La logique transhumaniste avec Laurent Alexandre & Tugdual Derville

Débat contradictoire entre Laurent Alexandre & Tugdual Derville à l’Université d’été de La Manif Pour Tous 2016 du 18 sept 2016
– Laurent Alexandre, chirurgien, expert du transhumanisme, co-fondateur de Doctissimo, chroniqueur (Huffington Post, Le Monde)
Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita

Le transhumanisme nous entraîne dans un scénario totalitaire

A l’occasion de la parution de son dernier livre, Le temps de l’Homme, Tugdual Derville a accordé un grand entretien à FigaroVox. Il y plaide pour une révolution de l’écologie humaine afin d’éviter l’avènement d'”une société atomisée, d’individus errants, sans racines”.

Par Eléonore de Vulpillière, le 04/06/2016

Extrait :

LE FIGARO. – Le Conseil d’État a autorisé, mardi 30 mai, le transfert, en Espagne, du sperme du mari défunt d’une femme en vue d’une insémination post-mortem, et ce au nom du respect de leur projet de conception d’un enfant. Que vous inspire cette décision ?

Tugdual DERVILLE. – C’est le type même de rupture anthropologique qui confirme l’alerte que lance Le temps de l’Homme. Dès qu’on s’affranchit des trois limites inhérentes à l’humanité – le corps sexué, le temps compté et la mort inéluctable, on aboutit à une folie. Ici, on exige de concevoir un enfant déjà orphelin de père. Voilà comment notre société bascule vers la toute-puissance : en démolissant les murs porteurs de notre humanité, toujours au dépend des plus fragiles. L’alibi utilisé est celui de la souffrance d’une femme qui a perdu son mari. Mais, ainsi que j’ai pu le constater par moi-même en accompagnant de nombreuses personnes endeuillées, seul le consentement au réel permet la vraie consolation. Engendrer des enfants à partir des morts fait entrer l’humanité dans une ère de confusion généalogique. La “tyrannie du possible” génère une société atomisée, d’individus errants, sans racines.

En quoi l’écologie humaine est-elle un service vital à rendre pour l’humanité ?

L’écologie humaine vise à protéger “tout l’homme et tous les hommes”: c’est-à-dire l’homme dans toutes ses dimensions et les hommes dans leur diversité, des plus forts aux plus fragiles. C’est un humanisme intégral. Son domaine d’application s’étend à toutes les activités humaines, de l’agriculture à la culture, en les reliant par un même souci : servir l’homme. Personne ne doit être traité ni comme un objet, ni comme une variable d’ajustement. L’écologie humaine est le défi du millénaire parce que l’homme a réussi à mettre le doigt sur la vie. L’embryon transgénique n’est pas loin. La responsabilité de l’humanité n’est plus seulement de léguer aux générations futures une planète habitable ; il nous faut transmettre aux hommes de demain les repères anthropologiques et désormais «génétiques» dont nous avons tous bénéficié.

C’est une urgence anthropologique, car la nature humaine est menacée d’autodestruction. Nous risquons la généralisation du processus inconscient d’exclusion du bouc-émissaire décrit par René Girard. Il explique déjà notre eugénisme: les personnes porteuses de handicap étant considérées comme source de malheur, subissent une exclusion anténatale destinée à trouver la paix. En réalité, c’est une guerre permanente qui est déclarée aux plus fragiles. Après avoir sélectionné les hommes par l’eugénisme, les scientistes rêvent de sortir l’homme de sa condition par le transhumanisme. Ils pensent que l’homme doit à tout prix échapper à sa condition humaine, à sa part de fragilité comme aux limites qui le frustrent. C’est le nouveau fantasme prométhéen. Il faudrait aboutir à un homme tout-puissant, un homme-Dieu. Ce serait une déshumanisation de masse car la vulnérabilité est une valeur d’humanité.

Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. Livrée à la technique, l’étatisation de la maternité serait liberticide. La visée transhumaniste est d’ailleurs extrêmement élitiste : ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

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Le temps de l’Homme, c’est aujourd’hui

Tugdual Derville publie chez Plon un essai décapant sous-titré « pour une révolution de l’écologie humaine ».

Sur 320 pages structurées en 3 étapes et 9 chapitres, il prend parti pour l’Homme, désormais menacé dans son identité même par les théoriciens de la « déconstruction » et les promoteurs du transhumanisme.

Décrivant l’extraordinaire « révolution silencieuse » de l’écologie humaine qui est en train de transformer la France, il propose à ceux qui la conduisent des clés pour l’amplifier en se reliant, sans perdre le cap de « tout l’homme et tous les hommes », ni se perdre en quête d’un hypothétique leader providentiel.

