L’éthique transhumaniste par Nick Bostrom

La première partie de cet essai examine les fondements axiologiques de l’éthique transhumaniste. La deuxième partie examine le génie génétique des lignées germinales humaines dans une perspective transhumaniste et soutient que cela nous aide à formuler une position éthiquement responsable qui traite des préoccupations concernant les inégalités et la marchandisation de la vie humaine… lire la suite

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Médecine prédictive, transhumanisme…

Jusqu’où peut-on allonger la vie ?

Les réponses du Dr Christophe de Jaeger, président fondateur de la Société française de médecine et de physiologie de la longévité, et auteur de Longue vie ! (éd. Télémaque). “Changer l’être humain, l’augmenter par des prothèses ou grâce à des nanotechnologies… risquerait de nous faire perdre notre humanité.”

France 3

Valeurs transhumanistes Explorer le royaume posthumain

1. Qu’est-ce que le transhumanisme ?

Le transhumanisme est un mouvement vaguement défini qui s’est développé progressivement au cours des deux dernières décennies. [1] Il favorise une approche interdisciplinaire pour comprendre et évaluer les possibilités d’améliorer la condition humaine et l’organisme humain ouvert par l’avancement de la technologie. L’attention est accordée aux technologies actuelles, telles que le génie génétique et les technologies de l’information, et aux technologies futures, telles que la nanotechnologie moléculaire et l’intelligence artificielle.

Les options d’amélioration discutées comprennent l’extension radicale de la santé humaine, l’éradication de la maladie, l’élimination des souffrances inutiles et l’augmentation des capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles humaines. D’autres thèmes transhumanistes incluent la colonisation de l’espace et la possibilité de créer des machines surintelligentes, ainsi que d’autres développements potentiels qui pourraient profondément modifier la condition humaine. La portée ne se limite pas aux gadgets et à la médecine, mais englobe aussi les conceptions économiques, sociales et institutionnelles, le développement culturel et les compétences et techniques psychologiques.

Les transhumanistes considèrent la nature humaine comme un travail en cours, un début à moitié cuit que nous pouvons apprendre à remodeler de manière souhaitable. L’humanité actuelle n’a pas besoin d’être le point final de l’évolution. Les transhumanistes espèrent que, grâce à l’utilisation responsable de la science, de la technologie et d’autres moyens rationnels, nous finirons par devenir des posthumains, des êtres dotés de capacités beaucoup plus grandes que les êtres humains actuels.

Certains transhumanistes prennent des mesures actives pour augmenter la probabilité qu’ils survivront personnellement assez longtemps pour devenir posthumains, par exemple en choisissant un mode de vie sain ou en prenant des dispositions pour se faire suspendre cryoniquement en cas de désanimation [2]. Contrairement à beaucoup d’autres conceptions éthiques qui, dans la pratique, reflètent souvent une attitude réactionnaire vis-à-vis des nouvelles technologies, la vision transhumaniste est guidée par une vision évolutive pour adopter une approche plus proactive de la politique technologique. Cette vision, à grands traits, est de créer l’opportunité de vivre des vies beaucoup plus longues et en meilleure santé, d’améliorer notre mémoire et d’autres facultés intellectuelles, d’affiner nos expériences émotionnelles et d’augmenter notre sentiment subjectif de bien-être, et généralement pour atteindre un plus grand degré de contrôle sur nos propres vies. Cette affirmation du potentiel humain est proposée comme une alternative aux injonctions coutumières contre le fait de jouer à Dieu, de jouer avec la nature, d’altérer notre essence humaine ou d’afficher une démesure punissable.

Le transhumanisme n’entraîne pas d’optimisme technologique. Alors que les capacités technologiques futures offrent un potentiel immense pour des déploiements bénéfiques, elles pourraient également être utilisées à mauvais escient pour causer d’énormes dommages, allant jusqu’à la possibilité extrême d’une extinction de la vie intelligente. D’autres résultats négatifs potentiels incluent l’élargissement des inégalités sociales ou une érosion graduelle des actifs difficiles à quantifier dont nous nous soucions profondément mais que nous négligeons dans notre lutte quotidienne pour le gain matériel, comme les relations humaines significatives et la diversité écologique. De tels risques doivent être pris très au sérieux, comme le reconnaissent pleinement les transhumanistes réfléchis [3].

Le transhumanisme a ses racines dans la pensée humaniste laïque, mais il est plus radical en ce qu’il promeut non seulement les moyens traditionnels d’améliorer la nature humaine, comme l’éducation et le raffinement culturel, mais aussi l’application directe de la médecine et de la technologie.

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2. Limites humaines

L’éventail des pensées, des sentiments, des expériences et des activités accessibles aux organismes humains ne constitue vraisemblablement qu’une infime partie de ce qui est possible. Il n’y a aucune raison de penser que le mode d’être humain soit plus libre des limitations imposées par notre nature biologique que celles des autres animaux. De la même manière que les chimpanzés manquent de moyens cognitifs pour comprendre ce que c’est que d’être humain – les ambitions que nous avons, nos philosophies, les complexités de la société humaine, ou les subtilités de nos relations les uns avec les autres, nous, les humains, n’avons donc pas la capacité de former une compréhension intuitive réaliste de ce que serait un humain radicalement amélioré (un «posthumain») et des pensées, des préoccupations, des aspirations et des relations sociales que ces humains peuvent avoir.

Notre propre mode d’être actuel ne couvre donc qu’un sous-espace infime de ce qui est possible ou permis par les contraintes physiques de l’univers (voir la figure 1). Il n’est pas exagéré de supposer qu’il y a des parties de cet espace plus vaste qui représentent des manières extrêmement précieuses de vivre, de relier, de sentir et de penser.

Credit: Nick Bostrom

Les limites du mode d’être humain sont si omniprésentes et si familières que souvent nous ne les remarquons pas, et les interroger exige de manifester une naïveté presque enfantine. Considérons quelques-unes des plus basiques.

Durée de vie. En raison des conditions précaires dans lesquelles vivaient nos ancêtres du Pléistocène, la durée de vie de l’être humain a évolué pour devenir un maigre sept ou huit décennies. C’est, à bien des égards, une période de temps plutôt courte. Même les tortues font mieux que ça.

Nous n’avons pas besoin d’utiliser des comparaisons géologiques ou cosmologiques pour mettre en évidence la maigreur de nos budgets temps alloués. Pour avoir l’impression que nous risquons de passer à côté de quelque chose d’important par notre tendance à mourir tôt, nous n’avons qu’à penser à certaines des choses utiles que nous aurions pu faire ou tenter de faire si nous avions eu plus de temps. Pour les jardiniers, les éducateurs, les érudits, les artistes, les urbanistes et ceux qui aiment simplement observer et participer à des spectacles de variétés culturelles ou politiques de la vie, gagner trois, dix ans sont souvent insuffisants pour mener à terme un projet majeur, encore moins pour entreprendre plusieurs de ces projets dans l’ordre.

Le développement du caractère humain est également écourté par le vieillissement et la mort. Imaginez ce qu’aurait pu devenir un Beethoven ou un Goethe s’ils étaient encore avec nous aujourd’hui. Peut-être qu’ils se seraient développés en vieux grincheux rigides intéressés exclusivement à converser sur les réalisations de leur jeunesse. Mais peut-être, s’ils avaient continué à jouir de la santé et de la vitalité juvénile, ils auraient continué à grandir en tant qu’hommes et artistes, pour atteindre des niveaux de maturité que nous pouvons à peine imaginer. Nous ne pouvons certainement pas exclure cela en fonction de ce que nous savons aujourd’hui. Par conséquent, il existe au moins une possibilité sérieuse d’avoir quelque chose de très précieux en dehors de la sphère humaine. Cela constitue une raison de poursuivre les moyens qui nous permettront d’y aller et de le découvrir.

