Jean-Pierre Dickès : le transhumanisme ou la fin de l’espèce humaine

i-grande-21207-la-fin-de-l-espece-humaine-netJean-Pierre Dickès, écrivain et médecin, nous parle de son dernier livre “La fin de l’espèce humaine”. Un ouvrage dans lequel il évoque les récentes découvertes génétiques mais aussi les dangers qu’elles représentent pour l’avenir de l’Homme. Il y dénonce notamment le courant transhumaniste dont la volonté délibérée est d’arriver à ce qui est appelé L’Homme Augmenté par le transfert de l’esprit humain vers les robots ou inversement l’implantation de microprocesseurs dans le cerveau de l’homme transformant ce dernier en machine.

Le Dr Jean-Pierre Dickès étudie depuis des années les différentes évolutions de la science tant en bionique qu’en biologie, et en génétique. Il a déjà écrit deux ouvrages sur ces questions (L’Homme Artificiel et L’Ultime Transgression). Il est persuadé avec Stephen Hawking – le plus grand scientifique de notre époque – que “le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à la race humaine”.

Résumé

Ces quatre dernières années, les sciences ont fait des progrès absolument fulgurants en biologie, en génétique, en bionique et en robotique. Ceux-ci aboutissent à transformer profondément la nature de l’homme et le font évoluer vers une post-humanité dont les contours sont inquiétants ; ceci dans la mesure où ils seront issus de transgressions permanentes de l’ordre naturel. Les transhumanistes appellent notamment à une nouvelle humanité détruisant par là notre espèce en la transformant en machines.

Parmi le fouillis de découvertes plus invraisemblables les unes que les autres, le docteur Jean-Pierre Dickès, après des années de recherche, essaye de faire le point sur ces nouvelles technologies. Son livre d’une densité extraordinaire, est une mise en garde contre les savants fous qui, au nom du progrès, sont en train de détruire l’Humanité. Il y a là un avertissement solennel dont tout le monde devrait prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard.

La Grande-Bretagne devrait montrer la voie sur les bébés génétiquement modifiés

Sir Mark Walport, qui conseille le gouvernement sur les questions scientifiques, a déclaré qu’il pourrait être “acceptable” de modifier génétiquement les embryons humains et a rajouté que la Grande-Bretagne devrait être à la pointe de la recherche.

« il est absolument certain que plus de recherche est nécessaire » « nous avons besoin de savoir que l’on modifie le gène que l’on veut et pas un autre », a-t-il précisé.

Un colloque a eu lieu ce 9 décembre 2015 à l’Université de Londres. Organisé par l’Educational Trust Progrès (PET). L’intitulé de cette journée de conférence était : « de la FIV 3 parents à la modification du génome, la science et l’éthique de l’ingénierie embryonnaire ».

La semaine dernière, plus de 150 scientifiques et militants ont appelé à une interdiction mondiale sur la pratique, affirmant qu’il pourrait «modifier irrévocablement l’espèce humaine» et conduire à un monde où l’inégalité et la discrimination ont été “inscrites sur le génome humain.»

De l’autre côté, des scientifiques affirment que l’édition de gène permettra de prévenir les maladies héréditaires dévastatrices et interdire la recherche ne fera que conduire à une pratique souterraine aux marchés noirs et du tourisme médical non réglementée.

Déjà en septembre dernier, un réseau international de chercheurs, bio-éthiciens, juristes et experts politiques s’étaient prononcés « en faveur de la modification génétique des embryons humains ».

Et en février 2015, le Parlement britannique avait déjà donné le feu vert pour la fécondation in-vitro à « trois parents ». Ces premiers bébés sont susceptibles d’être nés l’année prochaine et les changements dans leur ADN seront transmis à leurs propres enfants.

lire l’intégralité de l’article sur The Telegraph

Chine : le chien augmenté

A naturally occurring DNA mutation in the myostatin gene leads to highly muscled whippets, at left, as reported in the journal Neuromuscular Disorders. Scientists in China say they can now engineer the same change into other dogs.

Des scientifiques chinois du Key Laboratory of Regenerative Biology Guangzhou Institutes of Biomedicine and Health (GIBH) ont utilisé l’édition de gène (CRISPR-cas9) pour produire des chiens personnalisés : un lévrier a le double de sa masse musculaire habituelle par la suppression d’un gène appelé myostatine.

