Aux racines de la nébuleuse transhumaniste : un chantier à ciel ouvert

« Do you have a legal right to freeze a relative? Will failure-to freeze be considered murder or negligent homicide? Will there be an increase in mercy killings and suicides? Can a corpse have legal rights and obligations? Can a corpse vote? » Robert C.W. Ettinger, The prospect of immortality, Doubleday, NY, 1964, p. 17.

Dans un article stimulant intitulé « Le mouvement transhumaniste. Approches historiques d’une utopie technologique contemporaine », publié récemment dans la revue Vingtième Siècle, Revue d’histoire1, l’historien des idées Franck Damour nous invite à une exploration historique de la nébuleuse transhumaniste comme mouvement, mouvance et controverse, au travers des traces numériques de ses acteurs2.

Une contextualisation, toute en finesse, qui permet de prendre des distances avec la généalogie développée par le philosophe Nick Bostrom3 directeur du think tank Future of Humanity Institute (FHI) rattaché à l’université d’Oxford ; un discours, devenu « quasi officiel », qui masque des orientations idéologiques divergentes, « une stratégie de légitimation » liée à la définition même du transhumanisme.

Ambitieuse, l’analyse se situe à la croisée de l’histoire des mentalités religieuses, des technologies et du système techno-scientifique, du capitalisme et des imaginaires politiques.

Au sein de cette nébuleuse, Franck Damour distingue deux courants initiaux : le mouvement extropien fondé en Californie par Max More en 1988 dans le sillage du père de la cryonie, Robert Ettinger, et le « futurologue » Fereidoun M. Esfandiary (FM-2030) et le World Transhumanist Association (WTA), devenu Humanity+, créé par Nick Bostrom et David Pearce en 1998, qui fait dissidence avec les extropiens libertariens, inspirés par la philosophe, scénariste et romancière Ayn Rand, mais aussi avec les singularitariens (du nom de la singularité technologique).

L’article met surtout en lumière le sous-bassement conceptuel cryonique commun à ces deux mouvements, initié par l’ouvrage de Robert Ettinger (1918-2011) : The prospect of immortality (1964). Arguant que la technologie va permettre à l’homme de prendre son destin en main, s’affranchir de sa condition, celui-ci ouvre une perspective inédite.

Programmatique, cet article est une invitation à « ouvrir un chantier » pour favoriser l’exploration des liens entre le transhumanisme et les milieux académiques et industriels, son rôle auprès du capitalisme californien, mais aussi mettre en lumière le parallèle entre le transhumanisme né dans les années 1980 et la génération antérieure incarnée notamment par le biologiste britannique Julian Huxley (1887-1975) et l’ingénieur français Jean Coutrot (1895-1941).

Vincent Guérin

Notes :

1 Franck Damour, « Le mouvement transhumaniste. Approches historiques d’une utopie technologique contemporaine », Vingtième Siècle, Revue d’histoire n° 138, avril-juin 2018, p. 143-156.

2 Franck Damour est professeur agrégé d’histoire. Spécialiste en histoire des idées, il étudie l’évolution des théologies chrétiennes dans le monde contemporain. Depuis 2016, il est associé à la Chaire éthique et transhumanisme de l’Université catholique de Lille.

De la rareté des ressources aux paris sur l’avenir

Guillaume Pitron livre avec La guerre des métaux rares1 la synthèse d’une enquête de plusieurs années sur les nouveaux équilibres géopolitiques et les problèmes environnementaux auxquels nous confronte la convergence des technologies vertes avec les technologies numériques. Ces dernières étant non seulement supposées optimiser les premières, mais également œuvrer à la dématérialisation des flux, on pourrait s’attendre à l’avènement d’une croissance mondiale décarbonée, présentée comme « propre » et durable par ses promoteurs. Mais c’est sans compter avec la matérialité bien tangible des métaux rares nécessaires à l’ensemble de ces technologies, dont nous feignons d’ignorer l’impact sur la terre et les gens comme si, par exemple, le cloud était une sorte de saint-esprit sans support physique. Or nous ne sommes qu’au début du paradoxe de la transition énergétique, dont la consommation ne cesse de croître : la dernière étude de Greenpeace estime que le secteur numérique représente déjà 7% de la consommation mondiale d’électricité… tout en encourageant ce secteur à se tourner vers les énergies renouvelables2. Le travail de Guillaume Pitron inviterait justement à douter de l’évidence de cette recommandation (qui n’est d’ailleurs pas contredite par les géants du numérique, pressés de se mettre au diapason vert des marchés du moment). Contre toute attente, il existe même quelques convergences entre certains courants écologistes et transhumanistes3. Les solutions transhumanistes au problème écologique vont de la modification de l’environnement (géo-ingénierie par exemple) à la modification de l’empathie et de la morale humaine (moral enhancement). Elles ne remettent pas en question la capacité de la technologie à surmonter la finitude terrestre en explorant l’univers.

