Biohacking et transhumanisme : Un rapport sur l’augmentation humaine

Une étude révèle que beaucoup d’entre nous considèrent le biohacking comme passionnant, mais les craintes concernant le piratage et la vie privée demeurent.

L’augmentation humaine peut décrire beaucoup de choses. Les appareils auditifs, les stimulateurs cardiaques et les prothèses sont déjà utilisés, mais à l’avenir, nous pourrions utiliser ce terme pour désigner les implants qui améliorent les capacités cognitives ; les puces qui nous relient à nos appareils intelligents, ou les yeux bioniques qui peuvent restaurer la vue, et bien d’autres choses encore.

En ce qui concerne les applications futures, les pays du monde entier font avancer le développement de nouvelles technologies qui pourraient améliorer le corps humain.

Par exemple, le Japon a récemment mis un milliard de dollars sur la table pour les chercheurs désireux de se consacrer à tous les domaines, de l’augmentation de la population humaine à la longévité, en raison de la nécessité de s’attaquer au vieillissement de la population active et à la diminution de la population.

Kaspersky a publié un nouveau rapport, The Future of Human Augmentation 2020: Opportunity or Dangerous Dream?, ce rapport vise à clarifier les points de vue des citoyens de plusieurs pays sur la perspective du biohacking.

L’étude a révélé que 92 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles changeraient une caractéristique d’elles-mêmes si elles le pouvaient, 63 % ont déclaré qu’elles envisageraient une augmentation humaine à l’aide de la technologie. Le travail sur le terrain pour cette étude a été mené par Opinium Research qui a interrogé 14 500 personnes de 16 pays d’Europe et d’Afrique du Nord.

Les Italiens sont les plus nombreux à envisager le biohacking, soit 81 % au total. En revanche, les Britanniques sont plus prudents, avec seulement 33% qui disent qu’ils étudieraient l’augmentation humaine pour changer leurs propres caractéristiques. L’Espagne, le Portugal, la Grèce et le Maroc sont également ouverts à l’idée du biohacking.

Plus de la moitié des personnes interrogées, soit 53%, estiment que le biohacking améliorerait leur mode de vie. Cependant, 69% ont exprimé leur inquiétude quant au fait que le biohacking sera à l’avenir réservé aux riches.

Lors de la conférence de Kaspersky NEXT, cette opinion a également été exprimée par Julian Savulescu, professeur à l’université d’Oxford et titulaire de la chaire Uehiro d’éthique pratique : “L’augmentation humaine se développera grâce aux forces du marché en maximisant les profits des grandes entreprises multinationales”. En d’autres termes, l’économie et la demande des consommateurs pourraient stimuler les initiatives de biohacking, plutôt que toute quête d’un bien commun.

Zoltan Istvan, le fondateur du Parti Transhumaniste, a approuvé, notant que l’augmentation de la population humaine est susceptible d’être “contrôlée par le capitalisme dans une certaine mesure”, et que “l’économie sera un moteur, pour le meilleur ou pour le pire”. Istvan pense aussi que le biohacking est intrinsèquement la prochaine étape pour les humains “qui aspirent à être quelque chose de plus grand que ce que nous sommes”. “[Je suis] en fin de compte du côté du choix personnel, tant que cela ne nuit pas directement à quelqu’un d’autre”, a déclaré Istvan. “[…] Laissez les gens prendre ces décisions eux-mêmes et le marché suivra.”

Parmi les autres statistiques intéressantes publiées dans le rapport, on peut citer :

– 88% des personnes ont déclaré craindre que leur corps puisse être piraté par des cybercriminels
– 36% des femmes et 25% des hommes considèrent l’augmentation attrayante pour améliorer l’attractivité
– Les hommes sont plus intéressés par l’amélioration de leur force via le biohacking (23%) que les femmes (18%)
– 47% estiment que les gouvernements devraient réglementer l’augmentation humaine

“L’augmentation humaine est l’une des tendances technologiques les plus importantes aujourd’hui”, a commenté Marco Preuss, Directeur Europe de l’équipe de Recherche et analyse globales pour Kaspersky Europe. “Mais les gens ont raison de se méfier. Les adeptes de l’augmentation testent déjà les limites du possible, mais nous avons besoin de normes communes pour garantir que l’augmentation atteigne son plein potentiel tout en minimisant les risques”.

“Il est important d’en parler maintenant, d’avoir un aperçu de ces technologies maintenant, afin de conduire activement son développement”, a déclaré Preuss. “Nous avons tellement de romans et de films sur ce sujet. Il nous appartient maintenant de décider si nous voulons aller dans cette direction”.

CTech , Kaspersky, ZDNet

Liberté, Égalité, Singularité

À l’heure de la globalisation, les frontières ne disparaissent pas qu’entre les pays. Longtemps confinée aux domaines de la science, de l’industrie et du divertissement, la technologie envahit désormais des territoires considérés jusque-là comme essentiellement humains : les relations intimes, la psychologie, l’art, l’éducation et même… la politique. La conquête se fait sur plusieurs fronts simultanément : la sécurité, l’économie, le droit, l’environnement, la santé, mais aussi sur le plan électoral lui-même, et tout cela à grand renfort de big data. Cette évolution, qui soulève pourtant de nombreuses questions éthiques, ne semble pas inquiéter les citoyens et les citoyennes de nos chères démocraties, probablement usées par des décennies de scandales et de crises à répétition. En effet, dans un sondage réalisé le 21 mars 2019 par l’Université IE de Madrid, on apprend que « 25% des Européens seraient prêts à laisser des algorithmes gouverner plutôt que des hommes politiques pour prendre les bonnes décisions (…) Un chiffre qui monte à 30% en Allemagne, en Italie, en Irlande, au Royaume-Uni et même à 43% aux Pays-Bas »… Saint George (Orwell), priez pour nous.

Big data, big brother, big control

Les temps changent et, avec eux, les pratiques politiques. Enfin, les outils évoluent, mais les objectifs des puissants restent, eux, désespérément identiques au fil des siècles. Parmi ces objectifs, la clé de voûte du pouvoir : le contrôle. Et c’est ce que le big data permet aujourd’hui, dans des proportions inédites. Nous sommes scrutés sous toutes les coutures, nos actions sont observées, mesurées et enregistrées sans que nous en ayons conscience : caméras de surveillance dans les rues, reconnaissance faciale, géolocalisation, analyse de nos habitudes de consommation via nos cartes de paiement, de nos préférences culturelles et de nos orientations politiques sur les réseaux sociaux… Nous savons même désormais avec certitude que nous sommes écoutés par nos téléphones portables, nos tablettes et nos ordinateurs. Bien sûr, pour le moment cette collecte de données se fait officiellement à titre anonyme et pour des motivations commerciales. Mais il est clair que leur exploitation ne se limite pas à un usage mercantile et que ces pratiques ont d’ores et déjà des visées politiques, comme l’a démontré récemment le scandale Cambridge Analytica. Ajoutons à ce tableau le développement de nouvelles techniques comme le facial coding, qui consiste à décrypter les émotions sur le visage d’une personne, ou encore le déploiement du nudge, discipline qui vise à influer sur le comportement du consommateur (ou de l’électeur) par des moyens subtils et donc à guider sournoisement ses choix, et nous voyons se dessiner les contours d’une société où les notions de vie privée et de liberté ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir. Or, cette liberté est l’un des fondements de la démocratie et si les avancées technologiques la mettent en péril, alors il ne s’agit plus de progrès, mais d’une terrible régression. Le journaliste et essayiste Philippe Vion-Dury, auteur de La nouvelle servitude volontaire, le confirme : « Les entreprises de la Silicon Valley sont porteuses d’un véritable projet politique. Leurs algorithmes mettent sous leur coupe ceux qui s’y soumettent, volontairement. Aveuglant les consommateurs et les États par l’éclat de leur spectaculaire réussite économique, ces entreprises sont en train d’accumuler des sommes incalculables de données, grâce auxquelles elles ambitionnent de tout mesurer, tout contrôler, tout prévoir. Ou quand les mathématiques deviennent totalitaires. »

