Transhumanisme : penser une troisième voie

Notre Club Politique Indépendant des Vendredis de la Colline a officiellement publié, le 15 novembre dernier, son rapport “Transhumanisme : penser une troisième voie”. Dans ce document, nous proposons une réflexion sur l’impact des nouvelles technologies sur ce qui fonde notre humanité, à mi-chemin des positions bio-conservatrice et techno-progressiste. Nous énonçons notamment quelques principes forts pour que jamais l’Homme ne se mutile en espérant “s’augmenter”.

Ci-dessous l’esprit général donné à notre rapport tel que décrit en introduction de celui-ci.

Le décalage est patent. Si, d’un côté, une multitude d’articles catastrophistes annonciateurs de l’avènement d’une intelligence artificielle prédatrice alimente l’effervescence de sentiments contradictoires, de l’autre, pareils questionnements peinent à s’imposer comme enjeux incontournables auprès du grand public. La remise du rapport France IA en mars 2017 au gouvernement participe à la sensibilisation – indispensable – de nos représentants politiques aux thèmes liés à la problématique transhumaniste.

Le docteur Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo, souligne l’incompétence technique de la classe politique sur ces sujets afin d’en expliquer leur délaissement dans nos grands débats de société. Le message qui est le sien, largement repris dans la presse, est alors le suivant : la France – et plus largement l’Europe – accuse un profond retard, certes d’un point de vue technologique, mais essentiellement dans la prise de conscience du tsunami à venir de la part de nos élites. « Dans un siècle, on a Matrix », alerte-t-il le Sénat lors d’une audition publique le 19 janvier 2017.

Déjà déplore-t-il le « bio-conservatisme » de la société française et exhorte-t-il à entrer dans la course au plus vite. Aux Etats-Unis, Elon Musk, fondateur d’OpenAI, tient un raisonnement d’un alarmisme similaire, duquel il tire des conclusions radicales : la puissance cognitive de l’intelligence artificielle va bientôt dépasser celle de l’Homme.

Autant d’appels à un accompagnement d’une hybridation rapide de l’Homme – jusqu’à envisager une greffe cérébrale de composants électroniques – pour lui permettre de développer ses facultés psychiques et motrices.

Le raisonnement, fataliste, prévoit qu’il nous sera impossible d’échapper à cette révolution ; le scénario catastrophe, selon celui-ci, serait pour la France de se retrouver déclassée si elle n’accepte pas de prendre part pleinement à cette escalade technologique, quitte à consentir à des sacrifices éthiques sur l’autel du moindre mal. Pourtant, réduire la problématique à la seule fracture entre le transhumanisme et le bio-conservatisme restreint, considérablement, le champ des possibles dans un esprit d’affrontement dogmatique et a fortiori de défaitisme.

En sus du manque parfois de connaissances scientifiques sur le sujet, une autre raison semble expliquer l’absence du transhumanisme dans l’essentiel des discours politiques : l’indifférence. La montée en puissance d’idéologies technophiles serait un non-évènement. En effet, le développement technique est constitutif de l’hominisation, et son accélération dans le cadre du « progrès » n’est en rien une nouveauté. Plus encore, elle serait même souhaitable selon les chantres des technologies NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), dont les prises de position irriguent une logique d’acceptation tacite et, de facto, de participation à la construction du monde post-humain qui se profile à l’horizon.

Toute l’efficacité de l’idéologie transhumaniste repose sur ce double phénomène de résignation et de soumission à la croyance selon laquelle l’humanité n’échappera pas à sa technicisation. Cette domination idéologique s’appuie sur des axiomes culturels et scientifiques très largement acceptés, y compris dans les milieux décisionnels. Or, comme tout système de pensée efficace, le transhumanisme réactualise les présupposés culturels qui permettent son émergence, et par là-même les rend invisibles jusqu’à ce qu’ils soient progressivement acceptés par tous comme des évidences incontestables, selon le mécanisme du biais cognitif – autrement appelé angle mort de polarisation par Emily Pronin et Matthew B. Kugler.

Il ne s’agit pas de refuser le progrès technique dans une ultime convulsion réactionnaire. Il convient, au contraire, d’imaginer une troisième voie qui fasse des technologies NBIC un moyen au service du bien-être humain, et non une fin au service d’une idéologie de dépassement de la nature humaine. Il ne s’agit pas de choisir entre les multiples utopies et dystopies promises par les techno-prophètes en guise d’avenir, mais de prendre suffisamment de recul sur nos conditionnements présents pour éviter de mutiler notre humanité en pensant « l’augmenter ».

« Réinventer le rêve américain » : Le parti transhumaniste

Publié in Marianne Celka, Matthijs Gardenier, Éric Gondard et Bertrand Vidal (éd.), Utopies, dystopies et uchronies, RUSCA, revue électronique de sciences humaines et sociales, n° 9, 2016/2, p. 16-24.

« Vote for Zoltan if you want to live forever »

Digitaliser le cerveau, télécharger la conscience dans un ordinateur, le cloud computing, naître d’un utérus artificiel, créer des bébés sur mesure, vivre indéfiniment et en bonne santé : science-fiction ? Pas pour Zoltan Istvan, candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis.

