Un embryon de souris a grandi dans un utérus artificiel

Les humains pourraient être les prochains

Des chercheurs ont fait grandir des souris dans un utérus artificiel pendant 11 ou 12 jours, soit environ la moitié de la période de gestation naturelle de l’animal. C’est un record pour le développement d’un mammifère en dehors de l’utérus et, selon l’équipe de recherche, les embryons humains pourraient être les prochains. Cela soulève d’énormes questions éthiques.

L’équipe a fait grandir les embryons de souris plus longtemps en ajoutant du sérum sanguin provenant de cordons ombilicaux humains, en les agitant dans des bocaux en verre et en y injectant un mélange d’oxygène sous pression. Les embryons de souris ne sont morts que lorsqu’ils sont devenus trop gros pour que l’oxygène puisse les traverser, car ils n’ont pas l’apport sanguin naturel que pourrait fournir un placenta.

Selon les chercheurs, les scientifiques voudront également développer des embryons humains de cette manière, afin de mieux étudier le développement précoce. L’équivalent humain d’une souris de 12 jours serait un embryon correspondant au premier trimestre. Mais la communauté scientifique s’accorde à dire qu’elle n’essaiera jamais d’établir une grossesse avec des embryons artificiels – un acte qui est aujourd’hui interdit dans la plupart des pays.

Weizmann Institute of Science, Engadget, Nature, New York Times, MIT Technology Review

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

Dans les années à venir, les scientifiques prévoient de cultiver des embryons humains dans un laboratoire utilisant des utérus artificiels de haute technologie.

Des médecins du Children’s Hospital of Philadelphia sont en pourparlers avec la FDA des États-Unis pour commencer à tester des utérus artificiels sur des embryons humains au cours des deux prochaines années, selon Metro. S’ils réussissent, la recherche pourrait changer radicalement notre façon de voir la grossesse, l’accouchement et peut-être même l’évolution humaine.

Si ces essais cliniques se déroulent bien, des utérus artificielles entièrement fonctionnelles pourraient être prêtes d’ici dix ans, a déclaré Carlo Bulletti, médecin à l’Université de Yale.

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Dix ans, c’est loin, en ce qui concerne la recherche médicale. Mais si les utérus artificiels sont sûrs et efficaces, ils pourraient aider à prévenir bon nombre des complications médicales pouvant survenir pendant la grossesse et l’accouchement, sans compromettre la capacité de la mère et de l’enfant à nouer des liens mutuels.

“Si le [fœtus] était dans un utérus artificiel, il deviendrait possible d’y accéder et de contrôler l’environnement sans restreindre l’autonomie de la femme», a confié à la philosophe Anna Smajdor de l’Université d’Oslo. “Donc, à certains égards, il pourrait effectivement y avoir des avantages pour le [fœtus] lui-même.”

Metro

Utérus artificiel : l’avenir de la procréation humaine ?

Utérus artificiel : Pourquoi ne pouvons-nous pas encore faire développer des fœtus en dehors du corps ?

Un avenir dans lequel n’importe qui peut avoir un bébé, quelle que soit sa croyance ou ses besoins, chaque fois qu’il le souhaite. Ceci n’est pas tiré par les cheveux compte tenu de la vitesse à laquelle les techniques de reproduction ont progressé au cours des dernières décennies. En effet, il est déjà possible d’acheter ou vendre des œufs et du sperme ; nous pouvons faire des tests génétiques sur les embryons pour nous assurer que les enfants qu’ils produisent n’ont pas de maladies héréditaires mettant leur vie en danger ; et les bébés peuvent même naître, maintenant, avec le patrimoine génétique de trois parents différents.

Il s’ensuit que nous devrions bientôt pouvoir avoir une grossesse en dehors du corps – des utérus artificiels.

Les scientifiques ont déjà compris comment imiter de nombreux processus du corps pour des techniques telles que la fécondation in vitro et même le contrôle des naissances hormonales. Mais la manière dont les corps des mères soutiennent les fœtus est incroyablement compliquée – et la science n’est pas encore arrivée à un point où nous pouvons simuler ces processus. Et aussi parce qu’il est interdit aux scientifiques d’étudier les embryons 14 jours après leur fécondation, c’est une vision de science-fiction qui ne se concrétisera probablement pas. Tout du moins, pas dans un avenir proche.

Pour le moment, il a été imaginé dans « The Stork », le deuxième épisode de Glimpse, une nouvelle série de science-fiction originale de Futurism Studios et de DUST.

Cela ne veut pas dire que les utérus artificiels ne sont pas utiles. Ils pourraient avoir une utilisation légèrement différente de celle envisagée par les œuvres de science-fiction qui les ont employées. Par exemple, ils pourraient résoudre le problème croissant des naissances prématurées.

Lorsque l’on parle de naissances «prématurées», on parle généralement de bébés nés avant 37 semaines de gestation. Mais la plus grande préoccupation concerne les bébés nés entre 22 et 24 semaines, qu’on appelle la «frontière de la viabilité» du fœtus.

Au cours des dernières années, les médecins ont trouvé des interventions qui rendent plus probable la survie des bébés nés dans cette fenêtre de temps. Mais même dans ce cas, ils sont beaucoup plus susceptibles d’avoir des problèmes neurologiques, des problèmes pulmonaires ou d’autres effets à long terme sur leur esprit et leur corps. Le taux de survie des bébés nés à 23 semaines n’est que de 30%. Une semaine de plus fait une énorme différence ; à 24 semaines, les chances de survie doublent.

C’est important car, aux États-Unis, le taux de naissances prématurées a augmenté ces dernières années. Personne ne sait très bien pourquoi, mais certains facteurs qui augmentent le risque de naissance prématurée incluent l’âge de la mère et si la mère souffre d’autres problèmes de santé pendant la grossesse.