Power of equality

Les algorithmes sont-ils égalitaires, par nature ? Dans un rapport de la Human Technology Fondation intitulé « Intelligence artificielle, solidarité et assurances en Europe et au Canada » et daté du 20 janvier 2020, des acteurs majeurs du monde de l’assurance dressent un constat clair : « La montée en puissance des technologies et de l’IA nous force à réfléchir à ces pratiques et à leur futur. Ainsi, le recours, par les assureurs, aux objets connectés qui fournissent des informations précieuses sur le comportement de l’assuré, peut entrer en conflit avec le droit fondamental des personnes de mener leur existence selon leur propre conception de la vie bonne. En outre, l’hypersegmentation, qui aboutirait, à son point limite à la personnalisation complète des tarifs, pourrait remettre en question le principe de mutualisation entre les assurés. » En d’autres termes, l’IA et le big data pourraient accroître les inégalités en faisant payer davantage les citoyens dont on jugera le mode de vie « non conforme ». Les algorithmes pourraient devenir, si l’on n’y prend garde, des outils au service d’une discrimination sans précédent. Et ce qui est valable dans le monde de l’assurance, l’est tout autant dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’orientation religieuse, politique ou même sexuelle… Qui établira ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas ? Quels seront les intérêts défendus par les instances en charge de telles décisions ? C’est là que l’État, en tant que représentant de l’intérêt général, a plus que jamais son rôle à jouer. Oui, mais voilà… Pour certains militants radicaux de la big tech, l’État, c’est justement la bête à abattre. Curtis Yarvin, ingénieur quadragénaire de la Silicon Valley et membre du mouvement néo-réactionnaire NRx, déclare : « Les États doivent devenir des entreprises lourdement armées et ultra rentables, qui aboliront le pouvoir de la presse, écraseront les universités, vendront les écoles publiques et transféreront les « populations décivilisées » dans des enclaves sécurisées pour les rééduquer ». Pour David Golumbia, professeur à la Virginia Commonwealth University, ce mépris pour la démocratie ferait partie de l’ADN même des fondateurs de la Valley : « Des gens comme Peter Thiel ou Elon Musk, pour ne citer qu’eux, dont le mépris est encore plus flagrant, sont célébrés comme des héros par les néo-réactionnaires ». Derrière les outils technologiques, il est donc bien question d’idéologie politique.

Make America tech again

Comme tout courant de pensée, l’idéologie techno-futuriste a ses penseurs. D’aucuns diraient ses gourous. Malgré une posture anti-politique de façade, certains ne cachent pas leurs ambitions dans ce domaine, à l’instar de Peter Thiel. Le cofondateur de Paypal et de Palantir Technologies, une société spécialisée dans le big data, a soutenu la candidature de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016 et est resté, depuis, l’un de ses proches conseillers. Pour le très libertarien Thiel, « le sort de notre monde dépend d’un seul individu, d’une personne, qui sera capable de bâtir et diffuser des outils technologiques favorisant la liberté et permettant un monde plus sûr pour l’épanouissement du capitalisme »… Cette personne serait-elle Elon Musk ? Avec son entreprise Neuralink, le patron de Tesla entend augmenter l’être humain grâce à des interfaces homme-machine implantées directement dans le cerveau et ce, afin d’augmenter la mémoire, de piloter des logiciels par la pensée ou encore de bénéficier d’un moteur de recherche cérébral… De quoi donner des sueurs froides à la CNIL, dans une France encore très attachée à la protection des données et aux libertés individuelles. Catherine Vidal, neurobiologiste et membre du comité d’éthique de l’Inserm, estime qu’« une vigilance éthique accrue s’impose face au développement spectaculaire des technologies de manipulations cérébrales qui dépassent désormais le cadre de la médecine, avec des applications commerciales destinées à la population en bonne santé (…) Les stimulations (électriques ou magnétiques) peuvent altérer le fonctionnement normal du cerveau, ses capacités de plasticité, et porter atteinte à l’autonomie du patient en interférant avec ses pensées, ses émotions, son libre arbitre ». Mais si la plupart des chercheurs français se montrent prudents quant à l’impact des neurotechnologies sur la société, les américains sont plus décomplexés, voire carrément débridés. Parmi eux, le pape transhumaniste Ray Kurzweil qui considère que « l’existence humaine ne dépend pas d’un corps biologique » et que « la biologie elle-même n’est qu’un ensemble de nanomachines ». Pour le directeur de l’ingénierie de Google, « les machines dépasseront nos capacités » très bientôt et nous n’aurions d’autres choix, pauvres humains limités que nous sommes, que de fusionner avec une super intelligence artificielle pour survivre. Une vision que partage le leader du parti transhumaniste Zoltan Istvan, candidat aux élections présidentielles de 2020, qui fait campagne « pour mettre fin à l’idée de la mort ». Dans son programme, quelques grands classiques ultralibéraux et technophiles : fin de l’impôt sur le revenu et de l’IRS (l’administration fiscale américaine), réduction du nombre de fonctionnaires grâce aux robots et aux nouvelles technologies, lutte contre le réchauffement climatique avec la géo-ingénierie, développement des utérus artificiels… Mais aussi, en toute logique, des mesures orientées plus radicalement vers le transhumanisme. « Le gouvernement ne devrait pas être en mesure de limiter ce que nous pouvons faire à notre corps, quelles que soient les normes culturelles, les préjugés religieux ou l’orientation politique », déclare le candidat sur son site de campagne. Si Istvan souhaite accéder à la fonction suprême, c’est pour « interdire les lois qui entravent la recherche de la santé et de la longévité pour les citoyens, notamment les interdictions sur l’édition génétique, le clonage et d’autres sciences radicales (…), déréglementer autant que possible l’innovation scientifique et technologique (…), explorer des options telles que donner aux criminels le choix du reconditionnement cérébral plutôt que de l’exécution (…), jeter les bases de droits civils pour de futurs êtres avancés comme les robots conscients, les cyborgs et les êtres vivants génétiquement créés »… Le Docteur Frankenstein est sorti de son laboratoire pour convertir le monde à la religion scientiste. Le président américain ne prêtera-t-il bientôt plus serment sur la Bible lors de son investiture, mais sur l’ouvrage du médecin philosophe Julien Offray de La Mettrie, L’Homme Machine ? Amérique, pays de tous les extrêmes.

