Le bonheur posthumain ? La promesse manquée du transhumanisme

Un examen approfondi et détaillé des pièges liés au transhumanisme qui nous permet de redécouvrir ce que signifie de vivre bien.

Les livres sur le transhumanisme semblent se diviser en deux catégories : ceux qui brillent d’enthousiasme et ceux qui brillent d’indignation. Posthuman Bliss? The Failed Promise of Transhumanism, Oxford University Press, de Susan B. Levin, experte en philosophie classique au Smith College, appartient à ce dernier camp.

Les partisans du transhumanisme, ou de l’amélioration “radicale”, nous invitent à poursuivre l’amélioration biotechnologique de certaines capacités – avant tout, les capacités cognitives – bien au-delà de toute limite humaine, de telle sorte que les êtres dotés de ces capacités existeraient sur un plan ontologique supérieur. Certains pensent même que l’auto-transcendance de l’humanité par le biais des progrès de la science et de la technologie pourrait même être moralement requise. Par conséquent, selon Levin, les enjeux de notre réponse au transhumanisme sont incommensurablement élevés.

Susan B. Levin conteste les engagements globaux des transhumanistes concernant l’esprit et le cerveau, l’éthique, la démocratie libérale, la connaissance et la réalité, montrant que leur notion de l’auto-transcendance de l’humanité dans la “posthumanité” n’est guère plus que de la fantaisie.

En unissant les arguments philosophiques et scientifiques, Levin remet en question l’affirmation des transhumanistes selon laquelle la science et la technologie soutiennent leur vision de la posthumanité. Dans un style clair et engageant, elle démantèle les affirmations des transhumanistes selon lesquelles les posthumains émergeront si nous n’allouons pas suffisamment de ressources à cette fin.

Loin d’offrir une “preuve de concept” théorique et pratique pour la vision qu’ils nous proposent, explique Levin, les transhumanistes s’engagent de manière inadéquate dans la psychologie cognitive, la biologie et les neurosciences, s’appuyant souvent sur des points de vue douteux ou obsolètes dans ces domaines.

Elle soutient aussi que le transhumanisme va miner la démocratie libérale, promouvoir l’eugénisme et saper l’autonomie personnelle – des revendications qui sont fortement contestées par les transhumanistes.

Le transhumanisme est légitimement critiqué parce que ses partisans insistent sur le fait que rien de moins que l’auto-transcendance de l’humanité est un objectif rationnel … Dans une démocratie libérale, la promotion de la santé et du bien-être publics sans mettre en péril le pilier de la liberté individuelle exige une navigation et une réflexion permanentes.

Ayant montré en profondeur pourquoi le transhumanisme doit être rejeté, Levin plaide avec force pour une perspective holistique du bien-vivre qui est enracinée dans l’éthique de la vertu d’Aristote tout en étant adaptée à la démocratie libérale. Ce holisme est tout à fait humain, dans le meilleur des sens : Il nous incite à envisager des fins valables pour nous en tant qu’êtres humains et à accomplir le travail irremplaçable qui consiste à nous comprendre nous-mêmes plutôt que de compter sur la technologie et la science pour notre salut.

⇒ Un article inintéressant plus détaillé de Susan B. Levin : « Playing to lose: transhumanism, autonomy, and liberal democracy ».

Revues éditoriales

« Les transhumanistes affirment que pour que les êtres humains puissent survivre à l’avenir, et encore moins s’épanouir, nous devons réviser technologiquement nos natures évoluées. Dans sa critique vigoureuse, érudite, claire et pénétrante, Susan Levin montre que l’argument transhumaniste repose sur une compréhension philosophique superficielle de ce que signifie être humain et sur une compréhension scientifique tout aussi superficielle de ce que signifie être un organisme. Au-delà de la critique, elle offre une vision alternative de l’épanouissement qui s’enracine dans la compréhension d’Aristote, est améliorée par les fondateurs américains et s’incarne dans la vie de Martin Luther King. Ce livre sera d’un intérêt énorme pour tous ceux qui se soucient de réfléchir à ce que signifie être humain à une époque où les problèmes de notre existence commune peuvent sembler si terribles que les seules solutions qui restent sont technologiques”. – Erik Parens, The Hastings Center.

« La critique de Susan Levin sur la littérature philosophique qui défend des formes radicales d’amélioration cognitive et morale est très raisonnée, bien documentée et délicieusement pimentée. En remettant en question de manière soutenue les hypothèses scientifiques et philosophiques de ses interlocuteurs, elle établit effectivement le programme du prochain chapitre de la recherche sur nos obligations envers les futurs humains. » – Eric T. Juengst, University of North Carolina, Chapel Hill.

« Ancré dans une vision optimiste des capacités humaines et s’appuyant sur de solides arguments philosophiques et scientifiques, le livre de Susan Levin, à la fois perspicace et bienvenu, révèle les promesses tentantes des transhumanistes, mais qui, en fin de compte, n’ont pas été tenues ». – Inmaculada de Melo-Martín, Weill Cornell Medicine.

« Les pandémies mondiales, le changement climatique, les conflits géopolitiques imminents pour l’eau douce et la nourriture… il semble que plus nous devons apprendre à changer le comportement des humains dans la nature, plus nous reculons et essayons de trouver une issue en changeant plutôt la nature chez les humains. L’un de ces reculs est le transhumanisme. Posthuman Bliss propose une critique approfondie de la fabrication biotechnologique de la pensée et des émotions humaines au niveau moléculaire. Bienvenue à la pensée bioéthique qui est critique et non apologétique. Bienvenue à la perspective interdisciplinaire de la philosophe classique Susan B. Levin sur les limites du biopouvoir ». – Bruce Jennings, Vanderbilt University.

Transhumanisme : vision utopique ou avenir dystopique ?

