Singularity University, les technologies exponentielles

Depuis sa création, en 2008, par l’informaticien et philosophe Ray Kurtzweil, cette institution haut de gamme, installée au cœur de la Silicon Valley sur un ancien aéroport de la NASA, rassemble chaque été environ quatre-vingts étudiants et jeunes professionnels de tous les pays, soigneusement sélectionnés. Des experts, venus en majorité de la Silicon Valley, leur enseignent pêle-mêle les sciences et les techniques qui doivent leur permettre de changer le monde au cours des prochaines décennies.
La Singularity University organise aussi des stages de courte durée pour les « décideurs » politiques et économiques. Le sommet d’Amsterdam, qui devrait attirer près de neuf cents personnes, sera consacré aux technologies dites « exponentielles », l’un des nouveaux mots à la mode dans la Silicon Valley. Neil Jacobstein, l’un des responsables de l’université, explique le concept « d’exponentialité » appliqué à l’économie :

« Nous parlons de technologies comme l’intelligence artificielle, la robotique, la biologie synthétique, les nanotechnologies. Elles sont très différentes les unes des autres, mais ce qui les rapproche, c’est que leurs performances doublent tous les dix-huit à vingt-quatre mois. Cette progression est si rapide que les chefs d’entreprise n’arrivent à l’intégrer ni dans leur mode de pensée ni dans leurs stratégies. Il est donc essentiel de leur proposer des programmes éducatifs pour qu’ils comprennent mieux les implications techniques, commerciales et éthiques de ces bouleversements. »

Pour illustrer son discours, Neil Jacobstein cite les panneaux solaires photovoltaïques, dont le ratio prix/performance double tous les dix-huit mois – un rythme qui bouleverse déjà les modes de vie dans certains pays :

« Je reviens d’un voyage en Mongolie. Devant les yourtes, au milieu du désert de Gobi, les nomades installent des panneaux solaires pour générer leur propre électricité. Du coup, ils ont aussi des antennes satellites, ils sont connectés au monde entier. »

Imbrication de technologies

Pour Neil Jacobstein, toutes ces technologies exponentielles sont étroitement imbriquées :

« L’intelligence artificielle ne se résume pas à des algorithmes permettant aux machines de reconnaître des modèles ou de s’améliorer par elles-mêmes. Elle a aussi un effet levier sur les autres sciences. Ainsi, par exemple, les recherches menées par des moteurs d’intelligence artificielle sur les données génétiques brutes font progresser l’ensemble de la biologie. »

Sur cette base théorique, la Singularity University a inventé le concept de « médecine exponentielle », et organise en Californie des conférences sur ce thème destinées aux professionnels.

Par ailleurs, l’intelligence artificielle est déjà en train de s’installer dans la vie quotidienne :

« Jusqu’à présent, les gens ont considéré leurs smartphones comme des outils. Bientôt, ces appareils vont se transformer en assistants à qui on pourra déléguer diverses tâches. D’ici à 2020, vous pourrez demander à votre téléphone d’organiser à votre place un voyage d’affaires compliqué, en tenant compte de vos contraintes de calendrier, de vos préférences, de votre régime alimentaire. Au fil du temps, il va gagner votre confiance, il deviendra un véritable partenaire dans votre vie professionnelle et personnelle. »

En ce qui concerne le monde de l’entreprise, Neil Jacobstein estime qu’il y a urgence :

« Les hommes d’affaires et les cadres doivent réformer les entreprises, les transformer en organisations flexibles, capables de changer d’échelle rapidement. S’ils veulent survivre dans un environnement aussi turbulent, ils devront se doter d’un radar pour voir au-delà de l’horizon. »

Cela dit, les membres de la Singularity University reconnaissent que la tâche ne sera pas aisée. Paradoxalement, le terme de « singularité », emprunté à la physique, désigne un événement sans précédent, d’une telle ampleur qu’il empêche totalement de prévoir ce qui arrivera ensuite – à l’image des phénomènes inconnus se développant aux abords d’un trou noir…

Neil Jacobstein n’imagine pas que les technologies exponentielles provoquent un bouleversement aussi radical, mais il entrevoit un risque majeur, déjà évoqué par Ray Kurtzweil, inventeur du concept de singularité dans cette nouvelle acception :

« Certains humains s’intégreront de plus en plus aux systèmes d’intelligence artificielle, selon un mode opératoire encore inédit. Par contre, ceux qui seront exclus de ce niveau d’interconnexion avec les machines ne comprendront plus du tout le nouveau monde. »

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Quand Eric Schmidt annonce la disparition d’internet

C’est au cours du Forum Économique Mondial de Davos, en Suisse, que l’ex-PDG de Google Eric Schmidt a lâché sa petite bombe : « Internet va disparaitre ». Et bim.

« Il y aura tellement d’adresses IP… tellement d’appareils, de capteurs, de choses que vous porterez, de choses avec lesquelles vous interagirez que vous ne vous en rendrez même plus compte. Ce sera présent en permanence autour de vous. Imaginez que vous marchez dans une pièce, et que cette pièce est dynamique. Et avec votre permission et tout cela, vous interagirez avec les choses qui vous entourent dans la pièce. »

Vous l’aurez compris, l’ancien président de Google n’annonce pas ici la mort des réseaux de communication modernes, bien au contraire. Eric Schmidt fait bien sûr référence à l’internet des objets, qui devrait représenter le futur proche d’internet, grâce notamment à la multiplication des solutions domotiques et à l’arrivée sur le marché d’un nombre croissant d’accessoires connectés.

