Le mythe de l’humain augmenté

Une critique politique et écologique du transhumanisme

« Réfléchir le transhumanisme sous l’angle du politique, c’est donc en premier lieu l’appréhender pour ce qu’il est avant tout, à savoir une idéologie. »

Le mythe de l’humain augmenté Une critique politique et écologique du transhumanisme
https://ecosociete.org/livres/le-mythe-de-l-humain-augmente

Mouvement prônant une amélioration radicale de nos performances physiques, intellectuelles et émotionnelles grâce aux avancées technoscientifiques et biomédicales, le transhumanisme et l’idéologie de l’humain augmenté gagnent de plus en plus en notoriété. Or, le sensationnalisme futuriste de ses thèses nous empêche de bien réfléchir à leur réalité scientifique, à leur rôle économique et à leur sens politique. En resituant le débat sur le terrain du politique, Nicolas Le Dévédec montre avec clarté que ce mouvement n’est en rien révolutionnaire : changer l’être humain pour mieux ne pas changer notre modèle de société constitue son ressort politique profond.

Adhérant à l’horizon productiviste de notre temps, le transhumanisme est indissociable du néolibéralisme et de l’appropriation capitaliste toujours plus poussée de nos corps et de nos vies, comme en témoigne l’intériorisation des normes de performance individuelle calquées sur le modèle de l’entreprise. Cristallisant l’imaginaire de la maîtrise de la nature, le mouvement contribue également à entretenir un rapport au monde, à l’humain et au vivant profondément dévastateur. À l’ère de l’Anthropocène, il est temps de reconquérir notre autonomie politique et de formuler une véritable « écologie politique de la vie et du vivant ».

En librairie le 14 octobre 2021 – Extrait

Nicolas Le Dévédec est sociologue et professeur à HEC Montréal. Il est notamment l’auteur de l’ouvrage La société de l’amélioration. La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme (2015).

Les articles les plus lus en 2019

Palmarès des articles les plus lus cette année. Retour sur un an d’actualités.

Anthropocène, écologie, crise écologique, environnement, augmentation humaine, automatisation, intelligence artificielle, machine learning, biotechnologies, cerveau augmenté, informatique cognitive, wearable, gouvernance algorithmique, Chine, chômage technologique, emplois automatisables, bioéthique, ectogenèse, grossesse extracorporelle, utérus artificiel, informatique quantique, biohackers, biohacking, convergence NBIC, implant sous-cutané, puce NFC, TIC, Transhumanisme…

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

Les 10 principales tendances technologiques pour 2020

La surveillance totale est le seul moyen de sauver l’humanité

L’IA remplacera 40% des emplois en 15 ans

Nous allons faire grandir des bébés dans des utérus artificiels

C’est officiel : Google a atteint la suprématie quantique

Amazon a utilisé une IA pour licencier automatiquement des travailleurs peu productifs

Les puces sous-cutanées ouvrent la voie au transhumanisme

Les Etats-Unis ont officiellement commencé à utiliser CRISPR sur les humains

Pourquoi nous vivons dans une matrice ?

L’avenir, c’est l’IA qui sait quand vous mourrez

Le Best

Chine : naissance des premiers bébés génétiquement modifiés

La civilisation humaine va probablement s’effondrer d’ici 2050

Une analyse australienne bouleversante sur le changement climatique a de mauvaises nouvelles : la civilisation humaine est sur le point de s’effondrer d’ici 2050 si l’on ne s’attaque pas à la menace imminente du changement climatique.

L’analyse conclut que le changement climatique est un risque de sécurité nationale actuel et existentiel qui menace l’extinction prématurée de la vie intelligente provenant de la Terre ou la destruction permanente et radicale de son potentiel de développement futur souhaitable.

En d’autres termes, le monde est sur la voie de la fin de la civilisation humaine et de la société moderne telle que nous l’avons connue.

D’ici 2050, les systèmes humains pourraient atteindre un point de non-retour dans lequel la perspective d’une Terre largement inhabitable conduirait à l’effondrement des nations et de l’ordre international.

Comment tout peut s’effondrer

Par conséquent, le document appelle à une mobilisation d’urgence de la main-d’œuvre et des ressources à l’échelle de la société, d’une ampleur comparable à celle de la mobilisation d’urgence de la Seconde Guerre mondiale, affirme le document.

Une partie de cette solution consisterait en une construction de type approvisionnement en énergie sans dioxyde de carbone et en un plan semblable à celui du Plan Marshall, ainsi qu’une électrification majeure visant à mettre en place une stratégie industrielle sans émission de carbone.

L’objectif : limiter le réchauffement climatique à seulement 1,5 degré Celsius, et non aux trois degrés Celsius dont les rapports précédents font état.

Même pour un réchauffement de 2 ° C, il faudra peut-être reloger plus d’un milliard de personnes. Dans les scénarios les plus extrêmes, l’ampleur des destructions dépasse notre capacité de modéliser la probabilité de la fin de la civilisation humaine, indique le rapport.

