La dépendance à Internet crée un déséquilibre dans le cerveau

De nouvelles recherches ont lié les dépendances à Internet avec un déséquilibre chimique dans le cerveau. Dans une étude, présentée lors de la réunion annuelle de la Radiological Society of North America à Chicago, 19 participants présentant des addictions aux téléphones, tablettes et ordinateurs présentaient des niveaux disproportionnés d’un neurotransmetteur qui inhibe l’activité cérébrale.

La bonne nouvelle : après neuf semaines de thérapie, les substances chimiques cérébrales des participants se sont normalisées et leur temps d’écran a diminué, explique Hyung Suk Seo, professeur de neuroradiologie à l’Université de Corée à Séoul, qui a présenté l’étude.

Seo et ses collègues ont découvert le déséquilibre chimique du cerveau en utilisant la spectroscopie par résonance magnétique – une technique d’imagerie qui détecte les changements de certains métabolites dans le cerveau. L’outil a montré que les participants ayant une dépendance à Internet, par rapport à un groupe témoin, avaient des niveaux élevés d’acide gamma amino butyrique, ou GABA, un neurotransmetteur qui a été lié à d’autres dépendances et troubles psychiatriques.

The areas under the GABA and glutamine+glutamate peaks at 3.01 and 3.8 ppm (red lines) were measured by fitting to double and single Gaussian functions, respectively.
Credit: RSNA Hyung Suk Seo, M.D

Les participants – 19 jeunes Coréens âgés en moyenne de 15 ans – ont tous été diagnostiqués avec une dépendance à Internet et au smartphone. Un diagnostic de dépendance à Internet signifie généralement que la personne utilise Internet au point qu’elle interfère avec la vie quotidienne. Les participants avaient également des scores significativement plus élevés dans la dépression, l’anxiété, l’insomnie et l’impulsivité, comparativement aux adolescents non-addictes.

Douze des addictes ont ensuite reçu neuf semaines d’un type de traitement de la dépendance appelé thérapie cognitivo-comportementale. Après le traitement, Seo a encore mesuré leurs niveaux de GABA, et a constaté qu’ils s’étaient normalisés.

Plus important encore, le nombre d’heures passées par les enfants devant un écran a également diminué. «Etre capable d’observer la normalisation – c’est une découverte très intrigante», explique Max Wintermark, un neuroradiologue à l’Université de Stanford qui n’a pas participé à l’étude. Trouver un moyen de surveiller l’effet d’un traitement de la dépendance – en particulier une sorte d’indicateur précoce – peut être difficile, dit-il. “Donc, avoir une sorte de biomarqueur que vous extrayez d’une technique d’imagerie qui vous permet de surveiller l’effet de votre traitement et vous dire rapidement si ça réussit – c’est extrêmement précieux”, dit-il.

Miguel Benasayag : Cerveau augmenté, homme diminué

Wintermark note que comme il n’y avait que 19 personnes dans le groupe d’étude, les mesures de leurs niveaux de GABA “devraient être prises avec un grain de sel.” Une étude sur une plus grande population serait nécessaire pour tirer des conclusions sur le rôle de la dépendance à Internet. La réduction des symptômes de dépendance, cependant, est une conclusion importante parce que «chaque patient est son propre contrôle», dit-il.

D’autres groupes de recherche ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour identifier les changements structurels dans le cerveau causés par les dépendances à Internet. Certains ont même observé une substance blanche anormale et un rétrécissement du tissu cérébral lié à la dépendance de l’écran.

Poursuivre de telles études est important, compte tenu de l’augmentation de l’utilisation d’Internet, des téléphones et des tablettes à l’échelle mondiale. “Ces appareils sont devenus partie intégrante de notre vie. Nous ne répondons peut-être pas aux critères diagnostiques de la dépendance, mais c’est quelque chose que nous connaissons tous jusqu’à un certain point », explique M. Wintermark. L’étude de Seo «nous donne un peu d’espoir» qu’il y a «des choses que nous pouvons faire pour revenir à la normale».

RSNA Press Release, Eurekalert, The Independent, IEEE Spectrum, ScienceDaily

Moi, Internet. Et si Internet était conscient ?

IA : dimensions socio-économiques, politiques et éthiques

L’avenir de l’humanité dans le monde de l’intelligence artificielle-biosynthétique

Dans quelques siècles ou peut-être quelques décennies, l’intelligence artificielle et l’ingénierie biosynthétique seront perfectionnées dans la mesure où les androïdes ressembleront étroitement aux humains et les humains conçus biosynthétiquement ressembleront aux androïdes. Malgré les cauchemars d’une telle perspective pour certains scientifiques, savants humanistes et théologiens, l’intelligence artificielle sera un rêve devenant réalité pour ceux qui épousent la philosophie Transhumaniste de Max More : un mouvement dont l’objectif est d’améliorer la condition humaine physiquement et intellectuellement grâce à l’application de moyens scientifiques et technologiques… Lire la suite

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/intelligence-artificielle-dimensions-socio-economiques-politiques-et-ethiques/

Le soldat chimique : usage et dérives des psychostimulants dans la Wehrmacht durant la seconde guerre mondiale

« J’exige de vous que vous ne dormiez pas pendant trois jours et trois nuits si cela est nécessaire1. » Général Heinz Guderian

L’éclat aveuglant de la bombe atomique, expression de la physique, a largement éclipsé l’usage de la chimie pendant la seconde guerre mondiale (DDT, gaz, bombes incendiaires)2.