Zoltan Istvan est transhumaniste, un courant de pensée qui prône l’affranchissement des limites physiques, cognitives et émotionnelles humaines par les technosciences et une prise en main de l’évolution naturelle jugée imparfaite1. En 2014, il a fondé le parti transhumaniste américain. Depuis, il s’est lancé dans la campagne présidentielle. En décembre dernier, après trois mois de voyage à travers les États-Unis à bord du « bus de l’immortalité » (en forme de cercueil), il a déposé symboliquement une Bill of Rights au Capitol, à Washington, revendiquant entre autres, pour les humains mais aussi les intelligences artificielles « sensibles » et les cyborgs, que des recherches soient effectuées afin de favoriser l’extension de la longévité en bonne santé2.

L’objet de ce texte est d’observer un désir d’insuffler, donner du sens, à une perfectivité technoscientifique radicale, un « nulle part3 » en quête de légitimité.

Qui est Zoltan Istvan ?

Zoltan Istvan est né aux États-Unis en 1973 de parents ayant fui la Hongrie et le régime communiste4. Il étudié la philosophie et la religion à Colombia University de New York5. C’est lors d’un cours qu’il découvre la cryonie : c’est une révélation6.

À 21 ans, il embarque sur un bateau avec 500 livres et entreprend un voyage transocéanique de plusieurs années. Devenu reporter, il publie pour The New York Times Syndicate, National Geographic.com, Sunday San Francisco Chronique, etc7. Il sera ensuite recruté par National Geographic Channel. En 1999, il couvre la guerre du Cachemire opposant l’Inde et le Pakistan et réalise Pawns of paradise : inside the brutal Kachmir Conflit, un documentaire qui sera récompensé par plusieurs prix. Athlète de l’extrême, il inaugure une pratique sportive pour le moins originale : la planche sur volcan8.

En 2004, alors qu’il accompagne des « chasseurs de bombes » américains au Vietnam, directement exposé à la mort, il revient avec deux convictions : vivre le plus longtemps possible et pour cela consacrer sa vie à promouvoir le combat contre la mort9.

En 2013, il publie The transhumanist Wager (Le pari transhumaniste), un roman de science-fiction. L’action se situe aux États-Unis dans un futur proche. Alors que des changements technologiques radicaux sont en cours dans l’intelligence artificielle, l’ingénierie génétique, la cryonie, etc., les transhumanistes font l’objet d’attaques de la part de politiciens, de religieux chrétiens, des scientifiques sont assassinés. Dans ce contexte, Jethro Knights, son personnage principal, défend une philosophie radicale qu’il nomme Teleological Egocentric Functionalism, qui consiste à promouvoir l’augmentation et l’immortalité.

Pour Zoltan Istvan, il s’agit d’explorer ce que nous serions prêts à faire pour vivre indéfiniment10. En partie autobiographique : Jethro Knights est étudiant en philosophie, il a traversé les Océans, couvert le conflit du Cachemire, fait de la planche sur les volcans et oeuvre pour le magazine International Geographic. Récusant la posture radicale, violente, de son personnage, Zoltan Istvan évoque la fiction.

Le parti transhumaniste américain

En octobre 2014, il passe à l’action et fonde le parti transhumaniste américain11. Jusqu’alors les éventuels sympathisants, souvent ingénieurs, scientifiques, étaient peu versés dans la politique12. Simultanément il crée, avec l’Anglais Amon Twyman, le Party Transhumanism Global qui vise à favoriser le développement et la coopération entre les différents partis transhumanistes émergeants13.

La naissance de ce parti est une nouvelle étape dans l’histoire du transhumanisme. Si le terme est né sous la plume du biologiste Julian Huxley (frère d’Aldous) en 192714, c’est seulement dans les années 1980 qu’il prend son sens contemporain. Longtemps diffuse, cette constellation s’incarne en 1998 avec le World Transhumanist Association, une organisation créée par les philosophes David Pearce et Nick Boström qui a pour but non seulement de donner corps au transhumanisme, mais aussi du crédit à ses idées afin de générer des recherches académiques15.

L’objectif de Zoltan Istvan est d’unifier politiquement le transhumanisme, lui donner une voix16. Le parti est affilié à un think tank : Zero State/Institute for Social Futurism. L’expression Social Futurism, forgée par Amon Twyman est synonyme de techno-progressisme. Apparenté à la gauche libérale, se présentant comme une alternative aux libertariens, il a pour slogan « positif social change throught technology ». Le Social Futurism, qui associe socialisme et technologie, a pour objectif de faire converger justice sociale et transformation radicale de la société par la technologie17. Dans la nébuleuse transhumaniste, les technoprogressistes tranchent par leur volonté de favoriser des changements devant bénéficier à tous18.

En octobre 2014, Zoltan Istvan s’est ouvertement déclaré candidat à la présidence des États-Unis. À cette fin, il s’est entouré des célébrités anciennes et montantes du transhumanisme. Le « biogérontologue » anglais Aubrey de Grey et la jeune biophysicienne Maria Konovalenko, cofondatrice en Russie du Parti de la longévité, sont ses conseillers anti-âges. Natasha Vita-More, figure mythique du transhumanisme, est sa conseillère transhumanisme, Jose Luis Cordeira, membre de la Singularity University, est son conseiller technique. Gabriel Rothblatt, qui a concouru comme démocrate pour un siège au Congrès en 2014, est son conseiller politique19.

