Penser l’exosomatisation pour défendre la société

Les Entretiens du nouveau monde industriel 2016

Conférence du 13 et 14 décembre 2016. Centre Pompidou. Paris.

Basée sur la data economy, la médecine dite “3.0” en est à ses premières avancées, et déjà des groupes pharmaceutiques tissent des alliances avec Google pour le développement de traitements bioélectroniques ou d’objets communicants. Si ce secteur en pleine évolution est évidemment porteur de nombreux espoirs, il sert également de base de développement du discours transhumaniste. Pendant deux jours, philosophes, médecins, économistes, mathématiciens, anthropologues et historien se sont réunis pour appréhender les véritables enjeux de « l’exosomatisation », c’est-à-dire, de l’augmentation de l’homme par des organes artificiels.

En savoir plus…
Usbek & Rica : Le transhumanisme face aux murs

Session 1 : Exosomatisation et avenir de la société

Mardi 13 décembre – 10h-13h15

L’”augmentation” des organes “naturels” de l’homme par des organes artificiels – organologiques en cela – est définitoire de l’hominisation dès l’origine. Présenter l’augmentation de l’homme comme une radicale nouveauté est à cet égard une imposture. Il n’en reste pas moins que l’organogenèse exosomatique contemporaine présente des caractères tout à fait inédits.

avec10h15 : Bernard Stiegler (philosophe, Institut de recherche et d’innovation)

11h00 : Dominique Lecourt (philosophe, Institut Diderot) La technique et la vie

11h45 : Antoine Missemer (économiste, CNRS) Exosomatisation et théorie économique chez Nicholas Georgescu-Roegen

12h30 : Paolo Vignola (philosophe, Yachai university) Vivre et penser comme des Pokémons. Notes pour une pharmacologie de l’immanence.

13h15 : Fin de session

⇒ Résumés des interventions

Session 2 : Exosomatisation, calculabilité et traitement de données

Mardi 13 décembre – 14h30-18h30

Au-delà de l’extraction corrélationniste de patterns qui caractérise le big data et les data sciences telles que les présente par exemple Chris Anderson[1], la vie et la santé sont irréductibles à une approche purement et simplement computationnelle. Telle que Georges Canguilhem l’a pensée dans Le normal et le pathologique, la santé, en contexte exosomatique, est toujours l’invention d’un nouvel art de vivre par un être qui “se rend malade” par ses techniques mêmes (l’être humain). Cette invention constitue ce que Canguilhem appelle une normativité qui est foncièrement ancrée dans une modalité spécifique de l’anti-entropie telle que, productrice de “bifurcations”, elle échappe précisément à la calculabilité.[1] https://www.wired.com/2008/06/pb-theory/avec14h30 : David Berry (digital humanities, Sussex university) Human attention and exosomatization

15h15 : Wendy Chun (informaticienne et media studies, Brown university) Habit and Exosomatization: the Collective Non-conscious

16h30 : Giuseppe Longo (mathématicien, ENS) La machine à états discrets et les images du monde

17h15 : Thibault d’Orso (co-fondateur de la société Spideo) Protection des données personnelles: obstacle ou opportunité pour l’innovation technologique ?

18h : Interventions du public

18h30 : Fin de session

⇒ Résumé des interventions

Session 3 : Corps augmenté, intelligence artificielle et société

Mercredi 14 décembre – 10h-13h

Fondées sur les technologies de l’information, les nouvelles industries de la santé sont une facette particulièrement sensible de ce que l’on doit appréhender comme un nouvel âge de l’intelligence artificielle que rend possible l’informatique réticulaire. Il importe cependant ici de revenir à la fois sur les réflexions de Bergson sur le vivant au début du XXe siècle, sur les références qu’y fait Georgesu Rœgen dans ses considérations sur l’exosomatisation et l’entropie, sur les conceptions et les questions des premiers penseurs de l’intelligence artificielle fondée sur les agencements homme-machine computationnelle, et sur les limites, apories et perspectives de la théorie de l’entropie dans le champ de l’humain – au moment où l’”extropianisme”, qui est l’une des sources de la pensée transhumaniste, prétend “dépasser l’entropie”, au moment où les neurotechnologies “endosomatisent” les artifices exosomatiques en réaménageant le cerveau.avec10h : Hélène Mialet (anthropologue, Toronto university) Repenser le sujet à l’heure du numérique

10h45 : Pieter Lemmens (philosophe, Radboud university) The Posthuman Fable. Questioning the Transhumanist Imaginary

11h30 : Dominique Bourg (philosophe, université de Lausanne) Exosomatisation pour quelle émancipation ?

12h15 : David Bates (historien des sciences, université de Berkeley) L’intelligence artificielle est-elle un organe exosomatique ?

13h00 : Fin de session

⇒ Résumés des interventions

Session 4 : Technologies du vivant, médecine 3.0 et transhumanisme

Mercredi 14 décembre – 14h30-19h

La médecine 3.0 est aujourd’hui un des premiers marchés de développement des services médicaux en ligne basés sur des objets communicants, sur lesquels se greffe le marketing transhumaniste des fantasmes en tout genre – cependant que le vivant et l’artificiel computationnel s’agencent de façons inédites à travers le quantified-self et la recherche de nouvelles formes de techniques de soi et de soin, souvent dans des contextes communautaires inédits et prometteurs. Qu’en est-il cependant des limites – du vivant, de la technique, de l’économie, de la terre, etc. ? Et quelles politiques de recherche et de développement industriel originales la France et le continent européen peuvent-elles promouvoir ?

avec14h30 : Johan Mathé (ingénieur, Bay labs Inc.), Néguanthropie, opacité et explicabilité des réseaux neuronaux artificiels profonds

15h15 : Jean-Michel Besnier (philosophe, université Paris Sorbonne), La biologie, otage du transhumanisme

16h15 : Jean-François Toussaint (médecin, physiologiste, Insep) Les limites de l’humain

17h00 : Gerald Moore (Durham university), La politique d’un phénomène impossible : L’expérience artéfactuelle et le désaveu du changement climatique.