Après le web 2.0, qui mettait au centre le partage entre les internautes, la prochaine évolution d’internet devrait en effet se concentrer autour de l’internet des objets, qui gagne petit à petit notre quotidien et permet de connecter tout ce qui nous entoure.

Certaines théories annoncent d’ailleurs que les objets pourraient devenir des acteurs autonomes de ces nouveaux réseaux, grâce notamment au développement de l’intelligence artificielle, où chaque élément pourrait déclencher des actions à la suite d’évènements particuliers et évoluer en fonction de son environnement.

Durant la session du Forum de Davos consacrée au«  Futur de l’Économie Numérique », Eric Schmidt a également évoqué la domination de Google sur le marché de la recherche, et la concurrence toujours plus importante dans le secteur de la téléphonie mobile, en précisant à ce sujet que l’arrivée de nouveaux acteurs rendait difficile les prédictions à plus ou moins long terme dans ce domaine.

Business Insider via Mac4Ever

La Déclaration Technoprogressiste

En marge du colloque international TransVision 2014 (Paris, 20-22 nov.), s’est tenue une réunion rassemblant des représentants du technoprogressisme de plusieurs pays. Un texte proposant des principes communs  a été rédigé. La réunion a rassemblé des membres de l’AFT-Technoprog, Amon Twyman représentant Zero State/L’institut pour le Futurisme Social, David Wood pour les London Futurists et James Hughes pour l’IEET. Le résultat se trouve ci-dessous.

Les technoprogressistes visent un avenir meilleur

Le monde est de manière inacceptable inégalitaire et dangereux. Les technologies émergentes pourraient le rendre largement meilleur, ou bien pire. Malheureusement, trop peu de gens comprennent aujourd’hui la dimension des menaces ou des bienfaits auxquels l’humanité doit faire face. Il est temps pour les technoprogressistes, les transhumanistes et les prospectivistes de renforcer leur engagement politique afin de tenter d’influer sur le cours des événements.

Le cœur de notre engagement stipule que le progrès technologique ainsi que la démocratie sont des prérequis nécessaires pour émanciper l’humanité et la libérer de ses contraintes. Nous reconnaissant dans les promesses des Lumières, nous avons de nombreux homologues dans d’autres mouvements promouvant la liberté et la justice sociale. Nous devons construire des liens de solidarité avec ces mouvements, même si nous nous concentrons sur les possibilités radicales qu’offriront les technologies, sujet qu’ils mettent souvent de côté. En compagnie de nos pairs prospectivistes ou transhumanistes nous devons intervenir pour nous assurer que les technologies soient bien encadrées et réglementées, tout en étant mises à disposition de tous dans des sociétés de droit. Les technologies peuvent exacerber les inégalités et les dangers dans les décennies à venir, cependant si elles sont bien encadrées et démocratisées, elles permettront des vies plus longues en bonne santé pour un nombre croissant de personnes, accroissant la sécurité et la stabilité de la civilisation.

Partant de notre engagement commun à préserver l’autodétermination de chacun, nous pouvons développer des liens de solidarité avec :

  • Les organisations de défense des travailleurs et des chômeurs, suite aux transformations du monde du travail et de l’économie par l’innovation technologique ;
  • Les mouvements des droits liés à la procréation : contraception, IVG, reproduction artificielle ou assistée et choix du génome ;
  • Les mouvements en faveur d’une réforme des lois sur les substances psychoactives et promouvant la liberté cognitive ;
  • Les mouvements de défense des handicapés, pour un accès aux technologies d’assistance et de soin ;
  • Les minorités sexuelles, autour du droit à l’autodétermination du corps ;
  • Les mouvements pour les droits numériques défendant les nouvelles libertés, leurs moyens d’expression et leur organisation.

Nous appelons à une augmentation significative des dépenses publiques pour la recherche de thérapies contre le vieillissement, en plus d’un accès universel à ces thérapies puisqu’elles visent à doter tout le monde d’une vie plus longue et en meilleure santé. Nous estimons qu’il n’existe aucune différence entre « thérapie » et « augmentation ». Une réforme des réglementations sur les médicaments et les implants mélioratifs est donc nécessaire pour accélérer leur acceptation..

Alors que l’intelligence artificielle, la robotique et d’autres technologies détruisent de manière croissante plus d’emploi qu’elles n’en créent, et que les seniors vivent plus longtemps, nous devons nous joindre à l’appel à une réforme en profondeur du système économique. Tout individu devrait se voir libéré de la nécessité de subir l’aliénation d’un travail imposé. Chaque être humain devrait se voir garantir un revenu de base, la prise en charge des soins médicaux, ainsi qu’un accès à vie à l’éducation ou à la formation.

Nous devons nous joindre aux actions en faveur de l’extension des droits fondamentaux à tous les individus, qu’ils soient humains ou non.

Nous devons nous associer avec les mouvements travaillant à réduire les risques existentiels, les informer sur les menaces naissantes qu’ils peinent à prendre avec le sérieux qu’il faudrait, et proposer des solutions sur la manière dont les technologies émergentes pourraient aider à réduire ces risques. Une coopération transnationale peut nous permettre de faire face aux menaces auxquelles nous devons faire face, qu’elles soient d’origine naturelle ou humaine.

Il est temps pour les technoprogressistes d’avancer et de travailler en commun pour un avenir meilleur.

Paris, Novembre 2014

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Liste des signataires internationaux et texte original en anglais sur le site de l’IEET.

