H+ Vers une civilisation 0.0

H+ transhumanismeDes moyens techniques et financiers sans précédent semblent mettre le vieux rêve de l’homme-machine à portée de main : sur quels fondements idéologiques le projet transhumaniste s’appuie-t-il ? Quelle vision de l’homme porte-t-il ? Alors que les idées du transhumanisme affectent déjà nos vies, “H+” en retrace, à travers l’histoire des idées, les enjeux (politiques, philosophiques ou même économiques) et la généalogie.

Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l’histoire des idées, afin de désamorcer la “coupure historique” que celle-ci tente d’initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d’améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d’une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les “technoprophètes”, comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d’une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s’attachant au corps seul, en niant l’esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d’émancipation de l’homme.

Arrivée au terme du processus de rationalité critique, voici l’homme en quête d’un modèle neuf comme l’étaient les âmes des morts dans le monde grec. Mais alors les dieux veillaient. Aujourd’hui, l’individu n’est qu’un point nodal sur un réseau. Un réseau aux prises avec une accélération générale. Accélération du rythme de vie, du transfert de l’information, des relations sociales, du régime du travail et des découvertes, de la technique et du marché des idées – ce que Zygmunt Bauman appelle la ‘liquidité’. C’est précisément sur ce marché des idées que les post-humanistes et les post-libéraux cherchent à vendre leur projet d’un homme-machine.”

H+ est le sigle d’identification des Transhumanistes, dont les représentants reprennent à leur compte le rêve ancien de l’homme-machine. À la différence qu’ils disposent cette fois de moyens techniques pour tenter de le réaliser. Ainsi, avons-nous en ce début du XXIe siècle à nous défendre contre une mouvance qui espère remplacer le vivant par une unité fonctionnelle et, sur la foi qu’elle rencontre dans les milieux du pouvoir, bénéficie de soutiens et de moyens financiers considérables. Ce projet aux effets bien réels sur nos vies, à défaut de doter la machine d’un esprit, entend réduire l’homme à la machine.

L’avènement d’un homme artificiel permettrait en effet de contraindre le vivant à se soumettre à un dispositif socio-technique fondé sur la rentabilité. Il permettrait en outre aux puissants, ceux qui conçoivent le dispositif, de dépasser la seule limite que rencontre l’extension infinie du capital et de leur pouvoir : leur propre mort.

Alexandre Friederich ne décrit pas seulement leurs buts, qui sont désormais connus, mais en retrace la généalogie au sein de l’histoire des idées et de celle du capitalisme. Il démontre ainsi comment ils constituent une propagande visant à créer sans attendre un humain simplifié. Avec un espoir : éviter une civilisation 0.0.

Extrait de “H+”

Alexandre Friederich est un Auteur, dramaturge né en 1965 à Lausanne. Fils de diplomate, il passe de nombreuses années à l’étranger (Finlande, Espagne, États-Unis, Mexique, Vietnam…) avant d’entreprendre des études de philosophie à l’université de Genève.

Recension : Le manifeste des chimpanzés du futur

Le Manifeste des chimpanzés du futur1 est écrit par le groupe grenoblois Pièces et main d’œuvre, groupe qui s’est illustré les dernières années dans l’activisme et la critique radicale des nouvelles technologies, en particulier des nanotechnologies. Le titre se réfère à une phrase du cybernéticien Kevin Warwick, auteur du livre Moi, le Cyborg et premier homme à s’être fait implanter dans le bras des électrodes reliées à son système nerveux. Citons ce dernier in extenso : « Au train où vont les choses, c’est bientôt lui [l’ordinateur] qui prendra les décisions, pas nous. Si nous voulons conserver notre avantage, nous devons progresser au même rythme que lui. La technologie risque de se retourner contre nous. Sauf si nous fusionnons avec elle. Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur2. » Que ces affirmations soient délirantes ou visionnaires, le Manifeste des chimpanzés du futur leur adresse une réponse en compilant une somme de faits accablants sur la progression du transhumanisme dans la recherche et sa banalisation dans la vie sociale. Mais si ces faits doivent être absolument portés à la connaissance, la stratégie du Manifeste dessert à maints endroits la cause qu’elle prétend défendre. Le ton acrimonieux et les amalgames sans nuance de ce texte transforment l’opposition au transhumanisme en une sorte de harangue agitatrice qui donne aux transhumanistes une occasion trop facile de pouvoir l’ignorer d’un revers de main.

