25% des transports seront sans chauffeur d’ici 2030 à Dubaï

Le Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum a annoncé que 25 % du système de transport routier de Dubaï utilisera l’intelligence artificielle et, par conséquent, être sans conducteur d’ici 2030.

La Dubaï Future Foundation a établi un partenariat avec l’Autorité des routes et des transports dans un effort de garder Dubaï dans la course de la ville la plus intelligente et la plus futuriste du monde. Dans cet esprit, il a été annoncé que les voitures autonomes honoreront la ville en 2030 pour remplacer un quart de leur système de transport routier actuel. La stratégie devrait générer des revenus économiques et des économies allant jusqu’à Dh22 billion par an (US $ 6,2 milliards), a déclaré Son Altesse Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum Vice-président et Premier ministre des Émirats arabes unis et souverain de Dubaï.

En juillet dernier, nous vous avions parlé d’un système de transport intelligent basé sur des essaims de véhicules auto-conduits modulaires, de la société Next. Après certaines annonces sur leur compte Twitter, nous avons contacté le co-fondateur PDG, Emmanuel Spera, afin d’avoir confirmation, si NEXT fait bien partie de la communication en vedette dans l’annonce de Son Altesse :

Why do you think your design was featured? 

We believe that we were featured because we offer a compelling, elegant solution to the problem of mass transit anywhere in the world.  Traditionally, mass transit suffers from the first and last mile problem, while optimizing the middle segment of the commute (trains, metro, buses, etc). In contrast, personal transport optimizes the first and last mile, and causes enormous congestion in the middle.

NEXT offers the best of both worlds.  We have designed an electric, autonomous, modular unit that can connect together (initially at rest stops, and in the future in motion), thus creating a flexible, scalable bus system. The commuter can order a NEXT unit to pick from the home in a ride-share paradigm. In the main commute, the modules act together like a bus, with maximum utilization of load factor. In the last mile, the commuter moves to the module that reaches his or her final destination.

There is no other solution in the market that compares to the NEXT solution that we are aware of. 

We believe that His Highness might have reviewed various possibilities but was most impressed by the simplicity, elegance and sophistication of the NEXT solution.

Is there anything about your transportation solution that makes it particularly suitable to Dubai?

Indeed.  Dubai is an orderly city, of long distances, with significant separation between places of residence and places of work and entertainment. In such an environment, NEXT offers an elegant solution to transport people. Furthermore, the growth of the city can now be more creative and expansive, without worrying about expensive Metro construction which limits geographical spread.

In time, we believe that NEXT modules will be used for intra-city commuting as well. Our concept includes the notion of specialized modules such as restaurant services, sleeping units, entertainment modules and office modules for working while commuting. 

Furthermore, NEXT is an electric battery system.  We would imagine that the UAE would rapidly move to large solar farms, that could charge the battery modules, thereby creating a greener future.

Have you had any direct contact with anyone in the Dubai government, or can you speculate why you might have been chosen?

We have had no contact with anyone from the Dubai government yet.  We have written to his Highness by Royal Mail, using the UAE government website.

What is the status of NEXT Future Transportation? How far along are you with building prototypes and systems?

The NEXT transportation system is based on five years of extensive design and engineering.  We have built model scale prototypes and we are working on a full scale prototype in Silicon Valley.  Our focus is on the core of the NEXT modular system, defining the individual module and the connectivity between modules. We are actively looking for strategic partners for batteries, propulsion, steering, etc.  Our intent is to implement for early adopters such as the UAE and other smart cities, and then license our technologies to automotive manufacturers for volume production.

Do you plan to complete for the Request for Proposals that HH Mohammed announced? 

We see the RFP being mentioned, but have not yet seen a copy of it. If you have it, kindly do send it to us.

Do you think the goals (and associated savings) he announced are realistic?