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La sphère privée, c’est fini

Imaginez un monde où des robots de la taille de moustiques volent autour de vous et s’emparent d’échantillons de votre ADN. Ou imaginez qu’un grand magasin connaît toutes vos habitudes d’achats, et qu’il sait que vous êtes enceinte avant même que vous ayez prévenu votre famille.

Cette effrayante «contre-utopie» a été décrite jeudi par un groupe de professeurs d’Harvard au Forum économique de Davos, où les participants à ce sommet de l’élite économique et politique mondiale ont appris que la sphère privée était définitivement morte.

«Bienvenue dans ce monde, nous y sommes déjà», a déclaré Margo Seltzer, professeur de science informatique à l’université d’Harvard. «La sphère privée telle que nous la connaissions ne peut plus exister, la façon dont nous envisagions avant la sphère privée, c’est fini», a-t-elle ajouté.

Pour un autre chercheur d’Harvard, cette fois en génétique, il est «inévitable» que des données génétiques personnelles entrent petit à petit dans le domaine public. Sophia Roosth estime que des agents du renseignement ont d’ores et déjà été chargés de collecter des informations génétiques concernant les leaders étrangers afin de savoir s’ils sont susceptibles de contracter telle ou telle maladie, ou quelle est leur espérance de vie.

«Nous sommes à l’aube d’une ère de Maccarthysme génétique», a-t-elle dit, en faisant allusion à la chasse aux sorcières aux États-Unis contre les communistes dans les années 50.

La «génération Google» serait moins regardante

En outre, Margo Seltzer a imaginé un monde dans lequel de petits drones volent autour de vous, de la taille d’un moustique, pour extraire un échantillon de votre ADN afin de l’analyser, pour le compte d’un gouvernement ou d’une compagnie d’assurances.

Les violations de la sphère privée vont se faire de manière «de plus en plus pernicieuse», a-t-elle prédit : «Nous vivons déjà dans un état de surveillance». Cependant, en dépit de cette vision pessimiste rappelant celle d’Aldous Huxley et de son «Meilleur des mondes», les universitaires ont relevé que les aspects positifs de ces développements de la technologie étaient plus importants que leurs aspects négatifs.

«De la même façon que nous pouvons envoyer de petits drones pour espionner les gens, nous pouvons envoyer les mêmes appareils dans les régions touchées par Ebola et supprimer les germes», a déclaré Margo Seltzer.

«La technologie est là, c’est à nous de décider comment nous en servir», a-t-elle ajouté. «Grosso modo, la technologie a fait plus de bien que de mal», a-t-elle jugé, relevant les «extraordinaires» avancées en matière de santé dans certaines zones rurales de pays en développement, rendues possible grâce à la technologie.

Au cours d’une session consacrée à l’intelligence artificielle, les débatteurs ont semblé résignés, comme s’ils acceptaient les limites de la sphère privée, induites par la société moderne. Rodney Brooks, président de la société Rethink Robotics, une société technologique américaine, a pris l’exemple de Google Maps que l’on consulte lorsqu’on veut théoriquement savoir où on va, mais qu’on utilise aussi à d’autres fins.

Anthony Goldblum, un jeune entrepreneur dans les hautes technologies, a déclaré devant cette même session que ce qu’il appelle la «génération Google» était beaucoup moins regardante quant à la protection de sa sphère privée que les précédentes.

«Je considère ma sphère privée en fonction de ce qui me convient, la sphère privée n’est pas quelque chose qui m’inquiète», a-t-il dit. «De toute façon, les gens se comportent souvent mieux lorsqu’ils savent qu’ils sont peut-être observés», a-t-il conclu.

La Presse.ca, via AFP

Petite histoire des implants neuronaux

L’histoire des implants neuronaux remonte aux années 1830, lorsque les neurones sont découverts par deux scientifiques, Camillo Golgi (scientifique italien) et Santiago Cajal (neuroscienfitique espagnol). Ces deux chercheurs ont permis d’expliquer le système nerveux et ont commencés à avancer des théories sur son fonctionnement, cependant ils étaient limités par le manque de technologie de l’époque, il faut attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour voir naître l’idée d’implants neuronaux. Un des principaux pionniers dans ce domaine est le scientifique espagnol José Delgado, dès les années 1950 Delgado travail sur des possibles implants, il est à l’époque professeur à la prestigieuse université de Yale aux Etats-Unis. Quelques temps plus tard, en 1962 José Delgado réalise une expérience qui est transmise en direct sur la télévision espagnole, lors de cette expérience Delgado parvient à stopper la charge d’un taureau grâce à une télécommande et à un implant qui avait été greffé dans le cerveau de l’animal, c’est une première mondiale, personne n’avait réussi à accomplir ce que Delgado venait de réaliser. Suite à cette expérience, Delgado a été approché par le gouvernement espagnol pour qu’il continue ses recherches en Espagne et non en Amérique, Delgado accepte et travail alors pour le gouvernement Franquiste.

Cette expérience a suscité de nombreuses réactions au niveau de l’opinion publique et scientifique, mais cette expérience n’a pas eu de suite connue, étant donné que Delgado travaillait pour Franco, dans une dictature militaire, il se peut qu’il y ait eu d’autres expériences mais qui n’ont pas été publiques.

