Les ambitions de Huawei en matière d’IA

Le Chinois Huawei a de grandes ambitions pour affaiblir l’emprise américaine sur le leadership de l’IA

Le chinois Huawei a récemment fait la une des journaux pour une myriade de raisons, parmi lesquelles des accusations de fraude, le vol présumé de secrets commerciaux et sa domination croissante dans la 5G, qui ont toutes servi à alimenter les inquiétudes de longue date du monde occidental sur la menace pour leur sécurité.

Beaucoup moins de choses ont été écrites sur la stratégie d’intelligence artificielle du géant de la technologie. Mais dans une interview exclusive avec Xu Wenwei, directeur du conseil d’administration de Huawei et directeur de la stratégie et du marketing de l’entreprise, a vanté la portée de ses plans d’intelligence artificielle. C’est l’ingrédient final de l’hégémonie mondiale du géant de la technologie, qui n’a jamais été égalé par aucune autre entreprise.

Xu a déclaré que Huawei prévoit d’augmenter ses investissements dans l’intelligence artificielle et de l’intégrer à l’ensemble de l’entreprise pour “construire un portefeuille complet d’intelligence artificielle”. Comme Huawei est une entreprise privée, il est difficile de quantifier ses investissements technologiques. Mais les représentants de l’entreprise ont déclaré l’an dernier qu’elle prévoyait de doubler ses dépenses annuelles de R&D pour les porter entre 15 et 20 milliards de dollars. Cela pourrait propulser l’entreprise entre la cinquième et la deuxième place dans les dépenses mondiales de R&D. Selon son site Web, quelque 80 000 employés, soit 45 % de la main-d’œuvre de Huawei, sont affectés à la recherche et au développement.

La vision de Huawei s’étend des puces d’intelligence artificielle pour les centres de données et les appareils mobiles aux logiciels d’apprentissage en profondeur (deep learning) et aux services cloud qui offrent une alternative à ceux d’Amazon, Microsoft ou Google. La société étudie les principaux défis techniques, notamment en rendant les modèles d’apprentissage automatique (machine learning) plus efficaces en données et en énergie, et plus faciles à mettre à jour, a déclaré Xu.

Mais Huawei lutte pour convaincre le monde occidental qu’on peut lui faire confiance. Et l’IA ajoute une autre dimension à ces inquiétudes. Les services de machine learning constituent une nouvelle source de risque, car ils peuvent être exploités par des pirates informatiques, et les données utilisées pour former ces services peuvent contenir des informations privées. L’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle rend également les systèmes plus complexes et opaques, ce qui rend l’audit de sécurité plus difficile.

MIT Technology Review

Chine, nouveau centre mondial de l’espionnage de masse

Pendant longtemps, les Chinois se sont intéressés de près à l’industrie, aux infrastructures, aux évolutions scientifiques, aux brevets, au monde universitaire et au milieu dirigeant français. De nos jours, le Guoanbu (agence de sécurité et de renseignement civil de la République Populaire de Chine) a clairement accru ses prérogatives politiques et géopolitiques. Le service a la particularité de traiter ses sous-traitants régulièrement depuis des pays tiers et non sur le territoire national comme le font d’autres grandes puissances. L’état des lieux qui suit nous permettra de mieux rebondir sur le modèle de cybersurveillance sophistiqué chinois dans notre prochain numéro. Place aux récentes affaires d’espionnage de la Chine à l’étranger.

Contre-espionnage : soupçons ou flagrants délits d’espions chinois de ces derniers mois

En France, deux anciens agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ont été mis en examen et écroués en décembre 2017. Ils sont soupçonnés d’avoir transmis des informations sensibles sur les méthodes de travail du service de renseignement extérieur français au Parti communiste chinois (PCC). Si l’Élysée est toujours en alerte face aux espionnages chinois et encore récemment russe, les gouvernements successifs communiquent peu sur la surveillance de masse de la NSA ou alors avec des pincettes stériles.

Fin 2017, le parlementaire travailliste australien Sam Dastyaria a dû démissionner après avoir exprimé à un homme d’affaires chinois qu’il était dans la ligne de mire des services de renseignement de son pays. Il y a deux ans déjà, les services de renseignement d’Australie avaient alerté en vain des membres dirigeants du Parti libéral et Parti travailliste à propos de dons de deux milliardaires liés à Pékin. Une investigation a finalement été initiée en juin 2017 à l’initiative du Premier ministre Malcolm Turnbull. La loi réglementant l’espionnage et les dons venant de l’étranger devient de plus en plus rigide en Australie pour lutter contre les risques de vols d’informations.

Les États-Unis sont naturellement à l’affût de toute ingérence chinoise et n’hésitent pas à le faire savoir en médiatisant les espions de l’empire du Milieu pris la main dans le sac. Dès 2012, le FBI aurait découvert dans le bagage de Jerry Chun Shing Lee, un citoyen naturalisé américain et ex-agent de la CIA, des carnets avec des indications sur des employés et informateurs de ce service de renseignement civil américain. Six ans plus tard, en janvier 2018, le concerné est officiellement arrêté pour espionnage au profit de la Chine. En mai dernier, un autre ancien agent de la CIA s’est fait pincer en train de rassembler des informations secrètes afin de les transmettre au PCC. Un mois plus tard, Kevin Mallory, également ex-employé de la CIA et de la DIA (service de renseignement militaire), a été reconnu coupable d’espionnage par un jury fédéral de l’État de Virginie pour avoir transmis des documents confidentiels au gouvernement chinois. Mallory avait été contacté sur le réseau social professionnel LinkedIn pour se rendre plusieurs fois à Shanghai par la suite.

Ron Rockwell Hansen, encore un ex-officier de l’agence américaine de renseignement militaire, avait été arrêté un peu avant pour des accusations d’espionnage au service des mêmes Asiatiques. Pékin a nié en bloc. Il y a peu, Ji Chaoqun, un jeune Chinois de 27 ans arrivé aux USA avec un visa d’étudiant, a été accusé d’être un sous-traitant du gouvernement chinois. Arrêté le 26 septembre 2018 à Chicago, il aurait essayé de débaucher des scientifiques et ingénieurs américains après avoir réussi à intégrer l’armée de réserve US. Il est précisément soupçonné de collecte de données biographiques de huit citoyens, dont certains liés à la Défense étasunienne, au profit de Pékin. Un des officiers traitants de Ji Chaoqun a reconnu son activité d’espion lors de sa détention.

