L’intelligence artificielle perturbera davantage les cols blancs

Selon la sagesse populaire, la robotique, l’intelligence artificielle et l’automatisation modifieront radicalement le travail des cols bleus et des employés d’usine. En fait, les emplois des cols blancs seront davantage touchés, selon une nouvelle analyse de la Brookings Institution.

Les chercheurs ont examiné le texte du brevet sur l’intelligence artificielle et les descriptions d’emploi, et ont quantifié le chevauchement afin de déterminer les types de tâches et de professions susceptibles d’être touchées.

L’analyse indique que l’intelligence artificielle sera un facteur déterminant dans la vie professionnelle future des managers, des superviseurs et des analystes, en bouleversant toutes sortes d’emplois de cols blancs, allant des cabinets juridiques, aux fonctions marketing, en passant par les éditeurs et la programmation informatique.

Bien que les cols blancs soient susceptibles de supporter une part importante des perturbations causées par l’IA et l’automatisation, ils peuvent avoir plus de facilité à se recycler ou à trouver d’autres débouchés, car ils sont plus susceptibles de vivre en ville ou d’avoir un diplôme universitaire.

L’intelligence artificielle n’est pas encore largement adoptée par les entreprises, malgré l’énorme battage médiatique qui l’entoure. Et bien qu’il y ait eu beaucoup de discussions sur l’impact de l’IA sur l’emploi, on ne sait pas exactement quel en sera l’impact. Nous avons tout vu, des prévisions d’un abattage désastreux de 47 % des emplois aux États-Unis aux affirmations selon lesquelles, en fait, l’IA créera autant d’emplois qu’elle en détruit, sinon plus.

Par conséquent, il est judicieux de considérer cette dernière analyse comme une contribution dans un domaine brûlant plutôt que comme le dernier mot sur le sujet.

Pour aller plus loin :
Comment l’automatisation et l’IA bouleversent l’emploi
Ginni Rometty sur l’avenir du travail et de l’IA
L’IA remplacera 40% des emplois en 15 ans
L’avenir des emplois selon le Forum économique mondial
Comment la technologie affecte les emplois en Asie
Le travail en 2030. L’effet Winner Take All
Quel sera l’impact de l’automatisation sur l’emploi ?
De nombreux emplois menacés par l’IA et les robots d’ici cinq ans
Selon Mark Cuban, l’IA sera à l’origine de la plus grande rupture de ces 30 dernières années dans le monde du travail
Bill Gates : le robot qui prend votre travail devrait payer des impôts
Stephen Hawking : l’automatisation et l’IA vont décimer les emplois de la classe moyenne
Vinod Khosla : « 80% des emplois informatiques peuvent être remplacés par l’automatisation
Rapport de l’ONU : les robots vont remplacer les deux tiers des emplois dans les pays en développement
850 000 emplois supplémentaires vont être automatisés d’ici 2030 au Royaume-Uni
L’intelligence artificielle et l’automatisation : seulement 1,5 % des emplois perdus pourraient être remplacés par les emplois créés
ING Focus Belgique – les emplois les plus « robotisables » (PDF)
L’évolution de l’intelligence artificielle pourrait sonner le glas de nombreuses professions
La Banque d’Angleterre et Bank of America Merrill Lynch annoncent une apocalypse de l’emploi
Des robots pour remplacer les juges ?
Ross, le premier avocat Robot du monde
Automatisation : environ 114.000 emplois juridiques seront perdus soit 39% des emplois dans le secteur

Préférence système, une BD de Ugo Bienvenu

Denoël Graphic

En 2055, le data de l’humanité est devenu si volumineux qu’il faut commencer à supprimer des données. Toute archive frappée d’un visa d’élimination par le corps des « Prophètes », chargé de ces choix drastiques, doit être détruite. Yves, archiviste humaniste du Bureau des Essentiels, ne peut s’y résoudre. Pour les sauver de l’oubli, il sauvegarde clandestinement certaines données condamnées, plus poétiques que politiques, et les rapporte chez lui pour les stocker dans la mémoire de Mikki, son robot domestique. Une infraction grave aux règles de sa profession. Une forme de résistance au transhumanisme dominant.

Les progrès de l’intelligence artificielle ayant par ailleurs permis de confier la charge de la gestation pour autrui aux machines, Mikki porte l’enfant d’Yves et Emy, son épouse. Cependant, au Bureau des Essentiels, les fuites de données sont décelées, une vaste enquête est lancée parmi le personnel. Se sentant soupçonné, Yves décide de s’enfuir avec Emy, Mikki et l’enfant à naître pour rejoindre une bastide oubliée de tous, sur un causse désert.