Quelques années plus tard, en 1998, Kevin Warwick, un scientifique britannique lance le projet Cyborg 1.0. Au cours de ce projet Warwick s’implante une puce qui lui permet de contrôler des objets robotisés à distance comme un bras bionique. L’année suivante Yan Dang, parvient à reconstituer la vision d’un chat grâce à des implants qui lui ont permis de récupérer l’activité neuronale du chat et qu’il a ensuite traduite.

De nos jours de nombreux chercheurs et entreprises privées travaillent sur des implants ayant diverses fonctions, les implants neuronaux ont des utilisations très variées, ce qui peut être à la fois un avantage comme un inconvénient.Les implants sont aujourd’hui très controversés car leurs utilisations variées pourraient être un danger pour la société, mais aussi une solution pour guérir une grande quantité de maladies psycho-motrices ou cérébrales.

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L’arrivée des robots et la disparition du travail !

« Ce n’est pas 3 millions de postes qui vont être supprimés en France d’ici 2025 mais 11,763 millions. Démonstration par les chiffres… »

On commence enfin à parler du tsunami qui va déferler sur l’emploi salarié aussi bien en France d’ailleurs que dans le reste du monde. Petit Chinois, grand Norvégien, cher Français blond, brun, noir, blanc ou marron, nous allons tous être égaux devant l’obsolescence programmée de l’homme à l’égard de la machine.

Baisser le coût du travail ? Une chimère. On peut baisser le coût du travail jusqu’à zéro, ce qui revient de fait à rétablir l’esclavage, qu’un humanoïde restera tout de même plus rentable et nettement moins pénible à « manager » qu’un être humain.

Relancer la croissance ? Une crétinerie sans nom car à quoi servira une croissance sans création d’emplois (ce qui est déjà ce que nous vivons depuis plusieurs années avec un chômage en hausse constante).

Faire de l’austérité ? Rien à en attendre puisque de toute façon cela nous entraîne encore plus dans la spirale infernale récession/déflation.

Utiliser la planche à billets ? Pourquoi pas mais au final, sans croissance, sans emploi, sans création de richesse, c’est la monnaie qui finira par valoir zéro.

Mais tous ces problèmes ne sont rien par rapport à ce qui va nous arriver. Comme vous vous en êtes rendu compte ces derniers jours, je partage avec vous mes réflexions autour de cette révolution robotique, la robolution qui s’annonce à partir de 2015 avec la commercialisation des premiers humanoïdes de série.

Les chiffres de l’INSSE

Aujourd’hui, nous aller parler ensemble chiffres, à partir des statistiques de l’INSEE, c’est donc parfaitement officiel et accessible à tous et nous allons tordre le cou à certaines idées du type « demain nous serons tous ingénieurs » ou « nous n’avons rien à craindre car nous sommes indispensables ».

C’est un document de travail précieux que je vous communique ici et que vous pouvez télécharger là sur le site du ministère de l’Emploi. Il s’agit de la répartition de la totalité de notre population active secteur par secteur, métier par métier.

Allez directement à la page 14 et 15. Il s’agit d’un document exceptionnel qui compare l’évolution de l’emploi secteur par secteur entre deux périodes (1982-1984 et 2007-2009). Les choses ont sans doute un peu changé depuis mais pour notre raisonnement, tout cela restera dans l’épaisseur du trait.

Le mythe du tous ingénieurs

Nous allons monter en gamme (c’est d’ailleurs ce que l’on nous disait pour la mondialisation, aux petits Chinois le textile et à nous le haut de gamme, résultat : nous avons évidemment pêché par orgueil et le petit Chinois n’est pas plus crétin que le petit Français et 15 ans après, il est capable de fabriquer votre iPhone chez Foxconn pour beaucoup moins cher et les téléphones SAGEM n’existent plus et les Nokia du début des années 2000 ne survivent plus qu’en tenant à un fil).

Mais soyons « gentils » et admettons que nous montions en gamme.

En 1982, nous avions 105 000 ingénieurs et la progression par rapport à la période 2007-2009 a été fulgurante puisque le nombre d’ingénieurs et cadres de l’industrie (c’est le libellé INSEE) a progressé de 116 % pour s’établir à… 227 000 ingénieurs. En clair, en 30 ans, la France a « gagné » 122 000 ingénieurs de l’industrie… la population active est de 25 millions de personnes. Quand bien même cette progression serait maintenue dans les 30 prochaines années, quand bien même nous ne ferions pas 116 % de plus mais 300 % de plus que cela ne changera rien et ne sera en aucun cas suffisant.

Pour les informaticiens, c’est exactement la même chose (en pire). Ils étaient 49 000 en 1982 donc pas vraiment très nombreux et aujourd’hui, après une hausse de 547 %, ce qui est colossal en 30 ans et montre bien que la révolution informatique dans l’emploi a bien eu lieu ainsi que les efforts de formation nécessaires, ils sont en 2009… 317 000… Alors avant que nous occupions 25 millions de personnes dans l’informatique, tandis que désormais les « développeurs » se font remplacer par des indiens pas chers (cela porte le doux nom de « développement offshore », ce qui fait nettement mieux que « délocalisations d’informaticiens »). Vous pourrez vérifier vous-même ces chiffres page 14 et 15 de ce document, je le répète parfaitement officiel et qui ne sort pas du cerveau d’un contrarien malade mais du cerveau d’un contrarien qui sait juste lire, écrire et compter (mais cela semble devenir rare ces derniers temps).

