiques3. Dans ce sixième épisode, je discuterai de ce que la Grande Réinitialisation implique en termes de gouvernance et de Quatrième Révolution Industrielle, pour conclure par des remarques sur le projet global de Grande Réinitialisation et ses implications.

Selon Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial (WEF), la quatrième révolution industrielle fait suite aux première, deuxième et troisième révolutions industrielles – respectivement4 mécanique, électrique et numérique.

La quatrième révolution industrielle s’appuie sur la révolution numérique, mais Schwab la voit comme un décollage exponentiel et une convergence des domaines existants et émergents, notamment le Big Data, l’intelligence artificielle, le machine learning, l’informatique quantique, ainsi que la génétique, les nanotechnologies et la robotique. La conséquence en est la fusion des mondes physique, numérique et biologique. Le brouillage de ces catégories remet finalement en question les ontologies mêmes par lesquelles nous nous comprenons et comprenons le monde, y compris “ce que signifie être humain”5.

Les applications spécifiques qui composent la quatrième révolution industrielle sont trop nombreuses et diverses pour être traitées dans leur intégralité, mais elles comprennent l’internet omniprésent, l’internet des objets, l’internet des corps, les véhicules autonomes, les villes intelligentes, l’impression 3D, les nanotechnologies, les biotechnologies, la science des matériaux, le stockage de l’énergie, etc.

Si Schwab et le WEF promeuvent une vision particulière de la quatrième révolution industrielle, les développements qu’il annonce ne sont pas de son cru, et ses formulations n’ont rien d’original.

Les transhumanistes et les singularitariens (ou prophètes de la singularité technologique), tels que Ray Kurzweil et bien d’autres, ont prédit ces développements et d’autres encore, bien avant que Schwab ne les annonce6.

L’importance de l’approche de Schwab et du WEF concernant la nouvelle révolution technologique réside dans la tentative de la mettre au service d’un objectif particulier, vraisemblablement “un avenir plus juste et plus vert”7.

Mais si les développements actuels de la quatrième révolution industrielle sont une indication de l’avenir, alors l’enthousiasme de Schwab est déplacé et la quatrième révolution industrielle est mal représentée. Ces développements incluent déjà les algorithmes Internet qui alimentent les utilisateurs en nouvelles et publicités ciblées et déclassent ou excluent les contenus bannis ; les algorithmes qui censurent le contenu des médias sociaux et envoient les individus et organisations “nuisibles” dans des goulags numériques ; des applications qui permettent de suivre et de localiser les suspects et de dénoncer les contrevenants à la police ; des robots policiers équipés de lecteurs de QR codes pour identifier et rassembler les dissidents ; et des villes intelligentes où chacun est une entité numérique à surveiller, à contrôler et à enregistrer, tandis que les données sur ses moindres mouvements sont collectées, rassemblées, stockées et rattachées à une identité numérique et à un score de crédit social.

En d’autres termes, les technologies de la quatrième révolution industrielle soumettent les êtres humains à une gestion technologique qui fait passer la surveillance exercée auparavant par la National Security Agency pour un jeu d’enfant. Schwab fait l’éloge des développements futurs qui connecteront les cerveaux directement au Cloud, permettant le “data mining” de la pensée et de la mémoire, une maîtrise technologique de l’expérience qui menace l’autonomie individuelle et sape tout semblant de libre arbitre.

La quatrième révolution industrielle accélère la fusion des humains et des machines, donnant naissance à un monde dans lequel toutes les informations, y compris les informations génétiques, sont partagées et où chaque action, chaque pensée et chaque motivation inconsciente sont connues, prédites et peut-être même empêchées.

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley me vient à l’esprit. Pourtant, Schwab présente les interfaces cerveau-cloud comme des améliorations, des progrès considérables par rapport à l’intelligence humaine standard, ce qui leur confère un attrait qui n’est pas du tout imaginable pour le soma.

De nombreux développements positifs peuvent découler de la quatrième révolution industrielle, mais si elle n’est pas retirée des mains des technocrates socialistes et corporatistes, elle constituera une prison virtuelle.

Dans le cadre du modèle de gouvernance de la Grande Réinitialisation, les États et les entreprises favorisées forment des “partenariats public-privé” pour contrôler la gouvernance. Cette configuration donne naissance à un hybride entreprise-état qui n’a pas de comptes à rendre aux électeurs des gouvernements nationaux.

La relation intime entre les multinationales et les gouvernements a même suscité le mépris de quelques critiques de gauche. Ils notent que le modèle de gouvernance du WEF représente au moins une privatisation partielle de l’Agenda 2030 des Nations unies, le WEF apportant à la table des partenaires commerciaux, de l’argent et une prétendue expertise sur la quatrième révolution industrielle. Et le modèle de gouvernance du WEF s’étend bien au-delà de l’ONU, affectant la constitution et le comportement des gouvernements du monde entier. Cette usurpation a conduit le politologue Ivan Wecke à qualifier la refonte gouvernementale du système mondial par le WEF de “prise de contrôle de la gouvernance mondiale par les entreprises.”8

C’est vrai, mais l’inverse est également vrai. Le modèle du WEF représente également la gouvernementalisation de l’industrie privée. Dans le cadre du “capitalisme des parties prenantes” de Schwab et du modèle de gouvernance multi-parties prenantes, la gouvernance est non seulement de plus en plus privatisée, mais aussi et surtout, les entreprises sont considérées comme des ajouts majeurs aux gouvernements et aux organismes intergouvernementaux.

L’État est ainsi étendu, amélioré et augmenté par l’ajout d’énormes actifs d’entreprise. Il s’agit notamment de financements destinés au “développement durable” à l’exclusion des non-conformistes, ainsi que de l’utilisation du Big Data, de l’intelligence artificielle et de la 5G pour surveiller et contrôler les citoyens. Dans le cas du régime du vaccin covid, l’État accorde à Big Pharma une protection monopolistique et une indemnité de responsabilité en échange d’un véhicule par lequel il peut étendre ses pouvoirs de coercition.

En tant que telles, les parties prenantes des entreprises deviennent ce que j’ai appelé des “gouvernementalités”, c’est-à-dire des organisations autrement “privées” utilisées comme des appareils d’État, sans obligation de répondre à des électeurs gênants9. Comme ces sociétés sont multinationales, l’État devient essentiellement mondial, qu’un “gouvernement mondial unique” soit formalisé ou non.

Dans Google Archipelago, j’ai soutenu que l’autoritarisme de gauche est l’idéologie politique et le modus operandi de ce que j’appelle Big Digital, et que Big Digital est le fer de lance d’un système mondial émergent. Big Digital est le bras communicationnel, idéologique et technologique d’un socialisme d’entreprise émergent. La Grande Réinitialisation est le nom qui a été donné depuis au projet d’établissement de ce système mondial.

Tout comme Klaus Schwab et le WEF l’espéraient, la crise du covid a accéléré le développement de l’étatisme corporatiste-socialiste de la Grande Réinitialisation. Les développements qui font avancer l’agenda de la Grande Réinitialisation incluent l’impression illimitée de monnaie par la Réserve Fédérale, l’inflation qui s’ensuit, l’augmentation des taxes sur tout ce qui est imaginable, la dépendance accrue à l’égard de l’État, la crise de la chaîne d’approvisionnement, les restrictions et les pertes d’emplois dues aux mandats de vaccination, et la perspective des quotas de carbone personnels10.

Dans l’ensemble, ces politiques et d’autres du même type constituent une attaque coordonnée contre la majorité. Ironiquement, elles représentent également l’aspect “équité” de la Grande Réinitialisation – si l’on entend par équité l’égalisation du statut économique de “l’Américain moyen” avec celui des régions moins “privilégiées”. Et c’est là l’une des fonctions de l’idéologie du woke11 – faire en sorte que la majorité des habitants des pays développés se sentent indignes de leurs modes de vie et de consommation “privilégiés”, que l’élite est en train de ramener à une nouvelle normalité (new normal) réduite et statique.

Au cours des vingt-et-un derniers mois, la réponse au fléau du covid-19 a consolidé l’emprise des sociétés monopolistiques sur l’économie au sommet, tout en faisant progresser le “socialisme réellement existant” en bas. En partenariat avec Big Tech, Big Pharma, les médias traditionnels, les agences de santé nationales et internationales et les populations complaisantes, les États occidentaux jusqu’ici “démocratiques” se transforment de plus en plus en régimes totalitaires sur le modèle de la Chine, et ce, du jour au lendemain. Je n’ai pas besoin de fournir une litanie de la tyrannie et des abus. Vous pouvez les lire sur des sites d’information alternatifs, jusqu’à ce que vous ne puissiez plus les lire même là.12

La Grande Réinitialisation n’est donc pas une simple théorie du complot ; c’est un projet ouvert, avoué et planifié, et il est en bonne voie. Mais parce que le capitalisme aux caractéristiques chinoises13, ou l’étatisme socialiste corporatif, ne dispose pas de marchés libres et dépend de l’absence de libre arbitre et de liberté individuelle, il est, ironiquement, “non durable” et voué à l’échec. La question est de savoir combien de souffrances et de distorsions seront endurées jusqu’à ce qu’il échoue.

Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.


Notes :

1Michael Rectenwald, “What Is the Great Reset? Part I: Reduced Expectations and Bio-techno-feudalism,” Mises Wire, December 11, 2020, https://mises.org/wire/what-great-reset-part-i-reduced-expectations-and-bio-techno-feudalism. (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/17/quest-ce-que-le-grand-reset/)

2Michael Rectenwald, “The Great Reset, Part II: Corporate Socialism,” Mises Wire, December 31, 2020, https://mises.org/library/great-reset-part-ii-corporate-socialism (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/18/le-grand-reset-le-socialisme-entreprise/); Rectenwald, “The Great Reset, Part III: “Capitalism with Chinese Characteristics,” Mises Wire, December 28, 2020, https://mises.org/wire/great-reset-part-iii-capitalism-chinese-characteristics (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/23/le-grand-reset-le-capitalisme-aux-caracteristiques-chinoises/); Rectenwald, “The Great Reset, Part IV: ‘Stakeholder Capitalism’ vs. ‘Neoliberalism,’” Mises Wire, January 26, 2021, https://mises.org/wire/great-reset-part-iv-stakeholder-capitalism-vs-neoliberalism (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/26/grand-reset-capitalisme-des-parties-prenantes-vs-neoliberalisme/).

3Michael Rectenwald, “The Great Reset, Part V: Woke Ideology.” Mises Wire, February 23, 2021, https://mises.org/wire/great-reset-part-v-woke-ideology (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/26/le-grand-reset-ideologie-woke/).

4Klaus Schwab, The Fourth Industrial Revolution (New York: Crown Business, 2016), pp. 6–8, Kindle.

5Schwab, The Fourth Industrial Revolution, vii.

6Ray Kurzweil, The Singularity Is Near: When Humans Transcend Biology (London: Duckworth, 2006).