Il évalue ses supporters, regroupant ingénieurs, scientifiques, futuristes et techno-optimistes à 25 00020. Initialement constitué surtout d’hommes blancs, situés académiquement, le mouvement serait en train de se diversifier, avec de jeunes hommes et femmes, d’horizons géographiques, politiques et professionnels divers. Certains seraient LGBT, d’autres handicapées, beaucoup athées21.

L’objectif de la campagne est de toucher ces trois groupes spécifiques : les athées, les LGBT et la communauté handicapée, soit environ 30 millions de personnes aux États-Unis22.

Lucide, il considère ses chances de remporter l’élection proche de 0. Ses ambitions sont toutes autres : faire croître le parti, promouvoir des idées politiques qui unissent les nations dans une vision techno-optimiste, favoriser des désirs illimités23. Avec une population américaine à 75 % chrétienne et alors que 100 % du Congrès est religieux, il estime que son plus grand obstacle est son athéisme24.

En octobre dernier, Amon Twyman apportait une autre limite à l’ambition politique de Zoltan Istvan en réaffirmant la pluralité du transhumanisme. Selon lui, la force du parti réside dans sa diversité. Les idées de Zoltan Istvan, perçues comme libertariennes25 et potentiellement schismatiques, risquent d’affaiblir le transhumanisme. Tout en reconnaissant le bien fondé de son action, Amon Twyman considère qu’un discours centré sur la longévité fait oublier les autres aspects du transhumanisme et se heurte au techno-progressivisme26. Confrontée au réel, l’utopie s’affaiblit.

« Réinventer le rêve américain »

Trois thèmes dominent la campagne : la superintelligence artificielle, le devenir cyborg et le dépassement de la culture mortifère.

Zoltan Istvan défend l’idée que dans 30 ans le président des États-Unis pourrait être une intelligence artificielle27. Considérée comme peu influençable par un lobby, une intelligence artificielle agirait, « de manière altruiste », pour le bien de la société. Mais un dysfonctionnement, une prise de contrôle par une autorité malveillante, un devenir « égocentré » de la machine seraient les faiblesses de cette prospective28. Cette idée fait écho aux préoccupations « académiques » de deux transhumanistes : Eliezer Yudkowsky du Machine Intelligence Research Institute et Nick Boström (Université d’Oxford), directeur de l’Institut for Future of Humanity. Ces derniers sont inquiets des risques anthropiques liés, entre autres, à l’émergence possible d’une superintelligence inamicale29. Zoltan Istvan occulte ce danger en postulant que les transhumanistes n’ont pas pour ambition de laisser les machines agir à leur guise. Proche du discours techno-optimiste libertarien de Ray Kurzweil et Peter Diamandis, dans une vision plutôt adaptative qu’émancipatoire30, la fusion avec la machine, le devenir cyborg, permettra selon lui de réduire le risque31. La faiblesse de l’argumentaire éthico-politique est ici frappante.

Techno-évolutionniste, se positionnant ouvertement au-delà de l’humain, il souhaite améliorer le corps humain par la science et la technologie, faire mieux et plus rapidement que la sélection naturelle. Zoltan Istvan se dit porteur d’une « nouvelle façon de penser », un nouveau territoire pour l’espèce humaine32. Qualifiant d’anti-progrès, d’anti-innovation le moratoire sur l’ingénierie génétique, il souhaite que les recherches se poursuivent dans un cadre éthiquement borné ; l’enjeu : vivre mieux. Il défend l’idée qu’avec cette ingénierie les maladies du cœur, les cancers, les hérédités pathogènes seront éliminées. Dans une approche résolument eugéniste, il serait donné aux parents le choix de leur enfant : couleur des cheveux, taille, genre, aptitudes athlétiques et cognitives. Récusant les critiques, il les estime infondées et fruits de la religion. La crainte de créer une race non-humaine, des êtres monstrueux, est, selon lui, surestimée et habitée par un imaginaire hollywoodien. À cela, il oppose la création d’une population libérée de la maladie. Ici techno-progressiste, il évoque le risque que seuls les riches pourraient se le permettre33. Au-delà du devenir cyborg, c’est la mort qui est visée.

Un des obstacles majeurs à la croissance du transhumanisme résiderait, selon Zoltan Istvan dans la culture mortifère (deathist culture). 85 % de la population mondiale croit à la vie après la mort et au moins 4 milliards d’habitants considèrent le dépassement de celle-ci par la technologie comme un blasphème. Beaucoup de gens souscrivent à une culture qui suit les principes de La Bible : mourir et aller au paradis34. Partant du constat que 150 000 personnes meurent chaque jour, pour la plupart de vieillesse et de maladie, il suggère deux voies « prometteuses » pour réduire cette mortalité : la digitalisation du cerveau et le téléchargement de l’esprit ainsi que l’inversion du processus de vieillissement développé par Aubrey de Grey35. Les millions de dollars investis dans la recherche anti-âge et la longévité grâce notamment par Google et le projet Calico, Human LLC et Insilico, le rendent optimiste. Mieux encore, l’idée de faire une fortune autour de l’immortalité ferait son chemin36. Matérialiste, comme Aubrey de Grey, il perçoit le corps comme une voiture que l’on peut réparer37. Il ne s’agit pas de vivre éternellement mais plutôt de choisir de mourir ou non. C’est une transcendance opératoire, un ici et maintenant, qu’il propose38.

