Des biologistes japonais ouvrent la voie à la procréation humaine sans utilisation d’ovocytes

C’est fait. Des biologistes japonais viennent de révéler être parvenus à créer des souris à partir d’ « œufs artificiels », créés à partir de cellules de peau de souris adultes. Réalisée par une équipe dirigée par le Pr Katsuhiko Hayashi (département de biologie du développement de cellules souches de l’Université de Kyushu) cette première est publiée et détaillée  dans la revue Nature : “Mouse eggs made from skin cells in a dish” (David Cyranoski). Elle est aussi commentée, le plus souvent avec enthousiasme, par des chercheurs britanniques, notamment sur les sites de la BBC : « Healthy mice from lab-grown eggs » et du Telegraph : “Scientists create live animals from artificial eggs in ‘remarkable’ breakthrough”.

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Faire des bébés sans ovules serait possible, disent les scientifiques

Selon de récentes expérimentations, des scientifiques affirment qu’il serait un jour possible, de faire des bébés sans ovules.

Ils ont réussi à créer un bébé souris en bonne santé en faisant croire à des spermatozoïdes qu’ils fécondaient des ovules normaux.

Selon les conclusions publiées dans Nature Communications, il se pourrait que, dans un futur lointain, les femmes se libèrent de la maternité, déclarent les chercheurs.

Pour le moment, les travaux aident à la compréhension des détails de la fécondation.

La fin de papa et maman ?

Les scientifiques de l’Université de Bath ont débuté leurs expérimentations avec un œuf non fécondé. Ils ont utilisé des produits chimiques pour le faire passer pour un pseudo-embryon. Ces « faux » embryons ont tellement en commun avec des cellules ordinaires, telles que les cellules de la peau (cellules somatiques), qu’ils se divisent et contrôlent eux-mêmes leur ADN.

Les chercheurs ont raisonné en se disant que, si en injectant des spermatozoïdes dans ces pseudo-embryons ils pouvaient produire des bébés en bonne santé, alors il pourrait être un jour possible d’obtenir un résultat similaire avec des humains en utilisant des cellules qui ne seraient pas des ovules.

Dans le cas des expérimentations sur les souris, les chances d’obtenir une gestation réussie sont de une sur quatre.

Le Dr Tony Perry, l’un des chercheurs, a expliqué sur le site web de BBC News : « C’est la première fois que l’on parvient à montrer qu’autre chose qu’un ovule peut se combiner avec un spermatozoïde et donner naissance à une descendance. Cela remet en question tout ce qu’on a pensé pendant les presque 200 dernières années. »

Ces bébés souris étaient en bonne santé, ont eu une durée vie normale et ont donné naissance à des souriceaux également en bonne santé.

Fécondation

Le but des chercheurs est de comprendre les mécanismes précis de la fécondation puisque ce qui se passe lorsqu’un spermatozoïde fusionne avec un ovule reste toujours un mystère.

Par exemple, l’ovule déshabille totalement l’ADN du spermatozoïde de ses « habits » chimiques pour le rhabiller ensuite.

Cela stoppe le sperme dans son activité de spermatozoïde et le fait agir comme un embryon. Mais par quels processus ce « changement de costume» s’opère est encore flou.

Pouvoir se passer de la nécessité d’un ovule pourrait avoir de bien plus grands impacts sur la société.

Selon le Dr Perry : « Il se peut que, dans un futur lointain, il soit possible que des cellules ordinaires du corps puissent se combiner avec des spermatozoïdes et forment ainsi un embryon ».

En d’autres termes, deux hommes pourraient avoir un enfant. Un père fournirait une cellule ordinaire et l’autre père le spermatozoïde.

Ou encore, un homme pourrait avoir un enfant en utilisant l’une de ses propres cellules et son sperme – dans ce cas, l’enfant serait d’avantage un jumeau différent qu’un clone.

Le Dr Perry a fait remarquer que de tels scénarios étaient encore du domaine de la « spéculation et du fantasme » à ce stade.

Plus tôt cette année, en Chine, des scientifiques ont réussi à fabriquer des spermatozoïdes à partir de cellules souches, puis à féconder un ovule et produire des souris saines.

Chine : production de sperme artificiel ; Kallistem obtient des spermatozoïdes humains complets in vitro ; Des souris stériles donnent naissance ; La révolution des cellules souches

Le Dr Perry suggère que la combinaison de ces deux domaines de recherche pourraient permettre au final de se passer à la fois d’ovules et de spermatozoïdes.