Voyons plutôt où mène l’examen de l’industrie des métaux rares. Tout le monde se souvient de l’usine de Rhône-Poulenc de la Rochelle qui, au début des années 90, était le premier traiteur et fournisseur mondial de terres rares4 (à côté des activités textiles, agrochimiques et pharmaceutiques du groupe, nationalisé en 1982 et privatisé en 1993, et auquel succéda Aventis en 1998). Les Français s’inquiétaient à l’époque du traitement des déchets radioactifs générés par l’usine. Le problème du traitement des déchets n’a pas été résolu, mais les temps ont changé. En 2010, c’est la Chine qui détenait 95% du marché mondial des métaux rares5. Sous la pression des citoyens, des riverains, et des écologistes, tout comme sous la pression des marchés financiers mondialisés, les activités d’extraction minière et de raffinage – confrontées à une demande mondiale exponentielle – furent délocalisées et alimentèrent l’illusion occidentale des technologies propres. Guillaume Pitron, qui est allé voir sur place, donne une toute autre version de ce « cauchemar environnemental où se côtoient – pour ne citer qu’eux – rejets de métaux lourds, pluies acides et eaux contaminées. (…) En ce sens, la transition énergétique et numérique est une transition pour les classes les plus aisées : elle dépollue les centre-villes, plus huppés, pour mieux lester de ses impacts réels les zones plus miséreuses et éloignées des regards6. » En conséquence de quoi l’auteur propose de réouvrir les mines sur le sol français, à l’encontre des militants écologistes, afin que les citoyens et gouvernements aient à nouveau « sous leurs fenêtres », dit-il, les conséquences intenables du mode de production et de consommation actuel et prennent les responsabilités qui vont de pair. Une proposition de bon sens pour réintégrer les externalités dans le bilan final. Les standards européens sont, de fait, plus exigeants que les standards chinois et la confrontation directe avec les problèmes environnementaux pousseraient peut-être les consommateurs à exiger la fin de l’obsolescence programmée. C’est du moins là-dessus que l’on peut spéculer.

Or il se pourrait que cette idée – défendue par Emmanuel Macron – soit prise au sérieux, non pas tant par souci de l’environnement que pour retrouver dans le domaine des métaux rares une souveraineté perdue, essentielle en termes de stratégie économique et militaire. Ce livre conte l’ascension fulgurante de la Chine dans le monopole mondial des métaux rares, qui explique sa position actuelle de première puissance informatique au monde – exploit conjugué à son bilan écologique catastrophique. Ayant compris qu’elle n’avait aucun intérêt à rester le fournisseur de matières premières à bas prix qu’elle avait été jusqu’alors et ayant pris la mesure de la fin annoncée des énergies fossiles, la Chine a provoqué des embargos sur ses exportations de terres rares, attiré les industriels étrangers sur son territoire en les alléchant par un accès aux matières premières et passé avec eux des partenariats de « co-innovation » qui lui permirent de s’approprier les technologies de pointe, de garder la main sur la valeur ajoutée et d’investir ensuite dans ses propres laboratoires de recherche. L’Union Européenne, le Japon et les États-Unis furent pris de vitesse et l’attaquèrent d’ailleurs devant l’OMC pour ses quotas d’exportation7. La Chine remplaça alors ses quotas par un système de licences. Mais le chantage chinois « technologies contre ressources8 » inspira d’autres pays émergents…

Comme le rappelle Guillaume Pitron, devant la raréfaction de ces ressources difficiles à extraire de la croûte terrestre, certains lorgnent déjà les gisements marins et la captation d’astéroïdes. La question que personne ne pose volontiers est la suivante : « Combien faut-il d’énergie pour produire de l’énergie ?9 » Car les procédés d’extraction capables d’atteindre l’espace ou le fond des océans ne sauraient être eux-mêmes gratuits et écologiquement inoffensifs, ils ne font que décupler le challenge énergétique. Ainsi la question des limites de la croissance ne fait que reculer indéfiniment son échéance jusqu’à l’acculement ultime. Comme le résumait Philippe Bihouix : « Nous faisons face à [ces] deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement : plus d’énergie nécessaire pour extraire et raffiner les métaux, plus de métaux pour produire une énergie moins accessible10. » Ce n’est pas tout : l’impact écologique des voitures électriques, panneaux solaires ou éoliennes est, selon certains calculs, peu concluant considéré sur l’ensemble d’un cycle de vie, même si l’empreinte carbone est moindre. Si l’on ajoute à ce bilan pas si glorieux l’effet rebond (selon lequel un équipement technologique plus efficace et plus rentable s’accompagne en fait d’une hausse de consommation et non de la diminution attendue) – duquel l’auteur de la Guerre des métaux rares ne fait pas mention – alors le battage médiatique et les formidables investissements que mobilisent les énergies renouvelables semblent une cruelle escroquerie effectuée sur le dos des populations des pays émergents, qui, certes, voient leur niveau de vie s’élever au rythme de la croissance mondiale, mais en ignorant la facture ultime de cette amélioration relative.

