La société de l’amélioration

La perfectibilité humaine des Lumières au transhumanisme

Du dopage sportif à l’usage de psychotropes pour accroître les capacités intellectuelles ou mieux contrôler les émotions, du recours aux nouvelles technologies reproductives permettant une maîtrise croissante des naissances, au développement d’une médecine anti-âge qui œuvre à l’effacement de toute trace du vieillissement, jamais il n’a été autant question d’améliorer l’être humain et ses performances par le biais des avancées technoscientifiques et biomédicales.

L’ambition de ce livre est de montrer que cette aspiration contemporaine à un homme amélioré marque le renversement complet de l’idéal humaniste et politique de la perfectibilité humaine formulé au dix-huitième siècle. Il ne s’agit en effet désormais plus tant d’améliorer l’être humain dans et par la société que de l’adapter en le modifiant techniquement, avec tout ce que cela implique de désinvestissement politique.

Comment un tel renversement et une telle dépolitisation de la perfectibilité ont-ils pu avoir lieu ? C’est ce que tente d’éclairer cette étude à travers un vaste parcours socio-historique, des Lumières au transhumanisme.

Mais pourquoi souhaitons-nous tant augmenter nos capacités, au point de vouloir entièrement dépasser ce que nous sommes ?

Nicolas Le Dévédec est docteur en sociologie et science politique et enseigne au département de sociologie de l’Université de Montréal.

Table des matières

Chapitre 1 : Les Lumières et la quête de la perfectibilité
● Aux origines d’une conception
● Jean-Jacques Rousseau et la quête politique de la perfectibilité
● Perfectibilité et progrès
Chapitre 2 : De la quête de la perfectibilité au culte du progrès
● Réorganiser scientifiquement la société : Auguste Comte
● Karl Marx et la nécessité de fer du progrès
Chapitre 3 : Sous le signe de l’évolution : du darwinisme à l’eugénisme
● Charles Darwin et la perfectibilité des espèces
● Herbert Spencer et le darwinisme social
● L’eugénisme ou l’amélioration par la sélection : Francis Galton
Chapitre 4 : L’avènement de l’homme machine
● La matrice cybernétique : Norbert Wiener
● Pierre Teilhard de Chardin, prophète du posthumain
● De l’anthropologie à l’anthropotechnie : André Leroi-Gourhan
Chapitre 5 : L’horizon (dé)constructiviste postmoderne
● Le Manifeste cyborg : Donna Haraway
● « Nous n’avons jamais été humains » : Bruno Latour
● Règles cyniques pour le parc humain : Peter Sloterdijk
● De la lutte des classes à l’humain déclassé : Michael Hardt et Toni Negri
Chapitre 6 : Devenir plus qu’humain ?
● Devenir plus qu’humain : le transhumanisme
● Rester humain : le bioconservatisme
● Réguler l’amélioration : la bioéthique minimale

La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme

Les techniques biopolitiques de soi

Les techniques biopolitiques de soi : une lecture critique de Nikolas Rose, The Politics of Life Itself Biomedicine, Power, and Subjectivity in the Twenty-First Century, Princeton University Press, 2007.

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La politique du transhumanisme

Le transhumanisme est un mouvement philosophique en émergence reposant sur l’idée que les humains peuvent et devraient devenir des surhumains grâce aux avancées technologiques. Le transhumanisme contemporain découle de la culture de l’homme blanc, américain, nanti et connecté sur Internet, et ses perspectives politiques se fondent généralement sur la version militante du libertarianisme propre à cette culture. Néanmoins, les transhumanistes sont de plus en plus diversifiés, et certains préparent les vastes fondements philosophiques, démocratiques et libéraux de la World Transhumanist Association. Une panoplie de courants et de projets futuristes de gauche sont envisagés en tant que « transhumanisme proto-démocratique ». Il sera aussi question dans le présent essai de la réaction des transhumanistes à l’égard d’un groupuscule de néonazis ayant tenté de se rattacher au mouvement transhumaniste. Pour que le mouvement transhumaniste puisse croître et représenter un défi de taille pour ses opposants, les bioluddites, il devra se distancer de ses origines élitistes anarcho-capitalistes et clarifier ses engagements envers les institutions, les valeurs et les politiques publiques démocratiques libérales. En adoptant un engagement politique et en utilisant le gouvernement pour répondre aux inquiétudes entourant l’équité, la sécurité et l’efficacité des technologies du transhumanisme, les transhumanistes sont bien positionnés pour attirer un plus grand auditoire…. lire la suite

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Transhumanisme et intelligence artificielle – Transhumanisme, Nanotechnologies, Transhumaniste, Neurosciences, GAFA

Au-delà de la bioéthique. Vers une nouvelle biopolitique

Beyond Biopolitics: Toward a New Biopolitics published by University of California Press in March 2018.

