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Une semaine avec une puce sous la peau

Elle va remplacer nos cartes et badges d’accès. Nous l’avons testée. Récit de notre reporter cobaye.

Un pas de plus vers l’homme augmenté

Tout commence par une table ronde classique : Thomas Landrain, un scientifique distingué par le Massachusetts Institute of Technology, qui a ouvert dans la capitale La Paillasse, un espace d’expérimentation, explique que « le biohacking est un processus naturel de réappropriation ». Il partage le micro avec Rémi Sussan, du think tank Fondation Internet nouvelle génération, et Christian Funk, de la société de sécurité informatique russe Kaspersky. Mais la vedette est Hannes Sjoblad, représentant de la Singularity University en Suède, qui explique que la puce « nous permettra de nous passer de papiers d’identité, de la carte Vitale mais aussi de tous nos badges d’accès et cartes de fidélité. C’est un pas de plus vers l’homme augmenté ». Il rejoint en cela Ray Kurzweil, futurologue embauché par Google et convaincu qu’arrivera d’ici à 2029 la « singularité », ce moment où les destins de l’homme et de la machine se confondront. Pour Yuval Noah Harari, prof à la Hebrew University of Jerusalem, en devenant cyborgs, les hommes pourront devenir immortels.

Les puces sont amenées à jouer un grand rôle dans cet avènement de l’homme bionique. Aux États-Unis, une puce greffée dans le cerveau d’Erik Sorto, paraplégique de 34 ans, lui a permis de contrôler par la seule force de sa pensée un bras robotisé… PayPal, le géant du paiement, planche, lui, sur une pilule qui, une fois ingurgitée, permettra de ne plus avoir à taper des mots de passe. Selon MarketWatch, le marché des biopuces devrait atteindre 11,8 milliards de dollars en 2018 ! Cela ira des nanorobots capables de « réparer » les maladies aux biomarqueurs programmés pour analyser en permanence la qualité de notre sang, comme le promet la start-up américaine Besense.co. Mieux, il y a chez les « implantés » un côté communautaire, quasi religieux, qui m’intrigue. « Nous sommes un collectif qui ne veut dépendre d’aucun gouvernement », promet Sjoblad, qui veut appliquer la mode du do it yourself à notre corps. Si, en plus, cela me donne les mêmes capacités que Gabriel Vaughn, le détective de la série Intelligence, à qui on a greffé une puce dans le cerveau… Bref, et si j’essayais, même une semaine ? J’envoie un SMS à ma femme, qui me répond. « Tu es un peu fou, mais c’est pour cela que je t’aime. » Pourvu que ça dure !

Opération cyberpunk

Je signe un « contrat d’implantation » et un chèque de 80 euros. Sebastian Itan, mon officier traitant, a le crâne jalonné de piercings. Ce pierceur expérimenté applique les précautions d’usage : désinfectant, nouvelle seringue et compresse. Ce sera donc une puce – mieux vaut en rire – de la marque Dangerous Things qu’on m’injecte, encapsulée dans un tube long de 12 millimètres et large de 2 millimètres. Le nouvel hôte de mon corps, de type ISO14443 A, émet à 13,56 MHz en NFC et est compatible RFID, une autre technologie sans fil. L’opération, réalisée sans anesthésie, n’est pas vraiment douloureuse : c’est comme si l’on me pinçait très fort durant deux secondes. Un pansement, assorti d’un conseil : « Vérifiez la cicatrisation dans trois jours et évitez la musculation pour que la puce ne bouge pas dans votre corps. »

J + 1 : le réveil

Dimanche matin, j’ouvre les yeux et regarde ma main gauche, entre le pouce et l’index. Un rêve, cette puce NFC ? Damned, je suis bien un cyborg. Suis-je moi-même ou bien déjà un autre ? J’allume la radio et j’entends Soko qui chante « I Thought that I Was an Alien ». On est désormais une famille à cinq : ma femme, nos deux filles, ma puce et moi… Petite hésitation avant d’accompagner la tribu à la piscine. Ma puce résiste-t-elle à l’eau ? Mais pourquoi ai-je fait cela ?