Avec L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue, le journaliste et documentariste allemand Norman Ohler signe un ouvrage grand public qui donne une autre perspective à cette guerre chimique3, celle de l’usage massif par les soldats de la Wehrmacht (par millions de doses) d’un psychostimulant de synthèse, une méthamphétamine nommée pervitine. Une thèse, soit dit en passant, qui ne fait pas l’unanimité chez les historiens4.

Synthétisée en 1937 par Dr Fritz Hauschild, chef du département de chimie de l’entreprise Temmler, cette drogue se répand d’abord dans la société civile, notamment par l’entremise des médecins, pour répondre à un large spectre de demandes : inhibitions, fatigues physiques et intellectuelles, etc… En 1938, elle est introduite dans l’armée par le médecin major Otto F. Ranke directeur de l’Institut de physiologie militaire.

On connaissait le soldat politique fanatisé, on découvre le soldat chimique, grisé, extatique, toxicomane.

Si l’ouvrage porte globalement sur l’usage de la drogue dans la société allemande sous le IIIe Reich, les prescriptions folles dont Adolf Hitler a fait l’objet (le patient A), le chapitre sur la Blitzkrieg (« guerre éclair ») donne à voir l’usage et les effets spécifiques de cette substance chez les soldats.

« De l’euphorie souvent, une attention accrue, hausse sensible de l’efficacité. Le travail s’abat plus facilement, forte impression de vivacité, sensation de fraîcheur. Travail toute la journée, dépression effacée, retour à l’état normal5. »

Contrebalancée par des effets pervers chez certains sujets (apathie, dépression, addiction, syncope), l’absorption de la pervitine permet d’optimiser la performance : rester éveillé et opérationnel plus de 40 heures parfois.

En 1944-1945, alors que le IIIe Reich vacille, les psychostimulants qui galvanisaient ne servent plus qu’à tenir. Sur fond de naufrage, d’expérimentations humaines, se joue une quête effrénée de substances toujours plus puissantes. Dans l’après-guerre, les tests réalisés par les nazis seront mis à profit par l’armée américaine.

1 Norman Ohler, L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue, Paris, la découverte, 2016, p. 82.

2 Edmund Russel, War and nature. Fighting humans and insects with chemicals from World War I to ‘silent spring’, Cambridge, CUP, 2011.

3 De nombreux travaux d’historiens existent sur la question et notamment Werner Pieper W (ed.), Nazis on speed. Drogen im 3. Reich, Löhrbach, Pieper and the Grüne Kraft, 2002 ; Stephen Snelders et Toine Pieters, « Speed in the Third Reich : metamphetamine (pervitine) use and a drug history from below », Social history of medecine, vol. 24, no 3, 2011, p. 686-699.

4 Thomas Guien, « Métamphétamine, opium…’L’extase totale’, récit d’une Allemagne nazie sous drogue dure », LCI, 1 octobre 2016.

5 Norman Ohler, L’extase totale, op.cit., p. 64.


L’extase totale – Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue

Norman OHLER, ed. La Découverte, sept. 2016

La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne. Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques. Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.


(de) « Brevet de la Pervitine, du 31 octobre 1937, accordé à Temmler » [archive] [PDF], sur amphétamines.com,‎ 31 octobre 1937


Arte reportage – Émission “Les Mercredis de l’Histoire” – La pilule de Göring – La fabuleuse histoire de la pervitine 1/2

Soldats allemands dopés aux amphétamines

Le sujet a été longtemps tabou. Les soldats de la Wehrmacht étaient dopés à la pervitine, la «pilule de Göring».

Quand ils envahissent la France ou l’URSS au cours de marches forcées, les soldats de la Wehrmacht sont souvent dopés par une «pilule magique», la pervitine qu’on appelle aussi la «pilule de Göring». Mais d’où vient cette pervitine et quel usage en a exactement fait l’Allemagne hitlérienne. Le documentaire diffusé sur Arte s’intéresse à cette amphétamine encore en usage actuellement.

Après de premières recherches au Japon et aux États-Unis dans les années 1920, c’est en Allemagne, en 1937, qu’un chimiste arrive à synthétiser une amphétamine particulièrement efficace, la méthamphétamine. Elle est commercialisée la même année par la firme Temmler sous le nom de pervitine. Très vite, les médecins de la Wehrmacht s’intéressent à ce nouvel excitant du système nerveux qui accroît la vigilance, la résistance à la fatigue et le sentiment d’invincibilité. Distribuée aux conducteurs de chars et aux pilotes d’avions aussi bien qu’aux fantassins, la “pilule magique” permet à l’armée allemande d’envahir la France et l’URSS à marche forcée. Et, dans les derniers moments du Reich, de faire tenir les recrues des Jeunesses hitlériennes qui, après l’école, sont mobilisées dans la défense antiaérienne. Dans ce documentaire de Sönke el Bitar, réalisé en 2010, les témoins de cette époque révèlent aussi que, tant dans l’armée que dans la population civile, la consommation de pervitine en Allemagne s’est prolongée bien au-delà de la fin des hostilités. On notera que la pervitine est répertoriée par la convention sur les substances psychotropes de 1971. Au Canada, elle est pénalement classée au même rang que la cocaïne et l’héroïne.

