Le Transhumanisme Démocratique 2.0

Le Transhumanisme Démocratique 2.0

James Hughes Ph.D.
Public Policy Studies
Williams 229B, 300 Summit St., Hartford, CT 06106
860-297-2376 – james.hughes@trincoll.edu

Une version antérieure, mais considérablement différente de cet essai a été publiée dans Transhumanity, 28 avril, 2002

Version originale anglaise


Résumé

h+La biopolitique est un axe émergent de la politique moderne au côté de la politique économique et culturelle. Les transhumanistes sont des personnes qui embrassent les technologies qui prolongent et améliorent le cycle de vie «naturel», sans se soucier de leur effet, des limitations ou institutions sociales et représentent l’extrémité progressiste du nouveau continuum biopolitique. Les bio-luddites qui appellent à l’interdiction des technologies qui menacent le «naturel», sont l’extrémité conservatrice de la nouvelle biopolitique.

Cependant, la biopolitique ne fait que compliquer le paysage politique préexistant, elle ne le remplace pas. Il y a des Chrétiens fondamentalistes, des Centristes et des féministes qui forment des alliances pour s’opposer au génie génétique humain et à la nanotechnologie. Alors que les transhumanistes sont, moins différents, et adhérent surtout à l’une ou l’autre des idées de la doctrine néolibérale.

Les transhumanistes démocrates, les sociaux-démocrates pro-technosciences ou les techno-utopistes de gauche sont manifestement absents de leur niche théorique dans ce nouveau paysage politique. Cet essai est une tentative pour identifier les transhumanistes démocrates et à encourager leur union.

Le transhumanisme démocratique provient de l’affirmation que les êtres humains seront généralement plus heureux quand ils prendront le contrôle rationnel des forces naturelles et sociales qui contrôlent leurs vies. La confiance dans la science et la démocratie était plus liée au 17e, 18e et 19e siècle, et les techno-utopistes radicaux dominaient son ombre, les luddites romantiques de gauche. Depuis la deuxième guerre mondiale, cependant, le luddisme a supplanté le techno-optimisme de gauche, alors que les néolibéraux sont devenus les champions vocaux de la technologie. Le luddisme a aussi relevé l’ascendance de la bioéthique occidentale qui a un intérêt professionnel à épouvanter les nouvelles technologies. Le nouveau Comité en bioéthique du Président des États-Unis, George W. Bush, et la lutte sur l’utilisation des embryons dans la recherche montrent clairement le rôle important croissant que les bioéthiciens joueront dans la biopolitique émergente.

J’argumente pourquoi les démocrates devraient embrasser la science, la technologie et le transhumanisme : (1) le luddisme de gauche assimile mal à propos les technologies aux relations de pouvoir autour de ces technologies, la politique de technologie démocratique demande la reconnaissance des avantages potentiels de la technologie, pas simplement un effort futile de ralentir toute innovation technologique, (2) la technologie peut nous aider à surmonter certaines des causes fondamentales des inégalités de pouvoir, (3) le luddisme de gauche est ennuyeux et déprimant, il n’a aucune énergie pour inspirer des mouvements pour créer une nouvelle et meilleure société.

Puis j’argumente que les transhumanistes néolibéraux ont besoin de s’engager avec la démocratie puisque (1) une intervention de l’État est nécessaire pour répondre aux menaces catastrophiques des technologies d’amélioration humaine, (2) seules des politiques étatiques crédibles et efficaces pour éviter les conséquences catastrophiques des nouvelles technologies pourront rassurer les publics réticents que celles-ci ne doivent pas être interdites, (3) les politiques sociales doivent explicitement répondre aux inquiétudes du public que la biotechnologie exacerbera l’inégalité sociale, (4) les pratiques monopolistiques et la loi sur la propriété intellectuelle trop restrictive peuvent sérieusement retarder le développement des technologies d’amélioration humaine et restreindre leur accès, (5) seules des alliances avec d’autres minorités culturelles et biologiques, ainsi qu’une société et un État démocratique libéraux forts peuvent garantir que les «post-humains» ne sont pas persécutés, et (6) les transhumanistes néolibéraux sont inconsistants dans le débat pour le marché libre au motif de son «naturel» élaboré alors que les transhumanistes sont les champions de l’artificiel.

Enfin, je présente un programme en onze points pour les transhumanistes démocrates : (1) bâtir le mouvement transhumaniste, (2) garantir la liberté morphologique et l’autonomie corporelle, (3) défendre la recherche scientifique contre les interdits luddites, tout en embrassant les règlements de sécurité et d’efficacité légitimes, (4) protéger l’accès au savoir scientifique de la loi sur la propriété intellectuelle trop agressive, (5) développer le financement fédéral pour la recherche des technologies d’amélioration humaine, (6) créer des projets d’assurance-maladie incluant les technologies d’amélioration humaine, (7) développer le soutien fédéral à l’éducation (8) fournir des formations d’emploi et un revenu pour les sans emplois, (9) être solidaire des minorités sexuelles, culturelles et raciales, particulièrement avec les minorités morphologiques telles que les handicapés et les transsexuels, (10) soutenir les droits des grands singes, des dauphins et des baleines, (11) renforcer une fédération démocratique mondiale.

Politique du 21e siècle

Les mouvements politiques du monde industriel au 20e siècle ont été définis par deux grands axes, politique économique et politique culturelle. Les conservateurs économiques sont généralement opposés à l’état d’assistance sociale, aux syndicats, aux impôts, aux règlements dans les affaires et à la redistribution économique. Les progressistes économiques sont, en générales, favorables à toutes ces mesures. Les conservateurs culturels sont généralement nationalistes, chauvinistes ethniques ou des racistes, conservateurs religieux et opposants à l’égalité féminine, liberté sexuelle et libertés civiles. Les progressistes culturels sont laïques, éduqués, cosmopolites, et adeptes des libertés civiles et des droits des minorités. Se situer le long d’une de ces dimensions prédit bien sa position sur une variété d’autres problèmes sur cette dimension, mais n’a pas bien prédit sa position sur d’autres axes. Les problèmes au sein de chaque axe ont développé une cohérence idéologique qui les unit.

Dans le tableau un ci-dessous, les mouvements et les partis peuvent être placés dans l’un ou l’autre coin du terrain ou dans les nombreux points entre eux.

L’émergence des polémiques biotechnologiques, cependant, élève un nouvel axe, pas totalement orthogonal aux dimensions précédentes mais certainement distinctes et indépendantes d’elles. Ce nouvel axe biopolitique a à une extrémité les transhumanistes (les progressistes) et à l’autre extrémité les bio-luddites (les conservateurs). Les transhumanistes se réjouissent des nouvelles biotechnologies et les choix et défis qu’elles apportent et pensent que les avantages peuvent dépasser les coûts. En particulier, ils croient que les êtres humains peuvent et doivent prendre le contrôle de leur propre destinée biologique, individuellement et collectivement améliorant nos capacités et étendant la diversité de la vie intelligente.

Les bio-conservateurs, cependant, rejettent les technologies de choix génétique et les « bébés sur-mesure », les prolongements «contre-nature» de la durée de vie, l’alimentation et les animaux génétiquement modifiés et autres formes de violations hubristiques de l’ordre naturel. Alors que les transhumanistes affirment que toutes les «personnes» intelligentes méritent des droits, qu’ils soient humains ou non, les bio-conservateurs insistent que seule «l’humanité», avec la possession d’un ADN humain et un cœur qui bat, est un marqueur de citoyenneté et de droits.

Le spectre biopolitique est encore émergent, il commence d’abord parmi les intellectuels et les activistes. Les transhumanistes et les luddites, sont les plus avancés et les plus conscients d’une vague émergente de la cristallisation idéologique du public. Nous sommes dans la même situation dans la cristallisation de la biopolitique, que celle dans laquelle se trouvait la politique économique droite gauche quand Marx a aidé à la fondation de l’Association internationale des travailleurs en 1864 ou quand la Société Fabienne a été fondée en Angleterre en 1884 : intellectuels et activistes luttant pour rendre explicites les lignes de combat qui sont déjà émergentes, avant l’organisation des partis populaires et les masses se ralliant à leurs bannières.

La nouvelle biopolitique ne remplacera pas les axes politiques plus anciens, mais elle donnera plutôt une autre dimension à la complexité de la politique contemporaine. Nous trouverons des alliances biopolitiques qui traversent toutes nos alliances précédentes et les divers amalgames de la biopolitique avec le conservatisme économique et culturel.

Cependant, une particularité de la biopolitique actuelle est qu’alors que les bio-conservateurs ont formé des alliances de la droite à la gauche pour s’opposer au clonage, à la recherche de cellule-souche, l’alimentation génétiquement modifiée, et autres innovations biotechnologiques, jusqu’à très récemment la majorité des transhumanistes ont été des néolibéraux. En conséquence, les problèmes d’égalité et de solidarité reçoivent une attention insuffisante des défendeurs du progrès et du choix biotechnologique. Cet essai est une tentative pour aborder cet écart et pour débattre pour un «transhumanisme démocratique ». Le transhumanisme démocratique est plus qu’une permutation disparue des idées politiques, mais aussi le prolongement naturel des idées du Siècle des Lumières, et de la tradition démocratique rationaliste et radicale à laquelle elle a donné naissance.