Les utérus artificiels pourraient aider. Et pour cette utilisation, au moins, ils pourraient se situer dans une perspective pas trop éloignée.

En 2017, des chercheurs du CHOP (Children’s Hospital of Philadelphia) ont dévoilé un prototype fonctionnel d’un utérus artificiel. Au cours des expériences, le système a permis de mener à terme huit bébés agneaux extrêmement prématurés. Les chercheurs ont déplacé les fœtus dans des «environnements semblables à l’utérus» à 110 jours de gestation, soit l’équivalent de la limite humaine de la viabilité.

Gestation réussie pour un agneau dans un utérus artificiel. Les humains pourraient être les prochains

Dans leur étude publiée l’an dernier dans Nature Communications, les chercheurs ne se réfèrent jamais à leurs systèmes comme des «utérus artificiels», probablement parce que ce terme pèse trop lourd et suscite une controverse. «Notre objectif n’est pas d’étendre les limites actuelles de la viabilité, mais plutôt d’offrir un potentiel d’amélioration des résultats pour les nourrissons qui sont déjà systématiquement réanimés et soignés dans des unités de soins intensifs néonatals», écrivent les chercheurs.

Bien sûr, comme beaucoup d’autres techniques de reproduction (sinon toutes), un environnement semblable à celui de l’utérus suscite la controverse. Dans les jours qui ont suivi la publication de l’étude du CHOP, une vague de préoccupations exprimées par les médias a été soulevée, la plupart d’entre elles demandant une certaine variation des mêmes questions. Est-ce la fin de la grossesse naturelle ? Est-ce qu’une usine de fabrication semblable à Matrix sera ouverte dans votre quartier ?

Bien sûr, il y a des questions éthiques absolument légitimes à régler sur les utérus artificiels. La technologie pourrait éventuellement réduire l’âge auquel les fœtus sont considérés comme «viables», ce qui pourrait compliquer les droits à l’avortement. Et il y a aussi la question de savoir de qui décide de qui obtient l’accès à la technologie de reproduction avancée ?

Il est compréhensible que les parents d’un bébé prématuré peuvent être mal à l’aise de voir leur nouveau-né dans une sorte de sac en plastique (c’est-à-dire si la technologie CHOP évolue pour être utilisée sur des humains). Mais cela pourrait sauver la vie du bébé. Cependant, cette technologie ne progressera pas s’il n’y a pas de débats sur la question. Mais cela ne devrait pas non plus empêcher la recherche d’avancer.

C’est pourquoi il est contre-productif de s’intéresser à la question de savoir si ce type de technologie est ou non dangereux ou «non naturel». Il y a encore beaucoup de travail à faire avant que les utérus artificiels ne soient disponibles pour les humains. Il faut augmenter la portée et la qualité de la couverture des soins de santé. Et réorganiser les lois et règlements régissant la santé génésique.

Mais l’éducation – sur la façon dont ces appareils fonctionnent, sur les raisons pour lesquelles ils sont nécessaires – et le storytelling, à propos de personnes dont la vie pourrait être améliorée grâce à de tels dispositifs, peuvent contribuer à équilibrer ces conversations. Cela pourrait réduire l’alarmisme et les réactions excessives. Cela pourrait commencer à faciliter la manifestation de cette science-fiction dans une histoire réelle.

Après tout, les utérus artificiels ne sont pas si différents des autres technologies transformatrices qui ont fait leur apparition dans l’histoire. Comme avec ceux-là, les scientifiques créeront les outils – et nous ne déterminerons pas seulement comment nous les utiliserons, mais pas avant que nous décidions combien de temps il faut avant que nous cessions de les craindre et d’explorer les possibilités d’un monde qui les utilise.

Futurism

L’utérus artificiel

Des bébés qui viendraient au monde sans passer un seul instant dans le ventre de leur mère : fable futuriste ou réalité scientifique ? Parce qu’ils parviennent à sauver des prématurés de plus en plus jeunes, des chercheurs envisagent la possibilité de combler toujours plus les besoins des bébés en dehors du ventre de leur mère, jusqu’à pratiquer l’ectogenèse. Ce procédé, déjà pratiqué sur certaines espèces animales (par exemple les chèvres), consiste à faire se développer un bébé, depuis sa conception jusqu’à sa naissance, dans un utérus artificiel ressemblant à une sorte d’incubateur. Fécondation in vitro, liquide amniotique de synthèse, placenta artificiel et, neuf mois plus tard, un enfant naîtrait… Mais comment anticiper les répercussions sur son évolution ? Comment reproduire les connections entre l’enfant et sa mère ?

En tentant de mesurer les enjeux scientifiques, éthiques et psychologiques de cette (r)évolution, Marie Mandy revient sur les fondements de la maternité, ses mythes et ses phantasmes et part à la rencontre des médecins et biologistes en France, en Belgique, au Japon et aux États-Unis, qui expérimentent de nouvelles techniques de gestation extra utero. S’il s’agit d’avancées considérables en matière de procréation (sauver les prématurés, aider les femmes sans utérus…), cela soulève beaucoup de questions d’ordre bioéthique : qui seront les parents ? Qui pourrait y avoir recours ? Une histoire qui interroge la valeur de la vie et le pouvoir de la science.

 

Faire des bébés sans ovules serait possible, disent les scientifiques

Un bébé est né d’un embryon congelé pendant 24 ans

En novembre 2017, un bébé est né avec succès d’un embryon congelé pendant 24 ans – la période la plus longue qu’un embryon viable ait jamais été stocké. Le bébé Emma n’est qu’un exemple des étonnantes solutions de fertilité développées par la science en quelques années seulement.