La FDA approuve le premier implant de buprénorphine pour le traitement de la dépendance aux opiacés

Communiqué de presse du 26 mai 2016

La US Food and Drug Administration a approuvé aujourd’hui Probuphine, le premier implant de buprénorphine pour le traitement de la dépendance aux opiacés. Le Probuphine est un implant sous-cutané, conçu pour administrer de la buprénorphine en continu pendant six mois chez les patients qui sont déjà stables sur des doses faibles à modérées, dans le cadre d’un programme de traitement complet.

Les effets secondaires les plus courants du traitement avec Probuphine comprennent la douleur sur le site d’implantation, des démangeaisons et des rougeurs, ainsi que des maux de tête, dépression, constipation, nausées, vomissements, des douleurs de dos, dentaires et d’oropharyngée. L’innocuité et l’efficacité du Probuphine n’ont pas été établies chez les enfants ou les adolescents de moins de 16 ans. Les études cliniques de Probuphine ne comprennent pas les participants âgés de plus de 65 ans.

Lire la suite sur FDA News Release
pour en savoir plus : Communiqué de presse sur la conclusion d’un accord de sous-licence canadienne de l’implant PROBUPHINE®

Les souvenirs peuvent être réécrits à l’aide de l’optogénétique

La nouvelle étude d’Oxford donne à penser que l’optogénétique peut être la clé pour traiter la dépendance au niveau neurologique.

En dehors de la cure de désintoxication et un processus long et ardu de réhabilitation, il y a très peu de choses que la science peut faire pour inverser les conditions telles que la toxicomanie. Mais les scientifiques de l’Université d’Oxford ont réussi à réécrire des souvenirs positifs sur des souris toxicomanes associés à la cocaïne.

Cette découverte pourrait donner un aperçu important sur comment la science peut servir à inverser neurologiquement les mauvais comportements profonds.

Les neuroscientifiques derrière l’étude, Stéphanie Trouche et David Dupret, ont démarré par la formation des souris pour choisir un emplacement spécifique à l’aide de la cocaïne. Pour modifier l’association positive des souris, les scientifiques ont utilisé une technique génétique appelée optogénétique, où vivent les cellules du cerveau qui sont contrôlées à l’aide de câbles à fibres optiques.

Après le traitement, les souris ont perdu avec succès leur préférence pour l’environnement lié à la cocaïne, ce qui implique que la thérapie a permis à leurs souvenirs d’être réécrits. Leurs conclusions ont été publiées dans la revue Nature.

Lire l’article sur Gizmodo

Communiqué de presse sur la conclusion d’un accord de sous-licence canadienne de l’implant PROBUPHINE®

PRINCETON, NEW JERSEY ET MONTRÉAL, QUÉBEC–(Marketwired – 1 fév. 2016) – Braeburn Pharmaceuticals, Inc. (« Braeburn ») et Thérapeutique Knight inc. (GUD.TO) (« Knight »), société pharmaceutique spécialisée et chef de file au Canada, ont annoncé aujourd’hui la conclusion d’un accord en vertu duquel Knight recevra les droits exclusifs de commercialisation de PROBUPHINE® au Canada. PROBUPHINE® est un implant sous-cutané expérimental, conçu pour administrer de la buprénorphine en continu pendant six mois suivant un traitement unique, qui aide à promouvoir l’observance et le maintien des patients et à prévenir l’exposition pédiatrique accidentelle. Selon les modalités de l’accord de sous-licence, Knight prendra également en charge toutes les activités réglementaires et commerciales de PROBUPHINE® au Canada.

« Selon la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, les décès par surdose liés aux opioïdes sont montés en flèche au Canada, représentant maintenant près de la moitié de tous les décès liés aux drogues au pays, a déclaré Behshad Sheldon, président et chef de la direction de Braeburn. Notre partenariat avec Thérapeutique Knight est une autre étape de notre vision d’influencer durablement la façon dont cette maladie chronique est traitée en Amérique du Nord. »

« Nous sommes heureux de jouer un rôle d’envergure en offrant PROBUPHINE® au Canada, a déclaré Jonathan Ross Goodman, président et chef de la direction de Knight. PROBUPHINE® sera, dès son approbation par Santé Canada, le premier produit à traiter la dépendance aux opioïdes pendant six mois suivant un traitement unique. Ce produit novateur a le potentiel de combler d’importants besoins non satisfaits des patients opiodépendants. »

À propos de PROBUPHINE®

Probuphine est un implant sous-cutané expérimental conçu pour administrer de la buprénorphine en continu pendant six mois suivant un traitement unique qui aide à promouvoir l’observance et le maintien des patients. La buprénorphine, ingrédient actif de nombreux médicaments approuvés pour traiter la dépendance aux opioïdes, est présentement offerte sous forme buccale ou sublinguale en auto-administration quotidienne par les patients.

Probuphine a été développé en utilisant ProNeuraMC, le système continu d’administration de médicament mis au point par Titan Pharmaceuticals, Inc. (« Titan »), consistant en un petit implant solide fabriqué à partir d’une combinaison d’éthylène acétate de vinyle (EVA) et d’une substance médicamenteuse. Le produit résultant est une matrice solide, placée en sous-cutané généralement à l’avant-bras du patient, lors d’une procédure en consultation externe, et retirée de la même façon à la fin de la période de traitement. Titan a cédé les droits de commercialisation de Probuphine aux États-Unis et au Canada en 2012.