The timing is certainly realistic to achieve 25% of transportation trips by autonomous transport.  Already, Google and Tesla have shown us that autonomous driving is ready, and it is regulatory and certification which are gating issues, rather than technology.  However, it is important to note that driverless, autonomous cars will only increase the congestion, leading to greater numbers of single person trips and many zero person trips, as the vehicle goes to pick up its passenger.  Thus, autonomous cars will be wonderful for safety and convenience, but will not reduce congestion.

In contrast, the NEXT solution will actually reduce the congestion on the highways by maximizing the occupancy inside the connected bus, and will optimize the number of units that make the bus.  Therefore, savings are far more likely to occur with the NEXT solution. The quantum of savings for Dubai will need to be computed, depending on the city’s routes, fleet size and cost, utilization of public transport, reduction in costs of batteries, degree of autonomy and other factors.

On a related note, we have been provided a Letter of Intent to supply units for a German town, which is keen to reduce diesel buses and replace them with the NEXT solution.  

In conclusion, we believe that we can make His Highness’ vision come true and we look forward to the opportunity to be a part of it.

pour en savoir plus : next-future-mobility.com

Credit NEXT future transportation inc. Transports routiers et ferroviaires

Futurs possibles à l’horizon 2030-2050 : Rapport Vigie 2016 Futuribles

L’édition 2016 du Rapport Vigie propose à ses lecteurs un panorama structuré des connaissances et des incertitudes des experts que Futuribles International a mobilisés pour explorer les évolutions des 15 à 35 prochaines années sur 11 thématiques. Il constitue ainsi un document de synthèse des grandes transformations repérées et analysées dans le cadre de Vigie, le dispositif permanent de veille et d’analyse prospective développé par l’association Futuribles International au profit de ses membres partenaires.

Futuribles International a organisé le 14 janvier 2016 à la Caisse des Dépôts (Paris) un événement pour la restitution de son rapport Vigie 2016. Voici les supports de présentation de cette demi-journée.

Introduction Futurs possibles à l’horizon 2030-2050

Diaporama

Un article intéressant sur Les Echos où ils confirment l’explosion des dépenses de santé :

Santé : hausse des coûts et couverture universelle

C’est une tendance de long terme qui ne se limite pas aux pays développés : les dépenses de santé n’ont cessé de croître au cours des cinquante dernières années. Contrairement à une idée reçue, note Louis-Charles Viossat, « le vieillissement de la population n’a représenté jusqu’à présent qu’un facteur modeste (0,5 point sur 4,3 points) de la croissance annuelle ». Ce qui pèse le plus sur les dépenses, ce sont les progrès médicaux, l’essor des nouvelles technologies, et la hausse des prix et services de santé. Sur fond de médecine plus personnalisée et plus prédictive, nul n’envisage une inversion de la courbe : l’OCDE estime que les dépenses pourraient doubler entre 2015 et 2060. A cette date, le secteur de la santé pourrait représenter 14 % du PIB des pays de l’OCDE et 10 % de celui des BRIC. Dans ce contexte, le rapport de Futuribles voit dans « la progression vers une couverture santé universelle » une « tendance lourde de l’organisation des politiques et des systèmes de santé dans le monde », symbolisée par l’Obamacare aux Etats-Unis.


Un économiste prédit l’explosion des dépenses de santé

Le futurologue Dr Ian Pearson prédit comment les humains vont évoluer d’ici à 2050 : “Alors que cette technologie pourrait être disponible dès 2050, il peut devenir assez bon marché pour être généralisée d’ici 2070.”


Joël de Rosnay : Voyage vers le futur

Mon entreprise en 2030

“Uber, Instacart, Alibaba, Airbnb, Netflix, Twitter, Facebook, Google… Constituent des fines couches qui se superposent à d’énormes systèmes de distribution (où résident les coûts) et qui s’interfacent avec une multitude de personnes (où se trouve l’argent).”

Comment vivrons-nous en 2050 ?