Vice, National Centre for Climate Restoration Australia

Recension : Le manifeste des chimpanzés du futur

Le Manifeste des chimpanzés du futur1 est écrit par le groupe grenoblois Pièces et main d’œuvre, groupe qui s’est illustré les dernières années dans l’activisme et la critique radicale des nouvelles technologies, en particulier des nanotechnologies. Le titre se réfère à une phrase du cybernéticien Kevin Warwick, auteur du livre Moi, le Cyborg et premier homme à s’être fait implanter dans le bras des électrodes reliées à son système nerveux. Citons ce dernier in extenso : « Au train où vont les choses, c’est bientôt lui [l’ordinateur] qui prendra les décisions, pas nous. Si nous voulons conserver notre avantage, nous devons progresser au même rythme que lui. La technologie risque de se retourner contre nous. Sauf si nous fusionnons avec elle. Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur2. » Que ces affirmations soient délirantes ou visionnaires, le Manifeste des chimpanzés du futur leur adresse une réponse en compilant une somme de faits accablants sur la progression du transhumanisme dans la recherche et sa banalisation dans la vie sociale. Mais si ces faits doivent être absolument portés à la connaissance, la stratégie du Manifeste dessert à maints endroits la cause qu’elle prétend défendre. Le ton acrimonieux et les amalgames sans nuance de ce texte transforment l’opposition au transhumanisme en une sorte de harangue agitatrice qui donne aux transhumanistes une occasion trop facile de pouvoir l’ignorer d’un revers de main.

1) Le rejet en bloc des artistes futuristes, des utopies sociales, du post-structuralisme, et jusqu’à Lacan (présenté comme un marchepied du transhumanisme à la faveur d’une petite citation sur la machine et l’inconscient) est pour le moins léger et irresponsable, s’il n’est pas simplement un témoignage d’inculture. De même, la condamnation unilatérale du Manifeste cyborg par Donna Haraway, même s’il faut convenir que les transhumanistes ne ratent pas une occasion de s’y référer. Cette dernière a dit et répété qu’elle proposait un usage ironique du cyborg et elle a d’ailleurs fini par abandonner la référence au cyborg devant l’abondance des malentendus suscités par son manifeste. Il est vrai que Donna Haraway manie systématiquement l’ambiguïté, mais il s’agit pour elle d’une stratégie réfléchie qu’on peut, certes, trouver discutable, mais non simplifier. Elle rend compte d’une incertitude irréductible sur la définition de la nature humaine, nonobstant l’emphase moderne des Droits de l’homme. La même remarque vaut pour la présentation du post-structuralisme par les Chimpanzés du futur. Personne n’est forcé de suivre et d’encenser le post-structuralisme, mais il est indubitablement un témoin précieux, un thermomètre si l’on veut, des évolutions du monde ; prétendre s’y attaquer exige de se mettre sur son terrain et d’entrer dans son discours au lieu de le surplomber et de prétendre l’assommer en trois coups de cuiller à pot. Les Chimpanzés du futur cultivent ainsi à leur corps défendant un relent de posture plus postmoderne que les auteurs postmodernes, dans la mesure où sont jetées en vrac des citations sorties de toutes les époques et de tous les courants sans considération pour leur construction historique, leur contexte et les multiples strates de réception des textes incriminés. Peut-être n’est-ce pas le rôle d’un manifeste. Mais cette présentation décrédibilise le propos.

2) C’est avec raison que sont dévoilées au fil des pages les projets des tenants du transhumanisme et de tous ceux politiques et scientifiques, qui, de manière avouée ou non, les suivent dans cette entreprise. Mais ces faits ne justifient pas de cultiver un anathème paranoïaque. D’ailleurs, les transhumanistes sont multiples et on gagne à distinguer leurs courants ; différentes rhétoriques appuient sur différents nerfs, qui ne sont (encore) que bien trop humains… Ce ne sont pas seulement « eux », les technocrates, qui s’apprêtent à détruire l’humain. Ce ne sont pas seulement « eux » qui fomentent leurs projets hégémoniques à l’écart de toute publicité. En réalité, les transhumanistes ne cachent ni leurs projets, ni leurs avancées, ni même leurs doutes. Ils sont fascinés par l’apocalypse et ils semblent bien toucher par là en nous une fibre religieuse fondamentale, inaccessible à la rationalité. Les avertissements d’Elon Musk ressemblent plutôt à des rengaines sur la fin du monde, dont tout le monde a les oreilles rebattues depuis des siècles, qu’à un complot contre l’humanité fourbi en secret. Le transhumanisme joue au vu et au su de tous à la roulette russe. Nick Bostrom, fondateur de la World Transhumanist Association, fut même invité à l’ONU en 2015 pour faire part de son expertise sur les risques de catastrophes à venir liées aux nouvelles technologies. C’est nous-mêmes, citoyens et humains ordinaires, qui n’en voulons rien savoir. Il est évident que les nouvelles technologies ont conquis la quasi totalité de l’humanité et que les moyens exorbitants dont disposent les grands noms de la recherche transhumaniste sont ceux que nous-mêmes, utilisateurs et consommateurs, leur avons donné et continuons de leur donner tous les jours. Personne n’est obligé d’ouvrir un compte Facebook, de commander sur Amazon ou de surfer sur Google. Il y a tout de même d’autres possibilités ! Le manifeste ne fait que mentionner ce fait essentiel, qui relève à lui seul de l’anthropologie fondamentale. Le succès des nouvelles technologies ne peut pas être expliqué uniquement par la mauvaise influence des méchants transhumanistes ; elle se conjugue à une démission des citoyens. Il y a peut-être plus de raisons d’être préoccupé de l’apathie générale que des discours d’illuminés, qui ne doivent leur monopole qu’à notre consentement collectif, désormais d’envergure mondiale. La question des formes encore possibles de participation sociale reste cruciale.