Opération Crossroads 2020

« Il est évident que la guerre, peut-être même les civilisations, sont arrivées à un point critique grâce à cette arme révolutionnaire ». Telles sont les paroles du vice-amiral William Blandy, chef de l’opération Crossroads (« À la croisée des chemins »), une série d’essais nucléaires qui eurent lieu dans l’atoll de Bikini, au cours de l’été 1946, et dont le but était de valider la puissance destructrice des bombes A sur des navires et des sous-marins situés aux alentours. À la croisée des chemins, c’est probablement là que nous nous situons actuellement, avec le développement spectaculaire des neurotechnologies, de l’intelligence artificielle et du transhumanisme. Les enjeux de ces progrès sont, tout comme ceux liés à l’invention de la bombe atomique, planétaires et historiques. Nous parlons bel et bien ici, sans exagération, de l’avenir de l’humanité. À nos pieds, s’étendent deux voies, deux visions politiques, deux futurs possibles. L’une de ces routes nous mènerait vers un monde imprégné de scientisme, dans lequel la technologie serait mise au service d’une minorité recherchant toujours plus de richesses et de pouvoir, au détriment d’une population de plus en plus déclassée et soumise. Laurie Pycroft, chercheur en neurochirurgie à l’Université d’Oxford, analyse parfaitement ce risque : « Des neurotechnologies de pointe dont l’usage serait large pourraient offrir des modes de manipulation politique inimaginables jusqu’ici (…) Ce qui nous inquiète, c’est que si les mesures de sécurité appropriées ne sont pas mises en place, les patients pourraient être victimes de sévères effets secondaires, et leurs pensées pourraient être ciblées par des cyberattaques (…)L’attraction que pourrait générer la manipulation des souvenirs chez certains dirigeants politiques me semble évidente ! Modifier la mémoire ou changer notre point de vue sur un sujet est l’un des principaux objectifs de n’importe quel propagandiste. » Si le corps a déjà commencé à être envahi par la société de consommation, à travers la chirurgie esthétique et le transhumanisme, la conscience était restée jusque-là un territoire imprenable. Mais aujourd’hui, ce dernier bastion de la liberté humaine est menacé et pourrait bien être colonisé avec une efficacité redoutable, si nous n’y prenons pas garde. Les capitaines de la big tech eux-mêmes multiplient les déclarations chocs, comme pour se préserver de leur propre hubris. Brad Smith, le président de Microsoft, déclarait en 2018 au Web Summit de Lisbonne : « Pour la première fois, le monde est au seuil de technologies qui donneraient à un gouvernement la possibilité de suivre n’importe qui, n’importe où (…) Il pourrait savoir exactement où vous allez, où vous êtes allé et où vous étiez hier. Et cela a de profondes ramifications potentielles, même pour les libertés civiles fondamentales sur lesquelles reposent les sociétés démocratiques. Avant de nous réveiller et de constater que l’année 2024 ressemble à l’ouvrage « 1984 », déterminons le genre de monde que nous voulons créer, quels sont les garde-fous et les limites des entreprises et des gouvernements dans l’utilisation de ces technologies. » Nous devons, en effet, déterminer le monde dans lequel nous voulons vivre. La crise du Covid-19 nous le rappelle de manière brutale : le marché et ses lois ne nous guident pas vers un monde meilleur, et aujourd’hui sa main invisible doit être désinfectée chaque jour avec du gel hydroalcoolique, sous peine de mort. Pourtant, certaines autorités tentent actuellement de renforcer leur pouvoir – et celui de l’économie néolibérale – en proposant des mesures radicales de surveillance numérique, au prétexte de vouloir protéger les populations… Mais gardons espoir, car il existe une deuxième voie. Nous pouvons bâtir un autre avenir, un monde dans lequel la technologie ne tiendra pas un rôle oppressif, mais libérateur. Une société low tech où le numérique régulera la surconsommation, au lieu de l’aggraver ; où la technologie apportera un soutien à chaque citoyen, quel que soit son niveau social ; où la priorité ne sera pas la rentabilité d’un médicament, mais son efficacité ; où l’épanouissement des salariés prévaudra sur le niveau des dividendes ; où les tâches pénibles et dangereuses seront assurées par des robots, au bénéfice de l’homme ; où les solutions énergétiques durables ne seront pas enterrées parce qu’elles menacent les intérêts de certaines industries polluantes ; où chaque être humain mangera à sa faim, où qu’il soit sur Terre ; où le besoin de sécurité ne sera pas assuré par des politiques de surveillance liberticides, mais par la disparition des inégalités… Un nouvel Éden, où le progrès technique sera au service de l’humanité tout entière. Cette société est possible, ce n’est pas une utopie. Mais pour la faire advenir, nous avons des choix à faire. Des choix politiques, au sens le plus philosophique du terme.

In Google We Trust

Depuis son adoption par le Congrès en 1956, « In God We Trust » (« Nous avons confiance en Dieu ») est devenue la devise officielle des États-Unis. Quelle ironie de voir une nation qui a fondé ses valeurs sur la foi religieuse, devenir le fer de lance de la foi transhumaniste et promettre à qui veut l’entendre, par la bouche de ses techno-prophètes, que l’immortalité numérique est pour bientôt ! C’est justement là qu’une réflexion philosophique s’impose. Paradoxalement, l’intelligence artificielle, aboutissement ultime du matérialisme, va nous obliger à nous poser des questions d’ordre spirituel. Rappelons que la singularité annoncée par Ray Kurzweil, ce moment où l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine et où son développement échappera à tout contrôle, a son équivalent en mathématiques et en astrophysique : il s’agit de la frontière d’un trou noir, appelé « horizon des évènements », au-delà de laquelle les lois de la physique ne s’appliquent plus, une réalité littéralement métaphysique. Et c’est l’ultime raison pour laquelle le politique doit s’emparer des questions soulevées par la big tech : pour ne pas laisser ce qui relève de la pérennité de l’humanité aux seuls industriels, dont les choix sont encore trop dictés, aujourd’hui, par des objectifs uniquement financiers. L’humanité est, nous le pressentons tous, à un tournant de son histoire. Il se pourrait que, demain, de nouvelles découvertes scientifiques sur la conscience changent complètement la donne et redéfinissent les priorités de la recherche, autant que la vision que nous avons de la vie elle-même… Que deviendraient les promesses des transhumanistes et leur obsession de « guérir la mort », si nous découvrions que nous avons une âme et qu’elle existe dans une autre dimension ? Zoltan Istvan a-t-il envisagé cette possibilité ? Ray Kurzweil en a-t-il tenu compte dans son business plan ? Qu’elle soit spirituelle ou technologique, la singularité à venir ne peut, par définition, pas être anticipée. Mais une chose est sûre, elle sera le résultat des intentions que nous aurons déposées, aujourd’hui, collectivement, pour la construction de notre futur. Citoyennes, citoyens, nous sommes à la croisée des chemins.

Grégory Aimar
Auteur du roman d’anticipation I.AM

Donald Trump fait face au défi présidentiel du cyborg transhumaniste

Donald Trump fait face à un défi inattendu pour l’investiture républicaine de 2020 au poste de président des États-Unis sous la forme du futuriste radical Zoltan Istvan.

Istvan s’était déjà présenté comme candidat d’un parti tiers aux élections américaines de 2016 pour le Parti Transhumaniste, mais il a décidé que le ticket républicain fournirait une meilleure plateforme pour promouvoir son message selon lequel la science et la technologie peuvent profondément transformer l’Amérique et les Américains.

Parmi les promesses les plus extrêmes du transhumanisme, on peut citer l’inversion du vieillissement et, à terme, la guérison de la mort, bien que certaines méthodes d’amélioration artificielle du corps humain soient déjà en cours de développement, comme l’interface cerveau-ordinateur de Neuralink.

Neuralink veut connecter votre cerveau à Internet

Istvan adopte ces technologies dites cyborgs – il a une puce implantée dans sa main qui peut déverrouiller sa porte d’entrée – et a adopté le slogan de la campagne : “Upgrading America”.

“Le transhumanisme n’est plus un rêve de science-fiction, c’est le cœur et l’âme des plus grandes entreprises du monde, a déclaré Zoltan Istvan à The Independent.

“Ma campagne présidentielle vise à inciter les conservateurs à être plus ouverts d’esprit afin qu’ils puissent également contribuer à ce nouveau monde. Certains conservateurs diront que je suis un cheval de Troie, essayant de nuire au GOP (Parti républicain également surnommé Grand Old Party abrégé en GOP), mais ce n’est rien de tel… Je veux voir les conservateurs américains accepter un avenir transhumaniste.”

De nombreux républicains traditionnels pourraient avoir du mal à accepter Istvan, qui se décrit comme pro-choix, pro-immigration, laïc et défenseur des droits des LGBTQ. Il est également favorable à la réduction des dépenses militaires afin d’investir de l’argent dans la recherche scientifique et technologique.

L’avenir du mouvement LGBT pourrait impliquer le transhumanisme

“Mon équipe et moi sommes prêts à faire beaucoup d’efforts, à participer aux scrutins des primaires et voir si nous pouvons amener les conservateurs à être plus ouverts d’esprit pour l’avenir. Nous sommes ravis qu’ils s’ouvrent pour que l’extrême gauche ne soit pas totalement en possession des sciences et technologies radicales pour le futur. Nous pensons que nous pouvons contribuer à convaincre le GOP et les conservateurs libertaires d’élargir leurs perspectives sur ces questions”, a déclaré Istvan au Washington Times.

