Pourquoi la révolution de la voiture électrique pourrait prendre beaucoup plus de temps que prévu ?

Une nouvelle analyse du MIT contredit fortement la conclusion selon laquelle les véhicules électriques pourraient être aussi bon marché que leurs rivaux à essence au cours des cinq prochaines années.

Les véhicules électriques ne seront jamais aussi bon marché que leurs concurrents à essence, dans la mesure où ils utilisent des batteries lithium-ion.

Pourquoi ? Le problème est que la baisse constante du coût de ces batteries est susceptible de ralentir dans les prochaines années à mesure qu’elles approchent des limites fixées par le coût des matières premières, disent les chercheurs du MIT.

Ces résultats contredisent fortement ceux d’autres groupes de recherche, qui ont conclu que les véhicules électriques pourraient atteindre la parité de prix dans les cinq prochaines années.

Le transport est la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis, et il n’y a aucun moyen d’atteindre les réductions nécessaires pour éviter des niveaux dangereux de réchauffement planétaire sans passer par des véhicules et des systèmes de transport en commun plus propres.

Malgré cela, un nombre croissant de constructeurs se tournent vers les véhicules électriques, proposant différents modèles à différents prix. Mais cette étude montre que nous avons besoin d’une révision parallèle des systèmes électriques utilisés pour les charger.

→ L’étude du MIT “Insights into Future Mobility” – Présentation générale (PDF)Étude complète (PDF)

MIT Technology Review

L’apartheid climatique va faire basculer 120 millions de personnes dans la pauvreté d’ici 2030

L’apartheid climatique est imminent. Seuls les riches survivront.

Un rapport de l’ONU prévoit que les populations pauvres de la planète ne pourront pas échapper au pire de la crise climatique.

Si la catastrophe du changement climatique mondial se poursuit sans être maîtrisée, de vastes régions du monde deviendront probablement plus hostiles et beaucoup moins hospitalières pour l’humanité.

Lorsque cela se produira, un fossé encore plus profond se creusera entre les nantis et les démunis de la planète, car de nombreuses personnes se retrouveront sans les moyens d’échapper aux pires effets de la crise climatique, selon un nouveau rapport publié par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui décrit un “apartheid climatique” imminent.

Alors que les riches déménagent dans des zones habitables plus chères, le rapport prévoit que 120 millions de personnes seront plongées dans la pauvreté d’ici 2030 en raison du changement climatique. Beaucoup d’autres mourront.

Le rapport décrit comment les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres du monde sont responsables de dix pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tandis que les dix pour cent les plus riches de la population mondiale sont responsables de la moitié.

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

« Perversement, les plus riches, qui ont la plus grande capacité d’adaptation, qui sont responsables de la vaste majorité des émissions de gaz à effet de serre et qui en ont tiré profit, seront les mieux placés pour faire face au changement climatique », a écrit Philip Alston, responsable des droits humains et de la pauvreté aux Nations Unies dans son rapport, “tandis que les plus pauvres, qui ont le moins contribué aux émissions et ont le moins de capacité à se protéger, seront les plus touchés”.

Dans le rapport, Alston écrit comment l’accès des riches aux ressources vitales a amené l’humanité à s’adapter à la crise climatique dans la mauvaise direction – au lieu d’agir pour prévenir ou inverser le pire du changement climatique, les riches peuvent se permettre d’éviter personnellement ce problème.

“Une dépendance excessive à l’égard du secteur privé pourrait conduire à un scénario d’apartheid climatique dans lequel les riches paieraient pour échapper au réchauffement, à la faim et aux conflits, tandis que le reste du monde en souffrirait”, écrit Alston.

CNN, ONU

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

Une analyse australienne bouleversante sur le changement climatique a de mauvaises nouvelles : la civilisation humaine est sur le point de s’effondrer d’ici 2050 si l’on ne s’attaque pas à la menace imminente du changement climatique.

L’analyse conclut que le changement climatique est un risque de sécurité nationale actuel et existentiel qui menace l’extinction prématurée de la vie intelligente provenant de la Terre ou la destruction permanente et radicale de son potentiel de développement futur souhaitable.

En d’autres termes, le monde est sur la voie de la fin de la civilisation humaine et de la société moderne telle que nous l’avons connue.

D’ici 2050, les systèmes humains pourraient atteindre un point de non-retour dans lequel la perspective d’une Terre largement inhabitable conduirait à l’effondrement des nations et de l’ordre international.

Comment tout peut s’effondrer

Par conséquent, le document appelle à une mobilisation d’urgence de la main-d’œuvre et des ressources à l’échelle de la société, d’une ampleur comparable à celle de la mobilisation d’urgence de la Seconde Guerre mondiale, affirme le document.

Une partie de cette solution consisterait en une construction de type approvisionnement en énergie sans dioxyde de carbone et en un plan semblable à celui du Plan Marshall, ainsi qu’une électrification majeure visant à mettre en place une stratégie industrielle sans émission de carbone.

L’objectif : limiter le réchauffement climatique à seulement 1,5 degré Celsius, et non aux trois degrés Celsius dont les rapports précédents font état.

Même pour un réchauffement de 2 ° C, il faudra peut-être reloger plus d’un milliard de personnes. Dans les scénarios les plus extrêmes, l’ampleur des destructions dépasse notre capacité de modéliser la probabilité de la fin de la civilisation humaine, indique le rapport.

