Étude prospective à l’horizon 2030 : impacts des transformations et ruptures technologiques sur notre environnement stratégique et de sécurité.

Pour la première fois, un document gouvernemental en matière de prospective technologique est réalisé par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) pour penser les défis technologiques à venir auxquels nous serons confrontés et les ruptures stratégiques qui en découleront. Il vise à proposer des pistes de réflexion à l’ensemble des acteurs de la communauté stratégique française, voire alimenter le débat public dans une période où les questions de sécurité et de défense s’imposent au cœur des préoccupations.

A vocation pédagogique, cet exercice de prospective n’exprime pas de position officielle et ne correspond pas à une quelconque doctrine, livre blanc ou politique publique. Il reflète le point de vue de chercheurs et l’état des réflexions sur un ensemble de sujets. Le choix des thématiques résulte du travail de veille technologique réalisé par le SGDSN, en relation étroite avec le monde de la recherche. Il pourra être actualisé et augmenté par l’étude ultérieure d’autres sujets.

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Sommaire

Avant-propos
Introduction
Partie 1 : Des tendances qui se consolident
La défense antimissile balistique en 2030 : un système militaire mature au cœur des équilibres stratégiques
La démocratisation de l’accès à l’espace
Paix et guerre dans le cyberespace
La dissuasion, atout de puissance et facteur de paix
Terrorisme et menaces NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) : vers un terrorisme technologique ?
Frontières passoires ou frontières intelligentes
Partie 2 : ruptures technologiques – ruptures stratégiques
Les missiles et vecteurs hypervéloces, nouveaux déterminants des puissances ?
Militarisation et insécurisation de l’espace
La révolution de l’impression 3D
La biologie de synthèse : un saut dans l’inconnu
Comment les neurosciences vont-elles transformer la guerre ?
La cryptographie est-elle à l’aube de la révolution quantique ?
Le champ de bataille « 3.0 » : intelligence artificielle, robots, nanotechnologies et armes à énergie dirigée sous l’uniforme


Extrait : Comment les neurosciences vont-elles transformer la guerre ?

L’impact potentiel des neurosciences sur la manière de faire la guerre est identifié et de nombreuses recherches sont en cours. Essentielles en termes de santé, ces avancées vers « l’homme augmenté » sont parfois déroutantes au plan militaire et éthique. La France et l’Europe doivent les prendre en compte pour maintenir leurs capacités de défense pour la guerre du futur, identifier les priorités afin de ne pas disperser moyens et financements et se préparer à créer les conditions d’une modération des acteurs et d’un encadrement international.

De formidables avancées susceptibles d’intéresser la défense

Les stratégies et méthodes permettant d’étudier le fonctionnement cérébral ou de modifier les capacités cognitives sont de natures très diverses, impliquant à la fois des technologies non-invasives ou invasives. Des avancées récentes en matière d’imagerie cérébrale, de techniques de neuromodulation ou d’interfaces cerveau-machine ouvrent de nouvelles perspectives à plus ou moins long terme.

Pour les forces armées, les recherches actuelles dans le domaine des neurosciences, si elles aboutissent, pourraient participer à la réalisation de plusieurs objectifs, comme :

– la préservation de la santé et de la sécurité des opérateurs militaires ;
– le maintien, voire l’amélioration de leurs performances, notamment en matière d’endurance, de capacités sensorielles, de réactivité, de productivité, de créativité ou encore de résistance au stress.

Ces applications auraient une incidence directe sur les performances individuelles et la capacité opérationnelle.

Parmi les axes de recherche qui suscitent également un intérêt – et soulèvent autant d’enjeux éthiques et sociétaux – figurent l’exploitation des connaissances et technologies relevant des neurosciences, en particulier des techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle, en vue d’évaluer la véracité des informations obtenues lors d’un interrogatoire ou même de déterminer le degré de responsabilité d’un individu, notamment dans le cadre d’expertises judiciaires ou dans le domaine du renseignement.

L’Homme augmenté, réflexions sociologiques pour le militaire
Éthique sur le champ de bataille dans un futur proche
Augmentation des performances humaines avec les nouvelles technologies : Quelles implications pour la défense et la sécurité ?