Transhumanisme démocratique

Le transhumanisme démocratique découle de l’affirmation que les êtres humains seront généralement plus heureux lorsqu’ils prendront le contrôle rationnel des forces naturelles et sociales qui contrôlent leurs vies. Cette affirmation humaniste fondamentale a conduit à deux tendances entremêlées de valeurs du Siècle des Lumières : la tradition démocratique avec ses valeurs de la liberté, l’égalité, la solidarité et l’auto-détermination collective ainsi que la confiance dans la raison et le progrès scientifique, que les êtres humains peuvent utiliser la raison et la technologie pour améliorer les conditions de vie.

Dans la tradition démocratique, il y a plusieurs variantes soulignant les diverses combinaisons et interprétations de la liberté, de l’égalité et de la solidarité. La Nouvelle Droite représente l’interprétation la plus minimale du mandat démocratique, et rejette tout prolongement de liberté, égalité ou politiques sociales solidaires. La tradition néolibérale cherche à développer la liberté personnelle et économique, mais à l’exclusion des politiques sociales pour améliorer l’inégalité ou démocratiser le pouvoir économique.

L’interprétation la plus complète des idéaux démocratiques de la liberté, l’égalité et la solidarité se trouvent dans la tradition sociale-démocrate. Comme Amartya Sen l’a habilement argumenté la véritable liberté pour les personnes réelles (par opposition aux hommes libres abstraits de Locke) nécessite l’accès aux soins, à l’éducation universelle, et la diminution de l’inégalité sociale. La démocratie sociale poursuit l’égalité économique, le contrôle démocratique des forces économiques et les politiques sociales solidaires, ainsi que les libertés civiles et personnelles et les droits des minorités. La lutte pour l’interprétation la plus radicale de la démocratie, d’une intensification de la liberté, de l’égalité et de la solidarité, est exprimée dans la démocratie sociale moderne.

Techno-utopisme et la Gauche

L’autre pression du Siècle des Lumières, la confiance en la science, la raison et le progrès humain, a été un complément naturel au niveau philosophique de la tradition démocratique. La science et la démocratie sont les mains droites et gauches de ce que Marx appelait le mouvement du royaume de la nécessité au royaume de la liberté. Les progrès de la science ont aidé à délégitimer l’autorité des rois et le pouvoir de l’église.

Les socialistes du 19e siècle, les féministes et les démocrates étaient par conséquent aussi généralement les champions de la raison et de la science. Le techno-utopisme, l’athéisme et le rationalisme scientifique ont été associés à la gauche démocratique, révolutionnaire et utopique pendant la plupart de ces derniers deux cents ans.

Les radicaux tels que Joseph Priestley a poursuivi l’enquête scientifique tout en défendant la démocratie et la liberté de la tyrannie religieuse. Robert Owens, Fourier et Saint Simon au début du dix neuvième siècle ont inspiré les communalistes avec leurs visions d’une future évolution scientifique et technologique de l’humanité, utilisant la raison comme sa religion. La communauté Oneida, le groupe «communiste» le plus ancien du 19e siècle en Amérique a pratiqué une tentative d’amélioration des traits héréditaires des membres à travers la reproduction sélective. Les radicaux ont saisi l’évolution darwinienne pour valider l’idée de progrès social. L’utopie socialiste de Bellamy de Looking Backward: 2000-1887 qui a inspiré des centaines de clubs socialistes à la fin du 19e siècle aux États-Unis et un parti politique national était aussi hautement pro-technologie que l’imagination de Bellamy. Pour Bellamy et les socialistes Fabiens, le socialisme devait être amené comme corollaire inoffensif du développement industriel. Marx et Engels ont vu plus de douleur et de conflit impliqués, mais étaient d’accord sur les aboutissements inévitables. Les Marxistes argumentent que le progrès de la technologie prépare le terrain non seulement pour la création d’une société nouvelle avec des relations de propriété différentes, mais aussi pour l’émergence de nouveaux être humains reconnectés à la nature et à eux-mêmes. Le haut du programme pour les prolétariens ayant les pleins pouvoirs était « d’augmenter le total des forces productives aussi rapidement que possible ». La gauche du 19e et du 20e siècle des sociaux-démocrates aux communistes était concentrée sur l’industrialisation, le développement économique et la promotion de la science, la raison et l’idée de progrès.

La séparation de la technologie et la Gauche

Alors pourquoi ces deux tendances de pensées se sont séparées à la fin du 20e siècle ? Pourquoi il y a-t-il autant de sociaux-démocrates contemporains, féministes et Verts méfiant et hostile aux biotechnologies, ordinateurs et la science en général ? La réponse commence probablement avec la tradition gauche romantique qui s’est développée en réaction à la technologie moderne.

Les visions pastoralistes de William Morris d’un socialisme désindustrialisé, l’anéantissement luddite des machines par le mouvement proto-travailleur, et l’absorption dans la pseudoscience, le spiritualisme et le communalisme prônant un « retour à la terre » par les radicaux bohémiens, étaient toutes des réactions au capitalisme.

Les romantiques et les luddites ont associé la technologie au capitalisme, et pensaient qu’ils pouvaient créer une société plus saine et plus égalitaire, seulement en combattant les nouvelles technologies. En fait, dans le Manifeste Communiste, Marx et Engels mettent en garde contre le clergé, les aristocrates et les socialistes petit-bourgeois qui promeuvent le pastoralisme et la production préindustrielle comme le remède à tous les maux sociaux.

Toutefois, ce n’est qu’à partir de la deuxième guerre mondiale que l’association généralement étroite de la gauche avec la science, la technologie et la raison a commencé à être remplacée par la tradition romantique. L’intérêt de la gauche dans la ré-ingénierie de la nature de l’Homme a été étouffé par les programmes eugénistes des Nazis. Les chambres à gaz ont révélé que la technologie moderne pouvait être utilisée par un État moderne pour des utilisations terrifiantes, et la bombe atomique a constitué une menace technologique permanente sur l’existence de l’humanité.

La contre-culture a attaqué le positivisme et a glorifié les manières de vivre préindustrielles. Pendant que les progressistes et les New Dealers ont construit l’État Providence comme un outil de raison et de justice sociale, la Nouvelle Gauche a rejoint les conservateurs culturels et les néolibéraux du marché libre en l’attaquant, comme étant un outil abrutissant d’oppression, contribuant au déclin général de la foi dans les gouvernements démocratiques.

Les tendances intellectuelles telles que le postmodernisme a commencé à émettre des doutes sur les « récits maîtres » du progrès politique et scientifique, alors que le relativisme culturel a érodé la confiance des progressistes que les démocraties industrialisées libérales laïques étaient en fait supérieure aux sociétés préindustrielles et des pays en développement. Comme la gauche abandonnait l’idée d’une vision ultra-branchée d’un futur radicalement démocratique, les néolibéraux étaient maintenant associés au progrès technologique. Le techno-optimisme de gauche a été remplacé par les soupçons luddites envahissant sur les produits de la culture de surconsommation. General Electric et IBM ont célébré la technologie dans les publicités à la télévision pour étouffer leur complicité dans l’attaque au napalm de bébés vietnamiens. Les activistes combattent le «Système».

Bioéthique, technologie et valeurs démocratiques

Pendant cette période, les philosophes et les théologiens ont commencé à s’adresser à des problèmes éthiques naissants en médecine et recherche biologique donnant naissance au domaine de la bioéthique. Bien que la plupart des premiers participants dans ce domaine étaient motivés par la théologie, le domaine a rapidement adopté des valeurs et principes démocratiques libéraux laïques comme leur lieu de départ consensuel fondamental.

Beauchamp et Childress ont particulièrement argumenté pour les maintenant généralement populaires principes bioéthiques fondamentaux d’autonomie, de justice et de bienfaisance qui sont des corollaires directs de la liberté, l’égalité et la solidarité.

Dans les années 70, pour s’opposer à l’hystérie envahissante sur la fécondation in vitro et le génie génétique, et les avertissements théologiques contre ‘jouer à Dieu’, il y a eu quelques voix humanistes laïques telles que John Fletcher qui ont argumenté que les humains ont le droit de contrôler leur propre génétique. Mais l’attention de la plupart des bio-éthiciens s’est concentrée sur la protection des patients de la recherche scientifique peu éthique et sur les applications trop agressives des soins de fin de vie, en protégeant le public de la science et de la technologie plutôt qu’en protégeant leurs droits.

Alors que la bioéthique mûrissait, il apparut clairement que les bio-éthiciens professionnels gagnaient bien plus de traction en exacerbant les anxiétés luddite du public qu’en les apaisant. Si le clonage n’est vraiment que la création retardée de jumeaux, et non une menace profonde de tout ce qui nous tient à cœur, qui va financer les conférences bioéthiques pour l’aborder et autoriser les bio-éthiciens à empêcher la recherche scientifique au clonage ?

Aujourd’hui, la plupart des bioéthiques informées et contribuant à l’orientation luddite grandissante des arts à tendance de gauche et des facultés de sciences humaines, commence avec l’hypothèse que les nouvelles biotechnologies sont développées de manière peu éthique par un complexe médico-industriel rapace, et qu’elles auront une myriade de conséquences désagréables pour la société, en particulier pour les femmes et les impuissants. Plutôt que de mettre en valeur la liberté et l’autonomie des individus qui pourraient vouloir adopter les nouvelles technologies ou d’argumenter pour un accès équitable croissant aux nouvelles biotechnologies, faisant balancer l’attention de la technologie du « droit de » avec l’attention de la technologie du « droit à », la plupart des bio-éthiciens le voient comme leur responsabilité de ralentir l’adoption de la biotechnologie.

