Ginni Rometty sur l’avenir du travail et de l’IA

L’intelligence artificielle d’IBM permet de prédire avec une précision de 95 % quels travailleurs sont sur le point de quitter leur emploi.

IBM reçoit plus de 8.000 CV par jour. Mais, ce n’est pas la seule façon pour IBM, qui emploie environ 350 000 personnes, de savoir qui cherche actuellement un nouveau poste. La technologie d’intelligence artificielle d’IBM est maintenant précise à 95 % pour prédire les salariés qui comptent quitter leurs emplois, a déclaré Ginni Rometty.

Depuis les sept années où Rometty occupe le poste de PDG, IBM a amélioré son travail d’intelligence artificielle consacré à la fidélisation de ses employés.

“Le meilleur moment pour récupérer un employé, c’est avant qu’il ne parte”, a-t-elle déclaré.

IBM HR dispose d’un brevet pour son “programme d’attrition prédictive” qui a été développé avec Watson pour prédire le risque de fuite des employés et préconiser des actions pour que les managers engagent des employés.

Rometty ne peut pas expliquer ce qui a permis à l’IA de travailler si efficacement dans l’identification des travailleurs sur le point de partir. Elle se contente de dire que son succès passe par l’analyse de nombreux points de données. L’IA a jusqu’à présent permis à IBM d’économiser près de 300 millions de dollars en coûts de rétention, a-t-elle affirmé.

L’outil de rétention de l’IA fait partie d’une suite de produits IBM conçus pour améliorer l’approche traditionnelle de la gestion des ressources humaines. Rometty a décrit le modèle classique des ressources humaines comme ayant besoin d’une refonte, et a dit que c’est l’une des professions où les humains ont besoin de l’IA pour améliorer leur travail.

Rometty a déclaré que depuis qu’IBM a déployé la technologie sur une plus grande échelle, y compris les services cloud et d’autres modernisations, le géant de la technologie a réduit la taille de son département mondial des ressources humaines de 30 %. Mais elle a ajouté que les postes restants sont mieux rémunérés et capables d’effectuer un travail de plus grande valeur.

Un cheminement de carrière plus clair est nécessaire pour de nombreuses personnes

Parmi les tâches pour lesquelles les DRH et les responsables d’entreprise n’ont pas toujours fait la preuve de leur efficacité et pour lesquelles l’intelligence artificielle jouera un rôle plus important à l’avenir, figurent le maintien des employés sur un parcours professionnel clair et l’identification de leurs compétences.

Rometty a déclaré que la transparence avec les employés au sujet de leur cheminement de carrière est un problème dans lequel de nombreuses entreprises échouent encore. Et cela va devenir plus critique. “Je m’attends à ce que l’IA change 100 % des emplois au cours des 5 à 10 prochaines années “, a déclaré la PDG d’IBM.

Être transparent avec les employés signifie être honnête au sujet des compétences nécessaires, surtout lorsque les travailleurs ne les possèdent pas. Les dirigeants d’IBM parlent aux employés des compétences rares ou abondantes sur le marché.

“Si vous avez une compétence qui n’est pas nécessaire pour l’avenir, qui est abondante sur le marché et qui ne correspond pas à une stratégie dont mon entreprise a besoin, vous n’êtes pas fait pour rester à l’intérieur de mon entreprise”, a déclaré Rometty. “Je crois vraiment qu’il faut être transparent sur l’emplacement des compétences. Je crois vraiment qu’il faut être transparent pour savoir où sont les compétences.”

En comprenant mieux les modèles de données et les compétences adjacentes, l’IA d’IBM peut se concentrer sur les forces d’un individu. En retour, cela peut permettre à un manager d’orienter un employé vers des opportunités futures qu’il n’a peut-être pas vues à l’aide des méthodes traditionnelles.

“Nous avons constaté que les sondages auprès des managers n’étaient pas exacts”, a déclaré Rometty, faisant référence aux évaluations formelles des compétences. “Les managers sont subjectifs en matière d’évaluation. Nous pouvons déduire et être plus précis à partir des données.”

La technologie IBM permet de visualiser les tâches accomplies par les employés, les cours qu’ils ont suivis et les résultats qu’ils ont obtenus. Grâce à ces points de données, l’inférence de compétences en IA et les responsables des ressources humaines peuvent mieux comprendre l’ensemble des compétences d’un employé qu’ils ne le feraient en évaluant le retour d’information provenant des enquêtes auprès des responsables.

