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L’IA pourrait faire disparaître 140 millions d’emplois qualifiés à l’horizon 2025

[…]

Mais en moins de 10 ans, l’utilisation de nouveaux programmes informatiques, issus de la physique statistique, ont permis à l’ordinateur de se hisser du rang de joueur médiocre à celui de très bon joueur et aujourd’hui, personne ne parierait que les joueurs humains seront encore les meilleurs au go dans dix ans…

Une autre étape symbolique a été franchie il y a quelques semaines, quand Deep Knowledge Venture, une société de gestion qui gère des fonds à hauts risques relatifs aux biotechnologies et les médicaments contre les maladies liées au vieillissement, a pris la décision surprenante de nommer VITAL, un algorithme, membre de son conseil d’administration (Voir Globe Newswire).

Ce programme informatique d’intelligence artificielle, développé par Aging Analytics a été conçu pour croiser une multitude de données et les analyser de manière à en extraire des informations susceptibles de prévoir les potentialités de développement des entreprises.

Ce domaine éminemment stratégique de l’intelligence artificielle est en train d’arriver à maturité et fait à présent l’objet d’une compétition féroce entre les géants de l’informatique et du numérique. IBM vient ainsi de présenter à une centaine de dirigeants d’entreprises suisses il y a quelques jours une nouvelle version de son ordinateur « intelligent » Watson, spécialement conçue pour l’analyse économique, financière et commerciale des marchés.

On se rappelle que Watson avait réussi l’exploit de battre, en 2011, les meilleurs joueurs américains au jeu « Jeopardy ». Cette machine avait, en effet, réussi au cours d’une finale télévisée mémorable à répondre de manière pertinente à toute une série de questions ambiguës et complexes.

Watson est qualifié de « supercalculateur cognitif », par IBM et ce système de nouvelle génération n’a pas son pareil pour exploiter de gigantesques bases de données et raisonner par inférence, ce qui lui permet notamment de comprendre remarquablement des subtilités et ambiguïtés du langage humain. Sur le plan électronique et matériel, cette nouvelle version de Watson a également été considérablement améliorée puisque la taille des serveurs nécessaires à son fonctionnement est passée en trois ans de celle d’un réfrigérateur à celle d’une boîte à chaussures…

Si Watson ne s’est pas encore véritablement implanté en Europe il a déjà su se rendre indispensable dans de multiples domaines d’activité aux États-Unis. Dans le secteur bancaire par exemple, la banque Citigroup utilise à présent Watson pour prescrire à ses clients le meilleur « paquet » de produits financiers personnalisés et parfaitement adaptés à leur situation. Watson peut ainsi prévoir l’évolution des besoins financiers d’un jeune ménage, de manière à lui proposer les meilleures solutions de placement et d’épargne en prévision de l’entrée à l’université de leurs enfants, 20 ans plus tard !

Mais Watson risque également de se substituer d’ici quelques années aux innombrables centres d’appels et plates-formes téléphoniques destinés à vendre de nouveaux produits et services ou à assurer le dépannage et le service après-vente des produits technologiques toujours plus nombreux que nous utilisons dans notre vie quotidienne.

Par exemple, le site Internet de la société « The North Face » spécialisée dans la vente de matériel de sports de montagne, a recours aux services de Watson qui est capable de répondre rapidement et efficacement aux interrogations en langage naturel les plus pointus, du genre « de quel matériel ai-je besoin pour une randonnée d’une semaine dans le sud saharien au mois de décembre ? ».

De nombreuses entreprises américaines de services commencent également à utiliser Watson pour répondre aux demandes très précises de leurs clients lorsque ceux-ci sont confrontés à un problème particulier avec leurs appareils et terminaux numériques.

Mais c’est très probablement dans le secteur médical et sanitaire que les ordinateurs « intelligents », comme Watson, vont entraîner à court terme une révolution d’une ampleur au moins comparable à celle de la vaccination, des antibiotiques ou de l’imagerie médicale par résonance magnétique nucléaire.

À l’époque de nos parents, les molécules thérapeutiques se comptaient encore par centaines mais à présent elles se comptent par dizaines de milliers et les combinaisons thérapeutiques qui en résultent deviennent proprement inimaginables et ingérables sans le recours à des systèmes d’intelligence artificielle et cela d’autant plus que ces associations médicamenteuses seront demain ajustées en fonction du profil génétique spécifique de chaque patient et modifiées en permanence en fonction des résultats obtenus et de la réponse des malades.

Cette « explosion combinatoire » touche particulièrement la cancérologie qui dispose pratiquement chaque mois de nouveaux médicaments et doit apprendre à utiliser ceux-ci de la manière la plus efficace possible. IBM a bien compris l’importance de cet enjeu médical et économique et s’est associé depuis plusieurs mois avec le prestigieux centre anticancéreux Memorial Sloan Kettering de New York pour mettre la puissance de déduction de son superordinateurs Watson au service des malades en leur proposant, après examen et analyse d’une gigantesque quantité de données scientifiques et médicales, la meilleure stratégie thérapeutique possible pour combattre leur maladie.

