Global Trends : Les tendances mondiales 2040

7e éd. du rapport des tendances mondiales 2040 du National Intelligence Council

Global Trends

Global Trends évalue les principales tendances et incertitudes qui façonneront l’environnement stratégique des États-Unis au cours des deux prochaines décennies.

Cette analyse est présentée avec humilité, sachant que l’avenir se déroulera invariablement d’une manière qui n’aura pas été prévue. Bien que Global Trends soit nécessairement plus spéculatif que la plupart des évaluations du renseignement, ils s’appuient sur les principes fondamentaux de leur métier d’analyste : il envisagent des hypothèses alternatives et la façon dont ils pourraient se tromper ; et ils ne défendent pas de positions ou de préférences politiques. Global Trends reflète le point de vue du National Intelligence Council sur ces tendances futures ; il ne représente pas le point de vue officiel et coordonné de la US Intelligence Community ni la politique américaine.

Ce rapport se compose de trois sections générales.

Tout d’abord, il examine les forces structurelles dans quatre domaines essentiels : la démographie, l’environnement, l’économie et la technologie. La deuxième section examine comment ces forces structurelles interagissent et se croisent avec d’autres facteurs pour affecter les dynamiques émergentes à trois niveaux d’analyse : les individus et la société, les États et le système international. Enfin, la troisième section identifie plusieurs incertitudes clés et les utilise pour créer cinq scénarios futurs pour le monde en 2040. Ces scénarios n’ont pas vocation à être des prédictions mais à élargir l’éventail des possibilités, en explorant diverses combinaisons de la manière dont les forces structurelles, les dynamiques émergentes et les incertitudes clés pourraient se manifester.

LES FORCES STRUCTURELLES : DÉFINITION DES PARAMÈTRES

Les tendances en matière de démographie et de développement humain, d’environnement, d’économie et de technologie jettent les bases et construisent les limites de notre monde futur. Dans certaines régions, ces tendances s’intensifient, comme les changements climatiques, la concentration de la population dans les zones urbaines et l’émergence de nouvelles technologies.

Dans d’autres domaines, les tendances sont plus incertaines : les progrès en matière de développement humain et de croissance économique devraient ralentir, voire s’inverser dans certaines régions, mais un ensemble de facteurs pourrait modifier cette trajectoire. La convergence de ces tendances offrira des possibilités d’innovation, mais certaines communautés et certains États auront du mal à faire face et à s’adapter.

Même les progrès apparents, tels que les technologies nouvelles et avancées, perturberont la vie et les moyens de subsistance de nombreuses personnes, qui se sentiront en insécurité et devront s’adapter.

Les tendances les plus certaines au cours des 20 prochaines années seront des changements démographiques majeurs, la croissance de la population mondiale ralentissant et le monde vieillissant rapidement.

Certaines économies développées et émergentes, notamment en Europe et en Asie de l’Est, vieilliront plus rapidement et seront confrontées à une contraction de leur population, ce qui pèsera sur la croissance économique.

À l’inverse, certains pays en développement d’Amérique latine, d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord bénéficient d’une population en âge de travailler plus nombreuse, ce qui offre des possibilités de dividende démographique si cela s’accompagne d’améliorations des infrastructures et des compétences.

Le développement humain, notamment la santé, l’éducation et la prospérité des ménages, a connu des améliorations historiques dans toutes les régions au cours des dernières décennies. De nombreux pays auront du mal à tirer parti de ces réussites, voire à les pérenniser.

Les améliorations passées se sont concentrées sur les éléments fondamentaux que sont la santé, l’éducation et la réduction de la pauvreté, mais les prochains niveaux de développement sont plus difficiles et doivent faire face aux vents contraires de la pandémie de COVID-19, d’une croissance économique mondiale potentiellement plus lente, du vieillissement des populations et des effets des conflits et du climat.

Ces facteurs mettront les gouvernements au défi de fournir l’éducation et l’infrastructure nécessaires pour améliorer la productivité de leurs classes moyennes urbaines croissantes dans une économie du XXIe siècle. Alors que certains pays relèvent ces défis et que d’autres n’y parviennent pas, il est presque certain que l’évolution des tendances démographiques mondiales aggravera les disparités en termes d’opportunités économiques au sein des pays et entre eux au cours des deux prochaines décennies, tout en créant davantage de pressions et de conflits liés à la migration.

Dans le domaine de l’environnement, les effets physiques du changement climatique devraient s’intensifier au cours des deux prochaines décennies, en particulier dans les années 2030. Des tempêtes, des sécheresses et des inondations plus extrêmes, la fonte des glaciers et des calottes glaciaires et l’élévation du niveau des mers accompagneront la hausse des températures.

L’impact se fera sentir de manière disproportionnée sur le monde en développement et les régions les plus pauvres et se conjuguera avec la dégradation de l’environnement pour créer de nouvelles vulnérabilités et exacerber les risques existants pour la prospérité économique, l’alimentation, l’eau, la santé et la sécurité énergétique.

Les gouvernements, les sociétés et le secteur privé vont probablement développer les mesures d’adaptation et de résilience pour gérer les menaces existantes, mais il est peu probable que ces mesures soient réparties uniformément, laissant certaines populations à la traîne. Les débats se multiplieront sur la manière et la rapidité avec laquelle il convient d’atteindre le niveau zéro d’émissions de gaz à effet de serre.

Au cours des deux prochaines décennies, plusieurs tendances économiques mondiales, notamment l’augmentation de la dette nationale, un environnement commercial plus complexe et fragmenté, une réorientation des échanges et de nouvelles perturbations de l’emploi, sont susceptibles de façonner les conditions au sein et entre les États. De nombreux gouvernements risquent de voir leur marge de manœuvre réduite alors qu’ils doivent faire face à une dette plus lourde, à des règles commerciales diverses et à un éventail plus large de puissants acteurs étatiques et privés exerçant une influence.

Les grandes sociétés dotées de plates-formes – qui offrent des marchés en ligne à un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs – pourraient favoriser la poursuite de la mondialisation des échanges et aider les petites entreprises à se développer et à accéder aux marchés internationaux. Ces entreprises puissantes sont susceptibles d’essayer d’exercer une influence dans les arènes politiques et sociales, ce qui pourraient amener les gouvernements à imposer de nouvelles restrictions.

Les économies asiatiques semblent prêtes à poursuivre des décennies de croissance au moins jusqu’en 2030, bien que cela puisse être plus lent. Il est peu probable qu’elles atteignent le produit intérieur brut (PIB) par habitant ou l’influence économique des économies avancées actuelles, notamment les États-Unis et l’Europe. La croissance de la productivité reste une variable clé ; une augmentation du taux de croissance pourrait atténuer de nombreux problèmes économiques, de développement humain et autres défis.

La technologie offrira la possibilité d’atténuer les problèmes, comme le changement climatique et les maladies, et de créer de nouveaux défis, comme la délocalisation des emplois. Les technologies sont inventées, utilisées, diffusées, puis abandonnées à une vitesse toujours plus grande dans le monde entier, et de nouveaux centres d’innovation apparaissent.

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et la portée des développements technologiques devraient s’accélérer encore, transformant toute une série d’expériences et de capacités humaines tout en créant de nouvelles tensions et perturbations au sein et entre les sociétés, les industries et les États. Des rivaux étatiques et non étatiques se disputeront le leadership et la domination dans le domaine de la science et de la technologie, avec des risques et des implications en cascade pour la sécurité économique, militaire et sociétale.

LA TECHNOLOGIE

Principaux points à retenir

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et l’impact des évolutions technologiques devraient s’accélérer, transformant et améliorant les expériences et les capacités humaines. Ces évolutions offriront la possibilité de relever des défis tels que le vieillissement, le changement climatique et la faible croissance de la productivité. De nouvelles tensions et perturbations vont se créer au sein et entre les sociétés, les industries les États.

Les prochaines décennies verront s’intensifier la concurrence mondiale pour les éléments essentiels de la suprématie technologique, tels que le talent, la connaissance et les marchés, ce qui pourrait donner naissance à de nouveaux leaders ou hégémonies technologiques.