Beyond Biopolitics présente plusieurs dizaines de voix sur la bioéthique, la biopolitique, et les biotechnologies humaines émergentes, avec un avant-propos du sociologue Troy Duster et une remarque de l’érudit juridique Patricia J. Williams. Ouvrage à paraître en mars 2018 par University of California Press.

Dans ce volume faisant autorité, deux chercheurs chevronnés rassemblent les travaux les plus importants et les plus récents sur la nouvelle biopolitique. Destiné aux étudiants et aux chercheurs, ce volume intrigant traite des questions provocatrices et controversées concernant la race, le genre, la classe, le handicap, la vie privée et les notions de démocratie dans ce nouveau domaine. Depuis plusieurs décennies, le domaine de la bioéthique a joué un rôle dominant dans la façon dont la société pense à des problèmes éthiques liés à l’évolution de la science, de la technologie et de la médecine. Mais ses axes traditionnels sur les relations docteur-patient, le consentement éclairé et l’autonomie individuelle ont conduit le secteur à ne pas répondre aux défis posés par les nouvelles biotechnologies humaines telles que la reproduction assistée, l’amélioration génétique humaine et la médecine légale de l’ADN.

Beyond Bioethics fournit un aperçu ciblé pour ceux qui s’attaquent aux dilemmes sociaux profonds posés par ces développements. Le livre rassemble le travail de penseurs de pointe de divers domaines d’études et d’engagement public, tous engagés dans une nouvelle perspective fondée sur la justice sociale et les valeurs d’intérêt public. Les contributeurs à ce volume cherchent à définir un domaine émergent d’aptitudes scolaires, politiques et publiques: une nouvelle biopolitique.

La fin de l’ironie. Nature, sexe, féminisme et renouveau essentialiste dans le discours transhumaniste

Résumé : Les féminismes, comme d’autres idéologies critiques, ont régulièrement fait l’expérience de leur réappropriation par des dynamiques idéologiques à la portée critique pour le moins douteuse, voire ont été mis au service de volontés de pouvoir, qui relèvent plus du contrôle que de l’empowerment.

À travers cette contribution, je m’intéresse aux modalités de réappropriation du féminisme au service d’idéologies acritiques qui en vident la dimension émancipatrice/de résistance.

Je me préoccuperai en particulier des réemplois du féminisme dans l’idéologie transhumaniste, à travers la place attribuée au naturel, au sexe et à la biologie dans les différents discours transhumanistes. Je souhaite démontrer que cette alliance féminisme-transhumanisme est une construction rhétorique qui cherche à donner une coloration émancipatrice à une idéologie de la toute-puissance.

Le discours du « dépassement du sexe biologique » ne repose en effet pas sur un décentrement du regard, mais sur une compréhension naturalisée / mécanisée de l’humain. Après une présentation des grandes lignes de l’idéologie transhumaniste comme une philosophie dont l’objectif déclaré est de penser l’humain comme technologiquement augmentable, je me concentrerai sur ce que le transhumanisme dit du sexe, du genre et du féminisme, à partir de textes issus principalement du webmagazine Humanity+ et de vidéos en ligne. Je tenterai alors de retracer comment a pu s’opérer cette torsion transhumaniste du féminisme.

Les travaux d’Haraway, et sa figure du cyborg, largement repris dans le corpus transhumaniste, nous serviront de fil conducteur pour proposer que cette réappropriation acritique fonctionne sur un brouillage entre transgression et subversion, ou plutôt sur un remplacement du subversif par le transgressif.

Dans un double discours, le transhumanisme vise un « stade de l’évolution qui n’intéresse pas l’espèce, mais des individus d’élite » (Rastier 2004), tout en annonçant un programme total pour l’humanité au nom d’un transhumanisme démocratique. Il est bien clair cependant que ces « avancées » technologiques ont un coût qui les rend impartageables à l’ensemble de l’humanité.

Si c’est plutôt une bonne nouvelle que de savoir que nous ne serons pas obligées d’être augmenté.es, c’en est une mauvaise que l’on soit repositionné.es dans une échelle où certains le seraient quand d’autres non : « Par comparaison, les humains résiduels ne sont que des sous-hommes » (Rastier 2004). Par ailleurs, la perspective d’un programme total pour l’humanité n’est guère plus réjouissante.

