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Ma résurrection dans l’espace

Revivre ailleurs sous la forme d’une «graine spatiale» ouverte à toutes les possibilités : c’est le projet poétique et vertigineux développé entre Shanghai et Genève par la designer Li Yu avec une poignée de scientifiques.

Vous avez traversé une portion de l’espace, insensible aux rayons cosmiques, au froid sidéral, à la gravité zéro. A l’approche de votre destination, votre capsule en métal a fendu une atmosphère aux ingrédients inconnus. La graine qui vous contient a percuté la surface, son enveloppe extérieure a commencé à forer le sol pour vous semer. Vous n’êtes ni au froid, ni au chaud. Vous n’êtes que de l’information, plongée dans un sommeil numérique et génétique de durée indéterminée. Vous attendez sans attendre, pendant que votre nouvelle planète de résidence poursuit ses révolutions autour de son étoile. Vous êtes une graine spatiale, manufacturée par une Terrienne du XXIe siècle appelée Li Yu. Cette graine, c’est bien vous. Car la designer qui vous propose cette immortalité cosmique a forgé le «Space Seed» qui vous contient en y mettant toute votre identité.

Et puis ? Quelqu’un s’approche, vous voit pousser. Quelqu’un qui a migré depuis la Terre, ou qui voyage à travers l’espace avec son sac à dos, ou peut-être une créature native de votre planète d’adoption. Elle vous arrose, vous décode, vous aide à vous redéployer. Vous revoilà ressuscité: une nouvelle version de ­votre existence terrestre – et de l’ancienne humanité que vous incarnez…

«Mon idée de départ, c’était que notre vie se prolonge dans l’espace et qu’elle se transforme ailleurs. Imaginez une plante qui aurait une conscience et qui contiendrait vos informations, vos souvenirs et votre identité, sur une autre planète», explique la designer. Formée à l’Université de Yunnan, en Chine, et à Caen, en France, puis en media ­design à la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) de Genève, récipiendaire d’une bourse du Fonds cantonal d’art contemporain pour la réalisation de ce projet, la jeune femme se trouve en ce moment à Shanghai, où elle multiplie les contacts avec des biologistes, des informaticiens, des ingénieurs et des entreprises en biotechnologies.

«J’ai d’abord imaginé envoyer dans l’espace nos données, notre identité génétique et numérique. Mais je ne voulais pas d’un projet purement technologique. J’ai donc envisagé une manière de faire pousser l’information via la biologie, convertissant la vie digitale en ­quelque chose d’organique», reprend Yu Li. Variante stellaire du projet consistant à télécharger notre esprit dans une machine. «Il y a clairement des liens entre mon Space Seed et le désir transhumaniste d’étendre les formes et les supports de notre existence. Mais j’ai voulu aborder ces thèmes d’une manière pour ainsi dire plus douce.»

Que contient cette «graine spatiale»? «Notre mémoire sous une forme digitale et notre ADN : des marqueurs de notre identité. Cette information sera encodée dans un programme informatique et intégrée dans une séquence d’ADN artificiel. Cette étape est complètement faisable, ce n’est même pas une grosse affaire: je compte la finaliser au cours du mois d’août. Un bio-informaticien de Tokyo créera le logiciel et mettra au point le procédé pour intégrer l’information dans l’ADN artificiel.»

Étapes suivantes : la plante, un ­organisme génétiquement modifié «qui pourrait aussi être un champignon» et la mise au point de la capsule contenant la graine, dont le prototype est attendu pour septembre. Et pour le voyage? «J’ai la pos­sibilité de travailler avec la Waag Society / Institute for Art, Science & Technology, à Amsterdam. Ils ont des connexions avec la NASA, l’Agence spatiale européenne ainsi qu’avec des astrobiologistes…» Ensuite? «Ensuite, l’éternité.» Au cours du déroulement infini de cette ­dernière, aucun moyen de prévoir l’issue ultime du projet. Le moi-graine sera-t-il cloné par les aliens? Ou adopté par une civilisation extraterrestre? Ou converti en une plante intelligente dans un jardin exoplanétaire? Vertige poétique…

Qui seront, au juste, les spécimens d’humanité terrestre encapsulés dans les graines spatiales et envoyés là-haut? «Pour commencer, j’utiliserai mon information personnelle. Ensuite, si tout fonctionne, on pourra faire la même chose pour vous.» Comme tous les lauréats du concours Bourses déliées 2014 du Fonds cantonal d’art contemporain, Li Yu a rendez-vous à Genève en avril 2016 pour ­­pré­senter ses résultats. On reste connecté…

LeTemps.ch du 24 juillet 2014

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