17h45 : Dorothée Benoît Browaeys (Coordinatrice du Festival Vivant, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, cofondatrice de VivAgora), Quand les marchés dictent la biocybernétique

18h30 : Bernard Stiegler (Directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation)

19h : Fin

⇒ Résumé des interventions

Nanosciences : les enjeux d’une remise en cause

par Marie-Gabrielle Suraud et Camille Dumat · Publication 01/06/2015 · Mis à jour 05/04/2016

Depuis les années 1970, dans la plupart des pays industrialisés, on observe une montée de la contestation des risques « environnement-santé », portée notamment par des associations. Cependant, les revendications du mouvement associatif ont connu des évolutions sensibles. Ainsi, les associations traditionnellement engagées sur ce thème souhaitent désormais participer à l’élaboration des politiques de recherche et non plus intervenir après coup pour tenter de contrôler les développements technologiques et leurs applications.

Ces politiques de recherche deviennent ainsi progressivement un enjeu de démocratisation pour l’opinion publique, suggérant de nouvelles formes d’articulation entre la société civile et la sphère de la recherche. La contestation récente des nanotechnologies – qui prend de l’ampleur en France depuis 2005 – contribue d’ailleurs à renforcer l’idée d’une participation citoyenne aux programmes scientifiques. Au sein du mouvement « anti-nanos », cette revendication fait progressivement son chemin, emportant l’adhésion d’un nombre toujours plus élevé d’associations, notamment environnementalistes.

La mise en question des politiques de recherche par des mouvements de lutte contre les risques « environnement-santé » est en fait bien antérieure à la contestation des nanotechnologies. Déjà, au tournant des années 2000, les mobilisations contre les biotechnologies et les OGM avaient ouvert la voie à l’idée « de faire entrer les sciences en démocratie ». Plusieurs associations plaçant la question des politiques de recherche au cœur de leurs démarches s’étaient alors créées, telles que la Fondation Sciences Citoyennes (2003), Science et Démocratie (2005), Vivagora (2003 ), ou encore Avicenn (2011).

En 2010, la force des revendications vis-à-vis de la science était telle que le Ministère de l’Ecologie avait ouvert le programme de réflexion REPERE (Recherche et Expertise pour Piloter Ensemble la Recherche et l’Expertise) sur les possibilités d’associer des citoyens aux recherches menées dans les laboratoires et/ou d’intégrer des citoyens dans les instances de la recherche. Le Ministère parlait alors de « co-pilotage de la recherche ».

Comment comprendre et interpréter cette volonté des associations d’avoir un droit de regard sur les programmes de recherche ? En quoi le mouvement « anti-nanos » a-t-il contribué à étendre et renforcer cette revendication ? Malgré l’adhésion d’un grand nombre d’associations à l’idée d’un co-pilotage, malgré l’engagement de l’Etat pour mener la réflexion, ce projet de démocratisation ne se réalise cependant pas sans conflit ni opposition. D’où viennent ces désaccords ?

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies  → Roger Lenglet : Nanotoxiques et Menace sur nos neurones

Les nanosciences et nanotechnologies (d’après le grec νάνος nain), ou NST, peuvent être définies a minima comme l’ensemble des études et des procédés de fabrication et de manipulation de structures (électroniques, chimiques, etc.), de dispositifs et de systèmes matériels à l’échelle du nanomètre (nm), ce qui est l’ordre de grandeur de la distance entre deux atomes.

Les NST présentent plusieurs acceptions liées à la nature transversale de cette jeune discipline. En effet, elles utilisent, tout en permettant de nouvelles possibilités, des disciplines telles que l’optique, la biologie, la mécanique, microtechnologie. Ainsi, comme le reconnaît le portail français officiel des NST, « les scientifiques ne sont pas unanimes quant à la définition de nanoscience et de nanotechnologie ».

Les nanomatériaux ont été reconnus comme toxiques pour les tissus humains et les cellules en culture. La nanotoxicologie étudie les risques environnementaux et sanitaires liés aux nanotechnologies. La dissémination à large échelle de nanoparticules dans l’environnement est sujette à des questions éthiques.

Les nanotechnologies bénéficient de plusieurs milliards de dollars en recherche et développement. L’Europe a accordé 1,3 milliard d’euros pendant la période 2002-2006. Certains organismes prétendent que le marché mondial annuel sera de l’ordre de 1 000 milliards de dollars américains dès 2015.

Réguler les technologies ou contrôler la recherche ?

Bien que la contestation des nanotechnologies s’inscrive dans l’expérience sociale des risques techno-industriels (nucléaire, amiante, OGM…), les spécificités liées aux « nanos » expliquent en partie que les mouvements « anti » se soient focalisés sur une remise en cause de la science et en particulier des nanosciences.

Une de leurs particularités est d’embrasser un spectre très large de domaines : la production de matériaux, la surveillance des comportements, les biotechnologies et la transformation du vivant… Ainsi, la société civile est confrontée non pas à une activité identifiée – comme c’est le cas pour les OGM ou le nucléaire – , mais à un large éventail de projets en termes d’application technologiques et de commercialisation de produits : médicaments, textiles, cosmétiques, alimentation, électronique, informatique…

Certes, à ce jour, les innovations n’en sont encore souvent qu’au stade de la pré-industrialisation, car leur commercialisation doit passer l’épreuve du principe de précaution issu du règlement européen REACH (Registration, Evaluation, Authorization of CHemical Substances). Cependant, l’idée qu’un point de non-retour pour la santé et l’environnement pourrait être rapidement atteint si la commercialisation des nano-produits devait s’étendre, incite les associations à traiter le problème le plus en amont possible, en demandant le contrôle des recherches. Elles craignent en effet que toute démarche d’interruption des nano-produits, une fois ceux-ci commercialisés, soit inopérante et vouée à l’échec. Plusieurs travaux – dont ceux de l’Américain Kitcher dans le domaine de la génomique – montrent en effet que la mise en œuvre a posteriori de mesures de contrôle des produits et des technologies commercialisés est peu efficace. C’est d’autant plus le cas avec les « nanos » qui sont, faute d’étiquetage généralisé, difficilement décelables dans les différents produits de consommation dans lesquels ils sont intégrés. L’exigence d’un droit de regard des citoyens sur la recherche en nanosciences s’explique donc notamment par la crainte d’une trop faible capacité de contrôle de la commercialisation des nano-produits.