Diplômé de Sciences-Po Paris et de l’ESSEC, Tugdual Derville est engagé, depuis 30 ans, dans le monde associatif : fondateur d’A bras ouverts, ancien permanent des petits frères des Pauvres, délégué général d’Alliance VITA et co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, il a multiplié les initiatives de terrain au service des enfants, des personnes handicapées, âgées et fragiles, entrainant dans ces actions des dizaines de milliers de volontaires. Il assume avec cet essai une posture politique visionnaire, en proposant le « consentement au réel » comme réponse aux fantasmes de toute-puissance. Cette hauteur de vue le situe aux antipodes des calculs politiciens, des clivages artificiels et de la guerre des égos qui déchirent les partis et écœurent de plus en plus les Français.

Le temps de l’Homme, offre à chacun de mesurer la légitimité d’une « révolte anthropologique », en dépassant la seule indignation, pour agir et s’assumer, chacun dans son domaine, responsable politique, innovateur de l’humanitaire et travailleur social, afin d’établir dès maintenant, selon l’expression de Václav Havel, « La vie dans la vérité ».

Dans une interview accordée à FigaroVox, Tugdual Derville déclare :

«Le transhumanisme nous entraîne dans un scénario totalitaire.

Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. Livrée à la technique, l’étatisation de la maternité serait liberticide. La visée transhumaniste est d’ailleurs extrêmement élitiste : ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

Je montre dans Le temps de l’Homme jusqu’où va la logique des déconstructeurs qui n’hésitent pas à plaider pour que sautent les «derniers tabous sexuels» de l’inceste à la zoophilie. Au fond, c’est l’abolition de tous les repères, l’arrachage de toute les racines et la liquéfaction de la société qu’il faudrait acter. La révolte anthropologique est légitime.

Le projet transhumaniste vise à créer un super-homme, un homme supérieur, fusion de chair et de machine. Au cœur de ce fantasme réside le refus de toute idée de transcendance, l’enfermement de la raison dans le rationalisme. C’est un nouvel obscurantisme. (…) Les velléités transhumanistes sont portées par un dogme matérialiste et utilitariste véhiculé par les grandes firmes internationales de l’Internet, qui les financent à hauteur de milliards de dollars. Ces desseins échappent à la régulation des Etats.»

Scientisme, eugénisme, matérialisme, individualisme, féminisme radical, idéologie du genre et transhumanisme : telles sont les idéologies qui coupent l’homme du réel. Tout le contraire de l’écologie humaine promue par Tugdual Derville dans son dernier livre. (Atlantico)

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Sud radio : Aimeriez-vous choisir le sexe de vos enfants ? Un enfant à la carte ?

Une question qui est d’actualité en Australie, où le Conseil National sur la Santé et la Recherche Médicale a déposé un texte de recommandations éthiques sur la PMA, proposant entre autre aux couples de choisir le sexe de leur enfant. Une consultation publique des australiens est en cours jusqu’au 17 septembre.

Trois personnalités intervenaient dans le débat : Claude Hemau, spécialiste de la PMA et professeur émérite de la faculté de Montpellier,  Bernard Hedon, directeur du Conseil National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), et Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA.

Émission du 9 septembre 2015 –  30:47 minutes

https://podcasts.sudradio.fr/sudaudio/audiodirect/le-grand-referendum/lgr090915-p3.mp3?_=1

Claude Humeau appelle à « faire très attention » : « le choix du sexe est la première étape vers l’enfant à la carte. Si on accepte cette première étape on accepte l’idée de la suivante ». Le principe éthique d’« indécidabilité » selon lequel « on ne peut pas décider des qualités d’un être humain » serait mis à mal.

Le « fantasme de l’enfant zéro défaut » conduit à « la catastrophe » et soumet l’enfant à la « toute puissance de ses parents ».

En France, l’usage du DPI pour choisir le sexe de son enfant est interdit. Le Comité Consultatif National d’Ethique s’était exprimé en 2009 sur cette question : « Le CCNE estime que le recours au DPI au motif que la qualité de la vie de la famille serait augmentée par la possibilité de choisir le sexe d’un futur enfant (« family balancing ») n’est pas recevable. Ces pratiques suscitent malaise et réticence parce qu’elles réduisent la gravité à une question de perception subjective, sans substrat biologique. Seul l’intérêt (supposé) des couples est pris en compte. L’enfant est traité comme un objet qui obéit à la commande et à la programmation. De même, le DPI ne saurait être accepté au motif que l’enfant gagnerait en qualité de vie s’il bénéficiait de la particularité sensorielle qui lui permettrait de s’intégrer dans une communauté (choix d’avoir des enfants porteurs d’une surdité d’origine génétique lorsque les deux parents sont eux-mêmes sourds par exemple). Ces usages du DPI constituent des formes de dévoiement de la médecine, sa réduction à une ingénierie biologique. »

voir aussi : Embryons génétiquement modifiés : vers une ère de l’enfant parfait ?

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