La bioéthique est de la proto-biopolitique. Comme le débat public et les idéologies biopolitiques cristallisent et polarisent, les bioéthiques seront de plus en plus révélées comme activistes partisans plutôt que des experts appliquant des principes éthiques universellement acceptes. En fait, le masque a déjà sérieusement glissé. Alors que le Comité en bioéthique du Président des États-Unis, Bill Clinton, était largement représentatif de la bioéthique académique, le projet politique du Comité en bioéthique du Président George W. Bush est assez transparent. Bush a choisi Leon Kass comme Grand Vizir de ce comité, un homme qui est opposé à toute intervention dans la reproduction humaine, de la fécondation in vitro, au clonage reproductif, culminant la montée du luddisme dans la bioéthique Kass, à son tour, a rempli le comité à la fois de bio éthiciens conservateurs, tels que Mary Ann Glendon et Gilbert Meilander, et de conservateurs avec peu ou pas de connexion à la bioéthique académique, tels que Francis Fukuyama et Charles Krauthammer. La campagne actuelle de l’administration Bush et du comité de Kass est de criminaliser l’utilisation d’embryons et le clonage d’embryon dans la recherche.

Bien que le pivot de l’opposition sur la recherche en cellules-souches utilisant la recherche sur des embryons vienne du mouvement du droit à la vie, la droite chrétienne a été rejointe par les bio-luddites de gauche. Jeremy Rifkin, longtemps la mouche du coche organisant des coalitions gauche-droite pour s’opposer au brevetage de gène, au clonage et à la maternité de substitution, a distribué une pétition en mars qui a été signée par plus de cent bioéthiques en vue et d’activistes progressistes, implicitement approuvant la législation Brownback soutenue par les Républicains au Congrès qui criminalise la recherche médicale utilisant les embryons.

Heureusement, la coalition en soutien à la recherche du clonage d’embryon a contacté de nombreux signataires et a découvert qu’ils n’avaient aucune idée qu’ils avaient adhéré à la criminalisation de la recherche médicale. Maintenant, des pétitions pro et anti-clonage d’embryon pour les progressistes et les conservateurs ont proliféré, faisant comprendre que la biopolitique est orthogonale au paysage politique préexistant et que la bioéthique est de plus en plus un exercice politique et non simplement académique.

Pourquoi les démocrates devraient embrasser le transhumanisme

Le luddisme est une impasse politique pour la politique progressiste. Les progressistes doivent faire renaître la tradition techno-progressiste s’ils veulent atteindre leur but de favoriser la liberté, l’égalité et la solidarité.

Tout d’abord, le luddisme de gauche fait l’erreur d’assimiler les technologies aux relations de pouvoir autour de ces technologies. Les technologies ne déterminent pas les relations de pouvoir, elles créent seulement de nouveaux terrains pour l’organisation et la lutte. La plupart des nouvelles technologies ouvrent de nouvelles possibilités une liberté et une égalité accrues, tout comme elles établissent de nouvelles occasions pour l’oppression et l’exploitation. Puisque les nouvelles technologies ne seront très probablement pas arrêtées, les démocrates doivent se les approprier, d’articuler des politiques publiques qui maximisent les avantages sociaux issus de ces technologies, et de trouver des usages libérateurs à ces technologies. Si la biotechnologie doit être rejetée simplement parce que c’est un produit du capitalisme, adopté dans une société de classe, alors toute technologie doit être rejetée. La mission de la gauche est de soutenir le contrôle démocratique et les priorités sur le développement et la réalisation de la technologie. Mais l’établissement d’un contrôle démocratique sur l’innovation technologique n’est pas la même chose que le luddisme. En fait, dans la mesure où les défenseurs du contrôle démocratique de la technologie ne garantissent pas les avantages de la technologie, et tentent de complètement supprimer la technologie, ils perdront le soutien du public.

Deuxièmement, la technologie peut nous aider à transcender certaines des causes fondamentales des inégalités de pouvoir. Même si on ne pourra jamais éliminer les inégalités d’intelligence et de connaissance, le jour n’est pas si loin où chaque humain peut être garanti d’intelligence suffisante pour fonctionner comme un citoyen actif. Une des demandes progressistes les plus importantes sera de garantir l’accès universel aux technologies de choix génétique permettant aux parents de s’assurer que leurs enfants aient des capacités biologiques égales à ceux des autres. Les naissances assistées technologiquement, ce qui inclut éventuellement les grossesses artificielles, libéreront les femmes de la nécessité d’être les porteuses nécessaires et vulnérables de la prochaine génération. La liberté morphologique, l’habilité de changer son corps (y compris nos habilités, poids, sexe et caractéristiques raciales) réduira les oppressions basées sur le corps (handicap, grosseur, sexe et race) aux préjugés esthétiques. »

Troisièmement, le luddisme de gauche est ennuyeux et déprimant, il n’a aucune énergie pour inspirer les mouvements à créer une société nouvelle et meilleure. La gauche a été bâtie par des personnes inspirées par des visions millénaires, et non par des personnes qui voyaient un futur sans espoir de protestation existentielle futile. La plupart des gens ne veulent pas vivre dans un futur sans télécommunications, appareils ménagers, voyages par avion et médecine. La Prochaine Gauche a besoin de redécouvrir son imagination utopiste si elle est pour se renouveler, de se reconnecter à l’imagination populaire et demeurer actuel. La prochaine gauche a besoin de projets visionnaires dignes d’un monde en transition, mais unifié, tels que la garantie de la santé et de la longévité pour tous, et la colonisation du système solaire.

Pourquoi les transhumanistes devraient embrasser les valeurs démocratiques

Quelles raisons pouvons-nous mobiliser pour convaincre les transhumanistes généralement néolibéraux d’embrasser l’égalitarisme, la règle de la majorité et l’État-Providence. Le meilleur argument serait une preuve que la démocratie sociale maximise l’assurance sociale mieux que le marché libre chimérique. Mais c’est aussi l’argument le plus difficile, car il retient les états actuels existant contre les marchés parfaits encore passés inaperçus. Bien sûr, la gauche démocratique n’est pas non plus immunisée à ce style d’argument, mesurant les capitalismes actuels existant avec les socialismes démocratiques idéalisés. Malheureusement, quand les deux côtés se restreignent à des comparaisons empiriques des états et des politiques sociales il y a trop de circonstances atténuantes pour arriver à trop de conclusions autres que l’élimination complète des marchés ou des états ne fonctionnent en général pas bien. Les convictions politiques sont dans une large mesure une affaire de foi.

Que penser des controverses au sein de la vision du monde transhumaniste?

Tout d’abord, une intervention de l’État est nécessaire pour répondre aux menaces catastrophiques des technologies émergentes. La plupart des transhumanistes reconnaissent que la nanotechnologie, le génie génétique et l’intelligence artificielle pourraient provoquer des catastrophes si elles étaient utilisées à des fins terroristes ou militaires ou bien si elles étaient autorisées à se reproduire dans la nature. La contemplation de ces scénarios catastrophiques a conduit d’éminents transhumanistes tels que Max More, fondateur et président de l’Institut Extropy, à s’éloigner de la doctrine néolibérale et à adhérer aux politiques prophylactiques d’un gouvernement. Demander aux firmes de nanotechnologie de prendre des assurances contre la destruction accidentelle de la biosphère n’est pas vraiment pratique. Quelle police d’assurance couvre la destruction accidentelle de la biosphère ? Comment les éléments externes du bioterrorisme pourraient-ils être pris en compte dans la comptabilité d’une entreprise de thérapie génique ? Seuls les gouvernements sont dans une position de créer les niveaux nécessaires de prophylaxie, et la plupart des transhumanistes peuvent convenir de ce point.

Deuxièmement, seules des politiques gouvernementales crédibles et efficaces pour empêcher les conséquences des nouvelles technologies rassureront les publics réticents qu’elles ne doivent pas être interdites. En raison de la faiblesse de la démocratie sociale aux États-Unis, la politique actuelle de la technologie est dominée par une hystérie ignorante d’un côté et la cupidité de l’autre, les politiciens nourrissant l’hystérie populiste luddite et les lobbyistes corporatives anti-réglementations. Il faut offrir au public un autre choix que celui de la technologie du libre marché sans entrave par opposition à l’interdit.

Si les transhumanistes ne reconnaissent pas la légitimité du règlement, et tentent de réaliser et de soutenir une législation responsable, ils cèdent le champ aux luddites. Ces choix nécessitent des gouvernements sociaux-démocrates forts, tels que ceux d’Europe, qui peuvent agir indépendamment des intérêts corporatifs et des extrémistes bruyants. Nous avons besoin d’un dispositif social-démocrate fort qui ne bloque pas les technologies d’amélioration humaine pour des raisons luddites, mais qui garantira aussi que les technologies d’amélioration humaine sont sans danger et efficaces. Le cas de la cryogénisation montre comment des supercheries spectaculaires ou des désastres iatrogéniques peuvent faire reculer complètement l’acceptation de la technologie d’amélioration humaine. Il faut prouver que les améliorations humaines sont sans danger avant d’être utilisées, mais elles ne doivent pas être prises en otage en raison des vagues angoisses luddites.