Espionnage politique et surveillance électronique

D’après le gouvernement US, le PCC cherche à approcher des Américains proches des instances politiques pour dérober des secrets commerciaux. En Europe, les services secrets chinois sont soupçonnés de créer de faux profils sur le réseau social professionnel LinkedIn ; des milliers de profils frauduleux auraient été identifiés. Des chercheurs, des administrations et des politiciens seraient contactés et une rémunération leur serait proposée en échange de rapports et de conférences effectués en Chine. Des cas précis ont notamment été détectés en Allemagne et en Grande-Bretagne. Sur une enquête de neuf mois, l’Office fédéral de protection de la constitution (BfV), le renseignement intérieur allemand, a conclu que plus de 10 000 citoyens outre-Rhin (surtout fonctionnaires, diplomates et hommes politiques), ont été contactés par de faux profils de chasseurs de têtes, consultants ou think tank, durant les neuf premiers mois de 2017 (sans suite dans 95 % des cas). Selon le BfV, cette tentative d’infiltration des services chinois au cœur de l’administration germanique serait destinée à collecter des données (contacts, habitudes, centres d’intérêt…) pour obtenir des informations sensibles des individus ciblés. Le PCC dément évidemment toutes ces allégations. En Suisse, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) confirme que des tentatives de ce style ont lieu dans plusieurs pays européens sur des parlementaires, des employés de l’administration, des militaires, des employés de banque, des académiciens, des salariés de centres de recherche…

Donald Trump et son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, ont également dénoncé les tentatives d’intrusions chinoises dans les élections. Alors qu’il fustige toute collusion présumée avec la Russie, Trump n’a aucun scrupule à accuser l’ennemi asiatique d’ingérence dans les élections US dans ses tweets. Il incrime notamment Pékin d’avoir piraté la messagerie de la pauvre et déchue Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle de 2016.

Direction l’Amérique latine. Le magazine Diplomat a publié les images satellites d’un radar ultramoderne supposément exploité par la Chine et situé près de la ville cubaine de Bejucal, à 20 km au sud de La Havane. Destiné à intercepter les moyens de radiocommunication, à détecter des missiles balistiques ou encore à espionner des satellites, les soupçons vont bon train. Les militaires américains se demandent qui a financé l’installation de ce radar de ses deux grands ennemis eurasiatiques russe et chinois. En 2016 déjà, le sénateur républicain de la Floride, Marco Rubio avait dénoncé la présence de Pékin et de ses appareils d’écoute à Bejucal (Cuba). Autre circonstance aggravante, cet abri de radar localisé à Cuba ressemblerait de très près aux photos d’un site militaire chinois présent sur l’une des îles en mer de Chine méridionale, selon le quotidien Philippine Daily Inquirer. À l’heure où la Chine devient un élément incontournable de la zone géoéconomique latino-américaine, les Yankees s’inquiètent de cette prépondérance qui affaiblit leurs positions dans leur pré-carré traditionnel (Radio Sputnik, 30/08/18).

L’Afrique n’est pas en reste, car il s’avère que les Chinois ont espionné le siège social de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba (Éthiopie) durant 5 ans, de 2012 à janvier 2017. L’immeuble en question, qui avait été offert par le PCC à l’UA il y a six ans de cela, était notamment truffé de micros (sous les bureaux et dans les murs). Depuis cette affaire, l’institution lésée s’est passée des Chinois pour la configuration de ses nouveaux serveurs et ne passe plus par Ethio Telecom, l’opérateur public de télécommunication d’Éthiopie. En effet, ce dernier collabore activement avec des compagnies localisées dans l’empire du Milieu, comme ZTE Corporation, Huawei Technologies et la Chinese International Telecommunication Construction Corporation. La très généreuse Chine communiste a régulièrement offert les services de ses ingénieurs à de nombreux pays d’Afrique subsaharienne pour construire des palais présidentiels, primatures et autres parlements. Comme pays concernés, relevons le Burundi, le Cameroun, la Mauritanie, le Togo, Djibouti, le Soudan, le Mozambique ou encore le Gabon. Les Chinois sont bien organisés. Ils emploient leurs compatriotes pour la main d’œuvre, octroient des prêts financiers à taux zéro via leurs institutions financières et font construire par des entreprises publiques chinoises en Afrique.

Espionnage industriel dans la technologie de pointe

Ces précarités africaines ont donné les moyens à Huawei de dominer le secteur téléphonique sur le continent, avec ses réseaux 3G/4G, des fibres télécoms et des téléphones portables, dont il possède 15 % du marché. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, CloudWalk Technology, acteur chinois majeur du secteur, s’est lié contractuellement avec le gouvernement du Zimbabwe pour mettre en place une reconnaissance faciale des individus aux aéroports et aux frontières. Un système qui sera élargi à grande échelle. Des programmes pilotes vont être lancés dans l’objectif de faire de ce pays une « Silicon Valley africaine » avec des technologies chinoises. Fausse bonne idée. L’année dernière déjà, le chinois Hikvision avait obtenu un marché pour la commercialisation de caméras de surveillance au Zimbabwe.

En Belgique, la Sûreté de l’État (service de renseignement civil) a expulsé en 2018 un Chinois travaillant depuis plusieurs années à l’Institut de microélectronique et composants (IMEC) de Louvain. Il serait un collaborateur de l’État chinois chargé de récolter des connaissances scientifiques et technologiques, ce qu’il a démenti. Dehors quand même. Un autre ressortissant du pays asiatique de 37 ans a été arrêté à Bruxelles en avril dernier pour soupçon d’espionnage industriel. On l’accuse d’avoir soudoyé un ingénieur de l’américain General Electric afin de soutirer des informations sur un nouvel alliage entrant dans la fabrication de turbines de réacteurs d’avion. Les USA ont demandé son extradition. Lors de l’interpellation, l’intéressé était accompagné d’un de ses compatriotes qui détenait 6 000 $ et 6 000 € euros en liquide. Ce dernier, qui n’a pu indiquer la provenance des fonds, a été relâché, mais inculpé pour blanchiment d’argent.