L’efficacité et la sécurité de Probuphine ont fait l’objet de plusieurs études cliniques préalables. L’étude la plus récente a recueilli les données de 177 sujets répartis aléatoirement pour recevoir soit les implants de Probuphine, soit des comprimés sublinguaux, pour une période de traitement de six mois.

Les sujets de l’un des groupes ont reçu quatre implants de Probuphine, en plus de comprimés sublinguaux placebos chaque jour. L’autre groupe a reçu quatre implants placebos, en plus de comprimés sublinguaux de buprénorphine/naloxone (≤ 8 mg/jour).

L’étude a atteint son objectif premier, la démonstration de non infériorité fondée sur la comparaison de la proportion de sujets répondant au traitement dans chaque groupe de traitement. Un sujet répondant était défini par un minimum de quatre mois sur six sans consommation illicite d’opioïdes, selon les tests d’urine et les déclarations des sujets. Des analyses supplémentaires ont démontré de façon concluante que Probuphine s’est révélé non inférieur au groupe recevant la buprénorphine/naloxone sous forme sublinguale.

À propos de Braeburn Pharmaceuticals Inc.

Braeburn, une société de Apple Tree Partners, est une compagnie pharmaceutique sans comprimés qui offre une médecine de précision en neuroscience. En septembre 2015, la U.S. Food and Drug Administration (FDA) a accepté aux fins d’examen la demande de Braeburn de son produit vedette, Probuphine®, implant de buprénorphine de six mois pour le traitement de la dépendance aux opioïdes. Le 12 janvier 2016, le Psychopharmacologic Drugs Advisory Committee de la FDA a recommandé son approbation par un vote de 12 contre 5. L’agence a fixé au 27 février 2016 la date cible d’exécution.

Les options de traitement thérapeutique à libération prolongée s’avèrent essentielles pour améliorer l’évolution du patient et faciliter la guérison de maladies souvent compliquées par la stigmatisation et présentant d’importants défis de santé publique. La gamme de produits expérimentaux de Braeburn comprend les thérapies par injection ou par implant à libération prolongée pour de graves troubles neurologiques et psychiatriques, notamment la dépendance aux opioïdes, la douleur et la schizophrénie. Parmi les options : Probuphine® pour le traitement de la dépendance aux opioïdes par implant de buprénorphine pendant six mois; CAM2038, pour le traitement de la dépendance aux opioïdes et de la douleur, sous forme de dépôt injectable sous-cutané hebdomadaire et mensuel de buprénorphine; un implant de rispéridone pendant six mois pour le traitement de la schizophrénie; et ATI-9242, une molécule nouvelle pour le traitement de la schizophrénie.

À propos de Thérapeutique Knight inc.

Thérapeutique Knight inc., établie à Montréal, au Canada, est une société pharmaceutique spécialisée qui concentre ses efforts sur l’acquisition ou l’obtention sous licence de droits de distribution de produits pharmaceutiques novateurs destinés aux marchés canadien et internationaux distinctifs. Les actions de Thérapeutique Knight inc. se négocient à la TSX sous le symbole « GUD ». Pour plus de renseignements concernant Thérapeutique Knight inc., consultez son site Web au www.gud-knight.com ou www.sedar.com.

Énoncés prospectifs de Thérapeutique Knight inc.

Le présent communiqué de presse peut contenir des énoncés prospectifs pour Thérapeutique Knight inc. et ses filiales. Ces énoncés prospectifs, de par leur nature, comportent nécessairement des risques et des incertitudes susceptibles de faire en sorte que les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux envisagés par ces énoncés prospectifs. Thérapeutique Knight inc. considère que les hypothèses sur lesquelles reposent ces énoncés prospectifs sont réputées raisonnables à la date de leur formulation, mais elle avertit le lecteur que ces hypothèses sur des événements à venir, dont bon nombre sont indépendants de la volonté de Thérapeutique Knight inc. et de ses filiales, pourraient se révéler incorrectes. Les facteurs et les risques susceptibles de faire en sorte que les résultats réels diffèrent sensiblement des résultats prévus font l’objet d’une discussion dans le rapport annuel de Thérapeutique Knight inc. et dans la notice annuelle de Thérapeutique Knight inc. pour l’exercice clos le 31 décembre 2014. Thérapeutique Knight inc. rejette toute intention ou obligation d’actualiser ou de réviser tout énoncé prospectif, que ce soit en réponse à de nouveaux renseignements ou à des événements à venir, sauf si la loi l’exige.

Contact :
Thérapeutique Knight inc.
Jeffrey Kadanoff, P.Eng., MBA
Chef des finances
514-481-4116
514?484-GUD1 (4831)
info@gud-knight.com
www.gud-knight.comBraeburn Pharmaceuticals, Inc.
Sherry Feldberg
MSLGROUP Boston
781-684-0770
braeburnpharma@mslgroup.com

Implant cérébral : un implant optifluidique contrôlable à distance, permet de contrôler les cellules du cerveau en injectant des médicaments et de la lumière

Une étude a montré que des scientifiques peuvent déterminer le chemin emprunté par une souris en pressant sur un bouton. Des chercheurs de l’École de médecine, St. Louis, et des Universités de l’Illinois et de Washington, ont créé un implant de tissu de dernière génération qui permet aux neuroscientifiques d’injecter des médicaments et de la lumière dans les neurones d’une souris. Cet appareil révolutionnaire est décrit dans la revue Cell. Son développement a été partiellement financé par le NIH (National Institutes of Health).

