Human Nature : de la science-fiction vers la réalité scientifique

CRISPR : le film

Et si la plus grande révolution technologique du XXIe siècle était biologique ? De la guérison de maladies à la transformation de la biosphère, les applications de CRISPR-Cas9 donnent un contrôle sans précédent sur les éléments de notre environnement. Quelles conséquences ont-elles sur notre relation à la nature ?

Lorsque Adam Bolt, lauréat d’un Oscar et d’un Emmy, réalise un documentaire en collaboration avec une équipe d’écrivains et de scientifiques de renommée mondiale et que l’icône des médias Dan Rather soutient le projet en tant que producteur exécutif, vous pouvez être presque certain qu’il y a une histoire à raconter – une histoire importante aux implications profondes, et qui est bien documentée.

Le documentaire Human Nature est une exploration provocante de CRISPR, la percée scientifique qui nous a permis d’exercer un contrôle sans précédent sur les fondements de la vie.

Human Nature examine CRISPR du point de vue des scientifiques qui l’ont découvert, des familles qu’il touche et des bio-ingénieurs qui mettent à l’épreuve ses limites. Le génie génétique ouvre la porte à la guérison des maladies, à la transformation de la biosphère et à la conception de nos propres enfants. En quoi ce nouveau pouvoir changera-t-il notre relation avec la nature ? Qu’est-ce que cela signifiera pour l’évolution humaine ? Cette intervention humaine est-elle une bonne chose ou comporte-t-elle des risques scientifiques ou éthiques inhérents ? Jusqu’où l’homme peut-il aller moralement ? Où est la limite que nous ne pouvons pas dépasser et qui la définit ?

Pour commencer à répondre à ces questions, nous devons regarder des milliards d’années en arrière et regarder vers un avenir incertain.

Mais tout d’abord, qu’est-ce que CRISPR, en termes simples ?

D’un point de vue non scientifique, CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) est une protéine qui est souvent décrite comme des “ciseaux moléculaires”, ou un “software” qui peut être programmé pour retrouver une séquence très précise dans un ADN et pour le couper. L’ADN humain contient plus de 3 milliards de lettres dans chaque cellule et se renouvelle et se répare en permanence. Au cours de ce processus, des erreurs de copie peuvent se produire. CRISPR-Cas9 est une protéine qui permet aux scientifiques d’effectuer des changements très précis exactement là où ils sont nécessaires. Mais comment pouvez-vous faire cela avec quelque chose qui est 40 000 fois plus petit qu’un cheveu humain ?

CRISPR est en fait un processus naturel que les humains ont appris à maîtriser en étudiant comment les micro-organismes l’utilisent pour désactiver les virus d’une manière très précise. “Il est devenu un mot courant à la fin de 2012 et au début de 2013, après qu’une série d’articles aient montré qu’il pouvait être utilisé pour modifier avec précision l’ADN des humains, des cultures, des animaux, des insectes, etc. Il s’est avéré être un outil presque universel pour l’édition génétique. Et puis les choses ont commencé à aller très vite. En moins d’un an, quelqu’un avait utilisé CRISPR pour éditer des embryons de singes, et il est devenu évident qu’il serait bientôt possible de le faire aussi chez l’homme“, explique Adam Bolt, le réalisateur du documentaire.

Pourquoi le système CRISPR/Cas9 est-il révolutionnaire ?

Et cela a de profondes implications. Jusqu’à très récemment, le génie génétique chez l’homme se limitait à ce que l’on appelle les “cellules somatiques”. La plupart des cellules de votre corps sont des cellules somatiques – cellules cutanées, cellules sanguines, cellules du cerveau, etc. Si l’ADN de ces cellules est modifié, ce changement est limité à ce tissu particulier. Mais si l’ADN des spermatozoïdes, des ovules ou des cellules embryonnaires sont modifiés, ce changement est transmis aux générations futures. C’est ce qu’on appelle l’édition de la lignée germinale, et cela n’avait jamais été possible chez l’homme avant CRISPR.

CRISPR est l’histoire scientifique la plus importante que le grand public ne connaît pas. CRISPR permet une manipulation rapide, peu coûteuse et précise de l’ADN, la molécule qui contient le modèle chimique de toute vie sur Terre. CRISPR déclenche déjà une révolution en biotechnologie et en génétique. Les scientifiques le comparent souvent à la révolution de l’Internet en termes de portée et d’importance, CRISPR a un rôle comparable à celui de l’ordinateur personnel ou du smartphone” – Adam Bolt

Le fait que le “piratage de l’ADN” ou “hacking de l’ADN”, comme certains l’appellent, est technologiquement faisable n’est plus une question. Mais ces dernières années, la communauté scientifique est passée du potentiel à la possibilité dans un scénario sans précédent du Meilleur des mondes dans des eaux inexplorées. Human Nature examine de près les ramifications. Prenons par exemple le cas de David Sanchez, un adolescent atteint de drépanocytose. Un remède est déjà en cours de développement, qui apportera de l’aide à des centaines de milliers de personnes… Qu’en est-il de l’enfant de 11 ans atteint d’OCA2, une forme d’albinisme ? De telles conditions devraient-elles être éliminées de nos génomes avant la naissance ? Où tracer la frontière entre la maladie et la diversité ?