En route, traqué par les autorités, il perd le contrôle de son véhicule. Seul Mikki parvient à s’extraire de l’habitacle avec sa précieuse cargaison. Le choc déclenche l’accouchement. Une petite fille naît à quelques pas de la voiture en feu dans laquelle se consument les corps de ses parents biologiques.

Une fuite éperdue dans la nature revenue à l’état sauvage conduit le bot et son fardeau de chair jusqu’à la vieille bastide. Caché du monde, au milieu de nulle part, Mikki entreprend au fil des saisons de transmettre à celle qu’il a baptisée Isi tous les fragments de savoir entreposés dans ses mémoires. Parviendra-t-il à faire de sa pupille l’Ève future avant que les autorités toutes-puissantes n’arrivent à les localiser et que le dénouement inévitable ne survienne ?

“Chaque homme dans sa vie assiste à la fin d’un monde.”

Ugo Bienvenu commence sa formation artistique à l’école Estienne en DMA illustration, avant d’intégrer la section cinéma d’animation à Gobelins l’école de l’image dans laquelle il co-réalise son premier court-métrage en équipe, “Jelly Sunday”, pour le festival international du film d’animation d’Annecy, ainsi que “Jean-luc”. En 2010, durant son séjour à la Californian Institute of the Arts (Los angeles), il s’oriente vers l’animation expérimentale et réalise son premier court-métrage “Je t’aime” ainsi que le clip “Fragments” pour le musicien Chris Adams du label zotrecords. De retour en France, il intègre Miyu Productions en tant que réalisateur. Il réalise le clip du titre “Voyage chromatique” pour Renart, du label Dawn Records, avec Kevin Manach entamant par la même une étroite collaboration. Étudiant-chercheur dans le programme Image Temps Réel de l’École des Arts Décoratifs (Paris), il réalise en parallèle le court métrage d’ouverture du Festival International de Mexico city “Une île” puis le clip “Singing” pour Agoria du label in finé. Ses recherches oscillent entre réalisme domestique et dérives surréalistes inquiétantes.

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

IA, robots et droit

L’intelligence artificielle et la robotique constituent incontestablement des leviers de croissance de nature à modifier, en profondeur, les modes de production et les modèles économiques existants, en plus de susciter, pour certaines de leurs formes, de nouveaux types de rapports sociaux qui ne seraient pas purement humains.

La singularité du robot dans l’espace juridique a vocation à s’accentuer ; symétriquement, tandis que la pertinence de la qualification de bien meuble décroît, la nécessité de doter le robot intelligent d’un statut juridique inédit se fait plus pressante.

Ce mouvement en vases communicants a ceci de particulier qu’il semble à la fois unilatéral et irréversible : la puissance de l’industrie robotique, l’implication des plus grands acteurs de l’économie numérique, l’importance des enjeux financiers, l’engouement de la recherche et l’appétence sociale constituent, ensemble, une assise particulièrement solide à l’avènement de la robotique intelligente.

Une fois la rupture technologique consommée – résultant de la liberté dont disposera bientôt le robot, elle-même continuellement renforcée par ses capacités d’apprentissage -, le droit n’aura d’autre choix que de s’aligner.

En France comme en Europe et dans le monde, les cadres réglementaire et éthique commencent déjà à se dessiner. Cet ouvrage complète le Minilex Droit des robots publié en 2015 en passant en revue toutes les disciplines : droit de la personne, droit de la consommation, contrat, responsabilité, assurance, propriété intellectuelle, droit pénal, données personnelles, sécurité, éthique, droit à la transparence des algorithmes, neurodroit, etc., mais également des technologies (chatbots, blockchain, bionique, neurosciences, etc.) et des secteurs d’activité (usine 4.0, armement, banque et finance, justice, santé, etc.).

Il comporte en outre une analyse comparative de 21 chartes éthiques et codes de conduite, qui permettent dans un premier temps d’accompagner ces mutations technologiques dans la zone Europe, Asie, États-Unis et France.

Préfaces de Olivier Guilhem, Directeur juridique de SoftBank robotics, Bruno Maisonnier, Fondateur de AnotherBrain.

Alain Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris, spécialiste en droit des nouvelles technologies de l’informatique et de la communication et fondateur de Lexing ®, premier réseau international d’avocats technologues dédié au droit des technologies avancées. Il est également président et fondateur de l’Association du droit des robots (ADDR).