Il ne resterait, pour non pas empêcher mais ralentir cette échéance, que le recyclage. Or lui-même a un coût si prohibitif que l’on investit peu dans cette filière. Les alliages et matériaux composites, les multicouches à l’origine de propriétés extraordinaires des objets modernes sont difficiles à séparer et nécessitent de repenser les modes de fabrication, afin de prendre en compte dès la conception la perspective du recyclage en fin de vie. Le recyclage de matériel électronique exige des opérations chimiques polluantes destinées à séparer les composants. Des méthodes plus propres et prometteuses sont toutefois en cours de recherche. Le caractère apparemment écologique et charitable de la volonté de rendement (rendre accessible à plus de monde des produits informatiques ou de l’énergie bon marché avec moins de risques sanitaires et écologiques) ne saurait masquer l’enjeu capitaliste : produire, vendre et consommer toujours plus. Dans ces conditions, même le recyclage intégral ne compenserait pas l’augmentation constante de la consommation globale et l’apparition régulière de nouveaux gadgets, tels la cigarette électronique. Les annonces d’Apple sur le recyclage des iPhones représentent en effet une goutte d’eau dans les chiffres de la consommation électronique. La directive européenne DEEE de 2002, qui transfère la responsabilité du recyclage aux fabricants reste suivie d’effets très insuffisants et les fabricants ont plus intérêt à fabriquer de nouveaux appareils à l’aide de matériaux partiellement recyclés qu’à récupérer les pièces et réparer les vieux. Il y a fort à parier que des techniques propres et efficaces de recyclage ne seront étudiées et mises en œuvre à grande échelle que lorsque les ressources disponibles seront épuisées (c’est à dire lorsque le coût d’extraction des ressources disponibles sera devenu supérieur à celui de l’exploitation des montagnes de déchets accumulées entre temps), ce qui laisse augurer d’une situation planétaire infernale, chaque parcelle de terre ayant été exploitée au maximum, avec une humanité dépendante de machines qui seront devenues omniprésentes et hypersophistiquées, mais peut-être privées de l’énergie nécessaire à leur entretien… Nous devrions alors nous contenter d’un stock de ressources limité à gérer parcimonieusement et à se disputer âprement entre terriens, loin des rêves de conquêtes spatiales. Enfin, aucun recyclage n’est intégral, son écobilan n’est jamais nul et les matériaux recyclés peuvent être de qualité inférieure. Georgescu-Roegen l’exprimait de cette manière imagée : « Nous pouvons ramasser toutes les perles tombées par terre et reconstituer un collier cassé, mais aucun processus ne peut effectivement réassembler toutes les molécules d’une pièce de monnaie usée11. » Il précisait qu’il ne s’agit pas d’exclure en principe la reconstitution d’une structure matérielle, mais que « si en pratique de telles opérations sont impossibles, c’est seulement parce qu’elles réclameraient un temps pratiquement infini12. » On ne reconstitue pas miraculeusement des stocks naturels qui ont mis des millions d’années à se constituer.

Georgescu-Roegen démontra implacablement pourquoi la dégradation de l’environnement était liée à un principe d’entropie irréversible (« la seule loi naturelle dont la prédiction n’est pas quantitative13 ») mais accéléré par les activités humaines et constamment ignoré par les économistes orthodoxes, qui ne s’intéressent ni à l’input des ressources ni à l’output des déchets. Selon lui, les limites du progrès technologique seront données par le coefficient de rendement énergétique qui ne saurait être exponentiel sans rendre la production incorporelle, ce que prétend sans le savoir « le sophisme de la substitution perpétuelle14» qui ne tient pas compte du coût énergétique croissant de l’accès à de nouvelles énergies. Ce modèle suppose, en somme, une croyance surnaturelle exactement là où il se prétend le plus scientifique. La promotion de l’extropie – antonyme de l’entropie – développée dans le journal et l’institut du même nom, et formalisée par Max More en 1998 dans Les principes extropiens15 se fonde, quant à elle, exclusivement sur un article de foi dans le progrès technologique illimité. Elle ne constitue en rien une réponse scientifique aux travaux de Georgescu-Roegen et aux objections de nombreux physiciens.