  • Laurent B., 2010, Les politiques des nanotechnologies : pour un traitement démocratique d’une science émergente, Paris : ECLM.
  • Kitcher P., 2010, Science, vérité et démocratie, Paris : PUF, 344 p.

S’entendre ou se diviser ?

Cependant, bien que les associations s’accordent pour demander une démocratisation des politiques de recherche, la mise en pratique de ce principe fait débat et divise. Une double difficulté apparaît : d’une part, les associations ne s’entendent pas sur les formes que pourrait prendre la démocratisation des politiques de recherche, d’autre part, les chercheurs eux-mêmes s’opposent à cette démarche :

– « Démocratiser » les politiques scientifiques : des associations divisées : deux types de tensions traversent les associations. D’une part, les désaccords sont relatifs au statut et au rôle à accorder à la recherche scientifique dont on ne sait quelle dimension sociétale privilégier : source d’émancipation ou facteur de risques ? Le fait que ces dimensions apparaissent souvent inextricablement mêlées (comme c’est le cas pour les recherches en santé) freine l’émergence de positions consensuelles dans la société civile. Certaines associations ont même demandé un moratoire sur la recherche en nanosciences, allant jusqu’à exiger l’arrêt total des recherches : on pense notamment à la demande portée en 2010 par Les Amis de la Terre lors du débat de la Commission Nationale du Débat Public.

D’autre part, trois solutions sont envisagées par les associations pour mettre en pratique la démocratisation de la recherche :

  1. créer des dispositifs de concertation publique accordant une large place aux citoyens et dédiés aux réflexions sur les politiques scientifiques ;
  2. mettre en place des partenariats citoyens-chercheurs pour mener des recherches en laboratoire, notamment sur des sujets jugés sensibles, tels que les recherches en toxicologie, éco-toxicologie, épidémiologie, etc ;
  3. intégrer directement des citoyens dans les instances nationales et locales de pilotage de la recherche, et notamment les instances ayant la charge de répartir les financements des laboratoires et des projets de recherche. Ces trois réponses sont loin d’être équivalentes en termes d’association des citoyens à la sphère scientifique. Elles déclinent en fait des modes d’articulation entre la société civile et la sphère scientifique plus ou moins contraignants pour la recherche.

– « Co-piloter la recherche » : des chercheurs en opposition : au-delà des désaccords entre les associations, l’opposition d’une partie des scientifiques à l’idée d’ouvrir les instances de la recherche et les laboratoires aux citoyens freine ce mouvement de démocratisation de la science. Cette position des chercheurs constitue une rupture. En effet, dans les années 1970, les mouvements qui interrogent le rapport sciences/société ne manifestent guère de clivages ou de tensions entre les chercheurs et le tissu associatif. D’une part, les contestations prennent le plus souvent leur source dans le milieu scientifique lui-même : physiciens nucléaires, généticiens, biologistes (…) se mobilisent contre certains développements scientifiques et technologiques. D’autre part, les associations se limitent à la demande d’un simple décloisonnement de la recherche passant par des actions de vulgarisation, de valorisation ou de diffusion de l’information scientifique.

Avec la montée de l’exigence d’un co-pilotage de la recherche, un pas est franchi. Le principe « d’indépendance de la recherche » exprimé par les chercheurs eux-mêmes, devient un motif de clivage entre les chercheurs et le tissu associatif. Le fossé se creuse alors entre eux, malgré une critique commune des rapports de plus en plus étroits entre la science et le pouvoir ou la science et le marché.

  • Miège B., Vinck D., coord., 2012, Les masques de la convergence. Enquêtes sur sciences, industries et aménagements, Paris : Editions des Archives contemporaines, 296 p.
  • Gaudilliere J.-P., Bonneuil C., 2001, « A propos de démocratie technique », Mouvements, n°18, 73-80.

Avec le mouvement contre les nanos, la critique des politiques de recherche a échappé aux chercheurs et a fragilisé la « coopération » antérieure entre associatifs et chercheurs. Les contestations des nanos ont ainsi fait émerger un clivage entre chercheurs et associatifs non-chercheurs qui prend sa source dans les contours d’une exigence de co-pilotage de la recherche. De façon plus générale, se pose la question de la concordance entre activités de recherche produisant des connaissances scientifiques et valeurs civiques qui tendent à se placer au-dessus des autres activités sociales dites « matérielles ».

Un carnet de recherche proposé par Hypothèses

Comment s’est élaborée « l’acceptabilité sociale » des nanotechnologies

© Félix Blondel/Reporterre

28 juillet 2016 / Sarah Lefèvre (Reporterre)

Une enquête approfondie sur les nanomatériaux par Reporterre

Grenoble est le centre français des nanotechnologies. Elles s’y développent par une alliance sans faille entre l’Etat, les entreprises et le Commissariat à l’énergie atomique. Qui ont réussi à avancer sans que les citoyens prennent conscience de ce que représente cette voie technologique.

Au cœur des monts de l’Isère, Grenoble a la réputation d’être le plus influent technopôle européen. À l’origine de cette mutation high tech, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et son Leti, le Laboratoire d’électronique et de technologies de l’information, en plein cœur de la ville. Ils planchent de concert avec les géants voisins de la microélectronique : Philips, Motorola, STMicroelectronics ou IBM. Il y a dix ans, sous l’impulsion du CEA, le campus s’est agrandi d’un complexe de huit hectares, destiné à l’enseignement et à la recherche sur les micro et les nanotechnologies : Minatec.