La course à la domination technologique est inextricablement liée à l’évolution de la géopolitique et à la rivalité plus large entre les États-Unis et la Chine. Mais l’avantage technologique sera renforcé par les entreprises qui ont une vision à long terme, des ressources et une portée mondiale.

Les technologies et les applications dérivées seront disponibles pour une adoption rapide. Ce qui permettra aux pays en développement de tirer parti des dernières avancées fondamentales, de développer des applications mondiales dans des domaines de niche et de contribuer aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

DYNAMIQUES ÉMERGENTES

Ces forces structurelles, ainsi que d’autres facteurs, se croiseront et interagiront au niveau des sociétés, des États et du système international, créant des opportunités et des défis pour les communautés, les institutions, les entreprises et les gouvernements.

Ces interactions sont également susceptibles de produire une contestation plus importante à tous les niveaux que celle observée depuis la fin de la guerre froide, reflétant des idéologies différentes ainsi que des points de vue contrastés sur la manière la plus efficace d’organiser la société et de relever les nouveaux défis.

Au sein des sociétés, on observe une fragmentation et une contestation croissantes des questions économiques, culturelles et politiques. Des décennies de gains constants en termes de prospérité et d’autres aspects du développement humain ont amélioré les conditions de vie dans toutes les régions et suscité l’espoir d’un avenir meilleur. Alors que ces tendances se stabilisent et se combinent à des changements sociaux et technologiques rapides, de larges pans de la population mondiale se méfient des institutions et des gouvernements qu’ils considèrent comme peu désireux ou incapables de répondre à leurs besoins.

Les manifestations, comme ici en Algérie, se sont multipliées dans le monde entier au cours de la dernière décennie, reflétant le mécontentement de la population sur toute une série de sujets tels que les inégalités, la répression politique, la corruption et le changement climatique. Credit: Amine M’Siouri / Pexels

Les gens se tournent vers des groupes familiers et partageant les mêmes idées pour assurer leur communauté et leur sécurité, notamment les identités ethniques, religieuses et culturelles, ainsi que les groupements autour d’intérêts et de causes, comme l’environnementalisme. La combinaison d’allégeances identitaires nouvelles et diverses et d’un environnement d’information plus cloisonné met en évidence et aggrave les lignes de fracture au sein des États, sape le nationalisme civique et accroît la volatilité.

Au niveau de l’État, les relations entre les sociétés et leurs gouvernements dans toutes les régions risquent de connaître des tensions persistantes en raison d’un décalage croissant entre les besoins et les attentes des populations et ce que les gouvernements peuvent et veulent offrir. Dans chaque région, les populations disposent de plus en plus d’outils, de capacités et d’incitations pour faire pression en faveur de leurs objectifs sociaux et politiques préférés et pour exiger davantage de leurs gouvernements afin de trouver des solutions.

Alors que les populations sont de plus en plus autonomes et exigent davantage, les gouvernements sont soumis à une pression accrue en raison de nouveaux défis et de ressources plus limitées. Ce fossé grandissant laisse présager une plus grande volatilité politique, une dégradation de la démocratie et un élargissement du rôle des autres prestataires de services de gouvernance. Avec le temps, cette dynamique pourrait ouvrir la porte à des changements plus importants dans la façon dont les gens gouvernent.

Dans le système international, il est probable qu’aucun État ne sera en mesure de dominer toutes les régions ou tous les domaines, et qu’un plus grand nombre d’acteurs se feront concurrence pour façonner le système international et atteindre des objectifs plus précis.

L’accélération de l’évolution de la puissance militaire, de la démographie, de la croissance économique, des conditions environnementales et de la technologie, ainsi que le durcissement des divisions sur les modèles de gouvernance, sont susceptibles de renforcer la concurrence entre la Chine et une coalition occidentale dirigée par les États-Unis.

Des puissances rivales vont se bousculer pour façonner les normes, les règles et les institutions mondiales, tandis que des puissances régionales et des acteurs non étatiques pourraient exercer une plus grande influence et prendre des initiatives sur des questions laissées en suspens par les grandes puissances. Ces interactions très variées sont susceptibles de produire un environnement géopolitique plus enclin aux conflits et plus volatil, de miner le multilatéralisme mondial et d’élargir l’inadéquation entre les défis transnationaux et les arrangements institutionnels pour les relever.

SCÉNARIOS ALTERNATIFS POUR 2040

Les réponses de l’homme à ces moteurs essentiels et à ces dynamiques émergentes détermineront la manière dont le monde évoluera au cours des deux prochaines décennies.

Parmi les nombreuses incertitudes qui planent sur l’avenir, le rapport a exploré trois questions clés concernant les conditions régnant dans des régions et des pays spécifiques et les choix politiques des populations et des dirigeants qui façonneront l’environnement mondial.

À partir de ces questions, le rapport a élaboré cinq scénarios pour des mondes alternatifs en 2040.

– Quelle est le degré de difficulté des défis mondiaux à venir ?
– Comment les États et les acteurs non étatiques s’engagent-ils dans le monde, y compris l’orientation et le type d’engagement ?
– Enfin, quelles sont les priorités des États pour l’avenir ?

Dans la Renaissance des démocraties, le monde est au cœur d’une résurgence de démocraties ouvertes menées par les États-Unis et leurs alliés. Les progrès technologiques rapides favorisés par les partenariats public-privé aux États-Unis et dans d’autres sociétés démocratiques transforment l’économie mondiale, augmentent les revenus et améliorent la qualité de vie de millions de personnes dans le monde. La marée montante de la croissance économique et des réalisations technologiques permet de répondre aux défis mondiaux, d’atténuer les divisions sociétales et de renouveler la confiance du public dans les institutions démocratiques. En revanche, des années de contrôles et de surveillance sociétales croissantes en Chine et en Russie ont étouffé l’innovation, alors que des scientifiques et des entrepreneurs de premier plan ont cherché asile aux États-Unis et en Europe.

Dans Un monde à la dérive, le système international est sans direction, chaotique et instable car les règles et les institutions internationales sont largement ignorées par les grandes puissances comme la Chine, les acteurs régionaux et les acteurs non étatiques. Les pays de l’OCDE sont en proie à une croissance économique plus lente, à des divisions sociétales croissantes et à une paralysie politique. La Chine profite des difficultés de l’Occident pour étendre son influence internationale, en particulier en Asie, mais Pékin n’a ni la volonté ni la puissance militaire nécessaires pour assumer le leadership mondial, laissant de nombreux défis mondiaux, tels que le changement climatique et l’instabilité dans les pays en développement, largement sans réponse.

Dans le cadre de la coexistence compétitive, les États-Unis et la Chine ont donné la priorité à la croissance économique et ont rétabli une relation commerciale solide, mais cette interdépendance économique existe parallèlement à la concurrence pour l’influence politique, les modèles de gouvernance, la domination technologique et l’avantage stratégique. Le risque de guerre majeure est faible, et la coopération internationale et l’innovation technologique rendent les problèmes mondiaux gérables à court terme pour les économies avancées, mais les défis climatiques à plus long terme demeurent.

Dans des silos séparés, le monde est fragmenté en plusieurs blocs économiques et de sécurité de taille et de force variables, centrés sur les États-Unis, la Chine, l’Union européenne (UE), la Russie et quelques puissances régionales ; ces blocs sont axés sur l’autosuffisance, la résilience et la défense. Les informations circulent dans des enclaves cyber-souveraines distinctes, les chaînes d’approvisionnement sont réorientées et le commerce international est perturbé. Les pays en développement vulnérables sont pris entre deux feux, certains étant sur le point de devenir des États en faillite. Les problèmes mondiaux, notamment le changement climatique, sont traités de façon sporadique, voire pas du tout.

