Facebook travaille sur une interface cérébrale qui vous permettra de « communiquer uniquement avec votre esprit »

Au cas où vous l’auriez manqué, le 18-19 avril a eu lieu la Conférence annuelle des développeurs de Facebook. Lors de l’événement, le PDG Mark Zuckerberg a révélé des détails clés sur l’avenir de l’entreprise, en mettant l’accent sur le fait que Facebook travaille sur les robots, les drones, la réalité virtuelle, la réalité augmentée et il a également déclaré que les détails clés sur « les interfaces directes cerveau-ordinateur (BCIs) » vont être révélés. (voir plus bas).

Le travail provient du mystérieux « Building 8 (B8) » de Facebook, qui semble avoir travaillé sur des technologies de cerveau-machine depuis un certain temps. Dans leur récente recherche d’un ingénieur, B8 affirme qu’ils souhaitent « un ingénieur expérimenté en interface neuronale directe – [aussi appelée IND ou BCI (brain-computer interface : interface cerveau-machine, ou encore interface cerveau-ordinateur] qui sera chargé de travailler sur un projet de 2 ans avec B8 axé sur le développement de technologies IND avancées. »

Zuckerberg a déclaré quel serait l’objectif ultime de cette interface :

« Demain, nous allons vous mettre au courant de tous nos travaux sur la connectivité. Nous avons une équipe en ce moment en Arizona qui se prépare pour notre deuxième vol d’Aquila, notre avion à énergie solaire qui va aider à propager la connectivité Internet aux gens du monde entier et nous allons aussi vous mettre au courant sur beaucoup d’autres technologies que nous développons. Regina Dugan vous parlera d’un projet que nous menons pour développer quelque chose qui va au-delà de la réalité augmentée, et cela comprend les travaux autour des interfaces directes du cerveau qui, éventuellement, un jour, vous permettront de communiquer en utilisant seulement votre esprit. »

→ L’interface cerveau-à-cerveau — le prochain grand saut dans la communication humaine : des pouvoirs télépathiques

Zuckerberg affirme que la société annoncera l’état d’avancement de leurs travaux sur la technologie BCI et du calendrier jusqu’au dévoilement final. Bien sûr, la neuroscience est assez complexe, et il y a beaucoup de recherches qui doivent encore être réalisées. Par conséquent, les détails seront probablement basés en grande partie sur des projections.

Facebook a publié les détails sur leur interface cerveau-machine

Regina Dugan est une ancienne cadre exécutive de DARPA et chef actuel du mystérieux Building 8 de Facebook. Elle a également travaillé pour la division des projets avancés de Google. A présent, Dugan publie les informations sur le travail que B8 a fait :

  • Facebook travaille pour développer une interface cerveau-machine qui, à l’avenir, permettra aux individus de communiquer avec d’autres personnes sans parler. En fin de compte, ils espèrent développer une technologie qui permet aux gens de « parler » en n’utilisant que leurs pensées – sans contrainte de temps ou de distance.

La communication cerveau à cerveau chez les humains pourrait bientôt devenir une réalité

  • Ils veulent créer des « produits définissant des catégories » qui sont d’abord « sociaux », des produits qui nous permettent de former plus de connexions humaines et, en fin de compte, d’unir le monde numérique d’Internet avec le monde physique et l’esprit humain.

  • Dugan note que le cerveau produit environ 1 téraoctet par seconde. Cependant, par le biais de la parole, nous ne pouvons transmettre des informations à d’autres personnes qu’à environ 100 octets par seconde. Facebook veut obtenir toutes les informations qui sont transmises à notre centre de la parole hors du « cerveau » et dans le monde (pour nous permettre de les fournir à d’autres à volonté).

  • Pour leur projet de départ, ils espèrent permettre à tous les humains de « taper » et « cliquer » à travers notre cerveau afin d’interagir avec notre technologie. Par exemple, les personnes atteintes d’ALS pourraient taper – sans avoir à cligner des yeux – mais avec leurs pensées. Ainsi, ils souhaitent « décoder le discours » et permettre à tous les individus de communiquer en utilisant nos ondes cérébrales.

  • Au départ, leur objectif est de permettre aux gens de taper 5 fois plus rapidement (qu’ils ne peuvent le faire actuellement sur un smartphone) directement à partir de leur cerveau. Cela signifie qu’ils développent des technologies qui peuvent « lire » le cerveau humain afin de transmettre cette information.

Les scientifiques décodent les pensées, lisent l’esprit des personnes en temps réel

Brevets américains pour les technologies de manipulation et contrôle de l’esprit

Mind control

Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments

Les tatouages télépathie ou télékinésie

  • Ensuite, ils travailleront pour permettre aux gens de « taper » 100 mots par minute en utilisant leurs pensées. C’est beaucoup plus rapide que ce que peuvent faire la plupart des humains sur un ordinateur. Une personne moyenne tape entre 38 et 40 mots par minute.

  • Ils ont développé des capteurs qui permettent aux gens d’ « entendre » leur peau. En fin de compte, avec la technologie de Facebook, les humains peuvent « ressentir » les mots.

  • Finalement, ils veulent permettre aux gens de pouvoir penser quelque chose et d’envoyer la pensée sur la peau de quelqu’un. En outre, ils permettront aux gens de penser à quelque chose dans une langue et d’avoir une autre personne recevant cette pensée dans une langue différente.

Cela dit, les technologies BCI seraient bien plus proches que nous le pensons.