Son inauguration, le 1er juin 2006, a rassemblé près d’un millier d’opposants à l’initiative du collectif OGN, Opposition grenobloise aux nécrotechnologies, et de Pièces et Main d’œuvre (PMO), pour la première manifestation au monde contre les nanos. « Sur les 8,6 milliards de dollars consacrés en 2004 dans le monde à la recherche et au développement des nanotechnologies, une bonne part l’aura été grâce à des budgets militaires », dénonçaient les opposants au projet. « Contre l’homme-machine, le mouchardage électronique et la tyrannie technologique », pouvait-on lire sur les tracts. Des centaines de CRS furent déployés dans Grenoble, et l’inauguration reportée au lendemain. Jacques Chirac, alors président de la République, aurait dû être de la fête inaugurale, mais ce rassemblement citoyen l’en dissuada : l’Élysée tint son locataire en lieu sûr, craignant d’attirer l’attention de la presse sur les critiques contre Minatec. Quelques politiques décidèrent malgré tout de célébrer l’événement : André Vallini, le président PS du conseil général de l’Isère, gestionnaire du projet, et le ministre de l’Industrie, François Loos. →  lire la suite télécharger le PDF

Des nanoparticules s’imposent en secret dans les aliments (PDF)

Nanoparticules : les travailleurs sont les premiers exposés (PDF)

Le but ultime des nanotechnologies : transformer l’être humain (PDF)

Les dangers de ces nanoparticules. Elles sont « de redoutables toxiques qui provoquent des mutations génétiques, des cancers… Les nanotubes de carbone peuvent même provoquer des perturbations neuronales et des mésothéliomes, ces cancers de la plèvre qui jusqu’ici étaient essentiellement causés par l’amiante », affirme le journaliste Roger Lenglet.

« Elles sont ultramobiles et ont une capacité à transpercer les barrières du vivant, les sols, les rivières », affirme Julien Gigault, chargé de recherche au CNRS. « C’est justement parce qu’elles sont si petites qu’elles pénètrent dans les cellules, enchérit l’écotoxicologue Magalie Baudrimont. Si elles étaient d’une taille plus importante, elles ne pourraient pas pénétrer les tissus. »

« À partir du moment où les nanoparticules pénètrent au sein même des cellules, il y a de grandes chances pour qu’elles aient des effets toxiques sur les organismes qui les ingèrent. » Quels effets ? Le stress oxydant par exemple. La chercheuse décrit le processus : « C’est un poison cellulaire issu de l’oxygène, contenu dans l’air respiré et dans l’eau du corps. Les nanoparticules entrent en interaction avec cet oxygène et produisent un stress oxydant qui a des effets délétères à plusieurs niveaux. » Chez l’homme, il est à l’origine d’inflammations, de cancers, de maladies cardio-vasculaires ou d’AVC.

« La question sanitaire est ordinaire : toute nouvelle industrie produit de nouvelles nuisances. Les nanotechnologies et les technologies convergentes concourent avant tout à l’automatisation du monde et à l’avènement de l’homme-machine. Elles s’attaquent à l’autonomie de l’humain. »

« La science et la technologie vont de plus en plus dominer le monde alors que la population, l’exploitation des ressources et les conflits sociaux potentiels augmentent. De ce fait, le succès de ce secteur prioritaire est essentiel pour l’avenir de l’humanité. »

William S. Bainbridge milite pour l’Association mondiale des transhumanistes (WTA). L’une de ses maximes : « De meilleurs esprits, de meilleurs corps, de meilleures vies. » « Avec les transhumanistes, poursuit la journaliste scientifique, l’humain n’est plus destiné à devenir meilleur par l’éducation (humaniste), et le monde par des réformes sociales et politiques, mais simplement par l’application de la technologie à l’espèce humaine. »

« Avec le foisonnement d’applications qui se profile, il serait dangereux de laisser les scientifiques, préoccupés de connaissance et de performance, se laisser déborder par les projets politiques transhumanistes. » Et Dorothée Benoit-Browaeys d’ajouter : « Pour piloter ces affaires, où sont les philosophes, sociologues, historiens, citoyens, capables de peser dans le bras de fer redoutable qui s’amorce ? »

→ Le Rapport NBICLes transhumains s’emparent des nanotechs

© Félix Blondel/Reporterre

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Le Meilleur des Nanomondes

Les nanotechnologies sont partout : dans les voitures, les textiles, l’électronique, les cosmétiques, les ingrédients alimentaires… La nanodimension, qui permet de réagencer la matière tel un jeu de Lego, apparaît comme un prodigieux moyen de fabriquer des matériaux actifs, des prothèses vivantes, des usines lilliputiennes. Sur ce « nouveau continent » les investissements pleuvent pour un marché qui pourrait atteindre 2 000 milliards de dollars en 2015 !

Certains y voient les solutions aux défis qui sont devant nous, aussi bien en matière d’énergie, de communication, ou de santé… Les plus fascinés parlent déjà de convergence des technologies, de « biologie synthétique », de « transhumanité ».

D’autres s’inquiètent : n’en ira-t-il pas des « nanos » comme des OGM ? Ne prépare-t-on pas de nouvelles catastrophes sanitaires ou un totalitarisme scientifique ? En ce temps de crise financière et d’urgence écologique, faut-il croire à cet « Eldorado du futur » ? C’est notre avenir qui est en question. Dorothée Benoit Browaeys nous emmène à la rencontre des acteurs de ces innovations miniatures, de leurs projets, de leurs rêves. À travers un récit en forme de docu-fiction, elle interroge les risques et les finalités de ces technologies et propose d’ouvrir le débat public.