Dans le cadre d’une tragédie et d’une mobilisation, une coalition mondiale, dirigée par l’UE et la Chine et travaillant avec des organisations non gouvernementales et des institutions multilatérales revitalisées, met en œuvre des changements de grande ampleur destinés à lutter contre le changement climatique, l’épuisement des ressources et la pauvreté à la suite d’une catastrophe alimentaire mondiale causée par les événements climatiques et la dégradation de l’environnement. Les pays les plus riches s’efforcent d’aider les pays les plus pauvres à gérer la crise, puis à passer à des économies à faible émission de carbone par le biais de vastes programmes d’aide et de transferts de technologies énergétiques avancées, en reconnaissant la rapidité avec laquelle ces défis mondiaux s’étendent au-delà des frontières.

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La biométrie dans le top 5 des technologies émergentes

La biométrie a gagné deux places sur la liste du “Top 10 des technologies émergentes pour 2020” de la communauté des technologies émergentes de CompTIA, devançant la robotique et la blockchain pour prendre la cinquième place.

L’intelligence artificielle et la 5G seront les moteurs de la révolution technologique, selon le communiqué, et sont suivies par l’Internet des objets (IoT) et l’informatique sans serveur (ou serverless computing). La troisième édition présente les technologies émergentes qui offrent les possibilités les plus immédiates de nouvelles opportunités d’affaires et de revenus pour les entreprises technologiques.

“Des deux, l’IA va probablement avoir l’impact le plus important à court terme car elle est intégrée dans presque tous les systèmes logiciels et est utilisée dans l’automatisation des processus pour fabriquer des systèmes de plus en plus intelligents”, déclare John Rice, président de Think Channel et membre du Conseil exécutif de CompTIA. “L’effet de la 5G prendra un peu plus de temps à se manifester, mais son impact ne sera pas moindre, car elle offre la vitesse accrue et la latence réduite nécessaires pour donner aux autres technologies les bases dont elles ont besoin pour atteindre leur potentiel”.

La reconnaissance faciale devrait atteindre 10 milliards de dollars d’ici 2025

Le marché global de la reconnaissance faciale devrait croître encore plus rapidement, avec un taux de croissance annuel moyen de 18,84 %, passant de 3,54 milliards de dollars en 2019 à 9,99 milliards de dollars en 2025, grâce aux systèmes de vidéosurveillance et de détection des crimes, selon l’étude de marché Valuates.

Le rapport “Global Facial Recognition Software Market Report…” couvre l’impact de l’adoption de la biométrie faciale pour différentes applications, notamment les contrôles aux frontières, les implémentations de smartphones et les cas d’utilisation en entreprise. Il explore la répartition entre les systèmes 3D et 2D, ainsi que les marchés régionaux, dans lesquels l’Asie-Pacifique devrait connaître la plus forte croissance.

Selon un nouveau rapport de MarketsandMarkets, le taux de croissance du marché mondial de la reconnaissance faciale est de 17,1 % cette année. Les revenus passeront de 3,8 milliards de dollars en 2020 à 4,5 milliards l’année prochaine, selon le rapport “COVID-19 Impact on Facial Recognition Market…“.

La reconnaissance faciale basée sur le cloud devrait connaître les gains les plus importants, tandis que pour les projets gouvernementaux et de la défense, souvent liés au suivi COVID-19, la croissance sera la plus forte par rapport aux autres secteurs. Le rapport suggère que l’Asie-Pacifique connaîtra la plus forte croissance parmi les régions.

La reconnaissance des gestes est promise à une croissance énorme

Le rapport “Gesture Recognition in Consumer Electronics Market – Forecast (2020 – 2025)” d’IndustryARC prévoit un taux de croissance annuel moyen de 34,9 % entre 2018 et 2023, ce qui portera le marché à 4,85 milliards de dollars, les fabricants cherchant à améliorer l’ergonomie et la facilité d’utilisation de leurs produits.

Environ la moitié de cette croissance se situera dans la région Asie-Pacifique, et elle sera répartie entre les smartphones, les tablettes, les ordinateurs portables, les PC, les télévisions, les boîtiers décodeurs (settop box) et autres appareils. L’évolution des maisons intelligentes alimentées par des appareils connectés est considérée comme une opportunité de marché potentielle. Le rapport examine également les tendances du marché, les types de gestes, les types de capteurs et les leaders du marché.

Les capteurs d’empreintes digitales capacitifs et tactiles en tête du marché jusqu’en 2030

Un nouveau rapport de Prescient & Strategic Intelligence “Fingerprint Sensors Market Research Report…“, prévoit que le marché mondial des capteurs d’empreintes digitales connaîtra une forte croissance de 13,6 % entre 2020 et 2030, stimulée par la demande de projets du secteur public et de l’électronique grand public.

Comme pour la reconnaissance faciale, l’Asie-Pacifique devrait être la région avec le plus fort taux de croissance, bien que le marché américain devrait dépasser tous les marchés avec 2,4 milliards de dollars en 2030, sur la base d’un TCAC de 9,8 % sur la période de prévision.

Le secteur BFSI devrait connaître la croissance verticale la plus rapide du marché, en grande partie grâce à l’émergence des cartes de paiement biométriques et les capteurs de contact devraient continuer à générer des revenus plus élevés jusqu’en 2030, selon le rapport. Les capteurs capacitifs devraient également continuer à être le type de capteur le plus répandu.

La biométrie électronique grand public va doubler d’ici 2025

Selon un autre rapport, le marché de la biométrie grand public devrait approximativement doubler entre 2019 et 2025, passant de 4,17 à 8,27 milliards de dollars pour un TCAC de 12,08 %. Le rapport intitulé “Consumer Electronic Biometrics Market Research Report…” ventile le marché par capteur, application, utilisateur final et zone géographique, et détaille les principaux fournisseurs.

Un rapport de Mercator Advisory Group sur la biométrie : “Biometrics: Driven by Standardized Authentication, Adopted by Consumer” suggère entre-temps que la popularité croissante de l’authentification biométrique sur les appareils mobiles sera encouragée à se poursuivre par des réglementations telles que la directive PSD2 (Payment Services Directive 2 ou Directive sur les services de paiement DSP 2).

“L’authentification par la biométrie est rapidement adoptée par les consommateurs, parce que les fabricants ont permis son utilisation, et parce que la norme d’authentification créée par FIDO Alliance a augmenté la facilité avec laquelle les authentificateurs peuvent utiliser la biométrie mobile sur le web et diminuer les problèmes d’authentification pour les consommateurs”, commente David Nelyubin, analyste de recherche et co-auteur du rapport.

Authentification biométrique via un smartphone

Le marché de l’authentification biométrique avec les smartphones est examiné dans un rapport d’AE Research, incluant l’effet du COVID-19. Le rapport “Biometric Authentication for Smartphone Market Report” prévoit une croissance du secteur jusqu’en 2025, décrit les moteurs du marché et les principaux défis, et examine le marché par région, par type de produit et d’application, ainsi que les principaux acteurs.

La COVID-19 va-t-elle favoriser l’essor des technologies biométriques ?

Des scanners de reconnaissance faciale qui ouvrent nos smartphones aux appareils médicaux qui surveillent nos pulsations cardiaques, les technologies biométriques sont devenues un élément presque incontournable de notre vie quotidienne. Mais alors que ces technologies continuent à se développer dans le monde entier, peu de pays les ont encore largement intégrées dans leurs infrastructures publiques.

Le coronavirus a été un avertissement. Après le succès rencontré dans des pays comme Taïwan et la Corée du Sud qui ont utilisé la biométrie pour prévenir la propagation du virus, les pays du monde entier pourraient chercher à reproduire des stratégies similaires dans leur propre déploiement de la technologie. À mesure que la biométrie fait son chemin dans l’infrastructure publique, cela ouvre la porte à de nouveaux cas d’utilisation pour rendre les communautés plus sûres et les conditions de vie plus pratiques. Mais quelle est la probabilité de cette révolution biométrique, et à quoi ressemblerait-elle réellement ?

Préparer le terrain

Taïwan a été l’un des pays qui a réagi le plus rapidement à la COVID-19, et l’utilisation de capteurs de température dans les aéroports et les lieux publics a été un facteur clé de son succès pour contenir le nombre d’infections. Pour reproduire ce succès, les gouvernements et les entreprises des pays peuvent explorer de nouveaux partenariats pour déployer ces technologies dans leurs propres espaces publics.