Capacité intellectuelle. Nous avons tous eu des moments où nous aurions voulu être un peu plus intelligent. La machine à penser de trois livres que nous trimballons dans nos crânes peut faire des tours ingénieux, mais elle a aussi des défauts importants. Certains d’entre eux – comme oublier d’acheter du lait ou ne pas atteindre la maîtrise des langues que vous apprenez en tant qu’adulte – sont évidents et ne nécessitent aucune élaboration. Ces défauts sont des inconvénients mais ne constituent guère des obstacles fondamentaux au développement humain.

Mais il y a un sens plus profond dans les contraintes de notre appareil intellectuel qui limite nos modes de mentation (le processus ou le résultat de l’activité mentale). J’ai déjà mentionné l’analogie avec les chimpanzés: tout comme pour les grands singes, notre propre constitution cognitive peut exclure des strates entières de compréhension et d’activité mentale. Il ne s’agit pas d’une impossibilité logique ou métaphysique: nous n’avons pas besoin de supposer que les posthumains ne seraient pas calculables ou qu’ils auraient des concepts qui ne pourraient pas être exprimés par des phrases finies dans notre langue, ou quoi que ce soit de ce genre. L’impossibilité à laquelle je fais référence ressemble plus à l’impossibilité pour nous, humains actuels, de visualiser une hypersphère à 200 dimensions ou de lire, avec un parfait souvenir et une compréhension parfaite, tous les livres de la Bibliothèque du Congrès. Ces choses sont impossibles pour nous parce que, tout simplement, nous manquons de cerveaux. De la même manière, il peut manquer de la capacité de comprendre intuitivement ce que serait un posthuman ou de faire le jeu des préoccupations posthumaines.

En outre, nos cerveaux humains peuvent limiter notre capacité à découvrir des vérités philosophiques et scientifiques. Il est possible que l’échec de la recherche philosophique aboutisse à des réponses solides et généralement acceptées à de nombreuses grandes questions philosophiques traditionnelles, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que nous ne sommes pas assez intelligents pour réussir dans ce type d’enquête. Nos limites cognitives peuvent nous confiner dans une grotte platonicienne, où le mieux que nous puissions faire est de théoriser sur les «ombres», c’est-à-dire des représentations suffisamment simplifiées et imbriquées pour s’adapter à un cerveau humain.

La science du transhumanisme : comment la technologie mènera à une nouvelle race d’êtres immortels superintelligents

Fonctionnalité corporelle. Nous améliorons nos systèmes immunitaires naturels en obtenant des vaccinations, et nous pouvons imaginer d’autres améliorations de notre corps qui nous protégeraient de la maladie ou nous aideraient à façonner notre corps selon nos désirs (par exemple en nous permettant de contrôler le métabolisme de notre corps). De telles améliorations pourraient améliorer la qualité de nos vies.

Une mise à niveau plus radicale pourrait être possible si nous supposons une vue computationnelle de l’esprit. Il peut alors être possible de télécharger un esprit humain sur un ordinateur, en reproduisant in silico les processus de calcul détaillés qui auraient normalement lieu dans un cerveau humain particulier [4]. Le téléchargement aurait de nombreux avantages potentiels, tels que la capacité de faire des copies de sauvegarde de soi (ayant un impact favorable sur l’espérance de vie) et la capacité de se transmettre soi-même ainsi une information à la vitesse de la lumière. Les téléchargements peuvent vivre soit dans la réalité virtuelle ou directement dans la réalité physique en contrôlant un proxy de robot.

Modalités sensorielles, facultés spéciales et sensibilités. Les modalités sensorielles humaines actuelles ne sont pas les seules possibles, et elles ne sont certainement pas aussi développées qu’elles pourraient l’être. Certains animaux ont un sonar, une orientation magnétique ou des capteurs pour l’électricité et les vibrations; beaucoup ont un sens de l’odorat beaucoup plus vif, une vue plus nette, etc. La gamme des modalités sensorielles possibles ne se limite pas à celles que l’on trouve dans le règne animal. Il n’y a pas de bloc fondamental pour ajouter une capacité à voir le rayonnement infrarouge ou pour percevoir les signaux radio et peut-être ajouter une sorte de sens télépathique en augmentant notre cerveau avec des émetteurs radio convenablement interfacés.

Les humains bénéficient également d’une variété de facultés spéciales, telles que l’appréciation de la musique et le sens de l’humour, et des sensibilités telles que la capacité d’excitation sexuelle en réponse à des stimuli érotiques. Encore une fois, il n’y a aucune raison de penser que ce que nous avons épuise la gamme du possible, et nous pouvons certainement imaginer des niveaux plus élevés de sensibilité et de réactivité.

Humeur, énergie et maîtrise de soi. Malgré tous nos efforts, nous ne parvenons pas à nous sentir aussi heureux que nous le voudrions. Nos niveaux chroniques de bien-être subjectif semblent être largement déterminés génétiquement. Les événements de la vie ont peu d’impact à long terme; les crêtes et les creux de la fortune nous poussent vers le haut et nous abaissent, mais il y a peu d’effet à long terme sur le bien-être auto-déclaré. Une joie durable demeure insaisissable sauf pour ceux d’entre nous qui ont la chance d’être nés avec un tempérament qui joue dans une tonalité majeure.

En plus d’être à la merci d’un point de vue génétiquement déterminé pour nos niveaux de bien-être, nous sommes limités en ce qui concerne l’énergie, la volonté et la capacité de façonner notre propre caractère en accord avec nos idéaux. Même des objectifs aussi simples que de perdre du poids ou d’arrêter de fumer s’avèrent inaccessibles à beaucoup.

Certains sous-ensembles de ces types de problèmes pourraient être nécessaires plutôt que de dépendre de notre nature actuelle. Par exemple, nous ne pouvons pas facilement avoir la capacité de rompre avec n’importe quelle habitude et la capacité de former des habitudes stables et difficiles à briser. (À cet égard, le meilleur espoir peut être la capacité de se débarrasser facilement des habitudes que nous n’avons pas délibérément choisies pour nous-mêmes, et peut-être un système de formation des habitudes plus polyvalent qui nous laisserait choisir avec plus de précision quand acquérir une habitude et combien d’effort cela devrait coûter pour la casser.)