Ishiang Shih, un chercheur de l’Université McGill à Montréal (Canada), a été soupçonné cette année d’être un acteur d’un vol de technologie américaine sensible au profit de la Chine. Il aurait utilisé son laboratoire de recherche pour analyser un échantillon de circuits électroniques MMIC (circuit intégré monolithique hyperfréquence), particulièrement utilisés dans les équipements radars de l’armée US. Une belle histoire de famille, car son frère, Yi-Chi Shih, a également été épinglé par le FBI la semaine d’avant, soupçonné de vouloir obtenir cette fameuse technologie, dont une partie aurait déjà été envoyée, illégalement bien sûr, en Chine.

Christopher Wray, directeur du FBI, juge à ce propos que la menace la plus importante dans le domaine de l’espionnage économique provient de l’empire du Milieu. Selon lui, aucun secteur n’est épargné, « des graines de maïs de l’Iowa aux éoliennes du Massachusetts » (Radio Japon international, le 20/07/18). Le spécialiste chinois de l’éolien Sinovel a été condamné par la justice US en janvier 2018 pour hold-up de propriété intellectuelle à l’Américain AMSC. Client majeur de ce dernier, la compagnie chinoise leur a spolié la technologie de pointe pour produire ses propres turbines améliorées. Le dédommagement totalise 800 M $ à payer pour Sinovel. Un cas similaire de vol de brevet avait déjà eu lieu en octobre 2011, lorsque la société énergétique Westinghouse Solar avait porté plainte contre le chinois Zep Solar. Plus subtilement, la Chine tenterait d’accéder à la technologie et à la propriété intellectuelle américaines par l’entremise d’académiciens et de coentreprises (joint-ventures).

Les géants chinois du secteur de la vidéosurveillance, Hikvision (18 000 employés, coté à plus de 20 Mds $ en Bourse et implanté dans 17 pays) et Dahua Technology (22 bureaux à l’international et des ventes dans plus de 180 pays) sont respectivement numéro 1 et 2 mondiaux dans ces équipements. Hikvision a pour principal actionnaire la société publique, China Electronics Technology Group Corporation (fondée en 2002 par le gouvernement). Les USA sont également assez inquiets des failles, accidentelles ou intentionnelles, de ce genre d’équipements. Hikvision a donc été rayée de la liste des fournisseurs agréés pour équiper les organismes gouvernementaux US. Les caméras de la firme étaient par exemple utilisées par la police de Memphis (Tennessee) ou plus dangereux encore dans une base militaire du Missouri.

En s’appuyant sur 17 sources proches du renseignement et des entreprises, Bloomberg Businessweek a annoncé le 4 octobre 2018 que des espions chinois auraient infiltré la chaîne logistique de Supermicro (entreprise de matériel informatique). Des puces installées par une unité de l’Armée populaire de libération seraient donc présentes dans du matériel utilisé par une trentaine d’entreprises et des agences fédérales américaines. Les concernés nient ou ne préfèrent pas commenter pour le moment.

Facebook [cf. notre dossier sur l’entreprise] a admis avoir partagé les données de ses utilisateurs avec les Chinois Huawei (qui a démenti) Lenovo, OPPO ou encore TCL. Les accords de Facebook passés avec les sociétés chinoises permettaient à ces dernières d’obtenir des éléments détaillés sur les utilisateurs de leurs appareils, comme des informations sur leurs proches, leurs études, leur parcours professionnel, leur situation de famille, leurs centres d’intérêt… Des clauses similaires avaient été passées avec le Canadien de la téléphonie BlackBerry à l’époque.

Les États-Unis, de même que l’Union européenne, ont particulièrement en ligne de mire les géants de la téléphonie Huawei et ZTE, deux des plus grandes firmes chinoises du secteur des télécoms. Et c’est compréhensible : Huawei (troisième plus gros vendeur de smartphones au monde, présent dans 170 pays) traîne une réputation d’espion industriel et de pompeurs de données des pays et consommateurs auxquels il vend ses routeurs (Diplomatie les grands dossiers n° 44, avril-mai 2018, p.31). Le fondateur et patron de Huawei, Ren Zhengfei, est d’ailleurs un ancien ingénieur et officier de l’Armée populaire de libération. Un C.V. qui, en soi, fait frissonner tout républicain américain qui se respecte.

Les directeurs du FBI, de la CIA et de la NSA ont alarmé le Sénat des dangers de l’utilisation des produits du constructeur Huawei, à cause de risques d’espionnage peu détectables du PCC. Le Pentagone a proscrit les appareils de ZTE et Huawei dans la totalité des bases américaines présentes à l’international. Les USA soupçonnent la société chinoise Huawei de travailler en sous-main pour les autorités politiques de son pays pour espionner et récolter les datas de ses utilisateurs via ses smartphones. Le Congrès US a fait pression sur les opérateurs cellulaires pour interdire tout produit commercialisé par cette firme sur le territoire outre-Atlantique. Tout partenariat avec des firmes comme Huawei ou China Mobile entraînerait une impossibilité d’accès à des marchés publics. La CIA, la NSA et le FBI soutiennent que Huawei a par le passé partagé des informations sensibles avec Pékin. Et n’oublions pas le crime de lèse-majesté : Huawei et ZTE auraient travaillé avec l’Iran sous embargo (pays constamment sous sanction depuis l’avènement de la République islamique chiite en 1979).

Ces sentences sur les sociétés chinoises sont également à analyser sous l’angle de la guerre économique. Washington cible ces technologies pour freiner le développement très subventionné du mobile chinois (Diplomatie les grands dossiers n° 45, juin-juillet 2018, p.34). En effet, ZTE serait apparemment en bonne voie de commercialiser le premier smartphone compatible avec la technologie 5G d’ici fin 2018 ou début 2019, devançant ainsi les leaders Samsung et surtout Apple. Les États-Unis ont interdit aux sociétés américaines de vendre des composants et des logiciels à l’équipementier télécom chinois pour entraver ses avancées technologiques. La mise en place de la 5G ne doit pas se faire en collaboration avec des Chinois selon le Congrès US, car les entreprises sont jugées trop proches du pouvoir communiste. Mais cette volonté d’interdire aux fournisseurs américains de vendre des composants électroniques à ZTE pourrait être contreproductive à moyen terme pour leurs intérêts, car elle pourrait accélérer l’émancipation de la Chine vis-à-vis des marques nord-américaines, et ainsi priver les sociétés US spécialisées dans la haute technologie du marché de consommateurs le plus important au monde.