1) Le rejet en bloc des artistes futuristes, des utopies sociales, du post-structuralisme, et jusqu’à Lacan (présenté comme un marchepied du transhumanisme à la faveur d’une petite citation sur la machine et l’inconscient) est pour le moins léger et irresponsable, s’il n’est pas simplement un témoignage d’inculture. De même, la condamnation unilatérale du Manifeste cyborg par Donna Haraway, même s’il faut convenir que les transhumanistes ne ratent pas une occasion de s’y référer. Cette dernière a dit et répété qu’elle proposait un usage ironique du cyborg et elle a d’ailleurs fini par abandonner la référence au cyborg devant l’abondance des malentendus suscités par son manifeste. Il est vrai que Donna Haraway manie systématiquement l’ambiguïté, mais il s’agit pour elle d’une stratégie réfléchie qu’on peut, certes, trouver discutable, mais non simplifier. Elle rend compte d’une incertitude irréductible sur la définition de la nature humaine, nonobstant l’emphase moderne des Droits de l’homme. La même remarque vaut pour la présentation du post-structuralisme par les Chimpanzés du futur. Personne n’est forcé de suivre et d’encenser le post-structuralisme, mais il est indubitablement un témoin précieux, un thermomètre si l’on veut, des évolutions du monde ; prétendre s’y attaquer exige de se mettre sur son terrain et d’entrer dans son discours au lieu de le surplomber et de prétendre l’assommer en trois coups de cuiller à pot. Les Chimpanzés du futur cultivent ainsi à leur corps défendant un relent de posture plus postmoderne que les auteurs postmodernes, dans la mesure où sont jetées en vrac des citations sorties de toutes les époques et de tous les courants sans considération pour leur construction historique, leur contexte et les multiples strates de réception des textes incriminés. Peut-être n’est-ce pas le rôle d’un manifeste. Mais cette présentation décrédibilise le propos.

2) C’est avec raison que sont dévoilées au fil des pages les projets des tenants du transhumanisme et de tous ceux politiques et scientifiques, qui, de manière avouée ou non, les suivent dans cette entreprise. Mais ces faits ne justifient pas de cultiver un anathème paranoïaque. D’ailleurs, les transhumanistes sont multiples et on gagne à distinguer leurs courants ; différentes rhétoriques appuient sur différents nerfs, qui ne sont (encore) que bien trop humains… Ce ne sont pas seulement « eux », les technocrates, qui s’apprêtent à détruire l’humain. Ce ne sont pas seulement « eux » qui fomentent leurs projets hégémoniques à l’écart de toute publicité. En réalité, les transhumanistes ne cachent ni leurs projets, ni leurs avancées, ni même leurs doutes. Ils sont fascinés par l’apocalypse et ils semblent bien toucher par là en nous une fibre religieuse fondamentale, inaccessible à la rationalité. Les avertissements d’Elon Musk ressemblent plutôt à des rengaines sur la fin du monde, dont tout le monde a les oreilles rebattues depuis des siècles, qu’à un complot contre l’humanité fourbi en secret. Le transhumanisme joue au vu et au su de tous à la roulette russe. Nick Bostrom, fondateur de la World Transhumanist Association, fut même invité à l’ONU en 2015 pour faire part de son expertise sur les risques de catastrophes à venir liées aux nouvelles technologies. C’est nous-mêmes, citoyens et humains ordinaires, qui n’en voulons rien savoir. Il est évident que les nouvelles technologies ont conquis la quasi totalité de l’humanité et que les moyens exorbitants dont disposent les grands noms de la recherche transhumaniste sont ceux que nous-mêmes, utilisateurs et consommateurs, leur avons donné et continuons de leur donner tous les jours. Personne n’est obligé d’ouvrir un compte Facebook, de commander sur Amazon ou de surfer sur Google. Il y a tout de même d’autres possibilités ! Le manifeste ne fait que mentionner ce fait essentiel, qui relève à lui seul de l’anthropologie fondamentale. Le succès des nouvelles technologies ne peut pas être expliqué uniquement par la mauvaise influence des méchants transhumanistes ; elle se conjugue à une démission des citoyens. Il y a peut-être plus de raisons d’être préoccupé de l’apathie générale que des discours d’illuminés, qui ne doivent leur monopole qu’à notre consentement collectif, désormais d’envergure mondiale. La question des formes encore possibles de participation sociale reste cruciale.