7Klaus Schwab and Thierry Malleret, COVID-19: The Great Reset (Geneva: Forum Publishing, 2020), p. 57, Kindle.

8Ivan Wecke, “Conspiracy Theories aside, There Is Something Fishy about the Great Reset,” openDemocracy, August 16, 2021, https://www.opendemocracy.net/en/oureconomy/conspiracy-theories-aside-there-something-fishy-about-great-reset/.

9Michael Rectenwald, “The Google Election,” Mises Wire, November 10, 2020, https://mises.org/wire/google-election.

10Francesco Fuso Nerini, Tina Fawcett, Yael Parag, and Paul Ekins, “Personal Carbon Allowances Revisited,” Nature Sustainability (2021). https://doi.org/10.1038/s41893-021-00756-w.

11Michael Rectenwald, “The Great Reset, Part V: Woke Ideology.” Mises Wire, February 23, 2021, https://mises.org/wire/great-reset-part-v-woke-ideology (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/26/le-grand-reset-ideologie-woke/).

12Lori R. Price contributed the second half of this statement in conversation.

13Michael Rectenwald, “The Great Reset, Part III: Capitalism with Chinese Characteristics,” Mises Wire, December 28, 2020, https://mises.org/wire/great-reset-part-iii-capitalism-chinese-characteristics (version FR : https://iatranshumanisme.com/2021/04/23/le-grand-reset-le-capitalisme-aux-caracteristiques-chinoises/).

L’adaptation de la technocratie et du transhumanisme

Big Tech → technocratie → transhumanisme

Si la société doit être transformée en Technocratie, alors les humains qui y vivent doivent être modifiés en Transhumains. En d’autres termes, la société parfaitement efficace et utopique envisagée par les technocrates serait rapidement souillée si elle était habitée par des humains faibles d’esprit et imparfaits dans leur forme actuelle. C’est exactement la raison pour laquelle nous voyons de nombreux technocrates qui s’identifient également comme des transhumains. Parmi les noms connus qui viennent à l’esprit figurent Elon Musk (Tesla), Jeff Bezos (Amazon), Ray Kurzweil (Google) et Peter Thiel (PayPal).

Pour saisir cette image plus large, il est nécessaire de répondre à trois questions :

Qu’est-ce que la technocratie ?
Qu’est-ce que le transhumanisme ?
Comment le scientisme est-il le ciment qui les unit ?

Qu’est-ce que la technocratie ?

En 1937, le magazine The Technocrat écrivait :

La technocratie est la science de l’ingénierie sociale, le fonctionnement scientifique de l’ensemble du mécanisme social pour produire et distribuer des biens et des services à l’ensemble de la population.

Le magazine explique ensuite que la technocratie rejette le capitalisme, la libre entreprise et les politiciens élus et qu’elle cherche à créer un système économique basé sur les ressources, dans lequel les scientifiques, les ingénieurs et les techniciens seraient les seuls à planifier et à contrôler la société.

Aujourd’hui, de nombreux technocrates n’ont aucune idée des objectifs plus profonds de la technocratie, mais utilisent néanmoins leur expertise pour diriger des portions de la société sans aucun égard pour les processus politiques traditionnels de l’Amérique. Le “gouvernement par les experts” est une règle, mais ce n’est qu’une partie subalterne de l’objectif global qui consiste à remplacer notre système économique actuel par le développement durable, alias la technocratie, l’économie verte, le New Deal vert, etc.

Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Un champion moderne du transhumanisme, le Dr Max More, a écrit,

Le transhumanisme est un mouvement vaguement défini qui s’est développé progressivement au cours des deux dernières décennies. “Le transhumanisme est une classe de philosophies de vie qui cherchent à poursuivre et à accélérer l’évolution de la vie intelligente au-delà de sa forme actuellement humaine et de ses limites humaines, au moyen de la science et de la technologie, guidées par des principes et des valeurs favorables à la vie.” (Max More, 1990).

Les transhumanistes cherchent à appliquer des technologies avancées à la condition humaine afin de prendre en charge le processus d’évolution et de créer littéralement des Humains 2.0. Le Saint Graal du transhumanisme est d’atteindre l’immortalité, mais dans le processus, ils ont l’intention d’éliminer les caractéristiques les plus négatives des Humains 1.0 : leur nature guerrière et leur tendance à être argumentatifs, incohérents, peu fiables, etc. Il s’agit d’un nettoyage génétique à grande échelle.

Le scientisme est le ciment qui les unit.

Le scientisme est une proposition religieuse qui a été présentée pour la première fois par le philosophe français Henri De Saint-Simon (1760-1825). Il a écrit ,

“Un scientiste, mes chers amis, est un homme qui prévoit ; c’est parce que la science fournit les moyens de prévoir qu’elle est utile, et que les scientistes sont supérieurs à tous les autres hommes.”

Alors que la vraie science explore le monde naturel en utilisant la méthode scientifique éprouvée de l’expérimentation et de la validation répétées, le scientisme de Saint-Simon est une vision du monde spéculative et métaphysique sur la nature et la réalité de l’univers et la relation de l’homme avec celui-ci.

Saint-Simon proposait que le leadership religieux de son époque soit littéralement remplacé par un sacerdoce de scientistes et d’ingénieurs, qui interpréteraient l’oracle de la science afin de faire des déclarations à la société sur les actions humaines nécessaires pour mener l’humanité à l’Utopie. Ainsi, la science serait élevée au rang de divinité immuable, adorée par ses adeptes, qui sont dirigés par ses prêtres.

La technocratie et le transhumanisme sont tous deux basés sur le scientisme.

Tous deux croient que la science, l’ingénierie et la technologie de pointe sont les instruments exclusifs du progrès. Tous deux sont adeptes de la promesse d’avantages qui sont toujours à portée de main, mais qui ne se concrétisent jamais. Tous deux sont experts dans la manipulation des gouvernements pour qu’ils fournissent les ressources des contribuables afin de financer leurs projets respectifs. Tous deux croient qu’ils détournent les processus d’évolution pour créer un avenir conçu par les technologues.

The Technocrat – Vol. 3 – No. 4 – September 1937

Pas de futur ici, allez sur Mars…

Un lien encore plus important entre la technocratie et le transhumanisme est qu’ils ne voient aucun avenir pour le monde tel qu’il existe aujourd’hui. Les écologistes radicaux comme Greta Thunberg pensent que le monde n’a plus que 12 ans avant qu’une apocalypse climatique ne nous détruise tous. Elon Musk utilise ses milliards pour échapper à la Terre en finançant sa société de fusées SpaceX, avec l’intention ultime de coloniser Mars. Jeff Bezos finance à titre privé sa société Blue Origin dans le même but : coloniser Mars. Ils ont tous deux déclaré que le seul avenir de l’humanité est dans l’espace, en peuplant le cosmos parce que la Terre va se retrouver dans une impasse lorsque ses ressources naturelles seront épuisées.

En bref, la technocratie et le transhumanisme sont tous deux anti-humains. La technocratie, canalisée par les Nations unies sous le nom de développement durable, estime que la Terre ne peut supporter qu’un milliard d’êtres humains environ. En outre, tous les humains sont considérés comme de simples ressources au même titre que les animaux de troupeau tels que le bétail. Le transhumanisme estime que l’humanité 1.0 est pratiquement morte et que le seul espoir pour l’avenir de l’homme est que les scientistes transhumains inventent l’humanité 2.0 et quittent complètement la Terre.

Dans un sens, l’allocation stricte des ressources et de l’énergie par la Technocratie ne marque qu’un modèle de confinement pendant qu’elle construit et teste la technologie du voyage spatial.

Cette pensée n’est pas nouvelle. En 1872, Winwood Reade a écrit The Martyrdom of Man (Le martyre de l’homme), dans lequel il affirme aussi clairement que n’importe quel transhumaniste ou technocrate moderne pourrait le faire :

Les maladies seront extirpées ; les causes de la décadence seront supprimées ; l’immortalité sera inventée. Et alors, la terre étant petite, l’humanité migrera dans l’espace, et traversera les Saharas sans air qui séparent les planètes les unes des autres, et le soleil du soleil. La terre deviendra une Terre Sainte qui sera visitée par des pèlerins venus de tous les coins de l’univers. Enfin, les hommes maîtriseront les forces de la Nature ; ils deviendront eux-mêmes des architectes de systèmes, des constructeurs de mondes.

Ces corps que nous portons maintenant appartiennent aux animaux inférieurs ; notre esprit les a déjà dépassés ; déjà nous les regardons avec mépris. Un temps viendra où la Science les transformera par des moyens que nous ne pouvons pas conjecturer, et que, même si on nous les expliquait, nous ne pourrions pas comprendre maintenant, de même que le sauvage ne peut pas comprendre l’électricité, le magnétisme, la vapeur. (p. 179)

Le mot “radical” n’effleure même pas la surface.

À la lumière de ce qui précède, j’espère que vous réalisez que vous ne pouvez tout simplement pas regarder les technocrates et les transhumanistes et leur coller des étiquettes telles que marxiste, socialiste, communiste ou fasciste. Les transhumanistes et les technocrates représentent un nouveau type de radicalité que le monde n’a jamais vu auparavant.

Cela ne signifie rien lorsque des personnes se réunissent pour discuter de questions philosophiques et de nouvelles façons de faire les choses, si elles n’ont pas les moyens de faire ce qu’elles prétendent. Jeff Bezos n’attend pas que la NASA colonise Mars ; il construit son propre vaisseau spatial avec son propre argent. De même, Elon Musk autofinance sa propre flotte spatiale. Le défunt financier mondial, David Rockefeller, n’a pas attendu que les gouvernements mettent en place un nouvel ordre économique, mais a plutôt utilisé ses propres fonds pour créer la Commission trilatérale et ses propres transformations économiques.

Grâce à l’adoption par les Nations unies de la technocratie en tant que développement durable, les politiques de l’Agenda 21 ont été étendues à tous les coins de la planète, y compris à chaque ville et comté d’Amérique. Dans l’ignorance totale du piège qui leur est tendu, les gens exigent maintenant plus, et non moins. Le réchauffement climatique est utilisé comme un bélier pour briser le système économique actuel, ouvrant la voie à la seule alternative proposée : Le développement durable, alias la technocratie.

Utiliser le mot “radical” pour décrire la technocratie et le transhumanisme serait un euphémisme. Ils sont tous deux en dehors des limites de la réalité objective. Et pire encore, ils entraînent le reste d’entre nous avec eux.

“La technocratie est à la société ce que le transhumanisme est aux personnes qui voudraient faire partie de cette société transformée”, Patrick Wood.

Patrick Wood est un expert éminent et critique du développement durable, de l’économie verte, de l’Agenda 21, de l’Agenda 2030 et de la technocratie historique. Il est l’auteur de Technocracy Rising : The Trojan Horse of Global Transformation (2015) et co-auteur de Trilaterals Over Washington, Volumes I et II (1978-1980) avec le regretté Antony C. Sutton.