Les gouvernements locaux et fédéraux contrôlent l’accès aux aéroports, aux centres de transit et aux bâtiments municipaux où l’infrastructure biométrique sera la plus importante. Dans de nombreux cas, les agences gouvernementales travaillent déjà avec des entreprises privées pour mettre en place des garanties biométriques dans leurs propres installations. Mais en travaillant ensemble pour développer cette relation, les deux parties peuvent jeter les bases pour faire des systèmes biométriques un élément essentiel de l’infrastructure publique.

La prochaine étape de l’expérience client

L’inspiration pour un plus grand déploiement des systèmes biométriques peut venir de la pandémie mais, comme nous le savons par notre propre utilisation de la biométrie dans notre vie quotidienne, les technologies ne sont pas limitées à la santé publique. Une fois les bases jetées, les solutions d’identification biométriques offrent également un outil précieux aux entreprises pour améliorer leur expérience client.

Par exemple, la file d’attente pour entrer dans votre centre sportif ou votre salle de musique préférée. La sécurité vous fait faire la queue, tandis qu’un par un ils vérifient votre visage, votre carte d’identité et votre billet. C’est un processus manuel qui prend beaucoup de temps, mais si ces lieux sont en mesure d’utiliser la reconnaissance faciale dans le cadre d’un investissement plus large dans l’utilisation publique de la biométrie, les personnes peuvent confirmer sans problème leur identité et la validation de leur billet simplement en passant devant un scanner. Ce n’est là qu’un exemple, mais le principe reste le même pour d’innombrables autres : il s’agit d’une expérience nettement améliorée pour le client, qui ajoute une couche de sécurité supplémentaire aux lieux publics et permet aux entreprises de gagner du temps et d’économiser sur les méthodes de vérification plus traditionnelles.

La sécurité biométrique, c’est aussi la sécurité numérique

Avec l’intégration croissante de la biométrie dans notre infrastructure publique de base, le citoyen moyen devrait bénéficier non seulement de la sécurité publique et de l’expérience client, mais aussi d’une sécurité accrue de ses informations personnelles. Historiquement, les États-Unis et les pays d’Europe de l’Ouest ont évité des déploiements aussi larges en raison de préoccupations liées à la surveillance gouvernementale de type “big brother”. Mais tant que l’utilisation de la biométrie en public est gérée de manière responsable, la technologie peut être une ressource précieuse pour la sécurité, et non pour l’intrusion.

Pensez à votre téléphone – à quelle fréquence y accédez-vous par reconnaissance faciale plutôt que par un mot de passe ? Ce n’est pas seulement parce que c’est plus facile, mais parce que les motifs uniques de votre visage sont infiniment plus complexes qu’un code à quatre chiffres. La majorité des consommateurs préfèrent déjà la biométrie aux mesures de sécurité traditionnelles et, à mesure que cette technologie se répand dans les espaces publics, les entreprises ont l’occasion de mettre davantage en évidence la manière dont elles protègent les données de leurs clients lorsqu’ils prennent le bus, font des achats, etc.

Alors, à quoi ressemble l’avenir de la biométrie ? Il est impossible de savoir exactement comment le déploiement à grande échelle se déroulera dans les années à venir, mais le coronavirus est susceptible de devenir un catalyseur pour un investissement public beaucoup plus large dans cette technologie dans le monde entier. Nous avons déjà pu constater que quelques pays ont réussi à utiliser la biométrie pour endiguer la propagation de la pandémie. Le développement des technologies biométriques dans l’espace public contribuera à rendre les communautés plus sécurisées, nos vies plus faciles et nos identités plus sûres.

Biometric Update

Liberté, Égalité, Singularité

À l’heure de la globalisation, les frontières ne disparaissent pas qu’entre les pays. Longtemps confinée aux domaines de la science, de l’industrie et du divertissement, la technologie envahit désormais des territoires considérés jusque-là comme essentiellement humains : les relations intimes, la psychologie, l’art, l’éducation et même… la politique. La conquête se fait sur plusieurs fronts simultanément : la sécurité, l’économie, le droit, l’environnement, la santé, mais aussi sur le plan électoral lui-même, et tout cela à grand renfort de big data. Cette évolution, qui soulève pourtant de nombreuses questions éthiques, ne semble pas inquiéter les citoyens et les citoyennes de nos chères démocraties, probablement usées par des décennies de scandales et de crises à répétition. En effet, dans un sondage réalisé le 21 mars 2019 par l’Université IE de Madrid, on apprend que « 25% des Européens seraient prêts à laisser des algorithmes gouverner plutôt que des hommes politiques pour prendre les bonnes décisions (…) Un chiffre qui monte à 30% en Allemagne, en Italie, en Irlande, au Royaume-Uni et même à 43% aux Pays-Bas »… Saint George (Orwell), priez pour nous.

Big data, big brother, big control

Les temps changent et, avec eux, les pratiques politiques. Enfin, les outils évoluent, mais les objectifs des puissants restent, eux, désespérément identiques au fil des siècles. Parmi ces objectifs, la clé de voûte du pouvoir : le contrôle. Et c’est ce que le big data permet aujourd’hui, dans des proportions inédites. Nous sommes scrutés sous toutes les coutures, nos actions sont observées, mesurées et enregistrées sans que nous en ayons conscience : caméras de surveillance dans les rues, reconnaissance faciale, géolocalisation, analyse de nos habitudes de consommation via nos cartes de paiement, de nos préférences culturelles et de nos orientations politiques sur les réseaux sociaux… Nous savons même désormais avec certitude que nous sommes écoutés par nos téléphones portables, nos tablettes et nos ordinateurs. Bien sûr, pour le moment cette collecte de données se fait officiellement à titre anonyme et pour des motivations commerciales. Mais il est clair que leur exploitation ne se limite pas à un usage mercantile et que ces pratiques ont d’ores et déjà des visées politiques, comme l’a démontré récemment le scandale Cambridge Analytica. Ajoutons à ce tableau le développement de nouvelles techniques comme le facial coding, qui consiste à décrypter les émotions sur le visage d’une personne, ou encore le déploiement du nudge, discipline qui vise à influer sur le comportement du consommateur (ou de l’électeur) par des moyens subtils et donc à guider sournoisement ses choix, et nous voyons se dessiner les contours d’une société où les notions de vie privée et de liberté ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir. Or, cette liberté est l’un des fondements de la démocratie et si les avancées technologiques la mettent en péril, alors il ne s’agit plus de progrès, mais d’une terrible régression. Le journaliste et essayiste Philippe Vion-Dury, auteur de La nouvelle servitude volontaire, le confirme : « Les entreprises de la Silicon Valley sont porteuses d’un véritable projet politique. Leurs algorithmes mettent sous leur coupe ceux qui s’y soumettent, volontairement. Aveuglant les consommateurs et les États par l’éclat de leur spectaculaire réussite économique, ces entreprises sont en train d’accumuler des sommes incalculables de données, grâce auxquelles elles ambitionnent de tout mesurer, tout contrôler, tout prévoir. Ou quand les mathématiques deviennent totalitaires. »