IBM a également abandonné un autre élément fondamental des ressources humaines classiques : l’évaluation annuelle des performances, où Rometty a résisté au début, mais la persévérance des responsables des ressources humaines lui a prouvé sa nécessité. La société évalue la croissance des compétences des employés dans le cadre de leurs vérifications trimestrielles avec la direction.

L’IA parvient de mieux en mieux à informer les employés sur leur carrière. L’assistant virtuel MYCA (My Career Advisor) d’IBM utilise Watson pour aider les employés à identifier les domaines où ils ont besoin d’améliorer leurs compétences. La technologie Blue Match, offre des possibilités d’emploi aux employés en fonction de leurs données sur les compétences acquises grâce à l’IA (les employés choisissent de participer au service). Rometty a déclaré que certains des 27 % des travailleurs d’IBM qui ont obtenu un nouvel emploi ou une promotion en 2018 ont été aidés par Blue Match.

“L’IA changera tous les emplois une fois qu’elle sera dans le flux de travail, et c’est la forme la plus significative de l’IA. Oui, certains emplois seront remplacés, mais c’est un faux-fuyant”, affirme Rometty. “Il s’agit de faire travailler les gens à l’intersection de tout ça.”

Elle a ajouté : “Tout cela est un jeu d’habileté et de personnes ayant les bonnes compétences, et le travail de chacun est en train de changer.”

Se débarrasser du système RH actuel

Les départements traditionnels des ressources humaines, où les entreprises “sous-investissent généralement”, ont été divisés entre un système libre-service, où les employés sont forcés d’être leurs propres gestionnaires de carrière, et un système défensif pour faire face aux mauvais résultats.

“Nous devons amener l’IA partout et nous débarrasser du système de libre-service [existant]”, a déclaré Rometty. Les employés d’IBM n’ont plus besoin de déchiffrer quels programmes les aideront à améliorer leurs compétences ; l’IA suggère à chaque employé ce qu’il devrait apprendre afin de progresser dans sa carrière.

Dans le même temps, les mauvaises performances, quant à elles, ne seront pas un problème qui sera traité uniquement par les managers, les RH, le juridique et les finances, mais par les groupes de solutions – IBM utilise des centres de solutions “pop-up” pour aider les managers à rechercher les meilleures performances de leurs employés.

De nombreuses entreprises se sont appuyées sur des centres d’excellence – des groupes spécialisés ou des entités de collaboration créés pour se concentrer sur des domaines où il y a un manque de connaissances ou de compétences au sein d’une organisation ou d’une communauté. “Nous devons passer des centres d’excellence aux centres de solutions”, a-t-elle dit.

Le pari d’IBM est que l’avenir du travail est un avenir dans lequel une machine comprend l’individu mieux que l’individu RH ne peut le comprendre seul. Pour être clair, les observations du PDG d’IBM n’ont pas été présentées comme une attaque contre la profession des RH. En fait, elle a commencé ses remarques en décrivant les RH comme un “travail de passion” et en ajoutant qu’elle était “une grande fan de cette profession”.

Mais la nouvelle ère des ressources humaines centrées sur l’intelligence artificielle s’améliorera par rapport à quelque chose que beaucoup d’équipes de ressources humaines ne peuvent pas gérer aussi efficacement qu’une machine, qui peut créer des millions de points de données et apprendre de nouvelles choses. Il faut reconnaître le véritable potentiel des ressources des individus et servir de moteur de croissance pour les entreprises.

“C’est au niveau individuel. Vous devez connaître l’individu. Les compétences sont votre atout renouvelable, et vous devez les traiter comme ça”, a conclu Rometty.

Tour du monde 2018 de l’IA

Introduction

L’intelligence artificielle (IA) s’inscrit dans la continuité de l’informatique, dont la puissance de calcul ne cesse de croître. L’explosion des Big data, c’est-à-dire de grandes masses de données que nous déposons dans nos navigations Internet, sur nos téléphones et sur nos ordinateurs, permettent aux IA de progresser et de se perfectionner. À travers des calculs algorithmiques, l’IA englobe des tâches telles que l’apprentissage, l’analyse, le raisonnement, la planification, la perception, la compréhension du langage, la robotique et bien plus encore. Petit tour d’horizon des éléments que nous n’avons pas traités sur l’année 2018.