Un “snowbaby” est un terme utilisé pour décrire un embryon qui est congelé en stockage et préservé pour une future naissance potentielle. En novembre 2017, l’embryon ayant été congelé le plus longtemps est né avec succès au Tennessee. L’embryon, créé à partir de donneurs anonymes, a été gelé le 14 octobre 1992, juste un an après la naissance de sa mère, Tina Gibson. Emma Wren Gibson est née le 25 novembre 2017.

CNN, DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.fertnstert.2010.08.056

Kallistem obtient des spermatozoïdes humains complets in vitro

Des ovaires obtenus par impression 3D ont donné naissance à une progéniture en pleine santé

Des bioprothèses d’ovaires ont permis à des souris initialement stériles de donner naissance à des souriceaux.

Si l’on en croit l’étude menée par la Northwestern University Feinberg School of Medicine et la McCormick School of Engineering, le nouveau monde des organes imprimés en 3D comprend maintenant des structures ovariennes qui, fidèles à leur conception, sont réellement capables d’ovuler.

La souris femelle à laquelle on a enlevé un ovaire en le remplaçant par une bioprothèse d’ovaire, n’a pas seulement été capable d’ovuler mais elle a également donné naissance à des souriceaux en parfaite santé. En outre, les mamans ont été capables d’allaiter leurs petits.

Les bioprothèses d’ovaires sont faites de structures imprimées en 3D abritant des œufs immatures, et ont réussi à stimuler la production d’hormones et restaurer la fertilité des souris, ce qui constituait l’objectif ultime de ces travaux.

“Ces recherches montrent que les bioprothèses d’ovaires fonctionnent durablement sur le long terme” a confié Teresa K. Woodruff, scientifique spécialiste de la reproduction et directrice du Women’s Health Research Institute à Feinberg. “Utiliser la bio-ingénierie plutôt que la transplantation à partir de cadavres, pour créer des structures organiques fonctionnelles capables de restaurer l’état de santé du tissu du receveur constitue le saint graal de la bio-ingénierie en médecine régénérative”.

La recherche a été publiée le 16 mai dans Nature Communications.

Dans quelle mesure ces recherchent diffèrent d’autres structures réalisées par impression 3D ?

Ce qui fait que ces travaux sont vraiment à part, réside dans l’architecture du squelette (ou échafaudage) et du matériel, ou « encre » que les scientifiques utilisent, a expliqué Ramille Shah, professeur assistante en matériaux scientifiques et ingénierie au McCormick et en chirurgie à Feinberg.

Ce matériau est de la gélatine, un hydrogel biologique fabriqué à partir de collagène décomposé, pouvant être utilisé en toute sécurité chez l’humain. Les scientifiques savaient que, quel que soit l’échafaudage qu’ils créeraient, il était nécessaire qu’il soit réalisé à partir de matériaux organiques suffisamment rigides pour être manipulés pendant la chirurgie, mais aussi suffisamment poreux pour interagir naturellement avec les tissus du corps de la souris.

« La plupart des hydrogels sont très fragiles du fait qu’ils sont majoritairement constitués d’eau, et vont donc s’effondrer sur eux-mêmes » explique Shah. « Mais nous avons trouvé une température pour la gélatine qui permet à cette dernière de s’autoporter, de ne pas s’effondrer, et permet la réalisation de structures multicouches. Personne d’autre n’a été capable d’imprimer de la gélatine selon une géométrie aussi précise et autoportante ».

Cette géométrie permet de vérifier directement si les follicules ovariens (des cellules organisées produisant des hormones et entourant une cellule-œuf immature) peuvent, ou pas, survivre dans l’ovaire. C’est l’une des découverte-clés de cette étude.

“C’est la première étude qui démontre que l’architecture en échafaudage fait la différence dans la survie du follicule”, affirme Shah. “Nous ne serions pas capables de faire cela si nous n’utilisions pas un programme d’impression 3D”.

Quel impact chez les êtres humains ?

L’unique objectif des scientifiques en développant ces ovaires bioprothèses était d’aider à restaurer la fertilité et la production d’hormones chez des femmes qui avaient souffert de traitements contre le cancer à l’âge adulte ou qui avaient survécu à des cancers lors de l’enfance et présentent aujourd’hui des risques élevés d’infertilité et de problèmes de développement liés à des hormones.

« Ce qui se passe avec nos patientes atteintes de cancer est que leurs ovaires ne fonctionnent pas suffisamment et qu’elles ont besoin de thérapies de substitution hormonale afin de déclencher la puberté » explique Monica Laronda, co-auteur principal de ces travaux et précédemment étudiante en post-doctorat au Laboratoire Woodruff. « Le but de cet échafaudage est de récapituler comment fonctionne un ovaire. Nous voyons large, c’est-à-dire que nous prenons en considération tous les stades de la vie d’une femme, donc de la puberté à la ménopause en passant par l’âge adulte ».

Laronda est maintenant professeur assistante au Stanley Manne Children’s Research Institute au Ann & Robert H. Lurie Children’s Hospital.

En outre, la fabrication réussie d’implants imprimés en 3D afin de remplacer des tissus mous complexes a un impact significatif sur le travail à venir relatif à la médecine régénérative des tissus mous.

Techniquement, comment fonctionne l’impression biologique 3D ?

Imprimer une structure ovarienne en 3D ressemble à un enfant jouant avec un Lincoln Logs (jeu de construction) explique Alexandra Rutz, co-auteur principal de l’étude et diplômée de bioingénierie médicale au laboratoire Tissue Engineering and Additive Manufacturing (TEAM) lab au Simpson Querrey Institute, coordonné par Shah. Les enfants peuvent entreposer les rondins à angle droit pour former des structures. En fonction de l’espacement entre les rondins, la structure change pour construire une fenêtre, une porte…

“L’impression 3D est réalisée en déposant des filaments” explique Rutz, qui est maintenant post-doctorante dans le cadre du Whitaker International Postdoctoral Scholar à l’École Des Mines De Saint-Étienne à Gardanne, France. Vous pouvez contrôler la distance entre ces filaments, ainsi que l’angle de progression entre les couches, et cela nous permet d’obtenir des pores de tailles et géométrie différentes.