Une fois posé ce constat démontré par les chiffres, de façon factuelle, purement factuelle, il ne faut pas rêver, quand bien même tous nos futurs gamins seraient des génies ayant tous le bac en poche (mais ne sachant toujours ni lire, ni écrire, ni compter), nous ne pourrons pas être 25 millions à être ingénieurs ou informaticiens. Ceux qui véhiculent ce discours au mieux se trompent et n’ont jamais pris le temps de lire ce document et de poser ces quelques chiffres sur un bout de papier (un truc qui se faisait dans l’ancien temps pour organiser ses idées et bâtir un raisonnement), au pire, évidemment ils nous mentent, ils vous mentent sciemment et consciemment, ce qui est encore plus grave.

Passons en revue le nombre d’emplois automatisables dans cette liste fournie par l’INSEE.

Et là, mes amis, nous allons passer les chiffres à la moulinette et cela va être un véritable carnage à l’emploi.

1/ Administration publique Catégorie A, B, C, D, E, F, G, et jusqu’à Z, il y a 2,2 millions de personnes, dont 422 000 personnes pour la catégorie « pompiers, armée, police »… Bon, partons du principe que les compagnies de CRS seront avantageusement remplacées par des armées de robots « titans » et que les pompiers aussi, et que de toutes les façons, vu tous les postes qui vont être perdus, les déficits et dettes cumulées, l’état de quasi-faillite de notre État et le fait qu’il n’y aura bientôt plus personne pour payer les fonctionnaires, ils vont se faire réduire par deux, sans oublier enfin que l’on va pouvoir évidemment automatiser énormément de tâches via toutes ces nouvelles technologies. Supprimons donc 1,2 million de fonctionnaires comme en rêvent le FMI et la finance (sans doute la bonne, celle qui est copine avec Macron).

2/ Banque et assurance… énorme rigolade. Nul besoin d’une agence alors que les banques en ligne fonctionnent parfaitement. Conclusion : tout cela va disparaître et d’ici 10 ans, il n’y aura presque plus d’agences bancaires (ce qui constitue l’essentiel de l’emploi dans ce secteur) et d’ailleurs les nouveaux formats d’agences de la BNP par exemple préfigurent parfaitement aussi bien ce phénomène que cette stratégie. Supprimons donc 700 000 postes, les banques tourneront aussi bien avec 70 000 personnes, ce qui est déjà énorme pour ne pas dire encore trop pour tenir 10 sites Web en ligne…

3/ Commerce. Ce sont les caissiers, les vendeurs et tous ces jobs qui ne servent à rien à l’époque de l’humanoïde et de la caisse libre service. Supprimons donc 1,1 million de postes (ça commence déjà à faire mal le sous-total là).

4/ Hôtellerie, restauration, alimentation, tout pareil, en plus beaucoup de sous-secteurs de cette catégorie sont orientés à la baisse sur 30 ans… Peu de chance qu’ils reprennent une croissance de la création de l’emploi. Soit 330 000 postes en moins.

5/ Services aux particuliers… C’est en particulier dans cette catégorie que l’on retrouve les emplois à la personne en hausse phénoménale et vous comprenez l’engouement des politiques à ce sujet par ces chiffres. En 30 ans, on est passé de 333 000 postes à… 918 000 !! Vous avez également 1,2 million d’agents d’entretien et 208 000 vigiles et « agents de gardiennage »… Bref, tous ces postes sont évidemment remplaçables dès 2015 par les premiers humanoïdes. D’ailleurs, avoir une femme de ménage robotte 24/24h ça c’est le luxe, et c’est nettement moins contraignant qu’une vraie femme de ménage. Vous pouvez donc supprimer au moins 1 348 000 postes. Ouille ! Ça pique.

6/ Secteur de la santé. Infirmières, on garde… Je ne suis pas sûr mais bon, soyons « optimistes », médecins idem, on vire les aide-soignantes qui globalement font du ménage donc robottes, et on peut supprimer au moins 50 % des infirmières tout de même, Ucroa pourra nous piquouser assez rapidement sans nous faire trop de mal. On supprime au moins, dans cette catégorie, 763 000 postes. Pourtant, on en garde plein et je suis sûr qu’il y a moyen d’optimiser nettement plus…

7/ Haaaaa mon préféré, l’enseignement. Comme le dit Laurent Alexandre dans sa vidéo (ci-dessous), qui restent des propos de psychopathe, l’Éducation nationale est aussi dépassée que la médecine du Moyen Âge. Dans ce cas, écoutez cette vidéo si vous ne l’avez pas déjà fait hier. En gros, on peut tout simplement supprimer l’essentiel des postes et conserver tout de même 340 000 postes d’enseignants/formateurs mais c’est en fait encore beaucoup trop, ce sera nettement moins dans 30 ans. Donc cela nous fait tout de même 1 million de postes en moins. Là, je peux vous dire que la Mammouth de Claude Allègre sera très largement dégraissée, on pourrait même dire dépecée mon cher Claude, tout en accompagnant le tout d’une bonne vieille privatisation de l’éducation saupoudré d’une bonne sauce de libéralisme. Je ne vous parle même pas des robottes profs ou instits qui surveilleront nos petits chérubins…

8/ Agriculture, marine et pêche… Bon, en 30 ans, ce secteur s’effondre, donc il va poursuivre sa tendance et de toutes les façons, il n’y a plus de poissons à pécher vu que nous avons consciencieusement vidé les océans et flingué l’environnement. Allez zou ! On en garde 100 000 pour faire joli mais tous les ramasseurs de raisins, de légumes et tout ça, hop ! un humanoïde et c’est réglé, même plus besoin de faire appel aux roumains sans papiers journaliers… Le prôôôgrès quoi ! Moins 849 000 postes. N’oubliez pas l’exemple de la ferme des 1 000 vaches, ou les vaches à hublot dans les pays du nord, on leur installe un hublot dans le ventre. On ouvre la fenêtre et on malaxe directement dans l’estomac de la vache… Ha, le prôôôgrèèèèèès.