Zuckerberg n’est pas le seul à travailler sur une interface cerveau-machine. Récemment, Elon Musk a annoncé la création de la société Neuralink, qui fera des recherches sur le cerveau humain afin d’accroître l’intelligence humaine et permettra aux humains de suivre le rythme des intelligences artificielles. Initialement, ces améliorations aideront probablement dans de plus petites proportions, par exemple en nous aidant à améliorer nos souvenirs en créant des composants de stockage amovibles supplémentaires.

De même, le fondateur de Braintree, Bryan Johnson, a investi 100 millions de dollars pour faire une neuroprothèse qui nous permettra de débloquer le pouvoir du cerveau humain et, finalement, rendre notre code neuronal programmable. Johnson décrit le but de son travail, affirmant qu’il s’agit de co-évolution :

« Notre connexion avec nos nouvelles créations d’intelligence est limitée par des écrans, des claviers, des interfaces gestuelles et des commandes vocales – des modalités d’entrée/sortie contraignantes. Nous avons très peu d’accès à notre propre cerveau, limitant notre capacité à co-évoluer avec des machines à base de silicium de manières puissantes. »

Il travaille pour changer cela et à assurer une interface transparente avec nos technologies (et notre IA). Alors préparez-vous. La superintelligence humaine n’est (très probablement) qu’une question de temps.

Traduction Thomas Jousse

Facebook for Developers, Futurism

Améliorer son cerveau : oui, mais pas n’importe comment !

Présentation de l’éditeur : Chaque semaine ou presque, on nous explique qu’on peut recâbler, voire “libérer” son cerveau, augmenter sa mémoire ou stimuler sa concentration. Mais quels sont les vrais pouvoirs des neurosciences? Et comment procéder en pratique ? Vieux rêve de l’humanité, on sait maintenant qu’il est possible d’améliorer son cerveau… mais pas n’importe comment ! Apprendre plus vite, mieux dormir, modifier son humeur, prévenir les maladies neurodégénératives, méditer et se relaxer à l’aide d’un smartphone, etc. : ces pouvoirs inouïs sont à notre portée, avec à la clé de profonds bouleversements de notre société. Notre compréhension du cerveau a fait des progrès stupéfiants ces dernières années, consacrant un nouveau champ de recherche : la neuro-amélioration. En voici le fascinant récit par l’un des meilleurs spécialistes, qui a activement contribué à la diffusion de ces techniques en dehors des laboratoires. Une révolution est en marche : en serez-vous ?

Michel Le Van Quyen est chercheur en neurosciences à l’INSERM et dirige un groupe de recherche à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (hôpital de la Pitié-Salpêtrière).

Je rapporte dans ce livre une véritable révolution où des technologies utilisées des laboratoires de recherches commencent à en sortir et se diffusent dans le grand public. Ces dispositifs proposent tous d’agir sur le cerveau pour en améliorer le fonctionnement, c’est-à-dire augmenter la concentration ou la mémoire mais aussi le bien être, l’humeur ou le sommeil. Ici, pas de puce d’implanté dans le cerveau, ces systèmes sont des bandeaux ou des casques qui se portent comme un chapeau avec quelques capteurs (minuscules) à des points stratégiques sur le crâne et sont tous des objets connectés à des smartphones. Une vague d’innovations technologiques est sur le point de toucher notre quotidien. L’objectif de ce livre est de décrire en détail ces nouveaux dispositifs, leurs histoires et leurs effets, compte tenu de l’état actuel des connaissances scientifiques.

https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10212-02.02.2017-ITEMA_21216971-0.mp3?_=1

France Inter, 2 février 2017 : Améliorer son cerveau, 54’30
Voir aussi sur Franceinfo : Michel Le Van Quyen présente un casque qui améliore les capacités cérébrales

La communication cerveau à cerveau chez les humains pourrait bientôt devenir une réalité

Imaginez vivre dans un monde où la communication verbale n’est plus requise, une société dans laquelle la télépathie est la norme, où les individus seraient capables de “parler” entre eux en utilisant uniquement leurs pensées.

Les scientifiques ont depuis longtemps envisagé les possibilités d’une communication de cerveau à cerveau chez les humains, et il semble que leurs rêves pourraient devenir réalité au cours de la prochaine année, ou plus. Un tel système serait rendu possible grâce à des avancées majeures qui ont été obtenues dans des essais récents impliquant des animaux.

Dans une étude, trois singes étaient reliés par des implants cérébraux individuels, puis placés dans des chambres séparées. Ils ont eu la tâche de contrôler un bras virtuel sur un écran, une tâche qu’ils ne pouvaient réaliser avec succès que s‘ils travaillaient ensemble. Finalement, ils l’ont fait. Selon Miguel Nicolelis, le dirigeant de l’étude, “ils ont synchronisé leurs cerveaux et ont achevé la tâche en créant un super cerveau – une structure qui est la combinaison de trois cerveaux”.

→ Nature, Computing Arm Movements with a Monkey Brainet
→ Nature, Building an organic computing device with multiple interconnected brains

Alternativement, une autre expérience ayant testé la synchronicité du cerveau chez quatre rats a obtenu des résultats similaires. Après 10 essais, les scientifiques ont trouvé que les rats étaient capables de penser comme un seul 61 pourcents du temps. Ils ont acquis une plus grande précision dans la résolution de problèmes simples lorsqu’ils ont combiné leurs esprits.