Au laboratoire de Northwestern, les chercheurs appellent ces structures imprimées en 3D des « échafaudages », et les comparent aux échafaudages qui entourent temporairement un bâtiment pendant sa rénovation.

« Tout organe possède un squelette » explique Woodruff, qui est également Professeur d’obstétrique au Thomas J. Watkins Memorial et membre du Robert H. Lurie Comprehensive Cancer Center de la Northwestern University. « Nous avons appris à quoi ressemblait le squelette d’un ovaire et nous nous en sommes servis comme modèle pour réaliser la bioprothèse ovarienne qui serait implantée ».

Dans un bâtiment, les échafaudages soutiennent les matériaux nécessaires à la réparation du bâtiment jusqu’à ce qu’ils soient démontés. Ce qui reste est une structure capable de se tenir droite toute seule. De la même manière, l’échafaudage, ou squelette imprimé en 3D, est implanté dans une femelle et ses pores peuvent être utilisés pour optimiser l’insertion des follicules, ou des œufs immatures, dans l’échafaudage. Ce dernier permet la survie des cellules-œufs immatures de la souris ainsi que les cellules qui produisent les hormones accélérant la production d’œufs. La structure ouverte laisse suffisamment d’espace aux cellules-œufs pour qu’elles murissent jusqu’à l’ovulation. Cela s’applique également aux vaisseaux sanguins qui se développent à l’intérieur de l’implant permettant aux hormones de circuler dans le système sanguin de la souris et déclencher la lactation après que la souris ait donné naissance à ses petits.

La collaboration exclusivement féminine McCormick-Feinberg pour ces travaux a été « très fructueuse » confie Shah, et d’ajouter que c’était motivant de faire partie d’une équipe de femmes menant des recherches visant à trouver des solutions à des problèmes de santé de femmes.

« Ce qui rend ce travail collaboratif, ce sont les personnages, et la possibilité de trouver de la bonne humeur au sein de cette étude » confie Shah. « Teresa et moi avons ri à l’idée que nous étions les grands-mères de ces souriceaux ».

traduction Virginie Bouetel

Northwestern University

Gestation réussie pour un agneau dans un utérus artificiel. Les humains pourraient être les prochains

Les agneaux ont passé quatre semaines dans des utérus extracorporels sans le moindre problème apparent

A l’intérieur de ce qui ressemble à un sac en plastique zippé branché à des tubes flexibles contenant du sang et d’autres fluides, huit fœtus de moutons ont poursuivi leur développement, quasiment comme ils l’auraient fait à l’intérieur du ventre de leurs mères. Si l’on en croit la nouvelle étude faisant ses premiers pas vers un utérus artificiel, pendant quatre semaines, les agneaux ont vu leurs poumons et cerveaux se développer, leur peau se couvrir de laine. Ils ont ouvert les yeux, gigoté, et appris à avaler. Un jour, il se pourrait que ce dispositif permette à des enfants prématurés d’arriver à terme hors de l’utérus de leur mère, mais à ce stade, le procédé n’a été testé que sur des moutons.

Credit: The Children’s Hospital of Philadelphia

C’est excitant d’imaginer un monde où des enfants naissent dans des utérus artificiels, éliminant ainsi les problèmes de santé liés à une grossesse. Mais il est important de ne pas aller trop vite explique Alan Flake, chirurgien prénatal au Children’s Hospital de Philadelphia et auteur principal de cette étude. « L’idée de prendre un embryon dès ses premiers stades de développement pour qu’il poursuivre sa gestation dans notre dispositif sans l’intervention primordiale de la mère n’est que pure science-fiction » rassure-t’il.

Toutefois, l’intérêt de mettre au point un utérus artificiel – appelé Biobag par l’équipe – est de donner l’opportunité à des enfants prématurés de terminer leur développement dans un environnement similaire à celui d’un utérus naturel, déclare Flake.

Le Biobag n’a pas vraiment l’allure d’un utérus mais il se compose des mêmes éléments-clés : un sac en plastique transparent enveloppant le fœtus de mouton et le protégeant du monde extérieur, tel qu’un utérus le fait ; une solution électrolyte dans laquelle baigne l’agneau similaire au liquide amniotique contenu dans l’utérus ; et un moyen de faire circuler le sang du fœtus pour que celui-ci puisse éliminer le dioxyde de carbone en échange d’oxygène. Flake et ses collègues ont publié leurs résultats dans la revue Nature Communications.

Flake espère que le Biobag figurera parmi les options disponibles pour les grands prématurés qui gardent de « terribles séquelles bien connues et documentées ». Les naissances prématurées constituent la cause principale de mortalité chez les nouveau-nés. Aux USA, environ 10% des enfants naissent prématurés – avant d’avoir atteint la 37e semaine de gestation. Presque 6% d’entre eux, soit 30.000 naissances, sont considérés comme grands prématurés. Autrement dit, ils naissent avant leur 28e semaine de développement.

A lamb is pictured after four (left) and 28 days (right) in the artificial womb. (Nature Communications)

Ces bébés nécessitent des soins intensifs pour qu’ils continuent à se développer hors du ventre de leur mère. Ceux qui survivent à l’accouchement nécessitent d’être placés sous respirateur, ont besoin de traitements et d’être nourris par intraveineuse. Lorsqu’ils passent le cap des soins intensifs, nombre de ces enfants (entre 20 et 50%) souffrent d’un mauvais état de santé du fait d’un retard de croissance de leurs organes.