Guillaume Pitron ne prône pas la décroissance, ne s’exprime pas sur les principes de la thermodynamique et ne tire aucune conclusion prospective. C’est au lecteur de le faire. La situation qu’il décrit ne nous confronte pas seulement au délire d’une croissance qui ne s’arrête jamais et se croit capable d’inventer sans cesse à mesure de ses nouveaux déficits. Elle nous ramène aussi au pari transhumaniste, celui qui propose de risquer le va-tout pour atteindre peut-être « la maturité technologique » capable de résoudre un jour des problèmes aujourd’hui insolubles. Au-delà du risque brandi par certains de l’avènement d’une intelligence artificielle maligne, c’est le problème platement physique des ressources qui se pose déjà. Un problème trop terre-à-terre ? La focalisation sur le développement de l’intelligence occulte la question d’une barrière énergétique infranchissable dans les conditions physiques connues. Le technoprogressisme ne donne aucun scénario vraisemblable de réponse à l’accroissement exponentiel de la demande d’énergie que suppose sa vision. Au mieux, il affirme son engagement écologique sur le mode religieux du déni green tech exposé plus haut et choisit de croire qu’il existe quelque part dans le futur un degré de développement technologique capable d’inverser une équation tenue par les physiciens pour impossible, à savoir l’accès à une source d’énergie à la fois propre, gratuite et illimitée.

Le paradoxe formulé par le prix Nobel de physique Enrico Fermi en 1950 – s’étonnant de l’absence de signes extraterrestres, compte tenu de la très haute probabilité de civilisations extraterrestres plus anciennes que la nôtre – a suscité un nombre considérable d’hypothèses. Une solution fut celle formulée par l’astrophysicien Haqq-Misra et le géographe Baum16, qui considéraient les paramètres de croissance durable ou non durable comme une explication plausible soit de l’échec (en raison d’un effondrement de leurs écosystèmes), soit de la lenteur (en raison d’une croissance ralentie ou bloquée) de civilisations extraterrestres à coloniser l’espace jusqu’à nous. Le physicien Gabriel Chardin a émis récemment une hypothèse similaire : « Sous l’hypothèse apparemment raisonnable d’un taux de croissance de la consommation et de l’utilisation des ressources de 2 % par an, la durée d’épuisement des ressources de la Terre est de quelques centaines d’années, avec une large marge d’incertitude. Pour l’Univers observable tout entier, curieusement, l’estimation est plus précise : entre 5 000 et 6 000 ans, à très peu de chose près… (…) Autrement dit, une croissance de 2 % par an poursuivie pendant quelques millénaires grille presque nécessairement le système planétaire qui en subit l’expérience17. »

Ces hypothèses ne sont pas apocalyptiques, au sens où elles ne postulent pas l’extinction inéluctable de l’espèce humaine (du moins une extinction d’origine anthropique). En revanche elles suggèrent qu’une croissance rapide est à coup sûr incompatible avec la colonisation de l’espace ou même avec l’accomplissement d’un progrès technologique qui sera pris de court par sa propre accélération. Seul un rythme d’innovation ralenti, déconnecté d’intérêts marchands et financé par des fonds publics, éloigné d’applications de masse et faisant l’objet de délibération éthique et politique aurait peut-être une chance de favoriser le progrès technologique à long terme. La course en avant chargée de nous donner la solution toujours repoussée à des problèmes toujours plus gros semble par contre aller droit dans le mur. Mais notons que ce n’est pas sûr : personne ne connaît la structure ultime de l’univers. Georgescu-Roegen concluait ses travaux sur cette alternative : « Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire !18 » Cet avertissement pose d’une manière plus aiguë que jamais l’enjeu de choix politiques fondés sur des paramètres inconnus et peut-être inconnaissables ou impossibles à mesurer.

Sandrine Aumercier

1Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares – La face cachée de la transition énergétique et numérique, Éditions Les Liens qui Libèrent, Paris, 2018.

2« Impact environnemental du numérique : il est temps de renouveler Internet », 10 janvier 2017

3Marc Roux, « Transhumanisme et écologie », 11 avril 2016

4Dominique Challiol, « Déchets : une solution en vue pour l’usine Rhône-Poulenc de la Rochelle », Les Echos, 24 mai 1991.

5Bertrand d’Armagnac, « Grandes manœuvres autour des métaux rares », Le Monde, 03 février 2010.

6Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, pp. 80-81.

7Dominique Albertini, « Les terres rares, un facteur majeur de la puissance chinoise », Libération, 14 mars 2012.

8Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, p. 151.

9Ibid. p. 220.

10Philippe Bihouix, « Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance », in Crime climatique stop , Collectif, Seuil, Paris, 2015.

11Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, Sang de la Terre, Paris, 2011, p. 105.

12Ibid., p. 105.

13Ibid., p. 98.

14Ibid., p. 113.

15Principes transhumanistes d’Extropie

16Jacob D. Haqq-Misra et Seth D. Baum, « The Sustainability Solution to the Fermi Paradox », Journal of British Interplanetary Society, vol. 62,‎ 2009.

17Gabriel Chardin, « Le paradoxe de Fermi et les extraterrestres invisibles », Libération, 2 mai 2015.

18Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, op. cit., p. 149.