La Grande Réinitialisation a un but précis

Il s’agit d’une prise de contrôle de la gouvernance mondiale par les entreprises, qui concerne notre alimentation, nos données et nos vaccins.

Les théories du complot sur le “Grand Reset” ne semblent pas vouloir mourir. Ces théories ont été déclenchées par le sommet du Forum économique mondial (WEF) de l’année dernière, qui avait pour thème “The Great Reset” (la grande réinitialisation) et affirmait que la crise du COVID était l’occasion de s’attaquer aux problèmes majeurs auxquels le monde est confronté. Selon la BBC, le terme “Great Reset” a reçu plus de huit millions d’interactions sur Facebook et a été partagé près de deux millions de fois sur Twitter depuis le lancement de l’initiative du WEF.

L’ensemble des théories du complot autour du Grand Reset sont nébuleuses et difficiles à cerner, mais en les rassemblant, on obtient quelque chose comme ceci : le Grand Reset est le plan de l’élite mondiale pour instaurer un ordre mondial communiste en abolissant la propriété privée tout en utilisant le COVID-19 pour résoudre le problème de la surpopulation et en asservissant ce qui reste de l’humanité avec les vaccins.

Intrigué par les palabres qui ont entouré le sommet de l’année dernière, j’ai décidé de découvrir ce qu’était réellement le plan du WEF intitulé “Great Reset”. Au cœur des théories du complot se trouvent les supposés agendas secrets et les intentions malveillantes. Bien que ces éléments soient absents de l’initiative Great Reset du WEF, j’ai trouvé quelque chose de presque aussi sinistre qui se cachait au grand jour. En fait, c’est encore plus sinistre car c’est réel et cela se passe maintenant. Et cela concerne des choses aussi fondamentales que notre alimentation, nos données et nos vaccins.

La vraie Grande Réinitialisation

Les mots magiques sont “capitalisme des parties prenantes“, un concept que le président du WEF, Klaus Schwab, martèle depuis des décennies et qui occupe une place de choix dans le plan du WEF “Great Reset” à partir de juin 2020. L’idée est que le capitalisme mondial doit être transformé afin que les entreprises ne se concentrent plus uniquement sur le service aux actionnaires mais deviennent les gardiens de la société en créant de la valeur pour les clients, les fournisseurs, les employés, les communautés et autres “parties prenantes” (stakeholders). Selon le WEF, le capitalisme des parties prenantes s’exerce par le biais d’une série de “partenariat à multi-parties prenantes” réunissant le secteur privé, les gouvernements et la société civile dans tous les domaines de la gouvernance mondiale.

Partie IV Grand Reset, Capitalisme des parties prenantes vs néolibéralisme

L’idée du capitalisme des parties prenantes et des partenariats multi-parties prenantes peut sembler sympathique, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il s’agit en fait de donner plus de pouvoir aux entreprises sur la société, et moins aux institutions démocratiques.

Le plan à l’origine de la Grande Réinitialisation était appelé Global Redesign Initiative. Rédigée par le WEF après la crise économique de 2008, cette initiative contient un rapport de 600 pages sur la transformation de la gouvernance mondiale. Dans la vision du WEF, “the government voice would be one among many, without always being the final arbiter“. Les gouvernements ne seraient qu’une partie prenante parmi d’autres dans un modèle de gouvernance mondiale à multi-parties prenantes. Harris Gleckman, chercheur principal à l’université du Massachusetts, décrit le rapport comme “la proposition la plus complète de refonte de la gouvernance mondiale depuis la création des Nations unies pendant la Seconde Guerre mondiale”.

“Les partenariats à multi-parties prenantes sont des partenariats public-privé sur la scène mondiale”.

Qui sont ces autres parties prenantes, non gouvernementales ? Le WEF, mieux connu pour sa réunion annuelle de personnes fortunées à Davos, en Suisse, se décrit comme une organisation internationale pour la coopération public-privé. Les partenaires du WEF comprennent certaines des plus grandes entreprises du secteur pétrolier (Saudi Aramco, Shell, Chevron, BP), de l’alimentation (Unilever, The Coca-Cola Company, Nestlé), de la technologie (Facebook, Google, Amazon, Microsoft, Apple) et des produits pharmaceutiques (AstraZeneca, Pfizer, Moderna).

Au lieu que les entreprises soient au service de nombreuses parties prenantes, dans le modèle de gouvernance mondiale à multi-parties prenantes, les entreprises sont promues au rang de parties prenantes officielles dans le processus décisionnel mondial, tandis que les gouvernements sont relégués au rang de parties prenantes parmi d’autres. Dans la pratique, les entreprises deviennent les principales parties prenantes, tandis que les gouvernements jouent un rôle de second plan et que la société civile n’est qu’une façade.

L’écosystème des multi-parties prenantes

L’exemple le plus symbolique de ce changement est peut-être l’accord de partenariat stratégique controversé que les Nations unies (ONU) ont signé avec le WEF en 2019. Harris Gleckman décrit cela comme une démarche visant à transformer l’ONU en un partenariat public-privé, en créant une place spéciale pour les entreprises au sein de l’ONU.

Le modèle des multi-parties prenantes est déjà en cours de construction. Ces dernières années, un écosystème en constante expansion de groupes multi-parties prenantes s’est étendu à tous les secteurs du système de gouvernance mondiale. Il existe désormais plus de 45 groupes multi-parties prenantes au niveau mondial qui fixent des normes et établissent des lignes directrices et des règles dans toute une série de domaines. Selon Gleckman, ces groupes, qui n’ont aucune responsabilité démocratique, sont constitués d’acteurs privés (grandes entreprises) qui “recrutent leurs amis au sein du gouvernement, de la société civile et des universités pour qu’ils les rejoignent dans la résolution des problèmes publics”.

Le multi-stakeholderism est la mise à jour par le WEF du multilatéralisme, qui est le système actuel par lequel les pays travaillent ensemble pour atteindre des objectifs communs. L’institution centrale du système multilatéral est l’ONU. Le système multilatéral est souvent accusé à juste titre d’être inefficace, trop bureaucratique et biaisé en faveur des nations les plus puissantes. Mais il est au moins théoriquement démocratique, car il réunit des dirigeants de pays démocratiquement élus pour prendre des décisions dans l’arène mondiale.

Au lieu de réformer le système multilatéral pour renforcer la démocratie, la vision du WEF de la gouvernance multi-parties prenantes implique de supprimer davantage la démocratie en mettant les gouvernements sur la touche et en plaçant des “parties prenantes” non élues – principalement des entreprises – à leur place lorsqu’il s’agit de prendre des décisions au niveau mondial.

En termes clairs, les partenariats à multi-parties prenantes sont des partenariats public-privé sur la scène mondiale. Ils ont des répercussions concrètes sur l’organisation de nos systèmes alimentaires, la gouvernance des grandes technologies et la distribution de nos vaccins et médicaments.

L’avenir de l’alimentation

À l’automne 2021, l’ONU doit accueillir à Rome le Sommet mondial sur les systèmes alimentaires (FSS). Cet événement est nécessaire, étant donné que 3,9 milliards de personnes – plus de la moitié de la population mondiale – luttent actuellement contre la faim et la malnutrition, alors qu’il y a suffisamment de nourriture pour nourrir le monde. Toutefois, le sommet de cette année diffère sensiblement des précédents sommets des Nations unies sur l’alimentation, puisqu’il adopte une “inclusion multi-parties prenantes“, dans laquelle le secteur privé joue “un rôle important“. Une note conceptuelle de 2019 montrait que le WEF devait être impliqué dans l’organisation du sommet, bien qu’il ne soit pas clair aujourd’hui quel sera le rôle du WEF.

“L’abandon des pesticides n’est pas sur la table. Comment cela est-il possible ?”, demande Sofia Monsalve de FIAN International, une organisation de défense des droits de l’homme axée sur l’alimentation et la nutrition. “Il n’y a aucune discussion sur la concentration des terres ou sur la nécessité de tenir les entreprises responsables de leurs abus en matière d’environnement et de conditions de travail.” Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large où, selon Monsalve, les grandes entreprises, qui dominent le secteur alimentaire, sont réticentes à corriger le système de production. “Elles veulent juste trouver de nouvelles opportunités d’investissement”.

FIAN International, ainsi que 300 autres organisations, ont exprimé leurs inquiétudes au sujet de la configuration multi-parties prenantes dans une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Lors d’une réunion avec les groupes de la société civile qui ont signé la lettre, Amina Mohammed, la secrétaire générale adjointe des Nations unies, leur a assuré que des garanties solides empêcheraient les entreprises de s’emparer de l’événement, “en autorisant uniquement les plateformes ou les réseaux et aucune entreprise unique à participer au sommet”.

Mais pour Monsalve, “cela ne fait qu’empirer les choses. Désormais, les entreprises peuvent protéger leurs intérêts et se cacher derrière ces plateformes, car on ne sait pas très bien qui s’y trouve.” En effet, la liste des entreprises partenaires est introuvable sur le site officiel. Les organisateurs de la FSS ont été contactés pour un commentaire mais n’avaient pas répondu au moment de la publication.

Les signataires de la lettre craignent qu’avec la participation des entreprises au sommet, l’alimentation continue d’être traitée “comme une marchandise et non comme un droit humain”. S’ils restent inchangés, les systèmes alimentaires industriels continueront à avoir des impacts irréversibles sur notre santé et celle de notre planète.

Les Big Tech gouvernent les Big Tech

Un autre jalon dans le développement du capitalisme des parties prenantes se trouve dans le secteur des Big Tech. Dans le cadre de sa feuille de route 2020 pour la coopération numérique, le secrétaire général des Nations unies a appelé à la création d’un nouvel “organisme de haut niveau stratégique et autonome composé de multiples parties prenantes“. Là encore, il n’est pas facile de trouver une liste des parties prenantes, mais après quelques recherches, on trouve une longue liste de “participants aux tables rondes”, dont Facebook, Google, Microsoft et le WEF.

Bien que les fonctions de ce nouvel organisme soient assez vagues, les organisations de la société civile craignent qu’il ne s’agisse pour les grandes entreprises technologiques de créer un organisme mondial pour se gouverner elles-mêmes. Cela risque d’institutionnaliser la résistance de ces entreprises à une réglementation efficace, tant au niveau mondial que national, et d’accroître leur pouvoir sur les gouvernements et les organisations multilatérales. Si l’organisme se concrétise, il pourrait s’agir d’une victoire décisive dans la guerre que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) livrent actuellement aux gouvernements au sujet de l’évasion fiscale, des règles antitrust et de leur pouvoir toujours plus grand sur la société.

Plus de 170 groupes de la société civile du monde entier ont signé une nouvelle lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU – cette fois pour empêcher la formation de l’organe de gouvernance numérique. Le secrétaire général a été sollicité pour un commentaire mais n’avait pas répondu au moment de la publication.