Troisièmement, les politiques sociales doivent explicitement répondre aux inquiétudes du public que la biotechnologie exacerbera l’inégalité sociale. Les transhumanistes néolibéraux ont une réponse énergique au défi que la biotechnologie sera utilisée à des usages totalitaires. Dans une société libérale, chaque individu choisira pour lui-même s’il veut adopter les technologies. Mais quelle est leur réponse à la menace de la polarisation de classe croissante ? Les biotechnologies permettront aux riches d’avoir des enfants en meilleure santé, plus forts, plus intelligents et qui vivront plus longtemps. Vaincre la résistance populaire à la technologie ne demandera pas seulement de rassurer le public qu’elles sont sans danger et qu’elles ne seront imposées à personne, mais aussi qu’il y aura un accès universel et équitable à ses avantages grâce au financement public. En d’autres termes, le choix génétique et l’amélioration des technologies doivent être inclus dans un programme d’assurance-maladie national.

La nanotechnologie et l’intelligence artificielle exacerberont aussi l’inégalité en contribuant au chômage structurel grâce à l’automatisation. Le travail sera de plus en plus inutile au 21e siècle. Si les techno-optimistes ne travaillent pas à améliorer le chômage structurel à travers les développements de l’État-providence, la réforme du travail, en établissant une semaine de travail et une vie active plus courtes, un revenu social garanti, alors il est probable que nous verrons le retour de la vieille école du luddisme, la destruction des machines par les chômeurs.

Quatrièmement, les pratiques monopolistiques et les lois sur la propriété intellectuelle trop restrictives peuvent sérieusement retarder le développement des technologies d’amélioration humaine, et limiter leur accès. Les applications de la loi sur la propriété intellectuelle qui sont trop généreuses envers les sociétés peuvent limiter l’accès à l’information et aux outils d’une façon qui ralentissent l’innovation. En s’engageant avec la loi et la politique publique, les transhumanistes peuvent protéger le peuple de l’information biomédicale essentielle au progrès de la science.

Cinquièmement, seul un État démocratique libéral fort peut garantir que les post-humains ne sont pas persécutés. « Notre futur post-humain » sera aussi menaçant pour les humains non-améliorés que les droits des homosexuels ou la libération des femmes l’ont été pour les patriarches et les homophobes ou les droits des immigrants le sont pour les xénophobes. Bien que les transhumanistes néolibéraux puissent imaginer qu’ils seront capables de se protéger s’ils sont bien armés et ont des réflexes supérieurs, ils seront sévèrement surpassés en nombre. La guerre civile n’est pas non plus un aboutissement attrayant.

Les transhumanistes doivent plutôt comprendre leur continuité avec les mouvements de droits civils du passé et travailler à construire des coalitions avec des minorités sexuelles, culturelles, raciales et religieuses, pour protéger la démocratie libérale. Nous avons besoin d’un État démocratique fort qui protège le droit des minorités avant-gardistes pour innover et expérimenter avec leurs propres corps et esprits.

Les transhumanistes doivent aussi accepter l’aile sympathique du mouvement des droits des animaux, puisque, comme pour les droits des animaux, le transhumanisme est opposé à l’anthropocentrisme. Mais plutôt que les droits pour toute forme de vie, l’éthique transhumaniste cherche à établir la solidarité et la citoyenneté pour toute vie intelligente. Les transhumanistes attendent avec impatience une société dans laquelle les humains, les post-humains et les non-humains intelligents sont tous des citoyens de l’État. Les exigences du « Projet grand singes» pour un prolongement de la protection des droits de la personne aux grands singes sont en accord avec ceci.

Sixièmement, les transhumanistes néolibéraux sont inconsistants quand ils discutent du marché libre. L’argument dominant pour le marché libre de la part des transhumanistes néolibéraux vient de Hayek : le marché est un phénomène émergeant, naturellement élaboré, sans conseil conscient, qui attribue mieux les ressources qu‘il ne les planifie. Mais l’objectif du transhumanisme est précisément de remplacer le naturel avec le planifié, en remplaçant la chance avec le dessein. La clef du transhumanisme est la confiance dans la raison, et non dans la nature.

Dans tous les cas, l’affirmation que le marché est naturellement élaboré alors que les structures et régimes gouvernants sont des impositions artificielles sur la nature, est de la mauvaise sociologie. Tous les marchés qui fonctionnent, nécessitent des normes, des règles, des lois, des corps législatifs, la police, des tribunaux et de la planification. Tous les régimes démocratiques ont besoin de l’action de millions d’agents autonomes rassemblant leurs intérêts, s’exprimant en ayant un comportement volontaire, et créant un système politique émergent. Le marché n’est pas plus naturel que la démocratie, même si être «naturel» était une vertu transhumaniste.

Tisser un nouveau transhumanisme démocratique

Lesbiennes, homosexuelles, bisexuelles et transhumanistes

Lors de la conférence Transvision en 2003, Vanessa Foster, la présidente de la Coalition nationale pour l’action transsexuelle, a pris la parole lors de l’atelier le Futur du sexe et du genre et a annoncé qu’elle était une transsexuelle préopératoire. Sa présentation était construite autour du thème de l’attaque par la bande du village du monstre Frankenstein incompris. Entre des images de superbes transsexuelles et de passages de films de Frankenstein, Mme Foster a déclaré que les transsexuels étaient les premiers transhumanistes. Historiquement, nous pouvons débattre de ce point, mais politiquement, ce fut un moment historique. Le transhumanisme comme mouvement des droits civils à l’avant-garde était arrivé, et les visages stupéfaits mais ouverts du public mâle largement hétérosexuel, a montré le travail qu’il reste à faire aux transhumanistes pour atteindre les électeurs disparates qui bâtiront le transhumanisme démocratique.

Il y a de nombreuses circonscriptions et fils idéologiques qui ont besoin de s’introduire dans le transhumanisme démocratique. Les premiers d’entre eux sont les mouvements disparates qui travaillent à approfondir notre compréhension des droits de l’homme pour y inclure les droits de contrôler le corps, tel que les transsexuels, les troupes de choc du transhumanisme. Les militants pour les droits de la reproduction, qui insistent que les femmes ont subventionné l’accès à la technologie reproductrice et contraceptive, sont les alliés naturels du transhumanisme démocratique.

Bien que de nombreuses féministes ont été influencées par le bio-luddisme éco-féministe et les arguments des luddites de gauche sur les dangers de la technologie corporatiste, il y a un électorat féministe plus large qui ne voit aucune contradiction entre les pleins pouvoir des femmes et l’utilisation de la technologie pour accroître leur contrôle sur leurs vies. Seul un transhumanisme démocratique, qui embrasse le besoin de règle de sécurité, peut répondre adéquatement aux inquiétudes légitimes sur les dangers, sur la technologie médicale soulevée pour les féministes par les désastres spectaculaires tels que la thérapie de remplacement d’hormone.

On trouve dans la cyborgologie de Donna Haraway un fil idéologique qui s’est accru chez les intellectuels au cours des vingt dernières années, inspiré par le rejet du bio-luddisme éco-féministe par les féministes de gauche. En 1984, Donna Haraway a écrit Un Manifeste pour les Cyborgs : science, technologie et féminisme socialiste dans les années 80 comme une critique de l’éco-féminisme, et il a débarqué comme la détonation retentissante d’une grenade. Haraway a argumenté que c’est précisément dans la frontière érodée entre les humains et les machines, dans l’intégration des femmes et des machines en particulier, que nous pouvons trouver la libération des anciens dualismes patriarcaux. Haraway conclut, « Je préférerais être un cyborg plutôt qu’une déesse », et suggère que le cyborg est la métaphore libératoire pour les femmes. L’essai de Haraway et les écrits ultérieurs ont inspiré la nouvelle sous-discipline de «cyborgologie» ou «cyber-féminisme», faite de critiques de culture qui utilisent la métaphore du cyborg et les questions postmodernistes posées par Haraway pour explorer l’interface femme-machine. Il y a eu jusqu’à présent très peu de pollinisation croisée entre les cyborgologistes intellectuels de gauche et les transhumanistes, mais la reconnaissance mutuelle et les liens se développent.

Les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels sont aussi des alliés naturels du transhumanisme démocratique, puisque le droit de contrôler son propre corps signifie être capable de le partager avec d’autres adultes consentants. Les prétendus philosophes de la loi naturelle, attaquant les droits des homosexuels et le mariage homosexuel, déploient les mêmes arguments contre l’amélioration humaine, et quand ils attaquent l’utilisation de la technologie reproductive par les homosexuels et les lesbiennes, ils fournissent une question de lien naturel. Alors que la fécondation in vitro permet aux lesbiennes d’avoir des enfants sans avoir de rapports sexuels avec un homme, le clonage leur permettrait d’avoir un enfant apparenté à seulement un parent. Les travaux sur la fécondation des ovules avec l’ADN d’un autre œuf ou le remplacement de l’ADN d’un ovule avec l’ADN du sperme, permettraient aux deux parents homosexuels d’avoir des liens génétiques avec leurs enfants. Un activiste qui a vu ce lien et qui en a profité est l’activiste chevronné des droits des homosexuels Randy Wicker. Wicker a été l’un des premiers militants des droits des homosexuels à passer à la radio et à la télévision au début des années 60, et il a été actif dans les droits des homosexuels à New-York jusque dans les années 90. Puis en 1996, quand la réaction brutale internationale a commencé contre le clonage de la brebis Dolly en Écosse, Wicker a eu une épiphanie. Il a vu que le droit de cloner était une question fondamentale des droits de reproduction et des droits des homosexuels parce que « le clonage rend le monopole historique de l’hétérosexualité sur la reproduction obsolète ». Wicker a commencé le Front uni pour le droit au clonage avec d’autres militants des droits des homosexuels, puis a cofondé la Fondation pour le clonage humain, et est devenu un porte-parole national du clonage comme droit de reproduction.