Récemment, Zoltan Istvan a fait scandale en évoquant le contrôle des naissances. Dans la perspective d’une conquête de la mort, il s’interroge : « Devra-t-on encore permettre à n’importe qui d’avoir autant d’enfants qu’il souhaite ? » Il imagine un permis, accordé suite à une série de tests, qui permettrait l’accès à la procréation et la possibilité d’élever des enfants. En seraient exclus les sans domicile fixe, les criminels et les drogués. Mobilisant, tout à tour, l’argument humanitaire – donner une meilleure vie aux enfants –, environmental, démographique, féministe – les enfants qui nuisent à la carrière professionnelle –, il conclut qu’il ne s’agit pas de restreindre la liberté mais de maximiser les ressources pour les enfants présents et à venir39. Ces propos tenus dans la revue libertarienne Wired co.uk, lui ont valu l’ire d’une presse40 qu’il qualifie de « conservatrice ». Il aurait même reçu des menaces de mort41.

Conclusion

Le transhumanisme sort de sa sphère techno-scientifique et philosophique, il s’aventure maintenant sur le terrain politique, éprouve ses forces. Sans surprise, cette irruption dans le réel attise le conflit entre les bioconservateurs et les bioprogressistes. Plus intéressant, cette campagne électorale révèle un obstacle encore largement invisible : la colonisation politique de l’utopie, qui s’incarne dans les tensions entre les libertariens et les technoprogressistes.

Si les résultats de l’élection seront sans surprise pour Zoltan Istvan, le « pari » de faire connaître le transhumanisme à une large audience est d’ores et déjà remporté, quant à l’idée d’unifier les forces potentielles en présence : nous le verrons lors de l’élection.

Cette candidature doit attirer notre attention sur les mutations technologiques radicales en cours, leurs ressorts et motivations. Plus encore, c’est une invitation cruciale à penser les implications politiques et sociales et la nécessité d’anticiper les arbitrages et risques associés.

Notes :

1 MORE M. & VITA-MORE N., The transhumanist reader, Hoboken, John Wiley & Sons, 2013 ; BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Journal of Evolution & Technology, 14, 1, 2005.
2 ISTVAN Z., « Immortality Bus delivers Transhumanist Bill of Rights to US Capitol », IBT, 21 décembre 2015.
3 RICOEUR P., L’idéologie et l’utopie, Paris, Seuil, 1997, p. 37.
4 LESNES C., « Zoltan Istvan, le candidat de la vie éternelle », Le Monde, 14 septembre 2015.
5 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Reform, 6 mars 2014.
6 NUSCHKE M., « Fireside Chat with Zoltan Istvan – Author of ‘The Transhumanist Wager’ », Retirement singularity, 4 mai 2014.
7 Site de Zoltan Istvan.
8 ISTVAN Z., « EXTREME SPORTS / Really Good Pumice, Dude! / Volcano boarding: Russian roulette on a snowboard », Sfgate, 8 décembre, 2002.
9 ISTVAN Z., « Forget Donald Trump. Meet Zoltan Istvan, the only presidential candidate promising eternal life », Vox, 8 septembre 2015.
10 Idem.
12 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Op. Cit.
14 HUXLEY J., Religion without revelation, Santa Barbara, Greenwood Press, 1979 (1927).
15 BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Op. Cit.
16 ISTVAN Z., « An interview with Zoltan Istvan, founder of the transhumanist party and 2016 U.S. presidential candidate », Litost Publishing Collective, 23 novembre 2014.
17 Institute for social futurism, Op. Cit.
18 TREDER M., « Technoprogressives and transhumanists : What’s the difference ? », IEET, 25 juin 2009.
19 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », GIZMODO, 5 juillet 2015.
20 Idem.
21 ISTVAN Z., « A new generation of transhumanists is emerging », Huffpost, 3 octobre 2014.
22 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
23 Idem.
24 Idem.
25 BENEDIKTER R et al., « Zoltan Istvan’s ‘Teleological Egocentric Functionalism’: A approach to viable politics ? », Op. Cit.
26 TWYMAN A., « Zoltan Istvan does not speak for the Transhumanist Party », Transhumanity.net, 12 octobre 2015.
27 HENDRICKON J., « Can this man and his massive robot network save America », Esquire predicts, 19 mai 2005.
28 Idem.
29 Cf. Superintelligence, Paths, Dangers, Strategies de Nick Bostrom (oup, 2014).
30 DEVELEC LE N., « De l’humanisme au post-humanisme : mutations de la perfectibilité humaine », Revue MAUSS, 21 décembre 2008.
31 ISTVAN Z., « The morality of artificial intelligence and the three laws of transhumanism », Huffpost, 2 février 2014.
32 ISTVAN Z., « The culture of transhumanism is about self-improvement », Huffpost, 4 septembre 2015.
33 ISTVAN Z., « Transhumanist party scientists frown on talk of engineering moratorium », Huffpost, 5 avril 2015.
34 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
35 ISTVAN Z., « Transhumanism is booming and big business is noticing », Huffpost, 17 juillet 2015.
36 Idem.
37 GREY A. de avec RAE M., Ending Aging. The Rejuvenation Breakthrought That could Reverse Human Aging in Our Lifetime, NY, St Martin Griffin, 2007, p. 326.
38 ISTVAN Z., « Can transhumanism overcome a widespread deathist Culture ? », Huffpost, 26 mai 2015.
39 ISTVAN Z., « It’s time to consider restricting human breeding », Wired. co.uk, 14 août 2014.
40 McCLAREY D., « Hitler : “Born Before this time” », The American Catholic, 21 août 2014 ; SMITH WESLEY J., « Tranhumanism’s Eugenics Authoritarianism », Evolution. News.net, 15 août 2014.
41 ISTVAN Z., « Death, threats, freedom, Transhumanism, and the future », Huffpost, 25 août 2014.