Jérémy Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris et ingénieur diplômé de l’École Spéciale des Travaux publics (ESTP Paris). Il dirige le département Droit de l’IA et des technologies robotiques du cabinet Lexing Alain Bensoussan Avocats. Il est également membre de l’Association du droit des robots (ADDR).

Les machines ont-elles une conscience ?

Avec l’accélération exponentielle des progrès dans le domaine de l’intelligence artificielle émergent de nombreuses questions d’ordre économique, politique, scientifique, éthique, mais aussi philosophique et existentiel : les machines ressentent-elles des émotions ? Ont-elles une conscience ? Pour la plupart des religions, la conscience est le fruit d’une âme dont seuls les êtres humains sont dotés. À cette croyance, Alan Turing, père de l’intelligence artificielle, a répondu en 1950 qu’il ne voyait “aucune raison pour laquelle Dieu ne pourrait donner à un ordinateur une âme, s’il le souhaitait”. Aujourd’hui sur ses traces, des chercheurs comme le neuroscientifique américain Christof Koch estiment que “la conscience est une propriété émergente de la matière, comme la masse et l’énergie” et soutiennent ainsi l’idée selon laquelle le Human Brain Project, qui vise à simuler le fonctionnement entier du cerveau, permettra à terme de faire émerger une conscience artificielle : perspective scientifique réaliste ou improbable croyance matérialiste ?

Facebook dévoile des projets de robotique secrets

Facebook a levé le voile sur ses recherches en robotique. La société a publié un billet de blog détaillant trois de ses projets de robotique. Chacun d’entre eux vise à trouver des moyens pour que les robots apprennent par l’expérience plutôt qu’à partir de données préparées à des fins de formation – une compétence qui, selon Facebook, pourrait avoir des implications au-delà du cadre de la robotique.

“Ce travail conduira à des robots plus performants”, écrit Facebook dans l’article, mais plus important encore, cela aboutira à une intelligence artificielle capable d’apprendre de manière plus efficace et de mieux généraliser de nouvelles applications.

L’un des projets vise à permettre à un robot à six pattes d’apprendre à marcher par lui-même. Un autre étudie comment le fait d’équiper les robots de “curiosité” pourrait améliorer le processus d’apprentissage, tandis qu’un troisième projet se concentre sur la possibilité pour les robots d’apprendre par la détection tactile, ou le toucher.

Le monde réel est en désordre, c’est difficile, a déclaré à Business Insider Roberto Calandra, chercheur scientifique de la division IA de Facebook. Le monde n’est pas un endroit parfait. Donc, le fait que nous essayons de développer des algorithmes qui fonctionnent sur de vrais robots aidera à créer des algorithmes [d’IA] qui, d’une manière générale, seront plus fiables, plus robustes et apprendront plus rapidement.

Business Insider

Bernanos et la technique

Georges Bernanos, La France contre les robots (1947) extrait du chapitre VII

Un demi-siècle après sa parution, ce pamphlet reste d’une incroyable actualité. Cette apologie de la Liberté est un défi jeté aux idolâtries du profit et de la force. Georges Bernanos, dans une violente critique de la société industrielle, s’adresse à la « France Immortelle » face à la « France périssable », celle des combinaisons politiques et des partis. L’auteur y estime que le progrès technique forcené limite la liberté humaine.

Bernanos conteste l’idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l’humanité. En effet, selon lui, « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l’homme que ses besoins ». Il explique ainsi qu’« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne » ; une étonnante préfiguration de ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard !

Bernanos prédit également une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s’exprimer, et cela plus de vingt ans avant la contestation de la société de consommation, qui sera l’un des aspects de Mai 1968.

Ici, on sent en permanence le courage, la loyauté, la rectitude du jugement qui ont permis à Bernanos de se tenir toujours au niveau de l’histoire de son temps et de faire toujours les bons choix : contre le clergé assassin de la guerre d’Espagne, contre les dictatures, contre la collaboration, pour la résistance, pour la rectitude du cœur et du jugement.

Cette polémique engagée contre la « société des machines » est un cri, un appel très moderne et même futuriste à la construction d’une société où il serait possible de mener une vie digne de l’être humain.