« Les parents doivent prendre des décisions terribles quant à l’utilisation de mesures drastiques pour maintenir leurs bébés en vie, ou préférer des soins plus doux et moins douloureux » explique la néonatalogiste Elizabeth Rogers, co-directrice du programme de suivi de Soins intensifs de néonatalogie du UCSF Benioff Children’s Hospital, mais qui n’a pas participé à l’étude. « L’une des choses que l’on n’oublie de dire dans le cas de grands prématurés est que les familles concernées déclarent que « si elles avaient su que leur enfant souffrirait de tant de séquelles, elles auraient préféré ne pas s’acharner ».

Ceci explique que depuis des décennies, les scientifiques essayent de développer un utérus artificiel qui recréerait un environnement quasiment normal dans lequel le petit prématuré pourrait terminer son développement. L’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les chercheurs réside dans le système circulatoire complexe qui relie la mère et l’enfant. Le sang de la mère circule jusqu’au bébé puis revient, permettant ainsi les échanges gazeux entre oxygène et dioxyde de carbone. Le sang a besoin de circuler avec suffisamment de pression mais si cette dernière est trop élevée, elle peut endommager le cœur du bébé.

Pour résoudre ce problème, Flake et ses collègues ont créé un système circulatoire dépourvu de pompe. Ils relient les vaisseaux sanguins du cordon ombilical du fœtus à une nouvelle sorte d’oxygénateur, et le sang circule tranquillement à travers le système. Tranquillement signifie en fait que le sang circule propulsé par les battements du cœur du fœtus, sans nécessiter l’intervention d’une pompe supplémentaire.

Le problème suivant concerne les risques d’infections, auxquels les prématurés sont exposés lorsqu’ils sont placés en incubateur dans les services de Néonatologie – unité de Soins Intensifs (NICU). C’est là que le Biobag et que le liquide amniotique artificiel interviennent. Le liquide circule depuis et vers le Biobag exactement comme il le ferait dans un utérus. Il assure l’évacuation des déchets, protège l’enfant des germes infectieux présents dans l’hôpital, et conserve les poumons remplis de liquide pendant leur développement.

Flake et ses collègues ont testé le dispositif pendant quatre semaines sur des fœtus de moutons âgés de 105 à 120 jours – ce qui équivaut à des fœtus humains de 22 à 24 semaines de gestation. Au terme des quatre semaines, ils ont mis les agneaux prématurés sous respirateurs tels qu’on procède en temps normal pour des enfants prématurés en NICU.

L’état de santé des agneaux mis sous respirateur est quasiment aussi satisfaisant que celui d’un agneau du même âge né par césarienne. Par la suite, les chercheurs ont débranchés les respirateurs. Le seul agneau qui s’était suffisamment bien développé et respirait de façon autonome a été conservé en vie. Les sept autres ont été euthanasiés afin d’étudier leurs organes. Leurs poumons et cerveaux – les organes qui sont les plus vulnérables lors de naissances prématurées – ne présentaient aucune altération et s’étaient développés comme chez un agneau qui serait né normalement après une gestation complète dans l’utérus de sa mère.

Alors il est vrai qu’un mouton n’est pas un être humain, et que ces organismes présentent des vitesses de développement cérébral différentes. Les auteurs de l’étude reconnaissent qu’il faudra réaliser encore bien d’autres recherches tant d’un point de vue scientifique que de sûreté de ce dispositif avant qu’il soit utilisé avec des bébés humains. Ils ont déjà commencé à tester le dispositif avec des agneaux de taille humaine placés dans des Biobags à un stade plus précoce de gestation. Afin d’observer si des problèmes pouvaient survenir sur le long terme, l’équipe a surveillé les quelques agneaux ayant survécu après que les respirateurs aient été débranchés. Jusqu’ici, les agneaux semblent être en bonne santé. « Je pense qu’il est réaliste d’imaginer que d’ici trois ans les premiers tests sur des humains pourront avoir lieu » déclare Flakes.

« C’est tellement passionnant et c’est également tellement innovant » se réjouit Rogers. «Être capable de poursuivre son développement dans un environnement artificiel peut réduire les nombreux problèmes qui surviennent quand on a la malchance de naître trop tôt ». Mais Rogers ajoute que rares sont les équipements possédant les ressources et les compétences en matière de soins d’avant-garde pour les mères enceintes ; un problème que le Biobag ne pourra pas résoudre. « Nous savons d’ores et déjà qu’il existe des inégalités dans la prise en charge des enfants nés avant terme. Si vous avez accès à des soins de qualité, vous avez plus de chances de bien vous en sortir que dans le cas contraire » regrette la scientifique.

Rogers s’inquiète également des effets que pourrait avoir le battage publicitaire autour du Biobag sur les parents faisant face aux problèmes d’un enfant prématuré. « Je pense que beaucoup de gens ont été confrontés à des naissances avant terme et qu’ils sont persuadés que le Biobag sera la solution miracle. Et je pense également que les naissances prématurées constituent un problème vraiment compliqué ». Selon elle, prévenir les cas de naissances prématurées devrait être une priorité et le Biobag pourrait participer à l’avancée des travaux sur le sujet.

Pour Flake, les recherches se poursuivent. « Je suis toujours aussi époustouflé à chaque fois que je regarde nos agneaux » dit-il. « Je pense que c’est juste une chose incroyable de s’asseoir et de regarder les fœtus dans ce dispositif qui fonctionne comme un véritable utérus… c’est vraiment une entreprise fascinante de pouvoir poursuivre une gestation normale hors du ventre de la maman ».

traduction Virginie Bouetel

doi:10.1038/ncomms15112, The Verge, The Atlantic, BBC, MIT Technology Review

« Réinventer le rêve américain » : Le parti transhumaniste

Publié in Marianne Celka, Matthijs Gardenier, Éric Gondard et Bertrand Vidal (éd.), Utopies, dystopies et uchronies, RUSCA, revue électronique de sciences humaines et sociales, n° 9, 2016/2, p. 16-24.