3) Le Manifeste des Chimpanzés du futur ne cesse d’opérer un rapprochement entre le transhumanisme et le nazisme. Pourtant, il donne aussi des arguments pour les distinguer, et il serait appréciable que nuance soit faîte. Le transhumanisme est un ami qui vous veut du bien ; il s’adresse à tous et veut l’amélioration pour tous, selon la thèse utilitariste de la maximalisation du bonheur. Lorsque certains transhumanistes promettent aux récalcitrants de devenir les arriérés du futur, la rhétorique n’est pas proprement nazie, puisque la menace relève du chantage concurrentiel : ceux qui ne veulent pas marcher là-dedans seront non seulement les perdants – et ce sera bien fait pour eux – mais plus encore, ils auront le statut d’une étape arriérée dans l’évolution des espèces. Le Manifeste expose la nouveauté de ce darwinisme social impliquant une forme inédite d’animalisation et de domestication de l’humain. Il ne s’agit plus tant de traiter certains hommes, groupes d’hommes ou ethnies comme des Untermenschen ou encore des « cafards » (comme c’était par exemple le cas dans le génocide du Rwanda) mais d’imputer aux sous-hommes du futur la responsabilité de leur misère : ils l’auront bien voulu. Qu’on mesure l’intimidation de cette rhétorique : elle entraine perfidement l’entrée dans la compétition de tous ceux qui, selon l’allégation bien connu, « seraient contre, si…» mais marchent avec « pour ne pas rester sur le bas-côté» ou « pour ne pas défavoriser leurs enfants » (en effet, personne ne souhaite que ses enfants soient les sous-hommes de l’avenir !). Ainsi Laurent Alexandre, cité dans le Manifeste : « 28% des Américains sont d’accord pour sélectionner un bébé plus intelligent et les autres ne tiendront pas longtemps s’ils ne veulent pas que leurs enfants soient les domestiques des premiers3. » Cet argument, comme une piqûre sédative, court-circuite la délibération aussi bien individuelle que collective, et semble donner automatiquement raison à n’importe quelle « innovation ». Il ne s’agit que de ne jamais manquer le train, peu importe lequel : une façon comme une autre d’enrôler tous les acteurs (de l’entrepreneur au décideur politique en passant par le consommateur) en s’épargnant le détour d’une réflexion de fond. Il revient à la critique du transhumanisme de démonter cette forme d’enrôlement, ce que fait le Manifeste des chimpanzés du futur, mais en le noyant dans des sarcasmes technophobes qui correspondent à un tout autre registre de critique. Il conviendrait en outre de ne pas oublier qu’Hitler, qui n’avait pas réussi à accéder au pouvoir par les élections, a été plébiscité plusieurs fois une fois qu’il eut été nommé chancelier et une fois qu’il eut commencé à mettre en œuvre la politique qu’il avait promise de longue date – autrement dit, Hitler a davantage convaincu par ses actions que par ses idées. S’il y a un enseignement à en tirer, c’est peut-être celui-ci : que le transhumanisme comme toute autre idéologie fasciste, populiste ou terroriste, s’appuie moins sur des idées – qui sont labiles – que sur des actes dotés d’une puissance de fascination et d’enrôlement, qui, semble-t-il, renverse toutes les résistances et abolit tout discernement. Le meilleur argument de campagne de Donald Trump n’était-il pas son succès dans les affaires ? Le transhumanisme achète le consentement moins avec ses idées qu’avec ses gadgets.

Dans le contexte actuel, seule une organisation supranationale de l’envergure de Greenpeace ou de Amnesty International pourrait, semble-t-il, agir sur l’irrésistible ascension du transhumanisme. Or une telle organisation n’aurait une chance de se montrer à la hauteur politique des enjeux, que si elle renonçait à une rhétorique du genre : la poésie contre la technologie, la nature contre l’artifice, les fleurs des champs contre le smartphone, ou encore les charmes du passé contre ceux du progrès et de la science-fiction. Chacun est libre de ses préférences en la matière : une affaire de goût ne constitue pas un argument. Il est politiquement beaucoup plus pertinent d’insister sur la domination totale et irréversible que constitue le projet transhumaniste (la domination par la collecte des données, par les algorithmes « intelligents » ou par ceux qui savent les programmer), à l’encontre des idéaux de liberté et de félicité avec lesquels il se vend. Cette domination-là ne ressemble pas à une dictature du passé. Il n’y a pas d’ennemi à abattre. Votre ennemi, c’est vous-mêmes.

1 Manifeste des chimpanzés du futur – Contre le transhumanisme, Editions Service compris, 2017.
2 Christophe Boltanski, « Kevin Warwick, l’Homo Machinus », Libération, 11 Mai 2002.
3 Colloque Transvision, Paris, septembre 2014, cité par le Manifeste des Chimpanzés du futur, p. 44.

Manifeste des chimpanzés du futur contre le transhumanisme

Luttant activement contre le pouvoir des technosciences dans le capitalisme industriel contemporain, le collectif Pièces et main d’oeuvre propose une analyse de ce que pourrait devenir le futur contrôlé par des hommes-machines issus du transhumanisme.

Nous sommes ces chimpanzés – ces humains qui ne fusionneront pas avec la machine. Nous ne trafiquerons pas notre génome pour devenir plus performants. Nous refusons la vie synthétique mise au point dans les laboratoires.

Un manifeste pour oser rester humain !