Selon les chercheurs :

“L’objectif de la recherche est d’explorer une approche de génération de nouveaux modèles de chiens pour la recherche biomédicale. Les chiens sont très proches de l’homme en termes de caractéristiques métaboliques, physiologiques et anatomiques.”

lire l’article sur le MIT
voir l’étude publiée dans The Journal of Molecular Cell Biology

Transplantation d’organes de porcs pour les humains

Méthode d’édition génomique (GM Gene-editing method) : l’équipe du professeur George Church, généticien à l’université de médecine de Harvard, a réussi à modifier des cellules de porcs de manière à ce qu’elles soient mieux acceptées par l’organisme humain, limitant ainsi les risques de rejet. Le magazine Science a publié leurs résultats le 11 octobre 2015. Il pourrait être une réponse à la pénurie de donneurs d’organes humains.

Le fait de greffer un organe ou un tissu d’une espèce vers une autre s’appelle la xénotransplantation ou xénogreffe.

Les chercheurs expliquent  être parvenus, grâce à l’outil CRISPR-Cas9, à l’éradication de tous les virus endogènes dans une lignée de cellules épithéliales de rein de porc.

L’obstacle principal posé par les greffes de porcs sur l’homme est la présence, dans les tissus animaux, de rétrovirus (PERV –  Porcine Endogenous RetroVirus) dont le porc s’accommode mais qui sont mortels pour l’homme. Les 62 PERVs présents dans les reins porcins ont été éradiqués.

Les chercheurs espèrent identifier et éliminer les autres molécules porcines susceptibles d’alerter le système immunitaire humain et de générer des rejets.

“Ils espèrent avoir des embryons de cochons sans PERV, compatibles avec le système immunitaire, prêts à être implantés dans des femelles porteuses dès 2016” dévoile également Science.

lire la suite sur Science Mag et BBC

Cpf1 une alternative à CRISPR-Cas9 ?

Le 25 septembre 2015, une étude publiée dans la revue Cell et dirigée par le biologiste Feng Zhang (Broad Institute, Cambridge, Massachussetts) présente la découverte d’une protéine appelée Cpf1 qui pourrait dépasser les limites de CRISPR-Cas9 (modification du génome sur embryon humain).

L’équipe de Zhang a repéré une autre protéine, Cpf1, associée à CRISPR. Comme Cas9, Cpf1 a la propriété de couper les brins d’ADN, avec cependant quelques différences qui la rendent supérieure.

Plus simple, Cpf1 « ouvre à beaucoup de possibilités pour des choses que nous ne pouvions pas imaginer » a déclaré l’épigénéticienne Luca Magnani du Collège impérial de Londres. Cette nouvelle enzyme surpassera-t-elle Cas9 en popularité ? « Il est encore trop tôt pour le dire » déclare Zhang. Il prévoit de poursuivre ses recherches pour mettre au point de nouvelles méthodes de « genome editing ».

source : Mc Governe Institute

Hinxton s’est prononcé en faveur de la modification génétique des embryons humains

Les membres du groupe Hinxton, réseau international de chercheurs, bio-éthiciens, juristes et experts politiques réunis la semaine dernière en Grande Bretagne, se sont prononcés « en faveur de la modification génétique des embryons humains ».

A Hinxton Group report says editing the genetic code of early stage embryos is of “tremendous value” to research.

Selon ce groupe d’experts, la recherche impliquant les modifications génétiques d’embryons humains est « essentielle pour acquérir des connaissances de base en embryologie ». Ces connaissances pourraient par exemple « donner lieu à des améliorations des techniques de procréation médicalement assistée ». S’ils ne se prononcent pas favorablement aujourd’hui à la naissance d’enfants génétiquement modifiés, ils n’excluent pas que cela puisse être « moralement acceptable à l’avenir ».

« Le gene-editing est une technique qui progresse rapidement » expliquent-ils, « il y a et il y aura une pression pour prendre des décisions scientifiques ou encore des décisions concernant le financement, les publications et la gestion de telles recherches. »

Plus tôt cette année, une équipe de l’Université Sun Yat-sen, en Chine, a montré que les erreurs dans l’ADN qui ont conduit à un trouble de sang ont pu être corrigées dans des embryons de stade précoce.

