L’Homme-machine

L'Homme & la Société 2017/3
L’Homme & la Société 2017/3

L’Homme-machine I

Le travailleur machine

La machine, l’automation, l’automatisation, l’ordinateur, le numérique, les nouvelles technologies sont de formidables générateurs à prophéties, annonçant, par exemple, avec l’« usine du futur » et la robotisation de l’industrie, la suppression d’un nombre considérable d’emplois, ou avec le numérique et l’Internet, la multiplication des pépites ou des licornes dans l’Eldorado des start-up. Ce dossier éclaire ces prophéties, leurs déploiements, leurs impasses et leurs contradictions.

Mais en adoptant une perspective sociohistorique, la place de la machine dans le construit social (visible dans les sphères économique, politique mais aussi dans le champ du loisir en tant que prétexte à re-création des forces de production) révèle la platitude idéologique d’une succession de « révolutions », industrielles hier, numériques aujourd’hui, qui font de chaque instant une grande transformation.

Vingt ans après leurs envolées lyriques sur la société numérique, les experts qui avaient chanté les louanges de la Silicon Valley ressortent du placard où les avait envoyés la crise des valeurs technologiques en 2000. Les « révolutions » industrielles s’enchaînent à un rythme toujours plus soutenu, en renvoyant sans cesse le présent dans un passé révolu, le travail et le salariat pouvant être pendant ce temps soumis aux vagues des « réformes structurelles » qui permettront aux entreprises de faire face à l’insoutenable incertitude de la rentabilité.

Le progrès technique transforme les sociologues en voyants, penchant vers le pessimisme d’un « travail en miettes », d’un monde toujours plus « sécuritaire », vers la joie de la libération du travail relayée par une multitude de « mouvements sociaux » promettant autant d’« interventions sociologiques » pour dépasser la grisaille du syndicalisme, ou la sobriété d’un revenu universel préfigurant la décroissance finale.

La presse se fait, quant à elle, régulièrement l’écho d’études sur le rôle présumé des machines en matière de destruction ou de création d’emploi. Les problématiques des conditions de travail, d’organisation du travail, du temps de travail, de la santé au travail entrent immédiatement en résonance avec le sujet.

Nous interrogeons ici ces éléments avec une distance critique, distance prise avec la fascination pour l’Internet, le miracle de ces technologies de l’information qui, dès les années 1960, transforment le monde en un « village planétaire », le local en global, le travailleur en maker, etc.

L’Homme et la Société entend, avec « Le travailleur-machine », dégager la réflexion sur la technologie et la société de la chape de l’incessante nouveauté qui impose un futur sans avenir. Ce dossier s’inscrit dans la poursuite de deux précédents volumes intitulés « Les mille peaux du capitalisme », qui revendiquaient que le profit, la justification, le contrôle, la perpétuation et la prophétie constituaient le moteur du capitalisme.

Sommes-nous des Hommes-Machines ?

L’Homme-machine II

L’Homme & la Société 2018/2 (n° 207). 290 pages.

Du travailleur augmenté à l’homme augmenté

Notre exploration des fantasmes idéologiques accompagnant la perpétuation du capitalisme se poursuit à travers ce dossier, et nous fait passer de l’utopie d’une production mécanisée toujours plus efficace où la machine libèrerait l’humanité du travail (L’Homme-machine I), à la recherche de la vie éternelle dans la multiplication de thérapies, de disciplines, de prothèses et de big data visant à porter les corps et les esprits vers les sommets.

Il reste à en analyser la portée, en interrogeant ce que ce fantasme de l’homme augmenté représente dans la justification actuelle du capitalisme et en revenant sur sa spécificité à l’égard de la fascination pour la machine. L’homme-machine et l’homme augmenté sont liés au travail et à la question récurrente : « le travail ou comment s’en débarrasser ? »

La grande équation capitaliste de la machine se ramène aux gains de productivité liés à des combinaisons de facteurs de production nouvelles reposant sur la domestication de l’énergie dans le cadre d’un paradigme dominé par la physique. Cela nous a conduits à parler de « travailleur-machine » pour appréhender cette absorption du travailleur par la machine, mais aussi, en un sens, sa transformation en un « berger des machines ».