Plus récemment, la recherche s’est focalisée sur les humains. Dans une étude, les chercheurs ont placé deux individus dans des chambres séparées et leur ont donné la tâche de jouer un jeu de 20 questions sur un ordinateur en utilisant uniquement leurs cerveaux. Ils ont transmis des réponses “oui” ou “non” à l’aide d’un casque d’électroencéphalographie (EEG), qui suivait l’activité cérébrale d’une personne et déclenchait un courant électrique dans le cerveau de l’autre personne.

Une étude pilote de communication directe cerveau-à-cerveau chez l’homme
Interface cerveau-à-cerveau — le prochain grand saut dans la communication humaine

Un jour, nous pourrions essayer d’aller plus loin afin de détecter des processus de pensée individuels. Ces pensées pourraient être transmises à une autre personne, influençant les décisions qu’ils prennent.

Les scientifiques décodent les pensées, lisent l’esprit des personnes en temps réel
Le machine-learning peut lire votre électroencéphalographie (EEG) et découvrir vos habitudes

Cela pourrait être un énorme changement pour les personnes atteintes de paralysie et d’autres conditions médicales les empêchant d’être en mesure d’effectuer des tâches physiques. Par exemple, assembler une combinaison robotique équipée de brainet, (réseau de cerveaux ou cerveau ordinateur) une synchronisation de plusieurs cerveaux agissant comme un ordinateur organique, pourrait permettre aux gens de recevoir l’aide des autres lorsqu’ils apprennent à utiliser un exosquelette pour retrouver le mouvement.

Pour l’instant, il est assez difficile de créer un dispositif imitant la pure télépathie. Nos cerveaux sont uniques, et chacun d’entre eux pense différemment, nos pensées étant influencées par nos souvenirs et expériences individuelles. Les schémas cérébraux résultants rendent difficile pour les neuroscientifiques de développer la communication cerveau à cerveau, mais s’ils peuvent révéler les modes de pensée d’un individu, ils pourraient potentiellement utiliser l’activité cérébrale d’une autre personne pour déclencher ces pensées.

traduction Benjamin Prissé

New Scientist, Popular Mechanics, Futurism

Peter Diamandis pense que nous évoluons vers la “méta-intelligence”

Au cours des 30 prochaines années, l’humanité va être en pleine transformation comme jamais auparavant. Le fondateur et président de la Fondation XPRIZE, Peter Diamandis, pense que cela donnera naissance à une nouvelle espèce. Diamandis admet que cela pourrait paraître trop loin pour la plupart des gens. Il est convaincu, cependant, que nous évoluerons vers ce qu’il appelle la « méta-intelligence », et le taux exponentiel actuel de croissance est une indication claire.

« Je crois que nous nous dirigeons rapidement vers une transformation à l’échelle humaine, la prochaine étape évolutive dans ce que j’appelle une « méta-intelligence », un avenir dans lequel nous sommes tous très liés – cerveau à cerveau, via le Cloud – partageant des pensées, des connaissances et des actions », écrit-il.

Interface cerveau-à-cerveau — le prochain grand saut dans la communication humaine

Diamandis décrit les prochaines étapes de l’évolution de l’humanité en quatre étapes. Il y a quatre forces motrices derrière cette évolution : notre monde interconnecté, l’apparition de l’interface cerveau-ordinateur (BCI), l’émergence de l’intelligence artificielle et l’homme atteignant la dernière frontière de l’espace.

Dans les 30 prochaines années, l’humanité passera de la première étape – où nous sommes aujourd’hui – à la quatrième étape. De simples humains dépendants les uns des autres, l’humanité intégrera la technologie dans son corps pour permettre une utilisation plus efficace de l’information et de l’énergie. Cela se produit déjà aujourd’hui.

La troisième étape est un point crucial.

Grâce à l’interface cerveau-ordinateur et à l’IA, les humains vont se connecter massivement entre eux et des milliards d’IA (ordinateurs) via le cloud, analogues aux premières formes de vie multicellulaires, il y a 1,5 milliard d’années. Une telle interconnexion massive mènera à l’émergence d’une nouvelle conscience globale, et un nouvel organisme que j’appelle la méta-intelligence.

Cela rappelle un autre événement futuriste que beaucoup attendent avec impatience : la singularité technologique. “Dans un quart de siècle, l’intelligence non biologique correspondra à la gamme et à la subtilité de l’intelligence humaine“, a déclaré Ray Kurzweil.

En raison de l’accélération continue des technologies informatiques, ainsi que de la capacité des machines à partager instantanément leurs connaissances. Kurzweil prévoit que cela se produira d’ici 2045. Dans la chronologie évolutive de Diamandis. « L’intelligence non biologique créée cette année sera un milliard de fois plus puissante que toute intelligence humaine aujourd’hui. »

La quatrième et dernière étape marque l’évolution de l’humanité pour devenir une espèce multiplanétaire.

« Notre voyage vers la Lune, Mars, les astéroïdes et au-delà, représentent l’analogie moderne du parcours réalisé par le poisson pulmonaire s’échappant des océans, il y a environ 400 millions d’années », explique Diamandis.

Singularity HUB

Le machine-learning peut lire votre électroencéphalographie (EEG) et découvrir vos habitudes

storiesbywilliams

L’avenir de la technologie d’identification par l’authentification peut, en effet se trouver dans l’analyse des ondes cérébrales. C’est un domaine prometteur, et son impact potentiel sur la vie quotidienne est pour le moins intriguant. Des chercheurs en cybersécurité de l’Université du Texas Tech ont affirmé avoir découvert une autre utilisation de la technologie.