Le transhumanisme est un mouvement radical qui favorise la transformation de la condition humaine. Ses représentants préconisent l’application proactive de la science et de la technologie pour «améliorer» les fonctions cognitives et émotionnelles, ainsi que les capacités physiques et sensorielles. Les transhumanistes avancent que les avancées technologiques en génie génétique, en intelligence artificielle, en robotique et en nanotechnologie devraient permettre aux sciences d’étendre considérablement les facultés intellectuelles, de vaincre les maladies liées au vieillissement, d’éliminer le malheur et l’anxiété et d’éviter le vieillissement et même la mort. Le transhumanisme voudrait donc que nous jouions avec notre propre évolution en tant qu’espèce, transformant rapidement les humains en transhumains et, éventuellement, en «posthumains». Je soutiendrai que ce faisant, nous détruirions ce qui est le plus précieux pour l’humanité; La vision du transhumanisme d’une liberté individuelle accrue produirait un monde futur dystopique.

Nick Bostrom, philosophe transhumaniste de l’Université d’Oxford, est mondialement reconnu pour ses recherches hypothétiques sur les risques existentiels, les considérations éthiques liées à l’amélioration de l’homme, ainsi que les avantages et les inconvénients d’une intelligence artificielle accrue. Il est également le fondateur de l’institut Future of Humanity, un centre de recherche multidisciplinaire qui permet à des futuristes exceptionnels de réfléchir aux priorités et possibilités mondiales. Les transhumanistes sont, en fin de compte, des philosophes qui chercheraient à transformer l’espèce humaine bien au-delà de son héritage biologique en appliquant les technologies actuelles et futures. Plus problématiques encore, ils considèrent que le vieillissement, voire la mort, sont tous deux inutiles, dans le contexte de l’intensification de nos progrès scientifiques, et indésirables; Ironiquement, Bostrom a publié lui-même un essai en ligne intitulé «Le transhumanisme, l’idée la plus dangereuse au monde». Francis Fukuyama, un critique acharné de Bostrom, souligne que le transhumanisme cherche à libérer l’humanité de ses contraintes biologiques. Tout à fait séduisant et semble paraître assez inoffensif mais à quel prix cette servitude serait-elle brisée ?

Transhumanisme – l’idée la plus dangereuse du monde

En 1957, Julian Huxley (1887-1975) a inventé le mot transhumanisme, prévoyant une société efficace et puissante, vouée au plein développement du potentiel humain, rendant obsolète l’État-providence. Pour Huxley, cela décrivait «l’humanisme évolutionniste», l’effort délibéré de l’humanité pour «se transcender – dans son intégralité, en tant qu’humanité… l’homme restant homme, mais se dépassant lui-même, en réalisant les possibilités de et pour sa nature humaine». Des penseurs transhumanistes ont par la suite inclus des avocats occupant une frange universitaire, tels que Fereidoun M. Esfandiary, qui a changé son nom en FM2030 (2030, date présumée de son centième anniversaire, bien qu’il mourût en réalité en 2000), et qui considérait les transhumanistes comme un dépassement des contraintes humaines du temps et de l’espace. Max More, Ray Kurzweil et Hans Moravec, également des transhumanistes convaincus, estiment que les nouvelles technologies devraient mettre fin à l’existence humaine en tant que telle, en introduisant dans le monde une classe de «Robo sapiens» qui remplacerait Homo sapiens, produisant la prochaine phase. Par exemple, Moravec avait prédit, en 1999, qu ‘«avant la fin du siècle prochain, les êtres humains ne seront plus le type d’entité le plus intelligent ou le plus capable de la planète.

Ces technocrates utiliseraient des programmes de recherche technologique accrédités par les électeurs et financés par le gouvernement pour recréer l’humanité, un effort de la société visant à jouer à Dieu.

Selon le transhumanisme, le droit fondamental à l’autonomie de l’individu fournit le fondement éthique qui justifie l’application de technologies génétiques, nanotechnologies et robotiques / IA (GNR) afin d’élargir la gamme de choix offerts à tous, améliorant ainsi “la condition humaine”. Pour sa part, Bostrom qualifie les détracteurs du transhumanisme de “bioluddites et bioconservateurs”. David Trippett, du Genetic Literacy Project, suggère au transhumaniste de faire face à deux alternatives, dont l’une consiste à tirer parti des avancées des technologies GNR et d’autres sciences médicales pour améliorer les fonctions biologiques de l’être humain (ce qui signifierait ne jamais revenir en arrière). L’autre alternative est de légiférer pour empêcher ces manipulations génétiques et ces modifications physiques de s’enraciner rapidement dans l’humanité, par le biais de la technomédecine socialement coercitive, qui nous opposerait tous progressivement. Qui devrait avoir le droit de décider ? Qui devrait avoir le droit de décider qui a le droit de jouer à Dieu en cette ère moderne ?

Et que dire de cet aspect de nous-mêmes qui, selon la plupart des gens, conviendrait le mieux, nous rend humains, notre conscience ? Le principe fondamental du transhumanisme, sa quête pour atteindre l’immortalité, nécessiterait une attaque de notre conscience humaine et, en fin de compte, une reprise complète du corps humain. Si la vision transhumaniste consistant à remplacer le corps humain par un substitut mécanique était réalisée, les admonitions de films de science-fiction comme Terminator, Blade Runner ou encore Frankenstein deviendraient une réalité. L’empathie humaine disparue, nous deviendrions non humains, ni transhumains ni posthumains. La culpabilité, la honte, l’envie, la compassion et la peur seraient réduites à des états corrigés ou induits par des doses de 800 mg d’opiacés, rendant le monde toujours agréable.

Nos émotions, qui ont évolué de manière organique au cours de millions d’années, fournissent des ancres qui contrôlent nos désirs et nos impulsions. – par exemple, nous motiver à vouloir traiter tout le monde équitablement. Un autre aspect honteux (ou sans vergogne ?) du transhumanisme est que, même si ses adhérents prétendent que ses possibilités de développement personnel seront accessibles à toute l’humanité, l’égalité d’accès est tout à fait improbable. La société postindustrialisée se transformerait en une guerre de classe encore plus profonde, une autre version du prolétariat contre la bourgeoisie, opposant les transhumains en cours ou aspirants aux posthumains. Un tel monde serait beaucoup plus dystopique qu’utopique.