Le transhumanisme est inévitable

http://us.macmillan.com/transhuman-1/eveherold

« Le Transhumanisme devient de plus en plus respectable, et le transhumanisme, avec un t minuscule, émerge rapidement au travers du public », rapporte Eve Herold dans son nouveau livre avisé, Beyond Human [au-delà de l’humain]. Tandis que le Transhumanisme avec un grand T est le mouvement militant qui préconise l’utilisation de la technologie pour étendre les capacités humaines, le transhumanisme avec un t minuscule est la croyance ou la théorie que l’espèce humaine évoluera au-delà de ses limites physiques et mentales actuelles, particulièrement au moyen d’interventions technologiques délibérées. En tant que directrice de recherche et de l’éducation des politiques publiques à la Genetics Policy Institute, Herold connaît bien ces territoires scientifiques, médicaux et bioéthiques.

Les mouvements attirent des contre-mouvements, et Herold couvre aussi les adversaires à la transformation transhumaine. Ces bioconservateurs vont de néoconservateurs moralisateurs aux égalitaristes libéraux craignant que ces nouvelles technologies mettent en danger d’une façon ou d’une autre la dignité et l’égalité humaine. « J’ai commencé ce livre en m’engageant à explorer tous les arguments, à la fois pour et contre les augmentations humaines », écrit-elle. « J’ai découvert à maintes reprises dans le processus que les arguments bioconservateurs sont moins que persuasifs ». (Herold cite quelques-unes de mes [Ronald Bailey] propres critiques du bioconservatisme dans son livre.)

Herold commence [le livre] avec l’histoire de Victor Saurez, un homme vivant deux siècles dans le futur qui, alors âgé de 250 ans, à l’apparence et la vitalité d’une personne de 30 ans. Retour à l’époque sombre du 21e siècle, Victor était idéologiquement contre toutes les technologies dernier cri qui permettraient d’allonger artificiellement sa vie. Mais après avoir connu un début précoce d’insuffisance cardiaque, il a accepté de se faire implanter un cœur artificiel permanent parce qu’il voulait connaître ses petits-enfants. Ensuite, afin de ne pas être un fardeau pour sa fille, il a décidé de se faire implanter des puces de vision dans ses yeux pour corriger la cécité de la dégénérescence maculaire. Enfin, il a accepté des traitements intelligents de nanoparticules guidées qui inversent le processus de vieillissement en corrigeant sans relâche l’accumulation des erreurs de l’ADN qui causent la détérioration physique et mentale.

De la science-fiction ? Pour l’instant. « Ceux d’entre nous qui vivent aujourd’hui ont de bonnes chances d’être un jour les bénéficiaires de ces avancées », soutient Herold.

Considérez les cœurs artificiels. En 2012, Stacie Sumandig, une mère de 40 ans ayant quatre enfants, s’est vue annoncée qu’elle serait morte d’ici quelques jours dus à une insuffisance cardiaque causée par une infection virale. Étant donné qu’aucun cœur de donneur n’était disponible, elle choisit de se faire installer à la place le Syncardia Total Artificial Heart (TAH) [cœur artificiel total temporaire de Syncardia]. Le TAH remplace complètement le cœur naturel et est alimenté par des batteries transportées dans un sac à dos. Il a permis à Sumandig de vivre, travailler, et prendre soin de ses enfants pendant 196 jours avant qu’un cœur de donneur devienne disponible. A partir de ce mois-ci, 1 625 TAH ont été implantés ; une personne a vécu avec pendant 4 ans avant de recevoir un cœur de donneur. En 2015, un essai clinique en cours a commencé dans lequel 19 patients ont reçu des TAH permanents.

Herold poursuit en décrivant des recherches innovantes sur les reins artificiels, les foies, les poumons et pancréas. « Les organes artificiels seront bientôt conçus pour être plus durables et peut-être plus puissants que les naturels, les amenant à être non seulement curatifs mais aussi améliorants », soutient-elle. Dans le futur, les gens vont être chargés avec des technologies pour les maintenir en vie et en bonne santé. (Une question troublante se pose : que faisons-nous quand quelqu’un utilisant ces technologies biomédicales choisit de mourir ? Qui serait en charge de désactiver ces technologies ? Est-ce que la loi traiterait la désactivation par une tierce personne comme équivalent à un meurtre ? Dans de tels cas, quelque chose de comparable à la légalisation du suicide assisté pourrait être mis en place.)

Les organes artificiels ont également une concurrence considérable. Herold, malheureusement, ne fait pas état sur les perspectives remarquables pour la culture d’organes humains transplantables à l’intérieur des cochons et des moutons. Tout comme elle ne porte pas beaucoup d’attention aux thérapies utilisant des cellules souches qui pourraient remplacer et réparer les tissus et organes endommagés. Mais de telles recherches soutiennent son point de vue que les biotechnologies, les technologies de l’information et les nanotechnologies, convergent pour produire une pléthore de traitements curatifs et améliorants.