Aventures chez les transhumanistes

Cyborgs, techno-utopistes, hackers et tous ceux qui veulent résoudre le modeste problème de la mort

isbn 9782373090376

Le transhumanisme peut sembler aussi bien porteur d’un immense espoir que terrifiant. Voire totalement absurde… Son but étant d'”améliorer” la condition humaine – le corps et l’esprit – jusqu’au stade où maladie, vieillesse et mort appartiendront au passé, le futur que prônent ses adeptes relève pour l’instant de la science-fiction. Mais ils sont de plus en plus nombreux, notamment parmi les dirigeants de la Silicon Valley, à croire que l’homme vaincra la mort et à plancher sur la question. Fasciné par ce mouvement en plein essor, le journaliste et essayiste irlandais Mark O’Connell est parti à leur rencontre.

Au fil de son enquête au long cours, il a fait la connaissance des figures majeures du mouvement et a exploré les lieux où ils élaborent leurs projets : laboratoires ultramodernes, espaces de stockage cryonique, caves dédiées au biohacking… On y croise des tenants du téléchargement de l’esprit, des immortalistes, des programmeurs informatiques redessinant le monde dans leur coin ou encore des développeurs de robots de guerre. Aventures chez les transhumanistes dévoile les facettes glaçantes de cette galaxie en pleine expansion.

Mark O’Connell est un journaliste et essayiste irlandais dont les travaux sur le transhumanisme ont été publiés dans Slate, le New Yorker et le New York Times Magazine. Livre paru en mars 2017 et déjà traduit dans 10 pays (Chine, République Tchèque, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Japon, Corée du Sud, Pologne, Russie, Turquie).

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/politique-transhumanisme-james-hughes/le-transhumanisme-democratique-2-0/

« Une plongée unique au cœur du milieu transhumaniste, qui permet de mieux saisir cette foi dans la technologie (parfois) sinistre et (toujours) excessivement arrogante qui irradie de la Silicon Valley. » —The Guardian

« Les lecteurs apprécieront le sens de l’humour et l’écriture nerveuse de O’Connell, partageant ses nombreuses interrogations sur les conséquences éthiques et les dilemmes moraux qu’implique le transhumanisme. » — Booklist

« Le transhumanisme – défini comme “un mouvement prônant ni plus ni moins que l’émancipation totale vis­à­vis de notre condition biologique” – est passé au crible dans cette enquête très fouillée et provocante à souhait. » — Publishers Weekly

« O’Connell présente aux lecteurs une galerie de personnages burlesques voire délirants, parmi lesquels Max More, un philosophe “extropien” diplômé d’Oxford, qui aspire à repousser toujours plus loin les limites du vivant ; ou encore Zoltan Istvan, le candidat transhumaniste à la présidentielle américaine en 2016, qui mena sa campagne en sillonnant les routes à bord d’un bus en forme de cercueil… » — New Statesman

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Extraits

Plus j’approfondissais le sujet, plus je découvrais que le transhumanisme, malgré son apparente radicalité et bizarrerie, exerçait une influence patente sur la culture de la Silicon Valley – et donc, plus largement, sur l’imaginaire des nouvelles technologies. Elle se manifestait par exemple chez de nombreux entrepreneurs tech adhérant à l’idéal d’une extension conséquente de la durée de vie : c’est notamment le cas du cofondateur de PayPal et investisseur précoce de Facebook Peter Thiel, à l’origine de divers projets allant dans ce sens ; ou de Google, qui a ouvert une filiale spécialisée dans les biotechnologies, Calico, laquelle vise à résoudre le problème de la vieillesse.

On perçoit également cette influence dans les avertissements de plus en plus pressants de personnalités comme Elon Musk, Bill Gates ou Stephen Hawking, qui s’inquiètent de voir un jour notre espèce annihilée par une superintelligence artificielle. Sans oublier l’embauche par Google de Ray Kurzweil, le grand gourou de la « singularité technologique », au poste de directeur de l’ingénierie. Je vois aussi l’empreinte du transhumanisme dans des déclarations telles que celle-ci, signée Eric Schmidt, ex-PDG de Google : « Vous disposerez d’un implant qui vous donnera automatiquement une réponse dès que vous vous poserez une question. » Ces hommes – il s’agissait d’hommes pour l’essentiel – parlaient d’un avenir dans lequel les humains ne feraient plus qu’un avec les machines. Quelles que soient leurs divergences, ils évoquaient tous un futur post-humain, dans lequel le techno-capitalisme survivrait à ses propres inventeurs, trouvant de nouvelles formes pour se perpétuer et tenir ses promesses.

[…]

Une partie de la communauté scientifique se montre de plus en plus inquiète à l’idée qu’une intelligence supérieure balaye l’humanité de la surface de la terre. En découvrant que cette vision de notre avenir technologique était partagée par d’autres personnes que moi, ma nature fataliste y a trouvé matière à entretenir son angoisse.

Les journaux s’empressent souvent de relayer ce genre de prophéties sinistres, généralement illustrées par une image apocalyptique tirée de la franchise Terminator – un robot tueur au crâne de titane dévisageant le lecteur de ses yeux rouges et cruels.

