Albert Jacquard : réflexion autour de l’idée de compétition

Scientifique de renommée mondiale et militant humaniste devant l’éternel, Albert Jacquard a combattu toute sa vie pour un monde plus juste et plus solidaire. En 1994, il était invité par la RTBF (la télévision publique de Belgique) à partager sa réflexion autour de l’idée de compétition. Pour lui, pas de doute, la compétition est une habitude désastreuse. Pire, c’est même, selon lui, une forme de suicide !

à méditer : “Tout pouvoir est provisoire ; celui qui l’exerce doit savoir qu’il aura un jour à rendre des comptes.” Albert Jacquard.

Émission complète : Il parlait déjà de médecine prédictive (à 29:00). Faire un enfant avec deux ovules (31:55) [C’est à dire un bébé né de trois parents, connu aujourd’hui par une technique visant à utiliser deux ovules et un spermatozoïde pour féconder via une FIV], il faut une démocratie de l’éthique, clone, trafic d’organes, etc… (33:20). « Demain dépend de nous. Nous n’avons pas le droit de laisser tomber. » (45:00) « On est en train de courir le plus vite possible dans la pire des directions. » « Toute compétition est un suicide. » « Chercher à être le meilleur, c’est faire preuve de conformisme. » « Les grandes écoles ne font que sélectionner les plus conformistes. » « Plus on est conformiste, plus on est dangereux. » « Il nous faut extirper la notion de compétition de toute la société. »

L’immortalité dans la joie et la bonne humeur

Dans la joie et la bonne humeur” est un documentaire expérimental où nous observons, à travers des scènes du quotidien, les dégénérescences d’une société où la technologie grandissante a permis de réaliser le rêve ultime de tous les hommes : l’immortalité

Réalisation : Jeanne Boukraa [Belgique/Belgium, 2014, 6 min, Data ProRes 422, VOF]

Colloque international : L’humain et ses prothèses : savoirs et pratiques du corps transformé

11 et 12 décembre 2015, Paris

Ce colloque est organisé avec le pôle de recherche « Santé connectée et humain augmenté » du CNRS. Les questions qui seront abordées ont une visée interdisciplinaire et une volonté de confronter différentes approches européennes (France, Royaume-Uni, Belgique, Suisse) sur la question de l’hybridation technique du corps humain.

Dans un monde en pleine mutation, la médecine, outre son rôle traditionnel de soin, multiplie ses offres et ses innovations pour une société avide du meilleur, qui incite l’homme à traiter son corps comme un objet toujours perfectible.

C’est dans cette « disposition prométhéenne de l’homme » que la médecine, alliée à la technique, pose actuellement un autre regard sur le corps malade ou handicapé puisqu’elle permet d’accéder à des dispositifs prothétiques qui s’imposent comme des solutions palliatives idéales. Même s’ils permettent à ces personnes d’avoir accès à des traitements auparavant inimaginables, et de bénéficier d’avancées scientifiques inestimables, ils les engagent dans une dépendance qui va au-delà de l’accoutumance à un objet. Elles participent d’un processus complexe qui amène à la construction paradoxale du corps, affectant le sujet dans un au-delà de la construction de son image.

Par ailleurs, derrière cette proposition de l’homme « réparé » et porteur d’espoir, une autre vision de l’humain se profile en coulisse, celle d’un homme « augmenté » dans ses capacités. Ces connexions hybrides de prothèses directement intégrées au corps s’inscrivent dans le fantasme d’un humain idéal. Elles ne sont pas l’expression d’un désir nouveau, mais peuvent être comprises comme des solutions répondant aux exigences contemporaines du processus civilisateur – ce que Freud a appelé Kulturarbeit.

Être hybride engage le sujet dans un corps à corps avec la technique et provoque des expériences corporelles nouvelles, sans être certain d’en contrôler les effets.

