Les résultats CRISPR contestés sur la modification des embryons humains

Des doutes ont été soulevés au sujet du document publié en août dans lequel des chercheurs ont déclaré avoir utilisé l’édition génétique CRISPR pour éliminer une mutation pathogène sur des embryons humains viables. Dans un article publié sur le site de prépublication bioRxiv le 28 août, des généticiens et une équipe de spécialistes des cellules souches se demandent si la mutation a effectivement été corrigée.

Le document Nature du 2 août, dirigé par le biologiste de la reproduction Shoukhrat Mitalipov de l’Oregon Health and Science University à Portland, a décrit des expériences sur des dizaines d’embryons pour corriger une mutation qui cause une maladie cardiaque appelée cardiomyopathie hypertrophique.

Mais il y a lieu de douter que cela se soit produit, en estimant que les résultats pourraient s’expliquer par des mécanismes alternatifs plutôt que par CRISPR, rapporte une équipe dirigée par Dieter Egli, un scientifique des cellules souches de l’Université Columbia à New York, et Maria Jasin, biologiste du développement au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York. George Church, un généticien à Harvard Medical School à Boston, Massachusetts, est un autre co-auteur. “La mutation n’a jamais été corrigée, les chercheurs de l’Oregon ont juste montré qu’elle était absente et cela peut être provoqué par la suppression plutôt que la correction de l’ADN”.

“La critique d’Egli et al. ne propose pas de nouveaux résultats, mais repose sur des explications alternatives de nos résultats basées sur de la pure spéculation”, a déclaré Mitalipov dans un communiqué.

Inter-homologue repair in fertilized human eggs? Dieter Egli, Michael Zuccaro, Michal Kosicki, George Church, Allan Bradley, Maria Jasin
bioRxiv 181255; doi: https://doi.org/10.1101/181255

Nature, Motherboard, New Scientist, Knoepfler Lab Stem Cell, Actualités Houssenia Writing

Les premiers embryons humains édités aux États-Unis

Les chercheurs ont démontré qu’ils peuvent améliorer efficacement l’ADN des embryons humains.

La première tentative de création d’embryons humains génétiquement modifiés aux États-Unis a été réalisée par une équipe de chercheurs à Portland, Oregon. L’essai dirigé par Shoukhrat Mitalipov, de l’Oregon Health and Science University, a consisté à changer l’ADN d’un grand nombre d’embryons à une seule cellule avec la technique d’édition de gènes CRISPR, selon les personnes connaissant les résultats scientifiques.

Jusqu’à présent, seules des scientifiques chinois avaient publié des rapports d’éditions d’embryons humains. Maintenant, Mitalipov aurait innové à la fois dans le nombre d’embryons et expériences en démontrant qu’il est possible de corriger efficacement et de façon sécuritaire des gènes défectueux qui causent des maladies héréditaires.

Premier test humain en Chine pour la technique d’édition du génome
Un premier essai de CRISPR modifiera les gènes à l’intérieur du corps humain
Les scientifiques chinois modifient encore des embryons humains
Chine : la première modification génétique d’embryons humains

Bien qu’aucun des embryons n’a été autorisé à se développer pendant plus de quelques jours – et il n’y avait jamais eu l’intention de les implanter dans un utérus – les expériences sont un jalon sur ce qui peut s’avérer être un voyage inévitable vers la naissance des premiers humains génétiquement modifiés ou génétiquement augmentés.

En modifiant le code ADN des embryons humains, l’objectif des scientifiques est de montrer qu’ils peuvent éradiquer ou corriger les gènes qui causent une maladie héréditaire, comme la maladie du sang, la bêta-thalassémie. Le processus est appelé « ingénierie de la lignée germinale » (génie génétique, ingénierie germinale) car tout enfant génétiquement modifié passerait les changements aux générations suivantes grâce à leurs propres cellules germinales : les œufs et les spermatozoïdes.

Certains critiques disent que nous entrerons dans une fabrique du « bébé parfait » ou du « bébé sur mesure » (le business du bébé à la carte représente neuf milliards d’euros par an – ArtéInfo) uniquement conçus avec des améliorations génétiques. L’année dernière, James Clapper, directeur du renseignement US (CIA) avait déclaré que la “modification du génome est une arme de destruction massive.”

« La recherche dans l’édition du génome réalisée par les pays avec différentes normes réglementaires ou éthiques différentes que celles des pays occidentaux augmentent probablement le risque de la création d’agents ou de produits biologiques potentiellement dangereux ».

Mitalipov a refusé de commenter les résultats, qui sont en attente de publication.

MIT Technology Revirw

→ maj au 05/08/2017 : Les détails de la recherche ont été publiés dans Nature. doi:10.1038/nature23305. Washington Post, Oregon Health & Science University

Première expérience d’édition d’embryon humain aux États-Unis corrige le gène pour la maladie cardiaque : Shoukhrat Mitalipov, l’un des principaux auteurs du document et chercheur à l’Oregon Health & Science University, a déclaré qu’il était conscient de la nécessité d’une plus grande discussion éthique et juridique sur la modification génétique des humains, mais que le travail de son équipe est justifié car il Implique de «corriger» les gènes plutôt que de les modifier.

A video shows the injection of gene-editing chemicals into a human egg near the moment of fertilization. The technique is designed to correct a genetic disorder from the father. Images courtesy of OHSU

Les premiers résultats de l’édition génétique appliquée à des embryons humains viables ont été publiés

L’une des avancées les plus fascinante et prometteuse en génétique est la technique d’édition du génome CRISPR. Pour faire simple, CRISPR est un mécanisme au moyen duquel les généticiens peuvent traiter une maladie en perturbant le code génétique par l’insertion d’une mutation, ou en réparant les gènes en réalisant une épissure au niveau des mutations qu’on remplace alors par une séquence génétique saine.