Abdul Serwadda et Richard Matovu ont créé un système d’apprentissage automatique qui a comparé deux séries d’EEG de balayages d’ondes cérébrales, une appartenant à un groupe d’alcooliques identifiés et l’autre des sujets anonymes. À l’aide de la machine, Serwadda et Matovu ont été en mesure d’identifier correctement 25 % de ceux qui se sont identifiés comme alcooliques.

« Nous n’étions pas surpris. Nous savons que le signal du cerveau est très riche en informations, » explique Serwadda. Il n’est pas fiable à 100 %, mais ce travail précoce est prometteur.

Cette technologie pourrait ouvrir de nouvelles possibilités en neurosciences. Cependant, tout comme les technologies actuelles d’identification par l’authentification sont susceptibles d’avoir des failles de sécurité (les empreintes digitales peuvent être falsifiées, un logiciel de reconnaissance faciale peut être dupé, etc.), l’analyse des ondes cérébrales peut aussi vous rendre vulnérable.

Les ondes cérébrales n’entrent pas dans les modèles de données organisées et linéaires comme les empreintes digitales. Ils sont plutôt désordonnés, formant un bric-à-brac de renseignements personnels, qui deviennent accessibles avec des balayages d’EEG (bien que cartographier, cette information est toujours un processus difficile et imparfait). Pourtant, avec l’émergence mainstream des applications de numérisation d’EEG, par exemple des casques d’EEG portables utilisés dans les jeux et d’autres applications de relaxation, se retirant dans l’intimité de vos pensées peuvent devenir difficiles.

« Si vous avez ces applications, vous ne savez pas ce que l’application est en train de lire dans votre cerveau ou de ceux [les créateurs de l’application] qui vont utiliser cette information, mais vous savez qu’ils vont avoir beaucoup de renseignements, » avertit Serwadda.

Engadget, IEEE Spectrum

Des nanorobots capables de libérer des médicaments dans le corps par le contrôle de l’esprit

Qui aurait pu penser que les cafards pouvaient venir en aide à l’humanité ?

Les scientifiques de la Bar-Ilan University, avec l’aide du Interdisciplinary Center en Israël, ont conçu des nanorobots injectables, et ils les testent sur ces petites créatures. Étonnamment, cette technologie contrôle la libération de médicaments nécessaires au cerveau pour le fonctionnement même de ce dernier.

Ce travail a été publié dans le journal PLOS ONE.

Ces robots microscopiques sont équipés de nanoparticules en oxyde de fer qui agissent comme des « portes » pour le contrôle de la libération de médicaments nécessaires au cerveau. Ces portes peuvent être contrôlées par électroencéphalographie (EEG) induite par des électroaimants. Ces derniers répondent, et « ouvrent » lorsque se présente un motif cérébral spécifique détecté par l’EEG. En particulier, l’EEG peut être calibrée pour répondre à un épisode psychotique et les robots vont alors libérer les médicaments pour soulager le patient.

A cette fin, l’équipe affirme que les nanorobots peuvent être très utiles dans le cas de problèmes mentaux tels que la schizophrénie ou les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Quoi qu’il en soit, à ce jour, ces méthodes n’ont pas été approuvées pour la phase de test sur les êtres humains, et c’est à ce moment-là que les cafards font leur entrée : l’équipe les utilise pour perfectionner cette technologie.

traduction Virginie Bouetel

Engadget, PLOS ONE

Interface cerveau-à-cerveau — le prochain grand saut dans la communication humaine

Marc Zuckerberg a déclaré que l’avenir de l’internet et par conséquent de l’humanité, se trouve dans la technologie qui nous donne des pouvoirs télépathiques. Selon lui, nous serions capables d’enregistrer nos propres expériences en temps réel et de partager des pensées et des sentiments directement avec des amis et des proches. Il l’a appelé « l’avenir de la communication ». Alors comment sommes-nous proches de l’interface cerveau-à-cerveau ?

Des recherches antérieures dans l’exploitation des ondes cérébrales sonnent comme un roman de science-fiction. Envisager un singe qui pourrait contrôler un ordinateur avec ses pensées et un humain contrôlant par télépathie les mouvements de l’autre. D’autres expériences ont utilisé des « ordinateurs organiques » avec le cerveau de plusieurs chimpanzés ou des rats tous reliés ensemble.

Les neuroscientifiques de l’Université de Washington, ont récemment annoncé la télépathie électronique assistée. Dans cette expérience, deux collègues séparés d’un mile ont utilisé uniquement l’internet relayant leurs ondes cérébrales. Ils ont joué à un jeu de 20 questions. Ceci a été rendu possible par le travail de Miguel Nicolelis, un chercheurs brésiliens à l’Université Duke. A la fin des années 90, il a commencé à expérimenter la puissance électrique du cerveau, en vérifiant minutieusement chaque neurone individuel. Lui et ses collègues ont rapidement découvert quel neurone fait quoi. Par exemple, 48 neurones spécifiques se déclenchent simultanément pour permettre à un rat de se déplacer. Quand ils se sont tournés aux singes, Nicolelis et son équipe ont pu identifier les 100 neurones se déclenchant à l’unisson. Ce qu’ils ont fait ensuite a été stupéfiant.