Joël de Rosnay, Docteur ès Sciences, est Président exécutif de Biotics International et Conseiller du Président de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l’Evaluation jusqu’en juillet 2002 . Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l’Institut Pasteur.

Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT) dans le domaine de la biologie et de l’informatique, il a été successivement Attaché Scientifique auprès de l’Ambassade de France aux Etats-Unis et Directeur Scientifique à la Société Européenne pour le Développement des Entreprises (société de “Venture capital”).

Il s’intéresse particulièrement aux technologies avancées et aux applications de la théorie des systèmes.

Le directeur de l’ingénierie de Google entrevoit un homme cyborg dont l’intelligence est dans le cloud

Oui, à en croire Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google, entrepreneur à répétition et théoricien du transhumanisme : selon lui, en 2030, les hommes et femmes de la Terre seront devenus des hybrides, des humains augmentés grâce à la technologie.

Lors d’une conférence à New York, Ray Kurzweil a indiqué que nos cerveaux pourront se connecter au cloud, où des milliers de serveurs nous aideront à accroître notre intelligence. Pour y arriver, il faudra compter sur des nanobots, des robots miniaturisés à l’extrême composés à partir d’ADN. Dès lors, « notre pensée sera une hybridation de pensée biologique et non biologique », a-t-il prédit. En expliquant ensuite que plus gros et complexe serait le cloud, plus avancée serait notre forme de pensée.

Des améliorations qui encourageront l’humanité à se tourner de plus en plus vers le cloud pour augmenter son potentiel de réflexion. A tel point qu’à la fin des années 2030 ou au début des années 2040, notre pensée sera majoritairement non biologique. « Nous allons graduellement fusionner et nous améliorer », continuait-il. « Selon moi, c’est la nature humaine, nous transcendons nos limites ».

