Singularity University, les technologies exponentielles

Depuis sa création, en 2008, par l’informaticien et philosophe Ray Kurtzweil, cette institution haut de gamme, installée au cœur de la Silicon Valley sur un ancien aéroport de la NASA, rassemble chaque été environ quatre-vingts étudiants et jeunes professionnels de tous les pays, soigneusement sélectionnés. Des experts, venus en majorité de la Silicon Valley, leur enseignent pêle-mêle les sciences et les techniques qui doivent leur permettre de changer le monde au cours des prochaines décennies.
La Singularity University organise aussi des stages de courte durée pour les « décideurs » politiques et économiques. Le sommet d’Amsterdam, qui devrait attirer près de neuf cents personnes, sera consacré aux technologies dites « exponentielles », l’un des nouveaux mots à la mode dans la Silicon Valley. Neil Jacobstein, l’un des responsables de l’université, explique le concept « d’exponentialité » appliqué à l’économie :

« Nous parlons de technologies comme l’intelligence artificielle, la robotique, la biologie synthétique, les nanotechnologies. Elles sont très différentes les unes des autres, mais ce qui les rapproche, c’est que leurs performances doublent tous les dix-huit à vingt-quatre mois. Cette progression est si rapide que les chefs d’entreprise n’arrivent à l’intégrer ni dans leur mode de pensée ni dans leurs stratégies. Il est donc essentiel de leur proposer des programmes éducatifs pour qu’ils comprennent mieux les implications techniques, commerciales et éthiques de ces bouleversements. »

Pour illustrer son discours, Neil Jacobstein cite les panneaux solaires photovoltaïques, dont le ratio prix/performance double tous les dix-huit mois – un rythme qui bouleverse déjà les modes de vie dans certains pays :

« Je reviens d’un voyage en Mongolie. Devant les yourtes, au milieu du désert de Gobi, les nomades installent des panneaux solaires pour générer leur propre électricité. Du coup, ils ont aussi des antennes satellites, ils sont connectés au monde entier. »

Imbrication de technologies

Pour Neil Jacobstein, toutes ces technologies exponentielles sont étroitement imbriquées :

« L’intelligence artificielle ne se résume pas à des algorithmes permettant aux machines de reconnaître des modèles ou de s’améliorer par elles-mêmes. Elle a aussi un effet levier sur les autres sciences. Ainsi, par exemple, les recherches menées par des moteurs d’intelligence artificielle sur les données génétiques brutes font progresser l’ensemble de la biologie. »

Sur cette base théorique, la Singularity University a inventé le concept de « médecine exponentielle », et organise en Californie des conférences sur ce thème destinées aux professionnels.

Par ailleurs, l’intelligence artificielle est déjà en train de s’installer dans la vie quotidienne :

« Jusqu’à présent, les gens ont considéré leurs smartphones comme des outils. Bientôt, ces appareils vont se transformer en assistants à qui on pourra déléguer diverses tâches. D’ici à 2020, vous pourrez demander à votre téléphone d’organiser à votre place un voyage d’affaires compliqué, en tenant compte de vos contraintes de calendrier, de vos préférences, de votre régime alimentaire. Au fil du temps, il va gagner votre confiance, il deviendra un véritable partenaire dans votre vie professionnelle et personnelle. »

En ce qui concerne le monde de l’entreprise, Neil Jacobstein estime qu’il y a urgence :

« Les hommes d’affaires et les cadres doivent réformer les entreprises, les transformer en organisations flexibles, capables de changer d’échelle rapidement. S’ils veulent survivre dans un environnement aussi turbulent, ils devront se doter d’un radar pour voir au-delà de l’horizon. »

Cela dit, les membres de la Singularity University reconnaissent que la tâche ne sera pas aisée. Paradoxalement, le terme de « singularité », emprunté à la physique, désigne un événement sans précédent, d’une telle ampleur qu’il empêche totalement de prévoir ce qui arrivera ensuite – à l’image des phénomènes inconnus se développant aux abords d’un trou noir…

Neil Jacobstein n’imagine pas que les technologies exponentielles provoquent un bouleversement aussi radical, mais il entrevoit un risque majeur, déjà évoqué par Ray Kurtzweil, inventeur du concept de singularité dans cette nouvelle acception :

« Certains humains s’intégreront de plus en plus aux systèmes d’intelligence artificielle, selon un mode opératoire encore inédit. Par contre, ceux qui seront exclus de ce niveau d’interconnexion avec les machines ne comprendront plus du tout le nouveau monde. »

source

Quand Eric Schmidt annonce la disparition d’internet

C’est au cours du Forum Économique Mondial de Davos, en Suisse, que l’ex-PDG de Google Eric Schmidt a lâché sa petite bombe : « Internet va disparaitre ». Et bim.