Il y a des applications cliniques justifiées où la technologie est une bénédiction, ou du moins un terrain pour un discours social constructif.

Mais que se passe-t-il si les parents demandent simplement que leur progéniture soit beaucoup plus grande qu’eux ou qu’elle ait des capacités spécifiques ? Peut-être que les employeurs veulent conditionner leur personnel à ne jamais avoir besoin d’une pause, ou les exigences militaires pour rendre leurs soldats immunisés contre la peur et la douleur ? Quand Vladimir Poutine est montré dans le documentaire discutant de l’ingénierie de parfaits musiciens ou mathématiciens et termine ses remarques par “Ce que j’ai dit est peut-être plus terrifiant qu’une bombe nucléaire”, cela pourrait donner lieu à une pause en effet.

Le documentaire d’Adam Bolt examine ces questions sans préjugés et non sans humour. Ce qui pourrait être un sujet plutôt ennuyeux pour n’importe quel non-scientifique, prend soudainement vie à travers des cas et des récits. Mais comme le souligne Human Nature, nous sommes à la fin du commencement, pour le meilleur ou pour le pire.

CRISPR est le résultat de la découverte de Jennifer Doudna, biochimiste américaine et professeure à l’Université de Berkeley et d’Emmanuelle Charpentier, microbiologiste française, deux scientifiques remarquables qui ont mis au point cet outil biotechnologique révolutionnaire. L’équipe de recherche autour de ces femmes formidables est composée de chercheurs internationaux, dont certains sont originaires de pays qui subissent les récentes restrictions actuellement en vigueur concernant les voyages aux États-Unis. Un entretien entre Jennifer Doudna et Dan Rather, l’un des journalistes les plus connus au monde depuis un demi-siècle, évoque des questions scientifiques, mais aussi philosophiques, religieuses et même politiques :

Dan Rather a également apporté son soutien au documentaire en tant que l’un des trois producteurs exécutifs. Toujours aussi aiguisé, cet homme de 87 ans adore les sciences et est conscient qu’il est essentiel de raconter les histoires scientifiques pour susciter des conversations sur ces sujets importants. Dans une entrevue accordée au CBC/Radio-Canada, il déclare : “J’ai eu beaucoup de chance et, en tant que journaliste, j’ai couvert ma part d’événements importants. Je ne pense pas avoir jamais couvert quelque chose qui ait le potentiel d’avoir une portée et une conséquence aussi importantes que cette percée scientifique en matière d’édition génétique.”

La technologie n’en est encore qu’à ses balbutiements et a beaucoup de potentiel pour faire le bien, mais elle comporte un risque inhérent si elle est entre de mauvaises mains, a déclaré Rather. “Nous savons littéralement, en théorie, comment concevoir des bébés – nous avons maintenant la percée biologique qui permettra à quelqu’un de le faire.” Les gens doivent commencer à poser des questions critiques, dit-il, et il faut qu’il y ait une réglementation. Mais “…. si elle doit être réglementée, qui doit la réglementer – est-ce l’ONU, les gouvernements individuels ? Et comment faites-vous cela ? C’est la conversation que nous devons avoir avec nous-mêmes en ce moment.”

Le réalisateur Adam Bolt mérite d’être félicité pour sa façon sensible et délicate de traiter une question brûlante.

Il s’est lancé dans le projet avec un esprit ouvert, mais il a rapidement été frappé par l’ampleur du débat au sein de la communauté scientifique sur la manière d’aborder CRISPR. “Par exemple, de nombreux scientifiques sont vraiment troublés par l’idée que nous pourrions concevoir nos propres enfants et pensent que modifier les générations futures est une ligne que nous ne devrions jamais franchir. Mais d’autres ne voient pas autant de différence entre CRISPR et d’autres technologies (voyages dans l’espace, médecine moderne et même agriculture) qui, d’une certaine manière, ont “changé ce que cela signifie d’être humain”. C’est un domaine où il n’y a pas de réponses faciles, même pour ceux qui comprennent le mieux la science.”

La société à l’origine de ce documentaire, Wonder Collaborative, rassemble des conteurs novateurs et une communauté scientifique mondiale dans un esprit d’expérimentation et de collaboration pour révolutionner le cinéma scientifique en produisant merveille, émerveillement et diversité des découvertes.

Les scientifiques ont tendance à être prudents. Ils se méfient du battage médiatique et ne sont pas connus pour faire des allégations farfelues. C’était donc vraiment frappant quand j’entendais sans cesse des chercheurs éminents dire ces choses extraordinaires à propos de CRISPR : qu’il pourrait nous permettre de remodeler la biosphère, de guérir des maladies incurables et de concevoir nos propres enfants. Ils en ont parlé comme d’une technologie qui pourrait changer l’avenir d’une manière gigantesque et inconnaissable. De plus, CRISPR a semblé exploser de nulle part, si soudainement que des choses que tout le monde pensait être à des décennies de distance se produisent littéralement en ce moment.” – Adam Bolt

Nature

Cinq couples acceptent de recourir à CRISPR pour éviter la surdité de leurs bébés

Les avantages de l’audition valent-ils les risques de la modification génétique ?