Vice, National Centre for Climate Restoration Australia

De la rareté des ressources aux paris sur l’avenir

Guillaume Pitron livre avec La guerre des métaux rares1 la synthèse d’une enquête de plusieurs années sur les nouveaux équilibres géopolitiques et les problèmes environnementaux auxquels nous confronte la convergence des technologies vertes avec les technologies numériques. Ces dernières étant non seulement supposées optimiser les premières, mais également œuvrer à la dématérialisation des flux, on pourrait s’attendre à l’avènement d’une croissance mondiale décarbonée, présentée comme « propre » et durable par ses promoteurs. Mais c’est sans compter avec la matérialité bien tangible des métaux rares nécessaires à l’ensemble de ces technologies, dont nous feignons d’ignorer l’impact sur la terre et les gens comme si, par exemple, le cloud était une sorte de saint-esprit sans support physique. Or nous ne sommes qu’au début du paradoxe de la transition énergétique, dont la consommation ne cesse de croître : la dernière étude de Greenpeace estime que le secteur numérique représente déjà 7% de la consommation mondiale d’électricité… tout en encourageant ce secteur à se tourner vers les énergies renouvelables2. Le travail de Guillaume Pitron inviterait justement à douter de l’évidence de cette recommandation (qui n’est d’ailleurs pas contredite par les géants du numérique, pressés de se mettre au diapason vert des marchés du moment). Contre toute attente, il existe même quelques convergences entre certains courants écologistes et transhumanistes3. Les solutions transhumanistes au problème écologique vont de la modification de l’environnement (géo-ingénierie par exemple) à la modification de l’empathie et de la morale humaine (moral enhancement). Elles ne remettent pas en question la capacité de la technologie à surmonter la finitude terrestre en explorant l’univers.

Voyons plutôt où mène l’examen de l’industrie des métaux rares. Tout le monde se souvient de l’usine de Rhône-Poulenc de la Rochelle qui, au début des années 90, était le premier traiteur et fournisseur mondial de terres rares4 (à côté des activités textiles, agrochimiques et pharmaceutiques du groupe, nationalisé en 1982 et privatisé en 1993, et auquel succéda Aventis en 1998). Les Français s’inquiétaient à l’époque du traitement des déchets radioactifs générés par l’usine. Le problème du traitement des déchets n’a pas été résolu, mais les temps ont changé. En 2010, c’est la Chine qui détenait 95% du marché mondial des métaux rares5. Sous la pression des citoyens, des riverains, et des écologistes, tout comme sous la pression des marchés financiers mondialisés, les activités d’extraction minière et de raffinage – confrontées à une demande mondiale exponentielle – furent délocalisées et alimentèrent l’illusion occidentale des technologies propres. Guillaume Pitron, qui est allé voir sur place, donne une toute autre version de ce « cauchemar environnemental où se côtoient – pour ne citer qu’eux – rejets de métaux lourds, pluies acides et eaux contaminées. (…) En ce sens, la transition énergétique et numérique est une transition pour les classes les plus aisées : elle dépollue les centre-villes, plus huppés, pour mieux lester de ses impacts réels les zones plus miséreuses et éloignées des regards6. » En conséquence de quoi l’auteur propose de réouvrir les mines sur le sol français, à l’encontre des militants écologistes, afin que les citoyens et gouvernements aient à nouveau « sous leurs fenêtres », dit-il, les conséquences intenables du mode de production et de consommation actuel et prennent les responsabilités qui vont de pair. Une proposition de bon sens pour réintégrer les externalités dans le bilan final. Les standards européens sont, de fait, plus exigeants que les standards chinois et la confrontation directe avec les problèmes environnementaux pousseraient peut-être les consommateurs à exiger la fin de l’obsolescence programmée. C’est du moins là-dessus que l’on peut spéculer.

Or il se pourrait que cette idée – défendue par Emmanuel Macron – soit prise au sérieux, non pas tant par souci de l’environnement que pour retrouver dans le domaine des métaux rares une souveraineté perdue, essentielle en termes de stratégie économique et militaire. Ce livre conte l’ascension fulgurante de la Chine dans le monopole mondial des métaux rares, qui explique sa position actuelle de première puissance informatique au monde – exploit conjugué à son bilan écologique catastrophique. Ayant compris qu’elle n’avait aucun intérêt à rester le fournisseur de matières premières à bas prix qu’elle avait été jusqu’alors et ayant pris la mesure de la fin annoncée des énergies fossiles, la Chine a provoqué des embargos sur ses exportations de terres rares, attiré les industriels étrangers sur son territoire en les alléchant par un accès aux matières premières et passé avec eux des partenariats de « co-innovation » qui lui permirent de s’approprier les technologies de pointe, de garder la main sur la valeur ajoutée et d’investir ensuite dans ses propres laboratoires de recherche. L’Union Européenne, le Japon et les États-Unis furent pris de vitesse et l’attaquèrent d’ailleurs devant l’OMC pour ses quotas d’exportation7. La Chine remplaça alors ses quotas par un système de licences. Mais le chantage chinois « technologies contre ressources8 » inspira d’autres pays émergents…