Dans l’avenir, les technologies pourraient être utilisées pour empêcher les enfants nés avec la fibrose ou des gènes qui augmentent le risque de cancer kystique.

Le Dr Francis Collins, a déclaré : “Le concept de la modification de la lignée germinale humaine [de l’ADN hérité] dans les embryons à des fins cliniques a été débattue au cours de nombreuses années de nombreux points de vue différents, et a été vu presque universellement comme une ligne qui ne devrait pas être franchie “.

Le Prof. Emmanuelle Charpentier a déclaré à la BBC : “Personnellement, je ne pense pas qu’il est acceptable de manipuler la lignée germinale humaine dans le but de changer certains traits génétiques qui seront transmis au fil des générations.

lire l’article sur BBC

Embryons génétiquement modifiés : vers une ère de l’enfant parfait ?

Quand la pratique rattrape la théorie : la communauté scientifique a été animée récemment par la publication d’un article scientifique dans lequel une équipe de chercheurs chinois décrit les modifications génétiques qu’ils ont apportées à des embryons humains.

À partir d’embryons non viables issus d’une clinique de fertilisation in vitro, les scientifiques ont cherché à modifier le gène à l’origine d’une maladie génétique rare, la béta-thalassémie, afin de le “réparer”. Pour ce faire, ils ont eu recours à une technique révolutionnaire, le système CRISPR-Cas9.

Explicité et adapté en 2012 par la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna, le système CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) est à l’origine un système de défense immunitaire des bactéries, face aux infections des phages notamment. Il est basé sur l’utilisation d’une enzyme, appelée la Cas9, qui, après s’être associée à un petit brin d’acide ribonucléique (ARN) “guide”, va pouvoir reconnaître des portions spécifiques de l’acide désoxyribonucléique (ADN) — celles complémentaires de l’ARN guide — et les couper. Les systèmes de réparation de l’ADN de la cellule permettent ensuite, en réparant la coupure, de modifier le gène ou bien de l’inactiver par exemple.

Le mécanisme d’action de CRISPR

Source : Pennisi Elizabeth, « The CRISPR Craze », Science, vol. 341, n° 6148, 23 août 2013, p. 833-836.

Très rapidement, le système a été largement adopté en biologie moléculaire pour son potentiel considérable. Il est très facile à utiliser et à adapter : des bactéries, des cellules humaines adultes, des souris et même des primates ont vu leur ADN être modifié avec succès par le système CRISPR.

Dans le cas de l’étude, l’embryon fertilisé est à l’état d’une seule cellule au moment de la manipulation, afin que la modification génétique puisse être transmise à toutes les futures cellules de l’embryon. Les résultats obtenus montrent que seulement la moitié des embryons encore vivants après les 48 heures de l’expérience ont eu leur ADN coupé par la Cas9, et seuls 14 % de ces derniers possèdent la mutation finale voulue.

Plus problématique, une partie des embryons modifiés se sont révélés mosaïques, c’est-à-dire qu’ils possédaient des cellules modifiées et des cellules sans modification. Enfin, des effets non désirés ont été observés, avec la présence de mutations créées par la Cas9 à des endroits non prévus initialement par l’étude.

Les auteurs concluent sur les limites de l’étude et recommandent une meilleure compréhension du système CRISPR-Cas9 avant de l’utiliser sur des embryons [1]. Les rumeurs précédant la publication de l’article avaient amené des industriels du domaine à exprimer leur inquiétude dans un article publié en mars par le journal Nature [2]. Les technologies actuelles ne permettent pas de prédire les effets des modifications génétiques des embryons sur les générations futures, ce qui rend, pour eux, le processus dangereux et éthiquement inacceptable.

La désapprobation publique face à de telles manipulations pourrait de plus nuire au développement de thérapies utilisant le système CRISPR et apportant des modifications génétiques non transmissibles à des générations futures. Les auteurs appelaient à des discussions au sein de la communauté scientifique et à un moratoire sur les pratiques touchant les embryons, en attendant.