À ce propos, le déploiement de l’Internet mobile ultrarapide 5G se généralisera partout dans le monde d’ici 2025. Les pays les plus avancés sont la Chine et la Corée du Sud qui vont lancer leurs téléphones 5G fin 2018, avec une couverture du réseau prévue pour l’année prochaine. Le monde des télécoms asiatiques (Samsung, Huawei, Wiko, Nokia, Sony, etc.) a devancé les autres nations dans l’intégration du nouveau réseau sur ces terminaux. La dernière étude d’Ericsson précise que près d’un milliard d’abonnements à la 5 G sont prévus à l’horizon 2023 dans le monde. La plupart d’entre eux (676 millions) seront basés en Asie-Pacifique alors qu’environ un quart des abonnements mobiles (170 millions) seront basés en Amérique du Nord. Les États-Unis suivront la couverture 5G d’ici 2020, de même que certaines grandes villes des pays de l’UE. Selon l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA), ces nouveaux réseaux mobiles poseront également des risques encore plus élevés que la 4G (déjà vulnérable) en termes de sécurité informatique.

Alors que les sociétés Huawei et ZTE avaient des projets conséquents en Australie, elles se sont également vues empêchées de fournir leurs équipements sur le territoire et ont été mises sur la touche pour mettre en place le réseau 5G australien. Un risque pour la sécurité nationale a été mis en avant, sans nommer directement les entreprises en question, pour clore définitivement toute ambition. Les services de renseignement australiens avaient déjà annoncé détenir des éléments crédibles sur les liens entre Huawei et le troisième Département de l’APL, autrement dit la branche cyberespionnage de l’armée chinoise, selon le professeur Clive Hamilton (auteur du livre Silent Invasion : China’s Influence in Australia, en français « Invasion silencieuse : L’influence de la Chine en Australie »). Cette année également, le Royaume-Uni et le Canada s’inquiètent grandement de la possibilité d’espionnage difficilement détectable de Huawei, qui se retrouve décidément dans tous les viseurs occidentaux.

Et pendant ce temps-là dans la France de la Maçonnerie, les services de renseignement et l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) se tirent les cheveux. Le Groupe PSA a concrétisé un accord conclu fin 2017 avec Huawei pour équiper des véhicules haut de gamme autour d’une plateforme CVMP (Connected Vehicle Modular Platform). C’est notamment le modèle DS7 Crossback qui est concerné, celui-là même faisant partie des véhicules des membres du gouvernement français. Le groupe PSA assure que les échanges seront cryptés et rappelle que Huawei n’a pas accès aux clés de chiffrement. Mais un tel système dans une voiture connectée pourrait être détourné pour épier des conversations dans le véhicule, pour géolocaliser en temps réel des personnalités politiques ou autres, etc. Le contrat donne l’opportunité au groupe automobile français de s’implanter sur marché chinois, cependant la naïveté de nos « élites » politiques fait tellement de peine que nous serons obligés de traiter le sujet de la colonisation numérique de l’Hexagone dans une étude ultérieure.

En tout cas, voici le lourd bilan de l’espionnage international chinois qui couvre une douzaine de mois à peine.

À suivre.

Franck Pengam – Extrait de Géopolitique Profonde n°7

Facebook, le plus gros collecteur de données personnelles au monde

La société Facebook est un « service d’espionnage » selon le lanceur d’alerte Edward Snowden. Les propos de cet individu mériteraient d’être bien intégrés dans les crânes atlantistes des pouvoirs publics français et européen. Les affaires récentes touchant cette entreprise localisée dans la Silicon Valley nécessitent de faire le point.

Un quart de la population mondiale utilise Facebook, du jamais vu. L’entreprise est sur le point de devenir plus puissante que la National Security Agency (NSA) et pourrait devenir « le sous-traitant gouvernemental le plus puissant au monde » d’ici 10 ans, selon John Robb, un ancien agent antiterroriste du Commandement des opérations spéciales des États-Unis et conseiller de longue date du renseignement militaire américain. Facebook a d’ailleurs des liens certains avec l’état profond anglo-saxon qui compte bien utiliser la colossale manne d’informations de la plateforme pour accroître le contrôle et la surveillance politique. L’entreprise de Mark Zuckerberg (5e fortune mondiale) occupe également une position privilégiée pour devenir le premier fournisseur mondial de services d’information pour les gouvernements du monde.

La surveillance de masse a d’ailleurs été récemment entérinée par le droit américain. Les autorités US ont promulgué une loi renouvelant le programme de surveillance d’Internet par la NSA pour une durée de six ans. Créé après les attentats du 11 septembre 2001 et formalisé dans la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA), le programme permet à la NSA d’examiner sans mandat les communications effectuées en dehors des États-Unis via des plateformes telles que Facebook ou Google, et d’en collecter les informations. Les flux échangés par des Américains, sur leur territoire ou en dehors, pourraient également être pistés si un lien peut être effectué avec des cibles étrangères (Radio Chine internationale, le 20/01/18).

Le fichage minutieux de Zuckerberg 

Quand on parle du réseau social Facebook, il faut y rattacher également les messageries WhatsApp et Messenger, ainsi que la plateforme Instagram, destinée au partage de photos et de vidéos.

Les paramétrages par défaut des Facebook et autre Google sont intrusifs vis-à-vis des données personnelles des utilisateurs. Il s’agit donc de faire quelques manipulations dans les paramètres pour y échapper quelque peu. Mais la société de Zuckerberg sauvegarde tous les éléments passant sur sa plateforme : les personnes qui ne font plus partie de la liste d’amis, les anciennes relations amoureuses, les ex-employeurs, les précédents noms et les métadonnées des photos postées (le modèle de l’appareil photo, l’exposition, l’orientation, l’ouverture, la vitesse d’obturation, la longueur focale et l’adresse IP de téléchargement). C’est probablement la première fois dans l’histoire humaine qu’une décennie complète de données relatives comportement humain est stockée.

La société est capable de déterminer les éléments du quotidien avec précision (domicile, lieu de travail, trajet habituel, heures de réveil et de coucher…). Parmi les données aspirées, même lorsque Facebook est fermé, on compte l’adresse IP de l’ordinateur, la géolocalisation, l’adresse email, le trajet de la souris d’ordinateur sur l’écran, le temps passé sur telle ou telle partie d’une page Web, sur tel produit, etc. Facebook récupère toutes les données disponibles sur les autres sites ouverts sur l’ordinateur et sur le téléphone grâce à ses algorithmes. Les boutons Facebook « J’aime » ou « Partager » qui apparaissent sur de nombreux sites contraignent également le navigateur Internet à transmettre des données de l’internaute vers la société, et ce même s’il n’a pas cliqué dessus.