Power of equality

Les algorithmes sont-ils égalitaires, par nature ? Dans un rapport de la Human Technology Fondation intitulé « Intelligence artificielle, solidarité et assurances en Europe et au Canada » et daté du 20 janvier 2020, des acteurs majeurs du monde de l’assurance dressent un constat clair : « La montée en puissance des technologies et de l’IA nous force à réfléchir à ces pratiques et à leur futur. Ainsi, le recours, par les assureurs, aux objets connectés qui fournissent des informations précieuses sur le comportement de l’assuré, peut entrer en conflit avec le droit fondamental des personnes de mener leur existence selon leur propre conception de la vie bonne. En outre, l’hypersegmentation, qui aboutirait, à son point limite à la personnalisation complète des tarifs, pourrait remettre en question le principe de mutualisation entre les assurés. » En d’autres termes, l’IA et le big data pourraient accroître les inégalités en faisant payer davantage les citoyens dont on jugera le mode de vie « non conforme ». Les algorithmes pourraient devenir, si l’on n’y prend garde, des outils au service d’une discrimination sans précédent. Et ce qui est valable dans le monde de l’assurance, l’est tout autant dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’orientation religieuse, politique ou même sexuelle… Qui établira ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas ? Quels seront les intérêts défendus par les instances en charge de telles décisions ? C’est là que l’État, en tant que représentant de l’intérêt général, a plus que jamais son rôle à jouer. Oui, mais voilà… Pour certains militants radicaux de la big tech, l’État, c’est justement la bête à abattre. Curtis Yarvin, ingénieur quadragénaire de la Silicon Valley et membre du mouvement néo-réactionnaire NRx, déclare : « Les États doivent devenir des entreprises lourdement armées et ultra rentables, qui aboliront le pouvoir de la presse, écraseront les universités, vendront les écoles publiques et transféreront les « populations décivilisées » dans des enclaves sécurisées pour les rééduquer ». Pour David Golumbia, professeur à la Virginia Commonwealth University, ce mépris pour la démocratie ferait partie de l’ADN même des fondateurs de la Valley : « Des gens comme Peter Thiel ou Elon Musk, pour ne citer qu’eux, dont le mépris est encore plus flagrant, sont célébrés comme des héros par les néo-réactionnaires ». Derrière les outils technologiques, il est donc bien question d’idéologie politique.

Make America tech again

Comme tout courant de pensée, l’idéologie techno-futuriste a ses penseurs. D’aucuns diraient ses gourous. Malgré une posture anti-politique de façade, certains ne cachent pas leurs ambitions dans ce domaine, à l’instar de Peter Thiel. Le cofondateur de Paypal et de Palantir Technologies, une société spécialisée dans le big data, a soutenu la candidature de Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016 et est resté, depuis, l’un de ses proches conseillers. Pour le très libertarien Thiel, « le sort de notre monde dépend d’un seul individu, d’une personne, qui sera capable de bâtir et diffuser des outils technologiques favorisant la liberté et permettant un monde plus sûr pour l’épanouissement du capitalisme »… Cette personne serait-elle Elon Musk ? Avec son entreprise Neuralink, le patron de Tesla entend augmenter l’être humain grâce à des interfaces homme-machine implantées directement dans le cerveau et ce, afin d’augmenter la mémoire, de piloter des logiciels par la pensée ou encore de bénéficier d’un moteur de recherche cérébral… De quoi donner des sueurs froides à la CNIL, dans une France encore très attachée à la protection des données et aux libertés individuelles. Catherine Vidal, neurobiologiste et membre du comité d’éthique de l’Inserm, estime qu’« une vigilance éthique accrue s’impose face au développement spectaculaire des technologies de manipulations cérébrales qui dépassent désormais le cadre de la médecine, avec des applications commerciales destinées à la population en bonne santé (…) Les stimulations (électriques ou magnétiques) peuvent altérer le fonctionnement normal du cerveau, ses capacités de plasticité, et porter atteinte à l’autonomie du patient en interférant avec ses pensées, ses émotions, son libre arbitre ». Mais si la plupart des chercheurs français se montrent prudents quant à l’impact des neurotechnologies sur la société, les américains sont plus décomplexés, voire carrément débridés. Parmi eux, le pape transhumaniste Ray Kurzweil qui considère que « l’existence humaine ne dépend pas d’un corps biologique » et que « la biologie elle-même n’est qu’un ensemble de nanomachines ». Pour le directeur de l’ingénierie de Google, « les machines dépasseront nos capacités » très bientôt et nous n’aurions d’autres choix, pauvres humains limités que nous sommes, que de fusionner avec une super intelligence artificielle pour survivre. Une vision que partage le leader du parti transhumaniste Zoltan Istvan, candidat aux élections présidentielles de 2020, qui fait campagne « pour mettre fin à l’idée de la mort ». Dans son programme, quelques grands classiques ultralibéraux et technophiles : fin de l’impôt sur le revenu et de l’IRS (l’administration fiscale américaine), réduction du nombre de fonctionnaires grâce aux robots et aux nouvelles technologies, lutte contre le réchauffement climatique avec la géo-ingénierie, développement des utérus artificiels… Mais aussi, en toute logique, des mesures orientées plus radicalement vers le transhumanisme. « Le gouvernement ne devrait pas être en mesure de limiter ce que nous pouvons faire à notre corps, quelles que soient les normes culturelles, les préjugés religieux ou l’orientation politique », déclare le candidat sur son site de campagne. Si Istvan souhaite accéder à la fonction suprême, c’est pour « interdire les lois qui entravent la recherche de la santé et de la longévité pour les citoyens, notamment les interdictions sur l’édition génétique, le clonage et d’autres sciences radicales (…), déréglementer autant que possible l’innovation scientifique et technologique (…), explorer des options telles que donner aux criminels le choix du reconditionnement cérébral plutôt que de l’exécution (…), jeter les bases de droits civils pour de futurs êtres avancés comme les robots conscients, les cyborgs et les êtres vivants génétiquement créés »… Le Docteur Frankenstein est sorti de son laboratoire pour convertir le monde à la religion scientiste. Le président américain ne prêtera-t-il bientôt plus serment sur la Bible lors de son investiture, mais sur l’ouvrage du médecin philosophe Julien Offray de La Mettrie, L’Homme Machine ? Amérique, pays de tous les extrêmes.

Opération Crossroads 2020

« Il est évident que la guerre, peut-être même les civilisations, sont arrivées à un point critique grâce à cette arme révolutionnaire ». Telles sont les paroles du vice-amiral William Blandy, chef de l’opération Crossroads (« À la croisée des chemins »), une série d’essais nucléaires qui eurent lieu dans l’atoll de Bikini, au cours de l’été 1946, et dont le but était de valider la puissance destructrice des bombes A sur des navires et des sous-marins situés aux alentours. À la croisée des chemins, c’est probablement là que nous nous situons actuellement, avec le développement spectaculaire des neurotechnologies, de l’intelligence artificielle et du transhumanisme. Les enjeux de ces progrès sont, tout comme ceux liés à l’invention de la bombe atomique, planétaires et historiques. Nous parlons bel et bien ici, sans exagération, de l’avenir de l’humanité. À nos pieds, s’étendent deux voies, deux visions politiques, deux futurs possibles. L’une de ces routes nous mènerait vers un monde imprégné de scientisme, dans lequel la technologie serait mise au service d’une minorité recherchant toujours plus de richesses et de pouvoir, au détriment d’une population de plus en plus déclassée et soumise. Laurie Pycroft, chercheur en neurochirurgie à l’Université d’Oxford, analyse parfaitement ce risque : « Des neurotechnologies de pointe dont l’usage serait large pourraient offrir des modes de manipulation politique inimaginables jusqu’ici (…) Ce qui nous inquiète, c’est que si les mesures de sécurité appropriées ne sont pas mises en place, les patients pourraient être victimes de sévères effets secondaires, et leurs pensées pourraient être ciblées par des cyberattaques (…)L’attraction que pourrait générer la manipulation des souvenirs chez certains dirigeants politiques me semble évidente ! Modifier la mémoire ou changer notre point de vue sur un sujet est l’un des principaux objectifs de n’importe quel propagandiste. » Si le corps a déjà commencé à être envahi par la société de consommation, à travers la chirurgie esthétique et le transhumanisme, la conscience était restée jusque-là un territoire imprenable. Mais aujourd’hui, ce dernier bastion de la liberté humaine est menacé et pourrait bien être colonisé avec une efficacité redoutable, si nous n’y prenons pas garde. Les capitaines de la big tech eux-mêmes multiplient les déclarations chocs, comme pour se préserver de leur propre hubris. Brad Smith, le président de Microsoft, déclarait en 2018 au Web Summit de Lisbonne : « Pour la première fois, le monde est au seuil de technologies qui donneraient à un gouvernement la possibilité de suivre n’importe qui, n’importe où (…) Il pourrait savoir exactement où vous allez, où vous êtes allé et où vous étiez hier. Et cela a de profondes ramifications potentielles, même pour les libertés civiles fondamentales sur lesquelles reposent les sociétés démocratiques. Avant de nous réveiller et de constater que l’année 2024 ressemble à l’ouvrage « 1984 », déterminons le genre de monde que nous voulons créer, quels sont les garde-fous et les limites des entreprises et des gouvernements dans l’utilisation de ces technologies. » Nous devons, en effet, déterminer le monde dans lequel nous voulons vivre. La crise du Covid-19 nous le rappelle de manière brutale : le marché et ses lois ne nous guident pas vers un monde meilleur, et aujourd’hui sa main invisible doit être désinfectée chaque jour avec du gel hydroalcoolique, sous peine de mort. Pourtant, certaines autorités tentent actuellement de renforcer leur pouvoir – et celui de l’économie néolibérale – en proposant des mesures radicales de surveillance numérique, au prétexte de vouloir protéger les populations… Mais gardons espoir, car il existe une deuxième voie. Nous pouvons bâtir un autre avenir, un monde dans lequel la technologie ne tiendra pas un rôle oppressif, mais libérateur. Une société low tech où le numérique régulera la surconsommation, au lieu de l’aggraver ; où la technologie apportera un soutien à chaque citoyen, quel que soit son niveau social ; où la priorité ne sera pas la rentabilité d’un médicament, mais son efficacité ; où l’épanouissement des salariés prévaudra sur le niveau des dividendes ; où les tâches pénibles et dangereuses seront assurées par des robots, au bénéfice de l’homme ; où les solutions énergétiques durables ne seront pas enterrées parce qu’elles menacent les intérêts de certaines industries polluantes ; où chaque être humain mangera à sa faim, où qu’il soit sur Terre ; où le besoin de sécurité ne sera pas assuré par des politiques de surveillance liberticides, mais par la disparition des inégalités… Un nouvel Éden, où le progrès technique sera au service de l’humanité tout entière. Cette société est possible, ce n’est pas une utopie. Mais pour la faire advenir, nous avons des choix à faire. Des choix politiques, au sens le plus philosophique du terme.