Les applications potentielles des neurosciences pour les forces armées, dont certaines restent à l’heure actuelle très hypothétiques, comprennent :

– le suivi médical individuel des combattants, par exemple la surveillance de l’évolution de la vigilance ou du niveau de stress ;
– la prise en charge médico-psychologique, avec notamment la possibilité de restaurer une fonction après une atteinte à l’intégrité physique, voire psychique (commande de dispositif prothétique, perception de sensations recréées, restauration des souvenirs, etc.) ;
– l’amélioration de la formation et de l’entraînement, y compris en cas de stress ;
– l’amélioration des performances physiques et sensorielles des combattants ;
– le guidage à distance de systèmes d’armes, tels que des robots, des drones ou un exosquelette, par une interface cerveau-machine ;
– l’amélioration des performances cognitives des opérateurs et des combattants, en particulier dans un environnement complexe et avec des sollicitations multiples ;
– l’obtention et l’évaluation d’informations à des fins de renseignement ;
– la mise en réseau de capacités cérébrales afin de pouvoir combiner des compétences individuelles.

Le nouvel exosquelette des Forces Spéciales « Iron Man » arrête les balles avec une armure liquide
Robotisation des armées : « Il y a un début de fuite en avant dans certains pays »
Réalité augmentée pour les forces armées
Le nouveau programme de la DARPA envisage de stimuler vos nerfs pour l’auto-guérison

S’ils se concrétisent, certains développements pourraient être à l’origine de profonds bouleversements dans les prochaines décennies, sans qu’il ne soit encore possible de déterminer toutes les conséquences au niveau individuel, sociétal ou international. En effet, outre la restauration des capacités, il devient désormais envisageable de pouvoir altérer de façon ciblée des fonctions cognitives telles que la mémorisation ou le processus de prise de décision, en les améliorant ou en les dégradant, voire peut-être un jour de modifier ou créer des souvenirs ou encore d’accéder aux pensées d’un individu. Ces évolutions imposent d’engager une réflexion approfondie sur les questions éthiques, sociétales, juridiques et médicales afférentes, en fonction des applications, qu’elles soient civiles ou militaires, et du contexte d’emploi. Elles soulèvent des questions quant aux conséquences en termes de dignité humaine et de respect de la vie privée, mais aussi de risques d’atteinte à l’identité personnelle et à l’autonomie. En interférant avec les fonctions cognitives, ces avancées s’accompagnent ainsi d’une possible remise en cause des notions de libre arbitre ou de responsabilité individuelle, telles qu’elles sont traditionnellement appréhendées. Enfin, il convient de considérer les risques de détournement à des fins malveillantes.

Les scientifiques ont repéré le circuit cérébral qui pourrait aider à effacer la peur
Interfaces cerveau-ordinateur : des fonds militaires pour contrôler les sentiments
Une manipulation de neurones spécifiques aide à effacer les mauvais souvenirs et améliorer les bons
José Delgado et ses dispositifs de contrôle de l’esprit par la stimulation électrique du cerveau

Au-delà de l’état actuel des connaissances sur le cerveau et son fonctionnement, la complexité de la problématique est aussi liée à l’interdépendance fonctionnelle avec l’environnement physique et social. Que la modification soit recherchée ou secondaire, il peut y avoir atteinte à l’intégrité physique ou psychique des individus. Sans même chercher à dégrader certaines capacités, il existe un risque que l’amélioration de fonctions cognitives spécifiques se fasse au détriment d’autres. La question de la réversibilité des effets doit également être posée. Il faut de plus considérer la problématique de l’acceptabilité individuelle mais aussi sociétale.

La sécurité des équipements médicaux implantables fait déjà partie des préoccupations majeures pour les acteurs du secteur de la santé. En plus des risques de dysfonctionnement, la vulnérabilité aux cyber-attaques de certains systèmes représente donc une crainte légitime, en particulier s’agissant de ceux qui sont connectés et reçoivent et/ou transmettent des flux de données à distance, et ce d’autant plus s’ils sont invasifs. En prenant pour exemple les travaux de recherche en cours portant sur le développement d’un implant neuronal qui pourrait remplacer les dispositifs externes de réalité virtuelle, des informations altérées pourraient par exemple être transmises directement au niveau du cortex visuel.