COVAX

Et puis il y a COVAX. L’initiative COVAX vise à “accélérer le développement et la fabrication des vaccins COVID-19, et à garantir un accès juste et équitable pour tous les pays du monde”. Là encore, cela semble merveilleux, surtout si l’on considère les inégalités criantes entre les pays riches et les pays en développement en matière de vaccination.

Mais pourquoi l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fait partie de l’ONU, ne prend-elle pas les choses en main ? “Les pays sont censés prendre ensemble, par l’intermédiaire d’agences multilatérales comme l’OMS, des décisions sur les questions de santé mondiale, avec peut-être un soutien technique de la part des autres”, explique Sulakshana Nandi, de l’ONG People’s Health Movement, qui a récemment publié un document d’orientation sur COVAX.

“Ils veulent juste trouver de nouvelles opportunités d’investissement”.

COVAX a été créé en tant que groupe multi-parties prenantes par deux autres groupes multi-parties prenantes, GAVI (the Vaccine Alliance) et CEPI (the Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), en partenariat avec l’OMS. GAVI et CEPI ont tous deux des liens étroits avec le Forum économique mondial (qui a été l’un des fondateurs du CEPI) ainsi qu’avec la Fondation Bill et Melinda Gates, et tous deux sont également liés à des entreprises telles que Pfizer, GlaxoSmithKline, AstraZeneca et Johnson & Johnson par le biais de partenariats avec des fabricants (GAVI) ou en tant que “supporters” (CEPI). Même si COVAX est financé principalement par les gouvernements, ce sont ces coalitions centrées sur les entreprises qui supervisent son déploiement.

Le contraste entre l’approche multi-parties prenantes et une approche multilatérale “classique” a été mis en évidence lorsque l’Afrique du Sud et l’Inde ont proposé la dérogation ADPIC (Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights : TRIPS) à la fin de l’année dernière. Ils ont demandé une levée temporaire des règles de propriété intellectuelle sur toutes les technologies COVID-19 afin de stimuler la fabrication et la distribution de vaccins et d’autres produits médicaux essentiels dans les pays principalement en développement. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré dans un discours qu’il soutenait la proposition. “Mais GAVI, la Fondation Bill et Melinda Gates – voire Bill Gates lui-même – et Big Pharma se sont opposés très fermement à cette proposition”, a déclaré Nandi. “Il est plus important pour eux de protéger leurs intérêts et les mécanismes du marché que de protéger la santé universelle ou de protéger les gens du COVID.” L’OMS a été sollicitée pour un commentaire mais n’a pas répondu.

Là encore, le choix est rude entre une approche axée sur les droits de l’homme et menée par l’ONU et une approche axée sur le profit et menée par des organismes multi-parties prenantes représentant les intérêts des entreprises. Dans le cas de COVAX – qui ne parvient pas à atteindre son objectif modeste de vacciner 20 % de la population des pays à faible et moyen revenu – la première l’a emporté.

Développer le capitalisme des parties prenantes

Ainsi, même si le WEF (ou Bill Gates) n’est pas responsable de la pandémie de COVID, même si les vaccins ne sont pas dotés de micropuces pour contrôler nos pensées, il se passe vraiment quelque chose dans la gouvernance mondiale. Si vous tenez à votre droit à la santé publique, à la vie privée, à l’accès à une alimentation saine ou à la représentation démocratique, méfiez-vous des mots “capitalisme des parties prenantes” lorsqu’ils apparaîtront au prochain sommet de Davos.

Le WEF a été sollicité pour commenter les questions soulevées dans cet article, mais n’a pas répondu au moment de la publication.

Ivan Wecke un politologue et écrivain
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Google Archipelago : Le goulag numérique et la simulation de la liberté

Big Digital

Google Archipelago

Le nouveau livre de Michael Rectenwald entreprend une tâche audacieuse dès la lecture de son titre, en établissant une analogie entre l’état actuel de l’économie de l’internet et les conditions horribles endurées par Alexandre Soljenitsyne dans les goulags soviétiques. Son argument général, par ailleurs, est direct et potentiellement convaincant : en raison de la nature oligopolistique de l’internet moderne, Google, Facebook, Twitter, Instagram et Amazon contrôlant une si grande partie du trafic dans leurs sphères respectives, ces sociétés ont la possibilité de faire passer leurs propres programmes personnels, de gauche, auprès des consommateurs qui veulent simplement être en mesure d’accéder aux informations et aux produits pour lesquels ils sont devenus une passerelle essentielle.

À leur tour, ces entreprises, avec l’aide du gouvernement, utiliseront leur pouvoir monopolistique pour soumettre toute personne qui ne veut pas s’aligner sur le nouvel agenda “woke“.

Les préoccupations générales de Rectenwald concernant la censure privée et sociale, plutôt que gouvernementale, le placent en bonne compagnie. L’éminent philosophe libéral J.S. Mill a noté dans son ouvrage On Liberty (1859 ; 2011, Gutenberg Institute, p. 8) que la censure de la société civile “pratique [sic] une tyrannie sociale plus redoutable que de nombreux types d’oppression politique, car, bien qu’elle ne soit pas habituellement soutenue par des sanctions aussi extrêmes, elle laisse moins de moyens de s’échapper et pénètre beaucoup plus profondément dans les détails de la vie”.

Rectenwald note à juste titre (p. 78) que la Révolution culturelle chinoise, bien que dirigée par les élites politiques, a été entreprise par de simples citoyens qui, dans leur zèle, étaient prêts à détruire littéralement les moyens de subsistance de leurs compatriotes considérés comme insuffisamment fidèles au maoïsme.

Google Archipelago : The Digital Gulag and the Fate of Free Speech explore la portée, la pénétration, la puissance et l’impact du “Big Digital” – ou les méga gestionnaires d’information, les plateformes de médias sociaux, les développeurs d’intelligence artificielle, les fournisseurs d’autres applications et fonctionnalités web, et les architectes et promoteurs de l’Internet des objets à venir. Alphabet (Google, YouTube, etc.) Facebook et Instagram, Twitter, Yelp et Linkedin, ainsi que leurs nombreuses filiales et concurrents, constituent un collectif numérique – Big Digital – dont le domaine est mondial et dont le pouvoir idéologique et fonctionnel représente une force sans équivalent dans l’histoire.

Big Digital, une constellation non gouvernementale de sociétés de technologie numérique, préside désormais à la vie publique et privée à un point tel qu’elle rivalise, voire dépasse, la portée et la pénétration gouvernementales de plusieurs gouvernements nationaux réunis. Le Big Digital représente une nouvelle forme privée de gouvernement, ou une gouvernementalité, les moyens par lesquels les populations sont gouvernées, et les technologies qui permettent cette gouvernance.

Le principal moyen derrière les fonctions gouvernementales de Big Digital est l’idéologie. Et l’idéologie de Big Digital est résolument de gauche. J’appelle l’idéologie de Big Digital “gauchisme d’entreprise” – ou, pour emprunter et redéfinir une expression inventée par George Gilder, “le marxisme de Google”. Le gauchisme d’entreprise ou le marxisme de Google constituent l’ensemble des valeurs et des croyances que l’on retrouve aujourd’hui dans un nombre croissant d’entreprises américaines et autres corporations. Le gauchisme d’entreprise informe les politiques et les procédures de Big Digital.

Mais le gauchisme d’entreprise est également disséminé bien au-delà des cultures de travail du quartier général de Big Digital. Le gauchisme d’entreprise n’est pas une caractéristique subsidiaire ou un aspect accessoire de Big Digital. Le gauchisme est codé dans l’ADN même de la technologie du Big Digital et se réplique avec chaque ramification organisationnelle et chaque nouvelle technologie. L’idéologie gauchiste de Big Digital circule dans les profonds réseaux neuronaux du cyberespace et des autres sphères numériques. Le gauchisme corporatif est intrinsèque à la structure de l’internet, du ” Cloud “, des algorithmes, des applications, des bots d’IA, des services de médias sociaux, des systèmes software de tracking de la navigation web, des assistants virtuels, et plus encore.

Google Archipelago raconte comment les entreprises de technologie numérique de la Silicon Valley sont devenues des bastions du gauchisme – comment, pourquoi et à quelles fins le gauchisme d’entreprise a constitué et informé Big Digital, tout en continuant à promouvoir les objectifs commerciaux de ses conglomérats numériques mondiaux et en étendant leur portée en tant que gouvernementalité privée.

Le gauchisme d’entreprise de Big Digital est autoritaire jusqu’à la moelle – et la principale gouvernementalité dans le monde d’aujourd’hui est la constellation autoritaire gauchiste d’entreprise que j’appelle l’Archipel Google : Le goulag numérique et la simulation de la liberté. Rectenwald, Michael. (2019).

Le cocktail dangereux : Big Tech et idéologie de la justice sociale-Michael Rectenwald | American Thought Leaders

Le gouvernement de Google et le goulag numérique | Michael Rectenwald | The Glenn Beck Podcast | Ep 47

Extrait interview :

“Google Archipelago (ci-après GA) retrace la métastase de l’idéologie sociale dans le domaine numérique. Il peut être considéré comme le deuxième d’une série d’épisodes sur la justice sociale, une série que j’ai commencée dans Springtime for Snowflakes et que je poursuivrai peut-être dans un troisième livre, complétant ainsi une trilogie.

Ce livre représente une étude de la manifestation largement étendue et magnifiée de l’idéologie autoritaire-totalitaire gauchiste à mesure qu’elle s’étend dans le cyberespace, s’étend dans le corps cybersocial et pénètre les recoins les plus profonds de la vie sociale et politique. Dans GA, je relie la politique de Big Digital à ses technologies. Je soutiens et démontre que les technologies sont intrinsèquement gauchistes et autoritaires.

Pour des raisons que j’expose dans le livre, la seule façon de comprendre la politique d’organisations telles que Google, Facebook, Twitter, etc. et la façon dont cette politique se reflète dans ses technologies est de voir le Big Digital comme la pointe d’un conglomérat économique et gouvernemental qui vise à monopoliser la vie humaine à l’échelle mondiale.

L’ambition politique de Big Digital est d’établir un système à deux niveaux composé de monopoles mondiaux d’entreprise et d’État au sommet, avec un “socialisme existant” pour tous les autres. J’appelle ce système à deux niveaux “socialisme d’entreprise“, que je préfère au terme “techno-féodalisme”, utilisé par d’autres.

J’ai de très bonnes raisons d’adopter le nom de socialisme d’entreprise plutôt que celui de techno-féodalisme, dont la moindre n’est pas le penchant des monopolistes à utiliser la rhétorique et l’idéologie socialistes dans leurs tentatives de faire exister le système à deux vitesses.

Le socialisme d’entreprise a pour but d’arriver à un État unique, un seul monde, avec de vastes monopoles mondialistes contrôlant la production. Ces monopoles seraient mis en parallèle avec un socialisme ou une égalité réduisant les perspectives de tous les autres. Des dupes imprudents comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez servent les socialistes d’entreprise en habituant les masses à cet état de fait. Les objectifs du socialisme d’entreprise sont introduits sous l’apparence d’une égalité économique et sociale, une égalité avec des perspectives réduites pour la grande majorité.