D’autres politiques telles que le revenu de base universel peuvent également sembler plus gauchistes, mais Istvan affirme que sa mise en œuvre ne nécessiterait pas une augmentation des impôts. Au lieu de cela, les robots et les algorithmes d’intelligence artificielle remplaceraient les emplois humains et permettraient aux travailleurs de profiter de plus de temps libre sans nuire à l’économie.

Un dividende des terres fédérales qui monétiserait les 800 millions d’acres de terres américaines inutilisées financerait le programme, qui, selon lui, suffirait à fournir à chaque Américain 1 000 dollars par mois.

Parmi les autres politiques audacieuses figurent la lutte contre les terroristes à l’aide de robots et la déclaration selon laquelle “le vieillissement et la maladie doivent être éradiqués en tant que mission nationale de la santé des États-Unis”.

Dans un essai non publié détaillant ses raisons de se présenter comme républicain, Istvan a exprimé sa conviction que le “futur radieux” qu’offre le transhumanisme n’est possible que par “un esprit d’entreprise capitaliste et une approche non interventionniste du gouvernement”.

Il a averti que des pays comme la Chine et la Russie sont déjà en tête par rapport aux États-Unis en termes d’efficacité et de rapidité d’innovation.

“Sous l’administration actuelle, le progrès technologique de l’Amérique est lentement livrée sur un plateau aux laboureurs autoritaires”, écrit-il.

“La Chine nous surpasse de plus en plus en sciences et en technologie – ce qui, historiquement, a amélioré la vie quotidienne des Américains plus que tout autre chose. Je ne peux plus rester les bras croisés et regarder l’Amérique ne pas atteindre son potentiel épique.”

Je suis athée, donc je suis un transhumaniste

Au cours de la prochaine décennie, le nombre de personnes impies dans le monde – athées, agnostiques et sans religion – dépassera probablement le milliard de personnes.

De nombreux membres de ce groupe massif défendent déjà la raison, défendent la science, se félicitent des technologies radicales et font implicitement confiance à la médecine moderne. Ils sont, en effet, déjà transhumanistes. Pourtant, beaucoup d’entre eux ne le savent pas car ils n’y ont pas trop réfléchi. Cependant, cela est sur le point de changer. Une tempête culturelle transformatrice composée de technologies radicales améliorant la vie devrait faire bientôt son entrée.

Au sens large, le mot transhumain signifie au-delà de l’homme. Le mouvement social transhumaniste croissant englobe et encourage pratiquement toutes les idées qui renforcent l’existence humaine par le biais de l’application de la science et de la technologie. Plus spécifiquement, le transhumanisme comprend les domaines de l’extension radicale de la vie, du singularitarisme, de la robotique, de l’intelligence artificielle, de la cryptographie, du génie génétique, du biohacking, du cyborgisme et de nombreux autres domaines scientifiques moins connus.

Le cœur de la pensée transhumaniste est double. Cela commence par un mécontentement face au statu quo banal de la vie humaine et à notre corps humain fragile et mortel. Vient ensuite une vision impressionnante de ce qui peut être fait pour améliorer à la fois la transformation spectaculaire du monde et de notre espèce par le biais de la science et de la technologie. Les transhumanistes veulent plus de garanties que la mort, le consumérisme et la progéniture. Beaucoup plus. Ils veulent être meilleurs, plus intelligents, plus forts – peut-être même parfaits et immortels si la science peut les rendre ainsi. La plupart des transhumanistes pensent que c’est possible.

Le mouvement transhumaniste se développe rapidement. Et la couverture médiatique sur le sujet a grimpé en flèche. « Les articles et les mentions sur le transhumanisme et la science de la prolongation de la vie ont triplé dans les principaux médias », déclare Kris Notaro, un transhumaniste agnostique et directeur général de l’Institut pour l’éthique et les technologies émergentes (IEET).

Malgré cela, le nombre de transhumanistes est encore relativement faible, composé essentiellement de chercheurs, technologues et futurologues qui semblent marginaux pour nombre de leurs pairs et pour le public dans son ensemble. Cela changera probablement dans les prochaines années, alors qu’une population de près d’un milliard de personnes non croyant se réveille prête à accepter le transhumanisme comme un prolongement naturel du style de vie irréligieux.

Valeurs transhumanistes Explorer le royaume posthumain

Le XXIe siècle amènera l’ère du transhumanisme au premier plan de la société. Un transhumaniste est une personne qui cherche constamment à améliorer sa santé, son mode de vie et sa longévité grâce aux sciences et à la technologie. Les transhumanistes sont des pionniers qui détermineront l’orientation de l’espèce humaine.

Si vous ne vous souciez pas de Dieu ou ne croyez pas en Dieu, et que vous voulez que le meilleur de l’esprit humain élève le monde à de nouveaux sommets en utilisant la science, la technologie et la raison, alors vous êtes un transhumaniste.

Zoltan Istvan, est un écrivain américain, futuriste, philosophe et transhumaniste. Il écrit des chroniques sur les thèmes transhumanistes pour Psychology Today et Vice’s Motherboard. Il a également travaillé comme journaliste pour le National Geographic Channel et est un blogueur futuriste, sur le transhumanisme pour The Huffington Post. Il était candidat à la présidence des États-Unis 2016 et visait à placer la science, la santé et la technologie au premier plan de la politique américaine.

L’avenir du mouvement LGBT pourrait impliquer le transhumanisme

À l’avenir, la technologie et la science transhumanistes viendront compléter le mouvement LGBT et contribueront à le faire avancer face à l’oppression sociale persistante et à la fermeture d’esprit.

L’autre soir, ma femme et moi avions lu à notre fille de 4 ans un livre pour enfants que nous avions emprunté à la bibliothèque publique. Nous sommes arrivés à une section où deux personnages – tous deux du même sexe – ont commencé à avoir des sentiments amoureux l’un pour l’autre. Ma femme et moi avons souri – nous avons beaucoup de bons amis LGBT.

Plus tard dans la soirée, après avoir couché ma fille, je me suis interrogée sur l’avenir du mouvement LGBT, en particulier après que Tim Cook, PDG d’Apple et probablement le technologue le plus influent au monde, ait récemment déclaré qu’il était fier d’être gay. Il est certainement intéressant de spéculer sur l’évolution de la sexualité, de l’orientation sexuelle et de l’interprétation de la société au cours des 25 prochaines années, alors que nous nous enfonçons dans l’ère transhumaniste.

Cela ne devrait surprendre personne que le mouvement LGBT et le transhumanisme aient beaucoup en commun. Presque tous les transhumanistes soutiennent la cause des LGBT. Après tout, le désir de pouvoir modifier, exprimer et contrôler ses préférences et son identité sexuelles sonne comme un concept transhumaniste. Les partisans du transhumanisme veulent modifier, exprimer et contrôler leurs corps et leurs préférences, à moins qu’ils ne le préconisent avec la science et la technologie. Si vous regardez de plus près, les deux mouvements – en particulier certaines de leurs philosophies majeures – sont pratiquement des faces différentes de la même pièce et sont sur le point de se renforcer mutuellement à l’avenir, à mesure que des technologies radicales transforment l’espèce.

Au cours des 25 prochaines années, l’être humain subira une transformation plus vaste que celle qu’il a subie au cours des 100 000 dernières années. Les cœurs artificiels deviendront probablement meilleurs que les vrais cœurs. La télépathie via des implants cérébraux deviendra une forme de communication importante. Les hommes pourront donner naissance à des utérus implantés. Chacune de ces technologies existe déjà sous une forme et sera bientôt plus largement disponible.

La question à un million de dollars concernant ces technologies est de savoir si nous serons autorisés à les utiliser librement. Après tout, le Congrès des États-Unis est essentiellement composé de tous les politiciens religieux, dont certains sont issus de textes interdisant des pratiques telles que les pratiques LGBT ou le transhumanisme. Les principaux objectifs du transhumaniste sont de vaincre la mortalité et de devenir aussi libres et puissants que possible en utilisant la technologie, pour devenir essentiellement semblables à Dieu.