La reconnaissance faciale de la plateforme Facebook est de plus en plus au point. Sans aucune intervention humaine, ses algorithmes sont capables d’identifier automatiquement les utilisateurs sur toutes les photos publiées sur le réseau social. De même que le dernier téléphone iPhone X d’Apple, qui a une technologie 3D pour la reconnaissance faciale, avec un projecteur déployant 30 000 points invisibles sur le visage de son utilisateur pour le modéliser en profondeur. Le Center of Privacy and Technology de l’Université Georgetown Law (Washington) avait déjà signalé en 2016 que 117 millions d’Américains (environ la moitié des adultes du pays) figuraient, à leur insu, dans des bases de données permettant la reconnaissance faciale utilisées par le FBI. Nous pouvons modestement soupçonner que les instances gouvernementales US échangent des éléments avec les géants du numérique pour croiser leurs informations.

Selon Forbes, la discrète entreprise israélienne de surveillance Terrogence, fondée par un ancien officier des services de renseignement israéliens, utilise la base de données massive des plateformes Facebook, YouTube et d’autres sites Internet depuis cinq ans. Son objectif est de collecter des visages pour son système de reconnaissance faciale nommé Face-Int. Le système a été racheté en 2017 par Verint Systems, une société US initialement israélienne (Comverse Technology, Inc.), qui fournit des services à la NSA, à la marine US et à des agences de sécurité et de renseignement. La société israélienne Onavo (rachetée fin 2013 par Facebook) a généré une application de protection mobile considérée comme une « machine interne à espionner » permettant d’identifier les applications utilisées par un individu.

Selon le docteur dîneur du Siècle Laurent Alexandre, les milliards de données qui composeront notre dossier médical ne pourront être analysés que par des IA. Les deux groupes numériques les plus investis dans la santé sont IBM et Google, mais Microsoft, Facebook, Amazon ou encore Baidu se sont également engagés très sérieusement dans le secteur (L’Express, 27/12/17). Le développement de la génomique, des neurosciences et des capteurs électroniques connectés surveillant la santé, devrait bouleverser le domaine médical.

Sur mobile, Facebook scanne l’intégralité des conversations (appel et texte), les photos, vidéos, et tout fichier ou lien échangés sur sa messagerie Messenger. Des modérateurs analysent tout et bloquent ou retirent les contenus s’ils le jugent nécessaire. L’IA de Facebook commence à faire le travail de modération et de censure automatique sur les contenus qu’elle juge « inappropriés ». Le réseau conserve également toute trace d’appels téléphoniques et SMS, sans mention préalable et indépendamment des applications Facebook et Messenger. Des éléments qui ne sont pourtant pas mentionnés sur la page du site dédié au sujet. Selon Vice, des éléments de conversations téléphoniques peuvent être captés par Facebook lors d’un simple appel pour proposer des messages sponsorisés adaptés. Quand un usager synchronise ses contacts téléphoniques avec le réseau social, les adresses email et les numéros de téléphone de toutes ses connaissances enregistrées sont collectés, ainsi que toute autre information présente sur l’appareil. Les internautes non-inscrits sur la plateforme Facebook voient donc leurs datas également aspirées. Par ailleurs, si l’utilisateur a fourni son numéro de téléphone au moment de l’inscription ou de l’activation de l’authentification à deux facteurs du site Facebook, le profil social associé peut être retrouvé en tapant le numéro de mobile dans le moteur de recherche de Facebook.

Des chercheurs en cyber sécurité de l’Université de la Ruhr (Allemagne) viennent de révéler une faille sur l’application mobile WhatsApp, pourtant réputée pour être sécurisée (chiffrement de bout en bout). Cette brèche permettrait d’accéder au contenu des conversations chiffrées des utilisateurs de la messagerie. Le risque serait tout de même limité du fait que le pirate doit intégrer la discussion du groupe qu’il cible préalablement. Dans tous les cas, cette messagerie instantanée transfère à son propriétaire Facebook toutes les données de ses utilisateurs, selon Paris Match. Sont transmis les numéros de téléphone et surtout toutes « les informations relatives aux habitudes d’utilisation », sans l’accord de l’utilisateur. Le seul moyen d’y échapper est de supprimer son compte WhatsApp. Un autre défaut a été identifié sur Facebook par une équipe de chercheurs américains, français et allemands. Il permettait de transmettre aux annonceurs les numéros de téléphone portable des usagers par le biais d’un outil de ciblage pour les audiences personnalisées. Depuis la fondation du réseau à Harvard en 2004, le site Tech Crunch comptabilisé 39 incidents critiques en matière de protection des données privées des utilisateurs de Facebook.

Facebook a déposé un brevet en 2016 pour pouvoir activer le micro d’un smartphone à l’aide d’un son inaudible pour l’humain (diffusé à la télévision par exemple) et récupérer les données enregistrées. D’autres brevets prévoient de prédire l’avenir d’un utilisateur en analysant publications, messages, dépenses bancaires et localisation ou encore de déterminer quels amis une personne côtoie le plus en analysant les localisations des téléphones. Le réseau asocial a récemment reconnu avoir partagé les données de ses utilisateurs avec le constructeur Huawei, ainsi qu’avec d’autres entreprises chinoises telles que Lenovo, OPPO ou TCL. Zuckerberg ne gagne clairement pas des points d’amitié avec Trump, qui a récemment interdit les appareils fabriqués par Huawei pour cause de soupçons d’espionnage. La firme chinoise s’est défendue des accusations de collecte et stockage de données des utilisateurs de Facebook. Le New York Times a aussi signalé que Facebook avait partagé les données de ses utilisateurs avec 60 constructeurs de smartphones (Apple, Microsoft, HTC, Samsung) durant dix longues années de pillage de data. On comprend pourquoi le niveau de capitalisation boursière de cette société d’à peine plus de 25 000 employés est aussi élevé, et ce malgré l’affaire Cambridge Analytica, qui a fait passer la cote de 538 Mds $ à 445 Mds $ entre le 19 et le 28 mars 2018.