3. La valeur transhumaniste de base: explorer le royaume posthumain

La conjecture selon laquelle il existe des valeurs plus grandes que ce que nous pouvons actuellement comprendre n’implique pas que les valeurs ne sont pas définies en fonction de nos dispositions actuelles. Prenons, par exemple, une théorie dispositionnelle de la valeur telle que celle décrite par David Lewis. [5] Selon la théorie de Lewis, quelque chose est une valeur pour vous si et seulement si vous voudriez le vouloir si vous le connaissiez parfaitement et si vous pensiez et délibériez aussi clairement que possible à ce sujet. De ce point de vue, il peut y avoir des valeurs que nous ne voulons pas actuellement, et que nous ne désirons même pas vouloir, parce que nous ne les connaissons pas parfaitement ou parce que nous ne sommes pas des délibérateurs idéaux. Certaines valeurs relatives à certaines formes d’existence posthumaine pourraient bien être de cette sorte; ils peuvent être des valeurs pour nous maintenant, et ils peuvent l’être en vertu de nos dispositions actuelles, et pourtant nous ne pouvons pas être en mesure de les apprécier pleinement avec nos capacités délibératives limitées actuelles et notre manque des facultés réceptives requises pour la pleine connaissance avec eux. Ce point est important car il montre que la vision transhumaniste selon laquelle nous devrions explorer le domaine des valeurs posthumaines n’implique pas que nous devions renoncer à nos valeurs actuelles. Les valeurs posthumaines peuvent être nos valeurs actuelles, mais que nous n’avons pas encore clairement comprises. Le transhumanisme ne nous oblige pas à dire que nous devons favoriser les êtres posthumains par rapport aux êtres humains, mais que la meilleure manière de favoriser les êtres humains est de nous permettre de mieux réaliser nos idéaux et que certains de nos idéaux peuvent être situés en dehors de l’espace des modes d’être qui nous sont accessibles avec notre constitution biologique actuelle.

Nous pouvons surmonter plusieurs de nos limites biologiques. Il est possible qu’il y ait des limites qui nous soient impossibles à transcender, non seulement à cause des difficultés technologiques, mais aussi pour des raisons métaphysiques.

Les humains génétiquement modifiés arriveront plus tôt que vous ne le pensez. Et nous ne sommes pas prêts.

Selon ce que nous pensons de ce qui constitue l’identité personnelle, il se pourrait que certains modes d’être, bien que possibles, ne soient pas possibles pour nous, car tout être d’un tel genre serait si différent de nous qu’ils ne pourraient pas être nous. Des préoccupations de ce genre sont familières des discussions théologiques de la vie après la mort. Dans la théologie chrétienne, certaines âmes seront autorisées par Dieu à aller au ciel après que leur temps soit fini. Avant d’être admis au ciel, les âmes subiraient un processus de purification dans lequel elles perdraient beaucoup de leurs attributs corporels antérieurs. Les sceptiques peuvent douter que les esprits qui en résultent soient suffisamment similaires à nos esprits actuels pour qu’il soit possible qu’ils soient la même personne. Une situation similaire se produit dans le transhumanisme : si le mode d’être d’un être posthumain est radicalement différent de celui d’un être humain, alors nous pouvons douter qu’un être posthumain puisse être la même personne qu’un être humain, même si le posthumain est originaire d’un être humain.

Nous pouvons, cependant, envisager de nombreuses améliorations qui ne rendraient pas impossible pour la personne post-transformation d’être la même personne que la personne avant la transformation. Une personne peut obtenir un peu plus d’espérance de vie, d’intelligence, de santé, de mémoire et de sensibilité émotionnelle, sans cesser d’exister dans le processus. La vie intellectuelle d’une personne peut être transformée radicalement en obtenant une éducation. L’espérance de vie d’une personne peut être prolongée de manière substantielle en étant guérie de façon inattendue d’une maladie létale. Pourtant, ces développements ne sont pas considérés comme épelant la fin de la personne d’origine. En particulier, il semble que les modifications qui s’ajoutent aux capacités d’une personne peuvent être plus substantielles que les modifications qui soustraient, comme les lésions cérébrales. Si la majeure partie de quelqu’un est actuellement préservé, y compris ses souvenirs, activités et sentiments les plus importants, l’ajout de capacités supplémentaires supérieur ne ferait pas facilement disparaître la personne.

La préservation de l’identité personnelle, surtout si cette notion a une signification étroite, n’est pas tout. Nous pouvons évaluer d’autres choses que nous-mêmes, ou nous pouvons considérer cela comme satisfaisant si certaines parties ou certains aspects de nous-mêmes survivent et prospèrent, même si cela implique d’abandonner certaines parties de nous-mêmes pour ne plus être la même personne. Les parties de nous-mêmes que nous serions prêts à sacrifier ne deviendront peut-être pas claires tant que nous ne connaîtrons pas pleinement la pleine signification des options. Une exploration prudente et incrémentielle du royaume posthumain peut être indispensable pour acquérir une telle compréhension, bien que nous puissions aussi apprendre des expériences de chacun et des œuvres de l’imagination.

De plus, nous pouvons préférer que les futurs êtres soient posthumains plutôt qu’humains, si les posthumains mènent des vies plus valables que les humains alternatifs le feraient. Toute raison découlant de telles considérations ne dépendrait pas de l’hypothèse que nous-mêmes pourrions devenir des êtres posthumains.

Le transhumanisme favorise la quête de développement afin que nous puissions explorer des domaines de valeur jusque-là inaccessibles. L’amélioration technologique des organismes humains est un moyen que nous devrions poursuivre à cette fin. Il y a des limites à ce qui peut être atteint par des moyens de basse technologie tels que l’éducation, la contemplation philosophique, l’auto-examen moral et d’autres méthodes proposées par les philosophes classiques avec des tendances perfectionnistes, y compris Platon, Aristote et Nietzsche, ou par le biais de la création d’une société plus juste et meilleure, comme envisagé par les réformistes sociaux tels que Marx ou Martin Luther King. Ce n’est pas pour dénigrer ce que nous pouvons faire avec les outils que nous avons aujourd’hui. Pourtant, au final, les transhumanistes espèrent aller plus loin.

4. Conditions de base pour la réalisation du projet transhumaniste

Si telle est la grande vision, quels sont les objectifs plus particuliers qu’elle traduit lorsqu’elle est considérée comme un guide à la politique?

Ce qui est nécessaire à la réalisation du rêve transhumaniste, c’est que les moyens technologiques nécessaires pour s’aventurer dans l’espace posthumain soient mis à la disposition de ceux qui désirent les utiliser, et que la société soit organisée de telle manière que de telles explorations puissent être entreprises sans causer de dommages inacceptables au tissu social et sans imposer de risques existentiels inacceptables.

Sécurité globale. Alors que les catastrophes et les revers sont inévitables dans la mise en œuvre du projet transhumaniste (tout comme ils le sont si le projet transhumaniste n’est pas poursuivi), il existe un type de catastrophe qui doit être évitée à tout prix : Risque existentiel – un risque où un résultat négatif annihilerait la vie intelligente originaire de la Terre ou réduirait de façon permanente et drastique son potentiel. [6]

Plusieurs discussions récentes ont fait valoir que la probabilité combinée des risques existentiels est très importante. [7] La pertinence de la condition de sécurité existentielle par rapport à la vision transhumaniste est évidente: si nous disparaissons ou détruisons définitivement notre potentiel de développement, alors la valeur fondamentale transhumaniste ne sera pas réalisée. La sécurité globale est l’exigence la plus fondamentale et non négociable du projet transhumaniste.

Progrès technologique. Ce progrès technologique est généralement souhaitable d’un point de vue transhumaniste. Beaucoup de nos faiblesses biologiques (vieillissement, maladie, faiblesse des souvenirs et de l’intellect, un répertoire émotionnel limité et une capacité inadéquate pour un bien-être durable) sont difficiles à surmonter, et pour ce faire, il faudra des outils avancés. Le développement de ces outils est un défi gargantuesque pour les capacités de résolution de problèmes collectifs de notre espèce. Puisque le progrès technologique est étroitement lié au développement économique, la croissance économique – ou plus précisément, la croissance de la productivité – peut dans certains cas servir de substitut au progrès technologique. (La croissance de la productivité n’est, bien sûr, qu’une mesure imparfaite de la forme pertinente de progrès technologique, qui, à son tour, est une mesure imparfaite de l’amélioration globale, car elle omet des facteurs tels que l’équité de distribution, la diversité écologique, et qualité des relations humaines.)