Comme le rappelle Guillaume Pitron, devant la raréfaction de ces ressources difficiles à extraire de la croûte terrestre, certains lorgnent déjà les gisements marins et la captation d’astéroïdes. La question que personne ne pose volontiers est la suivante : « Combien faut-il d’énergie pour produire de l’énergie ?9 » Car les procédés d’extraction capables d’atteindre l’espace ou le fond des océans ne sauraient être eux-mêmes gratuits et écologiquement inoffensifs, ils ne font que décupler le challenge énergétique. Ainsi la question des limites de la croissance ne fait que reculer indéfiniment son échéance jusqu’à l’acculement ultime. Comme le résumait Philippe Bihouix : « Nous faisons face à [ces] deux problèmes au même moment, et ils se renforcent mutuellement : plus d’énergie nécessaire pour extraire et raffiner les métaux, plus de métaux pour produire une énergie moins accessible10. » Ce n’est pas tout : l’impact écologique des voitures électriques, panneaux solaires ou éoliennes est, selon certains calculs, peu concluant considéré sur l’ensemble d’un cycle de vie, même si l’empreinte carbone est moindre. Si l’on ajoute à ce bilan pas si glorieux l’effet rebond (selon lequel un équipement technologique plus efficace et plus rentable s’accompagne en fait d’une hausse de consommation et non de la diminution attendue) – duquel l’auteur de la Guerre des métaux rares ne fait pas mention – alors le battage médiatique et les formidables investissements que mobilisent les énergies renouvelables semblent une cruelle escroquerie effectuée sur le dos des populations des pays émergents, qui, certes, voient leur niveau de vie s’élever au rythme de la croissance mondiale, mais en ignorant la facture ultime de cette amélioration relative.

Il ne resterait, pour non pas empêcher mais ralentir cette échéance, que le recyclage. Or lui-même a un coût si prohibitif que l’on investit peu dans cette filière. Les alliages et matériaux composites, les multicouches à l’origine de propriétés extraordinaires des objets modernes sont difficiles à séparer et nécessitent de repenser les modes de fabrication, afin de prendre en compte dès la conception la perspective du recyclage en fin de vie. Le recyclage de matériel électronique exige des opérations chimiques polluantes destinées à séparer les composants. Des méthodes plus propres et prometteuses sont toutefois en cours de recherche. Le caractère apparemment écologique et charitable de la volonté de rendement (rendre accessible à plus de monde des produits informatiques ou de l’énergie bon marché avec moins de risques sanitaires et écologiques) ne saurait masquer l’enjeu capitaliste : produire, vendre et consommer toujours plus. Dans ces conditions, même le recyclage intégral ne compenserait pas l’augmentation constante de la consommation globale et l’apparition régulière de nouveaux gadgets, tels la cigarette électronique. Les annonces d’Apple sur le recyclage des iPhones représentent en effet une goutte d’eau dans les chiffres de la consommation électronique. La directive européenne DEEE de 2002, qui transfère la responsabilité du recyclage aux fabricants reste suivie d’effets très insuffisants et les fabricants ont plus intérêt à fabriquer de nouveaux appareils à l’aide de matériaux partiellement recyclés qu’à récupérer les pièces et réparer les vieux. Il y a fort à parier que des techniques propres et efficaces de recyclage ne seront étudiées et mises en œuvre à grande échelle que lorsque les ressources disponibles seront épuisées (c’est à dire lorsque le coût d’extraction des ressources disponibles sera devenu supérieur à celui de l’exploitation des montagnes de déchets accumulées entre temps), ce qui laisse augurer d’une situation planétaire infernale, chaque parcelle de terre ayant été exploitée au maximum, avec une humanité dépendante de machines qui seront devenues omniprésentes et hypersophistiquées, mais peut-être privées de l’énergie nécessaire à leur entretien… Nous devrions alors nous contenter d’un stock de ressources limité à gérer parcimonieusement et à se disputer âprement entre terriens, loin des rêves de conquêtes spatiales. Enfin, aucun recyclage n’est intégral, son écobilan n’est jamais nul et les matériaux recyclés peuvent être de qualité inférieure. Georgescu-Roegen l’exprimait de cette manière imagée : « Nous pouvons ramasser toutes les perles tombées par terre et reconstituer un collier cassé, mais aucun processus ne peut effectivement réassembler toutes les molécules d’une pièce de monnaie usée11. » Il précisait qu’il ne s’agit pas d’exclure en principe la reconstitution d’une structure matérielle, mais que « si en pratique de telles opérations sont impossibles, c’est seulement parce qu’elles réclameraient un temps pratiquement infini12. » On ne reconstitue pas miraculeusement des stocks naturels qui ont mis des millions d’années à se constituer.

Georgescu-Roegen démontra implacablement pourquoi la dégradation de l’environnement était liée à un principe d’entropie irréversible (« la seule loi naturelle dont la prédiction n’est pas quantitative13 ») mais accéléré par les activités humaines et constamment ignoré par les économistes orthodoxes, qui ne s’intéressent ni à l’input des ressources ni à l’output des déchets. Selon lui, les limites du progrès technologique seront données par le coefficient de rendement énergétique qui ne saurait être exponentiel sans rendre la production incorporelle, ce que prétend sans le savoir « le sophisme de la substitution perpétuelle14» qui ne tient pas compte du coût énergétique croissant de l’accès à de nouvelles énergies. Ce modèle suppose, en somme, une croyance surnaturelle exactement là où il se prétend le plus scientifique. La promotion de l’extropie – antonyme de l’entropie – développée dans le journal et l’institut du même nom, et formalisée par Max More en 1998 dans Les principes extropiens15 se fonde, quant à elle, exclusivement sur un article de foi dans le progrès technologique illimité. Elle ne constitue en rien une réponse scientifique aux travaux de Georgescu-Roegen et aux objections de nombreux physiciens.