9/ BTP… Là c’est drôle, entre les imprimantes 3D, les robots ouvriers et les plans informatisés et programmés d’avance, je suis sûr que d’ici 30 ans la maison se monte toute seule sans intervention humaine. Mais encore une fois, soyons optimistes, ce secteur occupe 1,897 million de personnes, allez, supprimons seulement 360 000 postes… Vous ne pouvez pas dire que je suis pessimiste et puis comme ça, ça fera une moyenne avec ceux qui pensent que là j’en ai pas supprimé assez et que j’ai viré trop de profs… Ça va se compenser dans le meilleur des cas, sinon ce sera encore pire hahahahahaha.

10/ Mécanique et travail des métaux… on est passé de presque 1,3 million de postes en 1982 à 949 000 en 2009 donc sur 30 ans, la baisse est réelle et va se poursuivre donc on supprime 50 % des effectifs, soit 450 000 postes en gros.

11/ Matériaux souples, bois, et tout… on a déjà perdu 55 % des effectifs en 30 ans, disons que dans les 30 prochaines années, on en perdra que 50 % et pas 55 % hop ! on supprime encore 150 000 jobs.

12/ Enfin, les métiers du transport et de la logistique, c’est mon deuxième poste préféré après les profs, on peut virer tous les chauffeurs de camions, de cars (c’est Macron qui va faire la gueule vu que personne l’a prévenu que sa dernière idée géniale était juste complètement naze), de taxis (en plus la Google Car sera certainement plus aimable que nos vieux ronchons tendance grincheux actuels) et on peut se débarrasser enfin de 911 000 postes supplémentaires grâce à tous les véhicules qui se conduisent tout seul (en espérant que Windows ne plante pas en plein milieu de l’autoroute des vacances parce que là, ce sera un beau et vrai carnage).

13/ Et enfin, la gestion et l’administration où l’on a encore 488 000 secrétaires qui n’ont pas encore été virées alors qu’elles ne servent à rien vu que je tape mes mails tout seul et 164 000 secrétaires de direction. Sans oublier que, dans cette catégorie, nous avons tout de même 2 534 000 postes donc en supprimer moins de la moitié, soit que un petit million, c’est largement jouable.

TOTAL général du carnage programmé : 11 763 000 postes massacrés.

Je pense qu’avec un peu d’efficacité nous devrions pouvoir faire nettement mieux que cet objectif somme toute trop raisonnable. Cela veut dire que d’ici 2025, ce n’est pas 3 millions de postes qui pourraient disparaître mais presque la moitié de notre population active.

En Grèce, d’ailleurs, 50 % des Grecs sont déjà pauvres…

Vous pourrez donc vous amuser à faire vous-même vos propres analyses et vos propres simulations mais l’emploi va se raréfier considérablement et ça, c’est une réalité, une donnée avec laquelle nous allons tous devoir apprendre à faire, nous devons nous adapter et nous y préparer pour être plus forts et plus résistants.

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En 2045, l’être humain ne sera plus l’espèce dominante

Des scientifiques se méfient des progrès de l’intelligence artificielle. Représentent-ils un danger pour l’homme ? Sommes-nous trop enclins à les intégrer à notre quotidien ?

“Il n’existe à ce jour aucune règlementation quant au degré d’intelligence et aux facultés de communication que peut posséder une machine. Si cela continue, jetez un œil à la tendance exponentielle. Nous atteindrons la singularité technologique à la date prévue par la plupart des experts. À partir de là vous constaterez que l’espèce dominante ne sera plus l’homme mais la machine.”

Voici les mots de Louis Del Monte, physicien, entrepreneur et auteur de “La Révolution de l’Intelligence Artificielle“. Au cours d’une conversation téléphonique, il a confié ses pensées sur l’intelligence artificielle et la singularité, un point indéterminé dans le futur où la machine ne surpassera pas uniquement votre intelligence propre, mais l’intelligence de tous les êtres humains de la planète.

“Les robots nous verrons comme une espèce dangereuse et imprévisible.”

La date de cet évènement est estimée à 2040, bien que Louis Del Monte prédise que cela pourrait arriver en 2045. Dans les deux cas, le délai tourne autour de trois décennies.

“Il ne s’agira pas du scénario de Terminator ou d’une guerre, précise Louis. Au commencement d’une ère post-singulière, que les machines tentent de transformer les humains en cyborgs constitue un synopsis envisageable. C’est quasiment ce qui a lieu actuellement, puisqu’on substitue des membres artificiels à ceux qui sont déficients. Nous considérerons les machines comme des outils pratiques. La productivité basée sur l’automatisation augmentera de façon dramatique dans de nombreux pays. Basée sur le PIB de chaque employé, elle a déjà doublé en Chine, suite à la robotisation.”

“D’ici la fin du siècle, a-t-il poursuivi, la majorité des êtres humains seront des cyborgs (mi humain mi machine). La tendance sera à l’immortalité. Les machines progresseront dans le domaine médical, la plupart des hommes auront davantage de temps libre et nous penserons que notre situation n’aura jamais été aussi appréciable. L’inquiétude que je soulève est que les robots nous considéreront comme une espèce dangereuse et imprévisible.”