Le Professeur Robin Lovell-Badge, de l’Institut Francis Crick, a commenté : « Je ne suis pas surpris que les auteurs de ces travaux soient excités par ces découvertes ».

« Je pense que c’est un document extrêmement intéressant, ainsi que le tour de force technique qu’il présente. Je suis convaincu que ces travaux nous apporteront beaucoup concernant la reprogrammation aux tout premiers stades de développement qui sont essentiels, à la fois lors de la fécondation, mais également dans le cadre du transfert du noyau d’une simple cellule (clonage). »

« Et peut-être, plus largement, dans le cas de reprogrammation de la destinée de cellules dans d’autres situations ».

« Cela ne nous dit pas encore comment, mais l’article nous donne quelques bons tuyaux ».

Selon Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine, “les voix scientifiques ne veulent voir là que des apports fondamentaux ou l’espoir de sauver des espèces animales en voies de disparition. La vérité est, aussi, ailleurs ; elle est dans le vertige de la modification des conditions de fécondation et de procréation de notre propre espèce. Et plus encore dans les modifications des ses caractéristiques génétiques et transmissibles. Les noces radieuses, en somme, des libertariens et du transhumanisme”.

[note admin : Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.

traduction Virginie Bouetel

Par James Gallagher, Health and science reporter, BBC News website, 13 sept. 2016

Le futur de la procréation

Les Notes de l’Institut Diderot, 2 juillet 2011, par Pascal Nouvel

Après une thèse de biologie réalisée à l’Institut Pasteur dans le laboratoire de François Jacob, Pascal Nouvel entreprend une thèse de philosophie consacrée au rôle de l’imagination dans la création scientifique. Professeur de philosophie à l’université Paul Valéry de Montpellier, il est l’auteur de sept ouvrages dont Enquête sur le concept de modèle (PUF) et l’Histoire des amphétamines (PUF).

Avant-propos : Trop souvent les questions philosophiques réactivées par les progrès des sciences du vivant – le domaine de ce qu’on appelle la « bioéthique » – ne font l’objet d’une prise de conscience que dans l’après-coup d’une réalisation technique imprévue. Le clonage de la brebis Dolly en 1996 en est un exemple mémorable par l’ampleur des réactions incrédules, hostiles ou enthousiastes qu’il a suscitées.

Pascal Nouvel, biologiste de formation et professeur de philosophie à l’Université Paul Valéry de Montpellier, nous incite à prendre les devants pour ne pas céder à la panique le moment venu sur l’un des fronts les plus actifs de la recherche actuelle, celui de la procréation.

Comment nous préparer à l’apparition très probable de nouvelles techniques de procréation par fécondation in vitro reposant sur la production de cellules sexuelles (gamètes) artificielles ? Imaginez, par exemple, qu’un simple prélèvement de peau suffirait !

Ces techniques « non classiques » de procréation vont bousculer l’idée que nous nous faisons de notre filiation. Faire naître des enfants à partir de gamètes provenant de deux individus de même sexe (féminin ou masculin) enfreindrait « la règle universelle de la procréation humaine jusqu’à ce jour ».

La logique de Pascal Nouvel nous invite à penser aux extrêmes et à faire une expérience de pensée indispensable à la maîtrise intellectuelle, demain, d’un processus qui apparaît aujourd’hui d’ores et déjà engagé.

Pr. Dominique Lecourt
Directeur général de l’Institut Diderot

Télécharger le PDF : Pascal Nouvel : Le futur de la procréation

 

Le transhumanisme nous entraîne dans un scénario totalitaire

A l’occasion de la parution de son dernier livre, Le temps de l’Homme, Tugdual Derville a accordé un grand entretien à FigaroVox. Il y plaide pour une révolution de l’écologie humaine afin d’éviter l’avènement d'”une société atomisée, d’individus errants, sans racines”.

Par Eléonore de Vulpillière, le 04/06/2016

Extrait :

LE FIGARO. – Le Conseil d’État a autorisé, mardi 30 mai, le transfert, en Espagne, du sperme du mari défunt d’une femme en vue d’une insémination post-mortem, et ce au nom du respect de leur projet de conception d’un enfant. Que vous inspire cette décision ?