Denis Rebrikov veut utiliser CRISPR pour créer plus de bébés génétiquement modifiés – et il sait déjà qui sont leurs parents.

En juin, le biologiste russe a annoncé à Nature qu’il envisageait de modifier génétiquement des embryons humains, puis de les mener à terme. Jusqu’à présent, une seule personne – le scientifique chinois He Jiankui – a déjà produit des bébés modifiés, en affirmant que les modifications empêcheraient les bébés d’hériter du VIH de leur père.

Un biologiste russe va créer d’autres bébés modifiés avec CRISPR

Début juillet, Rebrikov a déclaré à New Scientist qu’il avait cinq couples russes désireux de le laisser modifier les gènes de leurs embryons pour une raison différente et socialement chargée : empêcher la progéniture d’hériter de la surdité de leurs parents.

Rebrikov a déclaré au New Scientist que chaque parent intéressé par son étude est sourd à cause de mutations de son gène GJB2. Lorsque deux personnes atteintes de ces mutations se reproduisent, l’enfant est assuré d’être sourd à la naissance.

En utilisant CRISPR pour modifier une copie du gène GJB2 dans un embryon fécondé, Rebrikov pense qu’il sera en mesure d’exaucer le souhait des parents d’avoir un enfant biologique qui ne soit pas sourd.

Si Rebrikov veut utiliser CRISPR sur des embryons humains – et il semble que personne en dehors de la Russie ne puisse faire quoi que ce soit pour l’arrêter – cette utilisation de CRISPR est potentiellement plus justifiable que les tentatives inutiles de He Jiankui pour prévenir le VIH.

“C’est clair et compréhensible pour les gens ordinaires”, a-t-il déclaré au New Scientist. “Chaque nouveau bébé serait sourd sans l’édition de la mutation génique.”

Contrairement à He Jiankui, qui a agi sans consulter au préalable les autorités chinoises, Rebrikov envisage de contacter le gouvernement russe dans quelques semaines pour demander la permission avant de commencer son expérience controversée CRISPR.

L’utilisation de CRISPR par Rebrikov serait peut-être plus justifiable sur le plan médical que celle de Jiankui, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle n’est toujours pas très controversée.

Pour commencer, certains ne pensent pas que la surdité soit une condition qui doit être traitée. Ils soutiennent que la surdité est une culture qui devrait être adoptée et non un handicap. En fait, certains voient les chirurgies ou les appareils médicaux conçus pour donner aux personnes sourdes la capacité d’entendre comme une forme de “génocide” contre un groupe minoritaire.

Beaucoup de ces personnes – ainsi que d’autres dont la surdité ne peut être traitée par des interventions médicales – mènent une vie remplie et saine sans être capables d’entendre. Et à ce stade précoce de la recherche CRISPR, certains scientifiques pensent que nous ne devrions pas prendre le risque d’expérimenter la technologie sur les humains à moins que cela ne soit nécessaire pour sauver leur vie.

“Les premiers essais sur l’homme devraient commencer avec des embryons ou des nourrissons n’ayant rien à perdre, avec des conditions mortelles», a déclaré le bio-éthicien de l’Université d’Oxford, Julian Savulescu, à New Scientist. “Vous ne devriez pas commencer avec un embryon susceptible de mener une vie normale.”

New Scientist

Un biologiste russe va créer d’autres bébés modifiés avec CRISPR

Lorsque le chercheur chinois He Jiankui a annoncé qu’il avait édité des embryons humains et les avait menés à terme, donnant ainsi naissance aux premiers humains dotées de gènes modifiés, les scientifiques du monde entier ont rapidement condamné son expérience controversée.

Mais le biologiste russe Denis Rebrikov était apparemment inspiré par le travail de He. Plus tôt en juin, il avait confié à Nature qu’il espérait créer ses propres bébés CRISPR, probablement avant la fin de 2019. Les dirigeants de la communauté scientifique mondiale affirment désormais qu’ils ne peuvent rien faire pour l’arrêter.

Naissance imminente d’un troisième bébé génétiquement modifié

Malgré le soutien de la puissante Organisation des Nations Unies, le comité consultatif de l’Organisation mondiale de la santé sur l’édition du génome humain est impuissant pour stopper Rebrikov, a déclaré Margaret Hamburg, co-présidente du comité.

« Je ne sais pas où nous trouverons les moyens de faire une partie de ce qui doit être fait en fin de compte pour réagir dans de telles situations », a-t-elle dit, notant plus tard que Rebrikov « a été très explicite, mais que nous ne sommes pas en mesure de faire appliquer ou même d’évaluer la nature du travail et la façon dont il va progresser ».

Victor Dzau, président de l’Académie nationale de médecine américaine, a également fait part de ses préoccupations concernant le projet de Rebrikov de créer des bébés CRISPR.