source : CNNMoney (New York) June 4, 2015

Les nouvelles prédictions de Ray Kurzweil : l’avenir d’ici 2099

2019 – Les fils et autres câbles pour les appareils individuels et périphériques disparaîtront dans tous les domaines.
2020 – Les ordinateurs personnels atteindront une puissance de traitement comparable au cerveau humain.
2021 – L’accès à l’internet sans fil couvrira 85% de la surface de la Terre.
2022 – Les USA et l’Europe adopteront des lois réglementant les relations entre les individus et les robots. L’activité des robots, leurs droits, devoirs et autres restrictions seront formalisés.
2024 – Les éléments d’intelligence informatique seront obligatoires dans les voitures. Il sera interdit aux individus de conduire une voiture qui ne sera pas équipée d’une assistance informatique.
2025 – L’apparition d’un grand marché de gadgets-implants.
2026 – Grâce au progrès scientifique, en une unité de temps nous prolongerons notre vie d’une durée supérieure à celle qui se sera déjà écoulée.
2027 – Un robot personnel capable d’accomplir des actions complexes en toute autonomie sera aussi anodin qu’un réfrigérateur ou une machine à café.
2028 – L’énergie solaire sera si bon marché et répandue qu’elle satisfera l’ensemble des besoins énergétiques de l’humanité.
2029 – L’ordinateur pourra passer le test de Turing pour prouver son intelligence dans le sens humain du terme, grâce à la simulation informatique du cerveau humain.
2030 – Les nanotechnologies vont fleurir dans l’industrie, ce qui entraînera une baisse significative de la fabrication de tous les produits.
2031 – Les imprimantes 3D seront utilisées dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Les nano-robots seront utilisés à des fins médicales. Ils pourront apporter des substances nutritives jusqu’aux cellules humaines et éliminer les déchets. Ils scanneront également le cerveau humain, ce qui permettra de comprendre les détails de son fonctionnement.
2033 – Les voitures sans conducteur circuleront sur les routes.
2034 – Le premier rendez-vous de l’homme avec l’intelligence artificielle. Le film Her en version plus moderne : la compagne virtuelle pourrait être équipée d’un “corps” en projetant une image dans la rétine de l’œil – par exemple, à l’aide de lentilles ou de lunettes virtuelles.
2035 – Le matériel spatial deviendra suffisamment développé pour assurer une protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.
2036 – En utilisant une approche de la biologie comme de la programmation, l’humanité parviendra pour la première fois à reprogrammer les cellules pour guérir des maladies, et l’utilisation d’imprimantes 3D permettra de fabriquer de nouveaux tissus et organes.
2037 – Un progrès gigantesque sera enregistré dans la compréhension du secret du cerveau humain. Des centaines de sous-régions ayant des fonctions spécifiques seront découvertes. Certains algorithmes qui codent le développement de ces régions seront décryptés et intégrés aux réseaux neuronaux d’ordinateurs.
2038 – L’apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes. Ils seront dotés d’une intelligence supplémentaire (par exemple, orientée sur une sphère concrète de connaissances que le cerveau humain est incapable de couvrir entièrement) et de divers implants optionnels – des yeux-caméras aux bras-prothèses supplémentaires.
2039 – Les nano-véhicules seront implantés directement dans le cerveau et effectueront une entrée et une sortie arbitraire des signaux du cerveau. Cela conduira à une réalité virtuelle “à immersion totale”, qui ne demandera aucun équipement supplémentaire.
2040 – Les systèmes de recherche seront la base des gadgets introduits dans l’organisme humain. La recherche ne se fera pas uniquement par la voix, mais aussi par la pensée, et les résultats seront affichés sur les lentilles ou les lunettes.
2041 – Le débit internet maximal sera 500 millions de fois plus élevé qu’aujourd’hui.
2042 – La première réalisation potentielle de l’immortalité – grâce à une armée de nanorobots qui complétera le système immunitaire et “nettoiera” les maladies.
2043 – Le corps humain pourra prendre n’importe quelle forme grâce à un grand nombre de nanorobots. Les organes internes seront remplacés par des dispositifs cybernétiques de bien meilleure qualité.
2044 – L’intelligence non-biologique sera des milliards de fois plus intelligente que son homologue biologique.
2045 – Arrivée de la singularité technologique. La Terre se transformera en ordinateur gigantesque.
2099 – Le processus de singularité technologique s’étend sur tout l’Univers.

SingularityHub , Wikipedia Predictions made by Ray Kurzweil

2030, l’Horizon H+ : les futurs probables, selon le NIC des États-Unis

Fin 2012, il y a tout juste deux ans paraissait Tendances mondiales 2030 : mondes alternatifs (Global Trends 2030 : Alternative Worlds) [1], un rapport très attendu de 160 pages rédigé et publié par le Conseil national du renseignement des États-Unis (National Intelligence Council, alias NIC) [2]. Formé en 1979, le NIC est une agence de renseignement qui produit des analyses stratégiques à moyen et long terme destinées à la communauté du renseignement américain.

Les prévisions, avis et préconisations émis par le NIC sont à la fois attendus et entendus par le Pentagone et par la Maison Blanche. Les études publiées cherchent à dégager les grandes tendances à quinze ans et les évolutions technologiques à fort impact, ce qui constitue par définition un exercice difficile et nécessaire. Le but du rapport n’est pas tant de prédire l’avenir mais de fournir un cadre de réflexion sur les futurs possibles et leurs conséquences sur les équilibres humains.

S’il fallait résumer l’idée dominante de ce rapport en une phrase, on pourrait dire que le monde de 2030 sera radicalement différent de celui dans lequel nous évoluons aujourd’hui.

Parmi les hypothèses à forte probabilité du rapport paru en décembre 2012, figurent notamment :

  • la fin de la domination mondiale américaine ;
  • la montée en puissance des individus ou groupes d’individus contre les États ;
  • l’émergence d’une classe moyenne mondiale qui n’hésite pas à contester les gouvernements ;
  • des pénuries chroniques en eau, en nourriture et en énergie ; les effets toujours plus violents du changement climatique.