Si la nécessité d’une discussion ouverte internationale est une idée largement partagée, le moratoire ne fait, en revanche, pas consensus. En effet, selon certains scientifiques, il est au contraire important de continuer à étudier le système CRISPR appliqué aux embryons, dans un but de recherche et afin d’améliorer les connaissances, pour être en mesure de mieux évaluer les bénéfices/risques d’une telle pratique [3].

Modifier génétiquement les cellules reproductrices ou les embryons humains est une ligne éthique à ne pas franchir selon certains chercheurs et il n’y en a aujourd’hui pas la nécessité dans la mesure où les techniques de fécondation in vitro et de sélection des embryons non porteurs d’anomalies génétiques existent déjà.

Au contraire, selon d’autres, avec le développement d’outils aussi puissants, les progrès à venir ne sont qu’une question de temps, surtout compte tenu du fait que la pratique n’est pas illégale partout dans le monde [4]. Ainsi, au moins quatre groupes de recherche en Chine et un groupe aux États-Unis continuent l’étude sur des embryons humains [5].

L’objectif de “réparation” de mutations génétiques causant des pathologies graves et actuellement incurables pourrait éventuellement être accepté si la technique est démontrée comme sans danger. Cependant, une des questions majeures concernant son utilisation serait alors de savoir où placer la limite. Est-ce qu’améliorer le profil génétique d’un embryon afin de limiter ses risques de développer dans le futur un cancer, ou bien booster sa résistance face à des virus comme le VIH, serait encore un objectif de santé acceptable ?

Un des risques sous-jacents redoutés est d’ouvrir la porte à des modifications génétiques non médicales et eugénistes (choix du quotient intellectuel, de traits physiques…). Une équipe de chercheurs chinois étudie par exemple les profils génétiques d’un millier de surdoués afin d’identifier les gènes associés au QI.

Si la pratique se développe réellement sans contraintes dans certains pays, il est probable que seules les classes sociales aisées pourraient se permettre de l’utiliser. On peut même imaginer un tourisme « d’ingénierie génétique » peu encadré dans les pays trop flexibles.

L’état actuel des recherches est encore très préliminaire, mais il est certain que le sujet n’a pas fini de faire parler de lui. Un grand débat est d’ores et déjà prévu cet automne aux États-Unis, afin de travailler sur les problèmes scientifiques, éthiques et politiques soulevés par l’ingénierie génétique sur les humains.

COSSÉ Mathilde, Note de veille, 26 août 2015, revue Futuribles

Notes :

[1] Liang Puping et alii, « CRISPR/Cas9-Mediated Gene Editing in Human Tripronuclear Zygotes », Protein & Cell, vol. 6, n° 5, avril 2015, p. 363-372. URL : http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs13238-015-0153-5.

[2] Lanphier Edward et alii, « Don’t Edit the Human Germ Line », Nature, vol. 519, n° 7544, 12 mars 2015. URL : http://www.nature.com/news/don-t-edit-the-human-germ-line-1.17111.

[3] Baltimore David et alii, « A Prudent Path Forward for Genomic Engineering and Germline Gene Modification », Science, vol. 348, n° 6230, 3 avril 2015, p. 36-38. URL : http://www.sciencemag.org/content/348/6230/36.

[4] Bosley Katrine et alii, « CRISPR Germline Engineering —The Community Speaks », Nature Biotechnology, vol. 33, mai 2015, p. 478-486. URL : http://www.nature.com/nbt/journal/v33/n5/full/nbt.3227.html.

[5] Cyranoski David et Reardon Sara, « Chinese Scientists Genetically Modify Human Embryos », Nature News, 22 avril 2015. URL : http://www.nature.com/news/chinese-scientists-genetically-modify-human-embryos-1.17378 ; et Regalado Antonio,  « Chinese Team Reports Gene-Editing Human Embryos », MIT Technology Review, avril 2015, Massachusetts Institute of Technology (MIT). URL : http://www.technologyreview.com/news/536971/chinese-team-reports-gene-editing-human-embryo/.

 

Positions transhumanistes sur la modification du patrimoine génétique humain

Au début de ce mois de mars, un article du  journal The independant rapportait qu’une équipe dirigée par George Church, généticien à Harvard, avait pour la première fois entamé des recherches en thérapie génique portant sur des cellules ovariennes, des gamètes, de la lignée germinale donc, celles qui génération après génération sont porteuses de notre patrimoine héréditaire.

