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Le posthumain : enfant prodige de l’empire cybernétique

MULTIMED – Revue du Réseau Transméditerranéen de Recherche en Communication – Nº 04 (2016). – David Paquin, Ph. D, Professeur, Directeur du département en création et nouveaux médias, Université du Québec en Abitibi-Témiscaminque


Résumé : Cet article a pour objectif d’interroger le projet Posthumain, utopie pour certains, projet de virtualisation de l’homme déjà bien engagé pour d’autres. Il retracera plus spécifiquement les origines cybernétiques du projet Posthumain, il illustrera la façon dont ces origines eurent une profonde incidence sur sa déclinaison actuelle ainsi que sur les nombreux enjeux et problématiques qu’il soulève.


Introduction

Le corps fascine. Le rapport que nous établissons avec notre corps transcende la notion d’«intimité». Au fil des siècles, le corps est l’illustration des mutations qui s’opèrent socialement. Dès l’Antiquité, les Grecs ainsi que les Romains font la démonstration que le culte du corps est un moyen de penser le lien social et les systèmes politiques. Aphrodite et Vénus sont autant de divinités qui nous ramènent à la spécificité corporelle de la nature humaine. Il est difficile d’en saisir toute l’essence, toute la magie, ou ce que George Bataille appelle, dans son ouvrage L’Érotisme (BATAILLE, 1957), l’«informe du corps».

La volonté de dépasser les limites du corps, celle de créer le corps artificiel ou virtuel, hybridation de l’homme et de la machine, aussi prélude essentiel à la venue de l’ «ère posthumaine», est un vieux fantasme qui s’inscrit déjà dans la tradition gréco-latine avec le mythe de Galatée et la tradition judéo-chrétienne avec le Golem d’argile :

Le rêve d’une vie artificielle que réalise à sa façon l’informatique moderne prend ses racines très tôt dans le mythe. Les mythes, comme encore celui de Galatée, sont à l’origine d’une véritable rêverie métaphysique sur la nature humaine proprement dite comme si l’artificiel permettait de pénétrer le naturel. (CHAZAL, 1989, p.194.)

Aujourd’hui, après quelques siècles de désintéressement, les penseurs postmodernistes repositionnent le corps au centre de leurs préoccupations.

Depuis sa réforme au cours du Siècle des lumières, l’humanisme se présente comme une philosophie qui propose d’améliorer la condition humaine grâce à la raison et à la logique appliquée. Le posthumanisme (ou transthumanisme) se présente, quant à lui, comme un prolongement de l’humanisme et un nouveau mouvement social qui désire améliorer plus fondamentalement la condition humaine en encourageant le développement des technologies de pointe et en prônant une plus grande accessibilité à celles-ci. Les posthumanistes revendiquent le droit moral pour tous ceux qui désirent se servir de la technologie en vue d’accroître leurs capacités physiques, intellectuelles et reproductives, diminuer leurs souffrances et moduler leur état psychologique. Bref, ils désirent s’épanouir en transcendant les limites de leur corps et de la biologie actuelle. Ce nouveau modèle de réflexion sur l’avenir de l’humanité a été mis en place à l’initiative de certains chefs de file dans les domaines de l’informatique, de la réalité virtuelle, de la génomique, de l’intelligence artificielle, de la robotique, des nanotechnologies et à celle d’autres chercheurs à l’avant-garde des développements technologiques. Nombreux scientifiques remettent actuellement en cause la prémisse humaniste qui énonce que la nature humaine est et devrait rester essentiellement inaltérable. La posthumanité sonne le glas de la sélection naturelle darwinienne, l’homme se voit aujourd’hui confier de puissants outils qui lui permettront de reformuler le schème de son évolution.

Cet article a pour objectif d’interroger le projet Posthumain, utopie pour certains, projet de virtualisation de l’homme déjà bien engagé pour d’autres. Il retracera plus spécifiquement les origines cybernétiques du projet Posthumain, il illustrera la façon dont ces origines eurent une profonde incidence sur sa déclinaison actuelle ainsi que sur les nombreux enjeux et problématiques qu’il soulève.

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…Or, comme le souligne Céline Lafontaine, nous aurions tort de minimiser la portée d’un pareil évolutionnisme, surtout « lorsqu’il est soutenu par autant de prix Nobel que par des philosophes de renommée internationale » (LAFONTAINE, 2204 p. 219). Jean-Michel Besnier ajoute que le projet posthumain « ne relève plus tout à fait de la science-fiction », mais s’apparente plutôt à un programme techno-scientifique sérieux adopté par un nombre important de chercheurs qui s’efforcent à chaque instant de faire reculer les frontières du possible (BESNIER, 2012, p. 18)…

Sommaire :

  1. Au commencement était la cybernétique
  2. Puis vint le culte du cybercorps
  3. Et enfin, vint le posthumain : enfant prodige de l’empire cybernétique

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