Depuis longtemps, la société a en grande partie peur de la transformation, en particulier en ce qui concerne le corps humain ou la sexualité. Encore aujourd’hui, une douzaine d’États américains ont toujours des lois anti-sodomies et les personnes LGBT sont souvent tuées dans le monde entier – parfois lapidées à mort – pour leurs actions et leurs convictions. Alors que des victoires ont été remportées au 21ème siècle, comme en Californie et dans d’autres États où des personnes du même sexe peuvent désormais se marier officiellement, des inégalités massives et un sectarisme existent toujours.

À l’avenir, la technologie et la science transhumanistes viendront compléter le mouvement LGBT et contribueront à le faire avancer face à l’oppression sociale persistante et à la fermeture d’esprit. Ceci est important, car les personnes LGBT sont dévouées à la liberté. Ils veulent être libres de faire ce qui leur plaît sans condamnation tant que cela ne fait pas de mal aux autres. Les transhumanistes – un nombre remarquable de personnes LGBT – veulent exactement la même chose. Et ils peuvent travailler ensemble pour mieux atteindre leurs objectifs.

Avec l’assaut des nouvelles technologies et des techniques médicales et chirurgicales avancées frappant le marché, il est probable que le mouvement LGBT impliquera davantage de problèmes transhumanistes à l’avenir. Pour ceux qui sont conservateurs et qui résistent au changement, cela peut s’avérer difficile. Prenons le cyberespace et la réalité virtuelle, par exemple, où l’Oculus Rift et les combinaisons haptiques de Facebook permettront à des personnes de tous les coins du monde d’avoir des relations sexuelles en groupe si elles le souhaitent. Ou qu’en est-il des fembots et des sexbots, qui représentent déjà un marché en croissance de 100 millions de dollars? Dans 10 ans, certains robots seront peut-être aussi sophistiqués que les humains. Leur donnerons-nous des droits? Peut-on les épouser? Et s’ils sont homosexuels ? Et si on les programme pour qu’ils ne sachent pas s’ils sont homosexuels ou non?

Et si vous pouviez vivre pendant 10 000 ans ?

«Le monde bouge sous nos pieds», déclare B.J. Murphy, transhumaniste pansexuel, écrivain et futuriste. «Dans 15 ans, les conservateurs et les anti-gays reviendront sur le mouvement LGBT et aspireront à un adversaire si simple dans ses revendications.»

B.J. Murphy a raison. L’avenir sera tout sauf simple. Dans moins de deux décennies, les parents pourront choisir d’avoir des bébés à la carte sans certains organes sexuels. Un utérus est-il nécessaire si vous avez une ectogenèse (utilisation d’utérus artificiels) ? Ou présente-t-il simplement un risque de cancer supplémentaire et, pour certaines, des décennies de cycles menstruels douloureux, spasmodiques ? Par ailleurs, certaines religions encourageront-elles certains hommes à naître avec une libido génétiquement basse afin d’avoir une meilleure chance de devenir des prêtres célibataires, une vocation en décroissance aux États-Unis ? Enfin, certaines personnes apparemment narcissiques ne se reproduiront-elles que par des techniques de clonage ? Les questions étranges de l’âge transhumaniste semblent sans fin – et elles sont déjà posées par un nombre croissant de personnes.

Franchement, je pourrais voir de nombreux humains dans le futur arrêter complètement le sexe physique alors que la technologie des implants crâniens trouve précisément le bon moyen de stimuler les zones érogènes du cerveau – un sujet sur lequel les chercheurs travaillent déjà. Le vrai sexe ne sera probablement pas en mesure d’associer une stimulation directe et scientifiquement ciblée de nos esprits. De telles actions peuvent conduire à une société où les traits masculins et féminins disparaissent à mesure que le plaisir devient «à la demande» et que la thérapie génique est capable de combiner les parties les plus fonctionnelles des deux sexes en une seule entité. Il n’est donc pas surprenant que certaines institutions, comme le mariage, finissent par devenir comme les dinosaures.

Le mouvement LGBT a trouvé des bases solides au 21e siècle – un témoignage au courage de ses partisans. En tant que transhumaniste, athée et politicien, je suis prêt à défendre leurs libertés et à faire avancer leur programme, tout en sachant que l’avenir nous apportera son lot de nouveaux défis que nul d’entre nous ne peut prédire facilement. En fait, le choc des droits civils à l’ère transhumaniste pourrait bien commencer d’une toute nouvelle manière. La personnalité, la liberté sexuelle (virtuelle ou non) et l’identité de genre (ou non-identité) assumeront bientôt des rôles sans précédent dans la société, stimulés par une innovation radicale et des stéréotypes changeants sur ce que signifie être un être humain. Pour moi, le joker du futur ne réside pas dans la société, mais dans la technologie de transformation que nous inventons et que nous embrassons.

Zoltan Istvan, est un écrivain américain, futuriste, philosophe et transhumaniste. Il écrit des chroniques sur les thèmes transhumanistes pour Psychology Today et Vice’s Motherboard. Il a également travaillé comme journaliste pour le National Geographic Channel et est un blogueur futuriste, sur le transhumanisme pour The Huffington Post. Il était candidat à la présidence des États-Unis 2016 et visait à placer la science, la santé et la technologie au premier plan de la politique américaine.

Conférence : Amélioration de l’homme par la technologie ?

La conférence sera animée par Vincent Guérin. L’objet de cette soirée est de sonder les origines du transhumanisme, explorer les discours de ses représentants, analyser ses concepts, ses incarnations, ses résonances, afin de donner du sens à cette idéologie et observer la manière dont elle exprime notre temps.

date : 15 juin 2017, 18h30
à : IN’TECH Sud-Ouest, Amphithéâtre de l’ENAP, 440 avenue Michel Serres, 47000 Agen.

Renseignements complémentaires : m.bru@intech-so.fr

« Réinventer le rêve américain » : Le parti transhumaniste

Publié in Marianne Celka, Matthijs Gardenier, Éric Gondard et Bertrand Vidal (éd.), Utopies, dystopies et uchronies, RUSCA, revue électronique de sciences humaines et sociales, n° 9, 2016/2, p. 16-24.

« Vote for Zoltan if you want to live forever »

Digitaliser le cerveau, télécharger la conscience dans un ordinateur, le cloud computing, naître d’un utérus artificiel, créer des bébés sur mesure, vivre indéfiniment et en bonne santé : science-fiction ? Pas pour Zoltan Istvan, candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis.

Zoltan Istvan est transhumaniste, un courant de pensée qui prône l’affranchissement des limites physiques, cognitives et émotionnelles humaines par les technosciences et une prise en main de l’évolution naturelle jugée imparfaite1. En 2014, il a fondé le parti transhumaniste américain. Depuis, il s’est lancé dans la campagne présidentielle. En décembre dernier, après trois mois de voyage à travers les États-Unis à bord du « bus de l’immortalité » (en forme de cercueil), il a déposé symboliquement une Bill of Rights au Capitol, à Washington, revendiquant entre autres, pour les humains mais aussi les intelligences artificielles « sensibles » et les cyborgs, que des recherches soient effectuées afin de favoriser l’extension de la longévité en bonne santé2.

L’objet de ce texte est d’observer un désir d’insuffler, donner du sens, à une perfectivité technoscientifique radicale, un « nulle part3 » en quête de légitimité.

Qui est Zoltan Istvan ?

Zoltan Istvan est né aux États-Unis en 1973 de parents ayant fui la Hongrie et le régime communiste4. Il étudié la philosophie et la religion à Colombia University de New York5. C’est lors d’un cours qu’il découvre la cryonie : c’est une révélation6.

À 21 ans, il embarque sur un bateau avec 500 livres et entreprend un voyage transocéanique de plusieurs années. Devenu reporter, il publie pour The New York Times Syndicate, National Geographic.com, Sunday San Francisco Chronique, etc7. Il sera ensuite recruté par National Geographic Channel. En 1999, il couvre la guerre du Cachemire opposant l’Inde et le Pakistan et réalise Pawns of paradise : inside the brutal Kachmir Conflit, un documentaire qui sera récompensé par plusieurs prix. Athlète de l’extrême, il inaugure une pratique sportive pour le moins originale : la planche sur volcan8.