Quelque part sur le chemin de l’ingénierie de l’immortalité, les transhumanistes envisagent également de mettre fin au processus de vieillissement. Les biotechnologies génétiques et autres permettraient non seulement de guérir la maladie d’Alzheimer, le cancer, le diabète tardif et d’autres maladies liées à l’âge, mais parviendraient également à éliminer le vieillissement, augmentant ainsi considérablement la «durée de vie». Aubrey de Grey, un gérontologue qui se considère comme un «ingénieur anti-âge», est un autre transhumaniste de premier plan. Son but est de faire du vieillissement un problème mécanique. De Grey milite énergiquement pour mettre toutes les ressources disponibles dans la «guerre contre le vieillissement».

Extrait : La technique | Bernard Charbonneau & Jacques Ellul

En tant qu’organismes humains vivants, plutôt que de jouets mécaniques, nous naissons, prenons à la fois de bonnes et de mauvaises décisions, éprouvons du plaisir et de la douleur, et à travers tout cela (en dehors de la petite enfance), nous attendons à un moment donné de mourir, ce qui crée le cycle de vie humaine. Sous le régime du posthumanisme, on pourrait vraisemblablement jouir de la perspective de l’immortalité et continuer à vivre la vie aussi joyeusement qu’auparavant sans la menace de laisser des êtres chers. La mort imminente n’est généralement pas considérée comme un aspect positif de notre vie, pourtant, mais il est considéré comme un aspect positif de nos vies, et il constitue un élément essentiel de la vie. Il laisse la place aux générations futures et nous oblige à apprécier la durée de vie que nous avons. Nous évoluons dans la vie dans un esprit constamment conscient de notre éventuelle disparition, même si ce n’est que dans le tourbillon [les brûleurs arrière : the back burners] de notre conscience. Les transhumanistes étoufferaient les flammes de ces brûleurs arrière.

Lorsque les flammes de la jeunesse s’atténuent et que l’âge diminue, mais concentre également nos capacités physiques et mentales, on a généralement acquis des compétences et des talents importants avec l’expérience de la vie, notamment des formes de compassion et d’empathie qui mûrissent au fur et à mesure du vieillissement. Pourtant, le posthumain vivrait perpétuellement, sans se soucier du monde, ni même de devenir vieux, voire de disparition imminente, s’il était protégé par des modifications physiques drastiques. Le but réel de la vie – vivre malgré les limitations – ne serait pas amélioré, mais détruit par les transhumanistes. L’idée même du report de la mortalité est un acte de rébellion contre Dieu, selon Hava Tirosh-Samuelson. Ne devrions-nous pas vouloir nous assurer que nos vies auront eu un sens et une valeur, alors que nos empreintes vivent pour toujours ? Cependant, c’est cette incarnation même de la vie organique que le transhumanisme cherche à transcender dans sa forme la plus radicale, la cyberimmortalité.

La cyberimmortalité, encore un autre jargon transhumaniste, qui illustre à quel point Bostrom et d’autres futuristes ont profondément ancré leurs espoirs d’amélioration de l’humanité dans l’idolâtrie du scientisme. Massimo Pigliucci, philosophe à la City University de New York, écrit que ces futuristes ont presque toujours spectaculairement tort et absolument dépourvus de tout progrès technologique. Melinda Hall souligne que le transhumanisme assumerait le rôle de décider des vies qui valent la peine d’être vécues. Les transhumanistes prétendent se concentrer sur la protection et l’extension de l’autonomie, affirmant que la moralité et la justice sont renforcées à tout moment et en dépit des forces physiques et mentales renforcées. Cependant, ce faisant, ils ont à la fois une vision négative du droit présent et une vision injustifiée des possibilités apparemment sans limites de la technologie. Ces extrêmes de rejet de soi et d’agitation impatiente sont les deux caractéristiques de la pensée utopique incontrôlable.

Bostrom a involontairement raison de dire que le transhumanisme est l’une des idées les plus dangereuses du monde. Lui et ses compatriotes jouent avec le feu en défendant leurs visions naïves de transformer le genre humain. Depuis au moins 1957, cette philosophie dystopique n’a cessé de gagner du terrain chez de nombreux entrepreneurs très enracinés et autres penseurs frénétiques qui s’attendent à ce que des solutions réalisables émergent d’un tout nouveau domaine des technologies GNR et laissent miraculeusement notre humanité fondamentale intacte. Par leur foi en une philosophie de l’évolution qui transcende le temps et l’espace, Bostrom et ses soldats révolutionnaires jouent tous à Dieu. Si ils y parvenaient, ils créeraient un monde futur profondément dystopique, et non le monde utopique qu’ils recherchent.

James E. Sullivan

Nick Bostrom. Transhumanism: The World’s Most Dangerous Idea.” Retrieved from : https://nickbostrom.com/papers/dangerous.html
Francis Fukuyama, “Transhumanism.” Foreign Policy Magazine, October 23, 2009.
Gregory R. Hansell and William Grassie, eds (2001)., H+-: Transhumanism and its Critics (Philadelphia: Penn. Metanexus Institute), p. 20.
FM2030 (1970), “Towards New Ideologies,” http://www.aleph.se/Trans/Intro/ideologies.txt
Hansell and Grassie, op.cit.
Nick Bostrom. “Transhumanist Values” in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003); reprinted in Review of Contemporary Philosophy, Vol. 4, May (2005).
David Trippett. “Transhumanism could push evolution into hyperdrive, Should we embrace it?” Genetic Literacy Project, April 19, 2018. Retrieved from : https://geneticliteracyproject.org/2018/04/19/transhumanism-could-push-human-evolution-into-hyperdrive-should-we-embrace-it/
Lisa Renee.”Transhumanism-The Consciousness Trap.” Retrieved from : https://veilofreality.com/transhumanism-the-consciousness-trap/
Hava Tirosh-Samuelson, “Engaging Transumanism,” H+-Transhumanism and its Critics, p.20
Massimo Piglilucci, “Why we don’t need Transhumanism,” Rationally Speaking, October 04, 2010. Retreived from http://rationallyspeaking.blogspot.com/2010/10/why-we-dont-need-transhumanism.html
Melinda Hall, “Vile Sovereigns in Bioethical Debate,” Disability Studies Quarterly, vol 33, no.4 2013 http://dx.doi.org/10.18061/dsq.v33i4.3870

Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques

In book: Science, Fables and Chimera : Strange Encounters, Chapter: Des chimères bionanotechnologiques. L’humain aux prises avec les imaginaires technoscientifiques, Publisher: Cambridge Scholars Publishing, Editors: Laurence Roussillon-Constanty, Philippe Murillo, pp.269-286. July 2013.