Frères humains, sœurs humaines, vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d’une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d’industriels dont l’activisme impérieux et l’objectif affiché consistent à liquider l’espèce humaine pour lui substituer l’espèce supérieure, « augmentée », des hommes-machines. Une espèce résultant de l’automachination par ingénierie génétique et hybridation électro-mécanique. Vous avez entendu l’ultimatum cynique et provocant de ce chercheur en cybernétique : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles au pré. » Et encore, « ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. ». Nous sommes les chimpanzés du futur et nous vous appelons à la résistance contre ce nouvel eugénisme surgi des laboratoires.

Pour commander le livre, envoyer un chèque de 20 € à l’ordre de Service compris avec vos coordonnées à :

Service compris
BP 27
38172 Seyssinet-Pariset cedex

Sommaire du livre

La Déclaration des chimpanzés du futur

Histoire d’un livre

Voici une lettre publique de leur part, informant du contexte idéologique qui prévaut dans le milieu des éditeurs de sciences “humaines” parisiens, et qui les a contraints à s’auto-éditer, alors que l’ouvrage devait être publié par Le Seuil.

Bonjour,

Le “Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme”, de Pièces et main d’œuvre, dont la parution était prévue aux éditions du Seuil (sortie le 14/09/17), est finalement publié par les éditions Service compris. Voici pourquoi.

En octobre 2016, nous croisons un ami universitaire, de passage à Grenoble, avec qui nous avons au fil des années des échanges cordiaux quoique sporadiques. Déjeuner. Au dessert, nous lui proposons d’écrire, si cela lui dit, un papier sur le site de Pièces et main d’œuvre. Dérobade enjouée de l’ami. « – Ouhlala, non, j’ai pas autant de c… (NdA, de coquilles peut-être ?) que vous, moi !… Je ne peux pas dire ce que vous dites ! C’est mieux que je vous cite en revue ou dans des séminaires… Si je vous disais ! J’ai même entendu une épistémologue célèbre dire en réunion, “Ça, il faut reconnaître… sans Pièces et main d’œuvre, on n’aurait pas tant parlé des nanotechnologies.” Mais pourquoi vous ne faîtes pas un livre sur le transhumanisme ? Vous en parlez depuis des années !… Je suis sûr que ça intéresserait Christophe Bonneuil. C’est lui qui dirige la collection Anthropocène au Seuil… etc.”

Sceptiques, réticents, mais pas bêcheurs, nous écrivons à l’éditeur pour lui demander confirmation de son intérêt. Certes, il a réédité, environ 90 ans plus tard, un recueil d’Ellul & Charbonneau (Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, 2014), mais on sait qu’il est plus facile à un notaire de publier les testaments des radicaux morts ou lointains (américains par exemple) que les critiques sur le vif de leurs successeurs.
L’éditeur nous confirme son intérêt, nous confie son estime pour notre réflexion, et sa dette de pensée pour l’avoir « radicalisé et consolidé », se réjouit de nous rencontrer, se déclare « honoré » que nous l’ayons contacté, bref, l’habituel frou-frou entre auteurs et éditeurs potentiels.
La seule chose qui nous importe, c’est sa garantie réitérée de notre liberté d’expression. D’éventuelles suggestions, soit, mais nous, PMO, conservons le dernier mot sur nos écrits.
À vrai dire, nous n’avons jamais envisagé autre chose – qu’un éditeur, par exemple, puisse s’imaginer avoir notre signature au bas d’un autre discours que le nôtre.

On s’engage et on voit. Nous œuvrons d’arrache-pied pendant huit mois, en sus de nos activités, déplacements et publications. Nous recevons de vifs éloges et répétés de l’éditeur (« Super !… Excellent ! ») pour les divers états de l’ouvrage en cours. Nous sommes en train de faire « un livre de référence », nous allons être publiés en « Point Seuil », etc. Nous intégrons quelques suggestions utiles de l’éditeur, nous rejetons les autres, oiseuses ou nocives. Nous discutons des façons d’utiliser cette publication pour stimuler la critique du transhumanisme (réunions publiques, etc.).

Que croyez-vous qu’il arriva ?

Au moment ultime, après les corrections de ponctuation, notes en bas de page, etc., alors que le Manifeste des Chimpanzés du futur était prêt pour l’imprimerie et annoncé sur les sites des librairies, notre éditeur nous cribla soudain d’un feu croissant d’exigences – coupes, réécritures – plus ineptes et insolentes les unes que les autres.
Il ne fallait pas employer des mots comme « veulerie » ou « sainte-nitouche » par exemple. Pas plus sans doute qu’il ne faut parler de corde dans la maison du pendu.
Il ne fallait pas employer un langage « désuet », « à la Brassens », mais la novlangue de la police post-humaniste, afin de proscrire les crimes de pensée.
Il ne fallait pas évoquer les « traîtres à l’espèce », les « nuisibles », ni « les rats qui fuient le navire », il ne fallait pas employer de termes péjoratifs (!) ni « animaliser les gens », « parce qu’on sait où ça mène ». – Eh quoi ? Fallait-il donc les « végétaliser » ? (Patate ! Navet ! Grosse courge !), ou les « chosifier » ? (Robot ! Serpillière ! Manche à balai !) ? Et nous dire ça à nous ! Animaux politiques et chimpanzés revendiqués !
Il ne fallait pas froisser tel potentat universitaire, fort susceptible, et capable de rétorsions contre le directeur de collection. Ni tel auteur maison, supposément prestigieux et lucratif pour Le Seuil. Enfin, il ne fallait pas nommer les personnes qui nous attaquent, qui attaquent l’humain et les défenseurs de l’humain, mais seulement « leurs idées ».