L’histoire du développement économique et technologique, et la croissance concomitante de la civilisation, est considérée avec respect comme la plus grande réussite de l’humanité. Grâce à l’accumulation progressive d’améliorations au cours des derniers millénaires, de larges portions de l’humanité ont été libérées de l’analphabétisme, des espérances de vie de vingt ans, des taux alarmants de mortalité infantile, des maladies horribles endurées sans palliatifs, des famines périodiques et des pénuries d’eau. La technologie, dans ce contexte, n’est pas seulement un gadget mais inclut tous les objets et systèmes instrumentaux qui ont été délibérément créés. Cette définition englobe les pratiques et les institutions, telles que la comptabilité en partie double, l’évaluation scientifique par les pairs, les systèmes juridiques et les sciences appliquées.

Large accès. Il ne suffit pas que le royaume posthumain soit exploré par quelqu’un. La pleine réalisation de la valeur transhumaniste de base exige que, idéalement, tout le monde devrait avoir la possibilité de devenir posthumain. Ce serait sous-optimal si l’opportunité de devenir posthumain était limitée à une petite élite.

Il existe de nombreuses raisons de soutenir un large accès : réduire les inégalités; parce que ce serait un arrangement plus juste; exprimer sa solidarité et son respect envers ses semblables; aider à obtenir un soutien pour le projet transhumaniste; augmenter les chances que vous ayez l’opportunité de devenir posthumain; augmenter les chances que ceux qui vous intéressent deviennent posthumains; parce que cela pourrait augmenter la portée du royaume posthumain qui est exploré; et pour soulager la souffrance humaine sur une échelle aussi large que possible.

Nous allons vivre éternellement et deviendrons des cyborgs

L’exigence d’accès large sous-tend l’urgence morale de la vision transhumaniste. Le large accès ne plaide pas pour la retenue. Au contraire, toutes choses étant égales par ailleurs, c’est un argument pour avancer aussi vite que possible. 150 000 êtres humains sur notre planète meurent chaque jour, sans avoir eu accès aux technologies d’amélioration anticipées qui permettront de devenir posthumain. Plus tôt cette technologie se développera, moins les gens seront morts sans accès.

Considérons un cas hypothétique dans lequel il existe un choix entre (a) permettre à la population humaine actuelle de continuer à exister, et (b) avoir instantanément et sans douleur tué et remplacé près de six milliards de nouveaux êtres humains qui sont très semblables mais non identiques à ceux qui existent aujourd’hui. Un tel remplacement devrait être fortement contesté pour des raisons morales, car il entraînerait la mort involontaire de six milliards de personnes. Le fait qu’ils seraient remplacés par six milliards de personnes nouvellement créées ne rend pas la substitution acceptable. Les êtres humains ne sont pas jetables. Pour des raisons analogues, il est important que l’opportunité devienne disponible au plus grand nombre possible d’humains, plutôt que d’avoir la population existante simplement complétée (ou pire, remplacée) par un nouvel ensemble de personnes posthumaines. L’idéal transhumaniste ne sera réalisé au maximum que si les avantages des technologies sont largement partagés et s’ils sont disponibles dès que possible, de préférence au cours de notre vie.

5. Valeurs dérivées

De ces exigences spécifiques découlent un certain nombre de valeurs transhumanistes dérivées qui traduisent la vision transhumaniste en pratique. (Certaines de ces valeurs peuvent aussi avoir des justifications indépendantes, et le transhumanisme n’implique pas que la liste de valeurs fournie ci-dessous soit exhaustive.)

Pour commencer, les transhumanistes mettent généralement l’accent sur la liberté individuelle et le choix individuel dans le domaine des technologies d’amélioration. Les humains diffèrent largement dans leurs conceptions de ce à quoi leur propre perfection ou amélioration consisterait. Certains veulent se développer dans une direction, d’autres dans des directions différentes, et certains préfèrent rester comme ils sont. Il ne serait moralement inacceptable pour personne d’imposer une norme unique à laquelle nous devrions tous nous conformer. Les gens devraient avoir le droit de choisir les technologies d’amélioration, le cas échéant, qu’ils veulent utiliser. Dans les cas où les choix individuels ont un impact important sur d’autres personnes, ce principe général peut devoir être restreint, mais le simple fait qu’une personne puisse être révulsée ou moralement offensée de l’utilisation de la technologie par autrui pour se modifier ne constituerait pas normalement un motif légitime d’ingérence coercitive. En outre, les piètres résultats des efforts centralisés pour créer de meilleures personnes (par exemple le mouvement eugénique et le totalitarisme soviétique) montrent que nous devons nous méfier de la prise de décision collective dans le domaine de la modification humaine.

Une autre priorité transhumaniste est de nous mettre dans une meilleure position pour faire des choix éclairés sur ce que nous allons faire. Nous aurons besoin de toute la sagesse que nous pouvons avoir en négociant la transition posthumaine. Les transhumanistes attachent une grande importance à l’amélioration de nos capacités individuelles et collectives de compréhension et de notre capacité à mettre en œuvre des décisions responsables. Collectivement, nous pourrions devenir plus intelligents et mieux informés grâce à des moyens tels que la recherche scientifique, le débat public et la discussion ouverte sur l’avenir, les marchés de l’information [8], le filtrage collaboratif de l’information [9]. Sur le plan individuel, nous pouvons tirer profit de l’éducation, de la pensée critique, de l’ouverture d’esprit, des techniques d’étude, des technologies de l’information et peut-être des médicaments améliorant la mémoire ou l’attention et d’autres technologies cognitives. Notre capacité à mettre en œuvre des décisions responsables peut être améliorée en élargissant l’état de droit et la démocratie sur le plan international. De plus, l’intelligence artificielle, surtout si et quand elle atteint l’équivalence ou plus, pourrait donner un coup de pouce énorme à la quête de la connaissance et de la sagesse.

Compte tenu des limites de notre sagesse actuelle, une certaine hésitation épistémique est appropriée, ainsi qu’une volonté de réévaluer continuellement nos hypothèses à mesure que plus d’informations deviennent disponibles. Nous ne pouvons pas tenir pour acquis que nos vieilles habitudes et croyances se révélant adéquates pour naviguer dans nos nouvelles circonstances.

La sécurité mondiale peut être améliorée en favorisant la paix et la coopération internationales et en s’opposant fermement à la prolifération des armes de destruction massive. L’amélioration de la technologie de surveillance peut faciliter la détection des programmes d’armes illicites. D’autres mesures de sécurité pourraient également être appropriées pour contrer divers risques existentiels. Davantage d’études sur ces risques nous aideraient à mieux comprendre les menaces à long terme qui pèsent sur l’épanouissement humain et ce qui peut être fait pour les réduire.

Puisque le développement technologique est nécessaire pour réaliser la vision transhumaniste, l’esprit d’entreprise, la science et l’esprit d’ingénierie doivent être promus. Plus généralement, les transhumanistes privilégient une attitude pragmatique et une approche constructive et résolue des problèmes, préférant des méthodes que l’expérience nous dit donner de bons résultats. Ils pensent qu’il vaut mieux prendre l’initiative de «faire quelque chose» plutôt que de se plaindre. C’est un sens dans lequel le transhumanisme est optimiste. Ce n’est pas optimiste dans le sens de préconiser une croyance gonflée dans la probabilité de succès ou dans le sens panglossien d’inventer des excuses pour les défauts du statu quo.