Ils ont connecté une sonde au cerveau d’un singe et il déplaçait un point autour d’un écran avec un joystick. Quand il obtenait le point au centre, il recevait une récompense. En observant ce mouvement, les neuroscientifiques pouvaient reconnaître des modèles de cerveau. Après que le joystick a été enlevé, le singe a été relié à un autre appareil, et il pouvait déplacer le point avec ses pensées, juste en l’imaginant dans sa tête. Ce fut la première expérience du genre, la première fois qu’un primate déplace quelque chose avec ses seules pensées.

Model of the experiment
credit: big think

La découverte a inspiré les neuroscientifiques pour commencer ce qui est connu aujourd’hui sous le nom d’interface cerveau-à-cerveau. Jusqu’à présent, les résultats chez l’homme ont été limités. C’est aussi dû principalement aux règles éthiques qui interdisent le raccordement des sondes dans le cerveau des êtres humains. Pourtant, Chantel Prat et Andrea Stocco de l’Université de Washington ont relevé le défi. Tout d’abord, ils ont voulu voir s’ils pouvaient envoyer un signal d’un cerveau qui lancerait une réaction (réponse) physique dans un autre.

credit: stories by williams

Ils ont recruté deux chercheurs qui ont été placés dans des pièces différentes sur le campus. Chacun était muni d’un capuchon d’électroencéphalographie (EEG) qui mesure les ondes cérébrales. Un collègue dans une pièce a commencé à jouer un jeu vidéo avec son esprit. Pour pouvoir tirer une balle dans le jeu, il l’imagine simplement appuyant sur le bouton de tir. Un autre chercheur a reçu un casque antibruit. Sa tête était munie d’une bobine de TMS, la stimulation magnétique transcrânienne. Cet appareil émet des signaux électriques ciblés. Il a été placé sur la partie du cerveau qui contrôle son doigt. Lorsque le premier chercheur a tiré avec son cerveau, le doigt du second appuyait sur la gâchette. Un seul homme contrôlait l’autre.

Un problème avec le modèle de la télépathie selon Prat, est que la personne qui reçoit les signaux télépathiques ne peut pas dire si cela provient de leur propre cerveau ou celui de l’autre. « Quelle que soit la forme qu’elle prenne (future communication cerveau-à-cerveau) cela va être très différent d’écouter les pensées de quelqu’un dans votre tête, » dit-il. Pourtant, cette recherche porte déjà ses fruits.

The brain-to-brain communication system.
Credit: PLOS ONE

Le travail de Nicolelis a conduit à des interfaces cerveau-machine. Aujourd’hui, les paralysés sont capables de marcher à l’aide de signaux du cerveau envoyés aux prothèses robotique et peuvent même retrouver leur sens du toucher. Pendant ce temps, Prat pense qu’il peut y avoir des applications pour l’apprentissage. Vous pourriez dire quand quelqu’un se concentrait en classe par exemple, tandis que l’autre rêvassait, à l’aide de modèles d’EEG de pointe. Vous pouvez également brancher le cerveau d’un étudiant de TDAH (trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité) à celle d’une personne qui ne l’a pas, pour voir si vous pouvez de cette façon soulager les symptômes de la maladie. Ceci est théorique, bien sûr. Une autre possibilité est de raccorder les cerveaux humains à ceux des animaux et être capable d’éprouver des sensations non pas par rapport à notre espèce, mais comme le sens olfactif du chien, ou le sonar d’un dauphin.

Bien que Prat ne croie pas que le téléchargement et diffusion de pensées soit possible, d’autres ne sont pas si sûrs. Une étude de Harvard avait une personne en Inde portant une configuration EEG/TMS liée à une autre personne par le biais de l’internet en France. Le participant en Inde a pensé les mots « ciao » et « hola » qui ont été envoyées par courriel et repris par l’autre. Ces signaux ont été perçus comme des flashs de lumière qui pourraient être déchiffrés en mots. Ajoutant à cela, les chercheurs de l’Université de Washington ont décidé de jouer à un jeu de 20 questions.

Ici, deux personnes ont été reliées (connectées) via un ordinateur. L’un portait un capuchon d’EEG et l’autre une bobine TMS. Le porteur du TMS a montré une photo d’un animal sur l’écran de l’ordinateur, disons un requin. Puis, on demanderait une question comme, « peut-il voler ? » Le porteur de l’EEG penserait le mot « oui » ou « non ». Ces pensées se sont rendues vers l’autre (personne) via internet. Le porteur TMS verrait un phosphène ou un éclair de lumière dans leurs yeux si la réponse est oui, signalant qu’ils étaient sur la bonne voie. Cette équipe a marqué un taux d’exactitude de 72 %, par rapport à une précision de 18 % du groupe témoin. La communication cerveau-à-cerveau peut être possible. Mais des flashs de lumière sont loin d’envoyer la parole ou des images à la tête de quelqu’un d’autre.