En Chine, des chercheurs du Third Affiliated Hospital de la Guangzhou Medical University ont réussi, pour la première fois, à éditer des mutations génétiques dans des embryons humains viables et ont publié les résultats dans la revue Molecular Genetics and Genomics. Habituellement, pour éviter les problèmes d’éthique, les chercheurs réalisent ce type de manipulation sur des embryons non viables (ne donnant pas naissance à un bébé).

Des recherches précédentes, utilisant ces embryons non viables, n’ont pas abouti à des résultats intéressants. La toute première tentative de réparer des gènes chez des embryons humains a été réalisée sur ces embryons anormaux. L’étude a fourni des résultats consternants, avec moins de 10% de cellules réparées. Une autre étude, publiée l’an passé, avait également un taux de réussite assez bas, montrant que la technique nécessitait encore de nombreuses années de travaux avant de devenir un outil médical fiable.

Ainsi, après avoir obtenus des résultats similaires en utilisant toujours les embryons anormaux, les scientifiques ont voulu voir s’ils s’en tireraient mieux avec des embryons viables. L’équipe a collecté des ovules immatures de donneuses traitées pour des FIV. Dans des conditions normales, ces cellules sont détruites puisqu’elles ont peu de chance de se développer correctement. Les ovules ont été maturés et fertilisés avec du sperme d’hommes porteurs de maladies héréditaires.

Certaines maladies ont trouvé leurs francs-tireurs

Alors que les résultats de cette série d’études n’étaient pas concluants, ils s’avéraient bien plus prometteurs que les études précédentes réalisées avec des embryons non viables. L’équipe a utilisé six embryons, trois d’entre eux présentant des mutations à l’origine du favisme (ndt. Le favisme est un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase, ou déficit en G6PD. Cette maladie engendre une destruction des globules rouges en réponse à certains stimuli) et d’autres atteints d’une mutation responsable de la maladie du sang appelée béta-thalassémie (ndt. La béta-thalassémie se traduit par une anémie plus ou moins importante associée à divers symptômes).

Les chercheurs ont réussi à corriger deux des embryons atteints de favisme. Dans les autres embryons, la mutation a juste été stoppée du fait qu’une partie seulement des cellules avaient pu être corrigées. Cela signifie que la mutation a pu être inhibée, mais pas éliminée. Ce qui a été créé s’appelle une mosaïque. Dans l’autre série, la mutation n’a pas été complètement corrigée dans l’un des embryons, et seulement quelques cellules ont pu être corrigées chez les deux autres.

Ces résultats ne sont pas parfaits, mais les experts y voient malgré tout un potentiel. « Cela paraît vraiment plus prometteur que ce qui a été publié dans d’anciens articles » confie Fredrik Lanner du Karolinska Institute. Quoi qu’il en soit, les experts sont parfaitement conscients que les résultats obtenus à partir d’un échantillon de six embryons est loin d’être totalement concluant.

L’édition de gènes par CRISPR détient réellement le potentiel de révolutionner la médecine. Rien qu’en regardant les applications en terme de traitements contre des maladies, et non pas les possibles autres utilisations obscures qu’on pourrait en tirer, c’est une réussite vraiment passionnante.

Non seulement CRISPR pourrait aider à éradiquer des maladies héréditaires, mais c’est également un outil qui pourrait aider à combattre des maladies telles que la malaria (paludisme). Le chemin sera long à la fois pour la communauté scientifique mais aussi au regard des aspects éthiques de cette technique. Mais quoi qu’il en soit, les bénéfices possibles sont bien trop importants pour abandonner maintenant.

DOI: 10.1007/s00438-017-1299-z

traduction Virginie Bouetel

New Scientist – Home, Popular Mechanics

Les Pays Bas autorisent la création d’embryons humains pour la recherche

Photo datée du 30 novembre 2000 au C.E.C.O.S (Centre d’étude et de conservation du sperme humain) de Rennes montrant sur écran de contrôle, un embryon humain (blastocyste) en éclosion, 6 jours après la micro-injection d’un spermatozoïde. / AFP PHOTO / MARCEL MOCHET

Les Pays-Bas vont autoriser le développement d’embryons humains “sous de très strictes conditions” pour des “recherches scientifiques spécifiques”, en dehors des procédures de fécondation in vitro, portant sur l’infertilité, la reproduction médicalement assistée ou encore les maladies héréditaires, a indiqué vendredi 27 mai 2016 le ministère de la Santé. La loi sera modifiée pour “offrir la perspective d’avoir un enfant ou un enfant en bonne santé” aux parents qui ont des difficultés à concevoir, a indiqué le ministère dans un communiqué.

“Pour l’instant, les recherches sont menées sous des conditions strictes sur les embryons restants d’une fécondation in-vitro (FIV), après l’accord du couple de donneurs”, a-t-il précisé, soulignant que la création d’embryons à destination exclusive de la recherche était actuellement interdite.

“Reste la stricte condition selon laquelle les embryons ne peuvent pas être développés plus de quatorze jours hors du corps”, a précisé encore le communiqué.

Le ministère prévoit également de bien accompagner et informer les “donneurs (potentiels) qui doivent donner explicitement leur accord”.

lire l’article sur Sciences et Avenir via AFP, The Guardian