Selon le rapport Global Trends 2030 La tendance la plus radicale concerne la modification et l’augmentation des capacités humaines par la technologie et l’évolution transhumaniste disruptive qui viendra bouleverser les grilles d’analyse usuelles. Rappelons encore une fois que ces prévisions ne sont pas le fruit d’un collectif d’auteurs de science-fiction ou de scientifiques iconoclastes se laissant aller à des divagations jubilatoires mais qu’elles proviennent d’une structure académique d’analyse et de renseignement sérieuse et respectée…

Ce que nous dit le rapport Global Trends 2030 sur la technologie

Comme on peut s’y attendre, le rapport insiste sur le déferlement hautement probable des implants, prothèses et exosquelettes motorisés qui se généraliseront à toutes les sphères d’activités humaines en devenant des extensions « banales » et pertinentes de notre corps. En très peu de temps, les capacités humaines pourraient évoluer de manière spectaculaire et modifier les équilibres actuels.

Les prothèses pourraient devenir plus performantes que les membres et organes biologiques « d’origine ».

Des pans entiers du handicap pourraient trouver des réponses fonctionnelles efficaces et acceptables. Les armées s’appuieront sur des exosquelettes pour équiper le combattant et augmenter ses capacités opérationnelles (déplacement en zone de combat, port de charges lourdes, vision diurne et nocturne, aide au tir,…). La mise au point de psychostimulants de nouvelle génération permettra au soldat de rester actif plus longtemps et lui donnera une acuité renforcée. Les stimulants amélioreront ses réactions et ses réflexes dans un contexte ultime de combat.

Ces technologies seront d’ailleurs déclinées dans leurs versions civiles pour lutter contre le vieillissement et prolonger la vie.

Les implants cérébraux font l’objet de prévisions claires et précises. Les interfaces « neuro-cloud » viendront combler les déséquilibres d’information et de calcul existant entre le cerveau humain et les systèmes cybernétiques. Ces neurotechnologies pourraient accroître de manière disruptive certaines capacités humaines et faire émerger de nouvelles fonctionnalités biologiques. L’œil et la vision humaine profiteront de ces augmentations.

Des implants rétiniens permettront une vision nocturne et donneront accès aux spectres de lumières inaccessibles chez l’homme de 2015. Les progrès réalisés sur la chimie des neurostimulants augmenteront nos capacités de mémorisation, d’attention, de vitesse de réaction et de réalisation.

Les systèmes de réalité augmentée devraient améliorer notre compréhension des phénomènes complexes réels.

La simulation numérique généralisée ouvrira de nouvelles fenêtres sur le monde. Les progrès de l’intelligence artificielle seront immédiatement intégrés aux développements de la robotique. Les avatars et robots fourniront des données inédites liées au toucher, à l’odorat. Ils bénéficieront d’une plus grande autonomie et d’une IA embarquée conséquente.

Le rapport nous alerte également sur les risques associés au progrès disruptif et au changement de paradigme qu’il devrait induire. D’après le groupe d’analystes, bon nombre de ces technologies d’augmentation ne seront disponibles que pour ceux qui seront en mesure de les payer.

Ces déséquilibres d’accès à l’amélioration pourraient être à l’origine de violentes turbulences, et de conflits si rien n’est mis en place pour réguler et encadrer les technologies impliquées.

Le risque principal résulte d’une société clivée, à deux niveaux formée d’une part des individus ayant accès aux technologies d’augmentation et profitant pleinement des améliorations et d’autre part, des laissés pour compte technologiques, non augmentés pour lesquels l’écart des capacités se creuse à mesure que le progrès avance. Cette asymétrie n’est pas tenable et nécessitera probablement une stricte surveillance des gouvernements et une régulation méthodique des technologies d’augmentation. La convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) devrait induire des progrès scientifiques collatéraux importants, comme ceux du stockage de l’énergie avec des batteries longue durée, ceux de l’interfaçage biologique-silicium, ou encore ceux de l’électronique biocompatible flexible.