Après avoir qualifié l’IA de « plus grand menace existentielle qui pèse sur l’humanité », Elon Musk a ainsi souligné que nous risquions d’« ouvrir la boîte de Pandore » en la laissant se développer de manière exponentielle. (« J’espère que nous ne serons pas l’amorce de cette superintelligence numérique », a-t-il tweeté en août 2014.) Pour sa part, Peter Thiel a déclaré que « les gens passent trop de temps à se soucier du changement climatique et pas assez à se préoccuper de l’IA ». Quant à Stephen Hawking, il a publié une tribune dans The Independent, qui se présentait clairement sous forme d’avertissement : si l’aboutissement d’un tel projet représenterait sans doute « le plus grand événement de toute l’histoire de l’humanité », celui-ci pourrait « tout aussi bien être le dernier, à moins que nous trouvions dès à présent un moyen de réduire les risques au maximum ». Même Bill Gates a publiquement exprimé ses craintes à ce sujet, ajoutant « ne pas comprendre pourquoi certaines personnes ne s’en inquiètent pas ».

Suis-je moi-même inquiet ? Oui et non. Malgré le fait qu’elles entrent en résonance avec ma tendance innée au pessimisme, je ne suis pas vraiment convaincu par ces augures apocalyptiques, en grande partie parce qu’elles me semblent être le pendant des prophéties les plus optimistes sur l’IA – où l’on assisterait à une grande redistribution des rôles, où les humains seraient propulsés au plus haut sommet de la connaissance et la puissance, où ils vivraient pour l’éternité dans la lumière resplendissante de la Singularité. Au fil de ma réflexion, j’ai pourtant vite compris que mon scepticisme était davantage lié à mon tempérament qu’à des arguments logiques. Le fait est que j’ignore à peu près tout des raisons scientifiques (probablement excellentes) qui motivent une telle frayeur. Et même si je n’y crois pas, je reste néanmoins fasciné par cette idée morbide : nous pourrions être sur le point de créer une machine capable de rayer notre espèce de la carte.

[…]

Nate Soares leva une main en direction de son crâne rasé de frais, qui lui conférait de faux airs de moine, et se tapota le front à coups secs afin d’accompagner le geste à la parole : « Encore aujourd’hui, pour faire fonctionner un être humain, il faut obligatoirement passer par cette masse de viande et de neurones. »

Nous discutions des avantages qui pourraient découler de l’avènement d’une superintelligence artificielle. Pour Nate, le principal d’entre eux serait la capacité de faire fonctionner un être humain – à commencer par lui-même – sur un autre support que celui qu’il pointait du doigt.

C’était un homme trapu et calme, aux larges épaules, âgé d’environ 25 ans. Autre détail : il portait un T-shirt orné de l’inscription « Nate le Grand ». Tandis qu’il se rasseyait sur sa chaise de bureau et croisait les jambes, je remarquais aussitôt 1) qu’il avait retiré ses chaussures ; 2) que ses chaussettes étaient dépareillées – l’une bleue unie, l’autre blanche avec des motifs.

La pièce était totalement vide à l’exception des chaises sur lesquelles nous étions assis, d’un tableau blanc et d’un bureau, où étaient posés un ordinateur portable ouvert et une édition papier du livre Superintelligence de Nick Bostrom. Nous nous trouvions dans le bureau de Nate au Machine Intelligence Research Institute (MIRI) de Berkeley. L’aspect dépouillé de la pièce tenait sans doute au fait qu’il venait tout juste de décrocher un nouveau travail ici, celui de directeur exécutif. Il avait quitté l’an passé son poste lucratif d’ingénieur logiciel chez Google, avant de gravir rapidement les échelons au sein du MIRI. Son prédécesseur était Eliezer Yudkowsky – le théoricien de l’IA cité par Bostrom dans son livre –, qui avait fondé l’institut en 2000.

Je savais que Nate nourrissait des projets ambitieux pour le MIRI après avoir lu ses nombreux articles publiés sur le site Less Wrong, où il évoquait l’objectif qu’il s’était depuis longtemps assigné : sauver le monde d’une destruction certaine. Dans l’un de ces textes, il revenait sur son éducation catholique stricte, sa rupture avec la foi à l’adolescence et le déploiement subséquent de son énergie dans « l’optimisation de l’avenir » – bien entendu grâce aux lumières de la raison. Ses arguments rhétoriques me semblaient être une version hypertrophiée du verbiage de la Silicon Valley, où chaque nouveau réseau social ou start-up centrée sur l’économie du partage avait la ferme intention de « changer le monde ».

[…]

D’une manière ou d’une autre, les robots représentent notre avenir. C’est en tout cas ce que m’ont assuré les transhumanistes auxquels j’ai parlé. Qu’il s’agisse de Randal Koene, Natasha Vita-More ou Nate Soares, ils en sont tous persuadés à des degrés divers et variés. Soit que nous devenions nous-mêmes des robots et que nos esprits soient téléchargés dans des machines plus performantes que nos corps de primates. Soit que nous vivions au milieu de machines toujours plus évoluées, au point de leur céder chaque jour des pans toujours plus grands de notre travail et de notre autonomie. Soit qu’ils finissent par nous rendre obsolètes et par remplacer complètement notre espèce.