Pour notre éditeur, voyez-vous (mais aussi pour ses pareils), les idées tombent du ciel et se promènent seules dans les rues sur leurs pattes, à l’affût des proies qu’elles assaillent.
L’écueil est qu’étant radicaux – et non pas extrémistes – nous argumentons souvent ad hominem. Marx en a donné la raison : « La théorie est capable de saisir les masses, dès qu’elle argumente ad hominem, et elle argumente ad hominem dès qu’elle devient radicale. Être radical, c’est saisir les choses à la racine, mais la racine, pour l’homme, c’est l’homme lui-même. » (cf. Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel. Karl Marx, dans Philosophie, Maximilien Rubel, Ed. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 99)

Ça tombe bien, justement nous défendons l’homme contre les inhumains.

Ainsi fûmes-nous contraints, le 24 juillet dernier, d’envoyer à Olivier Bétourné, PDG du Seuil, la lettre suivante.

« Monsieur,

Votre collaborateur, Christophe Bonneuil, nous a fait part des alarmes et des oppositions que suscitait dans votre maison, la publication de notre Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme.
Nous avons consenti par esprit de conciliation à supprimer certaines pointes et à reformuler certaines phrases, tant que le sens de notre critique n’était ni émoussé ni dénaturé.
Notre projet n’est pas publicitaire. Il ne vise pas la promotion de l’enseigne Pièces et main d’œuvre, mais l’expression d’une résistance irréductible à l’avènement d’une espèce supérieure de cybernanthropes « augmentés », asservissant et/ou éliminant l’humanité commune considérée comme une sous-espèce de « chimpanzés du futur », selon le mot d’un scientifique « transhumaniste ».
Notre discours et notre signature sont connus. Il serait insensé de vouloir l’une sans l’autre. Après des garanties de liberté répétées, des éloges considérables de notre action et des divers états de l’ouvrage en cours ; après huit mois de dur labeur de notre part ; M. Bonneuil, se faisant, dit-il, le porte-parole de « sa chef », « du patron du Seuil », « du Seuil » (et aussi un peu de lui-même), nous soumet au dernier moment à un feu croissant de censures et d’exigences de modifications qui en disent parfois plus long sur leurs auteurs que sur notre discours. Que ces falsifications se parent d’excuses juridiques, rhétoriques ou mondaines. Elles peuvent se lire en marge des deux dernières versions électroniques de notre ouvrage que nous avons reçues.
Nous ne sommes pas des singes si stupides que nous ne sachions reconnaître un ultimatum, même voilé. Et nous ne sommes pas si éprouvés par ces mois et ces années d’activité critique qu’on puisse espérer nous faire céder de guerre lasse.
Dans ses messages du 21 et 23 juillet 2017, et dans notre dernière conversation téléphonique, M. Bonneuil ne nous a pas caché l’hostilité que rencontrait notre Manifeste chez certains de vos collaborateurs, ni l’ampleur de ses efforts pour éviter tout « blocage » ou « rupture » de la part du Seuil.
C’est-à-dire qu’il y a blocage et rupture, et tout d’abord du contrat moral que nous avions passé en novembre 2016 avec M. Bonneuil. De son propre aveu, il « n’avait pas véritablement anticipé, il y a quelques mois, qu’il se retrouverait effectivement à nous demander des modifications ». Disons qu’il a eu les yeux plus gros que le ventre et n’en parlons plus. (…) »

C’était il y a un mois.
Ce mois, nous l’avons employé à finir la fabrication de notre Manifeste et à lui trouver un imprimeur.
Nous le publions nous-mêmes.
Nous le diffusons nous-mêmes.
Nous le défendrons nous-mêmes.

Le transhumanisme est à la fois l’idéologie de la technocratie et le stade actuel du capitalisme, de la croissance, de l’industrialisme et de l’artificialisation.
Nombre d’amis nous ont demandé à maintes reprises « ce qu’ils pouvaient faire pour nous soutenir ». Que si vous voulez répandre la critique radicale du transhumanisme, lisez et faites lire le Manifeste des Chimpanzés du futur.
Achetez-le, vendez-le, offrez-le.

Organisez des débats, avec ou sans nous.
Formez partout des groupes de Chimpanzés du futur.
Surveillez les médias et les activités transhumanistes et alertez les humains.
Contestez partout et par tous les moyens de la critique (textes, films, dessins, actions, etc.), les manifestations ouvertes et occultes du transhumanisme, dans les médias, les universités, les milieux professionnels, politiques, associatifs, artistiques, culturels, etc.

Pour rester libres et humains, vidons les laboratoires !
Le temps perdu pour la recherche est du temps gagné pour l’humanité !

Salutations simiesques,

Pièces et main d’œuvre
Grenoble, le 28 août 2017

Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?

Pourquoi notre monde est-il en train de devenir fou ? Bernard Stiegler commet ici son livre fondamental sur les ressorts d’une société au bord de l’effondrement.

Avec la connexion planétaire des ordinateurs, des smartphones et des foules que tout cela forme, les organisations sociales et les individus qui tentent de s’approprier l’évolution foudroyante de la technologie arrivent toujours trop tard. C’est ce que l’on appelle la disruption. Cette immense puissance installe un immense sentiment d’impuissance qui rend fou.

Dans la disruption, les organisations sociales se désintègrent. Or les individus psychiques ne peuvent pas vivre raisonnablement hors des processus d’individuation collective qui forment les systèmes sociaux. Il résulte de cet état de fait un désordre mental qui incline au délire de mille manières – sur un fond de désespoir où prolifèrent des types extraordinairement violents et meurtriers de folie. C’est ce dont la France découvre à présent la terrible réalité.

