Les Cosmistes et l’Homme Post-Biologique

Laissons derrière nous le corps « de viande ». La chair est faible, mais le métal, ça c’est du solide ! Et puis c’est chromé, lisse, brillant, propre et beau. Inimaginable que l’intelligence ait pu choisir un medium aussi répugnant et fragile que cet assemblage d’eau sucrée et gélatineuse. L’avenir est au « post-biologique ».

Pour Hugo de Garis, « l’intelligence artificielle des robots évolue un million de fois plus vite que l’intelligence humaine ». Et le professeur de continuer sur la guerre de religion qui divisera l’humanité de demain. Les « cosmistes », partisans de donner naissance aux « artilects », créatures supérieures en tout point à leur parent biologiques, s’opposeront aux « terrans » conservateurs. Pour le vieil humain peu d’espoir, à moins de devenir lui même un robot, comme le conseille Hans Moravec, grâce à la pratique de l’uploading. Au delà même de la machine, on imagine l’intelligence purement logicielle, capable de se reconfigurer à volonté, de se déplacer à la vitesse de la lumière sous la forme d’un message radio, de changer de corps, mais également de personnalité, d’identité, à volonté. Au sommet de l’évolution, la « soupe fonctionnelle » d’Alexander Chislenko, dans laquelle s’auto-généreront des entités quasi divines en piochant dans une banque de données de comportements et caractéristiques. Ce jour là, uploading ou pas, tout ce qui fait « l’humain » aura déjà disparu.

Techniques : Toutes les technologies de la robotique sont mises à contribution. Plusieurs chemins s’offrent à ceux qui désirent amener la machine à la conscience. L’un d’eux est l’intelligence artificielle symbolique, propre aux systèmes experts des années 60. Celle-ci tente de coder l’ensemble des connaissances et comportements de la machine à l’aide d’instructions spécifiques. Plus en vogue aujourd’hui, le connexionisme cherche à simuler le fonctionnement du système nerveux humain, en créant des milliers de neurones « formels » qui s’activent et s’inhibent en fonction de leurs multiples interactions.

Une troisième voie, plus souvent adoptée par les roboticiens que par les informaticiens traditionnels, consiste à créer des systèmes décentralisés composés de mini-programmes, chacun susceptible d’assumer une tache spécifique, telle que bouger, éviter un objet, descendre un escalier, etc. Il faut aussi se pencher sur la stratégie de création. On peut essayer de produire dès le départ une intelligence supérieure, ou au contraire opter pour une population de machines ou de programmes stupides, mais capables de se répliquer et de voir leur descendance évoluer vers un comportement plus sophistiqué grâce aux aléas de la sélection naturelle. C’est la voie de la « vie artificielle », explorée par des chercheurs comme Thomas Ray et Chris Langton…

Position sur l’échiquier : Les cosmistes existent déjà sans aucun doute : De Garis lui-même, Hans Moravec, une bonne portion des transhumanistes, beaucoup d’adhérents au concept de singularité… Mais les terrans se manifestent aussi, tel Bill Joy qui s’interroge avec angoisse dans Wired : « le futur a-t-il encore besoin de nous ? » En France, l’écrivain et chercheur en intelligence artificielle, Jean-Michel Truong, hésite entre les positions terranes et cosmistes. A priori, il ne cache pas son dégoût pour les méthodes du « successeur de pierre » : autrement dit le réseau informatique. Selon lui, ce dernier chercherait à se débarrasser peu à peu de ses géniteurs humains (à l’aide notamment d’idéologies servant ses intérêts, comme le libéralisme économique à outrance). Mais il ne voit guère de solution au problème et finit par admettre que le remplacement de l’humanité par ses créations artificielles pourrait constituer une évolution positive.

Pour en savoir plus :

. La homepage de Hans Moravec : http://www.frc.ri.cmu.edu/~hpm/

. Une page consacrée au téléchargement de l’esprit sur un support non biologique : http://minduploading.org/

. Un article d’Alexander Chislenko sur la soupe fonctionnelle et l’évolution de l’intelligence : http://www.lucifer.com/~sasha/articles/techuman.html

. Why the future doesn’t need us, un article dénonçant les dangers de l’explosion technologique, écrit par Bill Joy, un des concepteurs du langage Java : http://www.wired.com/wired/archive/8.04/joy.html

. Une interview de Kevin Warwick, chercheur de l’Université de Reading spécialisé dans les relations entre l’homme et la machine, dans La Spirale : http://www.laspirale.org/texte.php?id=32

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