A l’horizon 2030, un soutien financier substantiel à des programmes de recherche innovants aura permis d’obtenir des résultats concrets, avec une transition réussie de la recherche fondamentale à des applications concrètes de façon générale mais aussi a posteriori dans les forces armées. Dans le même temps, les recherches relevant des neurosciences bénéficieront des approches collaboratives et interdisciplinaires, permettant la levée de verrous technologiques. « L’homme augmenté » sera en passe de devenir une réalité.

Les États-Unis, comme la Chine, auront investi massivement dans ce domaine. Malgré de fortes réticences au sein de la société civile et d’organisations non gouvernementales, voire du Comité international de la Croix-rouge, certains systèmes innovants seront déployés et opérationnels au sein des forces armées américaines et vraisemblablement, de façon plus limitée, de celles d’autres pays comme la Chine, de la Russie ou Israël. A ce stade, il s’agira principalement :

– d’implants destinés à augmenter l’acuité visuelle ou auditive ;
– de dispositifs d’électrostimulation cérébrale pour les opérateurs exerçant en environnement complexe ;
– d’interfaces cerveau-machine permettant soit d’utiliser des exosquelettes afin d’augmenter les capacités locomotrices, soit de piloter des drones ou des robots pour le déminage des engins explosifs improvisés (IED) ;
– d’outils d’aide aux interrogatoires à des fins de renseignement.

Transhumanisme : de la réparation de l’humain au surhomme

Le développement de la cybernétique et des biotechnologies pourraient, d’ici quelques années, révolutionner la notion même d’humanité, de s’affranchir des lois jusqu’alors inaliénables de la nature. Alors que les premiers pas concrets dans cette direction ont été récemment réalisés avec notamment la fabrication d’organes artificiels ou la modification du patrimoine génétique de plantes puis d’animaux, il nous a semblé important de pouvoir lancer un débat dépassionné cadrant le sujet autant sur les plans scientifique qu’éthique ou juridique. De quoi parle-t-on vraiment ? Un homme amélioré ? Un homme réparable ? Un homme augmenté ? Sur quelles bases scientifiques ? L’Université d’été mobilise un panel de médecins, philosophes et juristes pour traiter de ce sujet complexe sous un angle nouveau.

Intervenants :
Pr François Berger, neuro-cancérologue – Inserm
François Vialla, directeur – Centre Européen d’Etudes et de Recherche Droit & Santé, Faculté de Droit université de Montpellier
Jean-Michel Besnier, professeur des universités & philosophie des technologies d’information et de communication
animée par Lionel Buannic, journaliste

Université de la e-santé
Ecole d’ingénieurs ISIS, Rue Firmin Oulès, 81100 Castres, FRANCE

Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ?

L’Homme augmenté sera-t-il solidaire ?

La journée a été animée par Édouard Kleinpeter, ingénieur de recherche au CNRS, animateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.

Les technologies modernes appellent dans le quotidien une consommation individualisée. Mais elles créent aussi du lien social, en facilitant les communications, les pratiques standardisées ou la constitution de réseaux. On voit aujourd’hui se développer des instruments susceptibles de doter l’humain de ressources nouvelles, tant sur le plan sensorimoteur que cognitif : des prothèses électroniques ou des exosquelettes, des neurostimulants ou des implants intracérébraux…

Après avoir abordé les aspects et l’essor de cette nouvelle réalité baptisée « Homme augmenté », le colloque en évaluera la désirabilité au regard des objectifs mutualistes.