En 2004, alors qu’il accompagne des « chasseurs de bombes » américains au Vietnam, directement exposé à la mort, il revient avec deux convictions : vivre le plus longtemps possible et pour cela consacrer sa vie à promouvoir le combat contre la mort9.

En 2013, il publie The transhumanist Wager (Le pari transhumaniste), un roman de science-fiction. L’action se situe aux États-Unis dans un futur proche. Alors que des changements technologiques radicaux sont en cours dans l’intelligence artificielle, l’ingénierie génétique, la cryonie, etc., les transhumanistes font l’objet d’attaques de la part de politiciens, de religieux chrétiens, des scientifiques sont assassinés. Dans ce contexte, Jethro Knights, son personnage principal, défend une philosophie radicale qu’il nomme Teleological Egocentric Functionalism, qui consiste à promouvoir l’augmentation et l’immortalité.

Pour Zoltan Istvan, il s’agit d’explorer ce que nous serions prêts à faire pour vivre indéfiniment10. En partie autobiographique : Jethro Knights est étudiant en philosophie, il a traversé les Océans, couvert le conflit du Cachemire, fait de la planche sur les volcans et oeuvre pour le magazine International Geographic. Récusant la posture radicale, violente, de son personnage, Zoltan Istvan évoque la fiction.

Le parti transhumaniste américain

En octobre 2014, il passe à l’action et fonde le parti transhumaniste américain11. Jusqu’alors les éventuels sympathisants, souvent ingénieurs, scientifiques, étaient peu versés dans la politique12. Simultanément il crée, avec l’Anglais Amon Twyman, le Party Transhumanism Global qui vise à favoriser le développement et la coopération entre les différents partis transhumanistes émergeants13.

La naissance de ce parti est une nouvelle étape dans l’histoire du transhumanisme. Si le terme est né sous la plume du biologiste Julian Huxley (frère d’Aldous) en 192714, c’est seulement dans les années 1980 qu’il prend son sens contemporain. Longtemps diffuse, cette constellation s’incarne en 1998 avec le World Transhumanist Association, une organisation créée par les philosophes David Pearce et Nick Boström qui a pour but non seulement de donner corps au transhumanisme, mais aussi du crédit à ses idées afin de générer des recherches académiques15.

L’objectif de Zoltan Istvan est d’unifier politiquement le transhumanisme, lui donner une voix16. Le parti est affilié à un think tank : Zero State/Institute for Social Futurism. L’expression Social Futurism, forgée par Amon Twyman est synonyme de techno-progressisme. Apparenté à la gauche libérale, se présentant comme une alternative aux libertariens, il a pour slogan « positif social change throught technology ». Le Social Futurism, qui associe socialisme et technologie, a pour objectif de faire converger justice sociale et transformation radicale de la société par la technologie17. Dans la nébuleuse transhumaniste, les technoprogressistes tranchent par leur volonté de favoriser des changements devant bénéficier à tous18.

En octobre 2014, Zoltan Istvan s’est ouvertement déclaré candidat à la présidence des États-Unis. À cette fin, il s’est entouré des célébrités anciennes et montantes du transhumanisme. Le « biogérontologue » anglais Aubrey de Grey et la jeune biophysicienne Maria Konovalenko, cofondatrice en Russie du Parti de la longévité, sont ses conseillers anti-âges. Natasha Vita-More, figure mythique du transhumanisme, est sa conseillère transhumanisme, Jose Luis Cordeira, membre de la Singularity University, est son conseiller technique. Gabriel Rothblatt, qui a concouru comme démocrate pour un siège au Congrès en 2014, est son conseiller politique19.

Il évalue ses supporters, regroupant ingénieurs, scientifiques, futuristes et techno-optimistes à 25 00020. Initialement constitué surtout d’hommes blancs, situés académiquement, le mouvement serait en train de se diversifier, avec de jeunes hommes et femmes, d’horizons géographiques, politiques et professionnels divers. Certains seraient LGBT, d’autres handicapées, beaucoup athées21.

L’objectif de la campagne est de toucher ces trois groupes spécifiques : les athées, les LGBT et la communauté handicapée, soit environ 30 millions de personnes aux États-Unis22.

Lucide, il considère ses chances de remporter l’élection proche de 0. Ses ambitions sont toutes autres : faire croître le parti, promouvoir des idées politiques qui unissent les nations dans une vision techno-optimiste, favoriser des désirs illimités23. Avec une population américaine à 75 % chrétienne et alors que 100 % du Congrès est religieux, il estime que son plus grand obstacle est son athéisme24.

En octobre dernier, Amon Twyman apportait une autre limite à l’ambition politique de Zoltan Istvan en réaffirmant la pluralité du transhumanisme. Selon lui, la force du parti réside dans sa diversité. Les idées de Zoltan Istvan, perçues comme libertariennes25 et potentiellement schismatiques, risquent d’affaiblir le transhumanisme. Tout en reconnaissant le bien fondé de son action, Amon Twyman considère qu’un discours centré sur la longévité fait oublier les autres aspects du transhumanisme et se heurte au techno-progressivisme26. Confrontée au réel, l’utopie s’affaiblit.

« Réinventer le rêve américain »

Trois thèmes dominent la campagne : la superintelligence artificielle, le devenir cyborg et le dépassement de la culture mortifère.

Zoltan Istvan défend l’idée que dans 30 ans le président des États-Unis pourrait être une intelligence artificielle27. Considérée comme peu influençable par un lobby, une intelligence artificielle agirait, « de manière altruiste », pour le bien de la société. Mais un dysfonctionnement, une prise de contrôle par une autorité malveillante, un devenir « égocentré » de la machine seraient les faiblesses de cette prospective28. Cette idée fait écho aux préoccupations « académiques » de deux transhumanistes : Eliezer Yudkowsky du Machine Intelligence Research Institute et Nick Boström (Université d’Oxford), directeur de l’Institut for Future of Humanity. Ces derniers sont inquiets des risques anthropiques liés, entre autres, à l’émergence possible d’une superintelligence inamicale29. Zoltan Istvan occulte ce danger en postulant que les transhumanistes n’ont pas pour ambition de laisser les machines agir à leur guise. Proche du discours techno-optimiste libertarien de Ray Kurzweil et Peter Diamandis, dans une vision plutôt adaptative qu’émancipatoire30, la fusion avec la machine, le devenir cyborg, permettra selon lui de réduire le risque31. La faiblesse de l’argumentaire éthico-politique est ici frappante.

Techno-évolutionniste, se positionnant ouvertement au-delà de l’humain, il souhaite améliorer le corps humain par la science et la technologie, faire mieux et plus rapidement que la sélection naturelle. Zoltan Istvan se dit porteur d’une « nouvelle façon de penser », un nouveau territoire pour l’espèce humaine32. Qualifiant d’anti-progrès, d’anti-innovation le moratoire sur l’ingénierie génétique, il souhaite que les recherches se poursuivent dans un cadre éthiquement borné ; l’enjeu : vivre mieux. Il défend l’idée qu’avec cette ingénierie les maladies du cœur, les cancers, les hérédités pathogènes seront éliminées. Dans une approche résolument eugéniste, il serait donné aux parents le choix de leur enfant : couleur des cheveux, taille, genre, aptitudes athlétiques et cognitives. Récusant les critiques, il les estime infondées et fruits de la religion. La crainte de créer une race non-humaine, des êtres monstrueux, est, selon lui, surestimée et habitée par un imaginaire hollywoodien. À cela, il oppose la création d’une population libérée de la maladie. Ici techno-progressiste, il évoque le risque que seuls les riches pourraient se le permettre33. Au-delà du devenir cyborg, c’est la mort qui est visée.

