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Le d’ébat sur le nouveau corps dans la cyberculture : le cas des Extropiens (PDF)

Antonio Casilli 2005, in O. Sirost (éd.) Le Corps Extrême dans les Sociétés Occidentales, Paris : L’Harmattan, pp. 297-329.

En 1987 Max O’Connor, un bodybuilder anglais de 22 ans étudiant en philosophie à Oxford et passionné par des théories scientifiques hasardeuses telle la colonisation spatiale et la cryogénie, décidait de quitter l’Angleterre afin de poursuivre ses études doctorales dans la moins traditionaliste Université de Californie du Sud. Avec un groupe de copains, il s’intéressa aux enjeux des nouvelles technologies et aux pratiques d’allongement de la durée de la vie humaine (life span extension). En 1988 il changea son nom en Max More (« Max Davantage » ) et commença à publier une petite revue, Extropy, dont le sous-titre était : « un vaccin contre le choc du futur ».

L’extropie peut être définie comme l’ensemble des forces biologiques et culturelles contrastant l’entropie – la tendance, décrite par la deuxième loi de la thermodynamique, de toute énergie à se dégrader. Selon les rédacteurs de Extropy, il était possible de résister à cette tendance universelle à la décomposition et vivre heureusement (grâce aux substances psychotropes et aux techniques d’entraînement psychologique) et plus longtemps (à l’aide des nanotechnologies et de l’ingénierie génétique), voire éternellement (si la cryonique et le téléchargement des corps dans des réseaux d’ordinateurs donnaient les résultats espérés). La revue proclamait fort sa confiance dans l’individu, contre toute autorité ou loi contraignant la libre initiative. Les extropiens se définissaient libertarians, dans la tradition anarco-capitaliste de Nozik et von Hayek.

Malgré le défaut de moyens financiers, la petite revue eut un certain succès et attira un nombre de collaborateurs et de lecteurs exponentiellement croissant. En 1991 Harry Hawk et Perry Metzger ouvrirent la première liste de diffusion extropienne sur l’Internet et, dès l’explosion du World Wide Web, les extropiens s’aventurèrent de plus en plus dans les nouveaux domaines de la télématique. Les articles sur l’auto transformation technologique et sur les intersections entre mondes virtuels et utopies du corps, se démultiplièrent [More, 1993a]. Max More fonda l’Extropian Institute (dorenevant ExI) et en 1994 Extro 1, le premier colloque international consacré aux thématiques extropiennes, eut lieu à Sunnyvale en Californie.

Au cours des quinze années dernières les extropiens ont eu un rôle de premier rang dans la cyberculture. Ils ont eu l’effronterie de soutenir, mieux et avec plus de conviction, des positions qui avaient jusqu’alors couru de façon souterraine parmi les enthousiastes de l’Internet et des technologies consœurs. Ils ont notamment – et cela va être le centre de notre analyse – préconisé un dérèglement de la perception, de la représentation et en général de la « sensibilité » du corps en insistant sur la désirabilité de toute modification technologiquement assistée, en donnant de la voix aux craintes et aux espoirs de la génération branchée des années 1990s.

Dans cet article il sera surtout question de ce fantasme postmoderne qu’il est convenu d’appeler « corps virtuel », comment et pourquoi il a été d’abord soutenu puis abandonné par les extropiens. En fait, à une époque les extropiens ont cru, en bons anticipateurs de tendances futures, à la possibilité véritable d’une vie dans un corps numérique désincarné – un avatar. L’objectif de notre propos sera de comprendre les raisons et le rôle de cette croyance dans le cadre d’ensemble de la pensée cyber. Notre exposé sera donc divisé en trois parties : une description des racines et des alliances culturelles du mouvement extropien ; une tentative d’en résumer les positions théoriques autour de notre sujet d’élection, le corps ; enfin, une spécification des orientations extropiennes à l’égard des notions d’humanisme, de transhumanisme et de posthumanisme.

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