Le dossier invite à s’interroger sur le « décalage prométhéen » entre ce que les hommes savent faire techniquement et ce qu’ils sont en mesure de penser et de maîtriser moralement. Passé un certain seuil, la capacité technique devient démesurée par rapport à la condition humaine et l’excède.

Mais il s’agit également de réfléchir sur le transhumanisme comme un modèle de dépassement de l’humain qui, ce faisant, présuppose l’existence même d’une nature humaine qu’il entend transcender par l’initiative de ces capitaines d’industrie californiens défrayant la chronique de l’humanisme établi.

Or, dans la perspective que s’efforce d’approfondir L’Homme & la Société, c’est l’hypothèse même d’une nature humaine qui reste à mettre en question, pour saisir le déploiement historique d’une humanité dont la nature profonde est de réveiller les potentialités qui y sommeillent en bouleversant ainsi continûment cette nature même.

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/ethique-transhumaniste/

Transhumanisme et intelligence artificielle – Transhumanisme, Nanotechnologies, Transhumaniste, Neurosciences, GAFA

Barack Obama sur l’intelligence artificielle, les voitures autonomes et l’avenir de l’humanité | WIRED

(L to R) Ito, Dadich, and Obama. Credits: Christopher Anderson/Magnum Photos for WIRED

Le rapport sur l’avenir de l’intelligence artificielle

Lire l’interview complète sur Wired

États-Unis : le Congrès américain débat sur l’intelligence artificielle, les robots et le revenu de base

Fin mai 2016, le Joint Economic Committee (JEC) du Congrès et du Sénat américain a tenu une audience de deux heures intitulé « L’impact disruptif des robots et de l’automatisation » (voir la vidéo ci-dessous). Cette intervention a été dispensée par Andrew McAfee, chercheur au MIT et co-auteur de « The Second Machine Age » ; Adam Keiper, éditeur de « The New Atlantis » et membre du Ethics and Public Policy Center de Washington ; ainsi que le Docteur Harry Holzer, économiste, co-fondateur et directeur du Georgetown Center on Poverty, Inequality and Public Policy de Georgetown University.

La Maison Blanche annonce une série d’ateliers publics sur l’avenir de l’IAUne conversation de la maison blanche en Live sur l’automatisation

Bien que le discours ne traitât pas directement sur le revenu de base – le contenu de l’intervention concerne surtout les implications et l’impact de l’automatisation et des robots sur le lieu de travail – les participant en ont brièvement parlé en tant qu’instrument de protection sociale possible face à la perte d’emploi résultant de l’automatisation.

M. Keiper a évoqué le revenu de base comme une possibilité, mais ce dernier est principalement inquiet de la perte du nombre d’emplois dans la mesure où, selon lui, l’emploi constitue une « source de stabilité, d’amitié et d’accomplissement ». Un conférencier, M. Lee, a lui évoqué une crainte liée à la subvention de l’inactivité. Le Docteur Holzer, quant à lui, admet qu’une mesure telle que le revenu de base, doit être mis en place mais que cela risquerait de surcharger le système fiscal.

Vous pouvez obtenir davantage d’informations en consultant le site du JEC.

Fichiers associés

traduction Benjamin B.

Source : Basic Income News

L’Angle éco. Les robots vont-ils nous voler nos boulots ?

Ils sont déjà partout : dans les usines, les bureaux, bientôt les magasins, les hôpitaux, et même à la maison. Les robots vont transformer notre vie quotidienne et notre travail. Selon une étude de l’université d’Oxford, 47% des emplois sont menacés à moyen terme. En France, les robots pourraient détruire trois millions de postes d’ici à 2025.