Les socialistes d’entreprise n’ont pas besoin d’égalité ; l’égalité s’applique strictement à la majorité destinée à vivre avec des perspectives réduites de “socialisme réellement existant” sur le terrain. En fin de compte, Big Digital tente de remplacer la réalité par une ou plusieurs simulations numériques, des simulacres se présentant comme des substituts de la réalité – pour introduire des réalités simulées et fausses ou des simulacres qui déplacent et remplacent le réel. Oubliez les Fake News. Essayez la Fake Reality (la fausse réalité)”.

Dr. Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.

Voir aussi :

Qu’est-ce que le Grand Reset ? Espoirs réduits et Bio-techno-féodalisme
Le socialisme d’entreprise
Le capitalisme aux caractéristiques chinoises
Capitalisme des parties prenantes vs. néolibéralisme
L’idéologie Woke

Partie V – Le Grand Reset : L’idéologie Woke

Qu’est-ce que le Grand Reset ? Partie V : L’idéologie Woke

Dans les articles précédents, j’ai abordé le Grand Reset et présenté plusieurs façons d’en comprendre l’économie. Le Grand Reset peut être considéré comme du néo-féodalisme, du “socialisme d’entreprise“, du “capitalisme aux caractéristiques chinoises” et du “capitalisme des parties prenantes” versus le “néolibéralisme“. Dans les prochains articles, j’ai l’intention de traiter les aspects technologiques (transhumanistes) et monétaires (banque centralisée et monnaie numérique) que Klaus Schwab et d’autres anticipent et prescrivent.

Dans cet essai, je souhaite examiner l’aspect idéologique du Grand Reset. Comment les planificateurs entendent-ils établir la réinitialisation sur le plan idéologique ? En d’autres termes, comment une réinitialisation de l’esprit de masse pourrait-elle avoir lieu et permettre aux nombreux éléments du Grand Reset d’être mis en place – sans rébellion de masse, bien sûr ? Après tout, si la Grande Réinitialisation doit s’installer, un certain degré de conformité de la part de la population sera nécessaire – indépendamment du contrôle accru, étendu et plus précis sur la population que la technologie transhumaniste et une monnaie numérique centralisée pourraient se permettre.

C’est la fonction de l’idéologie. L’idéologie, comme l’a affirmé l’historien marxiste des sciences Richard Lewontin, fonctionne “en convainquant les gens que la société dans laquelle ils vivent est juste et équitable, ou si elle n’est pas juste et équitable, qu’elle est inévitable, et qu’il est tout à fait inutile de recourir à la violence1“. L’idéologie établit la “légitimation sociale” que Lewontin considère comme nécessaire pour obtenir l’assentiment des gouvernés. “Le champ de bataille est dans la tête des gens, et si la bataille est gagnée sur ce terrain, alors la paix et la tranquillité de la société sont garanties2.” De ce point de vue, l’idéologie n’est pas la même chose que la vision du monde. Il s’agit plutôt de la programmation mentale nécessaire à la domination et au contrôle sans recourir à la force. L’endoctrinement idéologique est plus facile, moins désordonné et moins coûteux que la violence étatique ou soutenue par l’État.

Certains diront que l’idéologie du Grand Reset est simplement une idéologie socialiste-communiste. Après tout, à bien des égards, l’idéologie socialiste-communiste soutient ce que le Grand Reset promet d’apporter. Et cela peut fonctionner pour certains. Certains se réjouiraient, pour des raisons socialistes, de la “justice”, de l'”égalité” ou de l'”équité” que promet le Grand Reset.

Les socialistes pourraient négliger ou excuser le contrôle oligarchique de la société sur la base de la justice, de l’égalité ou de l’équité supposées parmi la masse de la population, et sur la présomption que l’oligarchie sera renversée dans un avenir pas si lointain. Le socialisme intègre une prédisposition au nivellement qui privilégie l'”égalité” au sein de la majorité visible, même si cette égalité est une grande perte pour de nombreux sujets de la “classe moyenne”. En fait, lorsque j’ai brièvement écouté les élucubrations des membres du Parti communiste révolutionnaire des États-Unis, y compris son dirigeant, Bob Avakian, ils m’ont avoué que le socialisme mondial signifierait une baisse du niveau de vie pour une grande partie du monde, en particulier aux États-Unis.

Ils n’avaient aucun problème avec cela ; en fait, ils semblaient se réjouir de cette perspective. Sans doute, comme l’a suggéré Friedrich Nietzsche, le socialisme est alimenté, au moins en partie, par le ressentiment – le ressentiment et l’envie pour le détenteur de la propriété. Il y aurait beaucoup à dire sur l’approbation apparente des socialistes, ou du moins leur acceptation conditionnelle et temporaire, des grands corporatistes monopolistiques et oligarchiques et leur préférence pour les grandes entreprises par rapport aux petites3. Les socialistes considèrent la monopolisation sous le capitalisme comme inévitable, comme nécessaire pour produire une cible plus consolidée à renverser, et comme un signe de l’effondrement imminent du capitalisme et de l’apocalypse socialiste-communiste à venir.

De même, de nombreux socialistes seront favorables à la grande réinitialisation par principe – en particulier ceux qui acceptent sa rhétorique pour argent comptant. Mais malgré sa nouvelle popularité, le socialisme-communisme ne représente toujours pas la majorité. Bien qu’il soit populaire parmi les milléniaux et autres millénaristes, le socialisme-communisme reste peu recommandable pour beaucoup. Il est considéré comme étranger, obscur, et connote vaguement quelque chose de négatif. Mais surtout, pour des raisons que je donnerai plus loin, l’idéologie socialiste-communiste n’est pas l’idéologie qui correspond le mieux aux objectifs de la Grande Réinitialisation. C’est là que le wokeness entre en jeu.

Woke wokeness cancel culture. Credit: The Washington Times

Qu’est-ce que le wokeness exactement ? Comme je l’écris dans Beyond Woke, Selon le credo de la justice sociale, être “woke – éveillé ” est le réveil politique qui découle de l’émergence d’une conscience et d’une conscience de l’injustice sociale et politique. Le wokeness est l’inscription indélébile de la conscience de l’injustice sociale dans l’esprit conscient, suscitant la piqûre de la conscience, qui oblige les nouveaux éveillés à changer leurs croyances et leurs comportements4.

C’est la définition la plus proche de wokeness que je puisse donner, en me basant sur les affirmations de ceux qui l’adoptent. Bien sûr, l’étymologie du mot “woke” et la façon dont il est devenu un adjectif décrivant ceux qui sont ainsi éveillés à la conscience de l’injustice sociale et politique, est une autre question. Je discute de l’étymologie dans Google Archipelago :

“Woke” a commencé en anglais comme un passé et un participe passé de “wake”. Il suggérait “être devenu éveillé”. Mais, dans les années 1960, woke a également commencé à fonctionner comme un adjectif, prenant le sens figuré dans la communauté afro-américaine de “bien informé” ou “à jour”. En 1972, le passé verbal autrefois modeste a commencé à décrire une conscience politique élevée. En 2017, l’Oxford English Dictionary (OED) a reconnu la conscience sociale des woke et a ajouté la définition suivante : “alerte à la discrimination raciale ou sociale et à l’injustice”.5

Pourtant, il existe autant de définitions du wokeness que de personnes qui en ont entendu parler, comme c’est le cas pour tout ce qui est le moins controversé. Je suis sûr que d’autres peuvent et vont ajouter à la définition ou suggérer que le wokeness devrait être défini tout à fait différemment. Mais la définition et les interprétations historico-sémantiques ci-dessus sont suffisantes pour nos besoins. Selon les adeptes, le wokeness est donc une conscience accrue de l’injustice sociale et politique et la détermination à l’éradiquer.

Mais qu’est-ce que le wokeness pourrait avoir à faire avec le Grand Reset ? En tant que correctif, le wokeness n’est pas destiné à ceux qui souffrent et dont il entend corriger les plaintes, ou les plaintes imaginaires. Le wokeness agit sur la majorité, les bénéficiaires supposés de l’injustice. Il le fait en faisant comprendre à la majorité qu’elle a bénéficié de “privilèges” et de préférences fondés sur la couleur de la peau (blancheur), le genre (patriarcat), la propension sexuelle (hétéronormativité), le lieu de naissance (colonialisme, impérialisme et premier monde), l’identité sexuelle (privilège du genre cis) et la domination de la nature (spécisme), pour ne citer que quelques-uns des principaux coupables.

La liste pourrait être longue et s’enrichit, semble-t-il, de jour en jour. Cette majorité doit être réhabilitée, en quelque sorte. Les masses doivent comprendre qu’elles ont acquis les avantages dont elles ont bénéficié jusqu’à présent grâce au traitement injuste des autres, directement ou indirectement, et que ce traitement injuste est fondé sur les circonstances de la naissance. Le “privilège” de la majorité s’est fait au détriment des minorités désignées comme bénéficiaires de la wokeness, et la wokeness est le moyen de rectifier ces nombreuses injustices.

Et quels sont les effets d’une réprimande répétée en tant que telle, de l’affirmation que l’on a bénéficié d’un “privilège” non mérité, que sa richesse et son bien-être relatifs ont été obtenus aux dépens d’autres personnes opprimées, marginalisées et mal utilisées ? Honte, culpabilité, remords, indignité. Et quels sont les ajustements attitudinaux et comportementaux attendus de la part de la majorité ? Ils doivent s’attendre à moins. Dans le cadre de cette idéologie, on s’attend à ce que les gens renoncent à leurs droits, parce que même ces droits, non, surtout ces droits, ont été obtenus aux dépens des autres.

Ainsi, le wokeness fonctionne en habituant la majorité aux attentes réduites que j’ai présentées dans mon premier article sur le Grand Reset. Il le fait en instillant une croyance dans l’indignité de la majorité à s’épanouir, à prospérer et à profiter de leur vie. Le Wokeness endoctrine la majorité dans l’avenir sans propriété (pour eux, du moins) de la Grande Réinitialisation, tout en gratifiant la gauche, ses principaux propagateurs idéologiques, d’un sentiment de supériorité morale, même s’il est prévu qu’eux aussi soient privés de perspectives.

Une question demeure. Pourquoi le wokeness est-il plus adapté aux objectifs du Grand Reset que l’idéologie socialiste-communiste ? Pour répondre à cette question, nous devons rappeler les arguments de vente du socialisme-communisme. Malgré le nivellement par le bas que j’ai mentionné plus haut, le socialisme-communisme est prometteur. Il promet des avantages, pas des déficits. Il ne fonctionne pas en promettant à la majorité qu’elle sera perdante à son instauration.