Guillaume Pitron ne prône pas la décroissance, ne s’exprime pas sur les principes de la thermodynamique et ne tire aucune conclusion prospective. C’est au lecteur de le faire. La situation qu’il décrit ne nous confronte pas seulement au délire d’une croissance qui ne s’arrête jamais et se croit capable d’inventer sans cesse à mesure de ses nouveaux déficits. Elle nous ramène aussi au pari transhumaniste, celui qui propose de risquer le va-tout pour atteindre peut-être « la maturité technologique » capable de résoudre un jour des problèmes aujourd’hui insolubles. Au-delà du risque brandi par certains de l’avènement d’une intelligence artificielle maligne, c’est le problème platement physique des ressources qui se pose déjà. Un problème trop terre-à-terre ? La focalisation sur le développement de l’intelligence occulte la question d’une barrière énergétique infranchissable dans les conditions physiques connues. Le technoprogressisme ne donne aucun scénario vraisemblable de réponse à l’accroissement exponentiel de la demande d’énergie que suppose sa vision. Au mieux, il affirme son engagement écologique sur le mode religieux du déni green tech exposé plus haut et choisit de croire qu’il existe quelque part dans le futur un degré de développement technologique capable d’inverser une équation tenue par les physiciens pour impossible, à savoir l’accès à une source d’énergie à la fois propre, gratuite et illimitée.

Le paradoxe formulé par le prix Nobel de physique Enrico Fermi en 1950 – s’étonnant de l’absence de signes extraterrestres, compte tenu de la très haute probabilité de civilisations extraterrestres plus anciennes que la nôtre – a suscité un nombre considérable d’hypothèses. Une solution fut celle formulée par l’astrophysicien Haqq-Misra et le géographe Baum16, qui considéraient les paramètres de croissance durable ou non durable comme une explication plausible soit de l’échec (en raison d’un effondrement de leurs écosystèmes), soit de la lenteur (en raison d’une croissance ralentie ou bloquée) de civilisations extraterrestres à coloniser l’espace jusqu’à nous. Le physicien Gabriel Chardin a émis récemment une hypothèse similaire : « Sous l’hypothèse apparemment raisonnable d’un taux de croissance de la consommation et de l’utilisation des ressources de 2 % par an, la durée d’épuisement des ressources de la Terre est de quelques centaines d’années, avec une large marge d’incertitude. Pour l’Univers observable tout entier, curieusement, l’estimation est plus précise : entre 5 000 et 6 000 ans, à très peu de chose près… (…) Autrement dit, une croissance de 2 % par an poursuivie pendant quelques millénaires grille presque nécessairement le système planétaire qui en subit l’expérience17. »

Ces hypothèses ne sont pas apocalyptiques, au sens où elles ne postulent pas l’extinction inéluctable de l’espèce humaine (du moins une extinction d’origine anthropique). En revanche elles suggèrent qu’une croissance rapide est à coup sûr incompatible avec la colonisation de l’espace ou même avec l’accomplissement d’un progrès technologique qui sera pris de court par sa propre accélération. Seul un rythme d’innovation ralenti, déconnecté d’intérêts marchands et financé par des fonds publics, éloigné d’applications de masse et faisant l’objet de délibération éthique et politique aurait peut-être une chance de favoriser le progrès technologique à long terme. La course en avant chargée de nous donner la solution toujours repoussée à des problèmes toujours plus gros semble par contre aller droit dans le mur. Mais notons que ce n’est pas sûr : personne ne connaît la structure ultime de l’univers. Georgescu-Roegen concluait ses travaux sur cette alternative : « Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire !18 » Cet avertissement pose d’une manière plus aiguë que jamais l’enjeu de choix politiques fondés sur des paramètres inconnus et peut-être inconnaissables ou impossibles à mesurer.

Sandrine Aumercier

1Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares – La face cachée de la transition énergétique et numérique, Éditions Les Liens qui Libèrent, Paris, 2018.

2« Impact environnemental du numérique : il est temps de renouveler Internet », 10 janvier 2017

3Marc Roux, « Transhumanisme et écologie », 11 avril 2016

4Dominique Challiol, « Déchets : une solution en vue pour l’usine Rhône-Poulenc de la Rochelle », Les Echos, 24 mai 1991.

5Bertrand d’Armagnac, « Grandes manœuvres autour des métaux rares », Le Monde, 03 février 2010.

6Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, pp. 80-81.

7Dominique Albertini, « Les terres rares, un facteur majeur de la puissance chinoise », Libération, 14 mars 2012.

8Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, p. 151.

9Ibid. p. 220.

10Philippe Bihouix, « Du mythe de la croissance verte à un monde post-croissance », in Crime climatique stop , Collectif, Seuil, Paris, 2015.

11Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, Sang de la Terre, Paris, 2011, p. 105.

12Ibid., p. 105.

13Ibid., p. 98.

14Ibid., p. 113.

15Principes transhumanistes d’Extropie

16Jacob D. Haqq-Misra et Seth D. Baum, « The Sustainability Solution to the Fermi Paradox », Journal of British Interplanetary Society, vol. 62,‎ 2009.

17Gabriel Chardin, « Le paradoxe de Fermi et les extraterrestres invisibles », Libération, 2 mai 2015.

18Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, op. cit., p. 149.

La guerre des métaux rares

La face cachée de la transition énergétique et numérique

Transition énergétique, révolution numérique, mutation écologique… Politiques, médias, industriels nous promettent en chœur un nouveau monde enfin affranchi du pétrole, des pollutions, des pénuries et des tensions militaires. Cet ouvrage, fruit de six années d’enquête dans une douzaine de pays, nous montre qu’il n’en est rien !

En nous émancipant des énergies fossiles, nous sombrons en réalité dans une nouvelle dépendance : celle aux métaux rares. Graphite, cobalt, indium, platinoïdes, tungstène, terres rares… ces ressources sont devenues indispensables à notre nouvelle société écologique (voitures électriques, éoliennes, panneaux solaires) et numérique (elles se nichent dans nos smartphones, nos ordinateurs, tablettes et autre objets connectés de notre quotidien). Or les coûts environnementaux, économiques et géopolitiques de cette dépendance pourraient se révéler encore plus dramatiques que ceux qui nous lient au pétrole.

