Global Trends : Les tendances mondiales 2040

7e éd. du rapport des tendances mondiales 2040 du National Intelligence Council

Global Trends

Global Trends évalue les principales tendances et incertitudes qui façonneront l’environnement stratégique des États-Unis au cours des deux prochaines décennies.

Cette analyse est présentée avec humilité, sachant que l’avenir se déroulera invariablement d’une manière qui n’aura pas été prévue. Bien que Global Trends soit nécessairement plus spéculatif que la plupart des évaluations du renseignement, ils s’appuient sur les principes fondamentaux de leur métier d’analyste : il envisagent des hypothèses alternatives et la façon dont ils pourraient se tromper ; et ils ne défendent pas de positions ou de préférences politiques. Global Trends reflète le point de vue du National Intelligence Council sur ces tendances futures ; il ne représente pas le point de vue officiel et coordonné de la US Intelligence Community ni la politique américaine.

Ce rapport se compose de trois sections générales.

Tout d’abord, il examine les forces structurelles dans quatre domaines essentiels : la démographie, l’environnement, l’économie et la technologie. La deuxième section examine comment ces forces structurelles interagissent et se croisent avec d’autres facteurs pour affecter les dynamiques émergentes à trois niveaux d’analyse : les individus et la société, les États et le système international. Enfin, la troisième section identifie plusieurs incertitudes clés et les utilise pour créer cinq scénarios futurs pour le monde en 2040. Ces scénarios n’ont pas vocation à être des prédictions mais à élargir l’éventail des possibilités, en explorant diverses combinaisons de la manière dont les forces structurelles, les dynamiques émergentes et les incertitudes clés pourraient se manifester.

LES FORCES STRUCTURELLES : DÉFINITION DES PARAMÈTRES

Les tendances en matière de démographie et de développement humain, d’environnement, d’économie et de technologie jettent les bases et construisent les limites de notre monde futur. Dans certaines régions, ces tendances s’intensifient, comme les changements climatiques, la concentration de la population dans les zones urbaines et l’émergence de nouvelles technologies.

Dans d’autres domaines, les tendances sont plus incertaines : les progrès en matière de développement humain et de croissance économique devraient ralentir, voire s’inverser dans certaines régions, mais un ensemble de facteurs pourrait modifier cette trajectoire. La convergence de ces tendances offrira des possibilités d’innovation, mais certaines communautés et certains États auront du mal à faire face et à s’adapter.

Même les progrès apparents, tels que les technologies nouvelles et avancées, perturberont la vie et les moyens de subsistance de nombreuses personnes, qui se sentiront en insécurité et devront s’adapter.

Les tendances les plus certaines au cours des 20 prochaines années seront des changements démographiques majeurs, la croissance de la population mondiale ralentissant et le monde vieillissant rapidement.

Certaines économies développées et émergentes, notamment en Europe et en Asie de l’Est, vieilliront plus rapidement et seront confrontées à une contraction de leur population, ce qui pèsera sur la croissance économique.

À l’inverse, certains pays en développement d’Amérique latine, d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord bénéficient d’une population en âge de travailler plus nombreuse, ce qui offre des possibilités de dividende démographique si cela s’accompagne d’améliorations des infrastructures et des compétences.

Le développement humain, notamment la santé, l’éducation et la prospérité des ménages, a connu des améliorations historiques dans toutes les régions au cours des dernières décennies. De nombreux pays auront du mal à tirer parti de ces réussites, voire à les pérenniser.

Les améliorations passées se sont concentrées sur les éléments fondamentaux que sont la santé, l’éducation et la réduction de la pauvreté, mais les prochains niveaux de développement sont plus difficiles et doivent faire face aux vents contraires de la pandémie de COVID-19, d’une croissance économique mondiale potentiellement plus lente, du vieillissement des populations et des effets des conflits et du climat.

Ces facteurs mettront les gouvernements au défi de fournir l’éducation et l’infrastructure nécessaires pour améliorer la productivité de leurs classes moyennes urbaines croissantes dans une économie du XXIe siècle. Alors que certains pays relèvent ces défis et que d’autres n’y parviennent pas, il est presque certain que l’évolution des tendances démographiques mondiales aggravera les disparités en termes d’opportunités économiques au sein des pays et entre eux au cours des deux prochaines décennies, tout en créant davantage de pressions et de conflits liés à la migration.

Dans le domaine de l’environnement, les effets physiques du changement climatique devraient s’intensifier au cours des deux prochaines décennies, en particulier dans les années 2030. Des tempêtes, des sécheresses et des inondations plus extrêmes, la fonte des glaciers et des calottes glaciaires et l’élévation du niveau des mers accompagneront la hausse des températures.

L’impact se fera sentir de manière disproportionnée sur le monde en développement et les régions les plus pauvres et se conjuguera avec la dégradation de l’environnement pour créer de nouvelles vulnérabilités et exacerber les risques existants pour la prospérité économique, l’alimentation, l’eau, la santé et la sécurité énergétique.

Les gouvernements, les sociétés et le secteur privé vont probablement développer les mesures d’adaptation et de résilience pour gérer les menaces existantes, mais il est peu probable que ces mesures soient réparties uniformément, laissant certaines populations à la traîne. Les débats se multiplieront sur la manière et la rapidité avec laquelle il convient d’atteindre le niveau zéro d’émissions de gaz à effet de serre.

Au cours des deux prochaines décennies, plusieurs tendances économiques mondiales, notamment l’augmentation de la dette nationale, un environnement commercial plus complexe et fragmenté, une réorientation des échanges et de nouvelles perturbations de l’emploi, sont susceptibles de façonner les conditions au sein et entre les États. De nombreux gouvernements risquent de voir leur marge de manœuvre réduite alors qu’ils doivent faire face à une dette plus lourde, à des règles commerciales diverses et à un éventail plus large de puissants acteurs étatiques et privés exerçant une influence.

Les grandes sociétés dotées de plates-formes – qui offrent des marchés en ligne à un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs – pourraient favoriser la poursuite de la mondialisation des échanges et aider les petites entreprises à se développer et à accéder aux marchés internationaux. Ces entreprises puissantes sont susceptibles d’essayer d’exercer une influence dans les arènes politiques et sociales, ce qui pourraient amener les gouvernements à imposer de nouvelles restrictions.