En parlant de cette dernière polémique qui n’a étonné que les moins avertis, le magazine scientifique international New Scientist a découvert une base de données accessible de 3 millions d’utilisateurs Facebook, avec des éléments intimes sur chaque profil. Comme pour le « scandale » Cambridge Analytica, c’est un quiz de personnalité de l’application myPersonality qui a permis d’établir des profils. Des renseignements « hautement sensibles » des résultats de tests psychologiques étaient donc facilement accessibles depuis 4 ans, car mal sécurisés. Bien que ces datas soient anonymes, il était apparemment aisé de recouper les données du test avec l’identité de l’individu l’ayant effectué. Facebook a suspendu myPersonality le 7 avril 2018 suite à son enquête sur les applications violant ses règles d’utilisation. Ce sont 200 applications de ce type qui ont été récemment mises hors service par la société californienne.

Mark Zuckerberg s’est adressé à certains membres du Parlement européen

Publicité, dissimulation, addiction… un modèle de société exemplaire

Sur Internet, la plupart des sites vous demandent d’accepter des « cookies », un petit fichier stocké sur l’ordinateur ou le téléphone par les sites que vous visitez. S’ils sont déjà partiellement utilisés par les publicitaires comme des mouchards implantés au sein du navigateur, il existe d’autres types de mouchards qui collectent bien plus d’informations comme les « scripts de traçage ». Selon une étude de Cliqz de 2017, 77 % des 440 millions de pages vues par 850 000 personnes analysées contenaient des mouchards. Les outils publicitaires de Google comme DoubleClick, Google Publishers Tag et Google Tag Manager représentent 48 % des pages Internet et sont présents sur quasi deux tiers des pages visitées par les participants à l’expérience à grande échelle loin devant Facebook. Mais ce dernier peut, comme Google, suivre et étudier en détail les pratiques de navigation de leurs utilisateurs. Le modèle économique de ces sociétés repose quasiment entièrement sur la commercialisation des données personnelles de ses utilisateurs vers les annonceurs (entreprises qui font de la publicité ciblée sur le réseau social). Plus de 98 % des revenus de Facebook en 2017 (39 Mds $) proviennent la vente des éléments des profils personnels à des annonceurs, dont 88 % viennent des publicités sur appareils mobiles. De plus, la société acquiert régulièrement des datas à des tiers pour alimenter son intelligence artificielle.

Depuis plusieurs mois, Facebook est préoccupé par l’effondrement contextuel (context collapse), autrement dit, du fait que les utilisateurs du réseau sont plus mesurés dans la publication des détails intimes de leur vie. De plus, les flux d’actualités sont envahis par les médias et les entreprises, ce qui rend les audiences plus passives et ne bénéficient pas à son business model. Effectivement, les « murs Facebook » affichent bien plus de liens vers des sites Web tiers que d’éléments de vie personnelle; ce qui n’arrange pas la société numérique. La plateforme va donc dorénavant donner la priorité aux messages des amis sur le fil d’actualités, plutôt qu’aux contenus postés par les marques privées et les médias. Pour l’exemple, si Facebook devait rémunérer ses utilisateurs pour l’exploitation de leurs données personnelles, il devrait verser au total près de 350 000 Mds $, selon le chercheur Olivier Auber.

De même, les applications représentent la majorité du temps passé sur les appareils mobiles, qui se répartit entre seulement 5 applications (85 % du temps des utilisateurs selon comScore). Les géants du high-tech sont donc également à la recherche de stratégies pour dépasser cette crise de l’engagement sur les applications. Alors que ces entreprises s’appuient sur un nombre conséquent d’applications différentes pour atteindre un maximum d’audience, la crise d’engagement de plus en plus forte met tout leur écosystème en danger. Pour dépasser le phénomène, WeChat, Google, Facebook ont pour objectif d’intégrer des mini applications au sein même de leurs applications (BI Intelligence, « La fin des applications », 08/09/17).

Les plateformes telles que Facebook sont pensées pour être addictives. À haute dose et à long terme, elles déchirent le tissu social et créent des effets addictifs néfastes, comme l’ont récemment dénoncé d’anciens cadres de l’entreprise. C’est bien souvent les personnes qui connaissent le mieux les nouvelles technologies informatiques, parce qu’ils les ont créées, qui sont les premières à s’en détourner et surtout à préserver leur progéniture d’une exposition précoce. En effet, l’addiction aux technologies est créée de toute pièce. Depuis longtemps déjà, les comportementalistes ont théorisé comment conditionner l’Homme avec diverses méthodes de stimulation. La logique a été poussée au maximum aujourd’hui : les besoins d’interactions sociales, de reconnaissance, la capacité à nous laisser distraire, les limites de notre mémoire, la vitesse et la surcharge d’informations, tout est étudié par la captologie. Conçue par les comportementalistes, elle est devenue une science à part entière en s’appuyant sur des techniques de persuasion prenant acte de l’impatience, l’insatisfaction ou encore l’info-dépendance présentes dans nos sociétés. L’objectif des annonceurs et autres publicitaires étant de susciter l’attention de l’individu cible pour créer addictions et frustration entraînant mécaniquement une baisse de l’attention et un engagement temporel conséquent sur les réseaux sociaux.

En 2016 en France, les adultes passaient 3 h 58 heures par jour en moyenne devant un écran d’ordinateur ou de smartphone et 3 h 51 devant une télévision quasiment dans le même temps. Une étude de la Radiological Society of North America affirme que les personnes les plus dépendantes à Internet et au smartphone ont des scores significativement plus élevés dans la dépression, l’anxiété, l’insomnie et l’impulsivité. C’est en ce sens que Tristan Harris, ingénieur et ancien « philosophe produit » de Google, a déclaré que « la technologie détourne nos esprits ». Ancien promoteur des nouvelles technologies, il en est aujourd’hui un farouche opposant sous prétexte qu’elles seraient au service exclusif de la publicité. Il a même créé un site Internet dédié à cette lutte pour que les plateformes technologiques cessent de détourner les esprits et pensent plus au bien-être humain.

Google et Facebook sont des « infomédiaires », c’est-à-dire qu’ils organisent le contenu produit par d’autres. Leur réussite économique s’appuie sur la captation des revenus publicitaires grâce à des technologies de ciblage alimentées par la collecte des données personnelles de leurs utilisateurs. À eux deux, ils représentaient 84 % des dépenses de publicité en ligne dans le monde en 2017 (Chine exceptée), selon une étude de GroupeM. Facebook est d’ailleurs dépendant de la publicité à hauteur de 97 % de son chiffre d’affaires (Conflits n°17, avril-mai-juin 2018, p.24). Pour la première fois en France, ce marché de la publicité sur Internet a dépassé celui de la publicité télévisuelle, avec 3,5 Mds € d’investissement en 2016, et particulièrement grâce à l’efficacité des algorithmes (qui affichent des bannières correspondant à nos intérêts).