Tandis que je prenais mon petit-déjeuner en regardant mon fils jouer avec le petit robot que je lui avais rapporté de San Francisco, l’objet vacillant sur la table tel Frankenstein en direction du saladier à fruits, je me demandais quel rôle les véritables robots joueraient dans son avenir. Parmi toutes les carrières professionnelles que je lui avais imaginées, combien existeraient encore dans vingt ans ? Et combien auraient été rattrapées par l’automatisation totale, le rêve ultime du techno-capitalisme entrepreneurial ? Un jour, il m’intercepta dans le couloir après avoir regardé deux ou trois épisodes d’un dessin-animé pour enfants.

« Je-suis-une-machine-qui-marche », dit-il, alors qu’il mimait la démarche saccadée des robots tout en décrivant des cercles autour de mes jambes. Cela semblait une chose étrange à dire. Il est vrai, cependant, que la majeure partie de ses propos relevaient de cette catégorie : l’étrangeté.

J’avais beaucoup réfléchi aux robots sans pour autant en avoir jamais vu pour de vrai. Pas en chair et en os, si je suis dire, pas en action. De sorte que je ne savais pas exactement ce à quoi j’étais en train de réfléchir. Jusqu’à ce j’entende parler du DARPA Robotics Challenge, un événement au cours duquel les ingénieurs en robotique les plus réputés de la planète se réunissaient pour faire concourir leurs robots les uns contre les autres, dans une série d’épreuves conçues pour tester leurs performances dans des environnements hostiles ou dans des situations génératrices de stress pour l’homme. Notant que le New York Times décrivait l’évènement comme « le Woodstock des robots », je décidai sur-le-champ qu’il me fallait y assister.

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La politique du transhumanisme

Le transhumanisme est un mouvement philosophique en émergence reposant sur l’idée que les humains peuvent et devraient devenir des surhumains grâce aux avancées technologiques. Le transhumanisme contemporain découle de la culture de l’homme blanc, américain, nanti et connecté sur Internet, et ses perspectives politiques se fondent généralement sur la version militante du libertarianisme propre à cette culture. Néanmoins, les transhumanistes sont de plus en plus diversifiés, et certains préparent les vastes fondements philosophiques, démocratiques et libéraux de la World Transhumanist Association. Une panoplie de courants et de projets futuristes de gauche sont envisagés en tant que « transhumanisme proto-démocratique ». Il sera aussi question dans le présent essai de la réaction des transhumanistes à l’égard d’un groupuscule de néonazis ayant tenté de se rattacher au mouvement transhumaniste. Pour que le mouvement transhumaniste puisse croître et représenter un défi de taille pour ses opposants, les bioluddites, il devra se distancer de ses origines élitistes anarcho-capitalistes et clarifier ses engagements envers les institutions, les valeurs et les politiques publiques démocratiques libérales. En adoptant un engagement politique et en utilisant le gouvernement pour répondre aux inquiétudes entourant l’équité, la sécurité et l’efficacité des technologies du transhumanisme, les transhumanistes sont bien positionnés pour attirer un plus grand auditoire…. lire la suite

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Transhumanisme et intelligence artificielle – Transhumanisme, Nanotechnologies, Transhumaniste, Neurosciences, GAFA

Pourquoi reste-t-il encore de la place pour la spiritualité dans le transhumanisme

Max More dit que les transhumanistes peuvent garder tous les bénéfices de la religion, en finir avec certains de ses inconvénients et abandonner le surnaturel

Les anciens dieux ne sont plus de ce monde, remplacés par des smartphones, des écrans tactiles et des médias sociaux. Ce sont les nouveaux dieux, ceux pour lesquels nous nous inclinons. Plutôt que de croire en une réalité supérieure, celle dans laquelle les déités jugent discrètement, nous avons créé une réalité alternative dans laquelle des divinités auto-érigées jugent subtilement chacune de nos actions. Au lieu du paradis ou de l’enfer, nous recevons des publicités ou le Commissaire de prison (curated jail).

Il n’est pas tout à fait clair s’il reste de la place pour la spiritualité dans ce monde virtuel. Mais Max More pense qu’il y en a, et il est bien placé pour le savoir. En 1990, More a écrit un essai établissant les paramètres du transhumanisme moderne. Il a été un membre d’Alcor Life Extension Foundation, le laboratoire de cryologie de préservation humaine, pendant 30 ans, et depuis 6 ans en est le PDG. Il se soucie d’étendre notre durée de vie, et de surpasser les limites biologiques avec la technologie. Il souhaite surmonter les modèles des dieux.

→ Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.

