Paul Knoepfler : Le dilemme éthique des bébés sur mesure

Le biologiste Paul Knoepfler estime que dans moins de 15 ans, les scientifiques pourront utiliser une technologie de modification génétique CRISPR, pour apporter certaines « améliorations » aux embryons humains — de la transformation de l’apparence physique à l’élimination du risque de maladie auto-immune. Dans cette conférence qui fait réfléchir, Knoepfler nous prépare pour la révolution des bébés sur mesure qui est en train d’arriver, ainsi que ses conséquences très personnelles et imprévisibles.

La fin de l’ironie. Nature, sexe, féminisme et renouveau essentialiste dans le discours transhumaniste

Résumé : Les féminismes, comme d’autres idéologies critiques, ont régulièrement fait l’expérience de leur réappropriation par des dynamiques idéologiques à la portée critique pour le moins douteuse, voire ont été mis au service de volontés de pouvoir, qui relèvent plus du contrôle que de l’empowerment.

À travers cette contribution, je m’intéresse aux modalités de réappropriation du féminisme au service d’idéologies acritiques qui en vident la dimension émancipatrice/de résistance.

Je me préoccuperai en particulier des réemplois du féminisme dans l’idéologie transhumaniste, à travers la place attribuée au naturel, au sexe et à la biologie dans les différents discours transhumanistes. Je souhaite démontrer que cette alliance féminisme-transhumanisme est une construction rhétorique qui cherche à donner une coloration émancipatrice à une idéologie de la toute-puissance.

Le discours du « dépassement du sexe biologique » ne repose en effet pas sur un décentrement du regard, mais sur une compréhension naturalisée / mécanisée de l’humain. Après une présentation des grandes lignes de l’idéologie transhumaniste comme une philosophie dont l’objectif déclaré est de penser l’humain comme technologiquement augmentable, je me concentrerai sur ce que le transhumanisme dit du sexe, du genre et du féminisme, à partir de textes issus principalement du webmagazine Humanity+ et de vidéos en ligne. Je tenterai alors de retracer comment a pu s’opérer cette torsion transhumaniste du féminisme.

Les travaux d’Haraway, et sa figure du cyborg, largement repris dans le corpus transhumaniste, nous serviront de fil conducteur pour proposer que cette réappropriation acritique fonctionne sur un brouillage entre transgression et subversion, ou plutôt sur un remplacement du subversif par le transgressif.

Dans un double discours, le transhumanisme vise un « stade de l’évolution qui n’intéresse pas l’espèce, mais des individus d’élite » (Rastier 2004), tout en annonçant un programme total pour l’humanité au nom d’un transhumanisme démocratique. Il est bien clair cependant que ces « avancées » technologiques ont un coût qui les rend impartageables à l’ensemble de l’humanité.

Si c’est plutôt une bonne nouvelle que de savoir que nous ne serons pas obligées d’être augmenté.es, c’en est une mauvaise que l’on soit repositionné.es dans une échelle où certains le seraient quand d’autres non : « Par comparaison, les humains résiduels ne sont que des sous-hommes » (Rastier 2004). Par ailleurs, la perspective d’un programme total pour l’humanité n’est guère plus réjouissante.

« Le transhumanisme a besoin du cyberféminisme car celui-ci expose de quelle manière les définitions de l’ « humain », et du transhumanisme avec, peuvent réprimer, rejeter et altériser ceux qu’elles prétendent aider. »

« Le projet transhumaniste, comme tout développement technologique, placera de nouveaux outils dans les mains des autorités pour contrôler et réguler la vie. Les théoriciens critiques et féministes ont fait un énorme travail de description de ces systèmes de contrôle et ont démontré la méthodologie pour les changer. Le modèle transhumaniste de changement politique doit sans aucun doute, se construire sur le modèle cyberféministe du changement politique. »

« nous avons besoin d’une philosophie du changement social, une philosophie qui soit basée sur le discours de la dissolution des normes culturelles, qui contredise les standards sociaux, et qui sape le pouvoir hégémonique. »

« De tous les exemples que je pourrais présenter, le plus puissant est celui des transgenres et des intersexes. Ces deux communautés dépendent fortement et sont sujets des institutions médicales, légales et de technosciences qui forment notre société d’une manière qui éclaire sous un jour unique de quelle façon le transhumanisme et le cyberféminisme sont liés. » (Munkittrick 2009)

Julie Abbou. La fin de l’ironie. Nature, sexe, féminisme et renouveau essentialiste dans le discours transhumaniste. Sandra Tomc; Sophie Bailly; Grâce Ranchon. Pratiques et langages du genre et du sexe : déconstruire l’idéologie sexiste du binarisme, EME Éditions, pp.145-180, 2016, 9782806635587. <hal-01382850>

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Des biologistes britanniques annoncent pouvoir cultiver des embryons humains au-delà de 14 jours

C’était écrit. Des biologistes britanniques réclament, au nom du droit à la connaissance, qu’on leur donne la possibilité de pouvoir cultiver des embryons humains fécondés in vitro au-delà de 14 jours. Lorsqu’elles sont autorisées, de telles recherches ne peuvent actuellement être menées au-delà de cette période. C’est là une forme de consensus international qui repose sur une forme de pragmatisme éthique et quelques données biologiques. Il tient faut aussi tenir compte de la réalité biologique : pour se développer l’embryon humain doit, après quelques jours, se nicher au sein de la muqueuse utérine. C’est ce qui avait conduit les britanniques à mettre au point le concept utilitariste de « pré-embryon », nullement reconnu en France.