Notons sur ce point que les premiers succès de l’électronique moléculaire viennent d’être enregistrés en cette fin d’année 2014, confirmant ainsi certaines prévisions à court terme du rapport…

Prévoir, Préparer, Prévenir

On ne doit pas douter une seconde de l’utilité d’un tel rapport lorsqu’il s’agit de prévoir les changements disruptifs, de préparer les gouvernants et les décideurs aux impacts d’une technologie exponentielle et de prévenir les futures crises liées à ces changements violents.

Les États-Unis produisent aujourd’hui l’essentiel de l’innovation technologique mondiale. Ils ont parfaitement compris l’intérêt stratégique d’une réflexion à toute échelle portant sur les évolutions NBIC et les risques associés. Des instituts de recherche intégrant des équipes de chercheurs en éthique contribuent régulièrement à la réflexion stratégique nationale.

La Grande-Bretagne dispose de l’Institut de l’avenir de l’humanité (Future of Humanity Institute, alias FHI) [3], composante de l’Université d’Oxford, qui mène une réflexion de qualité sur la convergence NBIC et ses effets sur l’humanité.

Le positionnement du FHI est assez proche de celui de l’Université de la Singularité (SU) créée par Google, Cisco, la Nasa, et de nombreux grands acteurs du numérique américain.

La Chine est également très engagée dans l’innovation NBIC et en mesure pleinement son potentiel en tant qu’outil de puissance. Les transgressions génétiques ne semblent pas rencontrer d’obstacle ou de réticence particulière dans la population chinoise qui adhère massivement au progrès technologique sous toutes ses formes.

Le temps des questions…

  1. La France est-elle prête à relever les défis technologiques majeurs des quinze prochaines années ?
  2. Existe-t-il, au sein de la sphère politique nationale, une réflexion stratégique globale à quinze ans, ouverte et suivie, intégrant le facteur technologique ?
  3. Avons-nous commandé un rapport s’inscrivant dans le même esprit que celui du NIC ?
  4. Disposons-nous sur le territoire national d’un institut de recherche similaire au FHI ou à la SU ?
  5. Comment allons-nous accueillir le train express des innovations technologiques et son wagon de transgressions éthiques ?
  6. Serons-nous passagers actifs de ce train du progrès ou simple spectateur immobile sur le quai, figé par des postures anachroniques et par des dogmes d’un autre siècle ?
  7. Allons-nous enfin adapter nos structures éducatives aux réalités d’une révolution technologique exponentielle, qui bouleverse l’ensemble des équilibres ?
  8. En 2030, nos enfants et petits-enfants auront-ils encore la possibilité de demander des comptes à ceux qui auront été à l’origine du déclin français amorcé au début de ce siècle ?
  9. Souhaitons-nous réorienter la France vers un destin technologique afin qu’elle puisse compter dans la compétition mondiale ?
  10. En avons-nous l’envie et les moyens ?

Ces dix questions n’ont pas vocation à provoquer ou à froisser la sensibilité du lecteur. Elles appellent toutes à des réponses individuelles issues d’une introspection minimale. Elles mériteraient d’être posées sans détour par le citoyen lors des prochaines échéances électorales nationales. Le politique n’aura pas le choix, il devra se saisir de la question technologique pour l’intégrer pleinement à son programme. Orienter la nation vers son destin technologique peut constituer l’objectif principal d’un gouvernement.

Les 10 principales tendances technologiques pour 2020

Cela sous-entend de l’abnégation, du courage politique, une volonté déconnectée de toute arrière-pensée de réélection, bref « de la sueur, du sang et des larmes » selon les mots de Winston Churchill en 1943.

Les grands hubs technologiques sont tous nés de volontés humaines et de concordances d’efforts exercés dans la même direction, celle de l’innovation et de la rupture technologique.