Les économies asiatiques semblent prêtes à poursuivre des décennies de croissance au moins jusqu’en 2030, bien que cela puisse être plus lent. Il est peu probable qu’elles atteignent le produit intérieur brut (PIB) par habitant ou l’influence économique des économies avancées actuelles, notamment les États-Unis et l’Europe. La croissance de la productivité reste une variable clé ; une augmentation du taux de croissance pourrait atténuer de nombreux problèmes économiques, de développement humain et autres défis.

La technologie offrira la possibilité d’atténuer les problèmes, comme le changement climatique et les maladies, et de créer de nouveaux défis, comme la délocalisation des emplois. Les technologies sont inventées, utilisées, diffusées, puis abandonnées à une vitesse toujours plus grande dans le monde entier, et de nouveaux centres d’innovation apparaissent.

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et la portée des développements technologiques devraient s’accélérer encore, transformant toute une série d’expériences et de capacités humaines tout en créant de nouvelles tensions et perturbations au sein et entre les sociétés, les industries et les États. Des rivaux étatiques et non étatiques se disputeront le leadership et la domination dans le domaine de la science et de la technologie, avec des risques et des implications en cascade pour la sécurité économique, militaire et sociétale.

LA TECHNOLOGIE

Principaux points à retenir

Au cours des deux prochaines décennies, le rythme et l’impact des évolutions technologiques devraient s’accélérer, transformant et améliorant les expériences et les capacités humaines. Ces évolutions offriront la possibilité de relever des défis tels que le vieillissement, le changement climatique et la faible croissance de la productivité. De nouvelles tensions et perturbations vont se créer au sein et entre les sociétés, les industries les États.

Les prochaines décennies verront s’intensifier la concurrence mondiale pour les éléments essentiels de la suprématie technologique, tels que le talent, la connaissance et les marchés, ce qui pourrait donner naissance à de nouveaux leaders ou hégémonies technologiques.

La course à la domination technologique est inextricablement liée à l’évolution de la géopolitique et à la rivalité plus large entre les États-Unis et la Chine. Mais l’avantage technologique sera renforcé par les entreprises qui ont une vision à long terme, des ressources et une portée mondiale.

Les technologies et les applications dérivées seront disponibles pour une adoption rapide. Ce qui permettra aux pays en développement de tirer parti des dernières avancées fondamentales, de développer des applications mondiales dans des domaines de niche et de contribuer aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

DYNAMIQUES ÉMERGENTES

Ces forces structurelles, ainsi que d’autres facteurs, se croiseront et interagiront au niveau des sociétés, des États et du système international, créant des opportunités et des défis pour les communautés, les institutions, les entreprises et les gouvernements.

Ces interactions sont également susceptibles de produire une contestation plus importante à tous les niveaux que celle observée depuis la fin de la guerre froide, reflétant des idéologies différentes ainsi que des points de vue contrastés sur la manière la plus efficace d’organiser la société et de relever les nouveaux défis.

Au sein des sociétés, on observe une fragmentation et une contestation croissantes des questions économiques, culturelles et politiques. Des décennies de gains constants en termes de prospérité et d’autres aspects du développement humain ont amélioré les conditions de vie dans toutes les régions et suscité l’espoir d’un avenir meilleur. Alors que ces tendances se stabilisent et se combinent à des changements sociaux et technologiques rapides, de larges pans de la population mondiale se méfient des institutions et des gouvernements qu’ils considèrent comme peu désireux ou incapables de répondre à leurs besoins.

Les manifestations, comme ici en Algérie, se sont multipliées dans le monde entier au cours de la dernière décennie, reflétant le mécontentement de la population sur toute une série de sujets tels que les inégalités, la répression politique, la corruption et le changement climatique. Credit: Amine M’Siouri / Pexels

Les gens se tournent vers des groupes familiers et partageant les mêmes idées pour assurer leur communauté et leur sécurité, notamment les identités ethniques, religieuses et culturelles, ainsi que les groupements autour d’intérêts et de causes, comme l’environnementalisme. La combinaison d’allégeances identitaires nouvelles et diverses et d’un environnement d’information plus cloisonné met en évidence et aggrave les lignes de fracture au sein des États, sape le nationalisme civique et accroît la volatilité.

Au niveau de l’État, les relations entre les sociétés et leurs gouvernements dans toutes les régions risquent de connaître des tensions persistantes en raison d’un décalage croissant entre les besoins et les attentes des populations et ce que les gouvernements peuvent et veulent offrir. Dans chaque région, les populations disposent de plus en plus d’outils, de capacités et d’incitations pour faire pression en faveur de leurs objectifs sociaux et politiques préférés et pour exiger davantage de leurs gouvernements afin de trouver des solutions.

Alors que les populations sont de plus en plus autonomes et exigent davantage, les gouvernements sont soumis à une pression accrue en raison de nouveaux défis et de ressources plus limitées. Ce fossé grandissant laisse présager une plus grande volatilité politique, une dégradation de la démocratie et un élargissement du rôle des autres prestataires de services de gouvernance. Avec le temps, cette dynamique pourrait ouvrir la porte à des changements plus importants dans la façon dont les gens gouvernent.

Dans le système international, il est probable qu’aucun État ne sera en mesure de dominer toutes les régions ou tous les domaines, et qu’un plus grand nombre d’acteurs se feront concurrence pour façonner le système international et atteindre des objectifs plus précis.

L’accélération de l’évolution de la puissance militaire, de la démographie, de la croissance économique, des conditions environnementales et de la technologie, ainsi que le durcissement des divisions sur les modèles de gouvernance, sont susceptibles de renforcer la concurrence entre la Chine et une coalition occidentale dirigée par les États-Unis.

Des puissances rivales vont se bousculer pour façonner les normes, les règles et les institutions mondiales, tandis que des puissances régionales et des acteurs non étatiques pourraient exercer une plus grande influence et prendre des initiatives sur des questions laissées en suspens par les grandes puissances. Ces interactions très variées sont susceptibles de produire un environnement géopolitique plus enclin aux conflits et plus volatil, de miner le multilatéralisme mondial et d’élargir l’inadéquation entre les défis transnationaux et les arrangements institutionnels pour les relever.