Big Think

voir aussi : Une étude pilote de communication directe cerveau-à-cerveau chez l’homme
Les scientifiques décodent les pensées, lisent l’esprit des personnes en temps réel
Un pas vers le transhumanisme : contrôler les gènes par la pensée
Neurosciences : un système fait entendre tout haut ce que notre cerveau raconte
Les tatouages télépathie ou télékinésie
La Chine développe un robot MTC simulant la pensée du cerveau humain
Nataliya Kosmyna, pilote des objets par la pensée

Pour en savoir plus sur les capacités psychiques assistée électroniquement :

ou cliquez ici: http://bigthink.com/embeds/video_idea/x-ray-vision-and-telepathy-already-exist-2

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Une étude pilote de communication directe cerveau-à-cerveau chez l’homme

Une étude pilote de communication directe cerveau-à-cerveau chez l’homme menée par Rajesh Rao, Andrea Stocco, et ses collègues de l’Université de Washington, Seattle.

pour en savoir plus, téléchargez le PDF

(A) Schematic diagram of set-up. Brain signals from one participant (the “Sender”) were recorded using EEG. When imagined hand movements were detected by the computer, a “Fire” command was transmitted over the internet to the TMS machine, which caused an upward movement of the right hand of a second participant (the “Receiver”), resulting in a press by the hand on a touchpad. This press triggered the firing of the cannon in the game seen by the Sender. Red lines mark the part of the architecture that corresponds to the direct brain-to-brain interface. (B) Screen shot from the game. In 50% of the trials, the pirate ship on the right side (skull-and-bones) shoots a rocket (top center) towards a city on the left. The Sender engages in motor imagery to move the white cursor on the left to hit the blue circular target in order to fire the cannon (bottom center) and destroy the rocket before it reaches the city. In the other 50% of the trials, a supply airplane moves from the right to the left side of the screen (not shown). The Sender rests in this case and refrains from imagery in order to avoid hitting the target.

voir l’article : Le cerveau humain commandé à distance, Le Figaro

Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade

Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé
Avis N°122
Paris, le 12 décembre 2013

Anne Fagot-Largeault, Professeur honoraire au Collège de France, chaire des sciences biologiques et médicales.
Etienne Klein, Directeur de recherches au Commissariat à Energie Atomique et aux énergies alternatives.
Hervé Chneiweiss, Directeur de recherches au CNRS, Centre de recherches neurosciences Paris Seine, université Pierre et Marie Curie.

Dans le cadre de la mission de veille éthique sur les progrès des neurosciences qui lui a été confiée par la loi de bioéthique du 7 juillet 2011, le Comité Consultatif National d’Ethique, a choisi de conduire une réflexion sur la neuro-amélioration.

Enjeux éthiques

[…]

Les inconnues actuelles qui entourent le phénomène de neuro-amélioration biomédicale soulignent l’intérêt d’études d’observation au long cours à même de fournir les données quantitatives et qualitatives – actuellement inexistantes en France – nécessaires à la mise en place éventuelle de mesures de prévention, voire de régulation. De telles mesures concerneraient non seulement les médicaments et les dispositifs médicaux qui sont soumis à un cadre réglementaire — d’ailleurs moins contraignants pour les dispositifs qui ne sont pas tenus d’effectuer d’études du rapport bénéfice/risque — mais aussi les outils de stimulation cérébrale transcrânienne à visée non médicale qui fleurissent sur Internet avec des publicités mensongères sur leur efficacité dite « neuro- amélioratrice » et de surcroît sans les garanties sanitaires de mise sur le marché.

[…]

Les conséquences ne sont cependant pas qu’individuelles,

Car le risque est grand d’aboutir à une classe sociale « améliorée » constituée d’une petite minorité d’individus bien informés et disposant des ressources financières suffisantes pour y accéder. Il en résulterait une aggravation de l’écart qui ne cesse de se creuser entre riches et pauvres, les riches devenant non seulement de plus en plus riches mais aussi plus puissants, plus intelligents, voire plus heureux que les autres, avec un risque évident de discrimination et même de domination (Chatterjee 2004). La perception qu’aurait cette classe sociale « augmentée » des paramètres de la bonne santé psycho-cognitive pourrait même s’en trouver modifiée au point que soient considérés comme pathologiques les « non augmentés », les « diminués ».

En résumé le recours aux techniques de neuro-amélioration (en supposant que celle-ci soit efficace) met à mal l’égalité des chances et de réussite à l’échelle de chaque citoyen et comporte un risque d’émergence d’une classe sociale « améliorée » contribuant à aggraver encore l’écart entre riches et pauvres.

[…]

V La neuro-amélioration : la question des limites

La compréhension du développement des techniques biomédicales en vue de neuro-amélioration requiert un aperçu de l’évolution récente des conceptions scientifiques dominantes de la physiologie cérébrale. La prise en compte de ces conceptions restitue une représentation non caricaturale du fonctionnement cérébral et ouvre sur les interactions cerveau/machine. De nouvelles conceptions comme le transhumanisme et le posthumanisme se sont fait jour à partir de ces interactions.

[…]

V.2. Interaction cerveau/machine

L’intelligence artificielle (IA) redonne dans les années 1980 une actualité au projet cybernétique : il s’agit de traduire en machine les processus cognitifs pour mieux en évaluer la portée et pour les rendre plus performants. Cette traduction est devenue aisée grâce aux techniques permettant d’enregistrer les activités électriques ou biochimiques (Michel Imbert, 1992) : détecter un stimulus, un son, etc. L’intelligence artificielle a permis le développement de systèmes experts. Elle met en évidence l’idée selon laquelle les tâches réputées simples supposent une immense quantité de connaissances que nous avons du mal à formuler (Daniel Kayser, 1992).

L’idée qui sous-tend le projet de l’IA est la suivante :

Plus on fragmente les problèmes, plus on sépare les fonctions cérébrales, plus on se donne les moyens de les augmenter. La séparation induit l’augmentation et l’augmentation induit la séparation. La séparation des fonctions est à la base de la robotique qui suppose une décomposition des tâches. Les tâches ne sont plus considérées comme humaines ou machinales, ce sont d’abord des tâches reconnues comme telles et susceptibles d’être accomplies par l’homme ou par la machine.