« Cette découverte offre des possibilités infinies pour les scientifiques afin de comprendre le fonctionnement du cerveau » selon Michael R. Bruchas, professeur agrégé d’anesthésiologie et de neurobiologie à la faculté de médecine de l’Université de Washington et auteur principal de l’étude.

Le laboratoire de Bruchas étudie les circuits qui contrôlent une variété de troubles y compris le stress, la dépression, l’addiction et la douleur. Les scientifiques doivent choisir entre l’injection de drogues (médicaments) à travers de tubes métalliques ou de la lumière par des fibres optiques.

Les deux options nécessitent une intervention chirurgicale qui peut endommager les parties du cerveau et introduire des conditions expérimentales qui entravent les mouvements naturels des animaux.

Pour répondre à ces questions, Jae-Woong Jeong, Ph.D., un bio-ingénieur de l’Université de l’Illinois, a travaillé avec Jordan G. McCall, Ph.D., un doctorant dans le laboratoire de Bruchas, de construire un implant optifluidique contrôlable à distance. L’appareil est conçu avec des matériaux souples d’une dimension d’1/10 d’un cheveu humain et peut fournir simultanément des médicaments et de la lumière.

« Nous avons utilisé des techniques de nano-fabrication pour créer un implant qui nous permet de pénétrer profondeur dans le cerveau cerveau avec un minimum de dégats », a déclaré John A. Rogers, Ph.D., professeur de science des matériaux et de l’ingénierie à l’Université de l’Illinois. «

Des appareils ultra-miniaturisés de ce genre ont un énorme potentiel pour la science et la médecine. »

Avec une épaisseur de 80 micromètres et une largeur de 500 micromètres, l’implant optofluidique est plus mince que les tubes métalliques, ou les canules que les scientifiques utilisent généralement pour injecter de la drogue. Lorsque les scientifiques ont comparé l’implant avec une canule typique, ils ont constaté que l’implant endommageait beaucoup moins le tissu cérébral.

Les scientifiques ont testé le potentiel de distribution de médicaments de l’appareil, chirurgicalement placer dans le cerveau de la souris. Dans certaines expériences, ils ont montré qu’ils pouvaient cartographier précisément les circuits à l’aide de l’implant pour injecter des virus qui marquent les cellules avec des colorants génétiques. Dans d’autres tests, ils ont fait marcher une souris en injectant un médicament qui imite la morphine dans l’aire segmentale ventrale (ATV) une région qui contrôle la motivation et l’addiction.

Les chercheurs ont également testé le potentiel de distribution combiné de lumière et de médicament. Ils ont fait en sorte que les souris, qui ont des neurones sensibles à la lumière dans leur zone ATV, restent sur un coté de la cage en commandant l’implant (à distance) et déclencher des pulsions laser sur les cellules. Les souris ont perdu leurs préférences lorsque les scientifiques ont utilisé l’appareil pour injecter simultanément un médicament qui bloque la communication neuronale. Dans toutes les expériences, les souris se trouvaient à environ 90 centimètres de l’antenne de commande.

« C’est le genre d’outil de développement révolutionnaire dont les neuroscientifiques ont besoin pour cartographier l’activité des circuits cérébraux » selon James Gnadt, Ph.D., directeur de programme à l’institut national des troubles neurologiques du NIH et des maladies NINDS. Cet appareil est dans la ligne droite avec les objectifs de l’initiative de cerveau BRAIN du NIH.

Les chercheurs ont fabriqué l’implant en utilisant les techniques de fabrication des puces informatiques semi-conducteurs. Cet implant peut au maximum transporter 4 médicaments et dispose de 4 diodes électroluminescentes inorganiques microscopique.

Ils ont installé un matériau expansible (extensible?) dans la partie inférieure des réservoirs de médicaments pour contrôler la livraison.

«Nous avons essayé au moins 30 prototypes différents avant que cela fonctionne,” a déclaré le Dr McCall.

« Ce fut vraiment un effort interdisciplinaire », a déclaré le Dr Jeong, qui est maintenant professeur adjoint de génie électrique, informatique et de l’ingénierie de l’énergie à l’Université du Colorado. « Nous avons essayé de concevoir l’implant pour répondre à certains grands besoins non satisfaits des neurosciences. »

Dans l’étude, les scientifiques fournissent des instructions détaillées pour la fabrication de l’implant.

« Un outil est bon seulement lorsqu’il est utilisé ». a déclaré le Dr Bruchas, « Nous croyons dans une approche participative « crowdsourcing » de neuroscience, c’est un excellent moyen de comprendre les circuits du cerveau normal et sain. »

Ce travail a été financé par des subventions du NIH (NS081707, DA037152, DA038752, MH101956), US Department of Energy (DE-FG02-07ER46471, DE-FG02-07ER46453), Department of Defense National Security Science and Engineering Faculty Fellowship.