Extrait du chapitre VII :

Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépens des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. Imbéciles ! comprenez donc que la civilisation des machines est elle-même une machine, dont tous les mouvements doivent être de plus en plus parfaitement synchronisés ! Une récolte exceptionnelle de café au Brésil influe aussitôt sur le cours d’une autre marchandise en Chine ou en Australie ; le temps n’est certainement pas loin où la plus légère augmentation de salaires au Japon déchaînera des grèves à Detroit ou à Chicago, et finalement mettra une fois encore le feu au monde.

Imbéciles ! avez-vous jamais imaginé que dans une société où les dépendances naturelles ont pris le caractère rigoureux, implacable, des rapports mathématiques, vous pourrez aller et venir, acheter ou vendre, travailler ou ne pas travailler, avec la même tranquille bonhomie que vos ancêtres ? Politique d’abord ! disait Maurras. La Civilisation des Machines a aussi sa devise : « Technique d’abord ! technique partout ! » Imbéciles ! vous vous dites que la technique ne contrôlera, au pis aller, que votre activité matérielle, et comme vous attendez pour demain la « Semaine de Cinq Heures » et la Foire aux attractions ouverte jour et nuit, cette hypothèse n’a pas de quoi troubler beaucoup votre quiétude.

Prenez garde, imbéciles ! Parmi toutes les Techniques, il y a une technique de la discipline, et elle ne saurait se satisfaire de l’ancienne obéissance obtenue vaille que vaille par des procédés empiriques, et dont on aurait dû dire qu’elle était moins la discipline qu’une indiscipline modérée. La Technique prétendra tôt ou tard former des collaborateurs acquis corps et âme à son Principe, c’est-à-dire qui accepteront sans discussion inutile sa conception de l’ordre, de la vie, ses Raisons de Vivre. Dans un monde tout entier voué à l’Efficience, au Rendement, n’importe-t-il pas que chaque citoyen, dès sa naissance, soit consacré aux mêmes dieux ? La Technique ne peut être discutée, les solutions qu’elle impose étant par définition les plus pratiques. Une solution pratique n’est pas esthétique ou morale. Imbéciles ! La Technique ne se reconnaît-elle pas déjà le droit, par exemple, d’orienter les jeunes enfants vers telle ou telle profession ? N’attendez pas qu’elle se contente toujours de les orienter, elle les désignera. Ainsi, à l’idée morale, et même surnaturelle, de la vocation s’oppose peu à peu celle d’une simple disposition physique et mentale, facilement contrôlable par les Techniciens.

Croyez-vous, imbéciles, qu’un tel système, et si rigoureux, puisse subsister par le simple consentement ? Pour l’accepter comme il veut qu’on l’accepte, il faut y croire, il faut y conformer entièrement non seulement ses actes, mais sa conscience. Le système n’admet pas de mécontents. Le rendement d’un mécontent – les statistiques le prouvent – est inférieur de 30 % au rendement normal, et de 50 ou 60 % au rendement d’un citoyen qui ne se contente pas de trouver sa situation supportable – en attendant le Paradis – mais qui la tient pour la meilleure possible. Dès lors, le premier venu comprend très bien quelle sorte de collaborateur le technicien est tenu logiquement de former.

Il n’y a rien de plus mélancolique que d’entendre les imbéciles donner encore au mot de Démocratie son ancien sens. Imbéciles ! Comment diable pouvez-vous espérer que la Technique tolère un régime où le technicien serait désigné par le moyen du vote, c’est-à-dire non pas selon son expérience technique garantie par des diplômes, mais selon le degré de sympathie qu’il est capable d’inspirer à l’électeur ? La Société moderne est désormais un ensemble de problèmes techniques à résoudre. Quelle place le politicien roublard, comme d’ailleurs l’électeur idéaliste, peuvent-ils avoir là-dedans ? Imbéciles ! Pensez-vous que la marche de tous ces rouages économiques, étroitement dépendants les uns des autres et tournant à la vitesse de l’éclair va dépendre demain du bon plaisir des braves gens rassemblés dans les comices pour acclamer tel ou tel programme électoral ? Imaginez-vous que la Technique d’orientation professionnelle, après avoir désigné pour quelque emploi subalterne un citoyen jugé particulièrement mal doué, supportera que le vote de ce malheureux décide, en dernier ressort, de l’adoption ou du rejet d’une mesure proposée par la Technique elle-même ? Imbéciles ! chaque progrès de la Technique vous éloigne un peu plus de la démocratie rêvée jadis par les ouvriers idéalistes du Faubourg Saint-Antoine.