Bien que les objectifs déclarés de l’équipe aient clairement relevé de la recherche fondamentale, les potentiels de la méthode CRISPR utilisée – l’éventualité de “bébés à la carte” – ont provoqué, surtout outre Atlantique, des réactions d’une partie de la communauté scientifique mais aussi des milieux les plus conservateurs, allant de la demande de moratoire jusqu’à celle d’une interdiction complète de telles recherches.

De leur côté, les transhumanistes invitent à aborder ces questions en se détachant de toute considération moralisante voire religieuse. Ce qui doit être préservé, c’est la sécurité sanitaire à long terme des pratiques envisagées et la liberté de la recherche scientifique.

En réponse aux appels prohibitionnistes, l’IEET, par un texte de James Hughes, a rappelé la position d’ouverture de la WTA/Humanity+ : “Transhumanist Position on Human Germline Genetic Modification”.

Sans s’aligner forcément sur toutes ces positions, l’AFT-Technoprog a souhaité mettre à disposition une traduction en français de ces textes afin de faciliter leur compréhension et le débat.


Récemment, un groupe de scientifiques et un groupe industriel ont publié une déclaration appelant à un moratoire sur la modification du patrimoine génétique humain ou de sa lignée germinale (voire iciici, et ), maintenant que nous avons la puissance technique CRISPR pour y parvenir. Ces déclarations ont été vivement saluées par les bioconservateurs, qui souhaitent une interdiction mondiale des thérapies d’amélioration du patrimoine génétique humain. Bien sûr, les transhumanistes réfléchissent à ce sujet depuis longtemps, et la World Transhumanist Association (rebaptisée depuis “Humanity+”) a adopté une position formelle sur la modification du patrimoine génétique humain il y a dix ans.

La déclaration de la WTA/H+ considère les thérapies géniques comme souhaitables et inévitables, tout en sollicitant des fonds publics de recherche et un processus de régulation pour garantir leur sûreté. Alors que le groupe ayant publié une déclaration dans le journal Science a plaidé pour un moratoire sur l’application de ces technologies en attendant qu’elles soient sûres, le groupe industriel Alliance for Regenerative Medicine est allé plus loin en demandant une interdiction de toute recherche visant à démontrer que ces techniques sont sûres. Comme le suggère la déclaration ci-dessous, la position transhumaniste (et technoprogressiste) est que toute tentative d’interdire la recherche menant à de telles thérapies, ou l’usage de ces thérapies une fois leur sûreté et leur efficacité démontrée, serait une violation des droits à la liberté procréative et à l’autonomie corporelle.

(James Hughes, 20 mars 2015)

WTA/Humanity+

Position sur la Modification du Patrimoine Génétique Humain

Adoptée à l’unanimité par l’équipe dirigeante de la WTA, le 24 Décembre 2004*

Il y a un besoin urgent de nouvelles mesures politiques pour réguler la recherche sur les thérapies géniques héréditaires et leur application. Les thérapies géniques héréditaires vont amener la société à de nouvelles formes de diversité et de changement, et nécessitent une nouvelle réflexion sur la régulation des risques et les droits de l’homme. Cela afin d’éviter, d’une part, la prolifération de thérapies dangereuses et non-testées, et d’autre part, des interdictions abusives limitant les droits reproductifs.

En raison de la sombre histoire de l’eugénisme totalitaire du siècle passé, les états doivent fournir un nombre conséquent de preuves avant de légiférer sur l’autonomie corporelle et les droits reproductifs des parents. La principale base de telles interférences est l’obligation sociale de garantir que le risque de ces nouvelles technologies reste raisonnable, et est suffisamment bien connu pour que les parents puissent faire des choix éclairés.

Il est dans l’obligation de chaque parent, ainsi que de la société dans son ensemble, de garantir que la génération suivante sera en bonne santé, en pleine possession de ses moyens, et pourvue d’une bonne espérance de vie. Si l’on est engagé en faveur de la liberté procréative, la meilleure façon de garantir que les enfants tireront un bénéfice des thérapies géniques est de fournir aux parents toutes les informations nécessaires sur leurs risques et sur leurs avantages, et de garantir un accès équitable à ces technologies, afin qu’elles puissent donner aux enfants le meilleur départ possible dans la vie.