In Google We Trust

Depuis son adoption par le Congrès en 1956, « In God We Trust » (« Nous avons confiance en Dieu ») est devenue la devise officielle des États-Unis. Quelle ironie de voir une nation qui a fondé ses valeurs sur la foi religieuse, devenir le fer de lance de la foi transhumaniste et promettre à qui veut l’entendre, par la bouche de ses techno-prophètes, que l’immortalité numérique est pour bientôt ! C’est justement là qu’une réflexion philosophique s’impose. Paradoxalement, l’intelligence artificielle, aboutissement ultime du matérialisme, va nous obliger à nous poser des questions d’ordre spirituel. Rappelons que la singularité annoncée par Ray Kurzweil, ce moment où l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine et où son développement échappera à tout contrôle, a son équivalent en mathématiques et en astrophysique : il s’agit de la frontière d’un trou noir, appelé « horizon des évènements », au-delà de laquelle les lois de la physique ne s’appliquent plus, une réalité littéralement métaphysique. Et c’est l’ultime raison pour laquelle le politique doit s’emparer des questions soulevées par la big tech : pour ne pas laisser ce qui relève de la pérennité de l’humanité aux seuls industriels, dont les choix sont encore trop dictés, aujourd’hui, par des objectifs uniquement financiers. L’humanité est, nous le pressentons tous, à un tournant de son histoire. Il se pourrait que, demain, de nouvelles découvertes scientifiques sur la conscience changent complètement la donne et redéfinissent les priorités de la recherche, autant que la vision que nous avons de la vie elle-même… Que deviendraient les promesses des transhumanistes et leur obsession de « guérir la mort », si nous découvrions que nous avons une âme et qu’elle existe dans une autre dimension ? Zoltan Istvan a-t-il envisagé cette possibilité ? Ray Kurzweil en a-t-il tenu compte dans son business plan ? Qu’elle soit spirituelle ou technologique, la singularité à venir ne peut, par définition, pas être anticipée. Mais une chose est sûre, elle sera le résultat des intentions que nous aurons déposées, aujourd’hui, collectivement, pour la construction de notre futur. Citoyennes, citoyens, nous sommes à la croisée des chemins.

Grégory Aimar
Auteur du roman d’anticipation I.AM

Tendances technologiques pour les PME françaises en 2020-2021

Les entreprises acquièrent et investissent de plus en plus dans les nouvelles technologies. Ces changements de comportement et de pratiques pour les PME, notamment au niveau des investissements et de la diversification des budgets, sont dus à l’évolution constante des nouvelles technologies dans le monde du travail.

En décembre 2019, Gartner a mené l’enquête auprès de 248 personnes travaillant dans des PME en France. L’objectif de l’étude est de proposer une vue d’ensemble des intentions d’investissement et les prédictions d’impact des nouvelles technologies sur les entreprises d’ici 2021.

L’étude indique les technologies les plus utilisées actuellement, celles qui ont un potentiel de croissance significatif et celles pour lesquelles les PME prévoient un budget.

Actuellement, les technologies les plus utilisées en France sont les logiciels de sécurité des données et de l’information (68%). En effet, les cyberattaques, fuites et vols de données de ces dernières années, poussent les entreprises à investir dans la sécurité des données. Les logiciels de finance et de comptabilité arrivent en seconde position. Ces technologies sont les premiers outils comme ayant un impact sur les PME aujourd’hui.

Les technologies ayant le plus fort potentiel de croissance d’ici 2021 sont : la réalité virtuelle et augmentée, les chatbots, l’intelligence artificielle et le machine learning. Les chatbots de plus en plus précis grâce au machine learning et l’Internet des objets font partie des technologies qui auront un impact sur les entreprises d’ici 2021.

Mais étrangement, les prévisions d’investissement en France d’ici 2021 ne concernent pas dans l’immédiat les technologies ayant le plus d’impact. En effet, se sont les logiciels RH qui arrivent en tête avec 32 % des répondants pour un budget moyen de 22 700 $. En ce qui concerne la sécurité des données, elle n’est citée que par 29 % des répondants. Il n’y a que 16 % des entreprises interrogées qui ont prévu un budget moyen de 51 900 $ pour l’intelligence artificielle et le machine learning et 51 900 $ pour les véhicules autonomes.

Les principales motivations d’investissement dans les nouvelles technologies pour les PME interrogées, viennent surtout des requêtes de clients (63 %) puis de l’amélioration de la productivité (58 %). Et ce, malgré certains obstacles, plus ou moins tangibles comme le financement de l’investissement en question cité par 45 % des entreprises interrogées. Mais également les compétences internes à adapter et les changements dans les pratiques de l’entreprise.

Les PME doivent miser sur l’innovation et le développement de nouvelles technologies pour conserver leur avantage concurrentiel, et l’adoption de nouvelles solutions est essentielle à leur l’essor.

L’étude a été menée par l’analyste Caroline Rousseau de chez Capterra, une entreprise Gartner.

Défense et changement climatique : quel modèle pour les armées de demain ?

L’USAWC (United States Army War College) vient de publier, le 24 octobre 2019, un rapport commandé par le général Mark Milley, chef d’état-major interarmées des forces américaines. Sobrement intitulé « Implications of Climate Change for the U.S. Army », le rapport résulte d’une collaboration active entre plusieurs agences et corps d’armée : la DIA (Defense Intelligence Agency), la NASA, l’US Air Force, l’US Navy, l’US Army, l’US War College et le Center for Climate and Security (CFCS).

Il s’agissait de croiser les expertises et les données de ces différentes agences afin d’évaluer l’impact du changement climatique sur la sécurité nationale américaine d’ici à 2050, puis de produire des préconisations à destination du président Trump qui, comme chacun le sait, « ne croit pas » au réchauffement climatique. Les mises en garde et les conclusions alarmistes de ce rapport mettent clairement en lumière le manque de résilience des infrastructures énergétiques et la fragilité systémique des forces armées américaines face aux effets de l’élévation des températures et de la montée du niveau des océans.

Vers un monde de plus en plus instable

L’approche adoptée pour la construction du rapport se veut à la fois pragmatique, rationnelle et systémique.