Sommaire

1 – La descente vers l’invisible ;
2 – Nanoproduits : par qui ? pour quoi faire ? ;
3 – Retour sur le futur : nanofood et nanomédicaments ;
4 – Quelques dangers… de taille ;
5 – Est-ce bien nécessaire ? ;
6 – Électronique ambiante : protection ou intrusion ? ;
7 – Vers des organismes vivants synthétiques ;
8 – Transhumains et Neurosociété ;
9 – Convergence ou divergence des technologies ? ;
10 – Et la démocratie dans tout ça ? ;
11 – La planète “nano” à gouverner.


Ce livre, à travers l’exposition des promesses et des risques activé par les techniques d’ingénierie atomique, tente de sensibiliser la population au pouvoir d’orienter son avenir en démocratisant la gouvernance des techniques. Comme la population ne sait pas forcément de quoi il s’agit (1), Florian Olivier présente ici très rapidement à la fois de quoi il s’agit, les problèmes avec l’approche de Dorothée Benoit Browaeys et ce que l’on peut envisager.

L’ingénierie atomique

Des termes problématiques.

Le mot nanotechnologie concentre un amalgame de procédés de miniaturisations et de techniques d’assemblages atome par atome, tout comme le terme nanoscience est un mixte de savoir qui suit les principes de la physique classique et de la physique quantique.

Intérêts. Ce qui représente un intérêt ce sont les procédés de miniaturisation de plus en plus performants et l’exploitation de propriétés de la matière au niveau du nanomètre (les effets quantiques) qui n’ont pas d’équivalent à une autre échelle.

Effets quantiques. « Sous forme de graphite (la mine de crayon), le carbone est tendre et malléable; à l’échelle nanométrique, il est plus solide que l’acier et six fois plus léger. […] des substances ordinaires peuvent démontrer de nouvelles propriétés – solidité extraordinaire, changement de couleur, réactivité chimique ou conductivité électrique accrue – tout à fait absentes à une échelle plus grande. (2) »

Technique générique. Ces recherches et déjà ses productions, même si elles semblent avoir principalement lieu à l’échelle de l’atome, servent à mettre au point ou améliorer les objets les plus communs. On les retrouve dans les produits cosmétiques (crème), des verres autonettoyants, des pneumatiques, des raquettes de tennis, des cadres de vélos. C’est une technique générique, ou déterritorialisée. Elle n’agit pas sur un domaine en particulier ou une technique spécifique mais « potentialise toutes les autres (enabling technologies […]) (3) » en augmentant et changeant leur puissance et leur pouvoir, en leur donnant « un potentiel nouveau (4) ».

Pire que l’amiante. Dorothée Benoit Browaeys laisse entendre que le risque de la dispersion des nanoparticules est du même type que celui de l’amiante, même si sa fiction semble indiquer que ça pourrait être pire… Et pour cause, c’est potentiellement pire puisque l’amiante était réservé à quelques catégories de métiers alors que les techniques de manipulations atomiques sont des techniques génériques qui viennent modifier l’ensemble des techniques déjà existantes et pas un domaine en particulier. En l’état des recherches écotoxicologique, personne ne sait vraiment ce que les « industriels font avec les nanomatériaux (5)»

Possible

Ambitions et techniques. De ces techniques on attend tout. Éliminer les soucis et les insatisfactions, maintenir l’enthousiasme, guérir toutes les maladies, rendre la vue aux aveugles, l’audition aux sourds (6), faire marcher les tétraplégiques, ingénierie de la peau pour les brûlés, régler les problèmes de faim dans le monde, être plus intelligent, plus beau, plus fort, ne pas mourir, ni vieillir, ne plus travailler. Les motivations qui se trouvent au coeur des ambitions humaines sont anciennes (7). La nouveauté ce sont les moyens, les nouvelles techniques et les puissances qui sont enrôlés et envisager à cette fin.

L’ambivalence des techniques. Toutes les techniques sont bivalentes, elles permettent du bon et du mauvais (elles ne sont pas neutres, permettant du bon ou du mauvais). Chaque technique ouvre un monde. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais l’un et l’autre. Un couteau peu couper du papier et blesser en profondeur. « Innover le navire c’était déjà innover le naufrage, inventer la machine à vapeur, la locomotive, c’était encore inventer le déraillement, la catastrophe ferroviaire. De même de l’aviation naissante, les aéroplanes innovant l’écrasement au sol, la catastrophe aérienne. Sans parler d’automobile et du carambolage à grande vitesse, de l’électricité et de l’électrocution, ni surtout, de ces risques technologiques majeurs, résultant du développement des industries chimiques ou du nucléaire… chaque période de l’évolution technique apportant, avec son lot d’instruments, de machines, l’apparition d’accidents spécifiques, révélateurs « en négatif », de l’essor de la pensée scientifique. (8) »

La politique

Notre système technique. On pourrait croire qu’il suffit alors de choisir les bonnes techniques et de laisser les mauvaises, mais cela n’est pas aussi simple. Nous « bénéficions » non pas d’une technique, mais d’un véritable système technique. Notre système technique est largement issu de la science industrielle et concurrentielle et dépend encore beaucoup de l’extraction de pétrole et de minerai divers. Nous ne choisissons jamais une technique isolée mais plusieurs en même temps ; nous ne choisissons pas librement les techniques, parce qu’il y a un système qui fait pression. Notre système technique favorise ou défavorise certains mondes. Sa gouvernance est pour l’instant dans les mains des industriels et des politiques. Aujourd’hui, ils tentent d’organiser une partie de ce système autour de diverses convergences.

Pas une convergence, mais des convergences atomiques.