Un des obstacles majeurs à la croissance du transhumanisme résiderait, selon Zoltan Istvan dans la culture mortifère (deathist culture). 85 % de la population mondiale croit à la vie après la mort et au moins 4 milliards d’habitants considèrent le dépassement de celle-ci par la technologie comme un blasphème. Beaucoup de gens souscrivent à une culture qui suit les principes de La Bible : mourir et aller au paradis34. Partant du constat que 150 000 personnes meurent chaque jour, pour la plupart de vieillesse et de maladie, il suggère deux voies « prometteuses » pour réduire cette mortalité : la digitalisation du cerveau et le téléchargement de l’esprit ainsi que l’inversion du processus de vieillissement développé par Aubrey de Grey35. Les millions de dollars investis dans la recherche anti-âge et la longévité grâce notamment par Google et le projet Calico, Human LLC et Insilico, le rendent optimiste. Mieux encore, l’idée de faire une fortune autour de l’immortalité ferait son chemin36. Matérialiste, comme Aubrey de Grey, il perçoit le corps comme une voiture que l’on peut réparer37. Il ne s’agit pas de vivre éternellement mais plutôt de choisir de mourir ou non. C’est une transcendance opératoire, un ici et maintenant, qu’il propose38.

Récemment, Zoltan Istvan a fait scandale en évoquant le contrôle des naissances. Dans la perspective d’une conquête de la mort, il s’interroge : « Devra-t-on encore permettre à n’importe qui d’avoir autant d’enfants qu’il souhaite ? » Il imagine un permis, accordé suite à une série de tests, qui permettrait l’accès à la procréation et la possibilité d’élever des enfants. En seraient exclus les sans domicile fixe, les criminels et les drogués. Mobilisant, tout à tour, l’argument humanitaire – donner une meilleure vie aux enfants –, environmental, démographique, féministe – les enfants qui nuisent à la carrière professionnelle –, il conclut qu’il ne s’agit pas de restreindre la liberté mais de maximiser les ressources pour les enfants présents et à venir39. Ces propos tenus dans la revue libertarienne Wired co.uk, lui ont valu l’ire d’une presse40 qu’il qualifie de « conservatrice ». Il aurait même reçu des menaces de mort41.

Conclusion

Le transhumanisme sort de sa sphère techno-scientifique et philosophique, il s’aventure maintenant sur le terrain politique, éprouve ses forces. Sans surprise, cette irruption dans le réel attise le conflit entre les bioconservateurs et les bioprogressistes. Plus intéressant, cette campagne électorale révèle un obstacle encore largement invisible : la colonisation politique de l’utopie, qui s’incarne dans les tensions entre les libertariens et les technoprogressistes.

Si les résultats de l’élection seront sans surprise pour Zoltan Istvan, le « pari » de faire connaître le transhumanisme à une large audience est d’ores et déjà remporté, quant à l’idée d’unifier les forces potentielles en présence : nous le verrons lors de l’élection.

Cette candidature doit attirer notre attention sur les mutations technologiques radicales en cours, leurs ressorts et motivations. Plus encore, c’est une invitation cruciale à penser les implications politiques et sociales et la nécessité d’anticiper les arbitrages et risques associés.

Notes :

1 MORE M. & VITA-MORE N., The transhumanist reader, Hoboken, John Wiley & Sons, 2013 ; BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Journal of Evolution & Technology, 14, 1, 2005.
2 ISTVAN Z., « Immortality Bus delivers Transhumanist Bill of Rights to US Capitol », IBT, 21 décembre 2015.
3 RICOEUR P., L’idéologie et l’utopie, Paris, Seuil, 1997, p. 37.
4 LESNES C., « Zoltan Istvan, le candidat de la vie éternelle », Le Monde, 14 septembre 2015.
5 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Reform, 6 mars 2014.
6 NUSCHKE M., « Fireside Chat with Zoltan Istvan – Author of ‘The Transhumanist Wager’ », Retirement singularity, 4 mai 2014.
7 Site de Zoltan Istvan.
8 ISTVAN Z., « EXTREME SPORTS / Really Good Pumice, Dude! / Volcano boarding: Russian roulette on a snowboard », Sfgate, 8 décembre, 2002.
9 ISTVAN Z., « Forget Donald Trump. Meet Zoltan Istvan, the only presidential candidate promising eternal life », Vox, 8 septembre 2015.
10 Idem.
12 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Op. Cit.
14 HUXLEY J., Religion without revelation, Santa Barbara, Greenwood Press, 1979 (1927).
15 BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Op. Cit.
16 ISTVAN Z., « An interview with Zoltan Istvan, founder of the transhumanist party and 2016 U.S. presidential candidate », Litost Publishing Collective, 23 novembre 2014.
17 Institute for social futurism, Op. Cit.
18 TREDER M., « Technoprogressives and transhumanists : What’s the difference ? », IEET, 25 juin 2009.
19 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », GIZMODO, 5 juillet 2015.
20 Idem.
21 ISTVAN Z., « A new generation of transhumanists is emerging », Huffpost, 3 octobre 2014.
22 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
23 Idem.
24 Idem.
25 BENEDIKTER R et al., « Zoltan Istvan’s ‘Teleological Egocentric Functionalism’: A approach to viable politics ? », Op. Cit.
26 TWYMAN A., « Zoltan Istvan does not speak for the Transhumanist Party », Transhumanity.net, 12 octobre 2015.
27 HENDRICKON J., « Can this man and his massive robot network save America », Esquire predicts, 19 mai 2005.
28 Idem.
29 Cf. Superintelligence, Paths, Dangers, Strategies de Nick Bostrom (oup, 2014).
30 DEVELEC LE N., « De l’humanisme au post-humanisme : mutations de la perfectibilité humaine », Revue MAUSS, 21 décembre 2008.
31 ISTVAN Z., « The morality of artificial intelligence and the three laws of transhumanism », Huffpost, 2 février 2014.
32 ISTVAN Z., « The culture of transhumanism is about self-improvement », Huffpost, 4 septembre 2015.
33 ISTVAN Z., « Transhumanist party scientists frown on talk of engineering moratorium », Huffpost, 5 avril 2015.
34 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
35 ISTVAN Z., « Transhumanism is booming and big business is noticing », Huffpost, 17 juillet 2015.
36 Idem.
37 GREY A. de avec RAE M., Ending Aging. The Rejuvenation Breakthrought That could Reverse Human Aging in Our Lifetime, NY, St Martin Griffin, 2007, p. 326.
38 ISTVAN Z., « Can transhumanism overcome a widespread deathist Culture ? », Huffpost, 26 mai 2015.
39 ISTVAN Z., « It’s time to consider restricting human breeding », Wired. co.uk, 14 août 2014.
40 McCLAREY D., « Hitler : “Born Before this time” », The American Catholic, 21 août 2014 ; SMITH WESLEY J., « Tranhumanism’s Eugenics Authoritarianism », Evolution. News.net, 15 août 2014.
41 ISTVAN Z., « Death, threats, freedom, Transhumanism, and the future », Huffpost, 25 août 2014.

Barack Obama signe un projet de loi du Sénat qui protège les victimes de l’eugénisme

Par Richard Craver, Winston-Salem Journal, 7 octobre 2016

Le président Barack Obama a signé vendredi un projet de loi du Sénat qui protège les victimes de stérilisation recevant des indemnités compensatoires en raison de compressions dans les prestations fédérales en raison de ces paiements.

Le projet de loi a été rédigé conjointement par Sens. Thom Tillis, R-N.C., et Tom Carper, D-Del. Le projet de loi a été promulgué – avec 13 autres projets de loi de la Chambre et du Sénat – sans commentaires de la part du président.

La Loi sur le traitement de certains paiements en cas d’indemnisations eugéniques couvre les programmes fédéraux de protection sociale, comme Medicaid, le programme d’aide alimentaire complémentaire (Food Stamps), le revenu de sécurité supplément (Supplemental Security Income – SSI) et SSI-handicapés.