Mathieu Quet – CEPED – UMR 196 – IRD/INED/Université Paris Descartes.

Abstract : Les débats autour des bionanotechnologies* accordent souvent une importance particulière aux transformations à venir du corps humain. Ces visions du (corps) futur sont variables, plus ou moins ambitieuses et plus ou moins sombres – de la crainte de la pollution ou de la contamination du corps humain par les nanoparticules aux discours sur les mutations « radicales » du genre humain et à la notion de post-humanité. Par exemple, au cours de la série de débats publics consacrés aux nanotechnologies et organisés par la Commission Nationale du Débat Public fin 2009, début 2010, un certain nombre de questions ont été abordées par des acteurs très différents : des groupes écologistes ont insisté sur les problèmes de pollution que risque de soulever à l’avenir la production de nanoparticules, les industries pharmaceutiques ont insisté sur les bienfaits que pouvaient apporter les nanosciences avec l’émergence de nouveaux traitements, comme la thérapie génique, et un groupe dit « transhumaniste » a évoqué des nanorobots infiltrés dans le corps et la mutation du genre humain. Chacun de ces groupes produisait ainsi des prédictions particulières sur les conséquences à venir des nanotechnologies pour le corps humain. Dans ce contexte, on peut essayer d’appréhender les discours d’anticipation au sujet des effets des nanotechnologies sur le corps humain dans leur hétérogénéité, et tenter de comprendre comment ces discours s’articulent, par-delà leur variété et leurs différences. La production discursive de chimères, ou de transformations plus ou moins imaginaires du corps humain, dans le cadre des multiples débats et controverses sur les nanos, est l’un des modes d’inscription des nanosciences dans l’espace public. La production de prédictions concernant l’avenir du corps, voire de la nature humaine, est donc l’une des médiations par lesquelles les acteurs sociaux tentent de saisir l’objet « nano », de penser son encadrement social. Et il n’est pas l’apanage de quelques illuminés, mais bien un mode d’inscription partagé par tout un faisceau d’acteurs : des chercheurs, des ingénieurs, des militants, des journalistes, et bien d’autres. Dès lors, les chimères et autres imaginaires technologiques remplissent un rôle essentiel dans l’appréhension sociale des effets des nanosciences.

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* Il existe une différence légère entre biologie synthétique et bionanotechnologie (même si ces deux champs partagent énormément de points communs). La première cherche à modifier des systèmes vivants, même à les créer ex nihilo. La seconde cherche à bâtir des objets non vivants, à partir de composés propres à ce dernier ou à partir d’organismes vivants. (source: Rémi Soussan, via InternetActu)

Désirs de data. Le trans et post humanisme comme horizons du plissement numérique du monde

Maryse Carmes, Jean-Max Noyer. Désirs de data. Le trans et post humanisme comme horizons du plissement numérique du monde. 2014. <sic_01152497>

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Résumé : Dans cet article, la prolifération de data est examinée dans le cadre du processus d’artificialisation du monde et comme effet d’une sémiotique générale pour assurer la permanence et la transformation de la fabrique de nous-mêmes et de notre milieu associé. Cette prolifération de data est réglée sur les mouvements, intensités, des régimes de désirs et sur les processus de subjectivation qui lui sont immanents. Mais elle active en même temps de nouveaux états du Virtuel qui les enveloppent. On prend comme exemples l’urbanisation et le marketing en insistant sur certains aspects de la transformation des intelligences collectives. Ce faisant est esquissée une perspective sur le « trans et post humaniste », expression et exprimé de ces désirs.

Le Meilleur des Nanomondes

Les nanotechnologies sont partout : dans les voitures, les textiles, l’électronique, les cosmétiques, les ingrédients alimentaires… La nanodimension, qui permet de réagencer la matière tel un jeu de Lego, apparaît comme un prodigieux moyen de fabriquer des matériaux actifs, des prothèses vivantes, des usines lilliputiennes. Sur ce « nouveau continent » les investissements pleuvent pour un marché qui pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars en 2015 !

Certains y voient les solutions aux défis qui sont devant nous, aussi bien en matière d’énergie, de communication, ou de santé… Les plus fascinés parlent déjà de convergence des technologies, de « biologie synthétique », de « transhumanité ».

D’autres s’inquiètent : n’en ira-t-il pas des « nanos » comme des OGM ? Ne prépare-t-on pas de nouvelles catastrophes sanitaires ou un totalitarisme scientifique ? En ce temps de crise financière et d’urgence écologique, faut-il croire à cet « Eldorado du futur » ? C’est notre avenir qui est en question. Dorothée Benoit Browaeys nous emmène à la rencontre des acteurs de ces innovations miniatures, de leurs projets, de leurs rêves. À travers un récit en forme de docu-fiction, elle interroge les risques et les finalités de ces technologies et propose d’ouvrir le débat public.

Sommaire

1 – La descente vers l’invisible ;
2 – Nanoproduits : par qui ? pour quoi faire ? ;
3 – Retour sur le futur : nanofood et nanomédicaments ;
4 – Quelques dangers… de taille ;
5 – Est-ce bien nécessaire ? ;
6 – Électronique ambiante : protection ou intrusion ? ;
7 – Vers des organismes vivants synthétiques ;
8 – Transhumains et Neurosociété ;
9 – Convergence ou divergence des technologies ? ;
10 – Et la démocratie dans tout ça ? ;
11 – La planète “nano” à gouverner.


Ce livre, à travers l’exposition des promesses et des risques activé par les techniques d’ingénierie atomique, tente de sensibiliser la population au pouvoir d’orienter son avenir en démocratisant la gouvernance des techniques. Comme la population ne sait pas forcément de quoi il s’agit (1), Florian Olivier présente ici très rapidement à la fois de quoi il s’agit, les problèmes avec l’approche de Dorothée Benoit Browaeys et ce que l’on peut envisager.