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Voir Nature : Self-organization of the human embryo in the absence of maternal tissues ; Embryology policy: Revisit the 14-day rule
BBC : Embryo study shows ‘life’s first steps’

Nature : La vérité sur la recherche de tissus fœtaux

L’utilisation de tissus de fœtus avortés a suscité la controverse aux États-Unis cet été, mais de nombreux scientifiques disent que c’est essentiel pour les études sur le VIH, le développement et plus.

Chaque mois, Lishan Su reçoit un petit tube à essai d’une société en Californie. Dedans, un morceau de foie d’un fœtus humains avortés entre 14 et 19 semaines de grossesse.

Su et son personnel de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, vont broyer soigneusement le foie, centrifuger puis extraire et purifier le foie – et les cellules souches hématopoïétiques.

Ils injectent des cellules dans le foie de souris nouveau-nées, et permettent à ces souris de gagner en maturité.

Les animaux qui en résultent sont les seules souris “humanisé” avec à la fois le fonctionnement du foie humain et les cellules immunitaires, pour Su, ils sont très précieux pour son travail sur l’hépatite B et C, ce qui lui permet de sonder la manière dont les virus échappent au système immunitaire humain et provoquent les maladies chroniques du foie.

“L’utilisation de tissu fœtal n’est pas un choix facile, mais jusqu’à présent il n’y a pas de meilleurs choix», dit Su, « de nombreux chercheurs biomédicaux dépendront de la recherche de tissus fœtaux pour vraiment sauver des vies humaines », […]

A l’aide des données de l’année 2014 du National Institute of Health (NIH), 18 chercheurs ont été identifiés, dirigeant des projets de recherche utilisant des fœtus avortés. Sur les 18 contactés, seuls deux chercheurs ont accepté de répondre aux questions de Nature. Ils invoquent leur bon droit, puisque la loi leur permet d’obtenir et d’utiliser les tissus fœtaux.

En 2014, le NIH a financé 164 projets utilisant des tissus de fœtus avortés, pour un montant de 76 millions de dollars. Le NIH finance en outre la recherche sur les cellules souches embryonnaires à hauteur de 150 millions de dollars (27,9 billions de dollars sont dépensés pour la recherche dans son ensemble). Au Royaume-Uni, les cinq projets de 2015 utilisant des tissus fœtaux sont financés à hauteur de 1,9 million de dollars.

vous pouvez télécharger l’article en PDF ou lire l’intégralité de l’article sur Nature

 

Capsula mundi, l’urne funéraire qui fait pousser des arbres

Alors que la place commence à manquer cruellement dans certains cimetières et qu’on se demande comment limiter l’impact écologique des funérailles traditionnelles, voici une innovation qui devrait faire parler d’elle. Après les cercueils biodégradables, voici les oeufs funéraires qui font pousser les arbres dans les cimetières.

« Capsula Mundi » c’est le nom d’un concept de capsule funéraire qui vous « transforme » en arbre après votre décès…

 

L’information peut prêter à sourire, elle n’en est pas moins véridique. Deux designers italiens ont développé un projet de « cercueil biologique » qui rompt avec les habitudes occidentales en la matière.

Indépendamment de nos croyances, nous sommes nombreux à apprécier l’idée que chaque être vivant retourne à la nature après son passage dans cette vie, perpétuant le cercle immuable de la vie. Si la tradition judéo-chrétienne nous accoutume au cercueil de bois ou, au contraire, à la crémation, il existe peu d’originalité en la matière. Il est cependant courant de planter un arbre en la mémoire d’un être important. Et si on pouvait « devenir » cet arbre ?

Anna Citelli et Raoul Bretzel on développé un cercueil biologique et biodégradable. Celui-ci prend la forme d’un œuf géant qui servirait de graine pour une nouvelle vie : un arbre. Le corps du défunt est placé dans l’oeuf replié en position foetale. Une fois enterré, un plant d’arbre serait placé par dessus pour puiser ses ressources dans celui ou celle qui aura fait le choix de donner un nouveau sens à son dernier voyage.

Les concepteurs tiennent à ne pas en rester au stade conceptuel. Ils projettent de créer le premier cimetière d’arbres plutôt que les habituelles rangées de tombes. Objectif : que la mort des Hommes, comme celle de toutes choses, puisse créer de nouvelles vies, plutôt que d’abattre des arbres pour enterrer des cercueils. On ne viendrait plus se recueillir devant une pierre, mais devant un arbre, au cœur d’une forêt sacrée, qu’il faudrait éventuellement entretenir et aimer.

Savez-vous quel est l’impact environnemental d’une crémation ou d’un enterrement ?

Qu’en pensez-vous ? Êtes-vous séduit par cette belle idée de la mort qui aide la vie ? Seriez-vous prêt à participer à un tel projet ou bien êtes vous repoussé(e) par l’idée de la décomposition qu’il suppose ?

Notons que ce projet ne peut pas voir concrètement le jour à cause de la législation italienne et des règles liés aux funérailles dans les différents pays. Les 2 créateurs ont donc lancé une association pour faire changer ces règles désuètes datant de l’époque de Napoléon.

Source : http://www.capsulamundi.it/