Il ne faut vraiment pas comprendre grand-chose aux faits politiques de ces dernières années pour refuser encore d’admettre que le Monde moderne a déjà résolu, au seul avantage de la Technique, le problème de la Démocratie. Les États totalitaires, enfants terribles et trop précoces de la Civilisation des Machines, ont tenté de résoudre ce problème brutalement, d’un seul coup. Les autres nations brûlaient de les imiter, mais leur évolution vers la dictature s’est trouvée un peu ralentie du fait que, contraintes après Munich d’entrer en guerre contre le hitlérisme et le fascisme, elles ont dû, bon gré mal gré, faire de l’idée démocratique le principal, ou plus exactement l’unique élément de leur propagande. Pour qui sait voir, il n’en est pas moins évident que le Réalisme des démocraties ne se définit nullement lui-même par des déclarations retentissantes et vaines comme, par exemple, celle de la Charte de l’Atlantique, déjà tombée dans l’oubli.

Depuis la guerre de 1914, c’est-à-dire depuis leurs premières expériences, avec Lloyd George et Clemenceau, des facilités de la dictature, les Grandes Démocraties ont visiblement perdu toute confiance dans l’efficacité des anciennes méthodes démocratiques de travail et de gouvernement. On peut être sûr que c’est parmi leurs anciens adversaires, dont elles apprécient l’esprit de discipline, qu’elles recruteront bientôt leurs principaux collaborateurs ; elles n’ont que faire des idéalistes, car l’État Technique n’aura demain qu’un seul ennemi : « l’homme qui ne fait pas comme tout le monde » – ou encore : « l’homme qui a du temps à perdre » – ou plus simplement si vous voulez : « l’homme qui croit à autre chose qu’à la Technique ».

Version imprimable de Bernanos et la technique

⇒Auteurs liés : Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

C’est en 1954 que Jacques Ellul fait paraître La Technique, ou l’enjeu du siècle, premier essai d’une trilogie consacrée à la technique qu’accompagneront Le Système technicien (1977) et Le Bluff technologique (1987). Quatre propositions y sont exposées : Tout progrès technique se paie. Le progrès technique soulève plus de problèmes qu’il n’en résout. Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables de ses effets favorables. Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles. Qui plus est, la technique est potentiellement totalitaire, elle épuise les ressources naturelles et rend l’avenir impensable. Toutes les anciennes civilisations s’uniformisent sur le mode technicien : la vraie mondialisation, c’est la techniquelire la suite

Prédire les crimes

Des programmes informatiques sont aujourd’hui capables d’anticiper la survenue d’actes criminels.

Une aide précieuse pour la justice ou un risque réel pour nos libertés ?

Un logiciel capable de prédire le lieu et l’instant où un individu s’apprêtera à commettre un délit ne relève plus de la science-fiction. Dans certaines villes comme Chicago, Londres ou Munich, ces programmes sont en effet devenus réalité. Accompagnant l’évolution des sociétés modernes vers le tout-sécuritaire, la police expérimente de plus en plus ces nouveaux outils technologiques. Grâce à un algorithme capable d’analyser l’énorme masse de données personnelles que nous produisons et laissons en permanence sur le numérique, ces logiciels spécialisés peuvent en effet établir des listes d’individus susceptibles d’être mêlés à des actes répréhensibles.

Mais l’utilisation des nouvelles technologies à des fins prédictives pose un grand nombre de questions éthiques et morales. Sommes-nous prêts à abandonner notre liberté au nom de la sécurité ? Peut-on réellement faire confiance à un algorithme pour trier les individus et déterminer aujourd’hui qu’ils deviendront des criminels demain ? Fascinant et glaçant, ce documentaire part à la rencontre de professionnels qui utilisent déjà ces méthodes, mais donne également la parole à des victimes de ces logiciels, citoyens sans histoires que les ordinateurs ont identifiés un jour comme de potentiels criminels.