3) Le Manifeste des Chimpanzés du futur ne cesse d’opérer un rapprochement entre le transhumanisme et le nazisme. Pourtant, il donne aussi des arguments pour les distinguer, et il serait appréciable que nuance soit faîte. Le transhumanisme est un ami qui vous veut du bien ; il s’adresse à tous et veut l’amélioration pour tous, selon la thèse utilitariste de la maximalisation du bonheur. Lorsque certains transhumanistes promettent aux récalcitrants de devenir les arriérés du futur, la rhétorique n’est pas proprement nazie, puisque la menace relève du chantage concurrentiel : ceux qui ne veulent pas marcher là-dedans seront non seulement les perdants – et ce sera bien fait pour eux – mais plus encore, ils auront le statut d’une étape arriérée dans l’évolution des espèces. Le Manifeste expose la nouveauté de ce darwinisme social impliquant une forme inédite d’animalisation et de domestication de l’humain. Il ne s’agit plus tant de traiter certains hommes, groupes d’hommes ou ethnies comme des Untermenschen ou encore des « cafards » (comme c’était par exemple le cas dans le génocide du Rwanda) mais d’imputer aux sous-hommes du futur la responsabilité de leur misère : ils l’auront bien voulu. Qu’on mesure l’intimidation de cette rhétorique : elle entraine perfidement l’entrée dans la compétition de tous ceux qui, selon l’allégation bien connu, « seraient contre, si…» mais marchent avec « pour ne pas rester sur le bas-côté» ou « pour ne pas défavoriser leurs enfants » (en effet, personne ne souhaite que ses enfants soient les sous-hommes de l’avenir !). Ainsi Laurent Alexandre, cité dans le Manifeste : « 28% des Américains sont d’accord pour sélectionner un bébé plus intelligent et les autres ne tiendront pas longtemps s’ils ne veulent pas que leurs enfants soient les domestiques des premiers3. » Cet argument, comme une piqûre sédative, court-circuite la délibération aussi bien individuelle que collective, et semble donner automatiquement raison à n’importe quelle « innovation ». Il ne s’agit que de ne jamais manquer le train, peu importe lequel : une façon comme une autre d’enrôler tous les acteurs (de l’entrepreneur au décideur politique en passant par le consommateur) en s’épargnant le détour d’une réflexion de fond. Il revient à la critique du transhumanisme de démonter cette forme d’enrôlement, ce que fait le Manifeste des chimpanzés du futur, mais en le noyant dans des sarcasmes technophobes qui correspondent à un tout autre registre de critique. Il conviendrait en outre de ne pas oublier qu’Hitler, qui n’avait pas réussi à accéder au pouvoir par les élections, a été plébiscité plusieurs fois une fois qu’il eut été nommé chancelier et une fois qu’il eut commencé à mettre en œuvre la politique qu’il avait promise de longue date – autrement dit, Hitler a davantage convaincu par ses actions que par ses idées. S’il y a un enseignement à en tirer, c’est peut-être celui-ci : que le transhumanisme comme toute autre idéologie fasciste, populiste ou terroriste, s’appuie moins sur des idées – qui sont labiles – que sur des actes dotés d’une puissance de fascination et d’enrôlement, qui, semble-t-il, renverse toutes les résistances et abolit tout discernement. Le meilleur argument de campagne de Donald Trump n’était-il pas son succès dans les affaires ? Le transhumanisme achète le consentement moins avec ses idées qu’avec ses gadgets.