Les 20, 21 et 22 novembre 2014, a eu lieu la première conférence internationale Transvision 2014 sur le Transhumanisme face à la question sociale [4]. Ce colloque a rassemblé des acteurs majeurs du mouvement transhumaniste international, ainsi que des contradicteurs et pourfendeurs de la pensée H+ [5]. Les contributions des transhumanistes américains ont fait preuve d’une vraie différence d’approche sur les enjeux de l’augmentation, par rapport à celle des intervenants français. Les grandes figures du mouvement H+ ont affiché un optimisme appuyé et une tendance marquée à un solutionnisme, qui occulte assez facilement les risques collatéraux.

Le transhumanisme, questionné sous l’angle social, a constitué certainement la meilleure approche pour une première conférence organisée sur le sol français. Les échanges ont été fructueux et constructifs. Il reste maintenant à poursuivre cette réflexion dans un cadre académique et selon un programme de recherche structuré.

Notes

[1] Le rapport complet Global Trends 2030 (dni.gov, anglais, PDF)

[2] Le Conseil national du renseignement (National Intelligence Council alias NIC) est un lieu de réflexion stratégique à moyen et long terme au sein de la communauté du renseignement des États-Unis (United States Intelligence Community alias NIC). Il a été fondé en 1979. (Wikipédia, anglais)

[3] L’Institut de l’avenir de l’humanité est un institut de recherche multidisciplinaire de l’Université d’Oxford. Il rassemble un nombre restreint de grandes intelligences dans le but de développer des outils mathématiques, philosophiques et scientifiques permettant d’appréhender les questions relatives l’humanité et à ses perspectives. L’Institut appartient à la Faculté de Philosophie et est affilié à l’École Martin Oxford.

[4] Transvision 2014 sur le Transhumanisme face à la question sociale a été organisée à Paris, Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes – ESPCI.

[5] Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques, ainsi que les croyances spirituelles afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le terme transhumanisme est symbolisé par H+ (anciennement >H) et est souvent employé comme synonyme d’amélioration humaine. (Wikipédia, français)

Pour approfondir

Source : 2030, l’Horizon H+ : Les futurs probables selon le National Intelligence Council (echoradar.eu, français, 09-12-2014)

Google : La stratégie secrète pour transformer l’humanité

Laurent Alexandre, spécialiste du transhumanisme, explique ce que Google semble bâtir sous nos yeux. Le constat est à la fois fascinant et effrayant. Les informations soulignées par Alexandre et le bilan que l’on peut faire aujourd’hui sur la société, associés au fait que ses dirigeants n’ont jamais voulu détailler leurs stratégies et objectifs, laissent la place à une hypothèse incroyable.

Les débuts de l’intelligence artificielle

Selon Alexandre, l’objectif de Google, quant à son moteur de recherche, est de transformer ce dernier en intelligence artificielle. À une échelle encore embryonnaire, ce spécialiste des questions des secteurs NBIC estime que Google commence à y arriver.

Il fait le lien entre les différentes actions de Google ces dernières années. Selon lui, la quantité de start-ups que Google rachète, la création de Calico (la société réfléchissant aux maladies liées au vieillissement), la présence du géant dans le secteur du séquençage ADN et la robotique, avec le projet BigDog de Boston Dynamics, pour ne parler que d’eux, dessinent le projet de Google.

Par ailleurs, la société a recruté les plus grands noms de la question de l’intelligence artificielle, tels que le gourou du sujet, Ray Kurzweil, selon lequel les robots seront égaux aux humains d’ici 2029, qui est désormais ingénieur en chef du moteur de recherche.

Google maitrise toutes les technologies qui permettent le transhumanisme. Tous les moyens sont bons pour améliorer l’homme physiquement, intellectuellement, et dans son espérance de vie. Google est présent dans la robotique, l’informatique, les moteurs de recherche, l’intelligence artificielle, les nanobiotechnologies et le séquençage d’ADN.