Hitachi : une IA capable de prédire les crimes avant qu’ils se produisent
On en sait plus sur les algorithmes de Palantir. Le département de police de Los Angeles a une nouvelle formule de surveillance, alimentée par Palantir
Des projets Chinois à la Minority Report utiliseront l’IA pour prédire des crimes
Tout votre historique de navigation sur Internet est maintenant en vente

Palantir Technologies

Palantir Technologies Inc. développe et construit des plates-formes de fusion de données pour l’intégration, la gestion et la sécurisation de tout type de données à grande échelle. Il propose Palantir Gotham, une plate-forme pour intégrer, gérer, sécuriser, et analyser les données de l’entreprise; et la plate-forme Palantir Metropolis pour enquête quantitative à grande échelle qui intègre à travers de multiples sources de données, rassemblant des informations disparates dans un environnement unifié d’analyse quantitative. La société apporte une réponse contre la fraude, marchés de capitaux, gestion de cas, intervention de crises, cyber-sécurité, défense,  préparation aux catastrophes, intervention de la maladie, livraison de soins de santé, menaces internes, analyse d’assurance, intelligence/renseignement, application de la loi, veille juridique, palantir verus, pharma R & D, supervision de trader et des solutions personnalisées.

L’entreprise travaille pour la communauté du renseignement des États-Unis, notamment pour la NSA, la CIA et le FBI, ainsi que pour différents acteurs du système de défense américain, comme les US Marines, l’US Air force et les Opérations spéciales. Elle s’est diversifiée dans les secteurs de la finance, de l’assurance, de la santé et des biens de consommation courante. Elle met par ailleurs sa technologie à disposition d’ONG comme Community solutions.

La société a été constituée en 2003 et est basée à Palo Alto, en Californie. Elle fait partie des valeurs sures de la Silicon Valley. Depuis sa création, l’entreprise a levé en tout et pour tout 2,3 milliards de dollars et sa valorisation pourrait prochainement atteindre 20 milliards de dollars. Parmi les investisseurs figure la CIA, qui y a injecté 2 millions de dollars au moment de son lancement. L’agence centrale de renseignement est alors séduite par le projet de Palantir : utiliser les algorithmes informatiques afin de déjouer d’éventuelles attaques terroristes. (ndlr)

Le cofondateur de Palantir, Peter Thiel, est également le co-fondateur de PayPal.

pour en savoir plus : Techcrunch

L’algorithme PredPol

PredPol est basé sur une décennie de recherches académiques détaillées sur les causes de la formation de schémas criminels. Cette recherche a permis de relier plusieurs aspects clés du comportement des délinquants à une structure mathématique utilisée qui permet de prédire l’évolution des schémas criminels au jour le jour. Qu’est-ce que PredPol et ce que PredPol n’est PAS ?

Pour en savoir plus : The PredPol Algorithm

Qui a besoin de la démocratie quand on a des données ?

Les machines sont sur le point de surpasser l’humanité

En moins d’une décennie, la plupart des tâches sur le lieu de travail seront effectuées par des machines plutôt que par des hommes, selon les dernières prévisions du Forum économique mondial sur l’intelligence artificielle.

Le rapport sur l’avenir de l’emploi affirme qu’environ 71% des activités professionnelles sont effectuées par des hommes aujourd’hui, mais cela nécessite un changement rapide des responsabilités au cours des sept prochaines années. En 2025, il prévoit que plus de la moitié des tâches seront transférées vers des machines. Les chiffres du rapport sont extrapolés à partir d’enquêtes auprès de responsables des ressources humaines et d’experts en stratégie d’entreprise.

L’avenir des emplois selon le Forum économique mondial

Le rapport prédit que les progrès de l’apprentissage automatique et de l’automatisation numérique permettront d’éliminer 75 millions d’emplois d’ici à 2025. Mais cela suggère que la même technologie pourrait également générer quelque 133 millions de nouveaux emplois d’ici là. Les travaux qui impliquent des tâches de conception ou de programmation, une réflexion critique et une intelligence sociale seront plus résistants à l’automatisation, selon le rapport.

Formation pour le nouveau monde du travail : les employés ne pourront cependant pas facilement se glisser dans ces nouveaux métiers. Le WEF prévoit que 54% des employés des grandes entreprises auront besoin d’une nouvelle formation et de nouvelles compétences afin de tirer pleinement parti des nouvelles opportunités et des nouveaux emplois créés.

Boules de cristal : Le rapport suscite la réflexion et est bien organisé. Mais il est notoirement difficile de prévoir ce type de changement économique de manière fiable. En effet, comme nous l’avons déjà noté, les estimations concernant le nombre d’emplois que l’IA va détruire (ou créer) ont tendance à varier énormément.

Quel sera l’impact de l’automatisation sur l’emploi ?

La Chine, prochaine superpuissance de l’intelligence artificielle?