SCÉNARIOS ALTERNATIFS POUR 2040

Les réponses de l’homme à ces moteurs essentiels et à ces dynamiques émergentes détermineront la manière dont le monde évoluera au cours des deux prochaines décennies.

Parmi les nombreuses incertitudes qui planent sur l’avenir, le rapport a exploré trois questions clés concernant les conditions régnant dans des régions et des pays spécifiques et les choix politiques des populations et des dirigeants qui façonneront l’environnement mondial.

À partir de ces questions, le rapport a élaboré cinq scénarios pour des mondes alternatifs en 2040.

– Quelle est le degré de difficulté des défis mondiaux à venir ?
– Comment les États et les acteurs non étatiques s’engagent-ils dans le monde, y compris l’orientation et le type d’engagement ?
– Enfin, quelles sont les priorités des États pour l’avenir ?

Dans la Renaissance des démocraties, le monde est au cœur d’une résurgence de démocraties ouvertes menées par les États-Unis et leurs alliés. Les progrès technologiques rapides favorisés par les partenariats public-privé aux États-Unis et dans d’autres sociétés démocratiques transforment l’économie mondiale, augmentent les revenus et améliorent la qualité de vie de millions de personnes dans le monde. La marée montante de la croissance économique et des réalisations technologiques permet de répondre aux défis mondiaux, d’atténuer les divisions sociétales et de renouveler la confiance du public dans les institutions démocratiques. En revanche, des années de contrôles et de surveillance sociétales croissantes en Chine et en Russie ont étouffé l’innovation, alors que des scientifiques et des entrepreneurs de premier plan ont cherché asile aux États-Unis et en Europe.

Dans Un monde à la dérive, le système international est sans direction, chaotique et instable car les règles et les institutions internationales sont largement ignorées par les grandes puissances comme la Chine, les acteurs régionaux et les acteurs non étatiques. Les pays de l’OCDE sont en proie à une croissance économique plus lente, à des divisions sociétales croissantes et à une paralysie politique. La Chine profite des difficultés de l’Occident pour étendre son influence internationale, en particulier en Asie, mais Pékin n’a ni la volonté ni la puissance militaire nécessaires pour assumer le leadership mondial, laissant de nombreux défis mondiaux, tels que le changement climatique et l’instabilité dans les pays en développement, largement sans réponse.

Dans le cadre de la coexistence compétitive, les États-Unis et la Chine ont donné la priorité à la croissance économique et ont rétabli une relation commerciale solide, mais cette interdépendance économique existe parallèlement à la concurrence pour l’influence politique, les modèles de gouvernance, la domination technologique et l’avantage stratégique. Le risque de guerre majeure est faible, et la coopération internationale et l’innovation technologique rendent les problèmes mondiaux gérables à court terme pour les économies avancées, mais les défis climatiques à plus long terme demeurent.

Dans des silos séparés, le monde est fragmenté en plusieurs blocs économiques et de sécurité de taille et de force variables, centrés sur les États-Unis, la Chine, l’Union européenne (UE), la Russie et quelques puissances régionales ; ces blocs sont axés sur l’autosuffisance, la résilience et la défense. Les informations circulent dans des enclaves cyber-souveraines distinctes, les chaînes d’approvisionnement sont réorientées et le commerce international est perturbé. Les pays en développement vulnérables sont pris entre deux feux, certains étant sur le point de devenir des États en faillite. Les problèmes mondiaux, notamment le changement climatique, sont traités de façon sporadique, voire pas du tout.

Dans le cadre d’une tragédie et d’une mobilisation, une coalition mondiale, dirigée par l’UE et la Chine et travaillant avec des organisations non gouvernementales et des institutions multilatérales revitalisées, met en œuvre des changements de grande ampleur destinés à lutter contre le changement climatique, l’épuisement des ressources et la pauvreté à la suite d’une catastrophe alimentaire mondiale causée par les événements climatiques et la dégradation de l’environnement. Les pays les plus riches s’efforcent d’aider les pays les plus pauvres à gérer la crise, puis à passer à des économies à faible émission de carbone par le biais de vastes programmes d’aide et de transferts de technologies énergétiques avancées, en reconnaissant la rapidité avec laquelle ces défis mondiaux s’étendent au-delà des frontières.

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Défense et changement climatique : quel modèle pour les armées de demain ?

L’USAWC (United States Army War College) vient de publier, le 24 octobre 2019, un rapport commandé par le général Mark Milley, chef d’état-major interarmées des forces américaines. Sobrement intitulé « Implications of Climate Change for the U.S. Army », le rapport résulte d’une collaboration active entre plusieurs agences et corps d’armée : la DIA (Defense Intelligence Agency), la NASA, l’US Air Force, l’US Navy, l’US Army, l’US War College et le Center for Climate and Security (CFCS).

Il s’agissait de croiser les expertises et les données de ces différentes agences afin d’évaluer l’impact du changement climatique sur la sécurité nationale américaine d’ici à 2050, puis de produire des préconisations à destination du président Trump qui, comme chacun le sait, « ne croit pas » au réchauffement climatique. Les mises en garde et les conclusions alarmistes de ce rapport mettent clairement en lumière le manque de résilience des infrastructures énergétiques et la fragilité systémique des forces armées américaines face aux effets de l’élévation des températures et de la montée du niveau des océans.

Vers un monde de plus en plus instable

L’approche adoptée pour la construction du rapport se veut à la fois pragmatique, rationnelle et systémique.

Les rédacteurs et analystes du rapport s’appuient sur des études antérieures sérieuses, sur des données scientifiques validées et sur des observations de la NASA pour construire des prévisions cohérentes et élaborer des scénarios probables. Tous ces scénarios sont particulièrement préoccupants pour le maintien de la continuité opérationnelle des forces armées américaines.

Selon le rapport, la population américaine pourrait être confrontée, à l’horizon 2040-2050, à des pannes d’électricité de longue durée, à des épidémies, au manque d’eau potable, à la famine et à la guerre. Dans ce contexte fortement dégradé, l’armée des États-Unis pourrait à son tour s’effondrer et perdre ses capacités opérationnelles.

Les auteurs du rapport identifient deux menaces majeures provoquées par le réchauffement climatique pour les vingt prochaines années : un effondrement du réseau électrique national et l’apparition d’épidémies massives. L’augmentation des besoins énergétiques provoquée par les nouvelles conditions climatiques alternant de longues périodes de forte chaleur, de sécheresse puis de froid intense pourrait submerger un système de production et de distribution déjà fragile.