“C’est fou, et cela m’inquiète énormément”, a-t-il déclaré, “mais je ne sais pas ce que nous pouvons faire pour l’arrêter.” “Chaque pays a sa propre souveraineté”, a-t-il ajouté, ce qui signifie qu’il appartient maintenant à la Russie de mettre un terme ou non à l’expérience controversée.

STAT

Les Etats-Unis ont officiellement commencé à utiliser CRISPR sur les humains

Les Nations Unies demandent un registre des projets d’édition du génome humain

Un comité consultatif n’a pas réussi à demander l’interdiction de cette technologie

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), une agence des Nations Unies, tente de déterminer comment les scientifiques pourraient modifier de façon responsable les génomes humains dans leurs laboratoires – afin d’empêcher le prochain He Jiankui de réaliser des expériences génétiques non publiées sur des sujets humains.

Plus précisément, l’OMS a annoncé mardi qu’un comité consultatif ne recommandait pas d’interdire la recherche sur l’édition génétique humaine, mais affirmait que les chercheurs devraient s’inscrire auprès du gouvernement avant de commencer une expérience.

Bon nombre des recommandations de l’organisme reflètent la façon dont la recherche clinique est actuellement gérée aux États-Unis, où les scientifiques sont tenus d’obtenir l’approbation préalable des organismes de réglementation et de publier les mises à jour de leurs études dans une base de données accessible au public.

“La correction du génome s’accompagne de promesses incroyables pour la santé, mais elle pose aussi certains risques, sur le plan éthique comme médical”, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS.

The Scientist souligne que l’OMS est parvenue à des conclusions différentes de celles de nombreux scientifiques qui ont demandé l’arrêt temporaire des recherches sur la modification génétique humaine afin que les leaders dans ce domaine puissent trouver le moyen le plus responsable et le plus éthique d’aller de l’avant. Mais cela ne veut pas dire que l’OMS souhaite que les scientifiques fassent abstraction de la prudence.

“Le comité convient qu’il est irresponsable pour le moment de procéder à des applications cliniques de la modification de la lignée germinale humaine”, a déclaré la coprésidente du comité, Margaret Hamburg, au New York Times.

Ces recommandations peuvent toutefois changer. Au cours des deux prochaines années, le groupe d’experts continuera d’étudier la question de l’édition génétique humaine, en consultant d’autres experts et dirigeants avant de mettre au point un ensemble définitif de normes internationales.

The Scientist, New York Times

Résumé du deuxième Sommet international sur l’édition du génome humain

Une nouvelle publication des académies nationales fournit un bref résumé des présentations et des discussions qui ont eu lieu en novembre dernier lors du deuxième Sommet international sur l’édition du génome humain.

Deuxième Sommet international sur la modification du génome humain : poursuite du débat mondial

Les 27 et 29 novembre 2018, l’Académie nationale des sciences des États-Unis et l’Académie nationale de médecine des États-Unis, la Société royale du Royaume-Uni et l’Académie des sciences de Hong Kong ont convoqué le deuxième Sommet international sur la modification du génome humain à l’Université de Hong Kong. Le sommet a rassemblé plus de 500 chercheurs, éthiciens, décideurs, représentants d’académies scientifiques et médicales, de groupes de patients et d’autres organisations du monde entier. Au cours de cette manifestation de deux jours et demi, des sujets tels que les avantages et les risques potentiels de la modification du génome humain, les perspectives éthiques et culturelles, les considérations réglementaires et politiques, ainsi que les efforts de sensibilisation et de mobilisation du public ont été explorés. Cette publication résume les présentations et les discussions de l’événement.

National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. 2019. Second International Summit on Human Genome Editing: Continuing the Global Discussion: Proceedings of a Workshop–in Brief. Washington, DC: The National Academies Press. https://doi.org/10.17226/25343.

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DARPA lance de nouvelles initiatives dans le but d’améliorer la sûreté et l’efficience de l’édition génétique CRISPR

DARPA a créé le programme « Safe Genes » où 65 M$ en financement de la recherche seront remis à sept équipes vouées à améliorer la précision et la sûreté des techniques d’édition génétique CRISPR.

DARPA’s Safe Genes program aims to develop a layered biosafety and biosecurity toolkit that will help reduce potential risks and encourage innovation in the field of genome editing.
Crédit : DARPA

La Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) des États-Unis a lancé un programme appelé « Safe Genes » dans le cadre duquel 65 M$ en financement de la recherche seront remis. Sept équipes de recherche se partageront le financement et chercheront à atteindre l’objectif général d’améliorer la précision et la sûreté des techniques d’édition génétique CRISPR. Les objectifs avoués de DARPA sont notamment d’améliorer la compréhension des technologies d’édition génétique, de les mobiliser naturellement à des fins bénéfiques et de soulever les questions sur le mauvais emploi intentionnel ou accidentel qui pourrait engendrer des problèmes potentiels en matière de santé et de sécurité.