Un exemple d’interaction entre un cerveau et une machine, se rencontre dans les techniques dites de BCI (brain computer interface) qui permettent de restituer à des malades conscients mais paralysés une certaine capacité de communication fonctionnelle, voire d’action. Par exemple, l’enregistrement de l’EEG ou des mouvements oculaires permet de décoder en temps réel certaines intentions motrices ou certains choix. Ces techniques sont déjà utilisées pour permettre à des patients paralysés de déplacer un objet (par exemple un curseur sur un écran ou un fauteuil roulant), ou pour composer un message verbal.

Ces techniques, essentiellement conçues pour pallier des pathologies de la motricité (atteintes motrices sévères comme dans les phases avancées de la maladie de Charcot, ou chez les patients souffrant d’un « locked-in syndrome ») connaissent également des développements dans le champ de la sécurité des transports et dans celui des jeux-vidéos de nouvelle génération (exemple : console kinect, et systèmes de BCI utilisant l’EEG).

Le développement des techniques du virtuel à partir de l’interaction homme/machine « change radicalement les critères d’objectivité et de rationalité du monde » (Jouvent, 2009). Notons que l’accès à la virtualité est réel pour le cerveau (Sirigu, 2011) : « Quand on plonge l’individu dans la réalité virtuelle et la simulation, le sujet porte un casque et se retrouve dans un environnement complexe. Même si cet environnement est irréel, il peut être réel pour le cerveau ».

C’est dans ce cadre d’interaction homme/machine que l’on s’est mis à parler des cyborgs, ces êtres hybrides, organiques et électroniques à la fois.

« En substituant à des parties de notre corps des dispositifs bioniques bourrés d’électronique et autres avatars mécaniques, l’humanité acquiert progressivement la capacité de pouvoir remplacer l’homo sapiens par une autre espèce humaine » (Ferone et Al., 2011).

C’est dans le cadre des conquêtes spatiales que ce terme s’est imposé. Il traduit le couplage entre l’astronaute et le vêtement cybernétique, il s’inscrit dans une stratégie d’augmentation des capacités de l’agent. À partir de là, peut se poser la question suivante : Y a-t-il une limite à l’artificialisation de la nature ? Comment s’estompe la frontière entre le naturel et l’artificiel par le cyborg et les prothèses bioniques ?

En résumé, la fragmentation des fonctions cognitives ne reflète ni la plasticité du cerveau, ni la globalité de son fonctionnement. L’interaction cerveau/machine et les cyborgs ne constituent-ils pas de nouvelles formes de neuro-amélioration ?

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V.3.2. Humanisme, transhumanisme, posthumanisme

Le mouvement post humaniste, né dans les années 1980, repose sur l’idée selon laquelle il n’y a ni norme intrinsèque à la nature humaine, ni stabilité de cette nature (Anders, G. 2002). Ce mouvement a développé une critique sévère de l’humanisme classique incapable selon lui de traduire en faits ses prétentions. Le post humanisme se veut héritier des lumières, au sens où il veut donner plus d’autonomie à l’être humain considéré comme indéfiniment perfectible. Il voudrait, comme l’a indiqué Anne Fagot-Largeault lors des JAE (journées annuelles d’éthique du CCNE) de 2012, dans le descriptif qu’elle a proposé de ce mouvement, « prendre en main notre évolution, la diriger pour qu’elle nous soit favorable », comme si l’imprédictibilité de l’espèce humaine était un obstacle et non une condition de tout projet de liberté. Le défi est, selon une maximisation continue des capacités humaines, de repousser indéfiniment les limites de l’évolution humaine: l’âge et ses dépendances, la douleur, et même la mort.

Mais ce mouvement a pour ancêtre le transhumanisme qui envisage la possibilité d’une évolution où les mécanismes autorégulés interviennent dans une sélection artificielle qui n’est plus livrée à la seule évolution darwinienne (J.Proust, 2011) et qui permettrait à l’humain de se dépasser en mettant à contribution l’ingénierie génétique, la robotique, les nanotechnologies et la réalité virtuelle. Ce dépassement s’entend comme un accès à une transcendance (E. Regis, 2002) et se présente le plus souvent comme un ensemble de doléances que l’humanité fait à la nature (M. More, 1999).

Ces doléances portent notamment sur le déficit d’instinct et de perception de l’homme à l’égard des autres vivants : il s’agirait dès lors d’améliorer les facultés de perception et de remémoration de l’homme par une meilleure incorporation des techniques disponibles et des techniques futures. Par exemple, les personnes bénéficiant de prothèses auditives deviennent le paradigme pour penser ce type d’incorporation. Certains nanorobots agissant au niveau cellulaire prolongeront, dit-on, la vie mieux que ne le font les cellules naturelles (Maestrutti, 2011), d’autres nettoieront le sang et élimineront les agents pathogènes.

Mais l’exemple limite, aujourd’hui pure fiction, est de penser l’esprit humain en termes de téléchargement grâce à un ordinateur très puissant (Goffi, 2011). On a là le rêve d’un cerveau conçu comme un pur système de traitement de l’information, un cerveau qui n’est pas en interaction avec le monde, mais qui se réduit à n’être qu’un « flux d’informations dans des réseaux informatiques : non pas dans le monde, encore moins du monde, mais à tout jamais hors du monde » (Goffi, 2011). Certains défendent ainsi l’idée selon laquelle l’action conjointe des réseaux informatiques et de l’intelligence humaine pourrait déboucher sur une intelligence plus puissante que celle de ces réseaux ou de l’homme (Kurtzweil, 2005).