L’IA dans la santé

  • Dubai a créé le premier ministère de l’IA au monde en octobre 2017. Les Émirats Arabes-Unis comptent analyser le séquençage ADN des 3 millions d’habitants du pays par le biais du Dubai Health Association. La capitale émiratie ferait partie des villes les plus actives en matière d’intelligence artificielle dans le monde. Le but étant de créer une gigantesque base de données pour améliorer son dispositif de santé et de soins.

  • La santé est un domaine extrêmement convoité par les sociétés investies dans l’IA. IBM s’y est engagé parmi tant d’autres avec l’ambition d’en devenir l’un des pionniers. En 3 ans, IBM a acquis les sociétés de santé Phytel, Explorys, Merge Healthcare et Truven. Avec son projet Watson Health (4 Mds $ d’investissement), l’entreprise analyse des millions de dossiers médicaux (300 millions de données de patients collectées) grâce au machine learning, la branche de l’IA qui permet d’améliorer les performances de cette dernière avec le Big data. Watson n’analyse pas les symptômes pour identifier une pathologie à l’instar de la médecine traditionnelle, mais examine l’information en ligne pour aboutir à des diagnostics et des prescriptions. « Avec plus de 700 000 publications chaque année, un médecin ne peut se tenir à jour, même dans sa spécialité », tandis que le logiciel en question a la capacité de traiter 300 pages de données en une demi-seconde et en sept langues sur Internet (tweets, blogs, articles journalistiques et scientifiques…). Deux problèmes majeurs découlent de cette prouesse : 1) les datas de santé collectées appartiennent à des entreprises privées ce qui pose des problèmes éthiques et légaux (secret médical par exemple) ; 2) les programmes d’IA donnent des résultats sans en expliciter le raisonnement ; le taux d’erreur subsiste à cause des disparités de méthodes scientifiques entre pays par exemple, ce qui pose plus généralement le problème de la confiance aveugle que doivent avoir les médecins envers la machine.

  • Dans la même tendance, la montre connectée Apple Watch, leader du secteur avec 59 % du marché, innove pour bouleverser notre conception de la santé. La dernière version de la montre de la société Apple est capable de détecter les chutes du porteur (comme un accident de voiture par exemple) et appeler automatiquement les secours grâce à la géolocalisation si l’individu ne bouge pas au bout d’une minute. Parmi les nouveautés, des électrodes intégrées et un nouveau capteur électrique de fréquence cardiaque permettent d’enregistrer tout symptôme ou changement observés par l’app Santé et dans un PDF qui peut être envoyé à son médecin. Parmi les innovations futures, une technologie capable de surveiller le taux de glucose est très attendue. Début 2018, le cabinet Juniper Research estimait que 80 millions de ces montres intelligentes allaient être vendus en 2022, contre 14 millions en 2017.

  • L’euthanasie par l’IA ? Un algorithme conçu par des chercheurs de l’Université de Stanford pourrait prédire le jour de décès précis de patients en phase terminale. C’est à l’Hôpital de Stanford que des dossiers médicaux de milliers de patients atteints de cancers, maladies neurologiques et insuffisances cardiaques ont été analysés par deep learning (apprentissage basé sur des réseaux de neurones artificiels) pour élaborer cette IA. L’algorithme a pu déterminer dans 90 % des cas la mortalité des patients sur une période de trois à douze mois. Ce système permet officiellement d’optimiser les soins, mais aussi de privilégier des soins palliatifs pour économiser des traitements inutiles, chers et douloureux à des patients condamnés. La vie algorithmique à cela de particulier, qu’elle ne laisse que peu de place au hasard malheureux ou miraculé.

Les investissements européens (franco-allemand)

L’Europe est en retard pour les investissements privés en IA, qui ont été d’environ 2,4 à 3,2 Mds € en 2016, contre 6,5 à 9,7 Mds € en Asie et 12,1 à 18,6 Mds € en Amérique du Nord. Le Vieux continent est également toujours frileux à propos du protectionnisme et les acquisitions de pépites européennes par les multinationales américaines et chinoises sont validées sans précaution particulière (cf. l’article 63 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne : « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux […] sont interdites »). Par exemple, la célèbre entreprise britannique DeepMind, aujourd’hui pionnière en matière d’IA, avait été acquise par Google en 2014 (500 M$), de même que le fleuron de la robotique allemande Kuka avait été absorbé par le géant chinois de l’électroménager Midea en 2016 (4,5 Mds $). L’émergence d’une industrie de l’IA puissante ne peut émerger qu’avec un soutien des pouvoirs publics et un protectionnisme pour le développement de l’initiative privée. Les pouvoirs publics se réveillent toujours avec un train de retard.