J + 2 : les petites surprises du quotidien

Se faire implanter, c’est aussi rejoindre une communauté. Le groupe RFID Implantee sur Facebook compte 778 personnes. Certains réfléchissent à utiliser leur implant pour commander un pistolet Taser. D’autres s’amusent avec des aimants… J’apprends que je vais pouvoir prendre l’avion normalement. « Un implant se repère moins facilement qu’une boucle d’oreille. » La start-up Peared Co réfléchit à la greffe d’un implant à vie afin de lutter contre la surdité. De mon côté, j’intègre sur ma puce des informations personnelles : mon nom, mon groupe sanguin, la personne à contacter si l’on retrouve mon corps inanimé…

J + 3 : mais pour quoi faire ?

Il m’est pour l’instant impossible d’apparier ma puce à l’Apple Watch et à son système de paiement sans fil NFC. Je rencontre tout de même des hackers qui ont bidouillé une carte électronique Arduino reliée à un détecteur RFID : lorsque je pénètre dans la pièce, celle-ci s’allume. Le même système peut enclencher un morceau de musique ou encore lancer la climatisation à mon arrivée… Augmenté, vraiment ?

J + 4 : tracé ?

Je continue à intégrer des données grâce à l’application Android Tag-Writer : il suffit d’approcher son smartphone à un centimètre de la puce. Est-ce dangereux ? Plusieurs hackers ont déjà réussi à prendre le contrôle de pacemakers… En fait, la puce laissera des traces chaque fois que je m’en servirai pour activer une porte, par exemple. Tout comme lorsqu’on paiera en présentant sa main grâce au système Beeptify, mis au point au Danemark.

J + 5 : gentiment chahuté

Je suis interpellé sur Twitter. « Savez-vous que cette puce veut dire en réalité 666 ? Vous avez accepté la marque du diable en vous. » Un autre : « C’est la puce de Mission : Impossible, quelqu’un va pouvoir prendre le contrôle de votre puce et vous détruire. » Bigre. Dans les couloirs du journal, on oscille entre : « Tiens, voilà le cyborg », « Quand je te vois, j ’ai envie de me gratter » ou « Ça va, ma puce ? ».

 © DR

J + 6 : le Vélib’ sans carte

Je contacte une des premières personnes à s’être fait implanter. Elle a fait une demande officielle à la mairie de Paris pour permettre aux utilisateurs de Vélib’ de pouvoir transférer leur compte dans leur main. Cela risque de prendre du temps. Sur Facebook, quelqu’un pose la question : cela change-t-il la façon de faire l’amour ? Aucune différence jusqu’ici sur ce point.

J + 7 : l’arme anti-tête en l’air

Marc Leplongeon, un collègue, envoie un message à tous les salariés du Point assorti de la photo d’une clé perdue. C’est la mienne ! Au fur et à mesure que je délocalise la gestion de mon identité dans ce petit tube niché dans ma main, commencerais-je donc à perdre la tête ? L’idée me donne le vertige, alors que le rêve de certains transhumanistes, notamment du neurobiologiste Kenneth Hayworth, est de délocaliser le contenu de notre cerveau et de nos émotions dans une machine.

Pucé une semaine, pucé pour toujours ?

J’hésite à me faire enlever la puce. Théoriquement, la batterie interne lui permet de durer cent ans. Difficile de balayer d’un revers de la main ce qui a été plébiscité par 250 salariés de la société suédoise Epicenter, qui s’en servent pour passer les portes, faire des photocopies ou payer à la cantine. Et si la puce était le meilleur allié de la lutte contre le déficit de l’Assurance-maladie ? Inversement, la puce sera-t-elle l’instrument de contrôle d’un nouveau totalitarisme ? Le débat sera bientôt sur la place publique : Zoltan Istvan, premier candidat transhumaniste à la présidentielle américaine, a prévu d’assortir ses meetings d’implant parties. Un beau programme pour 2016.

Le Point – 27/06/2015

voir aussi : RTL : Comment l’électronique va rentrer à l’intérieur de notre corps
Paris : Implant party sur le plateau média de la Gaîté lyrique du 13 juin 2015
J’ai été transhumain pendant trois jours
Implant party en vidéo
France Info : Les « Implant parties » _ Les implants NFC arrive en France
France culture : Un laboratoire de « biohacking » propose de tester l’implant de puces électroniques sur l’être humain
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Implants, puces et transhumains
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