« Vote for Zoltan if you want to live forever »

Digitaliser le cerveau, télécharger la conscience dans un ordinateur, le cloud computing, naître d’un utérus artificiel, créer des bébés sur mesure, vivre indéfiniment et en bonne santé : science-fiction ? Pas pour Zoltan Istvan, candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis.

Zoltan Istvan est transhumaniste, un courant de pensée qui prône l’affranchissement des limites physiques, cognitives et émotionnelles humaines par les technosciences et une prise en main de l’évolution naturelle jugée imparfaite1. En 2014, il a fondé le parti transhumaniste américain. Depuis, il s’est lancé dans la campagne présidentielle. En décembre dernier, après trois mois de voyage à travers les États-Unis à bord du « bus de l’immortalité » (en forme de cercueil), il a déposé symboliquement une Bill of Rights au Capitol, à Washington, revendiquant entre autres, pour les humains mais aussi les intelligences artificielles « sensibles » et les cyborgs, que des recherches soient effectuées afin de favoriser l’extension de la longévité en bonne santé2.

L’objet de ce texte est d’observer un désir d’insuffler, donner du sens, à une perfectivité technoscientifique radicale, un « nulle part3 » en quête de légitimité.

Qui est Zoltan Istvan ?

Zoltan Istvan est né aux États-Unis en 1973 de parents ayant fui la Hongrie et le régime communiste4. Il étudié la philosophie et la religion à Colombia University de New York5. C’est lors d’un cours qu’il découvre la cryonie : c’est une révélation6.

À 21 ans, il embarque sur un bateau avec 500 livres et entreprend un voyage transocéanique de plusieurs années. Devenu reporter, il publie pour The New York Times Syndicate, National Geographic.com, Sunday San Francisco Chronique, etc7. Il sera ensuite recruté par National Geographic Channel. En 1999, il couvre la guerre du Cachemire opposant l’Inde et le Pakistan et réalise Pawns of paradise : inside the brutal Kachmir Conflit, un documentaire qui sera récompensé par plusieurs prix. Athlète de l’extrême, il inaugure une pratique sportive pour le moins originale : la planche sur volcan8.

En 2004, alors qu’il accompagne des « chasseurs de bombes » américains au Vietnam, directement exposé à la mort, il revient avec deux convictions : vivre le plus longtemps possible et pour cela consacrer sa vie à promouvoir le combat contre la mort9.

En 2013, il publie The transhumanist Wager (Le pari transhumaniste), un roman de science-fiction. L’action se situe aux États-Unis dans un futur proche. Alors que des changements technologiques radicaux sont en cours dans l’intelligence artificielle, l’ingénierie génétique, la cryonie, etc., les transhumanistes font l’objet d’attaques de la part de politiciens, de religieux chrétiens, des scientifiques sont assassinés. Dans ce contexte, Jethro Knights, son personnage principal, défend une philosophie radicale qu’il nomme Teleological Egocentric Functionalism, qui consiste à promouvoir l’augmentation et l’immortalité.

Pour Zoltan Istvan, il s’agit d’explorer ce que nous serions prêts à faire pour vivre indéfiniment10. En partie autobiographique : Jethro Knights est étudiant en philosophie, il a traversé les Océans, couvert le conflit du Cachemire, fait de la planche sur les volcans et oeuvre pour le magazine International Geographic. Récusant la posture radicale, violente, de son personnage, Zoltan Istvan évoque la fiction.

Le parti transhumaniste américain

En octobre 2014, il passe à l’action et fonde le parti transhumaniste américain11. Jusqu’alors les éventuels sympathisants, souvent ingénieurs, scientifiques, étaient peu versés dans la politique12. Simultanément il crée, avec l’Anglais Amon Twyman, le Party Transhumanism Global qui vise à favoriser le développement et la coopération entre les différents partis transhumanistes émergeants13.

La naissance de ce parti est une nouvelle étape dans l’histoire du transhumanisme. Si le terme est né sous la plume du biologiste Julian Huxley (frère d’Aldous) en 192714, c’est seulement dans les années 1980 qu’il prend son sens contemporain. Longtemps diffuse, cette constellation s’incarne en 1998 avec le World Transhumanist Association, une organisation créée par les philosophes David Pearce et Nick Boström qui a pour but non seulement de donner corps au transhumanisme, mais aussi du crédit à ses idées afin de générer des recherches académiques15.

L’objectif de Zoltan Istvan est d’unifier politiquement le transhumanisme, lui donner une voix16. Le parti est affilié à un think tank : Zero State/Institute for Social Futurism. L’expression Social Futurism, forgée par Amon Twyman est synonyme de techno-progressisme. Apparenté à la gauche libérale, se présentant comme une alternative aux libertariens, il a pour slogan « positif social change throught technology ». Le Social Futurism, qui associe socialisme et technologie, a pour objectif de faire converger justice sociale et transformation radicale de la société par la technologie17. Dans la nébuleuse transhumaniste, les technoprogressistes tranchent par leur volonté de favoriser des changements devant bénéficier à tous18.

En octobre 2014, Zoltan Istvan s’est ouvertement déclaré candidat à la présidence des États-Unis. À cette fin, il s’est entouré des célébrités anciennes et montantes du transhumanisme. Le « biogérontologue » anglais Aubrey de Grey et la jeune biophysicienne Maria Konovalenko, cofondatrice en Russie du Parti de la longévité, sont ses conseillers anti-âges. Natasha Vita-More, figure mythique du transhumanisme, est sa conseillère transhumanisme, Jose Luis Cordeira, membre de la Singularity University, est son conseiller technique. Gabriel Rothblatt, qui a concouru comme démocrate pour un siège au Congrès en 2014, est son conseiller politique19.