La Chancellerie fédérale allemande a annoncé le 15 novembre 2018 un investissement public de 3 Mds € jusqu’en 2025 pour développer l’IA outre-Rhin. L’Allemagne inclut l’UE dans son programme via la création d’un cluster européen pour financer la recherche coopérative sur l’IA et n’oublie pas de promouvoir le dialogue transatlantique « pour le développement d’une IA centrée sur l’humain dans le monde du travail ». Un Observatoire allemand pour l’IA doit également voir le jour pour amorcer une structure similaire à l’échelle européenne.

Le 28 novembre suivant, la Macronie a déclaré établir un nouveau plan de 665 M€ sur quatre ans pour soutenir la recherche publique et privée sur l’IA. Une enveloppe totalisant le milliard d’euros doit être atteinte avec l’aide de compagnies privées. Cette ambition française s’articule également dans le cadre européen pour faire du continent un acteur incontournable dans le domaine. Grâce à ce plan, les universités et centres de recherche français de Grenoble (projet MIAI@Grenoble-Alpes), Nice (projet 3IA Côte d’Azur), Paris (projet Prairie) et Toulouse (projet Aniti) ont récemment été lauréats du titre des instituts interdisciplinaires de l’intelligence artificielle (3IA). Ils se partageront la somme de 100 M€ sur 4 ans pour développer l’IA principalement dans le domaine prometteur de la santé. Les autres secteurs encouragés touchent l’environnement, les transports, le développement des territoires ou encore l’énergie.

Le Ministère de la Santé a démarré en octobre dernier la généralisation du carnet de Santé numérique (210 M€ de mise en place et un budget annuel de fonctionnement estimé à 15 M€) qui centralise dans un fichier les données personnalisées de la santé des patients. Seul le médecin traitant a accès à la totalité du fichier et le patient a le pouvoir de bloquer des informations le concernant, d’ajouter des documents ou de supprimer des données de son Dossier Médical Partagé (DMP). S’il est affiché comme « non obligatoire, gratuit, confidentiel et sécurisé », ce DMP pourra notamment être utilisé pour enrichir les bases de données de l’Health Data Hub, un instrument de l’État permettant d’analyser algorithmiquement les datas de santé des Français. Ce Hub doit émerger pour juin 2019 dans sa première version. Un fichage centralisé de plus.

Le milieu militaire juge également déterminante la R&D dans le domaine de l’IA. En février 2017, l’actuel ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait considéré l’IA comme une troisième rupture technologique, après la dissuasion nucléaire et l’explosion des technologies de l’information et du numérique. L’actuelle ministre des Armées, Florence Parly, a quant à elle annoncé une série de mesures en faveur du développement de l’IA militaire pour un coût annuel de 100 M€. Une cinquantaine de data scientist, spécialisés en science des données et en IA, doivent être embauchés d’ici 2022 à la Direction générale de l’armement (DGA). Fait notable : la France noue des partenariats public-privé sur le modèle US/chinois avec des sociétés comme Dassault, Thales, des startups et des centres de recherche. Parly a également annoncé la création d’une Agence de l’innovation de défense au sein de son ministère pour y inclure des startup dans l’objectif de créer des partenariats au niveau européen. Cette déclaration a coïncidé avec le lancement du Man-Machine Teaming (MMT – coopération homme-machine), un projet financé par la DGA (30 M€) et animé par Dassault Aviation et Thales. Il consiste à développer l’IA dans l’aéronautique de combat, particulièrement sur des capteurs de reconnaissance intelligents, de la navigation autonome sur terrains difficiles, des opérations conjointes entre vols habités et non habités ou encore sur une interface homme-machine à l’intérieur du cockpit. Les premiers résultats émergeront d’ici 2025 pour une utilisation totalement intégrée et généralisée vers 2030.