Dans le contexte actuel, seule une organisation supranationale de l’envergure de Greenpeace ou de Amnesty International pourrait, semble-t-il, agir sur l’irrésistible ascension du transhumanisme. Or une telle organisation n’aurait une chance de se montrer à la hauteur politique des enjeux, que si elle renonçait à une rhétorique du genre : la poésie contre la technologie, la nature contre l’artifice, les fleurs des champs contre le smartphone, ou encore les charmes du passé contre ceux du progrès et de la science-fiction. Chacun est libre de ses préférences en la matière : une affaire de goût ne constitue pas un argument. Il est politiquement beaucoup plus pertinent d’insister sur la domination totale et irréversible que constitue le projet transhumaniste (la domination par la collecte des données, par les algorithmes « intelligents » ou par ceux qui savent les programmer), à l’encontre des idéaux de liberté et de félicité avec lesquels il se vend. Cette domination-là ne ressemble pas à une dictature du passé. Il n’y a pas d’ennemi à abattre. Votre ennemi, c’est vous-mêmes.

1 Manifeste des chimpanzés du futur – Contre le transhumanisme, Editions Service compris, 2017.
2 Christophe Boltanski, « Kevin Warwick, l’Homo Machinus », Libération, 11 Mai 2002.
3 Colloque Transvision, Paris, septembre 2014, cité par le Manifeste des Chimpanzés du futur, p. 44.

Manifeste des chimpanzés du futur contre le transhumanisme

Luttant activement contre le pouvoir des technosciences dans le capitalisme industriel contemporain, le collectif Pièces et main d’oeuvre propose une analyse de ce que pourrait devenir le futur contrôlé par des hommes-machines issus du transhumanisme.

Nous sommes ces chimpanzés – ces humains qui ne fusionneront pas avec la machine. Nous ne trafiquerons pas notre génome pour devenir plus performants. Nous refusons la vie synthétique mise au point dans les laboratoires.

Un manifeste pour oser rester humain !

Frères humains, sœurs humaines, vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d’une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d’industriels dont l’activisme impérieux et l’objectif affiché consistent à liquider l’espèce humaine pour lui substituer l’espèce supérieure, « augmentée », des hommes-machines. Une espèce résultant de l’automachination par ingénierie génétique et hybridation électro-mécanique. Vous avez entendu l’ultimatum cynique et provocant de ce chercheur en cybernétique : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles au pré. » Et encore, « ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. ». Nous sommes les chimpanzés du futur et nous vous appelons à la résistance contre ce nouvel eugénisme surgi des laboratoires.

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Service compris
BP 27
38172 Seyssinet-Pariset cedex

Sommaire du livre

La Déclaration des chimpanzés du futur

Histoire d’un livre

Voici une lettre publique de leur part, informant du contexte idéologique qui prévaut dans le milieu des éditeurs de sciences “humaines” parisiens, et qui les a contraints à s’auto-éditer, alors que l’ouvrage devait être publié par Le Seuil.

Bonjour,

Le “Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme”, de Pièces et main d’œuvre, dont la parution était prévue aux éditions du Seuil (sortie le 14/09/17), est finalement publié par les éditions Service compris. Voici pourquoi.

En octobre 2016, nous croisons un ami universitaire, de passage à Grenoble, avec qui nous avons au fil des années des échanges cordiaux quoique sporadiques. Déjeuner. Au dessert, nous lui proposons d’écrire, si cela lui dit, un papier sur le site de Pièces et main d’œuvre. Dérobade enjouée de l’ami. « – Ouhlala, non, j’ai pas autant de c… (NdA, de coquilles peut-être ?) que vous, moi !… Je ne peux pas dire ce que vous dites ! C’est mieux que je vous cite en revue ou dans des séminaires… Si je vous disais ! J’ai même entendu une épistémologue célèbre dire en réunion, “Ça, il faut reconnaître… sans Pièces et main d’œuvre, on n’aurait pas tant parlé des nanotechnologies.” Mais pourquoi vous ne faîtes pas un livre sur le transhumanisme ? Vous en parlez depuis des années !… Je suis sûr que ça intéresserait Christophe Bonneuil. C’est lui qui dirige la collection Anthropocène au Seuil… etc.”