Dès lors, c’est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte – le récit clandestin d’une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d’une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu’à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre.

“Le secteur des technologies de l’information et de la communication produit ainsi 50% de plus de gaz à effet de serre que le transport aérien! Cercle vicieux!”

Journaliste pour Le Monde Diplomatique, Géo ou National Geographic (il est notamment lauréat de l’édition 2017 du Prix Erik Izraelewicz de l’enquête économique, créé par Le Monde), Guillaume Pitron signe ici son premier ouvrage. La géopolitique des matières premières est un axe majeur de son travail. Il intervient régulièrement auprès du parlement français et de la Commission européenne sur le sujet des métaux rares.

Extrait ↓

Les algues génétiquement modifiées : la clé des biopiles solaires de demain ?

Les cellules photovoltaïques biologiques sont des piles à combustible utilisant la capacité de photosynthèse de certains microorganismes pour générer de l’électricité. Un nouveau modèle utilisant des algues génétiquement modifiées s’est révélé plus performant que les précédents, non seulement pour la production d’énergie mais aussi parce qu’il permet son stockage.

Développée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, cette nouvelle pile à combustible alimentée par des algues est 5 fois plus performante que les précédents modèles. Au-delà d’une performance accrue, cette pile a un rendement supérieur et est plus facile à utiliser.

Ces piles à combustibles aux algues, décrites dans la revue Nature Energy sont des cellules photovoltaïques biologiques, parfois aussi appelées cellules photovoltaïques de type organique (ou biological photovoltaic ou BPV en anglais). Elles captent l’énergie solaire et la transforment en énergie électrique en utilisant les capacités de photosynthèse de micro-organismes tels que les algues. C’est une source alternative d’énergie à la fois écologique et rentable.

La variante développée par l’équipe de Cambridge utilise des algues génétiquement modifiées qui, du fait d’une efficience accrue, réduisent la perte d’énergie électrique par dissipation pendant le processus de photosynthèse.

Enhancing power density of biophotovoltaics by decoupling storage and power delivery.
Credit Department of Biochemistry – University of Cambridge

De plus, dans les versions précédentes de pile photovoltaïque biologique, la charge (captation de l’énergie solaire et génération des électrons), et le transfert de l’énergie produite dans le circuit électrique se font dans un même compartiment : les électrons génèrent du courant là où ils sont produits. Dans cette nouvelle approche, les chercheurs ont développé un système à 2 compartiments, séparant de fait la charge et le transfert de l’énergie dans le circuit électrique.

Charge et transfert d’énergie ont souvent des besoins contradictoires ou pour le moins différents, a expliqué, dans un communiqué de presse, Kadi Liis Saar du département de chimie de l’université de Cambridge. “Par exemple, l’unité de charge doit être exposée au soleil pour permettre un chargement le plus efficient possible, alors que l’unité de transfert qui fonctionne quelle que soit la luminosité doit être optimisée pour convertir des électrons en courant électrique avec la perte d’énergie la plus faible possible”.

Ce modèle améliore la performance et permet le stockage : l’énergie générée pendant la journée peut être stockée et utilisée la nuit ou en l’absence de soleil. Des piles sans capacité de stockage ne sont pas adaptées à une diffusion large et à un usage commercial.

Aujourd’hui, ces piles bio solaires ne sont pas encore assez puissantes pour être d’une grande utilité ; bien que leur densité énergétique de 0,5 watts par m2 soit cinq fois celle d’autres piles à algues, ce n’est encore seulement qu’un dixième de la densité énergétique des piles photo voltaïques classiques.

Wattway une route solaire intégrant des cellules photovoltaïques

Dans leur configuration actuelle, ces piles à algues ne vont probablement pas alimenter de grands réseaux à court terme. Cependant les auteurs soulignent leur potentiel pour des utilisations plus modestes moins gourmandes en énergie dans des pays à fort ensoleillement et sous-développés en termes d’infrastructures comme l’Afrique. Dans la forte mouvance actuelle de remplacement des énergies fossiles par les énergies renouvelables, elles pourraient contribuer au stockage de l’électricité.

traduction Véronique Guiberteau Canfrère

Phys, Cambridge, Nature

Transhumanisme : l’homme dans la tourmente

Le Transhumanisme

Les plus illustres scientifiques croyaient en une entité supérieure, une intelligence qui dictait les phénomènes découverts. Plus ils entraient dans cet univers que seul un esprit pourvu de questionnements pouvait sonder, plus ils se confortaient dans une foi. Ils étaient fascinés par ce qu’ils observaient et il n’y avait rien de plus fort que la croyance en un Dieu créateur pour soulager la fièvre que provoquaient ces découvertes. Éclairés par cette cause première de toutes choses, ils ne cessaient de s’émerveiller de ce que la nature soit intelligible à l’homme. Nicolas Copernic, Johannes Kepler, Galilée, William Harvey, Robert Boyle, John Ray, Isaac Newton, Louis Pasteur, William Thomson Kelvin et Albert Einstein nous ont apporté la vision actuelle de notre environnement et pourtant, tous croyaient en Dieu.

Au début du XXème siècle, la sécularisation (1) apparaît sous la pression d’une forte expansion scientifique – la religion s’efface en emportant avec elle l’humilité qu’elle conférait à ceux qui découvraient. Des scientifiques comme Haldane amorcent des idées où l’homme pourra contrôler son évolution en réalisant des mutations génétiques grâce à la fécondation in vitro – nous goûtons à l’ère industrielle qui nous propulsera jusqu’à aujourd’hui. En 1932, Aldous Huxley entr’ouvre une porte au grand public sur des idées dystopiques d’une société anesthésiée par le progrès scientifique avec l’apparition de son célèbre ouvrage : Le meilleur des mondes. Fin des années 60, de nouveaux mouvements religieux (NMR) comme l’astrologie, voyance, réincarnation, télépathie, expérience de mort imminente, pratiques spirites, groupes syncrétiques d’origine orientale (néo-bouddhisme, néo-hindouisme), New Age, etc. voient le jour.