À l’international, l’armée américaine doit, selon le rapport, se préparer à intervenir sur de nouveaux conflits « de type syrien » déclenchés par les effets migratoires liés au réchauffement. Les analystes ont identifié le Bangladesh comme le pays le plus vulnérable à l’effondrement climatique : le déplacement permanent d’une grande partie de sa population est tout à fait probable. Ce mouvement migratoire massif provoquerait une catastrophe régionale et accroîtrait l’instabilité mondiale.

Ce qui impacte un pays comme le Bangladesh pourrait se généraliser, à l’échelle mondiale, aux 600 millions d’individus vivant au niveau de la mer. Une élévation de 2 mètres d’ici à 2100 pourrait déplacer plusieurs centaines de millions d’habitants, engendrant une instabilité massive sur les cinq continents. Face à ces futures menaces, les États-Unis doivent être en mesure d’intervenir au Bangladesh comme dans toutes les régions du monde déstabilisées.

La zone arctique, qui dispose d’importantes ressources en hydrocarbures, fera l’objet de toutes les convoitises, notamment chinoises et russes. Il s’agira pour l’armée américaine de tirer partie de ces ressources en utilisant les nouvelles routes ouvertes par la fonte des glaces tout en contrant l’expansionnisme russe dans cette zone stratégique.

Les auteurs du rapport insistent sur l’impréparation des États-Unis et de l’armée américaine face à un effondrement climatique, notamment dans le contexte d’interventions et de projections de forces à l’étranger. L’approvisionnement en eau constitue le premier point de contrainte pour une armée moderne intervenant en dehors du territoire national. Pour l’armée américaine, cet approvisionnement en eau représente en 2019 entre 30 % et 40 % du coût total d’une intervention extérieure ! Ce pourcentage devrait fortement dépasser les 40 % avec l’augmentation des températures de 2 degrés.

En outre, le stress hydrique pour les populations civiles devient un verrou opérationnel pour les personnels militaires projetés sur des zones extérieures « chaudes ». Les systèmes naturels que sont les océans, les lacs, les rivières, les nappes phréatiques, les récifs et les forêts vont être impactés par le réchauffement et le stress hydrique associé. La plupart des infrastructures critiques américaines n’ont pas été conçues pour résister à un fort stress hydrique.

Concernant les ressources, 80 % des exportations et 78 % des importations agricoles américaines sont d’origine hydrique, c’est-à-dire qu’elles concernent des matières premières et produits qui nécessitent de grands volumes d’eau pour les extraire ou les produire. La sécurité alimentaire mondiale pourrait être directement menacée à la fois par l’élévation des températures et par l’élévation du niveau des océans. Les infrastructures de transport devraient elles aussi être impactées par le réchauffement, tout comme le réseau électrique national, qui pourrait s’effondrer en raison de plusieurs facteurs de stress induits par le déficit hydrique.

Des lignes à haute tension en proie aux flammes durant un incendie en Californie, 11 octobre 2019. David Mcnew/AFP

Des solutions qui restent à imaginer

Le rapport met également l’accent, en sus du constat, sur les solutions qui peuvent permettre de répondre, pour les forces armées, au défi de l’adaptation à ces nouvelles conditions.

La principale solution envisagée est l’électrisation des forces et des systèmes, qui reposerait notamment sur une évolution profonde des systèmes énergétiques militaires actuels. La doctrine de l’Alliance atlantique – formalisée au travers de la Allied Joint Publication 47. – repose sur l’utilisation d’une source énergétique unique : le carburant aéronautique utilisé tant pour les opérations que pour la production d’électricité sur les bases.

Les dangers que fait peser la chaîne logistique pétrolière sur les forces armées, de même que la faible efficience énergétique du système qui n’a, par essence, que peu de redondance, conduit depuis des années les armées occidentales à envisager des modèles alternatifs. Les États-Unis ont d’ailleurs longtemps été des leaders sur ce sujet, jusqu’à ce que l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump ne mette tout en sommeil.

La réémergence, manifestée par ce rapport, de l’idée qu’il est nécessaire de repenser l’énergie opérationnelle militaire, se combine aux efforts conduits par les autres nations de l’Alliance atlantique au travers des travaux du Centre d’excellence sur la sécurité énergétique de Vilnius (ENSEC-COE) ainsi que des orientations européennes, poussées par la France, dans le cadre de la Coopération structurée permanente. Ces travaux otaniens et européens ont notamment conduit à des projets de camps expéditionnaires multi-énergies avec, au côté des groupes électrogènes, des systèmes renouvelables (panneaux solaires conteneurisés notamment) et des systèmes de pilotage et de bascule intelligents.

Au-delà du passage d’un modèle tout-hydrocarbure à un modèle mixte hydrocarbure-électrique, il importe de prendre en compte l’enjeu majeur que représentent les technologies d’efficacité énergétique, que ce soit dans la gestion de la production et de la distribution d’électricité dans les systèmes que dans le stockage de l’énergie.

La gestion et le stockage sont les deux grands axes de développement aujourd’hui envisagés qui font par ailleurs appel à des technologies par essence civiles, comme les batteries lithium-ion, les piles à combustible ou les systèmes de gestion de réseau. L’efficacité semble ainsi être le mot-clé dans cette nouvelle vision de l’énergie militaire opérationnelle puisque, grâce à elle – même en conservant des systèmes fondés sur un carburant unique –, il est possible d’obtenir des gains opérationnels importants. La même logique se retrouve dans la gestion de l’eau et des déchets où l’enjeu d’une approche raisonnée et efficiente est le principal défi auquel la logistique sera confrontée dans les années à venir.

Les conflits des années 2000 (Liban, Kosovo, etc.) ayant démontré l’innocuité des actions militaires sans implication directe au sol, la présence des forces armées sur le terrain, au contact des populations et des ennemis, demeure une nécessité absolue. Dans ce contexte, il importe de trouver des solutions pour résoudre l’équation de l’implication territoriale dans des environnements dégradés.

La robotisation, solution partielle ?