“L’Angle éco” est allé voir les robots conçus en France, au Japon, où l’on croit qu’ils ont une âme, et en Chine, où il est publiquement assumé qu’ils sont amenés à remplacer la main-d’œuvre. Pour ce numéro, François Lenglet a aussi rencontré Michel Serres, philosophe et membre de l’Académie française, et Hakim El Karoui, essayiste et consultant.

voir le Replay : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/l-angle-eco/l-angle-eco-du-jeudi-26-mai-2016_1458349.html

Instauration d’un revenu de base en France : le Sénat dit non

La proposition de résolution écologiste appelant à l’instauration d’un revenu de base à l’heure du numérique a été rejeté par le Sénat le 19 mai 2016 par 200 voix contre, 11 pour et 132 abstentions. (lire l’article sur Next Inpact)

cliquez sur l’image pour agrandir

Rappelons que l’Institut McKinsey prévoit à l’horizon 2025, la disparition de 140 millions d’emplois qualifiés au niveau mondial.

voir le rapport de la banque d’investissement de Bank of America Merrill Lynch (PDF)

Quand les algorithmes remplaceront les cadres…DRH, médecins, avocats, assureurs, enseignants, analystes financiers… Même les cols blancs sont menacés. Les profs aussi, d’ailleurs, avec un Mooc, un seul professeur peut toucher des milliers d’étudiants à la fois. Même les médecins ne sont plus à l’abri du big data ! Bien sûr, pour l’instant, il s’agit juste de développer une  « aide » au diagnostic. Pour l’instant! Jusqu’à présent, l’automatisation des tâches intellectuelles avait touché des activités peu qualifiées (guichetiers, caissières…). Mais les cadres bardés de diplômes auraient tort de se croire à l’abri… La demande d’emplois qualifiés baisse aux États-Unis depuis l’an 2000, et cela va s’amplifier…

La Banque d’Angleterre et Bank of America Merrill Lynch annoncent une apocalypse de l’emploi
ING Focus Belgique – les emplois les plus « robotisables » (PDF)
Singularity University : Ce n’est pas un mythe, les robots et l’intelligence artificielle vont supprimer les emplois dans presque toutes les industries
Le dernier travail sur Terre : imaginer un monde entièrement automatisé en collaboration avec The Guardian Sustainable Business section.

Emmanuel Macron : “Le revenu universel est une idée qu’il faut creuser”

“Le revenu universel est une idée intéressante, affirmait-il ainsi sur RMC. C’est une idée qu’il faut creuser pour les prochaines années car elle permet d’offrir un point de départ dans la vie. Ça renvoie à la philosophie que l’on a de la société. (…) Moi, je ne crois pas à l’égalitarisme, je crois en l’égalité des opportunités. L’idée du revenu universel – ou d’une dotation en capital au début de la vie -, c’est une idée qui va dans ce sens et qui m’intéresse.”

RMC Bourdin

https://soundcloud.com/revenudebase/emmanuel-macron-le-revenu-universel-est-une-idee-qui-minteresse-bourdin-direct

Le revenu de base LIBER : garantir à tous un revenu minimum

Par Marc de Basquiat et Gaspard Kœnig – 22 mai 2014 – Generationlibre

S’il y a bien une fonction qui revient à l’Etat régalien et qui n’est pas assurée aujourd’hui, c’est de garantir à tous un revenu minimum. Non pour encourager l’oisiveté, mais pour assurer aux membres d’une même société les moyens de survivre. Comment est-il possible qu’avec 400 Md€ de dépense sociale par an, on croise encore dans le métro ou sur le trottoir des gens qui ne mangent pas à leur faim ? La complexité insondable et l’inefficacité patente de notre système socio-fiscal représentent une insulte pour tout citoyen, tout en profitant principalement aux familles aisées et aux inactifs.

Nous souhaitons apporter à chacun la sécurité fondamentale lui permettant de disposer pleinement de sa liberté et d’effectuer ses propres choix. Cette sécurité est le pendant de la responsabilité, puisqu’elle doit libérer les individus du besoin, et l’administration de l’obligation de multiplier sans fin les allocations, au gré des caprices politiques.

C’est pourquoi nous proposons de baptiser ce revenu minimum LIBER. Calculé pour permettre à chacun de subvenir à ses besoins fondamentaux, il prend la forme non pas d’une somme versée à chacun, mais d’un crédit d’impôt – système imaginé par Milton Friedmann dans les années 60 et étudié depuis par grand nombre d’intellectuels (de Lionel Stoléru à Michel Foucault) ou de dirigeants (de Richard Nixon à… Lionel Jospin !).