L’année dernière, le gouvernement chinois annonçait ses intentions de devenir le leader de l’intelligence artificielle d’ici 2030. Comme l’explique Eric Schmidt : « C’est assez simple. D’ici 2020, ils auront rattrapé leur retard. D’ici 2025, ils seront meilleurs que nous. D’ici 2030, ils domineront toutes les industries de l’intelligence artificielle. » Et les chiffres ne mentent pas. PricewaterhouseCoopers a récemment estimé que le déploiement de l’intelligence artificielle devrait apporter 15,7 billions de dollars supplémentaires au PIB mondial d’ici 2030, dont 7 billions à celui de la Chine, éclipsant les 3,7 billions de l’Amérique du Nord. En 2017, la Chine représentait 48 % du financement mondial destiné aux startups en intelligence artificielle, comparativement à 38 % pour les États-Unis. Les investissements chinois dans l’intelligence artificielle, les puces et les véhicules électriques auraient déjà atteint les 300 milliards de dollars.

Comme l’indique Kai-Fu Lee dans son livre intitulé AI Superpowers, quatre facteurs principaux contribueraient à faire pencher la balance en faveur de la Chine.

1. Des données abondantes

Le plus grand avantage de la Chine réside possiblement dans l’importante quantité de données dont elle dispose. La plateforme WeChat de Tencent compte à elle seule plus de 889 millions d’utilisateurs actifs par jour. C’est plus que l’ensemble de la population européenne. Les achats effectués en ligne sont près de deux fois plus importants en Chine qu’aux États-Unis. Mais l’avantage de la Chine en matière de données ne se limite pas à la quantité.

Alors que la Chine assiste à une explosion du nombre de startups O2O (online-to-offline), leurs données créent une nouvelle couche de renseignement sans équivalent en Occident. Alors que les données de paiement et de transport des utilisateurs américains sont fragmentées sur différentes plateformes, les géants chinois de l’intelligence artificielle comme Tencent créent des écosystèmes en ligne unifiés qui concentrent l’ensemble des données de chaque utilisateur en un seul endroit. Cela leur permet de générer des cartes complexes répertoriant des centaines de millions de comportements d’utilisateurs.

Avec la montée en puissance inégalée du vélo en libre-service comme l’Ofo et le Mobike en Chine, les entreprises chinoises peuvent désormais exploiter des cartes profondément texturées sur les déplacements de chacun, leur permettant d’en savoir long sur leurs habitudes d’allées et venues, tant pour le travail que pour le supermarché. Avec l’explosion des capacités de la reconnaissance faciale en Chine, ces cartes comportent de plus en plus de visages, même lorsque l’utilisateur n’est pas en ligne. En faisant correspondre le comportement des utilisateurs en ligne à leur monde physique, les entreprises chinoises de technologie bénéficient de données qui leur offrent un avantage considérable sur leurs homologues de la Silicon Valley.

La police chinoise ajoute des lunettes de reconnaissance faciale à leur arsenal de surveillance

2. Des entrepreneurs affamés

Andrew Ng, fondateur et ancien directeur de Google Brain, a noté l’engouement acharné des entrepreneurs chinois : « Le travail est effectué beaucoup plus rapidement en Chine que dans la majeure partie de la Silicon Valley. Quand vous repérez une opportunité d’affaires en Chine, le temps dont vous disposez pour la saisir est très court ».

Avec l’explosion de l’expertise chinoise en intelligence artificielle, ces entrepreneurs se débarrassent enfin de leur ancienne réputation d’« imitateurs », et créent des entreprises sans équivalent en Occident. La Chine, qui abrite aujourd’hui trois des sept géants de l’intelligence artificielle (Baidu, Alibaba et Tencent), est également le théâtre d’un écosystème florissant de startups en intelligence artificielle.

Pas plus tard que cette année, la société chinoise SenseTime, spécialisée en vision artificielle, est devenue la startup la plus lucrative au monde dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ayant développé des technologies capables d’identifier votre visage, d’estimer votre âge et même de découvrir vos habitudes d’achat, SenseTime est maintenant un leader mondial dans les technologies de reconnaissance faciale. La société a levé 620 millions de dollars dans le cadre de sa ronde de financement Série C+ annoncée en mai dernier, pour une valeur de plus de 4,5 milliards de dollars. Et SenseTime n’est pas la seule de sa catégorie. En avril dernier, la Chine comptait 168 licornes, évaluées collectivement à plus de 628 milliards de dollars.