Louis est convaincu que les machines deviendront conscientes et capables de se défendre. Elles “risquent de nous comparer à des insectes nuisibles.” L’être humain est une espèce “instable, qui engendre des guerres et des armes capables de raser la terre à plusieurs reprises, et qui produisent des virus informatiques”. Pas vraiment un charmant compagnon.

“Les robots sont capables de se mentir les uns aux autres”

Son livre fait office “d’avertissement”. L’intelligence artificielle acquiert de plus en plus de capacités et nous les adoptons aussi rapidement qu’elles apparaissent. Une opération cardiaque “constitue presque une banalité, explique-t-il, mais elle nécessite des capteurs et l’intelligence artificielle pour réguler le cœur.”

En 2009, une expérience a démontré que les robots sont capables de se mentir les uns aux autres. Menée dans le Laboratoire des Systèmes Intelligents de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne en Suisse, elle employait des robots programmés pour trouver des ressources bénéfiques comme l’énergie et éviter celles qui seraient dangereuses. Ce qui est incroyable, c’est que les robots ont appris à mentir en essayant d’accumuler ces ressources pour eux-mêmes.

“Par conséquent, ils développent également un instinct de survie, nous a confié Louis Del Monte. Qu’ils en aient conscience ou non est sujet à controverses.”

Article de Dylan Love, Traduction par FlorianeWittner, JDNVoir l’article original : By 2045 ‘The Top SpeciesWill No Longer BeHumans,’ And ThatCouldBe A Problem

Une IA pour les gouverner tous

Intelligence artificielle. Pour beaucoup, cela se traduit par une incarnation robotique, ou une sorte de projection digitale, portant un nom, avec une voix dans le pire des cas, une représentation physique dans le meilleur – on se souvient de Mother, l’ordinateur de bord du Nostromo dans Alien, ou encore la douce voix de Scarlett Johansson/Audrey Fleurot dans Her -. Mais pour une start-up américaine, l’intelligence artificielle se réduit à son plus simple appareil, comme système de programmes connectés.

C’est du jamais vu : un lien entre intelligence artificielle et la désormais très problématique Big Data. Pour parvenir à ce projet, Sentient Technology a levé pas moins de 143 millions de dollars. Et l’ambition n’en est pas moins grande : il s’agit de créer un système d’intelligence artificielle unique, capable d’analyser à la fois les sources de données emmagasinées dans les plus gros serveurs – Google, Amazon, Facebook… – et celles distillées en temps réel. L’idée est de pouvoir prévenir et apporter des solutions pertinentes à tous les secteurs d’activités professionnelles.

Le domaine d’application de cette future IA semble sans limite : il s’agirait d’une automatisation de la prévention de crise, redoutable et implacable, et pourrait toucher les finances, la santé, l’énergie… Sentient Technology l’expérimente déjà d’ailleurs dans la prévention de risque de septicémie sur un panel de 6000 patients, en collaboration avec le MIT.

Le projet serait capable de supporter pas moins de 10 zettaoctets, soit 10 trilliards d’octets. Peut-on voir dans la “machine” la solution à tous les maux de l’humanité, grâce à une intelligence artificielle suprême et omnisciente ? Pas si vite. A l’heure actuelle, Sentient Technology présente un projet qui est dépourvu d’âme, et est donc essentiellement amoral. Mais, dans un futur indéterminé, l’ambition affichée de la start-up est de doter son intelligence artificielle d’une conscience, provoquant l’angoisse des scientifiques – et des adeptes de la SF. Mais de là à immédiatement songer au scénario catastrophe, le pas n’est pas encore franchi : il reste encore à déterminer ce qu’est une conscience, comment l’insuffler à une machine, et comment la limiter dans une éventuelle propension à nuire. L’IA, Prométhée post-moderne ? L’avenir nous le dira.

The Ghost in the Shell

Qu’est-ce qui définit l’âme humaine ? À l’échelle scientifique, l’âme existe-t-elle ? Quel est son rapport à la machine, aux prothèses qui nous font glisser progressivement dans le transhumanisme ? Où s’établissent les frontières entre l’humain et la machine ? Des œuvres de science-fiction comme Ghost in the Shell tentent d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions.

Le manga de Masamune Shirow, Ghost in the Shell (titre original : Kōkaku kidōtai), ouvre la porte d’une réflexion sur l’âme humaine, dans un contexte cybernétique avancé.

Cette question a toutefois été abordée bien avant cette œuvre nippone par les auteurs d’une certaine science-fiction occidentale dystopique, et d’une certaine manière par les religieux… sans qu’ils en aient toujours conscience.

Car la persistance de l’âme ne serait-elle pas l’une des clés du mystère de la vie ?

Entre création divine et procédé chimique

Pour les croyants, l’âme est indéfinissable et pourtant bien cernée. Elle est cette part du divin présente en chaque être. Elle est ce qui différencie l’homme de l’animal, l’élève sur un plan supérieur et lui donne accès au paradis, quelle que soit sa forme et dès lors que l’individu a obéi aux commandements de sa religion. Il ne saurait donc être question de l’associer à des corps synthétiques qui n’auraient, par nature, pas été touchés par Dieu. Car cette âme serait alors aussi concrète que le sont des buissons ardents et l’être omniprésent, omnipotent et omniscient qui en est le créateur.