Rivalité américano-chinoise dans le secteur militaire

Pékin a pour objectif de mettre sur pied d’ici une dizaine d’années une industrie de l’IA d’une valeur de 150 Mds $, de devenir le premier centre d’innovation mondial d’ici 2030 (croissance du PIB chinois de 26 % d’ici l’échéance). Outre atlantique, le budget du Département de la défense US dédié à l’IA était de 7,4 Mds $ en 2017. Il faut y ajouter le secteur privé américain qui mobilise environ 60 Mds $ chaque année, montant très proche de celui investi par les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) chinois. Au vu de ces chiffres, la France fait pâle figure avec ses 100 M€ annuels. Le Pentagone voit également la nouvelle génération d’IA comme une troisième vague de progrès technologique. Ce département de la Défense a d’ailleurs déjà validé le montant de 2 Mds $ consacré à la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA – Agence pour les projets de recherche avancée de défense), pour soutenir une vingtaine de projets d’IA en cours et promouvoir d’autres recherches d’ici cinq ans. Dans une logique de retour sur investissement, les GAFAM sont totalement intégrés aux programmes gouvernementaux sur l’IA dans une collaboration publique-privée ; une entreprise telle que Google par exemple doit son émergence et sa réussite au soutien financier indirect des agences de renseignement civiles américaines (NSA, CIA). Il en est de même en Chine où les BATX sont étroitement liés aux recherches sur l’IA de l’État.

L’encadrement éthico-juridique de l’IA

Avec les problématiques qu’entraîne la puissance algorithmique, la Déclaration de Montréal, une charte éthique encadrant le développement de l’IA, est née le 4 décembre 2018. Environ dix-huit mois de préparation ont été nécessaires à la publication de ce garde-fou. Le texte propose également de généraliser la transition numérique pour que le monde entier puisse bénéficier des nouvelles technologies.

Au cours d’un meeting à Bruxelles, pas moins de 12 mesures ont récemment été proposées pour encadrer voire sécuriser l’IA, développer la cybersécurité et interdire le profilage secret ou le scoring (notation des citoyens, comme il est si bien fait en Chine). Le groupe de protection de la vie privée Electronic Privacy Information Center (EPIC) a interpellé l’État américain via le National Science Foundation (NSF – Fondation nationale pour la science, équivalente du CNRS) pour transposer ces mesures aux USA.

Dans la même idée, les scientifiques d’IBM proposent aux développeurs de mettre en place et rendre accessible une déclaration de conformité du fournisseur (Supplier’s Declaration of Conformity – SDoC) avant de commercialiser un algorithme. Ceci pour rendre l’IA « plus sûre, transparente, équitable et efficace » grâce à des rapports de tests standardisés de sécurité par exemple. De quoi rassurer le public et les clients, peut-être au détriment de la vitesse de l’innovation.

Veille scientifique sur l’IA

  • Selon des prospectives du Forum économique mondial sur l’IA, la plupart des tâches sur le lieu de travail seront effectuées par des machines plutôt que par des hommes d’ici 10 ans. Le rapport s’appuie sur des données de responsables des ressources humaines et d’experts en stratégie d’entreprise. Environ 71 % des activités professionnelles sont actuellement gérées par des humains et la moitié des tâches seront transférées vers des machines d’ici 2025. Le développement de l’apprentissage automatique et de l’automatisation numérique devrait supprimer 75 millions d’emplois d’ici là et en créer quelque 133 millions.

  • Microsoft a mis au point un système informatique (IA) passant du chinois à l’anglais avec le même niveau de performance qu’un traducteur humain professionnel. L’année dernière, son système de reconnaissance vocale réussissait à atteindre des résultats aussi bons que des humains. Le 14 mars 2018, la firme a annoncé qu’une autre de ses intelligences artificielles traduisait des articles d’informations du chinois à l’anglais avec le même niveau de qualité et de précision qu’un professionnel.

  • Neuralink, une des startups du milliardaire Elon Musk (Tesla, SpaceX, The Boring Company), met au point une interface entre la machine et le cerveau humain pour soigner des maladies neurologiques, comme la maladie de Parkinson ou l’épilepsie. À terme, le projet est de mettre au point des neuroprothèses en tant qu’interfaces cerveau-machine à très haut débit afin de connecter le cerveau humain à des programmes informatiques.