Il évalue ses supporters, regroupant ingénieurs, scientifiques, futuristes et techno-optimistes à 25 00020. Initialement constitué surtout d’hommes blancs, situés académiquement, le mouvement serait en train de se diversifier, avec de jeunes hommes et femmes, d’horizons géographiques, politiques et professionnels divers. Certains seraient LGBT, d’autres handicapées, beaucoup athées21.

L’objectif de la campagne est de toucher ces trois groupes spécifiques : les athées, les LGBT et la communauté handicapée, soit environ 30 millions de personnes aux États-Unis22.

Lucide, il considère ses chances de remporter l’élection proche de 0. Ses ambitions sont toutes autres : faire croître le parti, promouvoir des idées politiques qui unissent les nations dans une vision techno-optimiste, favoriser des désirs illimités23. Avec une population américaine à 75 % chrétienne et alors que 100 % du Congrès est religieux, il estime que son plus grand obstacle est son athéisme24.

En octobre dernier, Amon Twyman apportait une autre limite à l’ambition politique de Zoltan Istvan en réaffirmant la pluralité du transhumanisme. Selon lui, la force du parti réside dans sa diversité. Les idées de Zoltan Istvan, perçues comme libertariennes25 et potentiellement schismatiques, risquent d’affaiblir le transhumanisme. Tout en reconnaissant le bien fondé de son action, Amon Twyman considère qu’un discours centré sur la longévité fait oublier les autres aspects du transhumanisme et se heurte au techno-progressivisme26. Confrontée au réel, l’utopie s’affaiblit.

« Réinventer le rêve américain »

Trois thèmes dominent la campagne : la superintelligence artificielle, le devenir cyborg et le dépassement de la culture mortifère.

Zoltan Istvan défend l’idée que dans 30 ans le président des États-Unis pourrait être une intelligence artificielle27. Considérée comme peu influençable par un lobby, une intelligence artificielle agirait, « de manière altruiste », pour le bien de la société. Mais un dysfonctionnement, une prise de contrôle par une autorité malveillante, un devenir « égocentré » de la machine seraient les faiblesses de cette prospective28. Cette idée fait écho aux préoccupations « académiques » de deux transhumanistes : Eliezer Yudkowsky du Machine Intelligence Research Institute et Nick Boström (Université d’Oxford), directeur de l’Institut for Future of Humanity. Ces derniers sont inquiets des risques anthropiques liés, entre autres, à l’émergence possible d’une superintelligence inamicale29. Zoltan Istvan occulte ce danger en postulant que les transhumanistes n’ont pas pour ambition de laisser les machines agir à leur guise. Proche du discours techno-optimiste libertarien de Ray Kurzweil et Peter Diamandis, dans une vision plutôt adaptative qu’émancipatoire30, la fusion avec la machine, le devenir cyborg, permettra selon lui de réduire le risque31. La faiblesse de l’argumentaire éthico-politique est ici frappante.

Techno-évolutionniste, se positionnant ouvertement au-delà de l’humain, il souhaite améliorer le corps humain par la science et la technologie, faire mieux et plus rapidement que la sélection naturelle. Zoltan Istvan se dit porteur d’une « nouvelle façon de penser », un nouveau territoire pour l’espèce humaine32. Qualifiant d’anti-progrès, d’anti-innovation le moratoire sur l’ingénierie génétique, il souhaite que les recherches se poursuivent dans un cadre éthiquement borné ; l’enjeu : vivre mieux. Il défend l’idée qu’avec cette ingénierie les maladies du cœur, les cancers, les hérédités pathogènes seront éliminées. Dans une approche résolument eugéniste, il serait donné aux parents le choix de leur enfant : couleur des cheveux, taille, genre, aptitudes athlétiques et cognitives. Récusant les critiques, il les estime infondées et fruits de la religion. La crainte de créer une race non-humaine, des êtres monstrueux, est, selon lui, surestimée et habitée par un imaginaire hollywoodien. À cela, il oppose la création d’une population libérée de la maladie. Ici techno-progressiste, il évoque le risque que seuls les riches pourraient se le permettre33. Au-delà du devenir cyborg, c’est la mort qui est visée.

Un des obstacles majeurs à la croissance du transhumanisme résiderait, selon Zoltan Istvan dans la culture mortifère (deathist culture). 85 % de la population mondiale croit à la vie après la mort et au moins 4 milliards d’habitants considèrent le dépassement de celle-ci par la technologie comme un blasphème. Beaucoup de gens souscrivent à une culture qui suit les principes de La Bible : mourir et aller au paradis34. Partant du constat que 150 000 personnes meurent chaque jour, pour la plupart de vieillesse et de maladie, il suggère deux voies « prometteuses » pour réduire cette mortalité : la digitalisation du cerveau et le téléchargement de l’esprit ainsi que l’inversion du processus de vieillissement développé par Aubrey de Grey35. Les millions de dollars investis dans la recherche anti-âge et la longévité grâce notamment par Google et le projet Calico, Human LLC et Insilico, le rendent optimiste. Mieux encore, l’idée de faire une fortune autour de l’immortalité ferait son chemin36. Matérialiste, comme Aubrey de Grey, il perçoit le corps comme une voiture que l’on peut réparer37. Il ne s’agit pas de vivre éternellement mais plutôt de choisir de mourir ou non. C’est une transcendance opératoire, un ici et maintenant, qu’il propose38.