Sceptiques, réticents, mais pas bêcheurs, nous écrivons à l’éditeur pour lui demander confirmation de son intérêt. Certes, il a réédité, environ 90 ans plus tard, un recueil d’Ellul & Charbonneau (Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, 2014), mais on sait qu’il est plus facile à un notaire de publier les testaments des radicaux morts ou lointains (américains par exemple) que les critiques sur le vif de leurs successeurs.
L’éditeur nous confirme son intérêt, nous confie son estime pour notre réflexion, et sa dette de pensée pour l’avoir « radicalisé et consolidé », se réjouit de nous rencontrer, se déclare « honoré » que nous l’ayons contacté, bref, l’habituel frou-frou entre auteurs et éditeurs potentiels.
La seule chose qui nous importe, c’est sa garantie réitérée de notre liberté d’expression. D’éventuelles suggestions, soit, mais nous, PMO, conservons le dernier mot sur nos écrits.
À vrai dire, nous n’avons jamais envisagé autre chose – qu’un éditeur, par exemple, puisse s’imaginer avoir notre signature au bas d’un autre discours que le nôtre.

On s’engage et on voit. Nous œuvrons d’arrache-pied pendant huit mois, en sus de nos activités, déplacements et publications. Nous recevons de vifs éloges et répétés de l’éditeur (« Super !… Excellent ! ») pour les divers états de l’ouvrage en cours. Nous sommes en train de faire « un livre de référence », nous allons être publiés en « Point Seuil », etc. Nous intégrons quelques suggestions utiles de l’éditeur, nous rejetons les autres, oiseuses ou nocives. Nous discutons des façons d’utiliser cette publication pour stimuler la critique du transhumanisme (réunions publiques, etc.).

Que croyez-vous qu’il arriva ?

Au moment ultime, après les corrections de ponctuation, notes en bas de page, etc., alors que le Manifeste des Chimpanzés du futur était prêt pour l’imprimerie et annoncé sur les sites des librairies, notre éditeur nous cribla soudain d’un feu croissant d’exigences – coupes, réécritures – plus ineptes et insolentes les unes que les autres.
Il ne fallait pas employer des mots comme « veulerie » ou « sainte-nitouche » par exemple. Pas plus sans doute qu’il ne faut parler de corde dans la maison du pendu.
Il ne fallait pas employer un langage « désuet », « à la Brassens », mais la novlangue de la police post-humaniste, afin de proscrire les crimes de pensée.
Il ne fallait pas évoquer les « traîtres à l’espèce », les « nuisibles », ni « les rats qui fuient le navire », il ne fallait pas employer de termes péjoratifs (!) ni « animaliser les gens », « parce qu’on sait où ça mène ». – Eh quoi ? Fallait-il donc les « végétaliser » ? (Patate ! Navet ! Grosse courge !), ou les « chosifier » ? (Robot ! Serpillière ! Manche à balai !) ? Et nous dire ça à nous ! Animaux politiques et chimpanzés revendiqués !
Il ne fallait pas froisser tel potentat universitaire, fort susceptible, et capable de rétorsions contre le directeur de collection. Ni tel auteur maison, supposément prestigieux et lucratif pour Le Seuil. Enfin, il ne fallait pas nommer les personnes qui nous attaquent, qui attaquent l’humain et les défenseurs de l’humain, mais seulement « leurs idées ».

Pour notre éditeur, voyez-vous (mais aussi pour ses pareils), les idées tombent du ciel et se promènent seules dans les rues sur leurs pattes, à l’affût des proies qu’elles assaillent.
L’écueil est qu’étant radicaux – et non pas extrémistes – nous argumentons souvent ad hominem. Marx en a donné la raison : « La théorie est capable de saisir les masses, dès qu’elle argumente ad hominem, et elle argumente ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est saisir les choses à la racine, mais la racine, pour l’homme, c’est l’homme lui-même. » (cf. Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel. Karl Marx, dans Philosophie, Maximilien Rubel, Ed. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 99)

Ça tombe bien, justement nous défendons l’homme contre les inhumains.