Ces sombres évolutions radicalisent les contradictions de l’Anthropocène, où ne cesse de s’aggraver le retard structurel des systèmes sociaux sur le système technique qui, en les désintégrant, désinhibe systémiquement les pulsions. Avec la réticulation numérique, le système technique qui s’est totalement planétarisé porte ainsi l’épreuve que Nietzsche annonçait sous le nom de nihilisme à son acmé.

La question de la folie est l’épreuve de l’hybris (ὕϐρις), qui est toujours elle-même la conséquence de la technicité des êtres non-inhumains, et dont la disruption, comme dernière période de l’Anthropocène, est la radicalisation.

Pour la première fois, le philosophe livre quelques éléments biographiques – notamment sur ses années d’incarcération pour braquage – pour alimenter son propos sur la prison comme vecteur de radicalisation et de haine.

Un diagnostic d’une très grande lucidité.

Une interview (PDF) du philosophe Bernard Stiegler autour de la disruption technologique et de la façon dont elle nourrit la folie contemporaine.

Une grande discussion avec le philosophe Bernard Stiegler autour de la disruption technologique actuelle, portée par l’esprit de la Silicon Valley, et de la nécessité d’en inventer une autre.

https://www.culturemobile.net/system/files/sons/culture_mobile_vision_stiegler_02_podcast_20160912.mp3?_=1

Transhumanisme : l’homme dans la tourmente

Le Transhumanisme

Les plus illustres scientifiques croyaient en une entité supérieure, une intelligence qui dictait les phénomènes découverts. Plus ils entraient dans cet univers que seul un esprit pourvu de questionnements pouvait sonder, plus ils se confortaient dans une foi. Ils étaient fascinés par ce qu’ils observaient et il n’y avait rien de plus fort que la croyance en un Dieu créateur pour soulager la fièvre que provoquaient ces découvertes. Éclairés par cette cause première de toutes choses, ils ne cessaient de s’émerveiller de ce que la nature soit intelligible à l’homme. Nicolas Copernic, Johannes Kepler, Galilée, William Harvey, Robert Boyle, John Ray, Isaac Newton, Louis Pasteur, William Thomson Kelvin et Albert Einstein nous ont apporté la vision actuelle de notre environnement et pourtant, tous croyaient en Dieu.

Au début du XXème siècle, la sécularisation (1) apparaît sous la pression d’une forte expansion scientifique – la religion s’efface en emportant avec elle l’humilité qu’elle conférait à ceux qui découvraient. Des scientifiques comme Haldane amorcent des idées où l’homme pourra contrôler son évolution en réalisant des mutations génétiques grâce à la fécondation in vitro – nous goûtons à l’ère industrielle qui nous propulsera jusqu’à aujourd’hui. En 1932, Aldous Huxley entr’ouvre une porte au grand public sur des idées dystopiques d’une société anesthésiée par le progrès scientifique avec l’apparition de son célèbre ouvrage : Le meilleur des mondes. Fin des années 60, de nouveaux mouvements religieux (NMR) comme l’astrologie, voyance, réincarnation, télépathie, expérience de mort imminente, pratiques spirites, groupes syncrétiques d’origine orientale (néo-bouddhisme, néo-hindouisme), New Age, etc. voient le jour.

Est-ce un hasard si c’est à cette même époque que Julian Huxley (biologiste et frère d’Aldous Huxley) nous a fait découvrir le mot transhumanisme ? Cette philosophie avait son autoroute toute tracée pour venir s’implanter dans notre quotidien. Nous pouvons penser qu’avec la perte d’humilité, scellée par la religion dans le cœur des plus curieux de l’époque, l’homme s’est découvert créateur. Il est convaincu de sa singularité et se crée une foi – celle de lui-même. Les outils qu’il façonne à l’aide des sciences vont tordre l’espace-temps, bouleverser son habitat et propulser sa propre condition vers un éclatement qu’il ne contrôlera plus.

Cet emballement est à l’image du monde qu’il a fait naître – un monde des finances qui étouffe la condition humaine où l’essentiel est oublié : être libre. Cette folle envie inconsidérée de tout maîtriser nous emprisonne dans un individualisme – charriant notre égo nous abîmons notre condition humaine.

Cependant, le transhumanisme des années 70, individualiste et libertarien, a évolué pour devenir aujourd’hui sensible aux aspects sociaux, sanitaires et environnementaux (2) – technoprogressisme ou transhumanisme démocratique. Ce mouvement transhumaniste même sous une forme modérée qu’une partie du milieu médical favorise, va nous conduire sur le chemin du libre échange du corps et de l’esprit : le posthumain.

Aujourd’hui

Nous sommes familiers aux idées d’une augmentation des performances et ces derniers temps le mot transhumanisme ne nous est plus étranger. Une société qui reconnaît le premier – le meilleur – mais jamais le deuxième, une société qui nous rend angoissés par les frustrations du perdant, génère une fuite du réel vers un monde artificiel que nous pouvons maîtriser en étant le meilleur.

Cette frénésie, qui soulage la souffrance de ne pas pouvoir exister suffisamment dans le monde réel, nous ôte le lien social – nous nous enfonçons dans un artefact de la vie à coup de réseaux sociaux, jeux vidéos, écrans simulant la réalité, achats en ligne, télétravail, etc. Nos politiques nous tournant le dos, ce sont les GAFA qui se présentent à nous – devenus hétéronomes (3) à leurs technologies, nous fabriquons avec ces outils notre bonheur artificiel.