Wicker lutte contre une bataille pénible et essaye de combattre l’opposition hystérique, spécialement compte tenu des nombreux défauts de naissance qui tracassent les clones mammifères. Mais il commence à progresser à persuader les militants homosexuels tels que Chandler Burr, auteur d’une Création distincte : la recherche de l’origine biologique de l’orientation sexuelle qui reconnaît que le clonage et la technologie reproductive permettront aux couples homosexuels d’avoir des enfants qui seront liés à l’un ou aux deux de leurs parents, et par conséquent pose un défi profond à l’hétéro-sexisme. « Il nous éloigne un degré de plus de l’idée que les bébés sont produits uniquement par des hétérosexuels ayant des rapports hétérosexuels ».

Un autre énorme électorat pour le transhumanisme démocratique sont les millions de personnes qui sont considérées comme des criminels par les lois contre la liberté cognitive, par exemple les lois contre les drogues illicites. Les drogues sont bien sur un problème de santé publique considérable, mais la guerre contre la drogue ne fait qu’aggraver le problème, pendant qu’elle détourne les ressources des besoins sociaux vitaux. Si l’utilisation de drogues rend les gens malades, ils doivent être soignés par le système de santé, et non par une prison. Mais nos drogues et autres technologies de contrôle du cerveau ne deviendront que de plus en plus complexes et les technologies de surveillance et de répression plus puissantes. Une société qui rejette le droit de consommer le cannabis pour modifier notre état d’esprit est une société qui nous privera plus vraisemblablement du droit aux modificateurs d’intelligence et d’humeur qui seront bientôt disponibles. Au lieu de permettre aux individus d’utiliser la neuro-technologie de manière autonome, et d’aider ceux qui ont des problèmes, la guerre contre la drogue menace de plus en plus d’utiliser la neuro-technologie comme arme de contrôle. Par exemple, les lignes émergentes des vaccins contre la drogue ne sont pas simplement développées comme outils volontaires pour les personnes essayant de se débarrasser de dépendances, mais comme mesures préventives que les sociétés peuvent demander à leurs employés de prendre, permettant des analyses de drogue régulières. Une bien meilleure utilisation des fonds publics, comme le propose le philosophe transhumaniste David Pierce dans l’Impératif hédoniste serait de développer de meilleures drogues avec moins de risque de santé. Ironiquement, après l’avertissement des conséquences anti-démocratique de l’intoxication de masse dans le Meilleur des mondes, Aldous Huxley en est arrivé à la conclusion contraire vers la fin de sa vie, après une expérience positive avec la mescaline. Dans les Portes de la perception, il écrit « la seule politique raisonnable est d’ouvrir d’autres, meilleures portes, dans l’espoir d’inciter les hommes et les femmes à changer leurs vieilles mauvaises habitudes pour de nouvelles et moins nuisibles. Certaines de ces autres, meilleures portes seront sociales et technologiques en nature, d’autres religieuses ou psychologiques, d’autres diététiques, éducationnelles et athlétiques. Mais le besoin de prendre des vacances chimiques fréquentes contre la solitude intolérable et les frustrations du quotidien demeura sans aucun doute. Ce qui est nécessaire, est une nouvelle drogue qui soulagera et consolera les espèces souffrantes sans faire plus de mal dans le long terme qu’elle ne fait de bien dans le court terme ».

Combattre la guerre contre la drogue met les transhumanistes démocrates en solidarité non seulement avec les millions de prisonniers politiques purgeant une peine pour possession et usage de drogue non-violent, mais aussi avec les nouveaux activistes pour la liberté cognitive, tels que Wrye Sententia et son Centre pour la liberté cognitive et l’éthique, qui dit « nous cherchons à établir, à promouvoir et à protéger le droit de chaque individu d’utiliser l’éventail complet de son esprit, à engager des multiples modes de pensées, et à ressentir des états de conscience alternatifs ».

Les cyborgs handicapés et les scientifiques laïques

Les cyborgs handicapés, utilisant la dernière technologie d’assistance et leurs yeux fixes sur le progrès médical, sont aussi les alliés naturels des transhumanistes démocrates qui soutiendraient à la fois leurs droits à l’intégration sociale et leur libération technologique. Les personnes handicapées dans les pays industrialisés plus riches, avec leurs fauteuils roulants, leurs membres prosthétiques, interfaces informatiques inédites et ordinateurs portables, sont les humains les plus dépendants technologiquement jamais connus. Certaines personnes handicapées embrassent consciemment l’image transgressive du cyborg. Le journaliste paraplégique John Hockenberry a fait remarquer que les personnes handicapées poussent les frontières de «l’humain» dans un article dans Wired, un magazine technophile américain.

Les spécifications de l’humanité sont de nouveau de retour à la case départ, grâce à quelques concepteurs improbables, et les personnes handicapées ont un sérieux avantage dans cette conversation. Ils ont utilisé la technologie de manière commune et profonde depuis des années – pour bouger, pour communiquer, et pour interagir avec le monde. Les personnes avec des handicaps – qui pendant la plus grande partie de l’histoire humaine sont morts ou que l’on a laissé mourir – vivent maintenant, grâce à la technologie médicale, des vies bien remplies. Pendant cela, la définition de «l’humain» a commencé à s’élargir.

Le symbole le plus frappant de l’activisme transhumaniste des handicapés est probablement de nos jours Christopher Reeve, l’ancien acteur de Superman qui est devenu un militant infatigable pour la recherche biomédicale après un accident d’équitation qui l’a rendu quadraplégique. Reeve a été particulièrement important dans la défense de l’utilisation d’embryons clones dans la recherche des cellules-souches.

Les activistes aux handicaps très sévères ont été aliénés de la technologie d’amélioration humaine par l’idée que les technologies qui réduisent le taux d’infirmité tel que le test prénatal, le génie génétique, et même les technologies d’assistance comme les greffes auriculaires, sont une forme de « génocide eugéniste » insidieux. Mais la plupart des personnes handicapées ne sont pas luddites. La plupart des personnes handicapées pensent que nous pouvons permettre aux parents de choisir d’avoir des enfants non-handicapés et que la technologie peut être utilisée pour vaincre ou guérir les infirmités, pendant que nous nous battons pour l’égalité pour les personnes avec des infirmités. Assurément, ces droits incluraient le droit des adultes de choisir de ne pas être «modifiés» et de choisir de vivre avec des corps qui ne sont pas «normaux». Le droit de ne pas être contraints par la société d’adopter un corps «normal» est aussi une exigence centrale des transhumanistes.

Il y a maintenant aussi une petite organisation explicitement transhumaniste pour les personnes avec des infirmités, l’Alliance Ascender. Fondée par Alan Pottinger, le Ascender Manifesto reconnaît la critique de «l’eugénisme» des mouvements des droits des handicapés et l’inquiétude que l’amélioration humaine pourrait abandonner les handicapés. Mais au lieu d’embrasser le luddisme, Pottinger appelle les handicapés à embrasser le transhumanisme afin de chasser les « limites politiques, culturelles, biologiques et psychologiques à l’auto réalisation et à l’accroissement » puisque « chaque être humain à le droit à l’ascension ».

L’affirmation de Pottinger que la société a l’obligation d’assister chaque individu du droit à l’auto perfectionnement, suggère une autre raison que les handicapés sont des électeurs transhumanistes démocrates forts, en plus de leur transgression du «l’humain»: ils sont en général des forts partisans de l’État-providence, et l’un des plus puissants arguments en leurs faveurs. Les militants des droits des handicapés font déjà campagne dans le monde pour une augmentation des fonds des gouvernements pour la technologie d’assistance, et ils seront des alliés clef dans la demande des transhumanistes démocrates que chaque personne ayant besoin d’une greffe cybernétique ou thérapie génique pour corriger une infirmité y ait droit à travers les subventions publiques. Les coûts des traitements et des technologies devront baisser et leur sécurité et leur fiabilité augmenter, mais finalement la demande que les aveugles devraient voir, les boiteux marcher, et les muets parler fera partie du programme politique global.

De façon plus générale, les groupes de défense des droits des patients et les groupes de pression scientifiques partagent un intérêt large avec le mouvement transhumaniste dans la vision de plus de financement public de la recherche médicale et la protection de la liberté pour mener la recherche des interdits des bioluddites. La lutte sur le financement des Instituts nationales de la santé et les projets de loi pour la criminalisation, la recherche des cellules-souches, ont mobilisé une énorme coalition pour la défense de la recherche scientifique. La Coalition pour le progrès de la recherche médicale, le lobby principal pour les cellules souches, compte des douzaines de groupes de pression puissants de Washington, y compris des groupes de patients comme l’Association américaine contre le diabète, et l’Association américaine contre la stérilité, des organisations de physiciens comme l’Association médicale américaine, et le Collège américain d’obstétriciens et gynécologues, les universités de recherche sur l’individu telles que le Système de l’université de la Californie, les associations d’éducation telles que la Chambre américaine sur l’éducation, les fondations telles que celle fondée par Christopher Reeve, et les groupes industriels tels que l’Association de l’industrie biotechnologique et l’Association nationale de capital de risque. La vaste alliance des patients, fournisseurs et groupes pédagogiques contre le groupe de pression droit à la vie et le Parti Républicain est une très bonne nouvelle pour un transhumanisme démocratique et il faut espérer que cette tendance continuera pendant que l’administration Bush continue à poursuivre une politique hostile à la science.