Facebook compte également s’inscrire dans la hiérarchisation de l’information pour que certains contenus n’apparaissent pas ou moins dans les fils d’actualités. Ce sont les utilisateurs du réseau social eux-mêmes qui pourront juger du degré de fiabilité d’une information présente sur la plateforme. De plus, Facebook travaille main dans la main avec la Commission européenne contre les fake news et ferait preuve d’un certain zèle pour censurer et supprimer des contenus sur demande du gouvernement israélien et américain. Le financement de la presse mainstream française par Zuckerberg a notamment été mis en place pour contrer les « contenus sales », comme celui que vous lisez actuellement.

Après l’État, la publicité, le complexe militaro-industriel et le secteur bancaire, c’est maintenant au tour de Facebook de venir sauver financièrement les médias français nuls et déficitaires. Selon une étude de Nicolas Becquet, de l’Observatoire européen du journalisme, entre 100 000 et 200 000 € mensuels renouvelables tous les six mois sont distribués à des journaux tels que TF1Le FigaroLe Parisien ou Le Monde pour qu’ils produisent du contenu directement sur le réseau social. Au vu de la purge par laquelle s’est illustrée Facebook cette année sur les contenus idéologiquement déviants (MarsaultNordPresseÉgalité & Réconciliation, etc.), il semble a contrario essentiel de ne pas trop être dépendant de ces entreprises de la Silicon Valley, clairement engagées politiquement. Facebook peut également ralentir les flux de publications des mal pensants sur son réseau, comme l’a montré le cas des liens du site de l’ancien diplomate et blogueur subversif britannique Craig Murray. Google et Facebook ont d’ailleurs annoncé la couleur en déclarant que le point de vue des médias russes ne doit pas avoir le même degré d’impact que celui des médias occidentaux sur leur plateforme. Au moins c’est dit.

La branche française du réseau asocial est dirigée par le sous-préfet sarközyste Laurent Solly, membre de l’obédience maçonnique Grand Orient de France et du club élitiste Le Siècle (Faits & Documents n° 451, mai 2018, p.12). Autant dire la crème de la crème. La suppression pure et simple des pages Facebook des Identitaires et de l’opération Defend Europe, ni illégale ni violente jusqu’à preuve du contraire, traduit les orientations du réseau envers les idées mal pensantes. Les pages ont été retirées sur demande de la Dilcrah, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti LGTB, créée sous le règne de Sarkozy en 2012 et directement rattachée au Premier ministre depuis 2014 sous Hollande.

La propagande numérique au service du politique ou l’hypocrisie de l’oligarchie occidentale

Cambridge Analytica était initialement une simple entreprise Psyops, c’est-à-dire qu’elle fournissait des prestations d’ingénierie sociale afin de provoquer un changement de sentiment de masse en gagnant les cœurs et les esprits. Le principal problème est que cette puissante entreprise de relations publiques a surtout été utilisée par des individus appartenant aux tendances de droite alternative conservatrice. Grosse erreur que la presse libérale-libertaire très neutre s’est empressée de condamner. Surtout que l’infernal Trump aurait utilisé les services de cette compagnie en 2016 pour remporter les élections américaines. Il n’en fallait pas plus pour activer la cabale médiatique mondiale.

Depuis 2013, Cambridge Analytica, filiale de la société privée britannique SCL Group, recueillait à des fins de publicité politique les informations personnelles de dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook. C’est le département SCL Elections de l’entreprise qui trace les éléments numériques (achat, activité sur Internet) pour détecter les électeurs potentiels. Beaucoup d’informations ont été tirées de Facebook sans que les utilisateurs n’en soient informés dans le but de dresser le « portrait psychographique » de l’électeur type américain. Le détournement de 87 millions de profils Facebook aurait été effectué par la société afin d’influer sur la campagne présidentielle américaine. Déjà précédemment, les psychologues de l’Université de Cambridge avaient légalement collecté des données Facebook à des fins de recherche à partir des mentions « j’aime » de la plateforme. Ils ont pu réaliser des études pionnières sur les traits de personnalité, la tendance politique, la sexualité et d’autres caractéristiques individuelles. Cambridge Analytica a ensuite engagé le Dr Aleksandr Kogan, chercheur de cette même université, pour affiner la récolte de nouvelles données Facebook pour leur prestation.

Le fait que Cambridge Analytica ait travaillé activement avec des candidats de tendance conservatrice s’explique par le fait que son principal investisseur était le milliardaire du même courant Robert Mercer, bon ami de l’eurosceptique Nigel Farage (créateur du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni ou UKIP). La société a également compté comme clients le candidat républicain à la présidence Ted Cruz, l’ancien ambassadeur américain à l’ONU John Bolton et l’ex-conseiller déchu du président américain, Steve Bannon. En pleine guerre de l’information, des milliardaires de tendance conservatrice font face aux libéraux libertaires en mettant la main sur des entreprises clefs pour promouvoir leur ingénierie sociale. SCL Group-Cambridge Analytica, qui fournit des prestations dans le civil et dans le secteur militaire, peut être considéré comme une tendance alternative au sein de l’État profond, qui agit au cœur des gouvernements pour influer sur les opinions publiques en faveur d’un conservatisme sociétal.

Au Royaume-Uni, l’entreprise avait également recueilli des données pour préparer le référendum sur le Brexit. La société aurait récolté des données personnelles de 2,7 millions d’Européens. Avant que cette affaire n’éclate, Facebook avait déclaré publiquement que son investigation personnelle n’avait pas permis de trouver de preuves de l’ingérence lors du vote du Brexit. Cambridge Analytica aurait illégalement faussé le référendum de 2016 sur le Brexit en exploitant les données des profils Facebook, selon Christopher Wylie, ancien salarié de l’entreprise mise en cause. Lors d’une audition devant des députés britanniques, il a expliqué les liens et le partage de données entre la firme et la société d’analyse du Web canadienne Aggregate IQ, qui travaillait pour la campagne pour une sortie de Britannique de l’UE. Des accusations niées par le PDG de Cambridge Analytica, Alexander Nix. Les équipes de Google n’ont pas trouvé de preuve d’ingérence de la Russie sur YouTube dans la campagne du référendum sur le Brexit. Dieu merci. Mais des études ont signalé que de nombreux faux comptes Twitter avaient été créés depuis la Russie pour relayer et amplifier les messages pour la sortie de l’UE.