Le transhumanisme préconise le bien-être de toute sensibilité, qu’il s’agisse d’intellects artificiels, d’humains ou d’animaux non humains (y compris des espèces extraterrestres, s’il y en a). Le racisme, le sexisme, le spécisme, le nationalisme belligérant et l’intolérance religieuse sont inacceptables. En plus des motifs habituels pour juger de telles pratiques répréhensibles, il y a aussi une motivation spécifiquement transhumaniste pour cela. Afin de se préparer à un moment où l’espèce humaine peu commencer à se ramifier dans différentes directions, nous devons commencer dès maintenant à encourager fortement le développement de sentiments moraux qui soient assez larges et qui englobent dans la sphère de l’attention morale des sentiments qui sont constitués différemment de nous-mêmes.

Enfin, le transhumanisme souligne l’urgence morale de sauver des vies, ou plus précisément de prévenir les décès involontaires chez les personnes dont la vie vaut la peine d’être vécue. Dans les pays développés, le vieillissement est actuellement le tueur numéro un. Le vieillissement est également la principale cause de maladie, d’invalidité et de démence. (Même si toutes les maladies cardiaques et le cancer pouvaient être guéris, l’espérance de vie n’augmenterait que de six, sept ans.)

La médecine anti-âge est donc la priorité transhumaniste. Le but, bien sûr, est d’étendre radicalement la durée de vie active des personnes, et non d’ajouter quelques années supplémentaires à un ventilateur en fin de vie.

Puisque nous sommes encore loin d’être en mesure d’arrêter ou d’inverser le vieillissement, la suspension cryonique des morts devrait être disponible comme une option pour ceux qui le désirent. Il est possible que les technologies futures permettent de réanimer les personnes qui ont été suspendues cryoniquement [10]. La cryogénisation peut être à long terme une solution, elle comporte certainement de meilleures chances que la crémation ou l’enterrement.

La cryogénisation, une réalité aux Etats-Unis

Nick Bostrom
Oxford University, Faculty of Philosophy
in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003); reprinted in Review of Contemporary Philosophy, Vol. 4, May (2005)] [pdf]

[1] (Bostrom et al. 1999; Bostrom 2003)
[2] (Ettinger 1964; Hughes 2001)
[3] (Bostrom 2002)
[4] (Drexler 1986; Moravec 1989)
[5] (Lewis 1989)
[6] (Bostrom 2002)
[7] (Leslie 1996; Bostrom 2002; Rees 2003)
[8] (Hanson 1995)
[9] (Chislenko 1997)
[10] (Ettinger 1964; Drexler 1986; Merkle 1994)

Transhumanisme : business d’un mythe

S’il est un terme qui revient systématiquement à l’évocation des promesses technologiques actuelles, c’est celui de transhumanisme – à savoir, cette idéologie du dépassement de la nature humaine par la technologie. Celui-ci fait désormais florès, que ce soit en fin d’éditorial sur l’intelligence artificielle, lors d’un reportage sur la médecine réparatrice ou dans un rapport sur l’ingénierie génétique. Toujours, la perspective de la fin de l’humanité sinon celle du travail, le mirage de l’immortalité ou encore l’espoir d’une fusion salutaire entre l’Homme et la machine alimentent tous types d’appels à la régulation et d’admonestations éthiques, repris en cœur dans le paysage médiatique français comme autant de litanies post-modernes. Or, pour dénoncer les vraies erreurs scientifiques de ceux qui profitent de ce business du mythe, il s’agit de ne pas se tromper de procès.

Une humanité à deux vitesses ?

Le transhumanisme subit le tir croisé de bons et de mauvais procès. Dans cette dernière catégorie, le plus courant consiste à dire que seuls les plus riches auront accès aux technologies augmentatives (implants neuronaux, prothèses bioniques voire modifications génétiques), leur conférant un avantage concurrentiel indéniable sur le reste de la population. Faux procès puisque les technologies sur lesquelles les transhumanistes portent leurs espoirs, regroupées sous l’acronyme NBIC, (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) progressent à un rythme exponentiel proportionnel à l’effondrement de leur coût. L’exemple le plus marquant est celui du coût du séquençage de l’ADN – le premier de ce genre ayant été finalisé en 2003 après quinze ans de recherches pour une dépense de deux milliards d’euros. Ce même exercice se réalise aujourd’hui en quelques heures pour moins de 750€.

Le coût des technologies de pointe s’effondre en effet grâce à plusieurs phénomènes. En raison, d’abord, d’économies d’échelles dues à une augmentation de la production technologique procédant de celle de la demande. De même, les innovations croisées dans les méthodes de productions – terme qui désigne le fait que les progrès dans un domaine permettent des innovations dans un autre – donnent lieu à des observations remarquables : citons par exemple la réalisation, par Joel Gibbard, d’une prothèse de main grâce à une imprimante 3D. Imprimable en une quarantaine d’heures seulement, cette prothèse coûte un peu moins de 1 370€ contre des tarifs habituellement compris entre 41 000 à 82 000€.

Dans le même ordre d’idée, on associe souvent l’eugénisme – cette volonté de modifier le patrimoine génétique humain – transhumaniste à celui d’autres idéologies totalitaires. La sélection des embryons ou la modification de son propre génome ne serait pourtant pas l’apanage des régimes inégalitaires : Luc Ferry considère au contraire, dans La Révolution transhumaniste, qu’elle permettrait la réalisation de l’utopie égalitaire. Après avoir gommé autant que possible les sources d’inégalités socialement construites, l’ultime bastion de l’inégalité entre les individus demeure, puisque l’on ne choisit pas son génome. « From Chance to Choice » serait alors le slogan tout désigné d’une société où la liberté des individus à s’autodéterminer ferait office de valeur universelle.

L’intelligence humaine bientôt dépassée ?

Le Professeur Laurent Alexandre, très entendu sur le thème de l’intelligence artificielle (IA), invoque régulièrement le risque d’une humanité dépassée dans tous les domaines par la puissance technologique.

Kevin Kelly, essayiste et co-fondateur du magasine Wired, s’attaque à cette idée dans un article publié en avril 2017. Il y démontre que l’idée de l’avènement d’une intelligence technologique supérieure en tout point à la nôtre n’est que le produit d’une série d’erreurs scientifiques pourtant largement répandues dans la Silicon Valley. En réalité, les erreurs attachées à l’intelligence artificielle trahissent une incompréhension de ce qu’est l’intelligence d’une manière générale. Par exemple, la vision unidimensionnelle de l’intelligence, pourtant reprise par Nick Bostrom, transhumaniste et auteur de Superintelligence, s’avère poser problème. Il n’existe pas d’échelle d’évolution sur laquelle puisse se situer de successives formes d’intelligences. L’intelligence, au contraire, est pluridimensionnelle et non linéaire, c’est-à-dire que chaque type de cognition répond à un besoin spécifique (lié à l’adaptation d’un système biologique à son environnement).