Voilà de quoi alimenter avec vigueur le mouvement transhumaniste, qui trouve son origine aux États-Unis, du moins dans sa forme contemporaine. Si ce mouvement se scinde en de nombreux courants, tous partagent cependant la même ambition, celle de modifier l’humain par des technologies pour lui permettre de dépasser ses limites naturelles, d’avancer vers une « évolution choisie » et, surtout, d’en finir avec la vulnérabilité du corps (vieillesse, maladie, mort, etc.). Dans l’idéologie transhumaniste, l’hybridation corps-technique est non problématique. Le corps est considéré comme plastique et ne serait pas ontologiquement différent d’une machine dont on pourrait, à loisir, remplacer ou modifier des parties, en évacuant ainsi les dimensions subjectives et pulsionnelles. Pour ces militants du progrès illimité, qu’en est-il des questions interrogeant l’éthique et le psychique ?

Ces expériences nouvelles inscrites dans un nouvel idéal prométhéen, soulèvent des questions inédites : Comment conjuguer la technique dans une interaction qui ne laisserait pas de côté ce que l’on pourrait considérer comme des aspects fondateurs de l’humain ? Dans cette offre actuelle de la médecine, en complaisance avec la technoscience, qu’en est-il des destins pulsionnels du sujet ? Serions-nous en train d’assister à la création de nouvelles formes d’habiter son corps ? Quels sont les configurations et enjeux psychiques du « faire corps » avec la prothèse ?

Ce colloque est l’occasion de créer un dialogue entre historiens, anthropologues, sociologues, médecins et psychanalystes sur le fonctionnement de la logique prothétique.


Playlist 

Intervenants

Pierre Ancet (Philosophe, Centre Georges Chevrier, CNRS-Université de Bourgogne)
Bernard Andrieu (Philosophe, EA Techniques et Enjeux du corps, UFR STAPS, Université Paris Descartes)
Paul-Laurent Assoun (Psychanalyste, Professeur à l’UFR d’Etudes Psychanalytiques, CRPMS, Université Paris 7-Diderot)
Miguel Benasayag (Philosophe et psychanalyste)
Fethi Benslama (Psychanalyste, Directeur de l’UFR d’Etudes psychanalytiques, CRPMS, Université Paris 7-Diderot)
Jean-Michel Besnier (Philosophe, EA Rationalités Contemporaines, Université Paris-Sorbonne)
Anne-Laure Boch (Médecin des Hôpitaux de Paris et docteur en philosophie)
Naïma Brennetot (Psychologue clinicienne, Centre de références des maladies rares, Hôpital Saint-Maurice, Saint-Maurice)
Daniela Cerqui (Anthropologue, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne)
Hervé Chneiweiss (Neurobiologiste et neurologue, DR CNRS, Neuroscience Paris Seine IBPS, CNRS-Inserm-UPMC, Président du Comité d’éthique de l’Inserm)
Christine Clerici (Professeure à l’UFR de Médecine et présidente de l’Université Paris 7 – Diderot)
Maxime Derian (Anthropologue, post-doctorant à l’ISCC et au CRPMS)
Véronique Donzeau-Gouge (Professeure d’informatique au Cnam et chercheuse associée à l’ISCC-CNRS)
Jean-Yves Goffi (Philosophe, Université Grenoble 2 – Pierre Mendès-France)
Valentine Gourinat (Doctorante en sociologie, Université de Strasbourg)
Pascal Griset (Professeur d’histoire contemporaine, directeur de l’ISCC-CNRS)
Paul-Fabien Groud (Doctorant en anthropologie, Université Lumière Lyon 2)
Nathanaël Jarrassé (Roboticien, Chercheur à l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique, CNRS-Université Pierre et Marie Curie)
Édouard Kleinpeter (Ingénieur de recherche, ISCC-CNRS)
Simone Korf Sausse (Psychanalyste, MDC à l’UFR d’Etudes Psychanalytiques, CRPMS, Université Paris 7- Diderot)
Xavier Labbée (Avocat au barreau de Lille, Professeur à l’Université de Lille 2)
Laurie Laufer (Psychanalyste, Professeur à l’UFR d’Etudes Psychanalytiques, CRPMS, Université Paris 7-Diderot)
Samuel Lepastier (Psychanalyste et chercheur au CRPMS)
Thomas Lepoutre (Doctorant, CRPMS, Université Paris 7 – Diderot))
Cristina Lindenmeyer (Psychanalyste, MDC-HDR à l’UFR d’Études psychanalytique, CRPMS, Université Paris 7- Diderot et chercheuse associée à l’ISCC-CNRS)
Jean-Noël Missa (Philosophe, Faculté de Philosophie et Lettres, Université Libre de Bruxelles)
Isabelle Queval (Philosophe, Centre de recherche Sens, Ethique, Société, CNRS – Université Paris Descartes)
Rémy Potier (MDC à l’UFR d’Etudes Psychanalytiques, CRPMS, Université Paris 7- Diderot)
Gérard Reynier (Psychologue clinicien, Hôpital Saint-Louis)
Anders Sandberg (James Martin Research Fellow, Future of Humanity Institute, Oxford University)
Véra Savvaki (Doctorante CRPMS, Université Paris 7-Diderot)
Silke Schauder (Professeure en psychologie clinique, UFR sciences humaines, sociales et philosophie, université de Picardie-Jules Verne)
Alain Vanier (Psychanalyste, directeur du CRPMS, Université Paris 7 – Diderot))
François Villa (Psychanalyste, Professeur à l’UFR d’Etudes Psychanalytiques, CRPMS, Vice-Président du Conseil d’administration de l’Université Paris 7-Diderot)