Est-ce un hasard si c’est à cette même époque que Julian Huxley (biologiste et frère d’Aldous Huxley) nous a fait découvrir le mot transhumanisme ? Cette philosophie avait son autoroute toute tracée pour venir s’implanter dans notre quotidien. Nous pouvons penser qu’avec la perte d’humilité, scellée par la religion dans le cœur des plus curieux de l’époque, l’homme s’est découvert créateur. Il est convaincu de sa singularité et se crée une foi – celle de lui-même. Les outils qu’il façonne à l’aide des sciences vont tordre l’espace-temps, bouleverser son habitat et propulser sa propre condition vers un éclatement qu’il ne contrôlera plus.

Cet emballement est à l’image du monde qu’il a fait naître – un monde des finances qui étouffe la condition humaine où l’essentiel est oublié : être libre. Cette folle envie inconsidérée de tout maîtriser nous emprisonne dans un individualisme – charriant notre égo nous abîmons notre condition humaine.

Cependant, le transhumanisme des années 70, individualiste et libertarien, a évolué pour devenir aujourd’hui sensible aux aspects sociaux, sanitaires et environnementaux (2) – technoprogressisme ou transhumanisme démocratique. Ce mouvement transhumaniste même sous une forme modérée qu’une partie du milieu médical favorise, va nous conduire sur le chemin du libre échange du corps et de l’esprit : le posthumain.

Aujourd’hui

Nous sommes familiers aux idées d’une augmentation des performances et ces derniers temps le mot transhumanisme ne nous est plus étranger. Une société qui reconnaît le premier – le meilleur – mais jamais le deuxième, une société qui nous rend angoissés par les frustrations du perdant, génère une fuite du réel vers un monde artificiel que nous pouvons maîtriser en étant le meilleur.

Cette frénésie, qui soulage la souffrance de ne pas pouvoir exister suffisamment dans le monde réel, nous ôte le lien social – nous nous enfonçons dans un artefact de la vie à coup de réseaux sociaux, jeux vidéos, écrans simulant la réalité, achats en ligne, télétravail, etc. Nos politiques nous tournant le dos, ce sont les GAFA qui se présentent à nous – devenus hétéronomes (3) à leurs technologies, nous fabriquons avec ces outils notre bonheur artificiel.

Aujourd’hui, penser co-évoluer avec ces techniques ne nous paraît pas extraordinaire et pour nous en convaincre, considérons la liste ci-dessous :

Prolongation de la vie,
Amélioration physique,
Amélioration cognitive,
Biométrie,
Amélioration émotionnelle,
Téléchargement de l’esprit,
Ingénierie génétique, biologie de synthèse,
Création de tissus,
Nanotechnologies, augmentations, implants, puces,
Intelligence artificielle,
Robotique,
Exploration de l’espace,
Réalité virtuelle, augmentée, mixte,
Informatique Quantique,
Nourriture synthétique – légumes modifiés,
Blockchain,
Clonage.

Êtes-vous catastrophés ?

Prenons de la hauteur et évaluons le temps qu’il nous a fallu pour passer de ces idées folles à leurs concrétisations sur l’échelle de l’humanité. Je vous invite pour cela à faire un focus sur une période de la vie d’un homme ; nous y sommes presque !

Continuons à zoomer et vous voilà en 2008, au moment de souffler vos 51 ans (si vous êtes né (e) en 1957) – c’est ce temps-là qu’il a fallu pour arriver à cloner des embryons humains à partir de cellules de peau (4). Cet exemple, représentatif de la rapide évolution de ces idées transhumanistes, nous semblait incontestablement faire partie d’une fiction cauchemardesque : nous sommes face au clonage reproductif où l’égoïsme est sublimé.

Maintenant, imaginez la même évolution sans les « lock-in » (5) de l’époque : bienvenue chez les GAFA (6). Car, au moment même où nous philosophons, Facebook et son PDG Mark Zuckerberg viennent d’annoncer lors de leur conférence annuelle les différents projets en développement et notamment : une interface cerveau-machine (7). Comprenez que nous sommes en plein cœur de cette course technologique qui permettra d’augmenter l’homme et de diffuser encore un peu plus les idées transhumanistes dans notre vie quotidienne – Ray Kurzweil et la Singularity University (8), Facebook et le B8 (9) en sont les plus représentatifs.

Hier, le transhumanisme comme pensée idéologique sur l’amélioration de l’homme devient aujourd’hui un courant politique, économique et financier. Et il n’est pas seulement à craindre pour l’humanité mais aussi pour notre environnement : l’ensemble commence déjà à vaciller. Car même si les plus climato-sceptiques ont l’argument lourd pour déresponsabiliser l’activité humaine sur les bouleversements environnementaux, on observe une accélération des catastrophes (tsunamis, ouragans, canicules, séismes, Ebola, etc.) (10).

Dans tous les cas, il y aura un besoin phénoménal en énergie que nous ne parviendrons pas à obtenir sans aggraver la situation.

Nous sommes dans une mauvaise dynamique ; tout du moins nos élites : « l’hyperglobalisation a donc transformé l’économie mondiale en un système géant hautement complexe qui connecte et décuple les risques propres à chacun des secteurs critiques […]».(11)

L’environnement, l’énergie et l’humain sont au bord d’un predicament (12).