Ainsi fûmes-nous contraints, le 24 juillet dernier, d’envoyer à Olivier Bétourné, PDG du Seuil, la lettre suivante.

« Monsieur,

Votre collaborateur, Christophe Bonneuil, nous a fait part des alarmes et des oppositions que suscitait dans votre maison, la publication de notre Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme.
Nous avons consenti par esprit de conciliation à supprimer certaines pointes et à reformuler certaines phrases, tant que le sens de notre critique n’était ni émoussé ni dénaturé.
Notre projet n’est pas publicitaire. Il ne vise pas la promotion de l’enseigne Pièces et main d’œuvre, mais l’expression d’une résistance irréductible à l’avènement d’une espèce supérieure de cybernanthropes « augmentés », asservissant et/ou éliminant l’humanité commune considérée comme une sous-espèce de « chimpanzés du futur », selon le mot d’un scientifique « transhumaniste ».
Notre discours et notre signature sont connus. Il serait insensé de vouloir l’une sans l’autre. Après des garanties de liberté répétées, des éloges considérables de notre action et des divers états de l’ouvrage en cours ; après huit mois de dur labeur de notre part ; M. Bonneuil, se faisant, dit-il, le porte-parole de « sa chef », « du patron du Seuil », « du Seuil » (et aussi un peu de lui-même), nous soumet au dernier moment à un feu croissant de censures et d’exigences de modifications qui en disent parfois plus long sur leurs auteurs que sur notre discours. Que ces falsifications se parent d’excuses juridiques, rhétoriques ou mondaines. Elles peuvent se lire en marge des deux dernières versions électroniques de notre ouvrage que nous avons reçues.
Nous ne sommes pas des singes si stupides que nous ne sachions reconnaître un ultimatum, même voilé. Et nous ne sommes pas si éprouvés par ces mois et ces années d’activité critique qu’on puisse espérer nous faire céder de guerre lasse.
Dans ses messages du 21 et 23 juillet 2017, et dans notre dernière conversation téléphonique, M. Bonneuil ne nous a pas caché l’hostilité que rencontrait notre Manifeste chez certains de vos collaborateurs, ni l’ampleur de ses efforts pour éviter tout « blocage » ou « rupture » de la part du Seuil.
C’est-à-dire qu’il y a blocage et rupture, et tout d’abord du contrat moral que nous avions passé en novembre 2016 avec M. Bonneuil. De son propre aveu, il « n’avait pas véritablement anticipé, il y a quelques mois, qu’il se retrouverait effectivement à nous demander des modifications ». Disons qu’il a eu les yeux plus gros que le ventre et n’en parlons plus. (…) »

C’était il y a un mois.
Ce mois, nous l’avons employé à finir la fabrication de notre Manifeste et à lui trouver un imprimeur.
Nous le publions nous-mêmes.
Nous le diffusons nous-mêmes.
Nous le défendrons nous-mêmes.

Le transhumanisme est à la fois l’idéologie de la technocratie et le stade actuel du capitalisme, de la croissance, de l’industrialisme et de l’artificialisation.
Nombre d’amis nous ont demandé à maintes reprises « ce qu’ils pouvaient faire pour nous soutenir ». Que si vous voulez répandre la critique radicale du transhumanisme, lisez et faites lire le Manifeste des Chimpanzés du futur.
Achetez-le, vendez-le, offrez-le.

Organisez des débats, avec ou sans nous.
Formez partout des groupes de Chimpanzés du futur.
Surveillez les médias et les activités transhumanistes et alertez les humains.
Contestez partout et par tous les moyens de la critique (textes, films, dessins, actions, etc.), les manifestations ouvertes et occultes du transhumanisme, dans les médias, les universités, les milieux professionnels, politiques, associatifs, artistiques, culturels, etc.

Pour rester libres et humains, vidons les laboratoires !
Le temps perdu pour la recherche est du temps gagné pour l’humanité !