La convergence des langages scientifiques dans un réductionnisme ou tout est compris comme machine informationnelle (ou algorithme, pour faire simple : calcul) que ce soit les lois de la physique (9), l’esprit (10) ou la vie (11) ainsi que l’avènement des techniques générique de l’ingénierie atomique constitue la pierre philosophale à l’émergence de différentes convergences de techniques. Ces convergences possibles prennent des appellations différentes selon les intérêts en jeu (NBIC, petit BANG, ou encore NGR) (12). Elle est en partie concrétisée dans des disciplines comme l’informatique ou la biologie (dont il existe déjà une convergence en tant que bio-informatique), mais surtout elle est organisée par la structure même de certains laboratoires comme Minatech à Grenoble. Dans le cadre de ce projet, les bits, les atomes, les neurones et les gènes, ne sont pas de simple constituant du réel, mais les briques élémentaires, fonctionnelles et constitutionnelles du réel.

Les techniques de l’informationpermettent le contrôle desBits
La manipulation monoatomiquepermet de contrôler et de manipuler lesAtomes
Les neurosciences cognitivespermettent de manipuler lesNeurones
Les techniques biologiquespermettent de contrôler, manipuler et réorganiser lesGènes

La convergence des techniques, c’est aussi la convergence des catastrophes. Que tout un système tient sur l’informatique et le pétrole, qu’arrive-t-il quand ceux-ci ont des problèmes ? Contrôler, Surveiller, pour aboutir aux chimères vivantes anthropotechnique (13) et à la société de contrôle qui va avec.

Le transhumanisme

Le projet le plus visible de cette perspective est celui dit du transhumanisme : L’objectif du transhumanisme sera d’accomplir la transition entre l’humanité et la post-humanité. Sur cette posthumanité les projets sont multiples en ce qui concerne les moyens : parfois divergents, parfois convergents. Y composent robots, androïdes, cyborgs, humains génétiquement modifiés et/ou aux capacités différentes de la moyenne (comme voir dans la nuit) ou suivant l’accomplissement d’un projet politique particulier.

Certains veulent que cette transition trouve son terme et son aboutissement dans la mise en place d’une Singularité (un événement historique sans équivalent) grâce à la combinaison de l’ensemble des connaissances et techniques actuelles dans des domaines différents. Ils invoquent alors une convergence de techniques. Cette convergence qu’elles que soit ses développements, prendrait pour base les techniques d’assemblage générique les plus récentes de la science industrielle et concurrentielle centrée sur une ressource rare et viendrait ainsi modifier les autres. Actuellement c’est avec l’ingénierie atomique, génétique, informatique, neurologique et géologique qu’ils pensent pouvoir contrôler la matière, la vie, l’intelligence, les sensations et le climat. Quelques-uns espèrent qu’il en soit ainsi jusqu’à l’arrivée du Successeur, être terminal issu de la Singularité, résultat de l’autoproduction successives et indéterminées d’organisations électro-matérielle automatisés (14) suivant une politique singulière. Tous, cependant s’accordent, comme d’une évidence sur les ambitions : cette population à venir (posthumains, singulariens, ou extropiens) sera immortelle, ne sera jamais malade, affamée, assoiffée, démembrée, sera libre de sa morphologie (autoplastie) et vivra dans un paradis issu de la mécanique (ingénierie du paradis [paradise engineering]) ou est aboli toute souffrance (société abolitionniste [abolitionism] (15)).

Le transhumanisme à ses partisans les plus nombreux aux États-Unis d’Amérique (16), au Québec (17) et en France (18). Ils exposent leurs revendications (19) à travers des livres, des sites internet, articles, voire passe à la pratique. Si leurs militants restent marginaux, ils ne sont pas des marginaux (une grande partie travaille dans les laboratoires) ; les idées radicales n’étant pas bien vue, certains doivent avancer à pas feutré. Enfin, parce qu’ils « ne font que radicaliser, […] des idées et des espoirs présents (20) », de nombreuses personnes sont susceptibles d’être favorable au transhumanisme sans le savoir.

Nietzsche. La culture populaire a retenu de Nietzsche qu’il proclamait la venue du surhumain. Pour Dorothée Benoit Browaeys (21) son argumentation serait favorable aux modifications techniques de l’humain. Mais si Nietzsche proclamait la venue du surhumain c’était en opposition à celle de l’homme supérieur. L’homme supérieur est le réactif, celui qui n’acceptent pas ses limites et cherche toujours à les dépasser grâce à la science et à la technique (22). Le surhomme quant à lui s’affirme, connaît et accepte ses limites. Pour Nietzsche l’humain est une corde tendue entre le Surhumain et la bête. Le Nietzschéen est l’équilibriste qui sait parcourir cette corde (23).

Que faire ?

Co-gestion du désastre et soumission durable.

Dorothée Benoit Browaeys reste malheureusement dans l’appel vicié à une vigilance durable (Ch.10, p. 212), a une planète « nano » à gouverner (Ch.11), à une ingénierie atomique responsable (Ch.11, p.222), comme l’on nous a déjà fait le coup du développement durable et des techniques vertes ou propre. Pas question de remettre en question cette ingénierie en elle-même ! Or c’est une aberration. Ce n’est pas simplement de l’information, du débat et de la parole qu’il faut (24), c’est de l’indignation, de la colère ! Ces produits sont déjà en vente et nous sommes déjà exposés.

Pire que les cobayes.

Nous sommes dans une situation qui est pire que celle des cobayes (25), qui eux sont exposés dans des conditions contrôlées et confinées du laboratoire, alors que nous le sommes tout autrement. C’est inacceptable, ces productions doivent être arrêtées. Pour cela un large panel d’action est possible : moratoires publics, manifestations, révoltes, critiques internes des scientifiques ou démissions, et même bris de lieux de production et de distribution.

Collaboration ou Démission ?