Un système intelligent de gestion du comportement en classe

3. Une grande expertise en intelligence artificielle

Il est important de noter que la Chine n’est qu’une nouvelle venue dans ce secteur. Quand l’apprentissage profond (deep learning) a connu sa grande percée en 2012, la Chine venait à peine de prendre part à la révolution de l’intelligence artificielle. Mais en quelques années à peine, la communauté chinoise de l’intelligence artificielle a rapidement rattrapé son retard. La majorité des chercheurs en intelligence artificielle les plus réputés au monde se trouvent toujours aux États-Unis (au profit d’entreprises comme Google), mais les géants chinois de la technologie sont rapidement en train de combler l’écart. Déjà dans le monde universitaire, les chercheurs chinois de l’intelligence artificielle sont côte à côte avec leurs contemporains américains. Au cours de la conférence 2017 de l’AAAI, un nombre égal d’articles acceptés provenaient de chercheurs américains et chinois.

Nous avons également constaté une collaboration accrue entre les plus grandes entreprises de technologie chinoises et les étudiants de talent émergents. Tencent, par exemple, parraine des bourses d’études pour des étudiants d’un laboratoire de l’Université des sciences et de la technologie de Hong Kong, leur donnant ainsi accès à une masse de données WeChat. De leurs côtés, Baidu, Didi et Tencent ont tous mis sur pied leurs propres laboratoires de recherche.

La société chinoise Face++ est désormais le leader mondial de l’intelligence artificielle en reconnaissance de visages et d’images, devançant les meilleures équipes de Google, Microsoft et Facebook lors du concours de reconnaissance d’images COCO 2017. La société de logiciels de reconnaissance vocale iFlyTek n’a pas seulement supplanté DeepMind d’Alphabet, Facebook et Watson d’IBM dans le traitement du langage naturel, elle l’a fait dans sa « langue seconde », l’anglais. Cette entreprise, la plus importante au monde dans le traitement du langage, a développé une technologie de pointe qui devrait un jour permettre la traduction instantanée de la parole dans n’importe quelle langue.

Une technologie pour lire les émotions des employés chinois

4. Les directives du gouvernement chinois

Le jour où AlphaGo de DeepMind a battu le chinois Ke Jie, alors champion du monde au jeu de Go, est entré dans l’histoire comme l’« événement Spoutnik » de la Chine. Dans les deux mois qui ont suivi cette victoire de l’intelligence artificielle, le gouvernement chinois a annoncé son plan visant à faire de la Chine le centre mondial de l’innovation en intelligence artificielle, avec l’objectif d’atteindre le billion de yuans (environ 150 milliards de dollars US) dans ce secteur d’ici 2030.

Au cours de la dernière décennie, les dépenses du gouvernement chinois en matière de recherche sur les STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) ont augmenté de deux chiffres d’une année à l’autre. Les maires de tout le pays ont construit des incubateurs d’innovation, fournissant des fonds à capital-risque soutenus par le gouvernement, couvrant même le loyer et ouvrant des avenues pour les startups et les accélérateurs en intelligence artificielle. Pékin prévoit d’investir 2 milliards de dollars dans un parc de développement de l’intelligence artificielle, qui abriterait jusqu’à 400 entreprises et un laboratoire national d’intelligence artificielle, stimulant la recherche-développement, les brevets et l’innovation sociale. Des zones comme le nouveau district de Xiong’an s’affairent à la construction de villes entières d’intelligence artificielle pour les deux prochaines décennies, centrées autour de véhicules autonomes, de routes équipées de panneaux solaires et d’infrastructures équipées de systèmes de vision par ordinateur.

La Chine construit un parc industriel pour la recherche sur l’IA

Enfin, les administrations locales ont commencé à s’associer aux plus importantes sociétés chinoises de l’intelligence artificielle pour construire des complexes parti-entreprise. Agissant à titre d’« équipes nationales », des entreprises comme Baidu, Alibaba, Tencent et iFlyTek collaborent avec des organisations nationales comme le National Engineering Lab for Deep Learning Technologies de Chine pour faire avancer la recherche et stimuler l’innovation.

Mot de la fin

Autrefois négligé et perçu comme un marché d’imitateurs cherchant de l’inspiration et du savoir-faire du côté de la Silicon Valley, l’écosystème chinois de l’intelligence artificielle a largement dépassé ce stade. Propulsé par une abondance de fonds gouvernementaux, la refonte des infrastructures intelligentes, des recherches de pointe en intelligence artificielle et certains des entrepreneurs les plus dynamiques au monde, le train chinois de l’intelligence artificielle ne semble pas près de ralentir.

traduction Mathieu Lepage

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