Salutations simiesques,

Pièces et main d’œuvre
Grenoble, le 28 août 2017

Nous en 2030 : lorsque naîtra le post-capitalisme transhumaniste

Quel avenir nous réservent Bill Gates, Larry Page, Mark Zuckerberg et bien d’autres ? Comment vivrons-nous en 2030 ? Ce livre nous révèle que deux groupes de milliardaires s’affrontent actuellement. Les uns veulent nous transformer en précaires contrôlés par des robots. Les autres nous veulent un avenir de stabilité assuré par les technosciences. Lesquels gagneront ce combat ? Après 1984 d’Orwell et Le meilleur des mondes d’Huxley, voici LE nouveau grand roman de (géo)politique économique, institutionnelle et civilisationnelle nous montrant à quoi ressemblera notre vie au plus bas du cycle de Kondratiev (années 2025/30), puis peu après, quand naîtra la première civilisation de type I, selon l’échelle de Kardashev si « les bons » gagnent… Une « évasion » prospectiviste dans notre avenir le plus plausible. Un livre d’histoire… future : l’Histoire des années 2020 à 2080.

Biographie de l’auteur

Daniel-Philippe de Sudres est un chercheur en neurosciences cognitives expérimentales explorant les bases neurales et phénoménales de la conscience réflexive attentive, auquel on doit d’avoir mis en évidence des stades de neurofonctionnement cérébral plus éveillés que notre état de veille ordinaire. Il est ainsi aussi un neurophilosophe, penseur de la logique des systèmes complexes naturels, didacticien, prospectiviste, écrivain, conférencier, ainsi que membre d’X-Recherche, membre associé de la Société Française d’Exobiologie (SFE), supporter de la Mars Society, « voyageur embarqué » pour SpaceUp, sympathisant du projet « Mars One » et… poète.

La critique des technologies émergentes face à la communication promettante

Contestations autour des nanotechnologies

Quet Mathieu, « La critique des technologies émergentes face à la communication promettante. Contestations autour des nanotechnologies », Réseaux, 2012/3 (n° 173-174), p. 271-302. DOI : 10.3917/res.173.0271.

Résumé : La promesse technologique est une forme spécifique de communication scientifique et de médiation des savoirs. Particulièrement employée pour promouvoir certaines sciences et technologies émergentes comme les nanotechnologies ou la biologie synthétique, elle déploie des échelles temporelles de long terme et prédit de profonds changements. Le recours à cette forme de communication n’est pas sans conséquences sur la mise en débat des savoirs et sur les pratiques contestataires autour des sciences. Elle transforme à la fois les discours, les pratiques argumentatives et les modes d’investissement ou d’organisation des acteurs critiques face aux technologies émergentes. Un enjeu majeur de la critique est alors de mettre en question les conceptions de la temporalité et du progrès technologique sous-jacentes à la communication promettante.

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Plan de l’article

Une forme singulière de communication
Promesses nanotechnologiques et nouveaux enjeux activistes
Contre-promesses nanotechnologiques
Pratiques contestataires par temps de promesses
Conclusion : infléchir les temporalités technologiques

Transhumanisme. Utopie ou néofascisme ?

Humanité Dimanche, 30 juillet 2015

2045, l’intelligence des machines va nous dépasser… 2030, vous serez tous équipés de prothèses. Les transhumanistes imaginent ainsi améliorer l’espèce humaine par la technologie et la science, tuer la mort en quelque sorte. A priori, on aurait envie de reléguer ces scénarios au rayon science-fiction. En réalité, c’est un projet sérieux, à la fois structuré philosophiquement et politiquement. Issu des libertariens, le mouvement s’épanouit grâce aux millions déversés par les géants du numérique. Balade en Transhumanie, un monde où l’espèce humaine doit disparaître…

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[note admin : Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More. En 1990, un code plus formel et concret pour les transhumanistes libertariens prend la forme des Principes transhumanistes d’Extropie (Transhumanist Principles of Extropy, traduction française), l’extropianisme étant une synthèse du transhumanisme et du néolibéralisme.