Bien au contraire, le socialisme-communisme promet des conditions grandement améliorées – oui, la justice, l’égalité ou l’équité, mais aussi la prospérité pour la masse de l’humanité, prospérité qui lui a été refusée sous le capitalisme. Les travailleurs du monde sont appelés à s’unir, non pas dans la perspective d’attentes réduites, mais sur la base de grandes attentes – non pas, selon Marx, pour établir une utopie, mais au moins pour détruire et remplacer la dystopie actuelle par une cornucopia partagée. Nous savons, bien sûr, comment cette promesse est tenue. Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est encore proférée et crue par un trop grand nombre de nos concitoyens.

Nous avons vu, d’autre part, le caractère soustractif de l’idéologie woke. Le wokeness exige le renoncement à des avantages pour des raisons morales. Contrairement au socialisme-communisme, il n’offre pas d’empowerment (ou autonomisation) et ne préconise pas la prise de contrôle des moyens de production et de l’État par des moyens politiques. Le wokeness est une forme de récrimination qui contraint à l’abdication, et non à l’acquisition, de biens.

L’idéologie woke, à mon avis, a labouré le sol et planté les graines pour la récolte que la grande réinitialisation représente pour l’élite dirigeante. Le wokeness a-t-il été conçu intentionnellement dans ce but ? Je ne le pense pas, mais il peut néanmoins être et est adopté à ces fins, tout comme d’autres formations idéologiques ont été utilisées à d’autres fins. L’élite dirigeante s’approprie les moyens disponibles pour réaliser ses plans, y compris les idéologies disponibles. L’idéologie Woke était disponible et prête à être appropriée et appliquée. Le wokeness sert au mieux le Grand Reset, et nous voyons donc le langage du wokeness dans les livres et autres écrits consacrés à son établissement : équité, inclusion, etc.

Naturellement, le wokeness ne fonctionnera pas sur tout le monde. Mais l’exigence a été rendue si universelle que les dissidents qui ne s’y conforment pas sont considérés comme régressifs, réactionnaires, racistes, suprématistes blancs et autres, et sont écartés, voire punis, pour ces raisons. Le Wokeness a ainsi atteint la domination. La contrer sera une exigence majeure pour défier le Grand Reset.

Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.


Notes :

1R.C. Lewontin, Biology as Ideology: The Doctrine of DNA (New York: HarperPerennial, n.d.), p. 6.

2Lewontin, Biology as Ideology, p. 7.

3Matt Bruenig, “Small Businesses Are Overrated,” Jacobin, Jan. 16, 2018, https://jacobinmag.com/2018/01/small-businesses-workers-wages.

4Michael Rectenwald, Beyond Woke (Nashville, TN: New English Review Press, 2020), pp. 7–8.

5Michael Rectenwald, Google Archipelago: The Digital Gulag and the Simulation of Freedom (Nashville, TN: New English Review Press, 2019), p. 42.

Partie IV Grand Reset, Capitalisme des parties prenantes vs néolibéralisme

Qu’est-ce que le Grand Reset ? Partie IV : Capitalisme des parties prenantes vs. néolibéralisme

Toute discussion sur le “capitalisme des parties prenantes” doit commencer par la constatation d’un paradoxe : à l’instar du “néolibéralisme”, son ennemi juré, le “capitalisme des parties prenantes” n’existe pas en tant que tel. Il n’existe pas de système économique tel que le “capitalisme des parties prenantes”, tout comme il n’existe pas de système économique tel que le “néolibéralisme”. Les deux jumeaux antipathiques sont des fantômes imaginaires qui s’affrontent dans une lutte frénétique et sans fin.

Au lieu du capitalisme des parties prenantes et du néolibéralisme, il y a des auteurs qui écrivent sur le capitalisme des parties prenantes et le néolibéralisme et les entreprises qui souscrivent plus ou moins à l’idée que les entreprises ont des obligations envers les parties prenantes en plus des actionnaires. Mais si Klaus Schwab et le Forum économique mondial (WEF) parviennent à leurs fins, il y aura des gouvernements qui inciteront, par des réglementations et la menace d’une fiscalité lourde, les entreprises à souscrire à la redistribution des parties prenantes.

Les parties prenantes sont “les clients, les fournisseurs, les employés et les communautés locales”1, en plus des actionnaires. Mais pour Klaus Schwab et le WEF, le cadre du capitalisme des parties prenantes doit être mondialisé. Une partie prenante est toute personne ou tout groupe qui risque de bénéficier ou de perdre d’un comportement d’une entreprise – à l’exception des concurrents, on peut le supposer. Puisque le prétexte principal du Grand Reset est le changement climatique mondial, n’importe qui dans le monde peut être considéré comme une partie prenante dans la gouvernance d’entreprise (ou gouvernement d’entreprise) de n’importe quelle grande entreprise. Et les partenariats fédéraux avec des sociétés qui ne “servent” pas leurs parties prenantes, comme le projet Keystone Pipeline, par exemple, doivent être abandonnés. L'”équité” raciale, la promotion des agendas des transgenres et d’autres politiques identitaires de ce type seront également injectées dans les systèmes de partage des entreprises.

En fait, le capitalisme des parties prenantes représente un ver consommateur qui s’enfonce dans les entreprises et les vide de l’intérieur, dans la mesure où l’idéologie et la pratique trouvent des hôtes dans les organes de l’entreprise. Il s’agit d’un moyen de liquidation socialiste des richesses au sein même des organisations capitalistes, en utilisant un certain nombre de critères de redistribution des bénéfices et des “externalités”.

Capitalisme des parties prenantes. Dans quelle direction allez-vous orienter votre entreprise ? Credit: AbsolutVision sur Unsplash.com

Mais ne me croyez pas sur parole. Prenez un certain David Campbell, un socialiste britannique (bien que non marxiste) et auteur de The Failure of Marxism (1996). Après avoir déclaré que le marxisme avait échoué, Campbell a commencé à préconiser le capitalisme des parties prenantes comme moyen d’arriver aux mêmes fins. Son conflit avec le marxiste orthodoxe britannique de Paddy Ireland représente une querelle intestine sur les meilleurs moyens de réaliser le socialisme, tout en offrant un regard sur l’esprit des socialistes déterminés à essayer d’autres méthodes, vraisemblablement non violentes2.

Campbell a fustigé Ireland pour son rejet du capitalisme participatif. Ireland soutenait – à tort, selon Campbell – que le capitalisme participatif était en fin de compte impossible. Rien ne peut interférer, pendant très longtemps, avec l’inexorable demande de profit du marché. Les forces du marché écraseront inévitablement toute considération éthique telle que les intérêts des parties prenantes.

Le marxisme plus radical que tout de Paddy Ireland a laissé Campbell perplexe. Ireland ne se rendait-il pas compte que son déterminisme du marché était exactement ce que les défenseurs du “néolibéralisme” affirmaient comme étant l’inévitable et le seul moyen sûr pour la distribution du bien-être social ? Le marxisme, a noté Campbell à juste titre, “peut être identifié à la dérision de la “réforme sociale” comme ne représentant pas, ou même comme faisant obstacle à la “révolution”. Comme tant de marxistes antiréformistes, Paddy Ireland n’a pas su reconnaître que “les réformes sociales dont il se moquait sont la révolution”3. Le socialisme n’est rien d’autre qu’un mouvement dans lequel “la prétendue nécessité naturelle représentée par les impératifs “économiques” est remplacée par des décisions politiques conscientes concernant l’allocation des ressources” (c’est moi qui le souligne)4. Ce socialisme politique, par opposition aux épigones orthodoxes de Marx, est ce que Marx entendait réellement par socialisme, suggère Campbell. Le capitalisme des parties prenantes n’est que cela : du socialisme.

Ireland et Campbell s’accordent à dire que l’idée même du capitalisme des parties prenantes découle du fait que les entreprises sont devenues relativement autonomes par rapport à leurs actionnaires. L’idée de l’indépendance managériale et donc de l’autonomie de l’entreprise ou de la société a été traitée pour la première fois par Adolf A. Berle et Gardiner C. Means dans The Modern Corporation and Private Property (1932) et, après eux, dans The Managerial Revolution (1962) de James Burnham.

Dans “Corporate Governance, Stakeholding, and the Company : Towards a Less Degenerate Capitalism“, Ireland écrit à propos de cette autonomie putative : L’idée d’une entreprise des parties prenantes est ancrée dans l’autonomie de “l’entreprise” par rapport à ses actionnaires ; son argument est que cette autonomie… peut être exploitée pour garantir que les entreprises ne fonctionnent pas exclusivement dans l’intérêt de leurs actionnaires”5.

Selon Paddy Ireland, cette autonomie apparente de l’entreprise est apparue non pas avec l’incorporation ou des changements juridiques à la structure de la société, mais avec la croissance du capitalisme industriel à grande échelle. L’augmentation du nombre d’actions et l’avènement du marché boursier ont permis de vendre facilement les actions. Les actions sont devenues du “capital monétaire”, des titres facilement échangeables contre un pourcentage des bénéfices, et non des créances sur les actifs de l’entreprise. C’est à ce moment-là que les actions ont acquis une autonomie apparente par rapport à l’entreprise et l’entreprise par rapport à ses actionnaires.

« De plus, avec l’émergence de ce marché, les actions ont développé une valeur autonome propre tout à fait indépendante, et souvent différente, de la valeur des actifs de l’entreprise. Apparaissant comme ce que Marx appelait le capital fictif, ils ont été redéfinis en droit comme une forme autonome de propriété indépendante des actifs de l’entreprise. Ils n’étaient plus conceptualisés comme des intérêts équitables dans les biens de l’entreprise, mais comme des droits au profit ayant une valeur propre, droits qui pouvaient être librement et facilement achetés et vendus sur le marché…

En acquérant leur indépendance par rapport aux actifs des sociétés, les actions sont devenues des objets juridiques à part entière, doublant apparemment le capital des sociétés par actions. Les actifs appartiennent désormais à la société et à elle seule, soit par le biais d’une société par actions, soit, dans le cas des sociétés non constituées, par le biais de fiduciaires. Le capital social immatériel de la société, en revanche, était devenu la seule propriété de l’actionnaire. Ce sont désormais deux formes de propriété bien distinctes. En outre, avec la constitution juridique de l’action en tant que forme de propriété entièrement autonome, l’externalisation de l’actionnaire par rapport à la société a été achevée d’une manière qui n’était pas possible auparavant.6 »

Ainsi, selon Ireland, une différence d’intérêts est apparue entre les détenteurs du capital industriel et les détenteurs du capital monétaire, ou entre la société et l’actionnaire.