La plupart des scientifiques américains sont laïques, libertaires civils et penchent vers le Parti démocrate. Les scientifiques croient passionnément en la liberté scientifique, sont incrédules aux attaques néo-luddites sur le progrès technologique et se méfient de la base religieuse fondamentaliste dans le Parti Républicain. Les scientifiques sont devenus encore plus nerveux sous l’administration Bush, car elle a rejeté le consensus scientifique sur les cellules tiges, le changement climatique, le programme national de préparation à l’école des enfants démunis et l‘éducation sexuelle orientée sur l’abstinence.

Quand le Comité en bioéthique du Président des États-Unis a recommandé l’interdiction du clonage thérapeutique des cellules-souches, tous les scientifiques actifs ont voté contre cette résolution. L’administration Bush a davantage aliéné la communauté scientifique en promouvant des scientifiques à des postes au gouvernement uniquement sur la base de leurs opinions politiques et religieuses. Après le 9/11, les restrictions de Bush sur les visas pour les scientifiques et étudiants étrangers ont été condamnées par L’Académie nationale de la science, l’Académie nationale du génie et l’Institut de la médecine. Ces restrictions ont récemment coûté au MIT une subvention pour la recherche de 400 000 $ pour étudier l’intelligence artificielle alors qu’ils ont refusé de permettre à l’Agence de sécurité nationale de se renseigner sur ses étudiants étrangers de 3e cycle.

L’anti-intellectualisme de l’administration Bush prête l’oreille à l’attaque de Spiro Agnew contre les intellectuels comme étant « des snobs efféminés ». Le conseiller politique de Bush, Karl Rove, a raconté au New Yorker que la définition d’un Démocrate était « quelqu’un avec un doctorat ». Bush à moitié autant de titulaires de doctorats dans son cabinet qu’en avait Clinton, et il a déplacé le Bureau de la politique scientifique et technologique hors de la Maison Blanche et a réduit son personnel. Grâce à ces tendances, un régime penchant à gauche et ayant une politique pro-science, par exemple, le transhumanisme démocratique aurait une base naturelle parmi les scientifiques.

Les biopunks

Alors que les néolibéraux glorifient les entrepreneurs et les innovateurs de haute technologie, ils ont quelquefois des inquiétudes sur les effets que les monopolistes tels que Microsoft et sur les interprétations agressives qu’ont les lois sur la propriété intellectuelle sur l’innovation. En réaction, les néolibéraux monopolistes ont soutenu les efforts volontaires, tels que le mouvement open source. Si nous utilisions tous Linux, un système d’exploitation ouvert gratuit, nous pourrions forcer Microsoft à améliorer Windows ou au moins c’est comme cela que le débat fonctionne. L’objectif du mouvement open source est d’attaquer les monopolistes par le bas, en construisant une communauté autour de l’amélioration constante de technologies de l’information plus robustes et meilleurs marchés. La plupart des néolibéraux sont beaucoup plus réticents vis-à-vis de la lutte anti-monopole du gouvernement ou de toute défense du peuple qui déclare que le génome et l’innovation industrielle sont propriété publique. D’autre part, les techno-progressistes, se distinguent déjà par leur bonne volonté à utiliser la loi anti-monopole, les restrictions sur la propriété intellectuelle et les standards régulateurs pour protéger la concurrence, l’innovation scientifique et l’intérêt publique.

Par exemple, la journaliste scientifique Annalee Newitz a attiré l’attention sur un génie «biopunk» émergent dans le travail des artiste et des chercheurs génétiques corporatifs. Les biopunks sont à la fois convaincus des avantages qui peuvent émerger de la technologie génétique, et opposés à la folie des brevets sur les génomes découverts qui permettent le contrôle corporatif des données génétiques qui devraient être dans le domaine public. Les biopunks protestent à la fois contre les « bioluddites et les apologistes de l’industrie biotechnologique ». Newitz a trouvé les sensibilités biopunk exprimées dans des groupes tels que la Coalition des artistes et formes de vie – un réseau d’artistes qui glorifient la biotechnologie tout en restant critique de son exploitation capitaliste et de ses limitations.

Newtiz argumente que les sensibilités biopunk parmi les scientifiques peuvent être visibles dans l’appel grandissant pour « l’ouverture des sources » des informations scientifiques, des données de base sur le génome humain aux journaux scientifiques. Les séquenceurs de gène travaillant avec l’Initiative du génome humain, ont par exemple déposé leurs données dans la GenBank accessible au public, et maintenant les chercheurs en dehors des laboratoires déposent les données de l’expression génétique dans la base de données publiques du Gene Expression Omnibus.

L’un des efforts biopunk est le Centre d’information sur le Functional Magnetic Resonance Imaging (CIfMRI) établi par le spécialiste du cerveau Michael Gazzaniga et d’autres au collège de Dartmouth. Le CNfMRI rassemble d’énormes fichiers d’échographies du cerveau dans un superordinateur pour créer un atlas de cerveaux normaux et dysfonctionnels au travail et au jeu. Lorsque les journaux de science cognitive ont commencé à exiger que les données utilisées dans les études qu’ils publiaient soient soumises à l’usage public, les scientifiques du CNIfMRI ont hésité.

Certains chercheurs étaient impliqués dans la recherche médicale et pharmaceutique privée et d’autres voulaient simplement être les seuls exploiteurs de leurs données. Mais comme l’ont argumenté Gazzaniga et le collaborateur Daniel Rockmore dans Chronicle of Higher Education « le partage des bases de données accélère le développement des disciplines qui les utilisent ». Les récents progrès en informatique ou l’exploitation de données rendent possible l’utilisation de bases de données comme principal matériel de recherche. Les méta-analyses en résultant donnent des idées aux chercheurs pour de nouvelles expériences, la réduction de la répétition de l’effort, et permettent aux chercheurs d’autres disciplines de travailler dans le domaine ». La plupart des recherches sur le cerveau avaient en tout cas reçu des financements publics, ce qui a obligé les chercheurs à partager leurs données. Dans un effort lié, le Consortium international sur la cartographie du cerveau a compilé les données des cerveaux de 7 000 sujets.

Techno-gaiens et viridiens

J’aime penser (et le plus tôt le mieux!)
à une prairie cybernétique
ou les mammifères et les ordinateurs
vivent ensemble dans une harmonie
mutuellement programmée
comme l’eau pure
touchant le ciel clair.

Richard Brautigan, All Watched Over by Machines of Loving Grace

Un transhumanisme démocratique a aussi besoin de présenter ses arguments aux Verts sceptiques et hostiles, que les nouvelles technologies peuvent être développées sans danger, et déployées de manière à éviter et réparer les dégâts que nous faisons à l’écosystème et à la santé humaine. Cet argument s’associe avec l’effort de l’environnementaliste techno-progressiste, quelquefois appelé techno-gaianisme, qui a grandi avec le milieu de la « technologie alternative » et de « l’énergie renouvelable », reflété dans les journaux tels que le Whole Earth Review.

Walter Truett Anderson est un exemple de philosophe politique techno-gaien. Dans To Govern Evolution and Evolution Isn’t What It Used to Be, Anderson a proposé que la seule façon pour l’humanité d’empêcher une catastrophe dans l’écosphère ou dans nos interventions biomédicales, c’est de prendre la responsabilité démocratique pour gérer la nature, à la fois dans l’écosystème et dans notre génome.

Aujourd’hui, la force agissante dans l’évolution est l’intelligence humaine. Les espèces survivent ou périssent à cause de ce que les gens leur font ou font à leur environnement. La terre, l’air et le réseau hydraulique sont massivement modifiés par la race humaine, qui est devenue, comme un scientifique l’a dit, « une nouvelle force géologique…même notre futur génétique est entre nos mains, guidé non par les abstractions darwiniennes, mais par la science et la technologie médicale et la politique publique ». « Ceci est le projet d’une époque à venir : de créer un ordre social et politique – global – proportionné au pouvoir humain dans la nature. Le projet nécessite un déplacement de la touche-à-tout évolutionniste à un gouvernement évolutionniste.

Le techno-gaianisme appliqué à la gestion de l’écosystème se trouve dans les écrits de « l’écologie de réconciliation » tels que le Win-Win Ecology de Michael Rosenzweig. Rosenzweig réduit son approche sur le réaménagement de l’habitat humain pour une compatibilité de l’écosystème à quelques étapes simples.

Tout d’abord, abreuvez-vous de l’histoire naturelle des espèces que vous voulez aider. Étudiez leur cycle de reproduction, leur alimentation et leur comportement. Soustraire l’essence de leurs besoins de ce que vous observez. Puis appliquez-le sans vous inquiéter de savoir si votre réaménagement du paysage humain ressemblera à une jungle. Cela ne sera pas le cas, alors n’hésitez pas à être outrageusement créatif.