Les rédacteurs et analystes du rapport s’appuient sur des études antérieures sérieuses, sur des données scientifiques validées et sur des observations de la NASA pour construire des prévisions cohérentes et élaborer des scénarios probables. Tous ces scénarios sont particulièrement préoccupants pour le maintien de la continuité opérationnelle des forces armées américaines.

Selon le rapport, la population américaine pourrait être confrontée, à l’horizon 2040-2050, à des pannes d’électricité de longue durée, à des épidémies, au manque d’eau potable, à la famine et à la guerre. Dans ce contexte fortement dégradé, l’armée des États-Unis pourrait à son tour s’effondrer et perdre ses capacités opérationnelles.

Les auteurs du rapport identifient deux menaces majeures provoquées par le réchauffement climatique pour les vingt prochaines années : un effondrement du réseau électrique national et l’apparition d’épidémies massives. L’augmentation des besoins énergétiques provoquée par les nouvelles conditions climatiques alternant de longues périodes de forte chaleur, de sécheresse puis de froid intense pourrait submerger un système de production et de distribution déjà fragile.

À l’international, l’armée américaine doit, selon le rapport, se préparer à intervenir sur de nouveaux conflits « de type syrien » déclenchés par les effets migratoires liés au réchauffement. Les analystes ont identifié le Bangladesh comme le pays le plus vulnérable à l’effondrement climatique : le déplacement permanent d’une grande partie de sa population est tout à fait probable. Ce mouvement migratoire massif provoquerait une catastrophe régionale et accroîtrait l’instabilité mondiale.

Ce qui impacte un pays comme le Bangladesh pourrait se généraliser, à l’échelle mondiale, aux 600 millions d’individus vivant au niveau de la mer. Une élévation de 2 mètres d’ici à 2100 pourrait déplacer plusieurs centaines de millions d’habitants, engendrant une instabilité massive sur les cinq continents. Face à ces futures menaces, les États-Unis doivent être en mesure d’intervenir au Bangladesh comme dans toutes les régions du monde déstabilisées.

La zone arctique, qui dispose d’importantes ressources en hydrocarbures, fera l’objet de toutes les convoitises, notamment chinoises et russes. Il s’agira pour l’armée américaine de tirer partie de ces ressources en utilisant les nouvelles routes ouvertes par la fonte des glaces tout en contrant l’expansionnisme russe dans cette zone stratégique.

Les auteurs du rapport insistent sur l’impréparation des États-Unis et de l’armée américaine face à un effondrement climatique, notamment dans le contexte d’interventions et de projections de forces à l’étranger. L’approvisionnement en eau constitue le premier point de contrainte pour une armée moderne intervenant en dehors du territoire national. Pour l’armée américaine, cet approvisionnement en eau représente en 2019 entre 30 % et 40 % du coût total d’une intervention extérieure ! Ce pourcentage devrait fortement dépasser les 40 % avec l’augmentation des températures de 2 degrés.

En outre, le stress hydrique pour les populations civiles devient un verrou opérationnel pour les personnels militaires projetés sur des zones extérieures « chaudes ». Les systèmes naturels que sont les océans, les lacs, les rivières, les nappes phréatiques, les récifs et les forêts vont être impactés par le réchauffement et le stress hydrique associé. La plupart des infrastructures critiques américaines n’ont pas été conçues pour résister à un fort stress hydrique.

Concernant les ressources, 80 % des exportations et 78 % des importations agricoles américaines sont d’origine hydrique, c’est-à-dire qu’elles concernent des matières premières et produits qui nécessitent de grands volumes d’eau pour les extraire ou les produire. La sécurité alimentaire mondiale pourrait être directement menacée à la fois par l’élévation des températures et par l’élévation du niveau des océans. Les infrastructures de transport devraient elles aussi être impactées par le réchauffement, tout comme le réseau électrique national, qui pourrait s’effondrer en raison de plusieurs facteurs de stress induits par le déficit hydrique.

Des lignes à haute tension en proie aux flammes durant un incendie en Californie, 11 octobre 2019. David Mcnew/AFP

Des solutions qui restent à imaginer

Le rapport met également l’accent, en sus du constat, sur les solutions qui peuvent permettre de répondre, pour les forces armées, au défi de l’adaptation à ces nouvelles conditions.

La principale solution envisagée est l’électrisation des forces et des systèmes, qui reposerait notamment sur une évolution profonde des systèmes énergétiques militaires actuels. La doctrine de l’Alliance atlantique – formalisée au travers de la Allied Joint Publication 47. – repose sur l’utilisation d’une source énergétique unique : le carburant aéronautique utilisé tant pour les opérations que pour la production d’électricité sur les bases.

Les dangers que fait peser la chaîne logistique pétrolière sur les forces armées, de même que la faible efficience énergétique du système qui n’a, par essence, que peu de redondance, conduit depuis des années les armées occidentales à envisager des modèles alternatifs. Les États-Unis ont d’ailleurs longtemps été des leaders sur ce sujet, jusqu’à ce que l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump ne mette tout en sommeil.

La réémergence, manifestée par ce rapport, de l’idée qu’il est nécessaire de repenser l’énergie opérationnelle militaire, se combine aux efforts conduits par les autres nations de l’Alliance atlantique au travers des travaux du Centre d’excellence sur la sécurité énergétique de Vilnius (ENSEC-COE) ainsi que des orientations européennes, poussées par la France, dans le cadre de la Coopération structurée permanente. Ces travaux otaniens et européens ont notamment conduit à des projets de camps expéditionnaires multi-énergies avec, au côté des groupes électrogènes, des systèmes renouvelables (panneaux solaires conteneurisés notamment) et des systèmes de pilotage et de bascule intelligents.

Au-delà du passage d’un modèle tout-hydrocarbure à un modèle mixte hydrocarbure-électrique, il importe de prendre en compte l’enjeu majeur que représentent les technologies d’efficacité énergétique, que ce soit dans la gestion de la production et de la distribution d’électricité dans les systèmes que dans le stockage de l’énergie.

La gestion et le stockage sont les deux grands axes de développement aujourd’hui envisagés qui font par ailleurs appel à des technologies par essence civiles, comme les batteries lithium-ion, les piles à combustible ou les systèmes de gestion de réseau. L’efficacité semble ainsi être le mot-clé dans cette nouvelle vision de l’énergie militaire opérationnelle puisque, grâce à elle – même en conservant des systèmes fondés sur un carburant unique –, il est possible d’obtenir des gains opérationnels importants. La même logique se retrouve dans la gestion de l’eau et des déchets où l’enjeu d’une approche raisonnée et efficiente est le principal défi auquel la logistique sera confrontée dans les années à venir.

Les conflits des années 2000 (Liban, Kosovo, etc.) ayant démontré l’innocuité des actions militaires sans implication directe au sol, la présence des forces armées sur le terrain, au contact des populations et des ennemis, demeure une nécessité absolue. Dans ce contexte, il importe de trouver des solutions pour résoudre l’équation de l’implication territoriale dans des environnements dégradés.

La robotisation, solution partielle ?

Au-delà des technologies précitées qui entrent directement dans le périmètre de l’adaptation aux changements climatiques, il importe également d’examiner dans cette optique certaines évolutions technologiques de fond des armées. Parmi elles, la robotisation des forces armées – quel que soit le milieu d’emploi d’ailleurs – constitue une réponse partielle aux enjeux, en particulier logistiques, des théâtres d’opération.

La permanence sur une zone – notamment dans des milieux hostiles à l’homme – est l’une des principales caractéristiques des systèmes robotisés. Les modèles de drones marins et sous-marins en cours de développement ou d’expérimentation en particulier aux États-Unis, offrent la possibilité d’effectuer un contrôle de zone continu, lequel peut être de différentes natures selon les missions envisagées (guerre des mines, contrôle de frontières, relais de communication, etc.) ou les capteurs-effecteurs embarqués (radar, sonar, etc.). Identiquement, les robots terrestres permettent de disposer d’une allonge plus importante ainsi que de capacités plus variées, développant le potentiel d’action des groupes de combat d’infanterie en leur offrant un panorama de vision plus large (contrôle spatial, interaction avec le domaine électromagnétique, infrarouge, etc.) ou un spectre de missions plus étendu.