Les lois existantes, les procédures de contrôle et les instances qui garantissent la sûreté et l’efficacité des médicaments doivent être développées, lorsque cela deviendra nécessaire, pour prendre en compte les thérapies géniques héréditaires. Aux États-Unis, nous défendons la position de la Food and Drug Administration selon laquelle ils sont habilités à réguler la sûreté des thérapies géniques et des nouvelles technologies reproductives telles que le clonage. Une instance supplémentaire n’est pas nécessaire.

Nous n’avons pas davantage besoin d’une loi pour déterminer quelles thérapies géniques sont acceptables ou non, en se basant sur la distinction entre “thérapie” et “augmentation”, ou sur des spéculations quant aux impacts sociaux à long terme. La seule base acceptable pour la régulation des thérapies géniques est le classique rapport risque/bénéfice pour les sujets et leurs enfants.

Nous pensons que le Conseil européen doit amender sa “convention pour la protection des droits et de la dignité de l’homme” pour reconnaître la légitimité des thérapies géniques et de l’augmentation dans le cadre des droits reproductifs individuels. Nous pensons également que des traités internationaux pour interdire la modification des gènes héréditaires et l’amélioration génétique violeraient les droits de l’homme, priveraient des gens de leurs bénéfices, et rendraient leur sûreté impossible à réguler.

Les standards de sûreté pour les thérapies géniques héréditaires ne devraient pas être plus élevés que ceux de la reproduction classique. Les effets sur plusieurs générations pourraient faire l’objet de tests animaliers, mais les essais humains ne devraient pas avoir à démontrer de faible risque de tératogenèse au-delà de la première génération.

Les modifications génétiques que les adultes font sur leur propre matériel génétique, aussi bien somatique que germinal, devraient être approuvés sur la base de leur sûreté pour le sujet adulte, avec la connaissance de risque appropriée quant à la tératogenèse si ce matériel génétique est passé aux enfants. Il ne devrait pas y avoir de pénalités pour les adultes qui modifient leurs cellules reproductives en toute connaissance de cause, ou pour les instances médicales les ayant correctement informé des risques/bénéfices, même si cet usage n’est pas approuvé comme thérapie pour la modification du sperme, des ovaires et des embryons ex vivo.

Il devrait y avoir des financements publics de recherche sur les thérapies géniques héréditaires, tant sur les humains que sur les animaux. Aux États-Unis, les National Institutes of Health devraient annuler leur interdiction sur les financements de recherche en thérapies géniques héréditaires. Les règles de financement ne devraient pas distinguer les thérapies somatiques et héréditaires, ou la “thérapie” et l’”augmentation”, mais devraient être basées sur la faisabilité, la sûreté et les bénéfices potentiels. Il devrait y avoir un financement national pour les études prospectives de long terme sur la sûreté et l’impact sur la santé des thérapies géniques héréditaires. Mais il ne devrait pas y avoir d’enregistrement obligatoire des sujets de ces thérapies.

Finalement, considérant le potentiel des thérapies géniques à exacerber les inégalités, nous pensons que des thérapies géniques sûres et bénéfiques devraient être rendues aussi universellement accessibles que possible. La priorité devrait être de rendre universellement accessible les thérapies géniques intrinsèquement bénéfiques [1, 2] – notamment pour la santé, la longévité et l’intelligence – par opposition aux choix germinaux et aux thérapies géniques qui n’ont pas de bénéfices intrinsèques, comme la hauteur ou le genre.

Quelle est la différence entre le génie génétique et l’eugénisme ?

1 Bostrom, Nick. 2003. “Human Genetic Enhancements: A Transhumanist Perspective,” Journal of Value Inquiry, Vol. 37, No. 4, pp. 493-506.
http://www.nickbostrom.com/ethics/genetic.pdf

2 Bostrom, Nick. 2003. “A Transhumanist Perspective on Human Genetic Enhancements.”
http://www.nickbostrom.com/ethics/genetic.html

* On the WTA website it says 2005, but it was actually 2004.