L’un des penseurs techno-gaien le plus outrageusement créatifs est l’auteur de science-fiction et cyberpunk Bruce Sterling. En janvier 2000, Sterling est revenu à ses racines polémiques, un manifeste de 4 300 mots pour un nouveau mouvement politique vert et a rédigé Viridian. Sterling accepte l’urgence du changement de climat et la diminution des espèces, mais son principal grief sur la politique contemporaine des Verts est qu’ils sont luddites et austères. Il appelle à un mouvement de conception ultra-branchée pour créer des outils écologiques pratiques et attrayants. Bien que Sterling refuse résolument d’argumenter pour un activisme politique ou un engagement partisan, comme FM-2030, il expose les grandes lignes d’un troisième chemin entre le capitalisme et le socialisme qui implique des contrôles sur le capital transnational, redirigeant les militaires vers la pacification, les industries durables, l’augmentation du temps de loisirs, des salaires sociaux garantis, la reforme de l’éducation, la santé publique globale étendue, et l’égalité des sexes. Le mouvement Viridien a suscité l’intérêt de centaines de personnes à participer sur ses listes et à recevoir les missives hebdomadaires de Sterling sur des technologies passionnantes mais écologiques.

Les nouvelles technologies moléculaires comportent de sérieux risques environnementaux qui nécessitent une surveillance régulatrice sérieuse, une forme de surveillance que la plupart des techno-optimistes néolibéraux sont peu disposés à comprendre. Mais les technologies promettent aussi de nouveaux avantages écologiques radicaux. Les récoltes peuvent être génétiquement traitées ce qui nécessite moins de terre agricole, pesticides et engrais, et qui fournit plus d’éléments nutritifs essentiels.

Dans Our Molecular Future, Doug Mulhall expose les grandes lignes d’une vision de la «nano-écologie» utilisant une convergence de la nanotechnologie, la génétique et l’intelligence artificielle pour empêcher et réparer la destruction écologique. Les nouvelles technologies, nous permettrons d’élaborer des nouveaux processus industriels qui utilisent moins de ressources et créent moins de déchets, de réparer les dégâts que nous avons déjà faits à l’écosystème, et de nous protéger ainsi que l’écosystème des menaces naturelles telles que les astéroïdes et l’explosion de rayon gamma. Pour Mulhall, il est de notre responsabilité envers l’écosystème de développer ces technologies et de les utiliser pour protéger l’écosystème de la planète.

Les pionniers de la nanotechnologie Eric Drexler et Chris Peterson répondent aux possibles application écologiques de la nanotechnologie dans leur livre Unbounding the Future. Même Greenpeace semble changer d’avis sur l’utilité de la nanotechnologie. Dans son rapport de 2003 de la nanotechnologie et de l’intelligence artificielle intitulé, Future technologies, Today’s Choices Greenpeace dit qu’il n’y a pas besoin d’interdits sur la nanotechnologie ou même des nouvelles structures régulatrices, et que les « nouvelles technologies…font partie intégrante de nos solutions pour les problèmes environnementaux, qui incluent les technologies d’énergie renouvelables telles que l’énergie solaire, éolienne et des vagues, et les technologies de traitement des déchets telles que le traitement mécanico-biologique.”

Bien que notre objectif doit être la croissance de la population plutôt que le contrôle de la population, une société hautement technologique avec une garantie profonde des droits de l’individu et un État démocratique fort – en d’autres mots, l’objectif d’un transhumanisme démocratique – est la meilleure garantie d’un taux de natalité bas. La science et la technologie ont rendu possible la contraception, et l’emploi industriel qui encourage les familles plus petites. Les démocraties libérales fournissent aux femmes l’éducation, des perspectives d’emploi et un planning familial financé publiquement, la contraception et l’avortement, ce qui leur donne les moyens et les motivations de contrôler leur fertilité. Les démocraties libérales riches exigent que leurs enfants soient éduqués au lieu de les faire travailler dans les fermes et les usines. Ils investissent dans la santé publique pour réduire le taux de mortalité infantile. Ils assurent le bien-être des personnes âgées grâce aux pensions de vieillesse. Tout ceci sont des mesures qui réduisent les motivations des parents à avoir des enfants comme investissements de leur avenir.

Et tous les autres…

Dans un certain sens, comme l’intelligence des machines devient plus sophistiquées et automatise de plus en plus le travail manuel, de service et intellectuel, nous allons peut-être tous devenir «infirmes», et nous allons peut-être avoir à lutter pour nos droits à la Sécurité Sociale comme droit humain de base. Le 22 mars 1964, le Comité ad hoc sur la Triple Révolution a envoyé une longue lettre au Président des États-Unis Lyon B. Johnson. La lettre était signée par 34 intellectuels de gauche, dont les leaders des Étudiants pour une société démocratique, Todd Gitan et Tom Hayden, les leaders du Parti socialiste américain, Norman Thomas et Michael Harrington, le biologiste Prix Nobel Linus Pauling, les économistes Robert Heilbronn et Guna Myrdal, le futuriste Robert Thenard et mon cousin (cinq fois lointain) le sociologiste Everett C. Hughes.

Les trois révolutions que la lettre décrivait étaient la révolution dans l’armement qui a nécessité de nouveaux règlements internationaux pour éviter l’apocalypse, la révolution globale des droits de l’homme, qui nécessite un engagement à la démocratisation de chaque pays, commencent par les droits civils pour les Américains d’origine africaine, et la révolution «cybernationale», la robotisation, qui nécessiterait l’établissement d’un revenu minimum universel puisqu’il y aurait bientôt un chômage structurel considérable.

Le lien traditionnel entre les emplois et les revenus est en train de se casser. L’économie de l’abondance peut maintenir tous les citoyens dans le confort et la sécurité économique qu’ils s’engagent ou non dans ce qui est communément considéré comme du travail. La richesse produite par les machines plutôt que par les hommes est toujours de la richesse … (par conséquent, la société devrait pourvoir) chaque individu et chaque famille d’un revenu adéquat comme source de droit.

En réponse, une partie de Les Triples Révolutions dans la revue New-York Review of Books en 1965, le sociologiste Daniel Bell a écarté l’idée qu’il y aurait bientôt un chômage considérable dû à la robotisation parce qu’il n’impactait que quelques industries. La preuve d’un tel effet demanderait qu’il y ait une augmentation de la productivité de toute l’économie en même temps qu’une hausse du chômage.

Projection sur « la reprise économique sans gain d’emploi » de 2003. Depuis 2001, les États-Unis ont perdu 2,7 millions d’emplois. Même il y a eu une reprise de l’économie, ces emplois ne sont pas revenus. Ils sont tous soit partis vers les pays en voie de développement soit ils ont été pris par les machines. En conséquence, la reprise économique a vu des gains de productivité spectaculaires. Selon le ministère du travail américain, la quantité produite par un employé par heure de travail a augmenté de presque 2 % entre avril et juin 2004.

La reprise sans gain d’emploi a aussi été prévue par Hans Moravec dans son livre «Robot». Mais il continue à noter qu’il est peu probable que la société supportera l’inégalité grandissante et la concentration de la richesse.

Il est peu probable qu’une future majorité du «prolétariat» fournisseur de service avec plus de temps libre, communications et démocratie qu’aujourd’hui toléreraient d’être traités avec arrogance par une dynastie de capitalistes héréditaires non-travaillant. Ils voteraient pour changer le système. La tendance dans les démocraties sociales a été de niveler le revenu en relevant les standards des plus pauvres aussi haut que l’économie peut le supporter. Dans l’ère des robots, ce minimum sera très haut.

Puis il suggère que le capitalisme prenne fin et que la société aura besoin de fournir un revenu minimum universel.

L’expansion supplémentaire d’une telle subvention, permettrait à l’argent des industries robotiques collecté comme impôts sur les sociétés, d’être rendue à la population générale comme pensions de retraite. En diminuant graduellement l’âge de la retraite, la majorité de la population pourrait être finalement soutenue. L’argent pourrait être distribué sous d’autres noms, mais l’appeler une retraite est un symbolisme qui en dit long. Les pensions de retraite de la Sécurité sociale commenceraient à la naissance et subventionneraient une retraite longue et confortable pour le modèle original de la race humaine entière.

De la même façon, Marshall Brain, l’informaticien et entrepreneur qui a fondé le site web et les collections de livres couronnées de succès, HowStuffWorks, fait la promotion de son épiphanie Robot Nation, que la moitié de tous les emplois aux États-unis seront perdus au profit du monde en voie de développement ou aux robots d’ici 2055.

Brain suggère que tous les Américains reçoivent un revenu minimum garanti de 25 000 $, payé par des fonds généraux soutenus par une imposition progressiste, les amendes de sociétés et la vente des ressources publiques. Brain argumente qu’un revenu minimum est nécessaire à la survie du capitalisme : pas de consommateurs, pas de capitalisme.

Moravec et Brain ont adhéré au mouvement international croissant d’économistes et de militants qui défendent un « revenu minimum garanti » (RMG). Le RMG est la réponse à la prochaine vague luddite de démolition de machines par les travailleurs destitués en colère. Les luddites n’ont aucune confiance que la démocratie peut permettre à tout le monde de profiter de l’innovation technologique, et les néolibéraux pensent que nous n’avons pas besoin d’une démocratie puisque nous avons la Bourse. Mais Brain, Moravec et le mouvement RMG aspirent à prouver que les démocraties peuvent fournir des avantages économiques universels tout en faisant progresser l’innovation technologique nécessaire à les payer.

Les services médicaux universels et les systèmes de revenu minimum sont essentiels alors que nous faisons la transition évolutionnaire, non seulement pour garantir l’accès égal aux avantages entre les riches et les pauvres, mais aussi entre les jeunes et les vieux. Comme la population vieillit rapidement, et la population supportant les avantages des plus âgés se réduit à la fois démographiquement et à cause du chômage structurel, le conflit de générations sera inévitable sans programmes qui prévoient des avantages universels. Soit la population se réduisant de travailleurs en colère fera la guerre contre les avantages disponibles aux personnes âgées et à la population au chômage croissante, soit nous augmenterons les avantages de la sécurité des revenues et l’assurance-maladie pour tout le monde.