L’homme de science adopte une posture plus sceptique, sans avoir de réponse précise à fournir pour désigner l’âme. Les émotions (et plus généralement tout ce qui est invariablement attaché à l’esprit d’un être humain équilibré) relèvent d’une réaction chimique, et l’âme serait l’expression d’interactions entre courants électriques et biologiques. Moins romantique que l’explication confessionnelle, elle a néanmoins le mérite de tenter d’éclaircir le mystère de la vie.

Corps et âme

En s’attachant davantage à l’explication et l’étude scientifique, le rapport entre humain et machine peut réellement être discuté. En effet, si ce que les hommes de foi nomment « âme » n’est que le résultat de réactions biochimiques à l’intérieur du cerveau, il est parfaitement sensé de se projeter dans un futur plus ou moins proche et d’y envisager une relation possible entre les 2, tangible et intangible en interaction.

Certaines avancées récentes démontrent d’ores et déjà la capacité du cerveau à interagir avec des appendices synthétiques, mais c’est du côté de la science-fiction que l’on doit se tourner pour tenter d’apercevoir cette limite lointaine et pourtant terrifiante. Cette barrière au-delà de laquelle un être humain deviendrait une machine. Ou une machine pourrait embrasser la nature d’être humain.

Dans l’œuvre de Shirow, la partie pensante (que l’auteur ne craint pas de considérer comme « l’âme ») est nommée le Ghost. Cet ensemble, issu d’éléments d’origine organique, est associé au Shell, le corps cybernétique. L’héroïne engendrée par ce processus, Motoko Kusanagi, montre finalement les signes d’une psyché humaine en remettant en cause son existence, ses pensées et la nature de son être, en s’interrogeant sur son Ghost. Cette quête l’amène à s’éloigner de ses congénères cybernétiques, sans pour autant rejoindre les rangs de l’humanité. La question peut donc être posée : est-elle humaine ? Est-elle machine ?

Cette œuvre culte est aussi essentielle pour l’étude des liens entre humanité et cybernétique que le «Cycle des robots» d’Isaac Asimov l’est pour l’anticipation robotique, nageant justement dans des eaux troubles jamais réellement complètement claires. Elle tendrait plutôt à constituer une zone frontière qui nie l’obligation d’un antagonisme entre l’organisme synthétique et le vivant. Ni machine ni humain, Kusanagi serait plutôt un être à mi-chemin entre les 2. Un transhumanisme se détachant des 2 extrêmes, préfigurant l’émergence d’une nouvelle espèce.

Le besoin de nommer

En occident, le thème se veut souvent plus manichéen. Il faut clarifier. Le jeu de rôle Cyberpunk 2020, tiré des romans de William Gibson, intègre la cybernétique conformément à l’univers cyberpunk d’origine. Mais l’abus de ces technologies déshumanise proportionnellement le greffé. Un humain trop amélioré par les prothèses cybernétiques risque de sombrer dans un état dit de « cyberpsychose », dans lequel il ne contrôle plus ses actions.

La folie guette en permanence un tel individu, car le postulat est celui de l’incompatibilité fondamentale : l’esprit peut accepter la présence de membres et d’implants synthétiques, mais il possède ses limites. Le dépassement provoque la rupture de la psyché. Dans ce contexte, la question a d’autant plus d’impact que la nature des 2 ne semble pas être conciliable comme dans la culture littéraire japonaise. Humain ou machine, le choix est imposé. Et la frontière séparant les 2 états avec lui. Il est donc par nature impossible pour un humain de devenir machine, puisqu’il perdra sa stabilité existentielle et mentale bien avant de franchir le pas.

Le jeu vidéo Deus Ex (et notamment sa dernière itération Human Revolution) s’aventure pourtant sur ce terrain de façon plus subtile, précipitant le joueur dans un monde où l’humanité a déjà un pied dans l’abîme. Outre la dimension sociale de l’univers cyberpunk décrit, les créateurs présentent une humanité améliorée qui – en tant que civilisation – est sur le point de donner lieu à une nouvelle espèce, une humanité 2.0 dans laquelle l’être humain non-amélioré ne serait qu’une forme de vie sur le déclin, de moindre importance. La transformation en machine, sur la base de vie organique, apparaît alors comme un spectre permanent, un chant des sirènes envoûtant. Les âmes humaines deviendraient alors une sorte de Ghost, comme dans l’œuvre de Shirow.

L’ultime frontière

De 2 façons différentes, qu’elle relève du postulat de Deus Ex Human revolution ou de Ghost in the Shell, le moment où l’humanité d’un être cède la place à la machine semble lié à plusieurs facteurs. La capacité à s’interroger, à douter, à croire, à ressentir. Tant que ces pensées, invariablement liées à l’âme humaine, seraient présentes dans un corps, et ce quel que soit ce corps, l’humanité serait préservée dans celui-ci.

Selon cette définition, toutefois, si un programme venait à démontrer les mêmes qualités, deviendrait-il humain ? Serait-il dès lors doté d’une âme ? La question est d’autant plus dérangeante que si l’humain désire garder son authenticité dans une machine, il lui est beaucoup plus difficile d’envisager l’inverse. Conserver le statut d’humain est nettement plus acceptable que de le voir émerger ab nihilo : de nombreuses œuvres témoignent de la crainte inspirée par cette idée.

Finalement, l’ultime frontière dont le capitaine Kirk nous parlait n’était probablement pas dans les étoiles, mais bien sur Terre, dans nos progrès : celle qui, nous amenant vers la machine après avoir transité par un état mitoyen, serait capable de modifier une humanité luttant contre sa propre inertie.

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