Au-delà des technologies précitées qui entrent directement dans le périmètre de l’adaptation aux changements climatiques, il importe également d’examiner dans cette optique certaines évolutions technologiques de fond des armées. Parmi elles, la robotisation des forces armées – quel que soit le milieu d’emploi d’ailleurs – constitue une réponse partielle aux enjeux, en particulier logistiques, des théâtres d’opération.

La permanence sur une zone – notamment dans des milieux hostiles à l’homme – est l’une des principales caractéristiques des systèmes robotisés. Les modèles de drones marins et sous-marins en cours de développement ou d’expérimentation en particulier aux États-Unis, offrent la possibilité d’effectuer un contrôle de zone continu, lequel peut être de différentes natures selon les missions envisagées (guerre des mines, contrôle de frontières, relais de communication, etc.) ou les capteurs-effecteurs embarqués (radar, sonar, etc.). Identiquement, les robots terrestres permettent de disposer d’une allonge plus importante ainsi que de capacités plus variées, développant le potentiel d’action des groupes de combat d’infanterie en leur offrant un panorama de vision plus large (contrôle spatial, interaction avec le domaine électromagnétique, infrarouge, etc.) ou un spectre de missions plus étendu.

Avec des systèmes plus économes en énergie, en eau et en nourriture que les formats de force actuels, les forces armées du futur pourraient ainsi soit conserver leur capacité d’action malgré la dégradation des territoires soit, dans une vision plus optimiste, disposer de meilleures capacités pour un coût équivalent.

Toutefois cette vision implique d’importantes capacités industrielles et technologiques liées au cyber. Il s’agit en effet de disposer ici d’engins embarquant des capteurs, des systèmes de traitement et des effecteurs, véritables systèmes d’information mobiles. Il y a donc un enjeu fort dans l’acquisition, le stockage et le traitement des données d’une part, ainsi que dans les systèmes de gestion et de pilotage d’autre part. La logique de systèmes militaires conditionnés par les données implique ainsi des efforts substantiels dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité des plates-formes, la résilience électromagnétique, la protection des protocoles de communication ; sans même parler de l’efficacité énergétique de l’ensemble (et donc des batteries ou piles à combustible déjà mentionnées). L’enjeu est donc ici une maîtrise de la donnée et de sa chaîne de valeur – dont certains éléments seront sans doute issus du monde civil – tout autant que des effecteurs eux-mêmes.

Presque tout reste à faire…

La réémergence d’une vision des enjeux des changements climatiques par les forces armées américaines est salutaire. Alors que le changement d’administration avait mis en sommeil toutes les initiatives – y compris les plus avancées –, le retour au réalisme militaire semble en marche. Dans le même temps, les Européens, la France en tête, prennent toujours plus en compte ces questions. Le moteur économique et technologique de l’espace euro-atlantique retrouve donc une position importante sur ce sujet.

Certes, ce rapport ne constitue pas encore une doctrine et de nombreux efforts restent à faire. Mais des pistes technologiques, cohérentes avec les orientations prises ces dernières années, se dessinent toujours davantage. À l’image de Lénine qui définissait le communisme selon l’équation « soviets + électricité », l’approche des forces armées du futur face aux enjeux des nouveaux environnements dégradés pourrait être « données + électricité ». La robotisation et la numérisation des forces armées, en marche depuis plus d’une décennie, doivent maintenant se combiner avec des technologies d’efficacité énergétique pour aboutir à des modèles pérennes qui permettront de continuer à remplir les obligations internationales et le spectre des missions des armées, tout en garantissant leur adéquation aux évolutions de long terme du monde ; pour les militaires, il s’agit, en quelque sorte, de réconcilier la fin du monde et la fin du mois.

Thierry Berthier, Maitre de conférences en mathématiques, cybersécurité et cyberdéfense, chaire de cyberdéfense Saint-Cyr, Université de Limoges et Nicolas Mazzucchi, Chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, responsable du module risque de l’Executive Master « énergie, environnement et régulation » à Sciences Po, Sciences Po – USPC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L’ère du sexe pour la reproduction touche à sa fin

Henry T. Greely est directeur du Center for Law and Biosciences de l’Université de Stanford, ainsi que de son programme sur les neurosciences et la société. Manifestement, le type en sait quelque chose sur la technologie et sur son rôle dans la vie des gens – et il prédit maintenant que les progrès technologiques feront un jour du sexe à des fins de reproduction une chose du passé.

“Ma prédiction la plus forte est que dans l’avenir, les gens auront toujours des rapports sexuels – mais plus rarement dans le but de faire des bébés”, a déclaré Greely, qui a publié un livre intitulé “The End of Sex and the Future of Human Reproduction”, à la BBC. “Dans 20 à 40 ans, la plupart des gens dans le monde qui auront une bonne couverture médicale choisiront de concevoir en laboratoire.”

Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?

Au cours des quatre décennies qui ont suivi la naissance du premier “bébé éprouvette”, plus de 8 millions de personnes sont nées par fécondation in vitro.

Aujourd’hui, les parents qui produisent certains de ces enfants choisissent de soumettre leurs embryons fécondés à un diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) avant leur transfert dans l’utérus. Il s’agit de prélever des cellules sur les embryons pour voir si un enfant hériterait de gènes problématiques de ses parents.

Le DPI permet aux parents de n’utiliser que des embryons sans problème pour la FIV et, selon Greely, une fois qu’ils seront plus abordables et disponibles, de nombreux parents choisiront le DPI plutôt que de recourir au mode traditionnel de la reproduction.

“Comme la plupart des sujets, il y aura d’abord une certaine quantité de réactions viscérales négatives”, a-t-il dit à la BBC, avant d’ajouter que l’acceptation par le public interviendrait dès que les parents se rendront compte que les enfants nés avec le DPI ne naissent pas avec “deux têtes et une queue”.

BBC

L’avenir du sexe : comment se transforme l’intimité

IA et reconnaissance faciale sur le champ de bataille

La CMU et l’armée américaine s’associent pour créer une IA pour les guerres futures

Le groupe de travail sur l’IA de l’armée américaine pourrait apporter la reconnaissance faciale sur le champ de bataille

La reconnaissance faciale pourrait être déployée à l’avenir dans des situations de combat grâce à un nouveau partenariat de recherche impliquant l’armée américaine. L’armée américaine a mis en place son groupe de travail sur l’intelligence artificielle au Centre national d’ingénierie robotique de l’Université Carnegie Mellon (CMU) afin de développer des technologies pouvant être utilisées sur le champ de bataille de demain, ainsi que dans les missions de sauvetage et la protection des civils, rapporte le Pittsburgh Post-Gazette.