  • Une forme de vie dans le quantique ? Si la création de vie artificielle au sein d’ordinateurs a déjà été expérimentée, une recherche similaire vient d’être réalisée cette fois-ci en utilisant un superordinateur quantique d’IBM (l’IBM QX4). Le monde réel étant appréhendé par l’Homme avec la physique classique, une très importante part de mystère qui nous échappe encore relève de la physique quantique. En informatique, le quantique permet de dépasser le système binaire, le langage de programmation traditionnel. Cette nouvelle expérience ajoute donc à l’équation le mystère ou l’imprévisibilité dans des simulations informatiques quantiques. Les conclusions de l’étude ne permettent pas de reproduire réellement une vie artificielle complète à l’intérieur d’un ordinateur quantique, mais laisseraient entrevoir la possibilité d’une telle innovation. Quant aux questions profondes sur l’origine de la vie et l’univers, ce ne sera pas pour de suite.

Conclusion

Les actualités de l’IA sont toujours riches et en pleine expansion. Pour rivaliser un tant soit peu avec les Américains et les Chinois, le gouvernement français doit choisir entre baisser les termes d’exigence de la protection des métadonnées de sa population ou inclure d’autres pays européens dans ce projet pour récolter des quantités de datas plus conséquentes sans outrepasser les réglementations. Nous restons vigilants sur la cybersurveillance de masse en France et ailleurs dans nos prochains dossiers.

Franck PengamExtrait de Géopolitique Profonde n°8

Trois percées de l’IA qui transformeront l’IoT

Tout est connecté partout, des voitures aux robots industriels en passant par les hôtels. Les entreprises leaders utilisent les données issues des objets connectés pour réduire les coûts opérationnels, commercialiser les produits plus rapidement et augmenter la différenciation et la fidélité à la marque. Écoutez Kareem Yusuf, directeur général, IBM Watson IoT, pour en savoir plus sur les opportunités qui se présentent lorsque vous profitez des percées récentes dans le domaine de l’Internet des objets et de l’intelligence artificielle.

Comment les nouvelles technologies aident à ouvrir des perspectives et une plus grande valeur à partir d’objets connectés ?

Les dernières avancées de l’intelligence artificielle

Différentes prédictions défrayent la chronique depuis maintenant quelques années à propos de l’émergence d’une intelligence artificielle dite forte (autonome et multidisciplinaire). Optimistes ou non, tous les commentateurs du phénomène s’accordent plus ou moins sur la supériorité de l’intelligence artificielle sur l’humain dans tous les domaines d’ici 30 à 200 ans. Selon les commentateurs chinois, l’autonomisation complète de l’intelligence artificielle interviendra d’ici 104 ans, tandis que les Américains l’estiment à 169 ans. En attendant, voici quelques actualités notables.

Puisant dans des bases de données gigantesques, des algorithmes sont déjà si complexes que certaines machines prennent des décisions que l’Homme ne peut pas expliquer à ce jour. Plus étonnant encore, certaines intelligence artificielle détectent lorsqu’un humain tente de modifier leur comportement et peuvent même tout faire pour s’opposer à l’acte s’il entre en conflit avec l’objectif initial de l’intelligence artificielle.

Le même jour, Alibaba et Microsoft ont annoncé que leurs intelligences artificielles respectives ont battu l’Homme sur un test de lecture de référence, avec un score de 82,44 pour Alibaba et de 82,65 pour Microsoft, contre 82,304 pour l’humain. Le test en question, le Stanford Question Answering Dataset, pose 100 000 questions fermées sans possibilité d’interprétation à partir de 500 articles de Wikipédia.

Des chercheurs de l’Université du Maryland ont mis au point le Deception Analysis and Reasoning Engine (DARE), une intelligence artificielle détectant automatiquement le mensonge dans des vidéos de procès. DARE a appris à détecter et analyser les micro-expressions humaines (lèvres saillantes, sourcils froncés, etc.) et les différentes fréquences de voix d’un individu pour constater s’il fabule ou non. À plus long terme, le programme vise explicitement à être utilisé par les services de renseignement pour « prédire le mensonge dans un environnement ouvert ».

Une intelligence artificielle détecte le mensonge

Selon le docteur Laurent Alexandre, le développement de la génomique, des neurosciences et des capteurs électroniques connectés surveillant la santé, vont bouleverser le domaine médical. Les milliards de données qui composeront notre dossier médical ne pourront être analysés que par des intelligence artificielle. Les deux groupes numériques les plus investis dans la santé sont IBM et Google, mais Microsoft, Facebook, Amazon et Baidu se sont également engagés très sérieusement dans le secteur (L’Express, 27/12/17).