Pour plus d’informations, visitez le site: http://www.ninds.nih.gov/

Le NINDS est le premier bailleur de fonds de la nation de la recherche sur le cerveau et le système nerveux. La mission du NINDS est de rechercher la connaissance fondamentale sur le cerveau et le système nerveux, et à utiliser ces connaissances pour réduire le fardeau de la maladie neurologique.

Reference : Jeong et al. “Wireless Optofluidic Systems for Programmable In Vivo Pharmacology and Optogenetics,” Cell, July 16, 2015. DOI: 10.1016/j.cell.2015.06.058

Source  de l’article en anglais : NIH – National Institutes of Health
Institut national des troubles neurologiques et des maladies

Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade

Comité Consultatif National d’Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé
Avis N°122
Paris, le 12 décembre 2013

Anne Fagot-Largeault, Professeur honoraire au Collège de France, chaire des sciences biologiques et médicales.
Etienne Klein, Directeur de recherches au Commissariat à Energie Atomique et aux énergies alternatives.
Hervé Chneiweiss, Directeur de recherches au CNRS, Centre de recherches neurosciences Paris Seine, université Pierre et Marie Curie.

Dans le cadre de la mission de veille éthique sur les progrès des neurosciences qui lui a été confiée par la loi de bioéthique du 7 juillet 2011, le Comité Consultatif National d’Ethique, a choisi de conduire une réflexion sur la neuro-amélioration.

Enjeux éthiques

[…]

Les inconnues actuelles qui entourent le phénomène de neuro-amélioration biomédicale soulignent l’intérêt d’études d’observation au long cours à même de fournir les données quantitatives et qualitatives – actuellement inexistantes en France – nécessaires à la mise en place éventuelle de mesures de prévention, voire de régulation. De telles mesures concerneraient non seulement les médicaments et les dispositifs médicaux qui sont soumis à un cadre réglementaire — d’ailleurs moins contraignants pour les dispositifs qui ne sont pas tenus d’effectuer d’études du rapport bénéfice/risque — mais aussi les outils de stimulation cérébrale transcrânienne à visée non médicale qui fleurissent sur Internet avec des publicités mensongères sur leur efficacité dite « neuro- amélioratrice » et de surcroît sans les garanties sanitaires de mise sur le marché.

[…]

Les conséquences ne sont cependant pas qu’individuelles,

Car le risque est grand d’aboutir à une classe sociale « améliorée » constituée d’une petite minorité d’individus bien informés et disposant des ressources financières suffisantes pour y accéder. Il en résulterait une aggravation de l’écart qui ne cesse de se creuser entre riches et pauvres, les riches devenant non seulement de plus en plus riches mais aussi plus puissants, plus intelligents, voire plus heureux que les autres, avec un risque évident de discrimination et même de domination (Chatterjee 2004). La perception qu’aurait cette classe sociale « augmentée » des paramètres de la bonne santé psycho-cognitive pourrait même s’en trouver modifiée au point que soient considérés comme pathologiques les « non augmentés », les « diminués ».

En résumé le recours aux techniques de neuro-amélioration (en supposant que celle-ci soit efficace) met à mal l’égalité des chances et de réussite à l’échelle de chaque citoyen et comporte un risque d’émergence d’une classe sociale « améliorée » contribuant à aggraver encore l’écart entre riches et pauvres.

[…]

V La neuro-amélioration : la question des limites

La compréhension du développement des techniques biomédicales en vue de neuro-amélioration requiert un aperçu de l’évolution récente des conceptions scientifiques dominantes de la physiologie cérébrale. La prise en compte de ces conceptions restitue une représentation non caricaturale du fonctionnement cérébral et ouvre sur les interactions cerveau/machine. De nouvelles conceptions comme le transhumanisme et le posthumanisme se sont fait jour à partir de ces interactions.

[…]

V.2. Interaction cerveau/machine

L’intelligence artificielle (IA) redonne dans les années 1980 une actualité au projet cybernétique : il s’agit de traduire en machine les processus cognitifs pour mieux en évaluer la portée et pour les rendre plus performants. Cette traduction est devenue aisée grâce aux techniques permettant d’enregistrer les activités électriques ou biochimiques (Michel Imbert, 1992) : détecter un stimulus, un son, etc. L’intelligence artificielle a permis le développement de systèmes experts. Elle met en évidence l’idée selon laquelle les tâches réputées simples supposent une immense quantité de connaissances que nous avons du mal à formuler (Daniel Kayser, 1992).

L’idée qui sous-tend le projet de l’IA est la suivante :

Plus on fragmente les problèmes, plus on sépare les fonctions cérébrales, plus on se donne les moyens de les augmenter. La séparation induit l’augmentation et l’augmentation induit la séparation. La séparation des fonctions est à la base de la robotique qui suppose une décomposition des tâches. Les tâches ne sont plus considérées comme humaines ou machinales, ce sont d’abord des tâches reconnues comme telles et susceptibles d’être accomplies par l’homme ou par la machine.

Un exemple d’interaction entre un cerveau et une machine, se rencontre dans les techniques dites de BCI (brain computer interface) qui permettent de restituer à des malades conscients mais paralysés une certaine capacité de communication fonctionnelle, voire d’action. Par exemple, l’enregistrement de l’EEG ou des mouvements oculaires permet de décoder en temps réel certaines intentions motrices ou certains choix. Ces techniques sont déjà utilisées pour permettre à des patients paralysés de déplacer un objet (par exemple un curseur sur un écran ou un fauteuil roulant), ou pour composer un message verbal.