“En fin de compte, je préférerais ne pas faire la guerre”, a déclaré Mark Esper, secrétaire de l’armée. “Et donc, si nous pouvons maîtriser l’IA … alors je pense que cela cela nous permettra simplement de mieux nous positionner pour protéger le peuple américain.

Esper a noté que de nombreux soldats sont morts en Irak au volant de convois qui pourraient être conduits par une intelligence artificielle à l’avenir.

Le général John Murray, commandant du Army Futures Command, a déclaré qu’il pouvait imaginer que la reconnaissance faciale soit utilisée au combat. Cela pourrait permettre aux militaires de distinguer les combattants ennemis des civils dans des situations dans lesquelles ils ne portent pas d’uniforme.

Le président de la CMU, Farnam Jahanian, a refusé de préciser si l’université avait mis en place un comité d’éthique chargé de superviser son partenariat avec l’armée. Il a noté que les membres du corps professoral sont libres de participer aux projets de leur choix.

«L’un des avantages importants de la création de ce groupe de travail est qu’il nous permettra d’avoir des discussions sur l’intelligence artificielle et d’autres technologies émergentes et leurs applications éthiques, à la fois dans un contexte militaire et civil”, a déclaré Jahanian.

L’annonce a été faite devant des politiciens et des chercheurs de plusieurs dizaines d’universités, et le groupe de travail devrait devenir un réseau national comprenant des universitaires et des experts du secteur.

Un rapport récent a montré que les Américains ont tendance à faire davantage confiance aux forces armées et au monde universitaire pour développer de manière responsable les technologies de l’intelligence artificielle que l’industrie privée. L’armée compte également sur l’industrie pour fournir une technologie biométrique aux forces d’opérations spéciales.

Carnegie Mellon University, Wesa.fm

The U.S. Army Concept for Cyberspace and Electronic Warfare Operations 2025-2040 (Concept de l’armée américaine pour les opérations de cyberespace et de guerre électronique 2025-2040) PDF.

[su_document url=”https://iatranshumanisme.com/wp-content/uploads/2019/02/The-U.S.-Army-Concept-for-Cyberspace-and-Electronic-Warfare-Operations-2025-2040.pdf” width=”640″]

Compte à rebours pour les prédictions de la Singularité

Peter Diamandis a demandé aux gens les plus intelligents qu’il connaît leurs prédictions technologiques pour les 20 prochaines années (2018-2038). Quelles sont les avancées que nous pouvons espérer sur notre compte à rebours à la Singularité ?

2018 : Suprématie quantique atteinte : La première démonstration d’un calcul quantique qui ne peut être simulé avec des supercalculateurs classiques est annoncée.

2020 : Les opérations de voitures volantes décollent dans une douzaine de villes dans le monde. Le réseau 5G libère des vitesses de connexion de 10 à 100 gigabits pour les téléphones portables dans le monde entier.

2022 : Les robots sont monnaie courante dans la plupart des foyers à revenu moyen, capables de lire de manière fiable les lèvres et de reconnaître les gestes du visage, de la bouche et de la main. Tous les jouets sont “intelligents” avec un apprentissage automatique intégré.

2024 : Les premières missions humaines privées ont été lancées pour la surface de Mars. Les premiers accords «un cent par kilowatt-heure» pour l’énergie solaire et éolienne sont signés.

2026 : La possession de voiture est morte et les voitures autonomes dominent nos routes. 100 000 personnes se rendent chaque jour à bord de VTOL (aéronef à décollage et atterrissage verticaux) dans chacune des villes suivantes : Los Angeles, Tokyo, Sao Paulo et Londres.

2028 : Le solaire et le vent représentent près de 100% de la production d’électricité nouvelle. Les véhicules électriques autonomes représentent la moitié des kilomètres parcourus dans les grands centres urbains.

2030 : L’IA réussit le test de Turing, ce qui signifie qu’elle peut égaler (et dépasser) l’intelligence humaine dans tous les domaines. L’humanité a atteint la «vitesse d’évasion de la longévité» pour les plus riches.

2032 : Nanorobots médicaux démontrés chez l’homme sont capables d’étendre le système immunitaire. Les robots Avatar deviennent populaires, permettant à chacun de «téléporter» sa conscience dans des endroits éloignés du monde entier.

2034 : Des sociétés comme Kernel ont établi des liens significatifs et fiables entre le cortex humain et le Cloud. Les robots agissent comme domestiques, majordomes, infirmières et nounous, et deviennent des compagnons à part entière. Ils soutiennent l’autonomie des personnes âgées à la maison.

2036 : Les traitements de longévité sont couramment disponibles et couverts par des polices d’assurance-vie, prolongeant la durée de vie moyenne de l’homme de 30 à 40 ans.

2038 : La vie quotidienne est maintenant méconnaissable – incroyablement bonne et l’hyper VR et l’intelligence artificielle augmentent toutes les parties du monde et tous les aspects de la vie humaine quotidienne.

humains améliorés : certains prévoient une fusion homme-IA

Humains améliorés : l’IA donnera naissance à des «travailleurs surhumains»

Lors du Sommet mondial des Gouvernements à Dubaï, Sebastian Thurn a déclaré que l’IA ferait des humains des «travailleurs surhumains». Selon le co-fondateur de Google X, l’intelligence artificielle éliminera les tâches répétitives, mais elle conduira vers des emplois plus créatifs. Thurn n’est pas le premier à avancer cette idée. Ray Kurzweil, ingénieur chez Google, a déclaré au CFR que l’IA ne va pas remplacer les humains mais les améliorer.

En ce qui concerne la rapidité avec laquelle cela pourrait se produire, la plupart sont d’avis que nous verrons des machines intelligentes prendre la relève dans la prochaine décennie. Certains disent que la transition a déjà commencé. Combinez cela avec la singularité technologique, que certains prédisent pour 2040, et une fusion homme-intelligence artificielle pourrait se produire plus tôt que prévu.