L’application phare de l’amélioration humaine est l’immortalité – stopper et inverser les handicaps physiques et mentaux qui nous arrivent avec le vieillissement. Herold porte beaucoup d’attention sur le développement de nanorobots qui patrouilleraient le corps pour réparer et enlever les dommages causés par les défaillances de la machinerie cellulaires au fil du temps. Elle croit que la nanomédecine va d’abord atteindre le succès dans le traitement des cancers et puis de passer à guérir d’autres maladies. « Ensuite, si tout se passe bien, nous allons entrer dans le paradigme du maintien de la santé et de la jeunesse pour un temps très long, peut-être sur des centaines d’années », affirme-t-elle. Peut-être parce que la recherche avance très vite, Herold ne dit pas comment l’édition du génome par CRISPR permettra aux futurs gérontologues de reprogrammer de vieilles cellules pour les rendre plus jeunes.

Herold pense que ces révolutions technologiques seront une bonne chose, mais cela ne veut pas dire qu’elle est une Pollyanna. Tout au long du livre, elle s’inquiète sur notre dépendance croissante aux nouvelles technologies et comment elles nous affecteront. Elle anticipe un monde peuplé de robots à notre service pour presque toutes les tâches. Des robots sociaux surveilleront notre santé, nettoieront nos maisons, nous divertiront, et satisferont nos désirs sexuels. Herold met en garde, les utilisateurs isolés avec des robots parfaitement subordonnés pourraient « perdre d’importantes aptitudes sociales telles que l’altruisme et le respect des droits des autres. » Elle demande également, « aurons-nous encore besoin des uns des autres quand les robots deviendront nos nounous, amis, serviteurs et amants ? »

Il y a aussi la question de savoir comment des institutions centralisées, contrairement à des individus responsabilisés, pourraient utiliser cette nouvelle technologie. Vous trouverez derrière beaucoup des améliorations à venir, l’armée américaine, qui finance des recherches pour protéger ses soldats et les rendre plus efficaces au combat. Comme le rapporte Herold, la DARPA subventionne des recherches sur un médicament qui permettrait de maintenir les gens éveillés et alertes pendant une semaine. DARPA est également à l’origine des travaux sur les implants cérébraux conçus pour modifier les émotions. Bien que cette technologie puisse aider les personnes aux prises avec des problèmes psychologiques, elle pourrait également être utilisée pour éliminer la peur ou la culpabilité des soldats. Manipuler les émotions des soldats de façon qu’ils suivent les ordres sans broncher, est éthiquement problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.

Voir aussi → Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche
L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire
→ CREOGN* : L’Humain augmenté : quels enjeux éthiques et juridiques dans les politiques de Défense et de Sécurité intérieure ?
L’armée française à la recherche du « soldat augmenté »
2030, l’Horizon H+ : les futurs probables, selon le Conseil National du Renseignement des États-Unis

Des questions similaires hantent les discussions d’Herold sur ces technologies, comme les médicaments et les implants de neuro-améliorations, qui pourraient nous aider à créer de meilleurs cerveaux. Au travers de l’histoire, l’ultime royaume de la vie privée a toujours été nos pensées cachées. Les proliférations de capteurs neuronaux et des implants pourraient dévoiler/ouvrir nos pensées à l’inspection par nos médecins, amis, et famille – et ainsi qu’aux représentants gouvernementaux et du marketing d’entreprises.

Augmentation des performances humaines avec les nouvelles technologies : Quelles implications pour la défense et la sécurité ?
Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade : enjeux éthiques

Pourtant, Herold réfute efficacement les arguments bioconservateurs contre la poursuite et l’adoption de l’amélioration humaine. Une des inquiétudes souvent entendues est que la recherche sur la longévité nous entraînera dans un monde de soins infirmiers à domicile où les gens vivent plus longtemps, mais avec des vies de plus en plus débilitées. C’est un non-sens : l’idée des recherches contre le vieillissement n’est pas de laisser les gens être âgés plus longtemps, mais de les maintenir jeunes plus longtemps. Un autre argument soutient que les technologies transhumaines vont tout simplement laisser les riches devenir plus riches.

Le rapport, rédigé et publié par le Conseil national du renseignement des États-Unis, nous alerte également sur les risques associés au progrès disruptif et au changement de paradigme qu’il devrait induire. D’après le groupe d’analystes, bon nombre de ces technologies d’augmentation ne seront disponibles que pour ceux qui seront en mesure de les payer.

Ces déséquilibres d’accès à l’amélioration pourraient être à l’origine de violentes turbulences, et de conflits si rien n’est mis en place pour réguler et encadrer les technologies impliquées.

Le risque principal résulte d’une société clivée, à deux niveaux formée d’une part des individus ayant accès aux technologies d’augmentation et profitant pleinement des améliorations et d’autre part, des laissés pour compte technologiques, non augmentés pour lesquels l’écart des capacités se creuse à mesure que le progrès avance. Cette asymétrie n’est pas tenable et nécessitera probablement une stricte surveillance des gouvernements et une régulation méthodique des technologies d’augmentation. La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) devrait induire des progrès scientifiques collatéraux importants, comme ceux du stockage de l’énergie avec des batteries longue durée, ceux de l’interfaçage biologique-silicium, ou encore ceux de l’électronique biocompatible flexible.

« Nous entrons dans l’ère de transhumanisme, et les nombreuses nouvelles thérapies ciblées contre le cancer vont avoir une incidence sur les prix. Les dépenses de santé vont exploser dans les prochaines années à un rythme de 10 % par an » Nicolas Bouzou.