Ces techniques, essentiellement conçues pour pallier des pathologies de la motricité (atteintes motrices sévères comme dans les phases avancées de la maladie de Charcot, ou chez les patients souffrant d’un « locked-in syndrome ») connaissent également des développements dans le champ de la sécurité des transports et dans celui des jeux-vidéos de nouvelle génération (exemple : console kinect, et systèmes de BCI utilisant l’EEG).

Le développement des techniques du virtuel à partir de l’interaction homme/machine « change radicalement les critères d’objectivité et de rationalité du monde » (Jouvent, 2009). Notons que l’accès à la virtualité est réel pour le cerveau (Sirigu, 2011) : « Quand on plonge l’individu dans la réalité virtuelle et la simulation, le sujet porte un casque et se retrouve dans un environnement complexe. Même si cet environnement est irréel, il peut être réel pour le cerveau ».

C’est dans ce cadre d’interaction homme/machine que l’on s’est mis à parler des cyborgs, ces êtres hybrides, organiques et électroniques à la fois.

« En substituant à des parties de notre corps des dispositifs bioniques bourrés d’électronique et autres avatars mécaniques, l’humanité acquiert progressivement la capacité de pouvoir remplacer l’homo sapiens par une autre espèce humaine » (Ferone et Al., 2011).

C’est dans le cadre des conquêtes spatiales que ce terme s’est imposé. Il traduit le couplage entre l’astronaute et le vêtement cybernétique, il s’inscrit dans une stratégie d’augmentation des capacités de l’agent. À partir de là, peut se poser la question suivante : Y a-t-il une limite à l’artificialisation de la nature ? Comment s’estompe la frontière entre le naturel et l’artificiel par le cyborg et les prothèses bioniques ?

En résumé, la fragmentation des fonctions cognitives ne reflète ni la plasticité du cerveau, ni la globalité de son fonctionnement. L’interaction cerveau/machine et les cyborgs ne constituent-ils pas de nouvelles formes de neuro-amélioration ?

[…]

V.3.2. Humanisme, transhumanisme, posthumanisme

Le mouvement post humaniste, né dans les années 1980, repose sur l’idée selon laquelle il n’y a ni norme intrinsèque à la nature humaine, ni stabilité de cette nature (Anders, G. 2002). Ce mouvement a développé une critique sévère de l’humanisme classique incapable selon lui de traduire en faits ses prétentions. Le post humanisme se veut héritier des lumières, au sens où il veut donner plus d’autonomie à l’être humain considéré comme indéfiniment perfectible. Il voudrait, comme l’a indiqué Anne Fagot-Largeault lors des JAE (journées annuelles d’éthique du CCNE) de 2012, dans le descriptif qu’elle a proposé de ce mouvement, « prendre en main notre évolution, la diriger pour qu’elle nous soit favorable », comme si l’imprédictibilité de l’espèce humaine était un obstacle et non une condition de tout projet de liberté. Le défi est, selon une maximisation continue des capacités humaines, de repousser indéfiniment les limites de l’évolution humaine: l’âge et ses dépendances, la douleur, et même la mort.

Mais ce mouvement a pour ancêtre le transhumanisme qui envisage la possibilité d’une évolution où les mécanismes autorégulés interviennent dans une sélection artificielle qui n’est plus livrée à la seule évolution darwinienne (J.Proust, 2011) et qui permettrait à l’humain de se dépasser en mettant à contribution l’ingénierie génétique, la robotique, les nanotechnologies et la réalité virtuelle. Ce dépassement s’entend comme un accès à une transcendance (E. Regis, 2002) et se présente le plus souvent comme un ensemble de doléances que l’humanité fait à la nature (M. More, 1999).

Ces doléances portent notamment sur le déficit d’instinct et de perception de l’homme à l’égard des autres vivants : il s’agirait dès lors d’améliorer les facultés de perception et de remémoration de l’homme par une meilleure incorporation des techniques disponibles et des techniques futures. Par exemple, les personnes bénéficiant de prothèses auditives deviennent le paradigme pour penser ce type d’incorporation. Certains nanorobots agissant au niveau cellulaire prolongeront, dit-on, la vie mieux que ne le font les cellules naturelles (Maestrutti, 2011), d’autres nettoieront le sang et élimineront les agents pathogènes.

Mais l’exemple limite, aujourd’hui pure fiction, est de penser l’esprit humain en termes de téléchargement grâce à un ordinateur très puissant (Goffi, 2011). On a là le rêve d’un cerveau conçu comme un pur système de traitement de l’information, un cerveau qui n’est pas en interaction avec le monde, mais qui se réduit à n’être qu’un « flux d’informations dans des réseaux informatiques : non pas dans le monde, encore moins du monde, mais à tout jamais hors du monde » (Goffi, 2011). Certains défendent ainsi l’idée selon laquelle l’action conjointe des réseaux informatiques et de l’intelligence humaine pourrait déboucher sur une intelligence plus puissante que celle de ces réseaux ou de l’homme (Kurtzweil, 2005).