Demain

Interconnecté, élaboré sur le même modèle et charriant notre anthropodicée (13), l’homme se dirige vers une bouffissure artificielle – un monde structuré par des algorythmes.

Le monde dans lequel nous vivons s’est construit depuis le début du XXème siècle (ère industrielle) sous une nouvelle forme : la mondialisation. Loin des tentatives d’unification de Charles Quint et décriée par les altermondialistes, elle a su s’imposer comme modèle économique. Ce phénomène a eu un impact multiple : culturel, politique, géographique et sociologique.

« La mondialisation est inéluctable et irréversible. Nous vivons déjà dans un monde d’interconnexion et d’interdépendance à l’échelle de la planète. Tout ce qui peut se passer quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout ailleurs. Lorsque les mesures à adopter ont évolué dans un endroit donné, il faut prendre en compte les réactions dans le reste du monde. Aucun territoire souverain, si vaste, si peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Notre dépendance mutuelle s’exerce à l’échelle mondiale […] » (14).

Comprenons que nous sommes de plus en plus cantonnés au périmètre délimité par de puissantes holdings. La finance vient d’actionner le levier idéologique du transhumanisme pour investir la révolution industrielle (15) qui a déjà commencé. Seulement, si la spéculation est trop forte, le sort de l’humain risque de voler en éclat.

Demain, notre pensée sera déposée dans une clé USB (16), uploadable, nous pourrons ainsi changer d’enveloppe ou encore diffuser notre pensée dans la toile interconnectée qu’on nous aura tissée.

Ne vous méprenez pas, les GAFA mettent énormément d’argent et d’énergie pour y parvenir : neurone formel, perceptron, etc. sont des sujets exploités. (17)

Cependant, il nous faudra dépasser ce qui fait de nous des humains pour accepter ce monde artificiel : la critique et le désir d’être libre.

L’homme dans la tourmente

Qu’est-ce que l’homme, au sens intergenre ? Pour répondre à cette question, il faut avoir le cœur sensible au mouvement humaniste. Nous nous définissons « homme » par notre humanité et c’est cela même qui nous fait nous interroger sur les risques de cette transhumance. Pierre angulaire des mouvements traitant d’éthique, la question de savoir si nous allons perdre notre humanité est au centre de la tourmente.

L’humanité désigne une vie qui conscientise sa condition d’être ; libre et critique – l’homme en représente toutes les caractéristiques. Ce modèle ne sépare pas le corps de l’esprit comme l’envisage le transhumanisme. « L’”Homme” n’est pas une “nature” ou une “essence”. Il est la cristallisation généalogique provisoire et instable d’une forme de vie en évolution (…) » (18).

Le gnosticisme (19) considère le corps et la vie terrestre comme une prison dont l’homme doit se libérer pour être sauvé. C’est de ce postulat ésotérique que le mouvement transhumaniste base ses idées les plus dangereuses.

Si nous reprenons l’exemple de la reproduction de la conscience, actuellement, avec la duplication des neurones formels sous des modèles mathématiques complexes, il n’est pas possible de créer une conscience sans considérer dans son ensemble le cerveau (la matière) et la pensée – des interactions entre les deux sont observées. Pour les chercheurs les plus vigilants, il est possible de créer une structure qualitative du vécu mais sans obtenir une conscience (20).

Malheureusement, c’est avec des artefacts comme décrits précédemment que le transhumanisme veut construire un futur artificiel.

Ne sous-estimons pas ce mouvement transhumaniste qui par une idéologie scientiste et futurologiste opère une dissociation de la pensée et du cerveau : il est en passe de brouiller la frontière entre le réel et l’artificiel.

Cependant, il ne tient qu’à nous de nous informer, nous instruire et d’échanger sur le phénomène posthumain car en définitive nous sommes déjà dans la transhumance.

Nous ne devons pas non plus avoir une vision chaotique de notre futur – nous observons une recrudescence de mobilisations sur l’éthique liée à l’impact des nouvelles technologies sur l’humain.

Le fait que des espaces de dialogue – comme celui que vous êtes en train de lire – existent, est un exemple d’espoir. Alors, si notre cœur nous insuffle, encore, le sens critique et le goût de la liberté – interrogeons-nous et agissons.

Nicolas Bernard
Diplômé de l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA). Après une longue carrière dans les forces sous-marines de la Marine Nationale en tant qu’atomicien, Nicolas travaille comme chargé d’affaires en industrialisation militaire pour le groupe DCNS. Il nous propose des articles d’opinions sur des questions importantes en matière de transhumanisme, post humanisme et d’intelligence artificielle.

Notes :

1) Sciences Humaines : Les métamorphoses des croyances religieuses
2) IEET
3) Revue La Recherche n° 417, mars 2008
4) Hétéronomie
5) lock-in
6 ) GAFA
7 ) Facebook travaille sur une interface cérébrale qui vous permettra de « communiquer uniquement avec votre esprit »
8) Singularity university
9 ) Facebook – B8
10) Catastrophes naturelles : Bilan statistique des catastrophes naturelles survenues dans le Monde entre 2001-2015
11) Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, coll. anthropocène ed. Seuil,
12) Predicament Revue Acropolis: L’effondrement de notre civilisation industrielle
13) Anthropodicée
14) Zygmunt Bauman
15) Rapport Mady Delvaux – La révolution industrielle
16) Téléchargement de l’esprit
17) Réseaux de neurones artificiels
18) Jean-Marie Schaeffer, La Fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007. Cité in Pour une histoire naturelle de l’homme [archive], compte-rendu de lecture sur La Vie des idées.
19) Gnosticisme : Les thèses gnostiques.
20) Christophe Habas, conférence publique – Nantes : Le Transhumanisme avec Le Grand orient de France.