Le programme « Safe Genes » cible trois objectifs techniques, et chacune des sept équipes participant au programme se verra attribuer au moins un de ceux-ci. DARPA énonce ces objectifs comme étant les suivants : « développer des constructions géniques ‑ « instructions » biomoléculaires – qui procurent un contrôle spatial, temporel et réversible des modifications génomiques dans les systèmes vivants; élaborer de nouvelles contre-mesures fondées sur les médicaments qui offrent des options prophylactiques et thérapeutiques pour limiter l’édition génomique dans les organismes et protéger leur intégrité génomique; et créer une capacité d’éliminer des gènes modifiés non souhaités dans les systèmes et de les rétablir à leur état génétique de base. »

Les sept équipes, provenant de différentes institutions de recherche, se concentreront sur différents secteurs de recherche, allant de la création d’un interrupteur « arrêt/mise en marche » pour l’édition génomique des bactéries, des insectes et des mammifères afin de s’attaquer à des maladies comme la malaria, de protéger les génomes en détectant, en prévenant et en renversant les mutations radio-induites. Cette recherche, soit l’amélioration de notre compréhension du CRISPR et de son fonctionnement, aidera idéalement à régler les querelles à savoir si la technique engendre des mutations et autres problèmes scientifiquement controversés. Les facteurs éthiques et sécuritaires de ce projet pourraient aussi désamorcer les polémiques entourant l’utilisation du CRISPR pour faire renaître des espèces disparues ou en créer de nouvelles.

traduction Stéphanie S.

DARPA

L’édition génétique par CRISPR pourrait induire des centaines de mutations imprévues dans l’ADN

Une nouvelle étude réalisée par le Columbia University Medical Center lance un avertissement aux scientifiques utilisant CRISPR-Cas9. L’étude a montré que la technologie d’édition génétique pouvait engendrer des mutations imprévues, pouvant restées inaperçues si on les recherche uniquement via des algorithmes.

L’édition génétique est une technologie relativement récente, et il n’existe aucune autre méthode disponible à l’heure actuelle présentant la rapidité, la précision et l’efficacité de CRISPR-Cas9. Son succès est tout à fait inédit dans de nombreux domaines tels que la médecine, permettant à des scientifiques d’éditer le virus HIV hors d’un organisme vivant et de développer un moyen d’en finir avec la malaria en induisant des modifications chez les moustiques.

Les modifications de l’ADN dans la nature peuvent modifier radicalement les écosystèmes de manière inattendue
CRISPR peut modifier une espèce entière
Une note d’avertissement pour les amateurs de CRISPR : Quelques mises en garde sur la révolution CRISPR sont sorties de l’American Society of Hematology en juillet 2016 à Washington.
Les dangers de l’édition du génome humain pour la reproduction

Les scientifiques chinois affirment qu’ils ont déjà utilisé CRISPR sur des êtres humains, et que des essais cliniques sont en cours chez des patients (y compris aux USA). Compte tenu de l’étendue des applications de CRISPR à l’heure actuelle et dans le monde entier, les chercheurs du Columbia University Medical Center (CUMC) mettent en garde sur ces utilisations. Une étude publiée dans la revue Nature Methods a révélé que CRISPR-Cas9 peut engendrer des modifications imprévues du génome.

CRISPR-Cas9 : Premier test humain en Chine pour la technique d’édition du génome
Les experts prédisent que la Chine mettra au point les premiers surhommes génétiquement améliorés
Un premier essai humain avec CRISPR ?
L’argent derrière le premier test humain CRISPR vient du milliardaire Sean Parker
Feu vert pour le premier essai humain avec CRISPR

« Nous avons le sentiment qu’il est essentiel que la communauté scientifique prenne en considération les risques potentiels de toutes les mutations non ciblées causées par CRISPR, y compris les mutations d’un simple nucléotide, et les mutations au sein de zones non-codées du génome » a expliqué le co-auteur de l’étude Stephen Tsang, du CUMC, dans un communiqué de presse.

Dans l’étude, l’équipe de Tsang a séquencé le génome de souris qui avaient préalablement été traitées par CRISPR dans le cadre d’un essai de traitement de la cécité. Ils ont recherché toutes les mutations possibles, y compris celles qui auraient pu modifier un simple nucléotide. Les chercheurs ont recensé le chiffre ahurissant de 1500 mutations de nucléotide simple et plus de 100 délétions ou insertions à plus grande échelle sur les génomes des deux individus étudiés.

L’étude ne suggère pas que l’on stoppe totalement les travaux sur CRISPR, loin de là. Après tout, l’utilisation de CRISPR a été un succès chez les souris qui ont été traitées par ce procédé. En revanche, les scientifiques mettent en garde et demandent la mise en place d’une méthode plus claire quant au suivi des mutations, délétions, ou insertions au sein du génome. Ils proposent de procéder au séquençage complet du génome au lieu de faire confiance à des algorithmes informatiques, qui n’ont détecté aucune des mutations découvertes grâce à cette étude.

« Nous espérons que nos découvertes encourageront d’autres chercheurs à utiliser le séquençage du génome complet comme méthode pour déterminer les effets non-ciblés de leurs techniques utilisant CRISPR, mais également pour envisager des versions différentes, plus sûres et plus précises de l’édition génétique » confie Tsang.