Certes, des programmes d’IA sont d’ores et déjà imbattables en calcul, aux échecs ou au jeu de Go. Il est à admettre qu’aucun être humain n’a la mémoire nécessaire pour retenir tout Wikipédia, comme l’a fait le superordinateur Watson d’IBM pour vaincre le champion du monde de Jeopardy dans une séquence largement relayée par les médias. Mais l’intelligence humaine est-elle réellement mesurable à cette aune ? Un écureuil peut retenir la localisation exacte d’un millier de cachettes à noisettes pendant toute sa vie : cet animal est-il pour autant plus intelligent que notre voisin qui n’a de cesse d’égarer ses clés ? Kevin Kelly revendique l’idée qu’il ne saurait exister d’intelligence absolue, dite de general purpose. La question du sens, ou de la fonction de l’intelligence, est primordiale.

En effet, chaque type de cognition a une fonction au sens physiologique comme cela a été démontré par les neuroscientifiques modernes (Antonio Damasio par exemple). La question du support (corps carboné versus puces en silicium) conditionne et « donne un sens » à la nature profonde d’une intelligence. Sans corps biologique, l’intelligence artificielle ne peut se comparer à la nôtre. Il en découle que le type de cognition attaché au corps biologique humain ne permet pas de retenir des terra octets de données par cœur. En revanche, lui seul sait donner un sens à chacune des phrases d’un livre, sens qui résulte des liaisons neuronales complexes ramenant chaque concept à une sensation de plaisir ou de déplaisir inhérente à la neurophysiologie humaine.

L’intelligence humaine restera ainsi toujours la seule adaptée à un contexte proprement humain. Si elle peut avoir utilité des applications dérivées du machine-learning, celles-ci ne sauraient rester que des outils mis à notre disposition. Bien que leur complexité donne à ces outils les formes de certains types de cognitions avancées (calcul, déduction, analyse, synthèse, etc.), l’intelligence humaine sera toujours nécessaire pour redonner un sens proprement humain à leurs produits.

Le nouveau business du mythe : entre marketing de la peur et logique d’escalade

Il conviendrait dès lors de relayer les prophéties d’une super-intelligence artificielle au rang de mythes fondés sur nombre de biais et d’erreurs scientifiques. Il se trouve pourtant que derrière les discours apocalyptiques qui s’en nourrissent peuvent se cacher d’importants intérêts économiques.

Entretenus par Hollywood et renforcés par l’entremise de tribunes, ces mythes permettent de faire monter l’anxiété dans l’opinion, à grand renfort de tweets annonciateurs de l’extinction prochaine de l’humanité. Encore récemment (4 septembre 2017), le très populaire dirigeant de Tesla, Elon Musk, annonçait que la compétition pour créer une IA supérieure déclenchera une troisième guerre mondiale.

Des propos qui font écho à ceux de nos techno-prophètes hexagonaux qui déplorent le retard et les valeurs conservatrices d’une Europe, en retard sur le terrain des technologies NBIC. Ici, on agite le spectre de la supériorité chinoise et américaine pour justifier la course à l’armement technologique. « Nous ne les convaincrons pas de devenir conservateurs, alors que fait-on ? Acceptons-nous d’être déclassés, de devenir les Amish du XXème siècle, en défendant nos valeurs ? […] Il est urgent de prendre la mesure de l’ampleur de cette révolution. » écrit ainsi Laurent Alexandre, dont le dernier livre s’intitule La Guerre des Intelligences.

L’horizon indépassable de ce conflit annoncé a pour effet paradoxal de nous précipiter dans une logique d’escalade pour la dominance technologique. Pour pallier l’absence de concertation internationale à un niveau étatique sur ces enjeux, certains intérêts privés s’allient. En septembre 2016, Amazon, Facebook, Google, Deepmind, Microsoft, IBM, s’unissaient dans un consortium technologique nommé Partnership on AI. Bientôt rejoints par Apple, ces géants du digital affichent vouloir s’entendre sur une utilisation éthique de l’IA.

Insuffisant pour Elon Musk, qui a fait savoir par tweets interposés aux patrons de Google et de Facebook qu’ils ne prenaient pas la perspective de l’avènement d’une super-intelligence à sa juste mesure. Un an auparavant, il créait lui-même une association à but non lucratif destinée à promouvoir la recherche favorisant « une IA à visage humain » nommée Open AI. Après deux ans de recherche, la conclusion de l’industriel est sans appel : « Il est urgent d’hybrider nos cerveaux avec des micro-processeurs, avant que l’intelligence artificielle nous transforme en animaux domestiques ».

Il est fort à parier qu’avec de tels discours, les sommes investies dans Open AI trouveront la voie de la rentabilité : Neuralink, nouvelle start-up dévoilée par Elon Musk le 28 Mars 2017, propose à ses clients de rester dans la course à l’intelligence grâce à ses implants intracérébraux connectés (disponibles d’ici cinq ans selon les dernières annonces).

Une nécessaire prise de recul

Il est nécessaire de prendre un certain recul épistémologique ainsi que d’être conscients de nos biais culturels si nous voulons faire le tri entre les effets d’annonce, les promesses démiurgiques et la réalité des avancées scientifiques, entre les questionnements légitimes et le marketing de l’anxiété.

Les avancées technologiques des NBIC portent en effet des promesses importantes dont il ne sera possible de profiter qu’une fois nos imaginaires débarrassés de nombre de fantasmes qui y sont rattachés. Il ne s’agit pas de refuser d’emblée les implants intracérébraux, la thérapie génique, les prothèses bioniques ou la sélection des cellules souches, mais de rester vigilants quant au rôle systémique des usages qui en sera fait. Dans un récent rapport, les Vendredis de la Colline énoncent un principe thérapeutique selon lequel doit se refuser le dopage et la mutilation d’un corps sain qui souhaiterait s’augmenter : prenons le cas d’un athlète qui demanderait à se sectionner les jambes pour pouvoir porter des prothèses en carbone, plus performantes. Le principe thérapeutique est une boussole importante pour éviter de nombreuses dérives, mais il doit être intégré à une vision systémique plus large. En effet il importe également que ne soit pas banalisé le recours à la thérapeutique quand cette dernière ne fait que pallier les carences d’une démarche préventive efficiente. Par exemple, le recours aux implants pancréatiques ne doit pas se substituer à une prévention globale contre le diabète de type II, dont on connaît les liens avec le mode de vie et l’environnement social.

Prendre du recul, discuter de la fonction et des usages, tel pourrait être le rôle d’une Convention of Parties (COP) digitale autour des sujets du numérique et de l’humain, idée pour laquelle milite notamment le Professeur Guy Vallancien. Sans doute est-ce un moyen d’éviter la logique d’escalade dans laquelle nous précipitent les businessmen du techno-frisson.

Par Ken LeCoutre, responsable du département “Santé & Innovation” des Vendredis de la Colline.

Nouveau colloque international sur le transhumanisme

L’Association Française Transhumaniste – Technoprog organise TransVision 2017, un colloque international qui se tiendra à Bruxelles du 9 au 11 novembre prochains. Il rassemblera certains des plus éminents membres du mouvement transhumaniste européen et mondial : David Pearce, Natasha Vita-More, James Hughes, Anders Sandberg, Valeryia Pride (dirigeante de CryoRus), David Wood, Riccardo Campa, Jose Cordeiro et de nombreux transhumanistes francophones, ainsi que l’anthropologue Paul Jorion pour une rencontre dont l’objectif est de faire le bilan du mouvement et de tracer ses perspectives pour les années à venir.

En 2014, l’Association Française Transhumaniste – Technoprog avait co-organisé TransVision 2014 à Paris et renouvelle l’expérience avec pour ambition de développer un mouvement transhumaniste à l’échelle européenne.