Le futuriste Ian Pearson déclare lui aussi lors du Sommet mondial des Gouvernements à Dubaï, que nous devrions fusionner avec l’IA pour protéger l’humanité.

“Le fait est que l’intelligence artificielle peut aller plus loin que les humains, elle pourrait être des milliards de fois plus intelligente que les humains à ce stade”, a déclaré Pearson. “Donc, nous devons vraiment nous assurer que nous avons des moyens de suivre. Le moyen de se protéger contre cela est de lier cette intelligence artificielle à votre cerveau pour avoir le même QI … que l’ordinateur. “

CNBC, CNBC, World Government Summit

Bioéthique. Pour en finir avec la mort ! FEBS 2017

À l’horizon 2040, le post-humain sera immortel et d’ailleurs, ceux qui naissent aujourd’hui n’auront pas à connaître la mort… Que signifie ce besoin humain de tuer la mort ? La mort ne fait-elle pas partie de la vie? N’est-elle pas un passage obligé dans toute vie ? Et puis, que l’on soit croyant, athée ou agnostique, la mort est symboliquement rattachée à un statut particulier dans toutes les religions. C’est à se demander : l’Homme qui ne mourra pas,  sera-t-il encore un humain ?

Avec : Delphine Horvilleur. Rabbin, écrivaine, journaliste, directrice  de rédaction du magazine Tenou’a. Michel Deneken. Président de l’Université de Strasbourg. Rémi Sussan. Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies. Aurélien Benoilid. Neurologue, chef de clinique. Maitre Jean-Marie Ohnet. Notaire. Grands témoins : Malaïka Mercky, Daphnée Pallieres, lycée Jeanne d’Arc à Mulhouse. Animation : Nadia Aubin, directrice, co-fondatrice du Forum Européen de Bioéthique.

Sommes-nous à vingt années des bébés personnalisés ?

Que se passerait-il si les parents en devenir avaient la possibilité de choisir à l’avance la combinaison de gènes que leur enfant hériterait ? La question est sortie du cadre de la science-fiction selon Hank Greely, professeur de droit à l’Université de Stanford.

La science et la technologie sous-jacente  progressent rapidement, il est maintenant temps d’examiner attentivement  “quels changements légaux seraient nécessaires pour essayer de maximiser les avantages et minimiser les dommages de cette nouvelle approche reproductrice”, dit-il.

Greely a exploré les implications juridiques, éthiques, et sociétales des biotechnologies émergentes dans un nouveau livre : « The end of sex and the future of human reproduction » (Harvard University Press, 2016), qui envisage un monde où la procréation ne commence plus dans la chambre à coucher, mais plutôt dans une boîte de Pétri d’une clinique médicale.

Sélectionner un embryon

Dans le livre, Greely raconte le scénario suivant : Un couple voulant un enfant, créerait cent embryons et recevrait un dossier sur l’ADN de chacun. Cela révélerait la présence de gènes favorisant l’apparition de graves maladies mortelles, ainsi que des marqueurs qui confèrent un risque accru de conditions  moins graves.

Mais cela pourrait aussi inclure des gènes pour des traits physiques, comme la couleur des yeux ou des cheveux, la taille et le type de corps. Mais également des marqueurs pour les traits comportementaux tels qu’une inclination pour le sport ou la musique. Les futurs parents sélectionneraient alors les embryons à implanter, sur la base des caractéristiques espérées.

« Actuellement, la technologie telle qu’elle est envisagée dans le livre, ne sera disponible que d’ici une vingtaine d’années » déclare Greely.  « Mais des parties de celle-ci sont disponibles aujourd’hui ».

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) – qui consiste à l’extraction d’une seule cellule d’un embryon créé in vitro (FIV), et le dépistage de gènes malades ou des chromosomes anormaux –  est présent depuis 25 ans.

Cependant, parce qu’il nécessite la collecte d’œufs pour la fécondation in vitro (FIV) (ce qui est très coûteux), Greely prévoit que la plupart des couples ne considéreraient pas la DPI s’ils pourraient concevoir un enfant en bonne santé par la bonne vieille méthode.

Mais tôt ou tard, les scientifiques réussiront à faire des ovules humains viables et du sperme à partir de cellules souches pluripotentes induites (CSPi) provenant de la peau ou d’autres cellules somatiques, dit Greely.

« Et ce sera l’avancée qui déclenchera un intérêt généralisé pour ce que j’appelle « DPI facile ». Cela ouvrira le chemin à un certain nombre de nouvelles possibilités en matière de reproduction. Les personnes infertiles pourront avoir leurs propres enfants génétiques. Ainsi que les couples de même sexe, puisqu’il pourrait bien être possible de faire des œufs à partir de cellules de peau d’un homme, ou des spermatozoïdes à partir d’une femme.

Cela permettra d’éliminer également la pression de l’horloge biologique – au moins en termes de conception – permettant ainsi aux femmes à repousser la formation d’une famille.

Mais la possibilité de faire des gamètes à partir de cellules de peau pourrait avoir des conséquences indésirables. Par exemple, quelqu’un pourrait prendre une tasse de café jetable que vous auriez négligemment jeté dans la poubelle,  et faire de vous un parent sans que vous soyez consentant ou n’en ayez connaissance.

“Nous aurons probablement besoin de nouvelles lois pour faire face à cela ;  la parentalité non-consentante semble être une mauvaise idée”, dit Greely.

Poursuivre les cliniques ?

Une possibilité qu’il envisage serait d’exiger des documents sur la provenance de toutes les cellules utilisées pour produire des ovules ou des spermatozoïdes. « Je pense qu’il y a beaucoup de questions complexes, et pour certaines d’entre elles, il n’y a pas de livres de droit particulier où se référer. »

Par exemple, que se passerait-il si des parents choisissent un embryon pour qu’il devienne le prochain Andrew Luck, ancien quarterback de Stanford, mais qu’à la place, il devenait poète ?

« Je pense que, universellement, les parents sont déjà un peu surpris par la destinée de leurs enfants. Mais si vous pensez que vous avez effectivement sélectionné leurs gènes, est-ce que vous serez plus dépités ? Est-ce que cela vous fera poursuivre en justice la clinique ? »

L’équité est une question centrale, dit Greely. Que faire si certaines personnes ont accès à la technologie et d’autres non ? Il prédit que dans les pays riches, le processus de fabrication d’enfant sera subventionné  jusqu’à la gratuité.