ING Focus Belgique – les emplois les plus « robotisables » (PDF)

  • Dans l’état actuel de la technologie, 49% des emplois en Belgique sont susceptibles, à terme, d’être robotisés.
  • 35% des emplois ont une probabilité élevée (supérieure à 70%) d’être robotisés. Une part équivalente a néanmoins une probabilité faible.
  • Parmi les emplois les plus « robotisables », les employés de bureau, les vendeurs dans les magasins et les aides ménagères sont les groupes qui pourraient perdre le plus d’effectifs suite à l’automatisation des tâches.
  • Toutefois, ces résultats sont aussi une opportunité pour l’économie : le progrès technologique permet en effet de libérer du travail pour l’exécution de nouvelles tâches et l’émergence de nouvelles activités. C’est par cette voie qu’une économie progresse.
  • Par ailleurs, il s’agit d’une opportunité pour compenser le plafonnement de la main d’œuvre en raison du vieillissement de la population.
  • Le seul grand danger serait dès lors ne pas gérer efficacement les changements à venir. L’incapacité à assimiler et à financer les nouvelles technologies, de même que le refus du progrès technologique ont en effet, dans l’histoire économique, plus d’une fois freiné la croissance économique.

Dans ce numéro de ING Focus, nous joignons de manière inédite les probabilités de robotisation des emplois telles qu’évaluées par Frey et Osborne pour les Etats-Unis , et la répartition détaillée des emplois en Belgique. Ceci permet de confirmer des résultats agrégés déjà publiés dans d’autres études, mais surtout d’obtenir une classification bien plus détaillée des emplois « robotisables » ce qui n’était pas disponible jusqu’à présent.

Annexe: TOP 100 des métiers pour lesquels le nombre d’emplois robotisables est le plus important en Belgique

 

Pour info :

Dr Michael A. Osborne is a University Lecturer in the Machine Learning Research Group of the University of Oxford’s Department of Engineering Science. His research interests focus on the design of intelligent systems: algorithms capable of substituting for human time and attention. He has worked to apply his novel techniques to scientific and engineering problems in fields as diverse as astrostatistics, ornithology and sensor networks.

Dr Carl Benedikt Frey is an economics researcher with the Oxford Martin Programme on the Impacts of Future Technology and Nuffield College. His work focuses on technological change and its potential impacts on labour markets, as well as on income inequality. He has previously worked as an economist in government, academia and the financial sector.