Ce LIBER est financé par un impôt sur tous les revenus et au premier euro : la LIBERTAXE. Pour chacun d’entre nous, la simple soustraction du montant du LIBER (fixe et universel) à celui de la LIBERTAXE (proportionnelle aux revenus) aboutit automatiquement soit (pour les plus faibles revenus) à un « impôt négatif », somme versée en cash par la collectivité, soit (pour les plus hauts revenus) à un « impôt positif », contribution nette à la collectivité.

Le LIBER permet donc de lutter efficacement contre la pauvreté, les sommes étant perçues sur le seul critère des revenus, et se substituant au maquis des allocations spécifiques. Il évite tout paternalisme, en rendant les citoyens responsables de leurs propres choix (chacun étant libre de dépenser comme il l’entend son impôt négatif). Il encourage le travail, puisque les sommes touchées sous forme d’impôt négatif décroissent de manière parfaitement linéaire avec l’augmentation des revenus : finis les effets de seuil et autres trappes (à inactivité, à smicards…).

Philosophiquement, le LIBER représente une saine dissociation entre les mécanismes économiques, qui pourront fonctionner sans entraves, et la politique sociale, conçue comme un filet de sécurité adapté aux aléas des carrières et des vies, en particulier dans un monde de chômage structurel.

En nous appuyant sur les travaux universitaires inédits de Marc de Basquiat, nous avons simulé le LIBER dans la France de 2014. Il remplacerait de nombreuses allocations, dont le RSA, la prime pour l’emploi, les allocations familiales, ou les exonérations fiscales sur les revenus du patrimoine. De son côté, la LIBERTAXE se substituerait notamment à l’impôt sur le revenu, à la CSG et à l’impôt sur les sociétés. Elle serait prélevée à la source et sur une base individuelle. Il s’agit donc bien d’un Big Bang de l’ensemble du système socio-fiscal, dans le sens d’une rationalisation et d’une simplification radicales, éliminant les coûts de gestion administrative.

A titre d’exemple, et toutes choses égales par ailleurs en termes de niveaux de fiscalité et de dépenses publiques, un LIBER de 450 euros par adulte et de 225 euros par enfant impliquerait une LIBERTAXE de 23% sur l’ensemble des revenus. Dans cette hypothèse, un quart de la population serait contributrice nette (payant de l’impôt positif), un cinquième neutre, et une bonne moitié récipiendaire nette (recevant de l’impôt négatif). Les grandes masses de redistribution ne seraient pas fondamentalement modifiées, sinon que les jeunes et les actifs se verraient désormais traités plus équitablement, et que chacun comprendrait aisément combien il « donne » et combien il « reçoit », ce qui ne serait pas sans incidence sur le discours politique.

Notons néanmoins que cette répartition est naturellement destinée à évoluer : plus la société s’enrichit, plus le revenu moyen augmente, mieux la contribution à l’impôt négatif sera répartie parmi la population. De plus, le niveau du LIBER relève d’une décision collective. Il est possible de l’augmenter ou de le diminuer, à condition d’ajuster le taux de la LIBERTAXE…

Par ailleurs, en supprimant des montagnes de formulaires inquisitoires, le LIBER permettrait d’intégrer les plus défavorisés, aujourd’hui découragés par la complexité des procédures (2/3 des potentiels allocataires du RSA ne le réclament pas !).

Le LIBER représenterait une rupture majeure dans l’histoire des sociétés. C’est ce que Foucault percevait bien dans sa leçon du 7 mars 1979 au Collège de France, consacrée à l’idée de l’impôt négatif : « La seule chose importante, c’est que l’individu soit tombé au-dessous d’un certain niveau et le problème est, à ce moment-là, sans regarder plus loin, et par conséquent sans avoir à faire toutes ces investigations bureaucratiques, policières, inquisitoires, de lui accorder une subvention telle que le mécanisme par lequel on la lui accorde l’incite encore à repasser au niveau du seuil. (…) C’est très important par rapport à tout ce qui avait été, encore une fois depuis des siècles, élaboré par la politique sociale en Occident ».

Une société où tous pourraient vivre dignement, sans assistanat ni paternalisme, est à portée de main.

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voir aussiLe transhumanisme français dit oui au revenu de base