« En partie, cela arrivera parce qu’il permettra d’économiser beaucoup d’argent au système de santé. Vous n’êtes pas obligé de prévenir les naissances d’un grand nombre de bébés gravement malades, pour payer des centaines ou des milliers de tentatives de faire des bébés grâce au DPI facile. »

Mais même ainsi, il y aura certainement des disparités internationales, voire nationales.

Greely soulève également des questions difficiles en ce qui concerne les personnes handicapées.

« Si vous êtes atteint d’une maladie génétique, cela signifie que beaucoup moins d’individus vont naître avec votre maladie, et bien, dans un sens, c’est une bonne chose, mais d’un autre côté, cela réduit l’intérêt de la recherche pour votre pathologie, le soutien social,  et la société sera susceptible de vous pointer du doigt en pensant que vous n’auriez pas dû être né », dit-il.

Citant les exemples de la surdité et du nanisme héréditaire, il note que les parents pourraient vouloir un enfant comme eux.

« Si un parent rendait sourd son enfant, nous enlèverions certainement le bébé et nous poursuivrions le parent. Si les parents choisissent un embryon pour qu’il soit sourd, comme eux, afin de préserver la culture des sourds d’un génocide, que doit-on faire ? »

Greely espère provoquer et susciter de larges discussions sur les politiques à mettre en place concernant ces questions.

« Je pense que quelque chose qui change la façon dont nous concevons les bébés affecte tout le monde dans ces méthodes de base, que ce n’est pas un sujet qui devrait être laissé aux seuls professeurs de droit et juristes, obstétriciens-gynécologues, ou aux bioéthiciens et cliniques de fertilité. »

Traduction Benjamin Prissé

Posted by Clifton B. Parker, Deputy Director, Social Science Communications, Stanford University – cbparker@stanford.edu

Stanford University, Futurity

Les nouvelles prédictions de Ray Kurzweil : l’avenir d’ici 2099

2019 – Les fils et autres câbles pour les appareils individuels et périphériques disparaîtront dans tous les domaines.
2020 – Les ordinateurs personnels atteindront une puissance de traitement comparable au cerveau humain.
2021 – L’accès à l’internet sans fil couvrira 85% de la surface de la Terre.
2022 – Les USA et l’Europe adopteront des lois réglementant les relations entre les individus et les robots. L’activité des robots, leurs droits, devoirs et autres restrictions seront formalisés.
2024 – Les éléments d’intelligence informatique seront obligatoires dans les voitures. Il sera interdit aux individus de conduire une voiture qui ne sera pas équipée d’une assistance informatique.
2025 – L’apparition d’un grand marché de gadgets-implants.
2026 – Grâce au progrès scientifique, en une unité de temps nous prolongerons notre vie d’une durée supérieure à celle qui se sera déjà écoulée.
2027 – Un robot personnel capable d’accomplir des actions complexes en toute autonomie sera aussi anodin qu’un réfrigérateur ou une machine à café.
2028 – L’énergie solaire sera si bon marché et répandue qu’elle satisfera l’ensemble des besoins énergétiques de l’humanité.
2029 – L’ordinateur pourra passer le test de Turing pour prouver son intelligence dans le sens humain du terme, grâce à la simulation informatique du cerveau humain.
2030 – Les nanotechnologies vont fleurir dans l’industrie, ce qui entraînera une baisse significative de la fabrication de tous les produits.
2031 – Les imprimantes 3D seront utilisées dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Les nano-robots seront utilisés à des fins médicales. Ils pourront apporter des substances nutritives jusqu’aux cellules humaines et éliminer les déchets. Ils scanneront également le cerveau humain, ce qui permettra de comprendre les détails de son fonctionnement.
2033 – Les voitures sans conducteur circuleront sur les routes.
2034 – Le premier rendez-vous de l’homme avec l’intelligence artificielle. Le film Her en version plus moderne : la compagne virtuelle pourrait être équipée d’un “corps” en projetant une image dans la rétine de l’œil – par exemple, à l’aide de lentilles ou de lunettes virtuelles.
2035 – Le matériel spatial deviendra suffisamment développé pour assurer une protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.
2036 – En utilisant une approche de la biologie comme de la programmation, l’humanité parviendra pour la première fois à reprogrammer les cellules pour guérir des maladies, et l’utilisation d’imprimantes 3D permettra de fabriquer de nouveaux tissus et organes.
2037 – Un progrès gigantesque sera enregistré dans la compréhension du secret du cerveau humain. Des centaines de sous-régions ayant des fonctions spécifiques seront découvertes. Certains algorithmes qui codent le développement de ces régions seront décryptés et intégrés aux réseaux neuronaux d’ordinateurs.
2038 – L’apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes. Ils seront dotés d’une intelligence supplémentaire (par exemple, orientée sur une sphère concrète de connaissances que le cerveau humain est incapable de couvrir entièrement) et de divers implants optionnels – des yeux-caméras aux bras-prothèses supplémentaires.
2039 – Les nano-véhicules seront implantés directement dans le cerveau et effectueront une entrée et une sortie arbitraire des signaux du cerveau. Cela conduira à une réalité virtuelle “à immersion totale”, qui ne demandera aucun équipement supplémentaire.
2040 – Les systèmes de recherche seront la base des gadgets introduits dans l’organisme humain. La recherche ne se fera pas uniquement par la voix, mais aussi par la pensée, et les résultats seront affichés sur les lentilles ou les lunettes.
2041 – Le débit internet maximal sera 500 millions de fois plus élevé qu’aujourd’hui.
2042 – La première réalisation potentielle de l’immortalité – grâce à une armée de nanorobots qui complétera le système immunitaire et “nettoiera” les maladies.
2043 – Le corps humain pourra prendre n’importe quelle forme grâce à un grand nombre de nanorobots. Les organes internes seront remplacés par des dispositifs cybernétiques de bien meilleure qualité.
2044 – L’intelligence non-biologique sera des milliards de fois plus intelligente que son homologue biologique.
2045 – Arrivée de la singularité technologique. La Terre se transformera en ordinateur gigantesque.
2099 – Le processus de singularité technologique s’étend sur tout l’Univers.

SingularityHub , Wikipedia Predictions made by Ray Kurzweil