La machine omnisciente

Lorsqu’on lui demande qui contrôle Google aujourd’hui, Alexandre explique que seuls ses actionnaires ont le pouvoir. Il avance alors la nécessité d’encadrer l’intelligence artificielle au niveau mondial, soulignant que les États-Unis y réfléchissent déjà sérieusement, tout comme l’Asie, alors que l’Europe observe passivement la situation.

Si une telle entité devient le leader dans la lutte contre la mort, l’intelligence artificielle, la robotique, la domotique et les voitures intelligentes, il faudra alors réfléchir à la démanteler.

Dans une telle situation, Google deviendrait plus puissant que des États.

L’auteur termine son interview en évoquant la loi de Moore, décrivant le rythme d’évolution de la puissance des ordinateurs. D’après cette loi, les ordinateurs ayant la puissance de calcul du cerveau humain sont pour 2040, et l’intelligence des machines nous dépassera d’ici la fin du siècle. La rencontre de cette puissance, de l’impression 3D et de la mise en réseau de cette intelligence en ferait une entité quasi omnisciente.

Connectons les points

Alexandre « se contente » ici de parler de la puissance de l’entité Google et de l’avènement de la machine pensante, ce qui est en soi une perspective incroyable et paradoxalement crédible. Mais d’autres spéculations sont autorisées.

Lorsque je fais la somme de tout ce que Google entreprend depuis quelques années, je vois autre chose se dessiner. Faisons le point.

Google a cartographié la planète, et se lance depuis quelque temps dans la cartographie de l’intérieur des bâtiments. La société a par ailleurs pour ambition manifeste de numériser toutes les productions humaines, avec notamment Google Books, mais nous pourrions aussi parler du fait qu’elle possède le site leader du stockage de vidéos avec YouTube.

L’idée de Chrome OS est de centraliser les données sur le cloud pour que nos contenus se trouvent « partout ». De plus, les investissements de la société dans des câbles haut débit sous-marins connectant les continents entre eux, le Projet Loon envoyant des ballons relayant internet dans la stratosphère et les drones solaires ayant la même ambition, affichent la volonté de Google de faire qu’internet soit accessible absolument partout sur Terre.

Ainsi, Google est en train de fabriquer une version numérique de notre planète et de ses contenus, avec l’ambition de les rendre accessibles depuis n’importe où.

La question de l’identité

Par ailleurs, certains d’entre nous réalisent déjà qu’ils passent une majeure partie de leur existence à interagir avec internet, par leur smartphone ou leur ordinateur, qu’il s’agisse de communiquer avec d’autres humains ou de consulter du contenu. La question de l’identité est ainsi en jeu.

Il ne s’agit pas ici de juger de la chose d’un point de vue moral, mais de constater le phénomène. Si la plupart de mes interactions avec le monde se font via internet, mon identité numérique n’est-elle pas une part importante de mon identité globale ?

Alors, me revient le fait que Ray Kurzweil, le futurologue dont nous parlions plus haut, a fait entre autres projections ces dernières années que l’être humain pourrait transférer son cerveau sur des disques durs avant 2030. Et d’un coup, les points semblent se connecter.

En produisant une réplique numérique de la planète et de ses ressources intellectuelles, en permettant à internet d’être disponible même dans les zones les plus reculées du monde, en investissant dans la robotique et en s’intéressant de prêt au vieillissement, le projet de Google ne serait-il pas de dématérialiser l’être humain ?

La question de savoir si la chose serait bonne ou mauvaise est un gouffre d’interrogations philosophiques et métaphysiques, mais pour le pire ou pour le meilleur, et au regard de l’adhésion des dirigeants de Google au transhumanisme et aux théories de Kurzweil, le fait que l’objectif final de la société soit que l’humanité vive éternellement dans une réalité virtuelle mondialement connectée, est sans doute envisageable. La question de savoir s’ils pourront y parvenir est bien évidemment tout autre.

source : Phonandroid, via Le JDD