« Le transhumanisme a besoin du cyberféminisme car celui-ci expose de quelle manière les définitions de l’ « humain », et du transhumanisme avec, peuvent réprimer, rejeter et altériser ceux qu’elles prétendent aider. »

« Le projet transhumaniste, comme tout développement technologique, placera de nouveaux outils dans les mains des autorités pour contrôler et réguler la vie. Les théoriciens critiques et féministes ont fait un énorme travail de description de ces systèmes de contrôle et ont démontré la méthodologie pour les changer. Le modèle transhumaniste de changement politique doit sans aucun doute, se construire sur le modèle cyberféministe du changement politique. »

« nous avons besoin d’une philosophie du changement social, une philosophie qui soit basée sur le discours de la dissolution des normes culturelles, qui contredise les standards sociaux, et qui sape le pouvoir hégémonique. »

« De tous les exemples que je pourrais présenter, le plus puissant est celui des transgenres et des intersexes. Ces deux communautés dépendent fortement et sont sujets des institutions médicales, légales et de technosciences qui forment notre société d’une manière qui éclaire sous un jour unique de quelle façon le transhumanisme et le cyberféminisme sont liés. » (Munkittrick 2009)

Julie Abbou. La fin de l’ironie. Nature, sexe, féminisme et renouveau essentialiste dans le discours transhumaniste. Sandra Tomc; Sophie Bailly; Grâce Ranchon. Pratiques et langages du genre et du sexe : déconstruire l’idéologie sexiste du binarisme, EME Éditions, pp.145-180, 2016, 9782806635587. <hal-01382850>

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L’homme augmenté, la biomédecine et la nécessité de (re)penser la vie

Nicolas Le Dévédec, est Docteur en sciences politiques des Universités Rennes 1 et Montréal. Sociologue, département de sociologie de l’Université de Montréal et HEC Montréal. Auteur de l’ouvrage La Société de l’amélioration. La perfectibilité humaine des Lumières au transhumanisme, paru aux éditions Liber en 2015.

L’avènement d’une médecine d’amélioration, orientée vers la finalité d’optimiser les performances humaines grâce aux technosciences, et le développement d’un imaginaire du « posthumain » porté par les militants du mouvement transhumaniste, questionnent plus que jamais les frontières entre l’humain, la société et le monde du vivant. Cet article vise à montrer que c’est l’objet et l’identité même de la sociologie qui sont directement concernés et interpellés par l’aspiration grandissante à améliorer l’humain. Ce nouveau continent biomédical et biopolitique accule en effet plus que jamais la sociologie à penser la vie en soi. La nécessité de poser les bases d’une sociopolitique de la vie et de ce que l’on pourrait appeler des humanités écologiques se révèle cruciale si l’on veut aborder de manière critique, non seulement l’homme augmenté, mais l’exploitation biocapitaliste des corps et de la vie qu’il recouvre plus fondamentalement.

Nicolas Le Dévédec, « L’homme augmenté, la biomédecine et la nécessité de (re)penser la vie », SociologieS [En ligne], Dossiers, Sociétés en mouvement, sociologie en changement, mis en ligne le 07 mars 2016, consulté le 11 mars 2016. URL : http://sociologies.revues.org/5259

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La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme

Liée à l’origine à la perspective d’un progrès social d’ensemble, l’idée de perfectibilité a profondément changé de sens avec ce que l’on appelle le transhumanisme. Il s’agit désormais de tendre à une amélioration biologique de l’être humain dont les implications sont dangereuses.

Nicolas Le Dévédec, La Revue du Projet – Mars 2016 p. 42-43

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Humanisme, transhumanisme, posthumanisme

Gilbert Hottois montre dans cet article à quel point les idées transhumanistes sont contestées et débattues.

Résumé

Je ne reviens pas ici sur les objections de ceux qui s’opposent absolument à l’enhancement, pour des raisons théologiques, métaphysiques, irrationnelles ou fausses. Je m’intéresse aux difficultés soulevées par ceux qui adhèrent foncièrement à l’esprit transhumaniste. Il s’agit des problèmes et objections de nature éthique, sociale et politique. Le paradigme évolutionniste du transhumanisme est matérialiste. Ce matérialisme est technoscientifique, il évolue avec les technosciences, leurs instruments et leurs concepts opératoires. Le paradigme évolutionniste est un paradigme “dangereux”: il peut être interprété et appliqué de façon simpliste, brutale, aveugle, insensible et conduire dans un monde posthumain de fait inhumain, barbare. Cependant, par contre, des Rapports américains tels que Converging technologies for improving human performance (2002) et Beyond therapy (2003) sont figés dans leur unilatéralisme respectif et antagoniste, le transhumanisme bien compris c’est l’humanisme progressiste capable d’intégrer les révolutions technoscientifiques théoriquement et pratiquement.

Universidad El Bosque • Revista Colombiana de Bioética. Vol. 8 No 2 • Julio-Diciembre de 2013 – Gilbert Hottois

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