  1. SOMMES-NOUS À LA VEILLE D’UNE VICTOIRE SUR LE HANDICAP ?

Jean-Michel Besnier, philosophe, directeur de l’EA Rationalités contemporaines (Université Paris-Sorbonne), coordonnateur scientifique du pôle de recherche Santé connectée et humain augmenté de l’ISCC.
Nathanaël Jarrassé, chargé de recherche à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (CNRS – Université Pierre et Marie Curie)
Serge Picaud, neurobiologiste, directeur de recherche à l’Institut de la vision
Marc Roux, président de l’Association française de transhumanisme, Technoprog

  1. NOTRE SOCIÉTÉ « TECHNOLOGISÉE » DEVIENT ELLE PLUS ÉGALITAIRE ?

Hervé Chneiweiss, neurobiologiste et neurologue, directeur de recherche au CNRS
Brigitte Dormont, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, directrice de la Chaire Santé de la Fondation du Risque
Brigitte Munier-Temime, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech

  1. QUEL CORPS SOIGNERA-T-ON DEMAIN ?

Alim-Louis Benabid, médecin, fondateur et président du directoire de Clinatec (sous réserve)
Geoffrey Delcroix, coordinateur du rapport « Le corps, nouvel objet connecté », Commission nationale informatique et libertés (Cnil)
Geneviève Fioraso, députée, ancienne secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche
Jérôme Goffette, maître de conférences en philosophie des sciences à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et à l’École normale supérieure de Lyon
Xavier Labbée, avocat, président de l’Institut du droit et de l’éthique, professeur Lille 2.

Communiqué de presse MGEN

10 mars 2016

Le 9 mars 2016, le groupe MGEN a organisé, avec l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC), le colloque « Transhumanisme, Homme augmenté. Quelles limites, thérapeutiques, techniques, éthiques ? » Alors qu’une ère nouvelle est en train de s’ouvrir, où les avancées technologique vont rendre capable l’homme de se transformer, de se modifier et de « s’augmenter », le groupe MGEN voit la nécessité d’initier un véritable débat citoyen, afin que les avancées technologiques s’orientent dans un sens responsable, c’est-à-dire éthique et socialement utile.

S’il est encore trop tôt pour imaginer ce que sera la révolution des « NBIC » (nano technologies, biomédecine, informatique et sciences cognitives sur le cerveau…), une chose est sûre : le mouvement est en marche et les laboratoires de recherche sont, à la fois, à la veille de découvertes considérables pour la santé et le bien-être et prêts à des transgressions majeures pour l’avenir de l’humanité. L’enthousiasme, par exemple, suscité par les perspectives de victoires possibles sur le handicap, ne doit pas occulter la vigilance face à ceux qui seraient tentés de transformer génétiquement l’être humain. Quand certains prédisent une durée de vie très étendue, pour ceux qui en auront les moyens financiers, il ne faut pas oublier que la majorité de la population mondiale n’a aujourd’hui pas accès aux soins essentiels. La question transhumaniste est complexe. Elle fait appel à des connaissances sur des technologies extrêmement récentes, très peu connues du public. Elle renvoie à des débats éthiques qui touchent à la nature des sciences, à l’essence de l’homme. C’est aussi une question vertigineuse. Qu’est-ce que vivre 200 ans ? Qu’est-ce que penser avec un cerveau boosté par l’intelligence artificielle ?… Malgré la difficulté, il est impératif que le débat politique, éthique et philosophique soit ouvert et vivant dans la société. Le groupe MGEN a décidé d’y participer. En tant que mutuelle et acteur de soins, il pose des questions particulières : quelle place pour les systèmes solidaires de protection sociale ? Quel accès aux nouvelles technologies et aux soins, indépendamment des moyens financiers ?

En marge du colloque, Éric Chenut, vice-président du groupe MGEN, a déclaré : « nous avons l’ambition de faciliter l’appropriation de ce type de débats par le public, afin que chacun puisse se positionner en conscience et, concrètement, être acteur de sa propre santé. Nous voulons également devenir un acteur incontournable du marché des nouvelles technologies en santé. Depuis 2014, nous avons lancé d’autres réflexions sur le big data, la médecine prédictive et les objets connectés. La logique est la même. L’utilité sociale doit être au cœur du progrès technologique et si des acteurs tels que les mutuelles n’apportent pas de réponse sociale et solidaire, le champ sera complètement libre pour les acteurs dont l’objectif premier, voire unique, est lucratif. »