« Les algorithmes prédictifs semblent être fiables lorsque CRISPR est utilisée dans des cellules ou des tissus produits dans des boîtes de Pétri, mais le séquençage du génome complet n’a pas été utilisé pour rechercher tous les effets secondaires imprévus au sein d’animaux vivants » a ajouté le co-auteur de l’étude Alexander Bassuk, de l’University of Iowa.

traduction Virginie Bouetel

Phys, Nature Methods, Columbia University Medical Center

Biotechnologies : l’édition du gène humain pour la reproduction

En France, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), a très récemment lancé une réflexion via une saisine sur « les enjeux économiques, environnementaux, sanitaires et éthiques des biotechnologies à la lumière des nouvelles pistes de recherche ». Mardi 28 mars 2017, l’Office a adopté le rapport présenté par M. Jean-Yves le Déaut, député, et Mme Catherine Proccacia, sénateur.

Le rapport a étudié la recherche en biotechnologies, les applications des nouvelles biotechnologies à la médecine humaine, les applications à l’environnement, les applications agricoles dénommées « nouvelles techniques de sélection », les enjeux juridiques et sécuritaires et l’évaluation des risques et les conditions du débat public.

Extrait :

→ Les rapporteurs se prononcent contre un moratoire des recherches sur les techniques de modification ciblée du génome. Ils demandent que la stratégie nationale de recherche (SNR) consacre une plus grande priorité aux biotechnologies.

→ Les rapporteurs estiment qu’il faut continuer les recherches, qu’un moratoire n’est ni souhaitable, ni possible. Il n’est cependant pas acceptable de modifier la lignée germinale humaine pour l’améliorer ou l’« augmenter », selon les thèses transhumanistes. Beaucoup de chercheurs pensent que, lorsque ces technologies seront sûres, il sera difficile d’interdire des modifications héréditaires du génome humain, au cas par cas, afin de soigner une maladie grave ou incurable. Cette décision devra être prise après une nécessaire concertation élargie avec la société civile. OMS et UNESCO devraient s’entourer d’un comité permanent d’experts sur le modèle du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui aurait pour mission d’évaluer le degré de maturité des nouvelles thérapies géniques, d’en apprécier les enjeux sanitaires et éthiques et de proposer des lignes directrices. En France, les règles de sécurité et d’éthique sont suffisantes, il n’est pas nécessaire de créer des règles spécifiques pour évaluer ces techniques de modification ciblée du génome humain. Le réexamen de la loi de bioéthique prévu en 2018 doit être l’occasion de poser la question du transfert mitochondrial.

→ Nous nous prononçons donc pour la continuation des travaux et expériences de modifications génétiques de moustiques, en prenant en compte la balance entre les risques éventuels pour l’environnement et les bénéfices en termes de lutte contre des maladies humaines occasionnant des centaines de milliers de morts chaque année. Par contre, nous demandons l’instauration d’un mécanisme de réversibilité en cas d’effet non désiré et nous nous opposons à tout projet d’extinction d’une espèce vivante. Enfin un dialogue entre les pays du nord, détenteurs des technologies, et du sud, qui subissent les maladies, doit être organisé dans le cadre de l’OMS.

→ Les conclusions des académiciens français rejoignent celles des académies américaines des sciences et de médecine dans le rapport « La modification ciblée du génome humain : science, éthique et gouvernance » de février 2017 : les plantes génétiquement modifiées ne portent pas atteinte à la biodiversité, bien au contraire car elles limitent l’usage des pesticides qui eux détruisent tous les insectes sans distinction ni sélectivité.

→ Les rapporteurs demandent le soutien des recherches françaises sur les biotechnologies blanches (aussi appelées biotechnologies de l’industrie ou biotechnologies industrielles) par le programme d’investissements d’avenir PIA3 et la stratégie nationale de recherche (SNR).

→ Les rapporteurs soutiennent le développement des nouvelles techniques de sélection végétale, qui se fera de toute façon en dehors de l’Europe. Ils estiment qu’elles ne sont pas des OGM au sens de la directive européenne n° 2001/18. Ils proposent dans un tableau ci-joint une règlementation de ces nouvelles biotechnologies. Il serait aberrant que des techniques plus précises que les mutations spontanées ou que celles utilisant des technologies aléatoires de la mutagénèse (exemptées de procédure lourde d’évaluation par l’EFSA) soient soumises à des procédures d’évaluation identiques à celles de la transgénèse. Il faut adapter les évaluations aux risques encourus.

→ Les rapporteurs se prononcent pour un classement rapide des nouveaux cépages dans le catalogue officiel, afin de procéder à leur exploitation commerciale. Ils estiment que l’utilisation des techniques de modification ciblée du génome permettrait d’étendre les traits de résistance aux autres cépages, comme ceux utilisés dans le champagne ou le cognac, sans attendre vingt années de sélection classique.