Des chercheurs de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) ont réussi à créer des synapses artificielles. Il s’agirait d’une avancée déterminante et du dernier frein à l’accroissement de la puissance des intelligence artificielle. Un processeur basé sur un réseau neuronal imite le fonctionnement du cerveau humain en passant d’une transmission d’informations binaires (les processus informatiques actuels) à une liaison analogique (humaine). Cette découverte permettrait l’émergence de puces « neuromorphiques » pour traiter des millions de flux de calculs parallèles à l’instar du cerveau de l’Homme. Ces processeurs auront une puissance de calcul comparable à des supercalculateurs.

D’ici 2028, l’intelligence artificielle pourrait remplacer ou au moins assister les professeurs pour répondre aux difficultés de l’éducation et de l’enseignement dans les classes, selon le Forum Économique Mondial.

IBM vient de s’engager à hauteur de 240 millions de dollars pour l’avenir de l’intelligence artificielle

IBM est officiellement en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour diriger un laboratoire de recherche sur l’intelligence artificielle. Cette initiative de recherche conjointe « MIT-IBM AI » sous la marque Watson – un partenariat d’acronymes – sera financée par IBM dans le cadre d’un investissement de 240 millions de dollars sur 10 ans et sera co-implantée au laboratoire de recherche d’IBM à Cambridge et sur le campus du MIT.

Credit: IBM Research

Selon un communiqué de presse d’IBM, le MIT-IBM Watson AI Lab sera l’une des plus importantes collaborations à long terme entre une université et un membre de l’industrie technologique.

Son objectif est de permettre à plus de 100 scientifiques, professeurs et étudiants de poursuivre des recherches axées sur des domaines tels que le développement d’algorithmes d’intelligence artificielle qui pourraient accroître les capacités d’apprentissage machine (machine learning), l’amélioration du matériel d’intelligence artificielle, l’exploration des avantages économiques et sociétaux de l’intelligence artificielle et l’identification des applications d’intelligence artificielle dans les industries clés.

L’équipe d’IBM sait qu’en dépit de toute l’attention accordée récemment sur ce que l’intelligence artificielle peut faire à l’heure actuelle, qu’il reste encore beaucoup de choses qu’elle ne peut pas faire.

« Le domaine de l’intelligence artificielle a connu une croissance et un progrès incroyables au cours de la dernière décennie », a déclaré John Kelly III, vice-président senior d’IBM pour les solutions cognitives et la recherche, dans le communiqué de presse. « Pourtant, les systèmes d’intelligence artificielle d’aujourd’hui, aussi remarquables qu’ils soient, nécessiteront de nouvelles innovations pour résoudre des problèmes de plus en plus difficiles dans le monde réel afin d’améliorer notre travail et notre vie. »

IBM et le MIT veulent travailler ensemble sur ces innovations, et leur partenariat pourrait être exactement ce qu’il faut pour mettre en pratique la promesse de l’intelligence artificielle dans le monde réel. IBM a déjà démontré le potentiel de l’IA Watson pour améliorer les soins de santé, et avec l’aide du MIT, ils pourraient être en mesure d’aller encore plus loin dans ce domaine et tant d’autres.

« Les véritables percées sont souvent le fruit d’une réflexion novatrice inspirée par de nouvelles équipes de recherche », a affirmé le président du MIT, L. Rafael Reif, dans le communiqué de presse d’IBM. « Les talents combinés du MIT et d’IBM apporteront un formidable pouvoir à un domaine qui possède un potentiel incroyable pour faire progresser les connaissances et aider à résoudre des défis importants. »

traduction Thomas Jousse

CNBC, IBM News Room

Intelligence artificielle : remplacer les banquiers par des robots ?

Votre conseiller bancaire sera-t-il un jour remplacé par une intelligence artificielle ? Les banques s’intéressent de plus en plus à cette technologie.
Franceinfo

https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/18998-21.04.2017-ITEMA_21299761-0.mp3?_=1

Une IA a réalisé 360 000 heures de travail en quelques secondes
IBM Watson au Crédit Mutuel

IBM Watson au Crédit Mutuel

L’intelligence artificielle entre dans la banque

Watson arrive dans les agences du Crédit Mutuel

Crédit Mutuel Extrait Newsletter Nº03 15/11/2016 – Interview Frantz Rublé – Président Euro-Information

Watson, nouvelle solution innovante au service du réseau et de la relation-client.