« Il suffit de jeter un coup d’œil sur les disparités séparant aujourd’hui l’étroite minorité des super-riches et les 95 % de citoyens restant à l’écart du progrès, pour se convaincre que la Singularité promise par Ray Kurzweil et ses disciples, ne sera pas pour tout le monde» JP Baquiast 20/08/2014.

« Une redistribution massive des richesses est la pierre angulaire de l’ordre du jour. Si oui ou non les 1 % qui contrôlent 85 % de la richesse mondiale donneront volontairement leurs milliards est encore à voir. » William Henry, auteur, mythologue d’investigation et présentateur de télévision intervenant sur la chaîne History Channel.

Pierre Concialdi : « L’utopie (le délire ?) transhumaniste peut faire miroiter le mirage d’une vie de cyborg quasiéternelle libérée du travail. C’est un rêve réservé à une minuscule élite d’ultra riches. Pour les autres, le cauchemar continue. »

Herold note que bien que les riches ont presque toujours accès aux nouvelles technologies en premier, les prix baissent ensuite rapidement, les rendant accessibles pour presque tout le monde au bout du compte. Elle est persuadée que la même dynamique s’appliquera pour ces thérapies.

Dans ce cas, pourquoi les implants dentaires sont-ils toujours si chers ?

Source : http://www.dentaly.org/prix-dun-implant-dentaire-le-guide-complet/#Implants_dentaires_prix_pour_plusieurs_dents

Les bioconservateurs affirment souvent que les technologies d’améliorations doivent être interdits, car autrement, ceux-ci subiront une irrésistible pression sociale pour les utiliser dans le but de rester compétitif. Herold répond sèchement : «il est de la responsabilité de chaque individu de faire les choix qui lui paraissent bons pour lui. Ce n’est pas la responsabilité de la société de limiter la liberté d’autres personnes de sorte que l’on puisse se sentir bien dans ses choix ». Les bioconservateurs, note-t-elle, « échouent à convaincre sur, pourquoi ceux qui s’opposent aux améliorations devraient être en mesure d’exercer le libre choix, tandis que ceux qui le désirent ne devraient pas. »

Qu’en est-il des préoccupations sur l’authenticité et la déshumanisation ? Ici, Herold déclare : « Rien ne pourrait être naturel aux êtres humains que d’aspirer à se libérer de ses contraintes biologiques. » Herold observe que personne n’a jamais vraiment réussi à sortir une bonne définition de la nature humaine. Alors que nous entamons l’inévitable voyage transhumaniste, elle conclut que « nous pouvons ne jamais voir qui nous sommes aujourd’hui in the rearview mirror, d’un état beaucoup plus avancé que celui où nous nous trouvons maintenant. » Allons découvrir qui nous sommes vraiment.

Traduction Thomas Jousse

Ronald Bailey est correspondant scientifique pour Reason Magazine et auteur de The End of Doom (juillet 2015).

Beyond human: How cutting-edge science is extending our lives, by Eve Herold, St. Martin’s Press

Bouleversements à venir

Extrait de : Pour une présidentielle sous le signe des NBIC, par Laurent Alexandre, LesEchos.fr, le 23 mai 2016

Le prochain quinquennat devra être celui de l’orientation technologique des politiques publiques à toute échelle et pour tous les citoyens. La France ne peut plus sous-estimer les effets et les turbulences engendrés par la convergence NBIC. La montée en puissance de l’intelligence artificielle et de la robotique n’impactera pas seulement les joueurs de Go, mais bien l’ensemble des acteurs économiques de la nation. Aucun secteur, aucun écosystème ne pourra faire l’économie d’une adaptation rapide aux mutations technologiques. La révolution NBIC va modifier en profondeur le marché du travail, la finance, l’industrie, l’économie, la santé publique, l’éducation, la recherche et la défense nationale.

Chaque ministère du futur gouvernement devra accompagner et gérer des ruptures technologiques qui détruiront les consensus et les équilibres traditionnels. Face à ces ruptures, la France doit mener un combat exemplaire pour s’adapter. Il faut désormais que les candidats s’interrogent et nous interrogent sur l’avenir technologique de la Nation : allons-nous subir la révolution des NBIC ou au contraire, agir et profiter de ses innovations et du développement économique qu’elle entraîne ? C’est finalement la question principale qui devrait guider la rédaction d’un programme politique pour 2017.

La société civile, quant à elle, ne peut plus rester à l’écart de l’action politique. Ils contribueront au succès de la Nation, ou à son déclin, s’ils ne sont pas entendus par le pouvoir.

Quelle médecine pour l’homme augmenté ?

Étude des enjeux philosophiques de l’anthropotechnie. Alexandre Klein, Université d’Ottawa. Paru dans les Cahiers Figura, n°37 « Les frontières de l’humain et le posthumain », 2014, p. 55-71.

Extrait

Le posthumain, cet être humain dont les caractéristiques essentielles n’ont plus rien de commensurables avec celles qu’on lui connaît aujourd’hui, n’est pas qu’un être de fiction, un personnage imaginaire des romans de science-fiction, des nouvelles d’avant-garde, des bandes dessinées ou des films à gros budget. Certes, il n’est pas encore totalement présent en chair et en os, ni même en chair et en métal, mais il n’en reste pas moins un évènement de notre temps. D’une part parce que la fiction participe d’un champ qu’il faut bien qualifier d’imaginal au sens où il ouvre des possibilités concrètes, et d’autre part, parce que sa simple évocation conduit à l’apparition de débats et de prises de position bien réelles, s’ancrant dans notre présent. En ce sens, l’existence même du transhumanisme – ce mouvement militant pour l’avènement du posthumanisme – est là pour nous rappeler que le posthumain n’est pas un mirage et ce bien qu’il se profile à l’horizon de nos regards, quelque peu fatigués, de sujets en mal de notre époque.