Selon les tenants du transhumanisme, le véritable cyborg a un cerveau biologique capable de contrôler des robots et d’utiliser des extensions artificielles à son corps. Certains se plaisent à rêver que les technologies convergentes, combinant nanotechnologies, biotechnologies et biomédecine, technologies de l’information, sciences cognitives (NBIC), « pourraient permettre en théorie un contrôle pratiquement total car elles obtiendraient les clés de compréhension du code informationnel de la matière à tous les niveaux grâce à la capacité de manipuler bits, atomes, neurones et gènes ».

Le post humanisme, couplé au transhumanisme, voudrait libérer l’homme de l’idée de finalité :

L’homme ne serait pas asservi à une finalité quelconque, mais il apprendrait à faire de la finalité, à l’organiser, d’où l’intérêt pour les systèmes intentionnels, qu’ils soient humains ou mécaniques (systèmes à rétroaction ou de feedback). Mais la question éthique reste entière : à multiplier les systèmes intentionnels comme des projets individuels, ne perd-on pas de vue le but d’ensemble, le projet social de développement humain ?

Le post humain vise à faire du cerveau une instance de contrôle du corps à distance au moyen d’une connexion électronique, d’un réseau informatique. Il semblerait pour certains post humanistes qu’il est contingent que le cerveau humain soit lié à un corps. Le cerveau dialoguerait alors avec le corps comme si celui-ci était quelque chose de séparable.

La robotique sera-t-elle un service à la personne ou contribuera-t-elle à une forme de transhumanisme ?

La position optimiste consiste à dire que plus les systèmes hybrides s’éloignent des systèmes naturels, moins ils sont viables, et qu’au contraire plus ils interagissent avec les systèmes naturels, plus ils sont adaptatifs (Weissenbach J., 2012).

Certains, comme le philosophe J. Habermas, s’inquiètent du déplacement des frontières entre l’homme et l’animal, entre le naturel et l’artificiel. Il craint que le développement de l’homme emprunte exclusivement les formes techniques actuelles et abandonne « les voies symboliques (langagières) qui permettent l’intériorisation et la discussion des normes ». Comment éviter le face à face entre un « pré-humain animal (régulation instinctuelle) » et « une post-humanité mécaniquement régulée » (Hottois, 2009)?

D’autres rappellent que « l’espèce humaine a dès le départ été une « espèce technique », c’est- à-dire artificieuse, qui, inlassablement s’invente et se réinvente elle-même ». Dans le cadre de cette hypothèse, il n’y a ni posthumanisme, ni transhumanisme, mais une simple variation continue de l’humain qui utilise sa neuro plasticité et les méthodes de feedback dont il dispose pour apprendre et améliorer ses capacités (Clark & Chalmers, 2003).

D’un point de vue anthropologique, certains soulignent le fait que « l’humanité change un peu d’espèce à chaque fois qu’elle change à la fois d’outils et d’institutions » (Leroi-Gourhan, 1964). L’humanisation de l’homme interagit avec son hominisation (Delmas Marty, 2013). L’humanisation se rapporte aux institutions et aux cultures, l’hominisation s’entend au sens darwinien du développement de l’espèce humaine. Leur « interaction » est un défi de civilisation.

En résumé

L’humanisme classique, celui du siècle des Lumières notamment, repose sur la perfectibilité humaine. Il est de plus en plus confronté à un transhumanisme et à un posthumanisme, deux mouvements de pensée qui inscrivent la bio-finalité humaine dans des formes de contrôle.

[…]

Les utilisateurs de techniques de neuro-amélioration revendiquent fortement la liberté du choix de leur style de vie sans se rendre compte qu’une telle liberté obéit le plus souvent à un environnement socio-économique de course à la compétitivité et de culte de la performance favorisant une coercition souvent implicite. Dans son avis n° 81, le CCNE avait indiqué que « La recherche éperdue d’une performance mue par le désir impérieux de progresser peut masquer la plus contraignante des aliénations ». Le désir d’être neuro-amélioré peut sembler être largement partagé, par conformité sociale, mais sa réalisation n’est possible que pour quelques-uns.

Le risque est alors grand d’aboutir à une classe sociale « améliorée», constituée d’une petite minorité d’individus bien informés et disposant des ressources financières suffisantes pour y accéder. La course à la compétitivité, le culte de la performance, voire le désir de domination et même de manipulation peuvent aussi générer des situations fort préoccupantes de coercition explicite dans lesquelles les techniques de neuro-amélioration biomédicale sont appliquées sans ou même contre l’avis des personnes.

Ces conclusions incitent à considérer la neuro-amélioration avec un mélange de modestie, d’ouverture d’esprit et de questionnement scientifique, en évitant de verser tant dans l’optimisme des « mélioristes » que dans le pessimisme des « antimélioristes », dont les plus extrémistes voient poindre, pour les premiers, un homme « amélioré » pouvant même dépasser l’humain, pour les autres, un homme diminué.

Plus que jamais, une veille éthique qui met au crible de la conscience humaine les rationalités techniques s’imposent, non comme un frein au développement des techniques, mais en vue de leur articulation à leur usage humain, au débat qu’elles suscitent et à l’information souvent déficitaire qui accompagnent leur apparition.

Téléchargez la réflexion sur la neuro-amélioration 29 p. (PDF)