Récemment, Zoltan Istvan a fait scandale en évoquant le contrôle des naissances. Dans la perspective d’une conquête de la mort, il s’interroge : « Devra-t-on encore permettre à n’importe qui d’avoir autant d’enfants qu’il souhaite ? » Il imagine un permis, accordé suite à une série de tests, qui permettrait l’accès à la procréation et la possibilité d’élever des enfants. En seraient exclus les sans domicile fixe, les criminels et les drogués. Mobilisant, tout à tour, l’argument humanitaire – donner une meilleure vie aux enfants –, environmental, démographique, féministe – les enfants qui nuisent à la carrière professionnelle –, il conclut qu’il ne s’agit pas de restreindre la liberté mais de maximiser les ressources pour les enfants présents et à venir39. Ces propos tenus dans la revue libertarienne Wired co.uk, lui ont valu l’ire d’une presse40 qu’il qualifie de « conservatrice ». Il aurait même reçu des menaces de mort41.

Conclusion

Le transhumanisme sort de sa sphère techno-scientifique et philosophique, il s’aventure maintenant sur le terrain politique, éprouve ses forces. Sans surprise, cette irruption dans le réel attise le conflit entre les bioconservateurs et les bioprogressistes. Plus intéressant, cette campagne électorale révèle un obstacle encore largement invisible : la colonisation politique de l’utopie, qui s’incarne dans les tensions entre les libertariens et les technoprogressistes.

Si les résultats de l’élection seront sans surprise pour Zoltan Istvan, le « pari » de faire connaître le transhumanisme à une large audience est d’ores et déjà remporté, quant à l’idée d’unifier les forces potentielles en présence : nous le verrons lors de l’élection.

Cette candidature doit attirer notre attention sur les mutations technologiques radicales en cours, leurs ressorts et motivations. Plus encore, c’est une invitation cruciale à penser les implications politiques et sociales et la nécessité d’anticiper les arbitrages et risques associés.

Notes :

1 MORE M. & VITA-MORE N., The transhumanist reader, Hoboken, John Wiley & Sons, 2013 ; BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Journal of Evolution & Technology, 14, 1, 2005.
2 ISTVAN Z., « Immortality Bus delivers Transhumanist Bill of Rights to US Capitol », IBT, 21 décembre 2015.
3 RICOEUR P., L’idéologie et l’utopie, Paris, Seuil, 1997, p. 37.
4 LESNES C., « Zoltan Istvan, le candidat de la vie éternelle », Le Monde, 14 septembre 2015.
5 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Reform, 6 mars 2014.
6 NUSCHKE M., « Fireside Chat with Zoltan Istvan – Author of ‘The Transhumanist Wager’ », Retirement singularity, 4 mai 2014.
7 Site de Zoltan Istvan.
8 ISTVAN Z., « EXTREME SPORTS / Really Good Pumice, Dude! / Volcano boarding: Russian roulette on a snowboard », Sfgate, 8 décembre, 2002.
9 ISTVAN Z., « Forget Donald Trump. Meet Zoltan Istvan, the only presidential candidate promising eternal life », Vox, 8 septembre 2015.
10 Idem.
12 RAJ A., « The transhumanist who would be president », Op. Cit.
14 HUXLEY J., Religion without revelation, Santa Barbara, Greenwood Press, 1979 (1927).
15 BOSTROM, N., « A history of transhumanist Though », Op. Cit.
16 ISTVAN Z., « An interview with Zoltan Istvan, founder of the transhumanist party and 2016 U.S. presidential candidate », Litost Publishing Collective, 23 novembre 2014.
17 Institute for social futurism, Op. Cit.
18 TREDER M., « Technoprogressives and transhumanists : What’s the difference ? », IEET, 25 juin 2009.
19 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », GIZMODO, 5 juillet 2015.
20 Idem.
21 ISTVAN Z., « A new generation of transhumanists is emerging », Huffpost, 3 octobre 2014.
22 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
23 Idem.
24 Idem.
25 BENEDIKTER R et al., « Zoltan Istvan’s ‘Teleological Egocentric Functionalism’: A approach to viable politics ? », Op. Cit.
26 TWYMAN A., « Zoltan Istvan does not speak for the Transhumanist Party », Transhumanity.net, 12 octobre 2015.
27 HENDRICKON J., « Can this man and his massive robot network save America », Esquire predicts, 19 mai 2005.
28 Idem.
29 Cf. Superintelligence, Paths, Dangers, Strategies de Nick Bostrom (oup, 2014).
30 DEVELEC LE N., « De l’humanisme au post-humanisme : mutations de la perfectibilité humaine », Revue MAUSS, 21 décembre 2008.
31 ISTVAN Z., « The morality of artificial intelligence and the three laws of transhumanism », Huffpost, 2 février 2014.
32 ISTVAN Z., « The culture of transhumanism is about self-improvement », Huffpost, 4 septembre 2015.
33 ISTVAN Z., « Transhumanist party scientists frown on talk of engineering moratorium », Huffpost, 5 avril 2015.
34 ISTVAN Z., « Why I’m running for president as the transhumanist candidat », Op. Cit.
35 ISTVAN Z., « Transhumanism is booming and big business is noticing », Huffpost, 17 juillet 2015.
36 Idem.
37 GREY A. de avec RAE M., Ending Aging. The Rejuvenation Breakthrought That could Reverse Human Aging in Our Lifetime, NY, St Martin Griffin, 2007, p. 326.
38 ISTVAN Z., « Can transhumanism overcome a widespread deathist Culture ? », Huffpost, 26 mai 2015.
39 ISTVAN Z., « It’s time to consider restricting human breeding », Wired. co.uk, 14 août 2014.
40 McCLAREY D., « Hitler : “Born Before this time” », The American Catholic, 21 août 2014 ; SMITH WESLEY J., « Tranhumanism’s Eugenics Authoritarianism », Evolution. News.net, 15 août 2014.
41 ISTVAN Z., « Death, threats, freedom, Transhumanism, and the future », Huffpost, 25 août 2014.

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