Les chercheurs dans le domaine sont dans une position ambiguë, pour obtenir des budgets dans le cadre du capitalisme se voient contraint d’inventer des applications, de faire de la science-fiction. Sans quoi on leur demande de céder la place. Mais ne faut-il pas plutôt démissionner quand on nous demande de travailler à la multiplication des techniques de contrôles, à la continuité du pillage des sols, et donc à la déforestation permettant l’extraction des minerais, et à tout ce qu’il en découle : érosion des diversités biologique et culturelles, condamnant des groupes humains à abandonner leur lieu de vie (26). Il faut du courage, et certains l’ont fait, c’est un choix difficile, mais participer ou collaborer à l’exposition de la population à des objets dont on ignore les conséquences écologiques et sanitaires, ainsi a terme qu’a la dépossession des savoirs faire et de la diversité en général n’est-il pas déjà un choix difficile à assumer? Démission et Rébellion contre cette recherche, et non pas soumission à l’exigence de vigilance et de contrôle demandée par les producteurs à travers la théorie lamentable de la « co-gestion des risques », qui revient à demander conseil et protection aux introducteurs et producteurs de ces nuisances. Demandez donc à un pyromane d’éteindre un feu, vous verrez.

Etienne Klein.

Apparaît comme analyste de notre impuissance (fin du Ch.5, p.108), alors qu’il est un intellectuel au service de l’organisation de l’adhésion aux techniques d’ingénierie atomique, comme nous le montrons dans le texte « La science, entre menaces et promesses (27) ».

Il n’y a pas de co-existence possible avec l’ingénierie atomique.

A chaque opposition a certaines techniques, les accusations ne manque pas. Nous serions atteints de technophobies… pourtant nous avons bien tapé ce document et pas écris à la main, et nous l’avons photocopié. La phobie aurait dû nous en empêcher. Le problème de notre situation est la confusion d’une grande part de la population à qui l’on expose chaque nouvelle technique issue de la science industrielle et concurrentielle comme un progrès. C’est oublié qu’il n’y a pas qu’une seule science, mais une diversité de sciences, qu’il y a aussi différente manière de la pratiquer. Que le brevet et la concurrence sont un choix politique, tout comme le choix de faire des techniques avec des ressources non renouvelables et peu disponibles.

Il y a différente manière de répondre à un même problème, et toute n’entraîne pas les mêmes dangers potentiels. La perspective d’un moratoire évoque dans les esprits de certains immédiatement la volonté d’en finir avec la science, alors qu’il s’agit bien au contraire d’en faire plus. Plus d’enquêtes, plus longtemps. La science est organisée politiquement : son budget est chiffré. Des moratoires invisibles sont mis en place par le gouvernement qui finance certaines techniques et recherches plutôt que d’autres.

En finir avec les savoirs dépossédant, vive les savoirs liants.

Inutile de croire que l’expertise, ou le gouvernement va nous sauver. Nous savons bien tous, ou sont ses priorités, et l’allocation du budget monstrueux pour l’ingénierie atomique sur notre dos alors que le monde meurt de notre mode de vie, n’a rien d’étonnant. Il y a bien des risques écologiques et sanitaires qui nécessitent quelques experts, mais ces problèmes-là, ne sont pas les plus importants. Nous sommes l’avenir, ils sont le désastre. Toute personne hostile à ces nuisances et désireuse de les combattre peut faire quelque chose, pour modeste que soit son action.

Si ce n’est pas vous, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ?

Notes :