L’ingénierie atomique

Des termes problématiques.

Le mot nanotechnologie concentre un amalgame de procédés de miniaturisations et de techniques d’assemblages atome par atome, tout comme le terme nanoscience est un mixte de savoir qui suit les principes de la physique classique et de la physique quantique.

Intérêts. Ce qui représente un intérêt ce sont les procédés de miniaturisation de plus en plus performants et l’exploitation de propriétés de la matière au niveau du nanomètre (les effets quantiques) qui n’ont pas d’équivalent à une autre échelle.

Effets quantiques. « Sous forme de graphite (la mine de crayon), le carbone est tendre et malléable; à l’échelle nanométrique, il est plus solide que l’acier et six fois plus léger. […] des substances ordinaires peuvent démontrer de nouvelles propriétés – solidité extraordinaire, changement de couleur, réactivité chimique ou conductivité électrique accrue – tout à fait absentes à une échelle plus grande. (2) »

Technique générique. Ces recherches et déjà ses productions, même si elles semblent avoir principalement lieu à l’échelle de l’atome, servent à mettre au point ou améliorer les objets les plus communs. On les retrouve dans les produits cosmétiques (crème), des verres autonettoyants, des pneumatiques, des raquettes de tennis, des cadres de vélos. C’est une technique générique, ou déterritorialisée. Elle n’agit pas sur un domaine en particulier ou une technique spécifique mais « potentialise toutes les autres (enabling technologies […]) (3) » en augmentant et changeant leur puissance et leur pouvoir, en leur donnant « un potentiel nouveau (4) ».

Pire que l’amiante. Dorothée Benoit Browaeys laisse entendre que le risque de la dispersion des nanoparticules est du même type que celui de l’amiante, même si sa fiction semble indiquer que ça pourrait être pire… Et pour cause, c’est potentiellement pire puisque l’amiante était réservé à quelques catégories de métiers alors que les techniques de manipulations atomiques sont des techniques génériques qui viennent modifier l’ensemble des techniques déjà existantes et pas un domaine en particulier. En l’état des recherches écotoxicologique, personne ne sait vraiment ce que les « industriels font avec les nanomatériaux (5)»

Possible

Ambitions et techniques. De ces techniques on attend tout. Éliminer les soucis et les insatisfactions, maintenir l’enthousiasme, guérir toutes les maladies, rendre la vue aux aveugles, l’audition aux sourds (6), faire marcher les tétraplégiques, ingénierie de la peau pour les brûlés, régler les problèmes de faim dans le monde, être plus intelligent, plus beau, plus fort, ne pas mourir, ni vieillir, ne plus travailler. Les motivations qui se trouvent au coeur des ambitions humaines sont anciennes (7). La nouveauté ce sont les moyens, les nouvelles techniques et les puissances qui sont enrôlés et envisager à cette fin.

L’ambivalence des techniques. Toutes les techniques sont bivalentes, elles permettent du bon et du mauvais (elles ne sont pas neutres, permettant du bon ou du mauvais). Chaque technique ouvre un monde. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais l’un et l’autre. Un couteau peu couper du papier et blesser en profondeur. « Innover le navire c’était déjà innover le naufrage, inventer la machine à vapeur, la locomotive, c’était encore inventer le déraillement, la catastrophe ferroviaire. De même de l’aviation naissante, les aéroplanes innovant l’écrasement au sol, la catastrophe aérienne. Sans parler d’automobile et du carambolage à grande vitesse, de l’électricité et de l’électrocution, ni surtout, de ces risques technologiques majeurs, résultant du développement des industries chimiques ou du nucléaire… chaque période de l’évolution technique apportant, avec son lot d’instruments, de machines, l’apparition d’accidents spécifiques, révélateurs « en négatif », de l’essor de la pensée scientifique. (8) »

La politique

Notre système technique. On pourrait croire qu’il suffit alors de choisir les bonnes techniques et de laisser les mauvaises, mais cela n’est pas aussi simple. Nous « bénéficions » non pas d’une technique, mais d’un véritable système technique. Notre système technique est largement issu de la science industrielle et concurrentielle et dépend encore beaucoup de l’extraction de pétrole et de minerai divers. Nous ne choisissons jamais une technique isolée mais plusieurs en même temps ; nous ne choisissons pas librement les techniques, parce qu’il y a un système qui fait pression. Notre système technique favorise ou défavorise certains mondes. Sa gouvernance est pour l’instant dans les mains des industriels et des politiques. Aujourd’hui, ils tentent d’organiser une partie de ce système autour de diverses convergences.

Pas une convergence, mais des convergences atomiques.

La convergence des langages scientifiques dans un réductionnisme ou tout est compris comme machine informationnelle (ou algorithme, pour faire simple : calcul) que ce soit les lois de la physique (9), l’esprit (10) ou la vie (11) ainsi que l’avènement des techniques générique de l’ingénierie atomique constitue la pierre philosophale à l’émergence de différentes convergences de techniques. Ces convergences possibles prennent des appellations différentes selon les intérêts en jeu (NBIC, petit BANG, ou encore NGR) (12). Elle est en partie concrétisée dans des disciplines comme l’informatique ou la biologie (dont il existe déjà une convergence en tant que bio-informatique), mais surtout elle est organisée par la structure même de certains laboratoires comme Minatech à Grenoble. Dans le cadre de ce projet, les bits, les atomes, les neurones et les gènes, ne sont pas de simple constituant du réel, mais les briques élémentaires, fonctionnelles et constitutionnelles du réel.

Les techniques de l’informationpermettent le contrôle desBits
La manipulation monoatomiquepermet de contrôler et de manipuler lesAtomes
Les neurosciences cognitivespermettent de manipuler lesNeurones
Les techniques biologiquespermettent de contrôler, manipuler et réorganiser lesGènes

La convergence des techniques, c’est aussi la convergence des catastrophes. Que tout un système tient sur l’informatique et le pétrole, qu’arrive-t-il quand ceux-ci ont des problèmes ? Contrôler, Surveiller, pour aboutir aux chimères vivantes anthropotechnique (13) et à la société de contrôle qui va avec.