Tugdual DERVILLE. – C’est le type même de rupture anthropologique qui confirme l’alerte que lance Le temps de l’Homme. Dès qu’on s’affranchit des trois limites inhérentes à l’humanité – le corps sexué, le temps compté et la mort inéluctable, on aboutit à une folie. Ici, on exige de concevoir un enfant déjà orphelin de père. Voilà comment notre société bascule vers la toute-puissance : en démolissant les murs porteurs de notre humanité, toujours au dépend des plus fragiles. L’alibi utilisé est celui de la souffrance d’une femme qui a perdu son mari. Mais, ainsi que j’ai pu le constater par moi-même en accompagnant de nombreuses personnes endeuillées, seul le consentement au réel permet la vraie consolation. Engendrer des enfants à partir des morts fait entrer l’humanité dans une ère de confusion généalogique. La “tyrannie du possible” génère une société atomisée, d’individus errants, sans racines.

En quoi l’écologie humaine est-elle un service vital à rendre pour l’humanité ?

L’écologie humaine vise à protéger “tout l’homme et tous les hommes”: c’est-à-dire l’homme dans toutes ses dimensions et les hommes dans leur diversité, des plus forts aux plus fragiles. C’est un humanisme intégral. Son domaine d’application s’étend à toutes les activités humaines, de l’agriculture à la culture, en les reliant par un même souci : servir l’homme. Personne ne doit être traité ni comme un objet, ni comme une variable d’ajustement. L’écologie humaine est le défi du millénaire parce que l’homme a réussi à mettre le doigt sur la vie. L’embryon transgénique n’est pas loin. La responsabilité de l’humanité n’est plus seulement de léguer aux générations futures une planète habitable ; il nous faut transmettre aux hommes de demain les repères anthropologiques et désormais «génétiques» dont nous avons tous bénéficié.

C’est une urgence anthropologique, car la nature humaine est menacée d’autodestruction. Nous risquons la généralisation du processus inconscient d’exclusion du bouc-émissaire décrit par René Girard. Il explique déjà notre eugénisme: les personnes porteuses de handicap étant considérées comme source de malheur, subissent une exclusion anténatale destinée à trouver la paix. En réalité, c’est une guerre permanente qui est déclarée aux plus fragiles. Après avoir sélectionné les hommes par l’eugénisme, les scientistes rêvent de sortir l’homme de sa condition par le transhumanisme. Ils pensent que l’homme doit à tout prix échapper à sa condition humaine, à sa part de fragilité comme aux limites qui le frustrent. C’est le nouveau fantasme prométhéen. Il faudrait aboutir à un homme tout-puissant, un homme-Dieu. Ce serait une déshumanisation de masse car la vulnérabilité est une valeur d’humanité.

Nous nous trouvons dans un scénario totalitaire, proche du Meilleur des mondes. Livrée à la technique, l’étatisation de la maternité serait liberticide. La visée transhumaniste est d’ailleurs extrêmement élitiste : ce prétendu progrès serait réservé aux sociétés opulentes. Les pauvres resteraient à quai.

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La marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie

Sang, tissus, cellules, ovules : le corps humain, mis sur le marché en pièces détachées, est devenu la source d’une nouvelle plus-value au sein de ce que l’on appelle désormais la bioéconomie. Sous l’impulsion de l’avancée des biotechnologies, la généralisation des techniques de conservation in vitro a en effet favorisé le développement d’un marché mondial des éléments du corps humain.

Ce livre passionnant éclaire les enjeux épistémologiques, politiques et éthiques de cette économie particulière. Ainsi montre-t-il que la récupération des tissus humains promulguée par l’industrie biomédicale et l’appel massif au don de tissus, d’ovules, de cellules ou d’échantillons d’ADN cachent une logique d’appropriation et de brevetage. De même fait-il apparaître que, du commerce des ovocytes à la production d’embryons surnuméraires, l’industrie de la procréation assistée repose sur une exploitation du corps féminin. Et inévitablement dans notre économie globalisée, le capital issu de la « valorisation » du corps parcellisé se nourrit des corps des plus démunis, avec la sous-traitance des essais cliniques vers les pays émergents, ou le tourisme médical. Ainsi, ce n’est plus la force de travail qui produit de la valeur, mais la vie en elle-même qui est réduite à sa pure productivité.

Un livre essentiel sur les implications méconnues de l’industrie biomédicale.

Céline Lafontaine est professeure agrégée de sociologie à l’université de Montréal, spécialiste des technosciences. Elle a notamment publié L’Empire cybernétique. Des machines à penser à la pensée machine (Seuil, 2004, prix Jeune Sociologue) et La Société postmortelle (Seuil, 2008).

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