Néanmoins, selon Ireland, l’autonomie de l’entreprise est limitée par la nécessité pour le capital industriel de produire des bénéfices. La valeur des actions est en fin de compte déterminée par la rentabilité des actifs utilisés par la société. “L’entreprise est, et sera toujours, la personnification du capital industriel et, en tant que telle, soumise aux impératifs de rentabilité et d’accumulation. Ceux-ci ne sont pas imposés de l’extérieur à une entité par ailleurs neutre et sans direction, mais lui sont, au contraire, intrinsèques, se trouvant au cœur même de son existence.” Cette nécessité, selon Paddy, définit les limites du capitalisme des parties prenantes et son incapacité à se maintenir. “La nature de l’entreprise est telle, par conséquent, qu’elle suggère qu'[il] existe des limites strictes à la mesure dans laquelle son autonomie vis-à-vis des actionnaires peut être exploitée au profit des travailleurs ou, en fait, d’autres parties prenantes7.”

Voilà un point sur lequel le “néolibéral” Milton Friedman et le marxiste Paddy Ireland auraient été d’accord, même si ce dernier insiste sur le fait que l’extraction de la “plus-value” au point de production en est la cause. Et cet accord entre Friedman et Ireland est exactement la raison pour laquelle Campbell a rejeté l’argument de Ireland. Un tel déterminisme du marché n’est nécessaire que sous le capitalisme, affirme Campbell. Les prédictions sur le comportement des entreprises dans le contexte des marchés ne sont valables que dans les conditions actuelles du marché. Modifier les règles de l’entreprise de telle sorte que la rentabilité soit mise en danger, même si, ou surtout, de l’intérieur, est la définition même du socialisme. Changer le comportement des entreprises dans le sens d’un capitalisme participatif est révolutionnaire en se.

Malgré cette impasse “néolibérale”/marxiste insurmontable, la notion de capitalisme des parties prenantes a au moins cinquante ans. Les débats sur l’efficacité du capitalisme des parties prenantes remontent aux années 1980. Ils ont été attisés par le rejet par Friedman de la “soulful corporation“, qui a atteint son apogée avec “The Social Significance of the Modern Corporation” de Carl Kaysen en 1957. Kaysen considérait l’entreprise comme une institution sociale qui doit mettre en balance la rentabilité avec un large éventail croissant de responsabilités sociales : “Il n’y a pas de démonstration de cupidité ou d’avidité ; il n’y a pas de tentative de rejeter sur les travailleurs ou la communauté une grande partie des coûts sociaux de l’entreprise. L’entreprise moderne a un esprit d’entreprise8.” Ainsi, chez Kaysen, nous voyons des indices de la notion ultérieure de capitalisme des parties prenantes.

Il est probable que le capitalisme des parties prenantes remonte, même si ce n’est pas en ligne droite, à l'”idéalisme commercial9” de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, lorsque Edward Bellamy et King Camp Gillette, entre autres, ont envisagé des utopies socialistes d’entreprise via l’incorporation10. Pour ces socialistes d’entreprise, le principal moyen d’établir le socialisme était l’incorporation continue de tous les facteurs de production. Avec l’incorporation, une série de fusions et d’acquisitions devait se produire jusqu’à ce que la formation d’un monopole mondial unique, dans lequel tous “les gens” ont des parts égales, soit achevée. Dans “World Corporation“, Gillette a déclaré que “l’esprit entraîné des affaires et de la finance ne voit pas d’arrêt à l’absorption et à la croissance des entreprises, sauf l’absorption finale de tous les biens matériels du monde dans une seule société, sous le contrôle direct d’un seul esprit d’entreprise11“. Un tel monopole mondial singulier deviendrait socialiste à la suite d’une distribution égale des parts parmi la population. Le capitalisme des parties prenantes n’atteint pas cette répartition égale des parts, mais il la contourne en distribuant la valeur sur la base de la pression sociale et politique.

Il est intéressant de noter que Campbell termine son argumentation, de manière plutôt non dogmatique, en déclarant sans équivoque que si Friedman avait raison et “si ces comparaisons [entre le capitalisme actionnarial et le capitalisme des parties prenantes] tendent à montrer que la maximisation exclusive de la valeur actionnariale est le moyen optimal de maximiser le bien-être”, alors “on devrait renoncer à être socialiste12“. Si, après tout, la maximisation du bien-être humain est vraiment l’objet, et que le “capitalisme actionnarial” (ou “néolibéralisme”) s’avère être le meilleur moyen d’y parvenir, alors le socialisme lui-même, y compris le capitalisme des parties prenantes, doit nécessairement être abandonné.

Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.

– Partie I : Qu’est-ce que le Grand Reset ? Espoirs réduits et Bio-techno-féodalisme
– Partie II : le socialisme d’entreprise
– Partie III : Le capitalisme aux caractéristiques chinoises
– Partie IV : Capitalisme des parties prenantes vs. néolibéralisme
– Partie V : L’idéologie Woke
– Partie VI : Les plans d’une élite technocratique


Notes : 

1Neil Kokemuller, “Does a Corporation Have Other Stakeholders Other Than Its Shareholders?,” Chron.com, Oct. 26, 2016, https://smallbusiness.chron.com/corporation-other-stakeholders-other-its-shareholders-63538.html.

2David Campbell, “Towards a Less Irrelevant Socialism: Stakeholding as a ‘Reform’ of the Capitalist Economy,” Journal of Law and Society 24, no. 1 (1997): 65–84.

3Campbell, “Toward a Less Irrelevant Socialism,” 75 and 76, emphasis in original.

4Campbell, “Toward a Less Irrelevant Socialism,” 76.

5Paddy Ireland, “Corporate Governance, Stakeholding, and the Company: Towards a Less Degenerate Capitalism?,” Journal of Law and Society 23, no. 3 (September 1996): 287–320, esp. 288.

6Paddy, “Corporate Governance, Stakeholding, and the Company,” 303.

7Paddy, “Corporate Governance, Stakeholding, and the Company,” 304 (both quotes).

8Carl Kaysen, “The Social Significance of the Modern Corporation,” in “Papers and Proceedings of the Sixty-Eighth Annual Meeting of the American Economic Association,” ed. James Washington Bell and Gertrude Tait, special issue, American Economic Review 47, no. 2 (May 1957): 311–19, 314.

9Gib Prettyman, “Advertising, Utopia, and Commercial Idealism: The Case of King Gillette,” Prospects 24 (January 1999): 231–48.

10Gib Prettyman, “Gilded Age Utopias of Incorporation,” Utopian Studies 12, no. 1 (2001): 19–40; Michael Rectenwald, “Libertarianism(s) versus Postmodernism and ‘Social Justice’ Ideology,” Quarterly Journal of Austrian Economics 22, no. 2 (2019): 122–38, https://doi.org/10.35297/qjae.010009.

11King Camp Gillette, “World Corporation” (Boston: New England News, 1910), p. 4.

12Campbell, “Toward a Less Irrelevant Socialism,” 81.

Partie III – Grand Reset, Le capitalisme aux caractéristiques chinoises

Qu’est-ce que le Grand Reset ? Partie III : Le capitalisme aux caractéristiques chinoises

Le titre de cet essai est un jeu de mots sur la description que fait le parti communiste chinois de son économie.

Il y a plusieurs décennies, lorsque le PCC ne pouvait plus nier de manière crédible la dépendance croissante de la Chine à l’égard des secteurs à but lucratif de son économie, ses dirigeants ont approuvé le slogan “socialisme aux caractéristiques chinoises” pour décrire le système économique chinois1. Formulée par Deng Xiaoping, cette phrase est devenue une composante essentielle de la tentative du PCC de rationaliser le développement capitaliste chinois dans le cadre d’un système politique socialiste-communiste.

Selon le parti, la privatisation croissante de l’économie chinoise ne devait être qu’une phase temporaire – pouvant durer jusqu’à cent ans selon certains dirigeants du parti – sur la voie d’une société sans classes du socialisme-communisme intégral. Les dirigeants du parti ont affirmé, et affirment toujours, que le socialisme aux caractéristiques chinoises était nécessaire dans le cas de la Chine parce que la Chine était un pays agraire “arriéré” lorsque le communisme a été introduit – trop tôt, a-t-on dit. La Chine avait besoin d’une piqûre de rappel capitaliste.

Avec ce slogan, le parti a pu faire valoir que la Chine avait été une exception à la position marxiste orthodoxe selon laquelle le socialisme n’arrive qu’après le développement du capitalisme – bien que Marx lui-même ait dévié de sa propre formule vers la fin de sa vie. En même temps, le slogan a permis au PCC de confirmer la position marxiste orthodoxe. La révolution communiste chinoise s’est produite avant le développement du capitalisme industriel – une exception au marxisme orthodoxe. Le capitalisme a donc été introduit plus tard dans le système économique de la Chine – une confirmation du marxisme orthodoxe.

Dépouillé de ses prétentions idéologiques socialistes, le socialisme aux caractéristiques chinoises, ou le système chinois lui-même, se résume à un État socialiste-communiste de plus en plus financé par le développement économique capitaliste. La différence entre l’ancienne Union soviétique et la Chine contemporaine est que, lorsqu’il est devenu évident que l’économie socialiste-communiste avait échoué, la première a abandonné ses prétentions économiques socialistes-communistes, alors que la seconde ne l’a pas fait.

Que les dirigeants du PCC croient ou non à leur propre rhétorique, la gymnastique idéologique déployée est néanmoins spectaculaire. À première vue, le slogan incorpore et dissimule une contradiction apparemment évidente dans une tentative de sanctifier ou de “recommunifier” le développement capitaliste chinois comme une condition préalable au socialisme-communisme intégral.

Cependant, le slogan chinois capture une vérité essentielle sur le communisme, une vérité qui est soit non reconnue ou non admise par le PCC et niée par les marxistes occidentaux. Contrairement aux affirmations des dirigeants et des adeptes du communisme, et même contrairement aux affirmations de beaucoup de ceux qui s’y opposent, le socialisme-communisme n’est pas essentiellement un système économique mais plutôt un système politique.

Une fois au pouvoir, les dirigeants socialistes-communistes reconnaissent qu’étant donné leur contrôle sur les ressources, ils sont effectivement devenus les nouveaux propriétaires des moyens de production (alors que, comme Ludwig von Mises l’a suggéré, les consommateurs détiennent effectivement le pouvoir de disposition économique dans les marchés libres2). En tentant de mettre en place une économie socialiste-communiste, ils reconnaissent qu’en l’absence de prix, la production industrielle à grande échelle nécessite une prise de décision sous surveillance. De même, la prise de décision n’est pas démocratique dans le sens promis par les idéologues socialistes-communistes. La prise de décision doit être centralisée, ou du moins bureaucratisée, dans une large mesure. La prise de décision démocratique est exclue par le fait que la production et la distribution appartiennent à l’État et sont contrôlées par lui.

Le socialisme-communisme est un système politique dans lequel l’allocation des ressources est commandée par l’État et donc effectivement contrôlée par les dirigeants de l’État, la véritable classe dirigeante. Ces derniers conservent le contrôle par l’idéologie et la force.