Bâtir une majorité transhumaniste démocratique

Actuellement toutes les personnes se décrivant comme des transhumanistes sociaux-démocrates dans le monde ne pourraient qu’organiser une convention dans une salle de classe de taille moyenne. Mais là n’est pas la question. Il y a une majorité latente d’électeurs pour la justice sociale, une société humanitaire, le progrès technique et la santé et la longévité pour tous. Même si aucun politicien n’était élu sur une plate-forme de droits des singes, les améliorations subventionnées de l’intelligence et un revenu universel garanti, les objectifs de base du transhumanisme démocratique sont partagés par la majorité des gens. Le défi est de trouver des problèmes et des luttes qui démontrent la marginalité des néolibéraux et des bioluddites.

En 1996, le Centre national de sondage de l’opinion a demandé à un échantillon prélevé au hasard d’Américains s’il était de la responsabilité du gouvernement de fournir les services médicaux aux malades. Comme cela a été vrai depuis la première étude sur la question posée dans les années trente, une majorité, 85 % a répondu oui. L’étude a aussi demandé si le test génétique risquait d’apporter plus de bien ou plus de mal, et les deux tiers, 68 % pensaient qu’il apporterait plus de bien que de mal.

Cherchant les techno-optimistes de gauche avec ces deux tests, légèrement plus de la moitié des Américains, 56 % sont des transhumanistes démocrates. C’est la majorité qui attend de faire entendre sa voix.

Certaines personnes disent que le test génétique est un progrès médical merveilleux. D’autres pensent que cela peut entraîner des problèmes. En fonction de ce que vous savez, pensez-vous que le test génétique fera plus de bien que de mal ou plus de mal que de bien ? Est-ce la responsabilité du gouvernement de fournir les services médicaux aux malades ? Good Harm

Oui 56 % 27%

Non 12 % 5%

Source: General Social Survey 1996, National Opinion Research Center (N=311)

Un programme transhumaniste démocratique

Que cela se ramène à une Singularité ou non, les prochaines décennies bouleverseront notre monde et nos attentes. Des temps radicaux nécessitent des solutions radicales.

Bâtir le mouvement transhumaniste

Bâtir une Prochaine Gauche globale, axée vers le futur et radicalement libérale

Radicaliser les droits de la personne

– Défendre les droits de tous les êtres humains opprimés par leurs corps.

Les transhumanistes démocrates doivent établir un lien de solidarité avec tous ceux à qui on refuse le droit de contrôler leurs propres corps et esprit, et ceux qui sont opprimés en raison de leur corps et de leur esprit. Une post humanité différente sera assurée par l’expansion des limites de la tolérance et de l’égalité incluant la diversité complète sexuelle, culturelle et raciale des être humains. On doit s’opposer au racisme et à la discrimination sous toutes leurs formes. Les handicapés physiques devraient avoir accès à l’assistance sociale et technologique dont ils ont besoin pour être des citoyens égaux. Le sexe ne doit pas déterminer les droits, donc le mariage doit être ouvert aux homosexuels et aux lesbiennes. Les personnes devraient pouvoir se définir elles-mêmes selon sexe qu’elles préfèrent, et être autorisées à utiliser la technologie pour sculpter leur sexe pour être en harmonie avec ces préférences, qu’elles soient adaptées ou non au système de sexe binaire.

– Soutenir les droits des grands singes, dauphins et baleines.

– Les transhumanistes démocrates devraient se joindre aux campagnes pour étendre les droits des grands singes, dauphins et baleines comme une cale pour ouvrir les droits de toutes les personnes intelligentes, vaincre le « racisme humain » et établir une « citoyenneté cyberorganique».

– Garantir le droit à toutes les personnes de contrôler notre propre corps et esprit. Nous ne devons pas seulement radicaliser notre compréhension des citoyens, titulaires de droits, mais aussi les droits que nous avons de contrôler nos corps et nos esprits et les structures dont nous avons besoin pour rendre ces libertés réelles. Le droit de contrôler nos corps et nos esprits devrait inclure le droit des adultes sains d’esprit de changer et d’améliorer leurs propres corps et esprits, de posséder notre propre code génétique, de prendre des drogues douces, de contrôler nos propres morts et de nous faire congeler. La liberté procréative, un prolongement du droit de contrôler notre corps et notre vie, devrait inclure le droit d’utiliser des technologies de choix embryonnaire pour assurer la meilleure vie possible à nos enfants. Un gouvernement démocratique fort est nécessaire non seulement pour protéger ces droits, mais pour s’assurer que les technologies subissent des tests de sécurité pour que les consommateurs comprennent bien leurs risques et leurs avantages. Nous avons aussi besoin de démocraties sociales fortes pour assurer l’accès à toutes ces options à tous les citoyens, pas seulement aux riches.

Démocratiser l’innovation technologique

– Soutenir l’éducation scientifique et la recherche fédérale des technologies d’amélioration.

Les transhumanistes démocrates devraient soutenir le développement du financement public de l’éducation supérieure, spécialement l’éducation scientifique et la recherche scientifique. Les étudiants des écoles secondaires américaines, en particulier, sont malheureusement en retard par rapport au reste du monde industrialisé, dans leur préparation pour davantage d’éducation mathématique, scientifique, ingénierie ou médicale. Par conséquent plus d’étudiants américains obtiennent des diplômes en « parcs et récréations » qu’en génie électrique. Les priorités du financement scientifique fédéral de la médecine, de l’intelligence artificielle et de la nanotechnologie devraient s’assurer que les technologies d’amélioration sont développées ouvertement dans le secteur public et non pas seulement dans des laboratoires secrets militaires et privés.

– Soutenir les règles appropriées de la recherche scientifique et de l’innovation technologique. Les transhumanistes démocrates devraient défendre et promouvoir l’évaluation indépendante de la sécurité des technologies d’amélioration humaine, et rejeter les interdits luddites et les règles basées sur de vagues angoisses éthiques et sociales. Les agences internationales devraient être autorisées à imposer des règles globales sur la sécurité des technologies industrielles et médicales. Le Congrès américain devrait rétablir le Bureau d’évaluation de la technologie, et la taille et le mandat de l’Agence de protection de l’environnement et de l’Administration fédérale des drogues devrait être étendu pour rapidement approuver la sécurité des nouveaux matériaux industriels, des médicaments et des appareils médicaux.

– Protéger la propriété intellectuelle et génétique individuelle et collective de la folie des brevets.

– Les brevets sur les génomes existants des plantes, animaux et des humains devraient être déclarés nuls. Les brevets sur les nouvelles séquences génétiques devraient être protégés, sauf s’ils font partie du corps d’un citoyen ayant pris conscience de lui-même, auquel cas cette personne devient co-propriétaire d’une propriété génétique. Les individus doivent avoir le contrôle de leur propre génome, s’étendant à la vie privée de leur information génétique.

Défendre et accroître les droits sociaux

– Construire et défendre les systèmes de santé universels avec des choix.

Tous les citoyens devraient avoir la garantie d’un accès équitable à un forfait de services de santé, dont l’amélioration des technologies là où c’est fiscalement possible. Lorsque des technologies sûres ne peuvent pas être fournies par le biais du système de santé publique pour des raisons politiques ou fiscales, elles devraient être disponibles dans le secteur privé.

– Établir un revenu minimum garanti et augmenter le salaire social.

Tous les citoyens devraient avoir la garantie d’un salaire minimum. Le financement public de l’éducation supérieure devrait être augmenté.

Créer des solutions globales

– Bâtir une fédération démocratique globale.

Il devrait y avoir une gendarmerie globale permanente prête à intervenir rapidement pour empêcher les guerres et autres désastres. les États-Unis devraient se joindre au Tribunal Pénal International. les Nations unies devraient avoir les pleins pouvoirs pour percevoir les impôts sur le commerce international et réformées pour être directement représentatives de l’opinion mondiale par des élections directes. Les accords de commerces mondiaux devraient être associés à des règles efficaces par les masses globales pour assurer la conformité des accords environnementaux, de protection du consommateur et de sécurité des travailleurs.

– Assurer l’accès à la technologie pour les pays en voie de développement.

Les Agences dans le monde développé devraient étendre la recherche aux technologies appropriées aux besoins du monde en voie de développement, et soutenir les programmes de transfert de technologie aux pays en voie de développement. Les institutions internationales telles que l’OMS, la FAO, l’UNCTAD, le PNUD, et l’UNESCO devraient être élargis afin de soutenir la diffusion technologique dans le monde en voie de développement.

– Réduire les risques globaux de la civilisation future.

Les transhumanistes démocrates devraient soutenir la création de corps internationaux capables de contrôler et d’imposer les accords internationaux empêchant la prolifération, et demandant la destruction des armes et autres technologies dangereuses. Les programmes globaux pour surveiller la santé des écosystèmes et la menace des astéroïdes devraient être étendus.

Laissons les classes dirigeantes et les luddites trembler à l’idée d’une révolution transhumaniste démocratique. Futurs « hommes OGM » et cyborgs ! Vous n’avez rien à perdre si ce ne sont vos corps humains, mais des vies plus longues et des cerveaux plus gros à gagner !

Transhumanistes de tous les pays, unissez-vous !

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