TransVision 2014 – le transhumanisme face à la question sociale

Pour toute question : contact@transhumanistes.com

Places limités ! Réservation sur Eventbrite

Les débats seront principalement en anglais.

La Déclaration Technoprogressiste

 

Transhumanisme et business

Le philosophe Bernard Stiegler émet de sérieux doutes quant à la philosophie transhumaniste récemment promue par les multinationales californiennes. Il nous livre en quatre points ce qu’il estime être les questions importantes que l’engouement tend à voiler.

Biomécanique et biochimie. Le transhumanisme nous promet un humain augmenté et immortel mais la culture SF nous a depuis longtemps préparé aux questions graves que l’industrie évite de poser.

Il pourrait ne pas y avoir de limite à l’espérance de vie chez les humains

En octobre 2016, le généticien moléculaire Jan Vijg a publié un article déclarant que l’espérance de vie chez les humains était limitée à 115 ans. Cette annonce a déclenché une controverse enflammée au sein de la communauté scientifique, et le 28 juin 2017, cinq groupes de scientifiques ont publié des articles réfutant formellement la déclaration de Jan Vijg.

Le travail de Vijg a consisté en l’analyse de données démographiques collectées partout dans le monde au cours du 20e siècle, et a démontré que l’âge maximal atteint stagnait au seuil de 115 ans depuis les années 90. En se fondant sur ces résultats, les auteurs ont conclu que la limite naturelle d’âge d’un être humain était de 115 ans et qu’il existait une probabilité inférieure à 1 pour 10.000 de vivre au-delà de 125 ans.

Comme on peut l’imaginer, la communauté scientifique ne partage pas cette idée. La plupart des critiques émane de la façon de laquelle l’équipe de Vijg a traité les données et de la méthode menant aux conclusions. Premièrement, l’équipe de Vijg a testé ses données afin de prouver si le seuil qu’ils avaient l’impression de voir après 1995 était réellement présent ou pas. En d’autres termes, ils ont exposé une hypothèse puis l’ont testée à partir du même jeu de données, ce qui est généralement inacceptable, puisque cela mène à des résultats subjectifs du fait d’ajustements excessifs, ajustement fondé sur une erreur ou du bruit, sans véritable relation.

Deuxièmement, le jeu réel de données dont dispose l’équipe est très petit puisque chaque année ils n’ont pris en compte que les personnes les plus âgées décédées. Puis ils ont soumis ce jeu exagéré de données à des techniques standard de régression linéaire, ce qui n’était pas approprié compte tenu de la taille limitée de l’échantillon d’une part et d’autre part du fait que les individus pris en considération constituent des valeurs aberrantes qui auraient dû être sujettes à des analyses de type événements exceptionnels. En réalité, le déclin suggéré par les conclusions de 2016 ne semble lié qu’à une seule et unique mort dans le jeu de données.

Parallèlement, d’autres scientifiques ont ré-analysé les données et ont conclu qu’elles étaient cohérentes avec des trajectoires multiples d’espérances de vie, et pas uniquement avec le seul cas de 2016. Finalement, plusieurs scientifiques, dans leurs réfutations, mettent le doigt sur le fait que le travail global sur la biologie du vieillissement réalisé pendant ces dernières décennies suggère que l’espérance de vie humaine présente des variations bien plus importantes qu’on le pensait auparavant, indiquant à lui-seul que la limite proposée devrait être prise en considération avec beaucoup de précautions.

Les auteurs de l’étude initiale ont confiance en leurs travaux et ne sont pas d’accord avec les critiques relatives aux méthodes statistiques utilisées. Vijg est également persuadé que la véritable cause de ce tollé n’est pas le jeu de données, qui est cohérent, mais le fait qu’on ne peut pas stopper le vieillissement et qu’il existe une limite à la vie humaine. « J’imagine que le message principal est que beaucoup de gens ne parviennent pas à accepter que tout pointe vers un terme à l’allongement maximal de la durée de vie » a expliqué Vijg à The Scientist.

Le professeur en santé publique de l’University of Illinois à Chicago, Jay Olshansky, qui n’a pris part ni à l’étude initiale ni aux réfutations, pense que les scientifiques qui critiquent ce travail passent à côté du véritable sens de l’étude de 2016, qu’il a éclairci pour The Scientist : « Le message le plus important à faire passer, selon moi, est que nous ne devrions pas essayer d’allonger notre espérance de vie, mais plutôt simplement essayer d’augmenter la période de vie pendant laquelle nous sommes en bonne santé. »

Quoi qu’il en soit, nombreuses sont les personnes qui repoussent les limites de la longévité humaine et qui sont suffisamment en désaccord pour investir là où se trouve leur philosophie. Depuis que la recherche a démontré que les transfusions de sang d’un individu plus jeune, ou parabiose, avaient la capacité de réhabiliter les fonctions cognitives chez des souris, une startup nommée Ambrosia a commencé à proposer des essais cliniques humains de parabiose à des patients prêts à payer. Peter Diamandis de la plateforme en recherche génotypique, Human Longevity, Inc., recherche la clé permettant d’utiliser des nanomachines ou des cellules souches pour régénérer nos corps. Et la metformine, qui s’avère utile dans la prévention du cancer et l’allongement de la vie chez les animaux, fait l’objet de tests cliniques comme médicament anti-vieillissement depuis février.

Il existe tant de possibilités actuellement en cours qu’il apparaît difficile de croire en une limite définitive de l’espérance de vie chez l’humain. Au final, le temps donnera raison à l’une ou l’autre proposition une fois pour toute. Ironiquement, nous ne serons là que s’il s’avère que les critiques ont raison.

traduction Virginie Bouetel

Nature, Futurism

Le vieillissement est une maladie et la thérapie génique pourrait être le remède

Par : João Medeiros

Après que son fils ait reçu un diagnostic de diabète de type-1, Elizabeth Parrish a entamé des recherches sur les traitements génothérapiques (thérapie génique), et les a testés sur elle-même.

En septembre 2015, Elizabeth Parrish s’est envolée de Seattle à destination de Colombia pour recevoir un traitement expérimental.

Elle avait passé plus de deux ans à éplucher la documentation sur le sujet, à s’entretenir avec des experts et avait décidé de suivre une thérapie génique – un traitement visant les désordres génétiques qui introduit des gènes dans des cellules pour remplacer ceux qui sont défectueux ou absents. Elle a commandé des cellules thérapeutiques des mois à l’avance et s’est arrangée pour qu’un technicien lui administre la thérapie dans une salle blanche, près d’un hôpital, au cas où elle aurait une mauvaise réaction immunitaire. La thérapie génique lui a été livrée dans un récipient fermé et administrée par voie intraveineuse sur une période d’environ cinq heures. Parrish est demeurée sous observation pour quelques jours et est ensuite retournée chez elle.

« Est-ce que j’étais anxieuse par la suite ? Oui », affirme-t-elle, « J’étais manifestement à la recherche de signaux d’alarme, j’étais pleinement consciente de la moindre douleur. » Elle est devenue la première personne à se soumettre volontairement à une thérapie génique pour la maladie qui l’affecte : le vieillissement.