Le transhumanisme

Le projet le plus visible de cette perspective est celui dit du transhumanisme : L’objectif du transhumanisme sera d’accomplir la transition entre l’humanité et la post-humanité. Sur cette posthumanité les projets sont multiples en ce qui concerne les moyens : parfois divergents, parfois convergents. Y composent robots, androïdes, cyborgs, humains génétiquement modifiés et/ou aux capacités différentes de la moyenne (comme voir dans la nuit) ou suivant l’accomplissement d’un projet politique particulier.

Certains veulent que cette transition trouve son terme et son aboutissement dans la mise en place d’une Singularité (un événement historique sans équivalent) grâce à la combinaison de l’ensemble des connaissances et techniques actuelles dans des domaines différents. Ils invoquent alors une convergence de techniques. Cette convergence qu’elles que soit ses développements, prendrait pour base les techniques d’assemblage générique les plus récentes de la science industrielle et concurrentielle centrée sur une ressource rare et viendrait ainsi modifier les autres. Actuellement c’est avec l’ingénierie atomique, génétique, informatique, neurologique et géologique qu’ils pensent pouvoir contrôler la matière, la vie, l’intelligence, les sensations et le climat. Quelques-uns espèrent qu’il en soit ainsi jusqu’à l’arrivée du Successeur, être terminal issu de la Singularité, résultat de l’autoproduction successives et indéterminées d’organisations électro-matérielle automatisés (14) suivant une politique singulière. Tous, cependant s’accordent, comme d’une évidence sur les ambitions : cette population à venir (posthumains, singulariens, ou extropiens) sera immortelle, ne sera jamais malade, affamée, assoiffée, démembrée, sera libre de sa morphologie (autoplastie) et vivra dans un paradis issu de la mécanique (ingénierie du paradis [paradise engineering]) ou est aboli toute souffrance (société abolitionniste [abolitionism] (15)).

Le transhumanisme à ses partisans les plus nombreux aux États-Unis d’Amérique (16), au Québec (17) et en France (18). Ils exposent leurs revendications (19) à travers des livres, des sites internet, articles, voire passe à la pratique. Si leurs militants restent marginaux, ils ne sont pas des marginaux (une grande partie travaille dans les laboratoires) ; les idées radicales n’étant pas bien vue, certains doivent avancer à pas feutré. Enfin, parce qu’ils « ne font que radicaliser, […] des idées et des espoirs présents (20) », de nombreuses personnes sont susceptibles d’être favorable au transhumanisme sans le savoir.

Nietzsche. La culture populaire a retenu de Nietzsche qu’il proclamait la venue du surhumain. Pour Dorothée Benoit Browaeys (21) son argumentation serait favorable aux modifications techniques de l’humain. Mais si Nietzsche proclamait la venue du surhumain c’était en opposition à celle de l’homme supérieur. L’homme supérieur est le réactif, celui qui n’acceptent pas ses limites et cherche toujours à les dépasser grâce à la science et à la technique (22). Le surhomme quant à lui s’affirme, connaît et accepte ses limites. Pour Nietzsche l’humain est une corde tendue entre le Surhumain et la bête. Le Nietzschéen est l’équilibriste qui sait parcourir cette corde (23).

Que faire ?

Co-gestion du désastre et soumission durable.

Dorothée Benoit Browaeys reste malheureusement dans l’appel vicié à une vigilance durable (Ch.10, p. 212), a une planète « nano » à gouverner (Ch.11), à une ingénierie atomique responsable (Ch.11, p.222), comme l’on nous a déjà fait le coup du développement durable et des techniques vertes ou propre. Pas question de remettre en question cette ingénierie en elle-même ! Or c’est une aberration. Ce n’est pas simplement de l’information, du débat et de la parole qu’il faut (24), c’est de l’indignation, de la colère ! Ces produits sont déjà en vente et nous sommes déjà exposés.

Pire que les cobayes.

Nous sommes dans une situation qui est pire que celle des cobayes (25), qui eux sont exposés dans des conditions contrôlées et confinées du laboratoire, alors que nous le sommes tout autrement. C’est inacceptable, ces productions doivent être arrêtées. Pour cela un large panel d’action est possible : moratoires publics, manifestations, révoltes, critiques internes des scientifiques ou démissions, et même bris de lieux de production et de distribution.

Collaboration ou Démission ?

Les chercheurs dans le domaine sont dans une position ambiguë, pour obtenir des budgets dans le cadre du capitalisme se voient contraint d’inventer des applications, de faire de la science-fiction. Sans quoi on leur demande de céder la place. Mais ne faut-il pas plutôt démissionner quand on nous demande de travailler à la multiplication des techniques de contrôles, à la continuité du pillage des sols, et donc à la déforestation permettant l’extraction des minerais, et à tout ce qu’il en découle : érosion des diversités biologique et culturelles, condamnant des groupes humains à abandonner leur lieu de vie (26). Il faut du courage, et certains l’ont fait, c’est un choix difficile, mais participer ou collaborer à l’exposition de la population à des objets dont on ignore les conséquences écologiques et sanitaires, ainsi a terme qu’a la dépossession des savoirs faire et de la diversité en général n’est-il pas déjà un choix difficile à assumer? Démission et Rébellion contre cette recherche, et non pas soumission à l’exigence de vigilance et de contrôle demandée par les producteurs à travers la théorie lamentable de la « co-gestion des risques », qui revient à demander conseil et protection aux introducteurs et producteurs de ces nuisances. Demandez donc à un pyromane d’éteindre un feu, vous verrez.

Etienne Klein.

Apparaît comme analyste de notre impuissance (fin du Ch.5, p.108), alors qu’il est un intellectuel au service de l’organisation de l’adhésion aux techniques d’ingénierie atomique, comme nous le montrons dans le texte « La science, entre menaces et promesses (27) ».

Il n’y a pas de co-existence possible avec l’ingénierie atomique.