→ Les rapporteurs se prononcent pour la poursuite des recherches et le renforcement de la biovigilance des huîtres. Ils estiment que la coexistence des différentes façons de cultiver des huîtres, écloserie-nurserie et ostréiculture traditionnelle, n’est pas menacée par les huîtres triploïdes. Ils souhaitent le développement des biotechnologies dans le secteur de l’ostréiculture, afin de mieux connaître la biologie des huîtres et pouvoir faire face aux risques que constituent les virus, les changements climatiques ou les pollutions marines.

→ Nous souhaitons donc que l’Union européenne et les États membres soutiennent d’avantage en matière de sélection végétale un système d’innovation ouvert, adossé au certificat d’obtention végétale (COV). C’est le seul système qui favorise la recherche et valorise les ressources génétiques. Il faut trouver un juste milieu entre un système très contraignant de domination de grosses firmes agro-chimiques et un système alliant producteurs, État et industrie semencière, qui contrôle la propriété intellectuelle et soutient la recherche.

→ S’agissant du premier point, nous estimons qu’en France, comme dans les autres pays européens et occidentaux, les règles relatives aux laboratoires de recherche sont suffisamment sûres et que l’arrivée de CRISPR-Cas9 ne justifie pas un renforcement les règles de sécurité.

→ La biosécurité des nouvelles biotechnologies peut effectivement constituer une menace qui doit être appréhendée aux niveaux européen et international, Nous préconisons un renforcement de la coordination des travaux de recherche civile et militaire, avec des moyens accrus sous le contrôle des parlementaires de l’OPECST et des commissions de la défense des deux assemblées.

→ Les rapporteurs pensent qu’une meilleure coordination des rôles assignés en France au HCB et à l’ANSES pourrait optimiser l’efficacité du dispositif. Il n’est pas souhaitable de laisser perdurer ces querelles qui nuisent à la crédibilité de cette filière. Ils recommandent le transfert de toutes les missions confiées aujourd’hui au CS du HCB à l’ANSES, agence qui dispose d’une expertise reconnue en termes d’évaluation des risques et qui, de surcroît, bénéficie de l’appui technique d’une administration. Le HCB sera constitué d’un collège unique reprenant les compétences de l’actuel CEES, notamment en organisant le débat entre tous les acteurs, en faisant un état de l’évaluation sanitaire et environnementale, y compris en gérant les retours d’expérience en France et dans l’Union européenne, en évaluant les données sur la biovigilance et en proposant des évolutions éventuelles de l’encadrement réglementaire.

→ Les rapporteurs estiment qu’il faut engager dès maintenant le débat public sur les nouvelles biotechnologies, même si elles sont encore à un stade expérimental, faute de quoi il risquerait d’être confisqué par leurs opposants systématiques aux modifications du génome. Nos concitoyens ont droit à une information complète, ils doivent pouvoir être entendus et contribuer au débat, avant que les décisions ne soient prises. Les rapporteurs soulignent la nécessité d’un débat public renouvelé avec une approche pluridisciplinaire et dans toutes les instances possibles : académies, Comité consultatif nationale d’éthique (CCNE), centres de recherche, presse…

Rapport [édition provisoire]

Résumé du rapport

 

Ouvrir la voie aux générations futures génétiquement modifiées : comment le rapport de la NAS fait fi du large consensus international

Par : Leah Lowthorp

Le 14 février, un comité de la National Academy of Sciences (NAS) et de la National Academy of Medicine (NAM) a publié son très attendu rapport intitulé Human Genome Editing: Science, Ethics, and Governance. La principale conclusion qui s’en dégage est qu’il faut faire preuve de prudence à l’égard de l’édition génique de la lignée germinale humaine, ou le génie génétique des générations futures. Ne vous laissez toutefois pas impressionner par cette mise en garde, ce rapport donne pour la première fois le feu vert à la modification germinale chez l’homme, rompant radicalement avec le consensus international, établi depuis longtemps, voulant que les interventions sur la lignée germinale humaine devraient demeurées interdites.

Ce faisant, le rapport de la NAS fait abstraction de l’importance et de l’étendue de l’opposition mondiale actuelle à l’égard de la modification germinale humaine – plus de 40 pays du monde entier ont interdit l’édition des gènes de gamètes ou d’embryons humains pour la reproduction, à l’instar du Conseil de l’Europe dans sa Convention d’Oviedo de 1997 et de l’UNESCO dans son rapport mis à jour sur le génome humain et les droits de l’homme de 2015. Ce dernier précise que :

Les interventions sur le génome humain ne soient admises que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et sans apporter de modifications chez les descendants, comme affirmé dans l’Article 13 de la Convention d’Oviedo. L’alternative serait de mettre en péril la dignité inhérente et donc égale de tous les êtres humains et de faire renaître l’eugénisme, déguisé comme l’accomplissement du désir d’une vie améliorée.

Les dangers de l’édition du génome humain pour la reproduction

Curieusement, le rapport de la NAS s’éloigne aussi considérablement de la déclaration émise en conclusion de son propre sommet international sur l’édition du génome humain tenu il n’y a que quatorze mois (voir aussi : Une conférence scientifique internationale sur CRISPR-Cas9). Cette déclaration, rédigée par le comité distinct de la NAS qui a organisé le sommet, soulignait qu’il serait irresponsable d’aller de l’avant avec cette technologie sans un « vaste consensus sociétal ». (Consulter ce lien pour une critique bien argumentée de cette volte-face par un membre du comité organisateur du sommet.)