Comment tout peut s’effondrer

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d’auteurs, de scientifiques et d’institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d’éviter un tel scénario ?

Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement et proposent un tour d’horizon interdisciplinaire de ce sujet – fort inconfortable – qu’ils nomment la “collapsologie“. En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de “crises” que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre…

Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il est l’auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).

Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.

Postface d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’Institut Momentum.

Conférence de Pablo Servigne – Effondrements : comment encaisser les chocs ?

Thématique “Rêves et cauchemars” Cycle la modernité en crise – Mardi 10 mai 2016 à 19h. Et si notre civilisation s’effondrait ? Certains penseurs, au sein d’une nouvelle discipline appelée « collapsologie », annoncent la fin de la civilisation industrielle. Vers quelle nouvelle ère allons-nous ? L’utopie n’est plus ce qu’elle était…

 

L’armée canadienne test des genouillères bioniques

Spring Loaded Technologies

Spring Loaded Technology, basé à Halifax, a annoncé la livraison des 60 premières genouillères « Upshot » pour l’armée canadienne afin de les tester. Cette technologie permet aux soldats de facilement soulever 100 livres (environ 45 kg), d’optimiser leurs performances et éviter les blessures.

Communiqué de presse

L’entreprise fournit le Canadian Department of National Defence avec des genouillères bioniques

HALIFAX, NS – 16 juillet, 2016 – Spring Loaded Technology annonce avoir complété sa livraison initiale de 60 genouillères bioniques Upshot au Department of National Defence dans le cadre de son contrat de 1M$ (CAD) reçu en vertu de Build in Canada Innovation Program avec l’armée canadienne comme département d’essais. Assez puissant pour aider  à soulever plus de 100 livres (environ 45kg) de poids corporel lorsqu’elle est portée sur les deux genoux, les genouillères de qualité militaire utilisent une technologie de ressort liquide qui absorbe les chocs et réduit l’impact sur les genoux des soldats. A la suite de l’achèvement complet de son contrat, Spring Loaded Technology aura fourni un total de 190 genouillères aux militaires canadiens pour les tester sur le terrain.

Les tests des genouillères Upshot seront supervisés par le Major Edward Jun du Directorate of Land Requirement. Major Jun et son équipe mettront à l’épreuve les genouillères au travers d’essais rigoureux pour démontrer l’intégration des UpShot avec  l’équipement des soldats.

« UpShot de Spring Loaded Technology promet de réduire la fatigue musculaire, d’augmenter la force et les performances, et de se protéger contre les blessures du genou – ce sont de grand avantage pour les soldats pour manipuler de grosses charges et des terrains accidentés. Les armées modernes dans le monde sont confrontées à des facteurs humains et défis similaires, dans le fait que nous demandons aux soldats de transporter plus d’équipement pour atteindre une plus grande capacité au cours des missions. Dans un même temps, les avancées technologiques en matière de sciences des matériaux ont atteint un palier dans la réduction du poids de l’équipement des soldats tels que les casques, les gilets pare-balles et les armes portatives. “Essayer une technologie à la pointe nous aidera à combler l’écart entre l’efficacité des soldats sur le champ de bataille et leur capacité à supporter des charges lourdes avec leur propre force”, a déclaré le Major Jun. « Nous sommes impatients de voir comment cela fonctionne dans des conditions de terrain, et dans les centres d’entraînements à travers le pays. »

The Upshot knee brace (Screengrab via Spring Loaded Technologies video)

Spring Loaded Technology a aussi créé une version commerciale de la qualité militaire UpShot, la Levitation Knee Brace. A la différence d’autres genouillères sur le marché, la Levitation Knee Brace améliorent la force, la mobilité et l’endurance en stockant l’énergie quand les jambes fléchissent et renvoyant cette énergie quand celles-ci se redressent. Actuellement disponible en pré-commande sur le site de Spring Loaded Technology (2,380 $ CAD), les livraisons aux consommateurs commenceront d’ici septembre 2016.

« Bien qu’UpShot soit conçu pour résister à des impacts militaires extrêmes et d’accélérer la réhabilitation des soldats blessés, les genouillères Levitation aideront les consommateurs à utiliser une technologie similaire dans leur vie de tous les jours », a déclaré Chris Cowper-Smith, PDG de Spring Loaded Technology. « Avec une puissance de sortie similaire à ce que l’on retrouve dans des exosquelettes motorisés à $100,000, ce sont les premières genouillères du genre qui peuvent aider les personnes lambda à s’accroupir, marcher ou à sauter sans douleurs. »

A propos de Spring Loaded Technology

Spring Loaded Technology est une compagnie primée basée à Halifax, Nouvelle-Écosse, ayant conçu une toute nouvelle technologie fortifiant le genou pour améliorer la force et la puissance des muscles de la jambe. En augmentant la force des jambes, leur technologie peut être utilisée dans une large variété d’applications incluant : l’assistance à la mobilité, la réduction de la fatigue, la prévention des blessures, la réhabilitation des blessures, et l’amélioration des performances. La société a été fondée en 2012.

A propos du Build in Canada Innovation Program (BCIP)

Le Build in Canada Innovation Program (BCIP) vise à rendre les fournisseurs Canadiens plus concurrentiels et accroître leur contribution à l’économie. Ce programme finance l’acquisition de nouveaux produits et services innovants pour des essais par des départements du gouvernement dans des environnements du monde réel. Les innovations sont évaluées et deviennent pré-qualifiées pour des contrats potentiels parle biais d’un processus concurrentiel de propositions.

traduction Thomas Jousse