En janvier 2013, le fils de Liz Parrish a reçu un diagnostic de diabète de type-1. « Tous les deux jours, il avait un taux de sucre dans le sang extrêmement bas », dit-elle, « cela me rappelait continuellement que nous, les humains, passons beaucoup de temps à prétendre que notre mort n’est pas imminente. » Elle se souvient qu’on lui ait dit que son fils était chanceux parce que le diabète peut être traité. « J’étais durement touchée par le temps passé à l’hôpital pour enfants », constate-t-elle. Elle s’est intéressée à l’avenir promoteur de la médecine moderne, plus particulièrement la thérapie génique. « Je me suis demandé pourquoi cette technologie n’avait pas encore abouti dans ces hôpitaux où des enfants meurent. »

Parrish a alors commencé à assister à des conférences médicales. « J’ai trouvé une conférence à Cambridge qui semblait traiter de génétique », dit-elle, « finalement il était question de longévité. » Elle y a appris comment les modifications géniques avaient déjà prolongé jusqu’à 11 fois la durée de vie normale des vers et de 5 fois celle des souris. « J’ai compris que si le vieillissement était une maladie et que tout le monde en souffrait, la façon la plus rapide de financer ces recherches serait essentiellement d’informer les gens de cet état et de les convaincre d’investir dans la recherche pour trouver un remède », affirme Parrish.

À ce moment-là, Parrish, qui jusque-là travaillait à temps partiel pour des sociétés de génie logiciel, a mis sur pied sa propre entreprise, BioViva, afin d’accélérer les recherches thérapeutiques et en faire profiter des patients. « Pourquoi autant de patients doivent attendre, souffrir et mourir? », se demande-t-elle, « nous sommes devenus si réfractaires au risque que des patients meurent dans l’attente d’un traitement. Nous devons renverser la situation. Il y a des millions de patients en phase terminale sur la planète à l’heure actuelle. Ils devraient avoir accès aux thérapeutiques les plus prometteuses qui ne sont pas assorties d’une myriade d’effets secondaires. Aucune intelligence artificielle ni aucune méta-analyse de ces thérapies ne pourra remplacer ce qui se passe dans le corps humain. Et nous laissons des gens mourir parce que nous nous inquiétons du fait qu’une thérapie pourrait les tuer. C’est le comble de l’exercice du droit. »

Parrish a alors pris une autre décision : elle allait essayer la première thérapie sur elle-même. « J’estime que c’était la chose la plus responsable et la plus morale à faire. Je crois que l’entreprise devait goûter à sa propre médecine avant de l’offrir aux patients. »

Parrish a expérimenté deux thérapies. L’une était un inhibiteur de la myostatine, un médicament conçu pour augmenter la masse musculaire, et l’autre, une thérapie de la télomérase, qui rallonge les télomères, une partie des chromosomes qui protège le matériel génétique des dommages et permet la réplication de l’ADN. Rallonger les télomères peut, au moins en théorie, prolonger la longévité des cellules et les rendre plus résilientes aux dommages.

« Nous prenons des traitements comme la thérapie génique et les utilisons comme une technologie. »

« La thérapie de la télomérase a annulé les effets du vieillissement des souris et prolongé leur espérance de vie », affirme Parrish, « je suis convaincue qu’il s’agit de la thérapie la plus prometteuse, et elle prenait la poussière dans les laboratoires et ne semblait pas être une option viable en raison de ce qui semble être des questions de brevet et de chamailleries académiques. Nous ne le saurons jamais si nous ne l’essayons pas chez l’humain. Ça ne sert à rien de continuer de se demander si elle fonctionne ou non si nous ne l’utilisons jamais. Comme à l’image de ces lemmings qui arpentent les falaises, attendant que quelqu’un d’autre leur vienne en aide. »

Quelques semaines après le traitement, Parrish a subi des examens de suivi, menés par des tierces parties indépendantes. Les télomères de ses globules blancs avaient allongé de plus de 600 paires de base, ce qui, selon Parrish, signifie un prolongement équivalant à 20 ans. Une IRM de tout son corps a révélé une augmentation de sa masse musculaire et une réduction de sa graisse intramusculaire. D’autres analyses ont indiqué que sa sensibilité à l’insuline s’est améliorée et que son niveau d’inflammation a diminué.

« L’entreprise a été fondée principalement pour prouver si ces thérapies fonctionnent ou non », déclare Parrish « Souvenez-vous que BioViva n’est pas un organisme de recherche. Nous prenons des traitements comme la thérapie génique et les utilisons comme une technologie. Nous aimerions créer un marché libre où des gens pourraient acheter ces technologies, comme on le ferait pour un cellulaire ou un ordinateur. »

D’autres analyses sont réalisées au laboratoire George Church à Harvard. Parrish et son équipe mènent actuellement de concert avec d’autres établissements hospitaliers du monde entier des études de sécurité et de faisabilité sur des sujets humains. « J’avais déjà mis les choses en perspectives, que sans la médecine, mon fils serait mort, et il est la prunelle de mes yeux », affirme Parrish, « je sentais que je n’avais pas vraiment contribué à la société et voici l’occasion de le faire. »

traduction Stéphanie S.

Wired

Des chercheurs ont trouvé un “bouton de réinitialisation” pour les cellules vieillissantes

De la revitalisation des battements cardiaques et l’accroissement de la longévité, à l’élimination des pathologies via l’édition génétique, les défis sanguins sont abordés avec de nouvelles solutions aussi vite qu’il nous est possible d’innover.

Bien que bon nombre des solutions que nous avons actuellement puissent traiter les pathologies sanguines de façon réactive, des chercheurs de l’Université de Lunds en Suède ont mis au point une méthode qui pourrait traiter les troubles sanguins de façon proactive.

Notre sang change à mesure que nous vieillissons en raison de l’épigénétique, un processus par lequel notre expression génétique est réduite ou activée au fil du temps, sans modification du code génétique lui-même. Avec ceci en tête, l’équipe de chercheurs de l’Université de Lunds a examiné les cellules souches hématopoïétiques (CSH) de souris âgées pour voir si celles-ci pourraient déverrouiller les mystères du vieillissement de nos cellules.

Les cellules CSH sont des progéniteurs de toutes les autres cellules sanguines. À mesure que nous vieillissons, les scientifiques croient que nos cellules vieillissent aussi. Le vieillissement des cellules sanguines signifie que nous sommes plus vulnérables à des maladies comme la leucémie, qui ciblent spécifiquement ces cellules. De même, les chercheurs ont observé une fonctionnalité réduite du sang de leurs souris vieillissantes.

Mais quand les vieilles souris se sont vues donner des cellules souches pluripotentes induites (IPS) – essentiellement un ensemble de cellules souches fraîches – quelque chose de tout à fait passionnant s’est passé. Les cellules IPS ont servi de « bouton de réinitialisation », reprogrammant les cellules souches du sang et déclenchant ainsi une sorte de rajeunissement.

Les chercheurs ont observé que les cellules CSH progénitrices des souris âgées ont commencé à produire des cellules sanguines fonctionnellement semblables à celles observées chez les souris plus jeunes.

Les données du groupe suggèrent que le vieillissement CSH peut être inversé par l’introduction de cellules IPS. Il est important de noter, cependant, que ces changements dans la production de cellules sanguines ne se produisent pas principalement en raison de mutations – mais en raison de changements épigénétiques dans l’expression des gènes au fil du temps. Avec leurs résultats encourageants, l’équipe de recherche est optimiste dans le fait d’être plus près de développer des thérapies qui pourraient réduire l’incidence des troubles sanguins, y compris les trois principaux types de cancers du sang et plus de 100 maladies liées au sang.

Traduction Thomas Jousse

Engadget, Nature, Futurism