1 Et ne peut donc pas en être demandeur contrairement à ce que disent les industriels pour justifier leur production.
2 Etc Group. Un infiniment petit guide d’introduction aux technologies à l’échelle nanométrique… et à la théorie du petit bang. Page 2. Juin 2005.
3 Bernadette Bensaude-Vincent, Se libérer de la matière ? Édition INRA, collection sciences en questions, 2004. Page 69 et 70.
4 Avis. Enjeux éthique des nanosciences et nanotechnologies. CNRS, Comets. Octobre 2006.
5 Vincent Castranova, coordinateur du programme de nanotoxicologie à l’Institut national de la sécurité et de la santé au travail (NIOSH) propos recueillis par Karen Schmidt, Alors toxiques ou pas toxiques ? Paru initialement dans New Scientist. Dans Courrier International n° 921 du 26 Juin au 2 Juillet 2008. Dossier Des nanos dans nos vies. p. 52.
6 Phillip J. Bond, sous-secrétaires étasuniens au commerce pour les techniques, indique que les techniques d’ingénierie atomique « rendront la vue aux aveugles, redonneront aux boiteux la faculté de marcher et aux sourds d’entendre ; elles permettront de guérir les personnes atteintes du sida, du cancer, du diabète et d’autres maladies, de vaincre la faim et même de suppléer nos capacités intellectuelles. » Relevé dans Yan De Kerorguen, Les nanotechnologies, Espoir, menace ou mirage ?, Ed. Lignes de repères, 2006. Introduction, p 10.
7 On trouve une liste du même genre en 1627 chez Francis Bacon dans La nouvelle Atlantide. Page 133 et 134 de l’éd. GF, 2000. « Merveilles naturelles, surtout celles qui sont destinées à l’usage humain. Prolonger la vie. Rendre, à quelque degré la jeunesse. Retarder le vieillissement. Guérir des maladies réputées incurables.  Amoindrir la douleur.  Des purges plus aisées et moins répugnantes.  Augmenter la force et l’activité.  Augmenter la capacité à supporter la douleur Transformer le tempérament, l’embonpoint et la maigreur. Transformer la stature. Transformer les traits.  Augmenter et élever le cérébral. Métamorphose d’un corps dans un autre. Fabriquer de nouvelles espèces. Transplanter une espèce dans une autre. Instruments de destruction, comme ceux de la guerre et le poison. Rendre les esprits joyeux, et les mettre dans une bonne disposition. Puissance de l’imagination sur le corps, ou sur le corps d’un autre. Accélérer le temps en ce qui concerne les maturations.  Accélérer le temps en ce qui concerne les clarifications. Accélérer la putréfaction. Accélérer la décoction. Accélérer la germination. Fabriquer pour la terre des composts riches.  Forces de l’atmosphère et naissance des tempêtes. Transformation radicale, comme ce qui se passe dans la solidification, le ramollissement, etc. Transformer des substances acides et aqueuses en substance grasses et onctueuses.  Produire des aliments nouveaux à partir de substances qui ne sont pas actuellement utilisées. Fabriquer de nouveaux fils pour l’habillement ; et de nouveaux matériaux, à l’instar du papier, du verre, etc. Prédictions naturelles. Illusions des sens. De plus grands plaisirs pour les sons. Minéraux artificiels et ciments. »
8 Paul Virilio. Un paysage d’évènement. Galilée, 1996.
9 D’après Marvin Minsky, pionnier de l’intelligence artificielle (IA) et professeur d’Eric Drexler.
10 L’esprit est assimilé à un algorithme dans le modèle de Mc Culloch et Pitts reprenant la machine de Turing. En 1943.
11 La vie est assimilée à un algorithme avec la naissance de la biologie moléculaire par Max Delbrûck et le groupe du phage en 1949.
12 Convergence NBIC (Nano Bio Info Cogno) si l’on veut insister sur l’idée de convergence ou petit BANG, si l’on veut insister sur ce qui est manipulé : les Bits, les Atomes, les Neurones et les Gènes. NGR pour insister sur l’aspect cyborg avec N pour Nanotechnique, G pour Génétique, R pour Robotique.
13 Comme le titre le rapport de Juin 2002 de la NSF : « Converging technologies for improving human performance » [Technologies convergentes pour augmenter les performances humaines]. Ou avec la perspective NGR comme l’indique Ray Kurzweil, Humanité 2.0, éd. M21, 2007 [2005]. Chapitre 5.
14 Ses partisans les appellent Intelligences artificielles.
15 The Hedonistic Imperative de David Pearce.
L’abolitionnisme ou l’impératif hédoniste
Le projet abolitionniste
16 Notamment en philosophie Nick Bostrom, pour l’ingénierie atomique K. Eric Drexler, pour la génétique Lee Silver ou William Haseltine, pour l’informatique Marvin Minsky, Ray Kurzweil ou Hans Moravec.
17 En particulier, son propagandiste Justice De Thézier qui en 2003, fonde l’Association transhumaniste du Québec (ATQ), et en 2006 devient membre du conseil d’administration de l’Association transhumaniste mondiale.
18 Leur site : http://transhumanistes.com/ (association française technoprogressiste)
Par exemple : Jacques Attali,”Transhumains”, c’est le nom que je donne à l’élite de demain. […] Les “transhumains” formeront une nouvelle classe créative, porteurs d’innovations sociales et artistiques et non plus seulement marchandes. La microfinance sera un des acteurs majeurs de cet avenir.” Extrait d’une entrevue avec Jacques Attali (25/01/2007), présentant son livre Une brève histoire de l’avenir (2006). http://www.transhumanism.org/index.php/WTA/more/1268/
19 Voir notamment leurs manifestes : Upwingers Manifesto (1978), Principes Transhumanistes d’extropie (Transhumanist Principles of Extropy – 1990), Déclarations transhumaniste (Transhumanist Declaration – 1999 et 2002). Historique et généalogie critique et détaillée dans Ion Vezeanu, Impossibilia Moralia. 2007. 8.2. Le manifeste transhumaniste. p. 110 à 112.
20 « La World Transhumanist Association (WTA), principale organisation transhumaniste, ne revendique que trois mille membres répartis sur quatre continents. Leurs colloques et congrès ne réunissent qu’une poignée d’entre eux, souvent moins de deux cents. » (§. Introduction). Antoine Robitaille. Le nouvel homme nouveau. 2007. Boréal. De par son approche journalistique de terrain, ce livre est intéressant car il indique quelques informations sur la réalité du mouvement et ses divergences politiques (qui pour nous n’en sont pas vraiment), par ailleurs il n’est pas dénué de sens critique.
21 « Bien sûr, on pense également à deux philosophes de la fin du XIXe siècle, qui ont appelé de leurs vœux l’avènement d’un Surhomme : Friedrich Nietzsche et Nikolaï Fedorov, défenseur des solutions scientifiques pour supprimer la mort. » Ch.8, p. 157.
22 Il est clair que Ray Kurzweil et Terry Grossman sont dans le réactif, quand ils écrivent dans Fantastic Voyage : Live Long Enough to Live Forever [titre Fr : Serons-nous immortels ?] : « je vois la maladie et la mort à tout âge comme une calamité, comme des problèmes qui doivent être dépassés ».
23 Jean-Michel Besnier, est un des rares auteurs a avoir su faire la différence dans la conclusion de son livre : Jean-Michel Besnier. Demain les posthumains. Éd. Hachette, 2009. Nous partageons son analyse.
24 La défense de l’exposition du public à ces techniques via ce frauduleux concept de co-gestion des risques est couramment prise par François Ewald et Olivier Godard.
25 Déjà peu enviable, on se réfèrera pour ses questions au livre de : Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Éthique animale. 2008. Dorothée Benoit Browaeys n’évoque qu’à travers la citation d’un groupe critique le rapprochement à peine effectué entre les cobayes et nous (Ch.2, p. 45) « il faut stopper les industries qui utilisent les humains comme des cobayes pour tester des produits instables et inconnus »
26 Une illustration malheureuse est-ce qui arrive actuellement autour de l’Amazonie et au Congo.
27 Conçu et distribué lors de la venue d’Etienne Klein en début 2009 à Montpellier pour la présentation de son dernier livre. Si ce texte n’est pas joint à celui que vous lisez, vous pouvez le trouver sur le site indiqué en fin de document.


Dorothée Benoit Browaeys est déléguée générale de VivAgora, association pour l’engagement citoyen dans la gouvernance des technologies. Journaliste scientifique, spécialisée dans les sciences du vivant, elle a notamment publié Cerveau, sexe et pouvoir (avec Catherine Vidal, Belin, 2005), Alertes santé (avec André Cicolella, Fayard, 2005), et Des inconnus dans nos assiettes : les aliments transgéniques (Raymond Castells, 1998).