A chaque opposition a certaines techniques, les accusations ne manque pas. Nous serions atteints de technophobies… pourtant nous avons bien tapé ce document et pas écris à la main, et nous l’avons photocopié. La phobie aurait dû nous en empêcher. Le problème de notre situation est la confusion d’une grande part de la population à qui l’on expose chaque nouvelle technique issue de la science industrielle et concurrentielle comme un progrès. C’est oublié qu’il n’y a pas qu’une seule science, mais une diversité de sciences, qu’il y a aussi différente manière de la pratiquer. Que le brevet et la concurrence sont un choix politique, tout comme le choix de faire des techniques avec des ressources non renouvelables et peu disponibles.

Il y a différente manière de répondre à un même problème, et toute n’entraîne pas les mêmes dangers potentiels. La perspective d’un moratoire évoque dans les esprits de certains immédiatement la volonté d’en finir avec la science, alors qu’il s’agit bien au contraire d’en faire plus. Plus d’enquêtes, plus longtemps. La science est organisée politiquement : son budget est chiffré. Des moratoires invisibles sont mis en place par le gouvernement qui finance certaines techniques et recherches plutôt que d’autres.

En finir avec les savoirs dépossédant, vive les savoirs liants.

Inutile de croire que l’expertise, ou le gouvernement va nous sauver. Nous savons bien tous, ou sont ses priorités, et l’allocation du budget monstrueux pour l’ingénierie atomique sur notre dos alors que le monde meurt de notre mode de vie, n’a rien d’étonnant. Il y a bien des risques écologiques et sanitaires qui nécessitent quelques experts, mais ces problèmes-là, ne sont pas les plus importants. Nous sommes l’avenir, ils sont le désastre. Toute personne hostile à ces nuisances et désireuse de les combattre peut faire quelque chose, pour modeste que soit son action.

Si ce n’est pas vous, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ?

Notes :

1 Et ne peut donc pas en être demandeur contrairement à ce que disent les industriels pour justifier leur production.
2 Etc Group. Un infiniment petit guide d’introduction aux technologies à l’échelle nanométrique… et à la théorie du petit bang. Page 2. Juin 2005.
3 Bernadette Bensaude-Vincent, Se libérer de la matière ? Édition INRA, collection sciences en questions, 2004. Page 69 et 70.
4 Avis. Enjeux éthique des nanosciences et nanotechnologies. CNRS, Comets. Octobre 2006.
5 Vincent Castranova, coordinateur du programme de nanotoxicologie à l’Institut national de la sécurité et de la santé au travail (NIOSH) propos recueillis par Karen Schmidt, Alors toxiques ou pas toxiques ? Paru initialement dans New Scientist. Dans Courrier International n° 921 du 26 Juin au 2 Juillet 2008. Dossier Des nanos dans nos vies. p. 52.
6 Phillip J. Bond, sous-secrétaires étasuniens au commerce pour les techniques, indique que les techniques d’ingénierie atomique « rendront la vue aux aveugles, redonneront aux boiteux la faculté de marcher et aux sourds d’entendre ; elles permettront de guérir les personnes atteintes du sida, du cancer, du diabète et d’autres maladies, de vaincre la faim et même de suppléer nos capacités intellectuelles. » Relevé dans Yan De Kerorguen, Les nanotechnologies, Espoir, menace ou mirage ?, Ed. Lignes de repères, 2006. Introduction, p 10.
7 On trouve une liste du même genre en 1627 chez Francis Bacon dans La nouvelle Atlantide. Page 133 et 134 de l’éd. GF, 2000. « Merveilles naturelles, surtout celles qui sont destinées à l’usage humain. Prolonger la vie. Rendre, à quelque degré la jeunesse. Retarder le vieillissement. Guérir des maladies réputées incurables.  Amoindrir la douleur.  Des purges plus aisées et moins répugnantes.  Augmenter la force et l’activité.  Augmenter la capacité à supporter la douleur Transformer le tempérament, l’embonpoint et la maigreur. Transformer la stature. Transformer les traits.  Augmenter et élever le cérébral. Métamorphose d’un corps dans un autre. Fabriquer de nouvelles espèces. Transplanter une espèce dans une autre. Instruments de destruction, comme ceux de la guerre et le poison. Rendre les esprits joyeux, et les mettre dans une bonne disposition. Puissance de l’imagination sur le corps, ou sur le corps d’un autre. Accélérer le temps en ce qui concerne les maturations.  Accélérer le temps en ce qui concerne les clarifications. Accélérer la putréfaction. Accélérer la décoction. Accélérer la germination. Fabriquer pour la terre des composts riches.  Forces de l’atmosphère et naissance des tempêtes. Transformation radicale, comme ce qui se passe dans la solidification, le ramollissement, etc. Transformer des substances acides et aqueuses en substance grasses et onctueuses.  Produire des aliments nouveaux à partir de substances qui ne sont pas actuellement utilisées. Fabriquer de nouveaux fils pour l’habillement ; et de nouveaux matériaux, à l’instar du papier, du verre, etc. Prédictions naturelles. Illusions des sens. De plus grands plaisirs pour les sons. Minéraux artificiels et ciments. »
8 Paul Virilio. Un paysage d’évènement. Galilée, 1996.
9 D’après Marvin Minsky, pionnier de l’intelligence artificielle (IA) et professeur d’Eric Drexler.
10 L’esprit est assimilé à un algorithme dans le modèle de Mc Culloch et Pitts reprenant la machine de Turing. En 1943.
11 La vie est assimilée à un algorithme avec la naissance de la biologie moléculaire par Max Delbrûck et le groupe du phage en 1949.
12 Convergence NBIC (Nano Bio Info Cogno) si l’on veut insister sur l’idée de convergence ou petit BANG, si l’on veut insister sur ce qui est manipulé : les Bits, les Atomes, les Neurones et les Gènes. NGR pour insister sur l’aspect cyborg avec N pour Nanotechnique, G pour Génétique, R pour Robotique.
13 Comme le titre le rapport de Juin 2002 de la NSF : « Converging technologies for improving human performance » [Technologies convergentes pour augmenter les performances humaines]. Ou avec la perspective NGR comme l’indique Ray Kurzweil, Humanité 2.0, éd. M21, 2007 [2005]. Chapitre 5.
14 Ses partisans les appellent Intelligences artificielles.
15 The Hedonistic Imperative de David Pearce.
L’abolitionnisme ou l’impératif hédoniste
Le projet abolitionniste
16 Notamment en philosophie Nick Bostrom, pour l’ingénierie atomique K. Eric Drexler, pour la génétique Lee Silver ou William Haseltine, pour l’informatique Marvin Minsky, Ray Kurzweil ou Hans Moravec.
17 En particulier, son propagandiste Justice De Thézier qui en 2003, fonde l’Association transhumaniste du Québec (ATQ), et en 2006 devient membre du conseil d’administration de l’Association transhumaniste mondiale.
18 Leur site : http://transhumanistes.com/ (association française technoprogressiste)
Par exemple : Jacques Attali,”Transhumains”, c’est le nom que je donne à l’élite de demain. […] Les “transhumains” formeront une nouvelle classe créative, porteurs d’innovations sociales et artistiques et non plus seulement marchandes. La microfinance sera un des acteurs majeurs de cet avenir.” Extrait d’une entrevue avec Jacques Attali (25/01/2007), présentant son livre Une brève histoire de l’avenir (2006). http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/1268/
19 Voir notamment leurs manifestes : Upwingers Manifesto (1978), Principes Transhumanistes d’extropie (Transhumanist Principles of Extropy – 1990), Déclarations transhumaniste (Transhumanist Declaration – 1999 et 2002). Historique et généalogie critique et détaillée dans Ion Vezeanu, Impossibilia Moralia. 2007. 8.2. Le manifeste transhumaniste. p. 110 à 112.
20 « La World Transhumanist Association (WTA), principale organisation transhumaniste, ne revendique que trois mille membres répartis sur quatre continents. Leurs colloques et congrès ne réunissent qu’une poignée d’entre eux, souvent moins de deux cents. » (§. Introduction). Antoine Robitaille. Le nouvel homme nouveau. 2007. Boréal. De par son approche journalistique de terrain, ce livre est intéressant car il indique quelques informations sur la réalité du mouvement et ses divergences politiques (qui pour nous n’en sont pas vraiment), par ailleurs il n’est pas dénué de sens critique.
21 « Bien sûr, on pense également à deux philosophes de la fin du XIXe siècle, qui ont appelé de leurs vœux l’avènement d’un Surhomme : Friedrich Nietzsche et Nikolaï Fedorov, défenseur des solutions scientifiques pour supprimer la mort. » Ch.8, p. 157.
22 Il est clair que Ray Kurzweil et Terry Grossman sont dans le réactif, quand ils écrivent dans Fantastic Voyage : Live Long Enough to Live Forever [titre Fr : Serons-nous immortels ?] : « je vois la maladie et la mort à tout âge comme une calamité, comme des problèmes qui doivent être dépassés ».
23 Jean-Michel Besnier, est un des rares auteurs a avoir su faire la différence dans la conclusion de son livre : Jean-Michel Besnier. Demain les posthumains. Éd. Hachette, 2009. Nous partageons son analyse.
24 La défense de l’exposition du public à ces techniques via ce frauduleux concept de co-gestion des risques est couramment prise par François Ewald et Olivier Godard.
25 Déjà peu enviable, on se réfèrera pour ses questions au livre de : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Éthique animale. 2008. Dorothée Benoit Browaeys n’évoque qu’à travers la citation d’un groupe critique le rapprochement à peine effectué entre les cobayes et nous (Ch.2, p. 45) « il faut stopper les industries qui utilisent les humains comme des cobayes pour tester des produits instables et inconnus »
26 Une illustration malheureuse est-ce qui arrive actuellement autour de l’Amazonie et au Congo.
27 Conçu et distribué lors de la venue d’Etienne Klein en début 2009 à Montpellier pour la présentation de son dernier livre. Si ce texte n’est pas joint à celui que vous lisez, vous pouvez le trouver sur le site indiqué en fin de document.