Mais ce qui concrétise d’autant plus, pour l’épistémologue, l’actuelle présence du posthumain, c’est la formalisation progressive d’un champ disciplinaire qui lui serait, si ce n’est consacré, au moins proprement corrélatif : la médecine d’amélioration. Cet ensemble de techniques où se mêlent les avancées ou espoirs scientifiques de différentes disciplines serait la nouvelle science de l’homme, ou plus exactement la science de l’homme nouveau. Sous ce vocable sont en effet réunies toutes les pratiques qui aujourd’hui rendent tangibles ou font rêver à un nouvel homme nécessairement augmenté, essentiellement amélioré. Il rassemble ainsi d’une part des pratiques d’augmentation effectives telles que le détournement d’agents médicamenteux à des fins non thérapeutiques – à l’image du Ritalin® ou du Provigil® que consomment largement les étudiants américains pour accroître leurs capacités de révision – ou la construction d’exosquelettes biomécaniques par la Darpa pour permettre aux militaires de surpasser leurs performances humaines. Et il inclut d’autre part des pratiques projectives, comme les études sur le vieillissement que mène Aubrey de Grey en modifiant génétiquement des souris « Mathusalem », ou les travaux de biologie synthétique de Craig Venter. La médecine d’augmentation est donc un champ de recherche multiple, complexe au sens où il est au carrefour de différentes sciences au statut épistémologique divers, mais elle est néanmoins un champ de pratiques tendant à s’affirmer comme un ensemble cohérent dans nos représentations, par le biais du vocable de « médecine ».

Car, qu’on le veuille ou non, la naissance du posthumain sera nécessairement biomédicale. Les avancées du génie génétique, les exploits de l’intelligence artificielle ou les prouesses de la robotique devront toujours se confronter à la matérialité vivante, à la chair sombre et gluante du corps humain pour qu’émerge l’hybride qui engagera notre changement d’espèce. Même si les utopies posthumaines visent à dépasser l’irrémédiable présence du corps dans notre expérience vécue, la lourdeur de sa matérialité dans l’établissement de notre rapport au monde, il n’empêche que le corps est le nécessaire médium de leur réalisation.

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Nicolas Le Dévédec : L’humain augmenté, un enjeu social

Nicolas Le Dévédec : Université de Montréal et Université de Rennes 1 – Institut du Droit Public et de la Science Politique (IDPSP)
Fany Guis : Université de Montréal, Qc, Canada

Résumés

« Human Enhancement » est l’expression aujourd’hui consacrée pour désigner l’« amélioration » technique des performances humaines, aussi bien physiques, intellectuelles qu’émotionnelles. Source d’inquiétude pour les uns, motif d’espérance pour les autres, l’augmentation de l’humain soulève un nombre considérable de débats. Ceux-ci se caractérisent cependant par l’évacuation de toute dimension sociale et politique du sujet. Au regard de deux ensembles de pratiques contemporaines, la consommation de médicaments psychotropes et le recours aux nouvelles technologies reproductives, cet article abordera les problèmes de la médicalisation de la société et de l’instrumentalisation de l’humain que recouvre l’humain augmenté.

Plan

Entre les transhumanistes et les bioconservateurs : un débat sur l’avenir de la nature humaine
Les transhumanistes
Les bioconservateurs
Les partisans d’une éthique libérale : gérer l’augmentation de l’humain
Une condamnation intenable et injustifiée
Une régulation nécessaire
L’humain augmenté, un enjeu social
Amélioration ou médicalisation ? Le cas des médicaments psychotropes
Amélioration ou instrumentalisation ? Le cas des technologies reproductives
Conclusion

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Nicolas Le Dévédec et Fany Guis, « L’humain augmenté, un enjeu social  », SociologieS [En ligne], Premiers textes, mis en ligne le 19 novembre 2013, consulté le 09 janvier 2016.
URL : http://sociologies.revues.org/4409

Biodiversité, philosophie transhumaniste et Avenir de l’homme (PDF)

Résumé

Cet article s’intéresse sur la possible création d’une « biodiversité » au sein de l’espèce humaine. Certains scientifiques et philosophes transhumanistes défendent aujourd’hui un progressisme prométhéen de transformation de la nature humaine par la technologie. Cette utopie technoscientifique ayant pour objectif l’amélioration de l’être humain s’appuie sur les pouvoirs nouveaux de la biomédecine. Du point de vue des technologies convoquées autant que de la relation à l’être humain, les spéculations posthumanistes oscillent entre deux orientations. La première se situe davantage dans le prolongement du transhumanisme, c’est-à-dire de la transformation biophysique de l’être humain; cette voie accentue soit les technosciences du vivant (biotechnologie, génétique, neuroscience) soit les technologies prothétiques et cybernétiques. La seconde orientation est “externe” car elle ne passe pas par une telle transformation. Elle extrapole à partir des recherches et inventions dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA).

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