Aujourd’hui, penser co-évoluer avec ces techniques ne nous paraît pas extraordinaire et pour nous en convaincre, considérons la liste ci-dessous :

Prolongation de la vie,
Amélioration physique,
Amélioration cognitive,
Biométrie,
Amélioration émotionnelle,
Téléchargement de l’esprit,
Ingénierie génétique, biologie de synthèse,
Création de tissus,
Nanotechnologies, augmentations, implants, puces,
Intelligence artificielle,
Robotique,
Exploration de l’espace,
Réalité virtuelle, augmentée, mixte,
Informatique Quantique,
Nourriture synthétique – légumes modifiés,
Blockchain,
Clonage.

Êtes-vous catastrophés ?

Prenons de la hauteur et évaluons le temps qu’il nous a fallu pour passer de ces idées folles à leurs concrétisations sur l’échelle de l’humanité. Je vous invite pour cela à faire un focus sur une période de la vie d’un homme ; nous y sommes presque !

Continuons à zoomer et vous voilà en 2008, au moment de souffler vos 51 ans (si vous êtes né (e) en 1957) – c’est ce temps-là qu’il a fallu pour arriver à cloner des embryons humains à partir de cellules de peau (4). Cet exemple, représentatif de la rapide évolution de ces idées transhumanistes, nous semblait incontestablement faire partie d’une fiction cauchemardesque : nous sommes face au clonage reproductif où l’égoïsme est sublimé.

Maintenant, imaginez la même évolution sans les « lock-in » (5) de l’époque : bienvenue chez les GAFA (6). Car, au moment même où nous philosophons, Facebook et son PDG Mark Zuckerberg viennent d’annoncer lors de leur conférence annuelle les différents projets en développement et notamment : une interface cerveau-machine (7). Comprenez que nous sommes en plein cœur de cette course technologique qui permettra d’augmenter l’homme et de diffuser encore un peu plus les idées transhumanistes dans notre vie quotidienne – Ray Kurzweil et la Singularity University (8), Facebook et le B8 (9) en sont les plus représentatifs.

Hier, le transhumanisme comme pensée idéologique sur l’amélioration de l’homme devient aujourd’hui un courant politique, économique et financier. Et il n’est pas seulement à craindre pour l’humanité mais aussi pour notre environnement : l’ensemble commence déjà à vaciller. Car même si les plus climato-sceptiques ont l’argument lourd pour déresponsabiliser l’activité humaine sur les bouleversements environnementaux, on observe une accélération des catastrophes (tsunamis, ouragans, canicules, séismes, Ebola, etc.) (10).

Dans tous les cas, il y aura un besoin phénoménal en énergie que nous ne parviendrons pas à obtenir sans aggraver la situation.

Nous sommes dans une mauvaise dynamique ; tout du moins nos élites : « l’hyperglobalisation a donc transformé l’économie mondiale en un système géant hautement complexe qui connecte et décuple les risques propres à chacun des secteurs critiques […]».(11)

L’environnement, l’énergie et l’humain sont au bord d’un predicament (12).

Demain

Interconnecté, élaboré sur le même modèle et charriant notre anthropodicée (13), l’homme se dirige vers une bouffissure artificielle – un monde structuré par des algorythmes.

Le monde dans lequel nous vivons s’est construit depuis le début du XXème siècle (ère industrielle) sous une nouvelle forme : la mondialisation. Loin des tentatives d’unification de Charles Quint et décriée par les altermondialistes, elle a su s’imposer comme modèle économique. Ce phénomène a eu un impact multiple : culturel, politique, géographique et sociologique.

« La mondialisation est inéluctable et irréversible. Nous vivons déjà dans un monde d’interconnexion et d’interdépendance à l’échelle de la planète. Tout ce qui peut se passer quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout ailleurs. Lorsque les mesures à adopter ont évolué dans un endroit donné, il faut prendre en compte les réactions dans le reste du monde. Aucun territoire souverain, si vaste, si peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Notre dépendance mutuelle s’exerce à l’échelle mondiale […] » (14).

Comprenons que nous sommes de plus en plus cantonnés au périmètre délimité par de puissantes holdings. La finance vient d’actionner le levier idéologique du transhumanisme pour investir la révolution industrielle (15) qui a déjà commencé. Seulement, si la spéculation est trop forte, le sort de l’humain risque de voler en éclat.

Demain, notre pensée sera déposée dans une clé USB (16), uploadable, nous pourrons ainsi changer d’enveloppe ou encore diffuser notre pensée dans la toile interconnectée qu’on nous aura tissée.

Ne vous méprenez pas, les GAFA mettent énormément d’argent et d’énergie pour y parvenir : neurone formel, perceptron, etc. sont des sujets exploités. (17)

Cependant, il nous faudra dépasser ce qui fait de nous des humains pour accepter ce monde artificiel : la critique et le désir d’être libre.

L’homme dans la tourmente

Qu’est-ce que l’homme, au sens intergenre ? Pour répondre à cette question, il faut avoir le cœur sensible au mouvement humaniste. Nous nous définissons « homme » par notre humanité et c’est cela même qui nous fait nous interroger sur les risques de cette transhumance. Pierre angulaire des mouvements traitant d’éthique, la question de savoir si nous allons perdre notre humanité est au centre de la tourmente.

L’humanité désigne une vie qui conscientise sa condition d’être ; libre et critique – l’homme en représente toutes les caractéristiques. Ce modèle ne sépare pas le corps de l’esprit comme l’envisage le transhumanisme. « L’”Homme” n’est pas une “nature” ou une “essence”. Il est la cristallisation généalogique provisoire et instable d’une forme de vie en évolution (…) » (18).