Mais l’utilisation de données à des fins électorales recueillies sur Facebook et autres réseaux sociaux « a commencé avec la première campagne de Barack Obama en 2008 et s’est accentuée en 2012 », selon le Huffington Post. Les mêmes médias qui avaient loué l’audace de la stratégie numérique à l’époque se sont scandalisés du cas Cambridge Analytica parce qu’il a profité à Trump… Ou la pleurnicherie à deux vitesses. La pratique d’achats de fichiers ciblés a également été largement utilisée durant la campagne présidentielle Macron, en 2017. À partir des données des Pages blanches et de l’Insee, l’entreprise Self Contact a obtenu un fichier de 19 millions d’adresses de citoyens français. Pour un montant de 240 000 €, une opération de marketing politique téléphonique a été lancée auprès d’environ six millions de personnes. L’oligarchie s’est peu émue de l’absence de diabolisation de la pauvre société Self Contact.

Les seules conclusions honnêtes à tirer sont que Facebook vend les données des internautes à n’importe quel camp politique tant que celui-ci paye. Une étude de Bloomberg révèle que le parti politique eurosceptique AfD (Alternative pour l’Allemagne), le Parti national écossais, le président philippin Rodrigo Duterte alias The Punisher, le président argentin Mauricio Macri, le Premier ministre indien Narendra Modi, l’ancien président US Obama, et même l’actuel président Trump, ont tous basé leur campagne électorale sur les conseils avisés d’une cellule secrète de Facebook. La cellule permet notamment de mettre en place une armée de « trolls »  pour diffuser la propagande numérique de ses clients. Point d’écho au sein des rédactions des journaux déficitaires bien-pensants.

Et ce n’est pas fini. Courant 2018, Google, Facebook et Twitter ont signé des accords avec l’Institut national électoral mexicain (INE), l’organisation chargée d’organiser des élections au Mexique, pour une campagne d’orientation des résultats des élections législatives du 1er juillet 2018. Ceci se fait évidemment sous couvert de combattre les « fausses nouvelles » et toutes les niaiseries connexes. Facebook se voit donc fournir par l’INE des données en temps réel sur les élections et même un espace physique dans ses bureaux. Des accords similaires ont été conclus et annoncés avec Google et Twitter peu de temps après une conférence coorganisée à Mexico par l’INE, avec des hauts cadres de ces sociétés numériques et le National Democratic Institute (NDI), un tentacule de la CIA idéologiquement lié au Parti démocrate et dirigé par l’ancienne secrétaire d’État criminelle, Madeleine Albright. La conférence était intitulée « L’Amélioration de la conversation électorale : des alternatives pour combattre la désinformation ». Tout un programme.

Conclusion : Zuckerberg, président du monde libre ?

Quelques indices laissaient penser que le milliardaire fondateur de Facebook était un potentiel présidentiable, avant l’affaire Cambridge Analytica. Zuckerberg a effectivement embauché de célèbres conseillers en communication et marketing politique. Il s’agit de David Plouffe, Amy Dudley et Joel Benenson, ex-conseillers des démocrates Obama et Hillary Clinton, ainsi que de Ken Mehlman, ex-conseiller de Georges W. Bush. Dès 2016, le PDG de Facebook avait transmis aux autorités financières américaines un document lui permettant de se présenter à un éventuel mandat politique tout en le cumulant avec ses activités entrepreneuriales. Alors qu’il se revendiquait athée jusqu’à fin 2016, Zuckerberg a également commencé à affirmer ses liens importants avec la foi juive dès son enfance selon France Info et adresse depuis publiquement ses vœux pour toutes les fêtes juives (Faits & Documents, n° 445, 15/01/18 – 31/01/18, p.8). Il a finalement effectué une tournée très politique dans une trentaine d’États américains durant l’année 2017. Que d’ambitions pour finalement chuter comme Icare.

Extrait de Géopolitique Profonde n°6 (été 2018).

Huawei se prépare aux chefs suprêmes robots et à la communication avec les morts

Le géant chinois Huawei se prépare à un monde post-humain où les gens vivent pour toujours, les morts hantent les ordinateurs et les robots essaient de tuer les humains.

Huawei est surtout connu comme l’un des plus grands producteurs mondiaux des équipements de réseau à large bande et des smartphones. Mais le Président Kevin Ho a déclaré à la Conférence CES Asia à Shanghai que l’entreprise utilisait des films de science-fiction comme « The Matrix » pour envisager les tendances futures et les nouvelles idées commerciales.

« La faim, la pauvreté, la maladie ou même la mort ne devraient plus poser de problème d’ici 25 ans à partir de maintenant » dit-il. « Dans le futur, vous serez en mesure d’acheter de la capacité calcul qui servent de substituts afin de passer du monde physique au monde numérique ».

Il a décrit un avenir où les enfants pourraient utiliser des applications comme WeChat pour interagir avec les grands-parents morts, grâce à la possibilité de télécharger la conscience humaine dans les ordinateurs. Toutes ces technologies exigeraient des quantités énormes de stockage de données, ce qui pourrait générer du business pour Huawei, a-t-il ajouté.

Ho a également fait référence à une scène dans « The Matrix » où un personnage télécharge la possibilité de piloter un hélicoptère.


Comment télécharger des connaissances à votre cerveau


Dans la Silicon Valley, les entreprises comme Google ont discuté de la planification à long terme pour une société post-humaine, tandis que Calicot et Peter Thiel ont tous deux soulevé la perspective de l’immortalité. Le fondateur de SpaceX Elon Musk a depuis longtemps le but de transporter l’humanité pour coloniser d’autres planètes.

Mais il est rare que des entreprises technologiques chinoises établies comme Huawei fassent des préparatifs d’affaires basés sur des possibilités intangibles auxquels sont confrontées les espèces. Ho dit que les films SF ont aidé son équipe à envisager de nouvelles gammes de produits.

« Nous avons besoin d’authentification, d’une meilleure protection de la technologie et d’une défense à distante – nous développons tous cela dès maintenant. »

Bloomberg News