Frantz Rublé, vous êtes Président d’Euro-Information, filiale technologique qui traite l’informatique de 15 fédérations du Crédit Mutuel et du CIC, qu’est-ce que Watson et pourquoi ce projet ?

Watson est une nouvelle solution informatique « cognitive » capable de traiter automatiquement le langage naturel et d’apprendre par l’exemple.

Ce progrès technologique nous ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives, pour mieux assister au quotidien les conseillers du groupe et mieux servir nos sociétaires et clients.

A quelles tâches Watson va-t-il répondre ?

Les deux premières solutions cognitives développées en 2016 visent à aider les chargés de clientèle de nos réseaux bancaires français dans leur quotidien :

  • nos chargés de clientèle doivent traiter un volume croissant de sollicitations par email. Ce traitement leur prend beaucoup de temps et interrompt les tâches en cours. Une solution cognitive (analyseur d’emails) assistera les conseillers dans le traitement des emails clients en identifiant automatiquement les demandes les plus fréquentes, en détectant l’urgence de la demande et en outillant l’exécution ou la délégation des tâches associées ;
  • nos chargés de clientèle sont des généralistes qui doivent vendre une gamme de produits toujours plus diverse et plus complexe. Pour répondre aux questions des clients, ils doivent fréquemment rechercher des réponses précises dans notre base documentaire interne (Pixis), ou solliciter des plateformes de support. Des solutions cognitives (assistants virtuels) vont aider les conseillers dans la recherche d’informations dans Pixis via un dialogue en langage naturel, respectivement dans le domaine de l’assurance de biens et dans le domaine de l’épargne aux particuliers.

Dans les deux cas, le conseiller reste maître des opérations réalisées et seul interlocuteur du client : ainsi pour l’analyseur d’emails, la solution propose des raccourcis vers les applications de gestion et des modèles de réponse à personnaliser, mais c’est le conseiller qui valide les opérations et qui répond à son client. [lire la suite …]

Nantes. Le juge donne son feu vert au Crédit Mutuel pour l’intelligence artificielle Watson

Le tribunal de grande instance de Nantes a validé l’utilisation du programme d’intelligence artificielle Watson, développé par IBM, par le Crédit Mutuel de Loire-Atlantique et du Centre-Ouest. [lire la suite sur Le journal des entreprises]

pour en savoir plus : Comment IBM Watson aide les conseillers clientèle du Crédit Mutuel
L’arrivée de Watson au Crédit Mutuel suscite des inquiétudes pour l’emploi
FO Crédit Mutuel: Watson ou l’intelligence artificielle au service du business !
FO Crédit Mutuel : Au Crédit Mutuel – Watson pas élémentaire
FO Crédit Mutuel : juin 2016 – Watson Cette « solution cognitive » va considérablement changer notre quotidien dans les années à venir.
Watson, une IA au service du Crédit Mutuel

De l’intelligence artificielle à une intelligence augmentée, par Nicolas Sekkaki

Nicolas Sekkaki, diplômé de l’École nationale supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace, parle d’un des projets d’IBM : Watson. C’est un programme informatique d’intelligence artificielle qui a pour but de répondre à des questions formulées en langue naturelle. Est-ce l’avenir ? Nicolas Sekkaki est nommé Président d’IBM France le 1er juillet 2015. Il était Vice-président System & Technology Group pour l’Europe depuis 2012. Son parcours au sein d’IBM lui a permis d’acquérir une profonde connaissance de l’entreprise, de ses métiers et de ses marchés. En 24 ans de carrière, il a assumé de nombreuses responsabilités commerciales et managériales, tant en France qu’au niveau européen. Entre 2010 et 2012, il a occupé le poste de Directeur Général SAP France & Maghreb. Il a rejoint IBM en 1991 en tant qu’Ingénieur Commercial, en charge du secteur aéronautique puis assurance. Il a ensuite successivement occupé diverses fonctions de management y compris le poste de Vice Président, System and Technology Group entre 2002 et 2006 avant de prendre le poste de General Manager, Global Technology Services pour IBM France.