Le gnosticisme (19) considère le corps et la vie terrestre comme une prison dont l’homme doit se libérer pour être sauvé. C’est de ce postulat ésotérique que le mouvement transhumaniste base ses idées les plus dangereuses.

Si nous reprenons l’exemple de la reproduction de la conscience, actuellement, avec la duplication des neurones formels sous des modèles mathématiques complexes, il n’est pas possible de créer une conscience sans considérer dans son ensemble le cerveau (la matière) et la pensée – des interactions entre les deux sont observées. Pour les chercheurs les plus vigilants, il est possible de créer une structure qualitative du vécu mais sans obtenir une conscience (20).

Malheureusement, c’est avec des artefacts comme décrits précédemment que le transhumanisme veut construire un futur artificiel.

Ne sous-estimons pas ce mouvement transhumaniste qui par une idéologie scientiste et futurologiste opère une dissociation de la pensée et du cerveau : il est en passe de brouiller la frontière entre le réel et l’artificiel.

Cependant, il ne tient qu’à nous de nous informer, nous instruire et d’échanger sur le phénomène posthumain car en définitive nous sommes déjà dans la transhumance.

Nous ne devons pas non plus avoir une vision chaotique de notre futur – nous observons une recrudescence de mobilisations sur l’éthique liée à l’impact des nouvelles technologies sur l’humain.

Le fait que des espaces de dialogue – comme celui que vous êtes en train de lire – existent, est un exemple d’espoir. Alors, si notre cœur nous insuffle, encore, le sens critique et le goût de la liberté – interrogeons-nous et agissons.

Nicolas Bernard
Diplômé de l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA). Après une longue carrière dans les forces sous-marines de la Marine Nationale en tant qu’atomicien, Nicolas travaille comme chargé d’affaires en industrialisation militaire pour le groupe DCNS. Il nous propose des articles d’opinions sur des questions importantes en matière de transhumanisme, post humanisme et d’intelligence artificielle.

Notes :

1) Sciences Humaines : Les métamorphoses des croyances religieuses
2) IEET
3) Revue La Recherche n° 417, mars 2008
4) Hétéronomie
5) lock-in
6 ) GAFA
7 ) Facebook travaille sur une interface cérébrale qui vous permettra de « communiquer uniquement avec votre esprit »
8) Singularity university
9 ) Facebook – B8
10) Catastrophes naturelles : Bilan statistique des catastrophes naturelles survenues dans le Monde entre 2001-2015
11) Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, coll. anthropocène ed. Seuil,
12) Predicament Revue Acropolis: L’effondrement de notre civilisation industrielle
13) Anthropodicée
14) Zygmunt Bauman
15) Rapport Mady Delvaux – La révolution industrielle
16) Téléchargement de l’esprit
17) Réseaux de neurones artificiels
18) Jean-Marie Schaeffer, La Fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007. Cité in Pour une histoire naturelle de l’homme [archive], compte-rendu de lecture sur La Vie des idées.
19) Gnosticisme : Les thèses gnostiques.
20) Christophe Habas, conférence publique – Nantes : Le Transhumanisme avec Le Grand orient de France.

Désirs de data. Le trans et post humanisme comme horizons du plissement numérique du monde

Maryse Carmes, Jean-Max Noyer. Désirs de data. Le trans et post humanisme comme horizons du plissement numérique du monde. 2014. <sic_01152497>

Télécharger le PDF

Résumé : Dans cet article, la prolifération de data est examinée dans le cadre du processus d’artificialisation du monde et comme effet d’une sémiotique générale pour assurer la permanence et la transformation de la fabrique de nous-mêmes et de notre milieu associé. Cette prolifération de data est réglée sur les mouvements, intensités, des régimes de désirs et sur les processus de subjectivation qui lui sont immanents. Mais elle active en même temps de nouveaux états du Virtuel qui les enveloppent. On prend comme exemples l’urbanisation et le marketing en insistant sur certains aspects de la transformation des intelligences collectives. Ce faisant est esquissée une perspective sur le « trans et post humaniste », expression et exprimé de ces désirs.

Comment tout peut s’effondrer

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, un nombre croissant d’auteurs, de scientifiques et d’institutions annoncent la fin de la civilisation industrielle telle qu’elle s’est constituée depuis plus de deux siècles. Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? Pourquoi est-il devenu si difficile d’éviter un tel scénario ?

Dans ce livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement et proposent un tour d’horizon interdisciplinaire de ce sujet – fort inconfortable – qu’ils nomment la “collapsologie“. En mettant des mots sur des intuitions partagées par beaucoup d’entre nous, ce livre redonne de l’intelligibilité aux phénomènes de “crises” que nous vivons, et surtout, redonne du sens à notre époque. Car aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre…

Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il est l’auteur de Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014).

Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socioécologiques, il est cofondateur du bureau de consultance Greenloop.

Postface d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’Institut Momentum.

Conférence de Pablo Servigne – Effondrements : comment encaisser les chocs ?

Thématique “Rêves et cauchemars” Cycle la modernité en crise – Mardi 10 mai 2016 à 19h. Et si notre civilisation s’effondrait ? Certains penseurs, au sein d’une nouvelle discipline appelée « collapsologie », annoncent la fin de la civilisation industrielle. Vers quelle nouvelle ère allons-nous ? L’utopie n’est plus ce qu’elle était…