Dorothée Benoit Browaeys est déléguée générale de VivAgora, association pour l’engagement citoyen dans la gouvernance des technologies. Journaliste scientifique, spécialisée dans les sciences du vivant, elle a notamment publié Cerveau, sexe et pouvoir (avec Catherine Vidal, Belin, 2005), Alertes santé (avec André Cicolella, Fayard, 2005), et Des inconnus dans nos assiettes : les aliments transgéniques (Raymond Castells, 1998).

Jean-Pierre Dickès : le transhumanisme ou la fin de l’espèce humaine

Jean-Pierre Dickès, écrivain et médecin, nous parle de son dernier livre “La fin de l’espèce humaine”. Un ouvrage dans lequel il évoque les récentes découvertes génétiques mais aussi les dangers qu’elles représentent pour l’avenir de l’Homme. Il y dénonce notamment le courant transhumaniste dont la volonté délibérée est d’arriver à ce qui est appelé L’Homme Augmenté par le transfert de l’esprit humain vers les robots ou inversement l’implantation de microprocesseurs dans le cerveau de l’homme transformant ce dernier en machine.

Le Dr Jean-Pierre Dickès étudie depuis des années les différentes évolutions de la science tant en bionique qu’en biologie, et en génétique. Il a déjà écrit deux ouvrages sur ces questions (L’Homme Artificiel et L’Ultime Transgression). Il est persuadé avec Stephen Hawking – le plus grand scientifique de notre époque – que “le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à la race humaine”.

Résumé

Ces quatre dernières années, les sciences ont fait des progrès absolument fulgurants en biologie, en génétique, en bionique et en robotique. Ceux-ci aboutissent à transformer profondément la nature de l’homme et le font évoluer vers une post-humanité dont les contours sont inquiétants ; ceci dans la mesure où ils seront issus de transgressions permanentes de l’ordre naturel. Les transhumanistes appellent notamment à une nouvelle humanité détruisant par là notre espèce en la transformant en machines.

Parmi le fouillis de découvertes plus invraisemblables les unes que les autres, le docteur Jean-Pierre Dickès, après des années de recherche, essaye de faire le point sur ces nouvelles technologies. Son livre d’une densité extraordinaire, est une mise en garde contre les savants fous qui, au nom du progrès, sont en train de détruire l’Humanité. Il y a là un avertissement solennel dont tout le monde devrait prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard.