Extropiens

Dernière mise à jour le 18/12/2018

Transhumanistes et Extropiens

Avec eux, ne parlez jamais de religion. Car ici, nous sommes dans le domaine de la science, c’est sérieux. Pourtant les rêves eschatologiques des transhumanistes sont si proches des mythologies et théologies de tous les âges qu’on ne peut manquer de s’interroger. Les transhumanistes abordent les thèmes de prédilection des religions, tel que le rapport à la mort, l’abolition de la souffrance, le destin ultime de l’homme et de l’univers. La production mythologique y abonde sous la forme de référence constante à la science-fiction. La ressemblance évidente avec certains mouvements religieux, que ce soit le millénarisme, le gnosticisme, voire selon Erik Davis, les théories de Gurdjieff, tendent à confirmer cette analyse. Mais parler de croyances ou de mythes ne signifie pas forcément que les thèses exposées soient absurdes ou irrationnelles. Le mythe d’Icare n’a pas empêché les avions d’exister, il a plutôt inspiré leur invention.

Le mot « transhumain », dans son acception actuelle, aurait été utilisé pour la première fois par F.M Esfandiary, tandis que le terme « transhumaniste » l’a été par Max More, mais on trouve trace d’étymologies plus anciennes chez Julian Huxley, et même, selon certaines sources, chez Dante, avec le verbe « transumanare », « aller au delà de la condition humaine ». Les termes « extropy » et « extropien » viennent, eux, de Max More et Tom Morrow. Les transhumanistes veulent se libérer des affres de la condition humaine. Ils pensent atteindre l’immortalité par la cryonie, les manipulations génétiques, la transmutation du corps en cyborg, voire « l’uploading », technique par laquelle le contenu du cerveau, téléchargé dans un ordinateur, deviendrait aussi fluide, manipulable et éternel qu’un logiciel. Ils cherchent aussi à modifier leur environnement par la création de colonies maritimes ou spatiales, ou de réalités « virtuelles » dans lesquelles les cerveaux « uploadés » pourront enfin s’affranchir de la tyrannie de la matière.

Les extropiens constituent un groupe de transhumanistes fondé par Tom M. Morrow et Max More, qui privilégient, en plus des thèmes futuristes, certaines options politiques comme la « société ouverte ». Un terme difficile à saisir, apparemment emprunté à Karl Popper, mais qui, lorsqu’on consulte les archives de la liste de diffusion extropienne, semble plutôt se référer à un capitalisme entièrement déréglementé. Quoique officiellement, l’Extropy Institute ne favorise aucune solution politique, sa mailing list abrite en son sein nombre de libertariens et anarcho-capitalistes.

Techniques : Les transhumanistes travaillent à augmenter leur longévité par la prise de différentes vitamines et un exercice régulier. Conscients toutefois que cela ne suffît pas pour s’assurer l’immortalité, nombreux sont ceux qui optent pour la cryonie. A plus long terme, ils espèrent bénéficier d’organes artificiels ou, grâce à la nanotechnologie, réparer et rajeunir leur corps. L’« uploading », technique destinée à scanner le contenu du cerveau et d’en reproduire le contenu sur support digital les fascine comme moyen d’acquérir immortalité et ubiquité grâce à un système de backup.

Position sur l’échiquier : Les transhumanistes font le lien entre les utopistes mystiques à la Leary et les idéologies ultra-libérales et néo-conservatrices de la Silicon Valley. Pour saisir la différence entre le futurisme d’un Leary et celui des extropiens, il suffit de comparer les magazines Mondo 2000 et Wired. Les thèmes évoqués sont fréquemment les mêmes, mais Mondo 2000 mettait Deborah Harry en couverture, tandis que Wired préfère la trombine du président d’Oracle Software.

Les transhumanistes se déclarent pour la plupart rationalistes et peu enclins à la métaphysique, mais leurs idées intéressent bon nombre de mystiques, qu’il s’agisse de « psychédéliques » à la Leary ou d’occultistes comme certains membres du Temple de Set. C’est bien sûr parmi les transhumanistes que se recrutent les adeptes de la « Singularité » et de l’homme post-biologique.

Pour en savoir plus :

. Une interview de Max More, philosophe, futurologue et actuel chef de file du mouvement transhumaniste, sur La Spirale : http://www.laspirale.org/texte.php?id=305

. Une interview de Natasha Vita-More More, artiste extropienne, body-buildeuse technophile et cryoniste convaincue, sur La Spirale : http://www.laspirale.org/texte.php?id=33

. Les ressources transhumanistes d’Anders Sandberg (une véritable encyclopédie !) :
http://www.aleph.se/Trans/

. Le site de l’Extropy Institute : http://www.extropy.org

. Sur l’origine italienne du transhumanisme :
http://epoch.longnow.org/discussion/messages.php?threadID=31

. Le Journal of Evolution and Technology propose divers articles sur le transhumanisme : http://www.transhumanist.com/

. Sur sa page, James Hugues cherche à promouvoir une vision moins capitaliste du transhumanisme que l’extropie : http://www.changesurfer.com/

. Le site de la World Transhumanist Association : http://www.transhumanism.org/

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