« Il y aura tellement d’adresses IP… tellement d’appareils, de capteurs, de choses que vous porterez, de choses avec lesquelles vous interagirez que vous ne vous en rendrez même plus compte. Ce sera présent en permanence autour de vous. Imaginez que vous marchez dans une pièce, et que cette pièce est dynamique. Et avec votre permission et tout cela, vous interagirez avec les choses qui vous entourent dans la pièce. »

Vous l’aurez compris, l’ancien président de Google n’annonce pas ici la mort des réseaux de communication modernes, bien au contraire. Eric Schmidt fait bien sûr référence à l’internet des objets, qui devrait représenter le futur proche d’internet, grâce notamment à la multiplication des solutions domotiques et à l’arrivée sur le marché d’un nombre croissant d’accessoires connectés.

Après le web 2.0, qui mettait au centre le partage entre les internautes, la prochaine évolution d’internet devrait en effet se concentrer autour de l’internet des objets, qui gagne petit à petit notre quotidien et permet de connecter tout ce qui nous entoure.

Certaines théories annoncent d’ailleurs que les objets pourraient devenir des acteurs autonomes de ces nouveaux réseaux, grâce notamment au développement de l’intelligence artificielle, où chaque élément pourrait déclencher des actions à la suite d’évènements particuliers et évoluer en fonction de son environnement.

Durant la session du Forum de Davos consacrée au«  Futur de l’Économie Numérique », Eric Schmidt a également évoqué la domination de Google sur le marché de la recherche, et la concurrence toujours plus importante dans le secteur de la téléphonie mobile, en précisant à ce sujet que l’arrivée de nouveaux acteurs rendait difficile les prédictions à plus ou moins long terme dans ce domaine.

Business Insider via Mac4Ever

La sphère privée, c’est fini

Imaginez un monde où des robots de la taille de moustiques volent autour de vous et s’emparent d’échantillons de votre ADN. Ou imaginez qu’un grand magasin connaît toutes vos habitudes d’achats, et qu’il sait que vous êtes enceinte avant même que vous ayez prévenu votre famille.

Cette effrayante «contre-utopie» a été décrite jeudi par un groupe de professeurs d’Harvard au Forum économique de Davos, où les participants à ce sommet de l’élite économique et politique mondiale ont appris que la sphère privée était définitivement morte.

«Bienvenue dans ce monde, nous y sommes déjà», a déclaré Margo Seltzer, professeur de science informatique à l’université d’Harvard. «La sphère privée telle que nous la connaissions ne peut plus exister, la façon dont nous envisagions avant la sphère privée, c’est fini», a-t-elle ajouté.

Pour un autre chercheur d’Harvard, cette fois en génétique, il est «inévitable» que des données génétiques personnelles entrent petit à petit dans le domaine public. Sophia Roosth estime que des agents du renseignement ont d’ores et déjà été chargés de collecter des informations génétiques concernant les leaders étrangers afin de savoir s’ils sont susceptibles de contracter telle ou telle maladie, ou quelle est leur espérance de vie.

«Nous sommes à l’aube d’une ère de Maccarthysme génétique», a-t-elle dit, en faisant allusion à la chasse aux sorcières aux États-Unis contre les communistes dans les années 50.

La «génération Google» serait moins regardante

En outre, Margo Seltzer a imaginé un monde dans lequel de petits drones volent autour de vous, de la taille d’un moustique, pour extraire un échantillon de votre ADN afin de l’analyser, pour le compte d’un gouvernement ou d’une compagnie d’assurances.

Les violations de la sphère privée vont se faire de manière «de plus en plus pernicieuse», a-t-elle prédit : «Nous vivons déjà dans un état de surveillance». Cependant, en dépit de cette vision pessimiste rappelant celle d’Aldous Huxley et de son «Meilleur des mondes», les universitaires ont relevé que les aspects positifs de ces développements de la technologie étaient plus importants que leurs aspects négatifs.

«De la même façon que nous pouvons envoyer de petits drones pour espionner les gens, nous pouvons envoyer les mêmes appareils dans les régions touchées par Ebola et supprimer les germes», a déclaré Margo Seltzer.

«La technologie est là, c’est à nous de décider comment nous en servir», a-t-elle ajouté. «Grosso modo, la technologie a fait plus de bien que de mal», a-t-elle jugé, relevant les «extraordinaires» avancées en matière de santé dans certaines zones rurales de pays en développement, rendues possible grâce à la technologie.

Au cours d’une session consacrée à l’intelligence artificielle, les débatteurs ont semblé résignés, comme s’ils acceptaient les limites de la sphère privée, induites par la société moderne. Rodney Brooks, président de la société Rethink Robotics, une société technologique américaine, a pris l’exemple de Google Maps que l’on consulte lorsqu’on veut théoriquement savoir où on va, mais qu’on utilise aussi à d’autres fins.

Anthony Goldblum, un jeune entrepreneur dans les hautes technologies, a déclaré devant cette même session que ce qu’il appelle la «génération Google» était beaucoup moins regardante quant à la protection de sa sphère privée que les précédentes.

«Je considère ma sphère privée en fonction de ce qui me convient, la sphère privée n’est pas quelque chose qui m’inquiète», a-t-il dit. «De toute façon, les gens se comportent souvent mieux lorsqu’ils savent qu’ils sont peut-être observés», a-t-il conclu.

La Presse.ca, via AFP