Le d’ébat sur le nouveau corps dans la cyberculture : le cas des Extropiens

More s’est intéressé à le faire depuis son enfance, raconte-t-il à Inverse. Il a testé « une multitude de systèmes de croyances différents » de 11 à 15 ans : il s’est essayé à l’occulte, puis à la méditation transcendantale, puis le rosicrucianisme, et enfin la Kabbale. Il a même donné sa chance au christianisme.

« Au bout d’un moment, j’ai commencé à penser que tout cela n’avait vraiment aucun sens, et je n’avais vraiment aucune raison de croire en ces idées », dit-il. « Étrangement, alors que mes deux demi-frères sont devenus des chrétiens fondamentalistes, j’ai perdu toute croyance. J’ai eu une période assez embarrassante où ils priaient pour mon âme. » Plus tard, cependant, il enseigna la philosophie de la religion pendant plusieurs années, bien qu’il ne possède plus aucune croyance religieuse, c’est « certainement un domaine de grand intérêt » pour lui.

Cependant, il s’intéresse plus à la spiritualité, au travers de laquelle un transhumaniste peut trouver un but et une valeur – et pas nécessairement dans un sens quasi-mystique technico-zen. Le transhumaniste spirituel n’a pas besoin de glorifier les avancées technologiques, bien que certains le font. Le transhumaniste peut garder tous les avantages de la religion, supprimer certains de ses inconvénients, et laisser de côté le surnaturel, dit More.

En tant que philosophie humaniste, les transhumanistes « orthodoxes » doivent abandonner toute foi en faveur de la raison. Toute philosophie ou religion qui donne la priorité à un autre domaine, vague, disant que le Paradis est là où tout aura enfin un sens et sera Bon, est opposée à la raison, opposée à l’empirisme. C’est pourquoi More favorise Aristote à Platon, par exemple : Platon, et plus tard, le christianisme, a souvent fait paraître que le monde réel était fait pour se languir, un simple passage. L’éthique de la vertu d’Aristote, cependant, est de poursuivre l’excellence. C’est « tout pour vous améliorer vous-même, et perfectionner votre façon de fonctionner, qui s’intègre bien avec le transhumanisme », dit More.

More résume la croyance implicite de la croyance traditionnelle : « Ce monde est un peu crasseux, déplaisant et mauvais, et c’est simplement quelque chose que nous devrions attendre pour passer le temps, et aller à l’endroit réel, agréable, qu’est le paradis. » Il pense que c’est un « point de vue vraiment malheureux ». A l’inverse du transhumanisme, « cela nous décourage vraiment d’améliorer le monde dans lequel nous vivons, qui, pour autant que je sache, est le seul [qui existe]. »

« [La spiritualité] peut vraiment juste dire vos valeurs plus élevées, les motivations les plus profondes, votre grande vision du monde, » dit More. « Et en ce sens, je pense que vous pouvez certainement avoir une spiritualité transhumaniste. Et c’est de cette façon que je l’ai abordé, vraiment. »

Le transhumanisme « peut être une façon de regarder au-delà nos corps de chair et la forme particulière que nous avons, en reconnaissant nos relations avec d’autres espèces, les différentes possibilités pour nos cellules ; et en réalisant que, quelle que soit la couleur de notre peau, ou d’où nous venons, ou ce que sont nos croyances religieuses, n’est pas vraiment important. » En reconnaissant nos limites fondamentales et naturelles, et en regardant au-delà de nous-mêmes pour trouver des moyens de surmonter ces limites, les transhumanistes poursuivent l’illumination. [communément associée au bouddhisme et à l’hindouisme, désigne un état de conscience supérieur dans de nombreuses religions et philosophies et l’aboutissement d’une voie religieuse ou spirituelle].

« Un problème que nous avons aujourd’hui est que nous avons évolué pour être très tribaux dans la nature », dit More. « Nous faisons beaucoup plus confiance à quelqu’un de notre groupe [social] ; nous devenons beaucoup plus suspicieux des personnes extérieures (hors du groupe), et, au moindre prétexte, partons en guerre contre eux. Ce serait bien si pouvions surmonter cela en reprogrammant nos gènes. Prudemment, parce qu’il y a des raisons pour lesquelles cela a évolué ainsi. Mais les conditions ont changé. »

More dit que les gens lui demandent souvent si la religion lui manque. Ce n’est pas le cas. Le transhumanisme lui offre tout ce dont il a besoin, ce qui lui donne « un sens de la signification de la vie, une raison d’être, une motivation, et une manière différente de regarder les choses que je trouve assez satisfaisante et inspirante. » Ce n’est pas le cas pour la religion, avec ses « règles ridicules et arbitraires. Je n’ai pas à m’en inquiéter. Je n’ai pas à m’inquiéter de brûler en enfer pour toujours, ce que je faisais quand j’étais adolescent. »

En fait, More fera exactement l’inverse : après sa mort, il se fera probablement congeler dans l’une des chambres cryogéniques d’Alcor – où Satan, espérons-le, n’a aucune emprise.

Traduction Thomas Jousse

Inverse