Avec des systèmes plus économes en énergie, en eau et en nourriture que les formats de force actuels, les forces armées du futur pourraient ainsi soit conserver leur capacité d’action malgré la dégradation des territoires soit, dans une vision plus optimiste, disposer de meilleures capacités pour un coût équivalent.

Toutefois cette vision implique d’importantes capacités industrielles et technologiques liées au cyber. Il s’agit en effet de disposer ici d’engins embarquant des capteurs, des systèmes de traitement et des effecteurs, véritables systèmes d’information mobiles. Il y a donc un enjeu fort dans l’acquisition, le stockage et le traitement des données d’une part, ainsi que dans les systèmes de gestion et de pilotage d’autre part. La logique de systèmes militaires conditionnés par les données implique ainsi des efforts substantiels dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité des plates-formes, la résilience électromagnétique, la protection des protocoles de communication ; sans même parler de l’efficacité énergétique de l’ensemble (et donc des batteries ou piles à combustible déjà mentionnées). L’enjeu est donc ici une maîtrise de la donnée et de sa chaîne de valeur – dont certains éléments seront sans doute issus du monde civil – tout autant que des effecteurs eux-mêmes.

Presque tout reste à faire…

La réémergence d’une vision des enjeux des changements climatiques par les forces armées américaines est salutaire. Alors que le changement d’administration avait mis en sommeil toutes les initiatives – y compris les plus avancées –, le retour au réalisme militaire semble en marche. Dans le même temps, les Européens, la France en tête, prennent toujours plus en compte ces questions. Le moteur économique et technologique de l’espace euro-atlantique retrouve donc une position importante sur ce sujet.

Certes, ce rapport ne constitue pas encore une doctrine et de nombreux efforts restent à faire. Mais des pistes technologiques, cohérentes avec les orientations prises ces dernières années, se dessinent toujours davantage. À l’image de Lénine qui définissait le communisme selon l’équation « soviets + électricité », l’approche des forces armées du futur face aux enjeux des nouveaux environnements dégradés pourrait être « données + électricité ». La robotisation et la numérisation des forces armées, en marche depuis plus d’une décennie, doivent maintenant se combiner avec des technologies d’efficacité énergétique pour aboutir à des modèles pérennes qui permettront de continuer à remplir les obligations internationales et le spectre des missions des armées, tout en garantissant leur adéquation aux évolutions de long terme du monde ; pour les militaires, il s’agit, en quelque sorte, de réconcilier la fin du monde et la fin du mois.

Thierry Berthier, Maitre de conférences en mathématiques, cybersécurité et cyberdéfense, chaire de cyberdéfense Saint-Cyr, Université de Limoges et Nicolas Mazzucchi, Chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, responsable du module risque de l’Executive Master « énergie, environnement et régulation » à Sciences Po, Sciences Po – USPC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

La transmutation posthumaniste – Critique du mercantilisme anthropotechnique

Animal politique et corps de chair, la personne humaine va-t-elle être remplacée par le transhumain génétiquement modifié, le cyborg au métacorps augmenté, l’humanoïde branché sur des réseaux d’intelligence artificielle, le mutant hybride à très longue durée ? Sommes-nous à l’aube d’une rupture anthropologique majeure provoquée par l’application mercantile des biotechnologies et des neurosciences sur l’ensemble du vivant ?

Avec l’expansion mondiale des marchés dérégulés de la naissance artificielle (FIV, PMA, GPA), des modifications corporelles profondes (transgenrisme, chirurgies de biodesign), des “objets intelligents” bioconnectés (implants de puces radio-identification) ou des médecines de dépassement de l’humain (dopage, sélection génétique, clonage), la transmutation posthumaine, largement financée par les géants de l’industrie cybernétique, sort des romans de science-fiction pour investir les corporéités singulières mais aussi les corps sociaux et politiques.

Quatorze auteurs issus de différents champs disciplinaires mènent dans cet ouvrage des réflexions critiques sur l’anthropotechnie qui bouleverse le monde de la vie.

Isabelle Barbéris (agrégée de lettres modernes), Michel Bel (philosophe), Jean-François Braunstein (philosophe), Paul Cesbron (gynécologue-obstétricien), Denis Collin (philosophe), Anne-Lise Diet (psychanalyste), Emmanuel Diet (philosophe et psychanalyste), Christian Godin (philosophe), Aude Mirkovic (juriste), Isabelle de Montmollin (philosophe), François Rastier (linguiste), Pierre-André Taguieff (philosophe et politiste), Patrick Tort (philosophe et historien des sciences), Thierry Vincent (psychiatre et psychanalyste).

L’Homme artefact : Indistinction des sexes et fabrique des enfants

Procréation médicalement assistée ouverte à toutes les femmes, gestation pour autrui légalisée dans de nombreux pays, recherches actives sur l’ectogenèse (utérus artificiel, membrane cybernétique, etc.) sont autant de preuves d’une volonté d’enfanter en désexualisant la vie sexuelle et en déréalisant le corps.

Pour en arriver à fabriquer des bébés comme des artefacts, il faut théoriser l’indistinction de la sexuation humaine. Or, la prolifération des transidentités – transsexuels, transgenres, transhumains – témoigne d’une véritable crise des appartenances sexuelles. Ni homme ni femme, et homme et femme, non-binaire, queer ou cyborg, les “transidentitaires” qui grossissent les rangs des groupes LGBTIQ entendent mettre fin à la domination du “mâle blanc hétérosexuel” par la “dénégation mythifiante des deux sexes” (Devereux).

Les conséquences biopolitiques d’une déconstruction techno-médicale ou performative de l’altérité des sexes sont multiples. Elles posent le grave problème de la naissance et de l’avenir de la personne humaine.

Entretien avec Fabien Ollier

→ Greely a exploré les implications juridiques, éthiques, et sociétales des biotechnologies émergentes dans un nouveau livre : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016), qui envisage un monde où la procréation ne commence plus dans la chambre à coucher, mais plutôt dans une boîte de Pétri d’une clinique médicale.

L’ère du sexe pour la reproduction touche à sa fin

Les études du CJG – Vers un transhumanisme libéral ?

Actuellement, une révolution médicale est en cours en raison de l’accélération des progrès conjugués dans le domaine des nanotechnologies, des biotechnologies et des sciences cognitives. Il devient désormais possible non plus de simplement soigner ou guérir les êtres humains mais d’améliorer les aptitudes de ceux-ci tant au niveau physique que psychique.

Nous défendons la thèse que ces progrès peuvent être autorisés sous certaines conditions et dans certaines limites. Il n’est pas souhaitable – au nom d’une prétendue nature intangible de l’humanité – de s’opposer au principe même de cette évolution, qui ne s’est jamais interrompue depuis l’apparition des pré-hominidés, et qui permet de vivre plus vieux, en meilleure santé et avec davantage de bien-être.

Nous pensons que l’homme qui en fait librement le choix doit – au nom de le liberté morphologique – se voir reconnaître le droit d’améliorer son organisme et que, au nom du principe d’égalité des chances, ce droit doit devenir accessible à chacun et soit même, progressivement et dans les limites budgétaires disponibles financé par la sécurité sociale. Car les améliorations – impensables aujourd’hui – deviendront indispensables demain.

Il est impératif que le législateur veille à ce que le progrès des technologies s’opère de manière salutaire en traçant des lignes rouges partout où ces technologies risquent de porter atteinte à ces composantes du sujet que sont l’intimité, l’identité, le libre-arbitre, la volonté, l’autonomie, le désir, etc. Notre spécificité ne réside pas dans notre organisme qui évolue depuis toujours mais, dans des principes et valeurs fondamentaux. C’est ceux-là qu’il importe de défendre. C’est sur base de ces derniers que nous proposons d’encadrer le progrès transhumanistes par dix principes régulateurs libéraux.

Une étude réalisée par Corentin De Salle, directeur du Centre Jean Gol