Par opposition à un système économique pleinement mis en œuvre, le socialisme-communisme n’est toujours qu’un arrangement politique. C’est pourquoi le socialisme-communisme peut être combiné au “capitalisme” sous des formes telles que le “capitalisme d’État3” ou le socialisme d’entreprise. Ses prétentions économiques seront abandonnées à mesure que le développement capitaliste sera introduit et habilement rationalisé, comme en Chine. Si de telles prétentions sont maintenues pendant longtemps, elles détruiront la société, comme dans l’ancienne Union soviétique. Dans les deux cas, les dirigeants socialistes-communistes apprendront que la production de richesses nécessite l’accumulation de capital privé – qu’ils comprennent ou non pourquoi.

Le Grand Reset, Le capitalisme avec des caractéristiques chinoises © Oliver Munday

Entrez dans le socialisme d’entreprise

Une version socialiste-communiste arrive bientôt près de chez vous. Certains des mêmes anciens protagonistes réapparaissent, tandis que de nouveaux ont rejoint le casting. Si l’idéologie et la rhétorique sont presque les mêmes, elles sont utilisées à des fins légèrement différentes. Cette fois-ci, les vieilles promesses sont en jeu, et un appât similaire mais non identique est brandi. Le socialisme promet la protection des personnes assiégées contre le “mal” économique et politique, la promotion des intérêts économiques de la sous-classe, le bannissement des personnes “dangereuses” des forums publics et de la vie civique, et une préoccupation primaire ou exclusive pour le “bien commun”. L’initiative chinoise “One Belt, One Road” (une ceinture, une route) peut suspendre ses bénéficiaires en Afrique et dans d’autres régions sous-développées comme s’il s’agissait d’un nœud coulant infrastructurel. Une autre variété de projets est prévue dans le monde développé, y compris aux États-Unis.

L’initiative chinoise “One Belt, One Road”4 (La nouvelle route de la soie, litt. “ceinture économique de la route de la soie” ou la ceinture et la route) peut suspendre ses bénéficiaires en Afrique et dans d’autres régions sous-développées comme s’il s’agissait d’un nœud coulant infrastructurel. Une autre variété de projets est prévue dans le monde développé, y compris aux États-Unis.

La variante contemporaine est le socialisme d’entreprise, ou un système à deux niveaux de “socialisme réellement existant5” sur le terrain, couplé à un ensemble parallèle de monopoles d’entreprise ou de monopoles potentiels au sommet. La différence entre le socialisme d’État et le socialisme d’entreprise est simplement qu’un groupe d’intérêt différent contrôle effectivement les moyens de production. Mais les deux dépendent du monopole, l’un de l’État et l’autre de l’entreprise qui monopolise l’économie. Et les deux dépendent de l’idéologie socialiste-communiste du socialisme démocratique, ou, dans une variante récente, de l’idéologie de la “justice sociale” ou du “woke”. Le socialisme d’entreprise est la fin souhaitée, tandis que le socialisme démocratique et le capitalisme sauvage font partie des moyens.

La Chine est le modèle du système économique et politique promu en Occident, et le Grand Reset est l’articulation la plus franche de ce système – bien que son articulation soit tout sauf parfaitement franche.

Le Grand Reset représente le développement du système chinois en Occident, mais à l’envers. Alors que l’élite politique chinoise a commencé par un système politique socialiste-communiste et a mis en œuvre le “capitalisme” par la suite, l’élite occidentale a commencé par le “capitalisme” et vise à mettre en œuvre un système politique socialiste-communiste maintenant. C’est comme si l’oligarchie occidentale regardait le “socialisme” affiché en Chine, et disait “oui, nous le voulons”.

Cela explique de nombreuses contradictions apparentes, dont la moindre n’est pas l’autoritarisme de gauche de Big Tech. Le Big Tech, et en particulier le Big Digital, est l’appareil de communication idéologique pour l’avancement du socialisme d’entreprise, ou capitalisme aux caractéristiques chinoises.

Les caractéristiques chinoises que le Grand Reset vise à reproduire en lien avec le capitalisme occidental ressembleraient au totalitarisme du PCC. Cela nécessiterait une grande restriction des droits individuels – y compris les droits de propriété, la liberté d’expression, la liberté de mouvement, la liberté d’association, la liberté de religion et le système de libre entreprise tel que nous le concevons.

Le Grand Reset mettrait en œuvre le système politique à peu près de la même manière que la Chine l’a fait – avec la surveillance des smart city par la 5G, l’équivalent des scores de crédit social, les passeports médicaux, l’emprisonnement politique et d’autres moyens de répression et de contrôle social et politique.

Au final, le socialisme aux caractéristiques chinoises et le capitalisme aux caractéristiques chinoises reviendraient au même.

Michael Rectenwald

Michael Rectenwald est l’auteur de onze ouvrages, dont Thought Criminal (2020), Beyond Woke (2020), Google Archipelago (2019), Springtime for Snowflakes (2018), Nineteenth-Century British Secularism (2016). Il a été professeur à l’université de New York de 2008 à 2019. Il a également enseigné à la Duke University, la North Carolina Central University, la Carnegie Mellon University et la Case Western Reserve University. Il est un expert et un défenseur de la liberté d’expression contre toutes les formes d’autoritarisme et de totalitarisme, y compris le socialisme-communisme, la “justice sociale”, le fascisme et le politiquement correct.

Il est titulaire d’un doctorat en études littéraires et culturelles de l’université Carnegie Mellon, d’une maîtrise en littérature anglaise de l’université Case Western Reserve et d’une licence en littérature anglaise de l’université de Pittsburgh. (voir son C.V. pour plus de détails). Ses essais universitaires et académiques sont parus dans le Quarterly Journal of Austrian Economics, Academic Questions, Endeavour, le British Journal for the History of Science, College Composition and Communication, International Philosophical Quarterly, les anthologies De Gruyter (Organized Secularism in the United States), etc.

Les publications de Michael destinées au grand public sont apparues sur le fil de Mises Institute, The Epoch Times, RT.com, Campus Reform, The New English Review, The International Business Times, The American Conservative, Quillette, The Washington Post, The Pittsburgh Post-Gazette, entre autres. Le Dr Rectenwald a participé à de nombreux talk-shows politiques et autres sur les grands réseaux (Tucker Carlson Tonight, Fox & Friends, Fox & Friends First, Varney & Company, The Glenn Beck Show), à des émissions de radio syndiquées (Glenn Beck et bien d’autres), ainsi qu’à des émissions et podcasts.


– Partie I : Qu’est-ce que le Grand Reset ? Espoirs réduits et Bio-techno-féodalisme
– Partie II : le socialisme d’entreprise
– Partie III : Le capitalisme aux caractéristiques chinoises
– Partie IV : Capitalisme des parties prenantes vs. néolibéralisme
– Partie V : L’idéologie Woke
– Partie VI : Les plans d’une élite technocratique

Notes : 

1Ian Wilson, “Socialism with Chinese Characteristics: China and the Theory of the Initial Stage of Socialism,” Politics 24, no. 1 (September 2007): 77–84.

2Ludwig von Mises, Socialism: An Economic and Sociological Analysis, 3d ed. (New Haven, CT: Yale University Press, 1951), pp. 37–42.

3Western Marxists employ the term state capitalism to exclude the Soviet Union and China from the category of socialism-communism. They thereby reserve, in their own propaganda, at least, the hallowed terms social­ism and communism for the never present, always receding, and just-over-the-horizon ideal.

4Alexandra Ma, “The US Is Scrambling to Invest More in Asia to Counter China’s ‘Belt and Road’ Mega-Project. Here’s What China’s Plan to Connect the World through Infrastructure Is like.,” Business Insider, Nov. 11, 2019. https://www.businessinsider.com/what-is-belt-and-road-china-infrastructure-project-2018-1?IR=T.

5“Actually existing socialism” is a “[t]erm used in the former communist countries to describe them as they really were, rather than as the official theory required them to be. Its use was largely ironical, and more or less confined to the writings of dissidents.” Palgrave Macmillan Dictionary of Political Thought, by Roger Scruton, 3d ed. (New York: Macmillan Publishers, 2007), s.v. “Actually existing socialism.” Credo Reference. http://proxy.library.nyu.edu/login?url=https://search.credoreference.com/content/entry/macpt/actual¬ly_existing_socialism/0?institutionId=577.

H+ Vers une civilisation 0.0

Des moyens techniques et financiers sans précédent semblent mettre le vieux rêve de l’homme-machine à portée de main : sur quels fondements idéologiques le projet transhumaniste s’appuie-t-il ? Quelle vision de l’homme porte-t-il ? Alors que les idées du transhumanisme affectent déjà nos vies, “H+” en retrace, à travers l’histoire des idées, les enjeux (politiques, philosophiques ou même économiques) et la généalogie.

Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l’histoire des idées, afin de désamorcer la “coupure historique” que celle-ci tente d’initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d’améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d’une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les “technoprophètes”, comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d’une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s’attachant au corps seul, en niant l’esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d’émancipation de l’homme.

Arrivée au terme du processus de rationalité critique, voici l’homme en quête d’un modèle neuf comme l’étaient les âmes des morts dans le monde grec. Mais alors les dieux veillaient. Aujourd’hui, l’individu n’est qu’un point nodal sur un réseau. Un réseau aux prises avec une accélération générale. Accélération du rythme de vie, du transfert de l’information, des relations sociales, du régime du travail et des découvertes, de la technique et du marché des idées – ce que Zygmunt Bauman appelle la ‘liquidité’. C’est précisément sur ce marché des idées que les post-humanistes et les post-libéraux cherchent à vendre leur projet d’un homme-machine.”

H+ est le sigle d’identification des Transhumanistes, dont les représentants reprennent à leur compte le rêve ancien de l’homme-machine. À la différence qu’ils disposent cette fois de moyens techniques pour tenter de le réaliser. Ainsi, avons-nous en ce début du XXIe siècle à nous défendre contre une mouvance qui espère remplacer le vivant par une unité fonctionnelle et, sur la foi qu’elle rencontre dans les milieux du pouvoir, bénéficie de soutiens et de moyens financiers considérables. Ce projet aux effets bien réels sur nos vies, à défaut de doter la machine d’un esprit, entend réduire l’homme à la machine.

L’avènement d’un homme artificiel permettrait en effet de contraindre le vivant à se soumettre à un dispositif socio-technique fondé sur la rentabilité. Il permettrait en outre aux puissants, ceux qui conçoivent le dispositif, de dépasser la seule limite que rencontre l’extension infinie du capital et de leur pouvoir : leur propre mort.

Alexandre Friederich ne décrit pas seulement leurs buts, qui sont désormais connus, mais en retrace la généalogie au sein de l’histoire des idées et de celle du capitalisme. Il démontre ainsi comment ils constituent une propagande visant à créer sans attendre un humain simplifié. Avec un espoir : éviter une civilisation 0.0.

Extrait de “H+”

Alexandre Friederich est un Auteur, dramaturge né en 1965 à Lausanne. Fils de diplomate, il passe de nombreuses années à l’étranger (Finlande, Espagne, États-Unis, Mexique, Vietnam…) avant d’entreprendre des études de philosophie à l’université de Genève.