«Sans cette loi, les victimes de l’eugénisme qui reçoivent des indemnités compensatoires pourraient voir leurs prestations fédérales réduites ou même avoir leur éligibilité éliminée», ont déclaré les sénateurs dans un communiqué.

Le projet de loi, Sénat 1698, a été co-parrainé par les sénateurs Richard Burr, R-N.C., Mark Warner, D-Va., et Tim Kaine, D-Va., le candidat démocrate au poste de vice-président.

Tillis a dit qu’il a choisi de co-écrire le projet de loi comme une continuation de son travail en tant que porte-parole dans l’histoire sombre de la Caroline du Nord qui soutenait une loi d’État sur l’eugénisme et la stérilisation obligatoire qui a victimisé plus de 7,600 hommes, femmes et enfants de 1929 à 1974.

L’eugénisme était plus qu’une question de la Caroline du Nord. Il y avait plus de 60 000 victimes documentées dans 33 États. Les individus ont souvent été jugés mentalement ou physiquement inaptes de se reproduire, souvent sur un raisonnement peu solide. Les gouvernements des États ont ciblé des groupes spécifiques pour la stérilisation, y compris les femmes non mariées, les Afro-Américains et les enfants issus des familles pauvres. ↓

Le « philosophe » et homme d’affaires transhumaniste Zoltan Istvan propose que les pouvoirs publics « soumettent leurs citoyens » à une série de tests élémentaires qu’il faudrait réussir pour « obtenir le feu vert » pour procréer. Ce « permis », envisage-t-il dans une tribune publiée jeudi dernier par Wired.com, pourrait être refusé à ceux qui n’en seraient pas jugés « dignes » : les sans domicile fixe, les auteurs de crimes et délits, les pauvres… → L’eugénisme transhumaniste passe par les puces

«Les victimes du programme eugéniste de la Caroline du Nord ont déjà tant enduré toute leur vie, et cette loi aidera à les protéger en veillant à ce que leurs paiements de restitution ne nuisent pas à leur admissibilité aux avantages de sécurité fédéral», a déclaré Tillis. «Nous sommes meilleurs en tant que peuple, état et nation pour avoir reconnu les péchés du passé et la lutte pour la justice en faveur des victimes».

Le Winston-Salem Journal a récompensé la série sur l’eugénisme en 2012, intitulée «Against Their Will» (Contre leur volonté), a permis de sensibiliser l’ensemble de l’État au programme.

En 2013, Tillis et Rep. N. Larry Womble, D-Forsyth, ont garanti l’adoption d’un projet de loi qui a fait de la Caroline du Nord le premier État à payer une indemnisation aux victimes de l’eugénisme.

Plus de 200 bénéficiaires sont en attente d’un troisième et dernier contrôle qui devrait amener leur montant total d’indemnisation à un peu plus de 45 000 $. La Virginie est devenue en 2105 le deuxième État à adopter une loi indemnisant les victimes d’un programme eugéniste dirigé par l’État. La Virginie accordera 25 000 $ à chaque individu qui a été stérilisé involontairement et encore en vie à compter du 1er février 2015.

pour en savoir plus :

Kim Severson, pour The New York Times : « Thousands Sterilized, a State Weighs Restitution »

→ Un quotient intellectuel de 70 ou inférieur signifie que la stérilisation est considérée comme appropriée en Caroline du Nord : Ann Doss and Tomlinson, Tommy Helms, « Wallace Kuralt’s era of sterilization: Mecklenburg’s impoverished had few, if any, rights in the 1950s and 1960s as he oversaw one of the most aggressive efforts to sterilize certain populations »

Eugénisme aux États-Unis

Les politiques eugénistes aux États-Unis dans la première moitié du XXe siècle ». Dominique Aubert-Marson, M/S : médecine sciences, vol. 21, n° 3, 2005, p. 320-323.

Le Transhumanisme et le Venus Project

Zoltan Istvan, (transhumaniste, philosophe, visionnaire et candidat à la présidentielle) a récemment visité Jacque Fresco, un américain autodidacte, ingénieur, architecte designer, philosophe, éducateur, futuriste et technoprogressiste, du Venus Project. Il écrit et donne des conférences à propos de ses visions sur les villes durables, l’efficacité énergétique, la gestion des ressources naturelles, la cybernétique, l’automation avancée ainsi que le rôle de la science dans la société. Avec sa collègue, Roxanne Meadows, il est le fondateur et directeur de The Venus Project. En tant que critique social connu pour sa franchise, Fresco prône l’implémentation globale d’un système socioéconomique de coopération sociale, d’automation technologique et de méthodologie scientifique qu’il appelle « économie basée sur les ressources ».

Zoltan Istvan (r) sitting down with Jacque Fresco (m) and Roxanne Meadows. (l) (Photo Credit: Zoltan Istvan)

Qu’est-ce que le Projet Venus ? Un système où l’humanité vivrait en harmonie avec la nature grâce à la technologie et à une économie basée sur les ressources qui n’utiliserait pas de monnaie, des villes durables, une efficacité énergétique, une gestion des ressources naturelles et une automatisation.

Il s’agit d’un système socio-économique holistique dans lequel tous les biens et services sont disponibles sans l’utilisation d’argent, de crédit, de troc ou toute autre forme de dette ou de servitude. L’ensemble des ressources de la planète est considéré comme étant le patrimoine commun de tous les peuples de la Terre, dépassant ainsi à terme le recours aux barrières artificielles qui séparent les peuples.

Il serait possible d’utiliser la technologie pour surmonter le manque de ressources. Parmi les méthodes utilisées figurent l’utilisation de sources d’énergie renouvelables, l’informatisation et l’automatisation de la fabrication et des inventaires, la conception de villes sures et efficaces sur le plan énergétique. Ces villes seraient équipées de systèmes avancés de transports tout en offrant des soins de santé universels et une éducation plus pertinente. Il s’agit d’appliquer la technologie intelligemment et efficacement, tout en conservant l’énergie, réduisant les déchets et en offrant davantage de temps pour les loisirs. Grâce à un inventaire automatisé à l’échelle mondiale, il serait possible de maintenir un équilibre entre la production et la distribution. Seuls les aliments nutritifs et sains seraient mis à disposition et l’obsolescence planifiée serait inutile et inexistante.

D’après Jacque Fresco, l’argent n’est important dans une société que lorsque certaines ressources vitales doivent être rationnées et que les gens acceptent l’argent comme un moyen d’échange pour ces ressources. L’argent est en fait une convention sociale, un accord. Il n’est pas une ressource naturelle et n’en représente aucune. L’argent n’est pas nécessaire à la survie, à moins que nous ayons été conditionnés à le considérer comme tel.

Il s’intéresse à des technologies en plein développement actuellement : impression 3D, robotique et automatisation, intelligence artificielle, biotechnologie, science des matériaux, production alimentaire, villes intelligentes, recyclage.

“Cela n’a rien à voir avec ceux qui veulent former un nouvel ordre mondial des élites contrôlé par elles-mêmes et les grandes entreprises et qui veulent soumettre le reste du monde à leur volonté.”

“Au contraire, une économie globale basée sur les ressources permet à tous d’atteindre leur plus haut potentiel, de grandir et de s’épanouir dans une société qui fonctionne pour eux, une société qui protège et préserve aussi l’environnement ; une société comprenant que nous faisons partie de la nature et n’en sommes pas séparés.”

“Toutes ces choses sont faisables à partir des connaissances actuelles. Il faudrait 10 ans pour changer la surface de la Terre et transformer le monde en un deuxième jardin d’Eden. Vous avez le choix. La stupidité d’une course aux armements nucléaires, le développement d’armes, tenter de résoudre nos problèmes politiquement en votant pour tel ou tel parti politique. La politique dans son ensemble nage dans la corruption. Je le répète : le communisme, le socialisme, le fascisme, les démocrates, les libéraux. Il n’y a pas de problème noir, de problème polonais, de problème juif, ni de problèmes grecs ou féministes. Il y a des problèmes humains.”

Serious Wonder, The Venus Project