Selon les tenants du transhumanisme, le véritable cyborg a un cerveau biologique capable de contrôler des robots et d’utiliser des extensions artificielles à son corps. Certains se plaisent à rêver que les technologies convergentes, combinant nanotechnologies, biotechnologies et biomédecine, technologies de l’information, sciences cognitives (NBIC), « pourraient permettre en théorie un contrôle pratiquement total car elles obtiendraient les clés de compréhension du code informationnel de la matière à tous les niveaux grâce à la capacité de manipuler bits, atomes, neurones et gènes ».

Le post humanisme, couplé au transhumanisme, voudrait libérer l’homme de l’idée de finalité :

L’homme ne serait pas asservi à une finalité quelconque, mais il apprendrait à faire de la finalité, à l’organiser, d’où l’intérêt pour les systèmes intentionnels, qu’ils soient humains ou mécaniques (systèmes à rétroaction ou de feedback). Mais la question éthique reste entière : à multiplier les systèmes intentionnels comme des projets individuels, ne perd-on pas de vue le but d’ensemble, le projet social de développement humain ?

Le post humain vise à faire du cerveau une instance de contrôle du corps à distance au moyen d’une connexion électronique, d’un réseau informatique. Il semblerait pour certains post humanistes qu’il est contingent que le cerveau humain soit lié à un corps. Le cerveau dialoguerait alors avec le corps comme si celui-ci était quelque chose de séparable.

La robotique sera-t-elle un service à la personne ou contribuera-t-elle à une forme de transhumanisme ?

La position optimiste consiste à dire que plus les systèmes hybrides s’éloignent des systèmes naturels, moins ils sont viables, et qu’au contraire plus ils interagissent avec les systèmes naturels, plus ils sont adaptatifs (Weissenbach J., 2012).

Certains, comme le philosophe J. Habermas, s’inquiètent du déplacement des frontières entre l’homme et l’animal, entre le naturel et l’artificiel. Il craint que le développement de l’homme emprunte exclusivement les formes techniques actuelles et abandonne « les voies symboliques (langagières) qui permettent l’intériorisation et la discussion des normes ». Comment éviter le face à face entre un « pré-humain animal (régulation instinctuelle) » et « une post-humanité mécaniquement régulée » (Hottois, 2009)?

D’autres rappellent que « l’espèce humaine a dès le départ été une « espèce technique », c’est- à-dire artificieuse, qui, inlassablement s’invente et se réinvente elle-même ». Dans le cadre de cette hypothèse, il n’y a ni posthumanisme, ni transhumanisme, mais une simple variation continue de l’humain qui utilise sa neuro plasticité et les méthodes de feedback dont il dispose pour apprendre et améliorer ses capacités (Clark & Chalmers, 2003).

D’un point de vue anthropologique, certains soulignent le fait que « l’humanité change un peu d’espèce à chaque fois qu’elle change à la fois d’outils et d’institutions » (Leroi-Gourhan, 1964). L’humanisation de l’homme interagit avec son hominisation (Delmas Marty, 2013). L’humanisation se rapporte aux institutions et aux cultures, l’hominisation s’entend au sens darwinien du développement de l’espèce humaine. Leur « interaction » est un défi de civilisation.

En résumé

L’humanisme classique, celui du siècle des Lumières notamment, repose sur la perfectibilité humaine. Il est de plus en plus confronté à un transhumanisme et à un posthumanisme, deux mouvements de pensée qui inscrivent la bio-finalité humaine dans des formes de contrôle.

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Les utilisateurs de techniques de neuro-amélioration revendiquent fortement la liberté du choix de leur style de vie sans se rendre compte qu’une telle liberté obéit le plus souvent à un environnement socio-économique de course à la compétitivité et de culte de la performance favorisant une coercition souvent implicite. Dans son avis n° 81, le CCNE avait indiqué que « La recherche éperdue d’une performance mue par le désir impérieux de progresser peut masquer la plus contraignante des aliénations ». Le désir d’être neuro-amélioré peut sembler être largement partagé, par conformité sociale, mais sa réalisation n’est possible que pour quelques-uns.

Le risque est alors grand d’aboutir à une classe sociale « améliorée», constituée d’une petite minorité d’individus bien informés et disposant des ressources financières suffisantes pour y accéder. La course à la compétitivité, le culte de la performance, voire le désir de domination et même de manipulation peuvent aussi générer des situations fort préoccupantes de coercition explicite dans lesquelles les techniques de neuro-amélioration biomédicale sont appliquées sans ou même contre l’avis des personnes.

Ces conclusions incitent à considérer la neuro-amélioration avec un mélange de modestie, d’ouverture d’esprit et de questionnement scientifique, en évitant de verser tant dans l’optimisme des « mélioristes » que dans le pessimisme des « antimélioristes », dont les plus extrémistes voient poindre, pour les premiers, un homme « amélioré » pouvant même dépasser l’humain, pour les autres, un homme diminué.

Plus que jamais, une veille éthique qui met au crible de la conscience humaine les rationalités techniques s’imposent, non comme un frein au développement des techniques, mais en vue de leur articulation à leur usage humain, au débat qu’elles suscitent et à l’information souvent déficitaire qui accompagnent leur apparition.

Téléchargez la réflexion sur la neuro-amélioration 29 p. (PDF)