En d’autres mots, l’unique position réunissant un vaste consensus sociétal à l’heure actuelle est celle qui appuie une interdiction internationale. Le nouveau rapport de la NAS, en utilisant une mise en garde pour frayer le chemin aux essais cliniques de modification germinale humaine, balaie d’un revers de la main le consensus international actuel et les préoccupations fondamentales sur lesquelles il repose. La NAS a aussi manifestement passé sous silence ce large consensus international lors de sa conférence de presse, que l’on peut voir ici.

Au cours de cet événement, le coauteur du rapport, Richard Hynes, a été interrogé sur les répercussions de l’ouverture de cette voie précédemment fermée à la modification germinale humaine. Contournant la question, il a parlé de l’opposition internationale comme si elle faisait partie du passé, et a semblé suggérer que l’unique raison de cette opposition était qu’avant toute chose la technologie de modification germinale n’était pas réalisable ou sécuritaire à l’époque :

Dans le passé, plusieurs ont pris position, affirmant qu’on devrait s’abstenir [de modifier la lignée germinale humaine], en grande partie parce qu’il n’y avait aucun moyen de concevoir une manière de le faire. De le faire de façon sécuritaire. C’était une idée théorique, qui semblait comporter de nombreuses complications et qui n’était pas vraiment réalisable de toute façon.

Cependant, l’opposition à la modification germinale humaine a toujours été motivée non pas que par des inquiétudes sur le plan de la faisabilité technique ou sécuritaire, mais aussi par une multitude de questions éthiques et sociales pour le futur de l’humanité.

Mais ne me croyez pas sur parole. J’ai demandé à plusieurs spécialistes qui participent depuis longtemps au débat international de commenter la déclaration de M. Hynes :

Dr Roberto Andorno, professeur agréé en droit de l’université de Zurich et ancien membre du Comité de bioéthique de l’UNESCO :

Je ne suis pas d’accord…que la seule raison de l’opposition… dans le passé était que [la technologie] n’était pas sécuritaire ou réalisable. Il y avait (il y a) des inquiétudes fondamentales entourant les répercussions à long terme de la technique, et non pas seulement que des questions portant sur les risques immédiats ou les effets secondaires; une évidence lorsqu’on examine la grande quantité de littératures des années 90 sur les interventions germinales. [Et] le terme « réalisable » comme tel n’est pas une raison morale pour tenter ou non de faire quelque chose. Il est insensé de dire qu’une chose était interdite parce qu’elle n’était pas réalisable!

Dr Hille Haker, professeur de théologie de l’université Loyola de Chicago, conférencier au sommet international de la NAS et ancien membre du Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies de la Commission européenne :

Si j’examine la question sous l’angle de la réglementation internationale, ils ont raison d’affirmer que l’édition génique de la lignée germinale humaine n’a jamais été réaliste, mais il est faux de dire que c’est la seule raison pour laquelle on croyait qu’elle ne devait pas être pratiquée. On a toujours soutenu que ce ne sera jamais sécuritaire d’en faire l’expérimentation sur des embryons parce que personne ne sera jamais en mesure de prévoir ses ramifications ni ses effets sur les générations futures. Assurément, ils ne le savent pas encore aujourd’hui, mais ils sont prêts à courir le risque qui, nous croyons, constitue un fardeau indu pour les générations futures. L’édition génique germinale ne sera jamais une pratique responsable.

Dr David King, directeur fondateur du groupe de vigilance Human Genetics Alert, au Royaume-Uni :

Mis à part le fait qu’elles démontrent une totale ignorance de l’histoire de ce débat, les remarques de Robert Hynes expriment parfaitement l’attitude technocratique… que les questions morales et sociales sont sans consistance réelle. Bien entendu, le Conseil de l’Europe, l’UE et d’autres pays ont interdit l’édition de la lignée germinale [des humains] précisément en raison des implications morales et sociales, c.-à-d. la création d’une nouvelle forme d’eugénisme. Si les préoccupations étaient réduites à un souci de sécurité, la réponse politique la plus appropriée aurait été un moratoire et (ou) une réglementation [plutôt qu’une interdiction]… Il existe peu d’exemples de lois interdisant des applications précises de la science et de la technologie, et le fait qu’il en existe une pour ce cas-ci aurait dû donner à M. Hynes matière à réflexion : il doit bien y avoir de très fortes raisons pour cette interdiction.

Tous les trois spécialistes ont exprimé leur profonde déception à l’égard de la recommandation du rapport, qui franchit une ligne que de nombreux pays ont déjà convenue de ne pas franchir. Affichant un mépris flagrant pour les pourparlers laborieux entrepris depuis les dernières décennies par les décideurs du globe, ce rapport forme une recommandation qui, si elle était suivie, modifierait incontestablement le futur de l’humanité tout entière.

Traduction Stéphanie S.

Genetics and Society