Confronté à la marche forcée de son rival Google qui dépense des milliards de dollars pour acquérir à tour de bras les sociétés les plus prometteuses dans le domaine de l’intelligence artificielle, IBM vise également son avenir et peut-être sa survie en investissant massivement dans ce domaine à présent incontournable : à la fin de l’année, les effectifs du géant informatique travaillant sur l’IA auront été multipliés par six en un an…

On comprend mieux ce pari quand on sait que Watson pourrait, selon certains analystes financiers, générer à lui seul 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel d’ici 2018, soit presque la moitié du chiffre d’affaires total d’IBM en 2013.

L’intelligence artificielle est également en train de s’imposer très rapidement dans le domaine du recrutement et des ressources humaines et la société américaine Knack a conçu et développé des tests sous forme de jeu vidéo interactif qui permettent d’évaluer de manière redoutable les capacités d’adaptation et la polyvalence des recrues potentielles, qu’il s’agisse de simples vendeurs, de gestionnaire de stocks ou de responsables commerciaux.

Enfin, il y a quelques jours , un programme informatique conçu en Russie et baptisé « Eugene Goostman » est parvenu pour la première fois à l’occasion d’une compétition organisée par l’université britannique de Reading, à tromper plusieurs expérimentateurs humains dans le cadre d’un test de Turing (Voir The Independent).

Dans cette épreuve, les participants humains formulaient, comme le prévoyait Turing, des questions à l’aide de l’ordinateur en ignorant si celles-ci étaient traitées par un autre être humain par une machine. À l’issue de ce test d’une durée de cinq minutes, un tiers des interlocuteurs étaient persuadés qu’ils avaient conversé avec un autre humain alors que c’était un ordinateur utilisant ce logiciel étonnant qui leur avait répondu. L’université de Reading a précisé, par la voix du professeur Kevin Warwick, que ce test de Turing était le premier à avoir été organisé sur la base d’un dialogue réellement libre, sans que les questions et sujets abordés aient été connus avant l’expérience.

Reste à présent à mesurer l’impact, sans doute considérable, que vont avoir d’ici quelques années ces irrésistibles montées en puissance de l’intelligence artificielle sur la croissance économique, l’emploi et plus largement sur le fonctionnement global de nos sociétés. Selon une étude récente du bureau américain de recherches économiques, la demande d’emplois qualifiés, après avoir fortement augmenté au cours du dernier quart du XXe siècle, diminue depuis une quinzaine d’années. Même si les économistes ne sont évidemment pas tous d’accord sur les raisons de ce phénomène, les auteurs de ce rapport sont persuadés que cette évolution est essentiellement liée à l’accélération des ruptures technologiques majeures, notamment dans le domaine de la robotique et des technologies numériques. Pour l’Institut McKinsey, la disparition d’emplois qualifiés pourrait atteindre jusqu’à 140 millions de postes au niveau mondial à l’horizon 2025 …

Parmi les nombreux secteurs qui risquent de connaître, en seulement quelques années, un bouleversement radical lié à cette évolution technologique, on trouve par exemple le secteur de l’assurance. Comme le souligne Georges-Edouard Dias, chargé d’enseignement à HEC : « Le métier de l’assureur, c’est d’estimer le risque, de lui donner un prix et de le mutualiser. Demain, grâce à l’intelligence artificielle qui pourra exploiter d’immenses gisements de données, le mode d’estimation actuelle deviendra obsolète car on saura mesurer directement un risque précis pour chaque individu ».

Cet irrésistible et fulgurant triomphe de l’intelligence artificielle est d’autant plus ambigu et paradoxal qu’il va en même temps entraîner des gains considérables de productivité et d’efficacité économique, améliorer notre qualité de vie et provoquer une réduction massive et sans doute définitive du nombre d’emplois disponibles au niveau planétaire, y compris dans des domaines hautement qualifiés.

Dans son dernier et remarquable essai, intitulé « L’innovation destructrice », Luc Ferry, s’appuyant sur les travaux visionnaires de Schumpeter, révèle de manière saisissante la face cachée et obscure du processus d’innovation qui, de simple outil de développement économique, s’est transformé, sans que nous en soyons vraiment conscients, en finalité dans l’ensemble des pays développés. Luc Ferry montre également que l’innovation, de plus en plus rapide, ne se limite plus au domaine scientifique et technique mais touche également les sphères sociales, politiques culturelles et artistiques.

Il reste que chez l’homme, contrairement à la machine, les nombreuses formes d’intelligence sont inséparables de son imagination, de sa sensibilité et de sa dimension affective et corporelle. Cette singularité humaine peut être considérée comme une faiblesse, si on la compare au mode de fonctionnement d’un système informatique utilisant toutes les ressources de l’intelligence artificielle. Mais cette spécificité de l’intelligence humaine, non réductible au seul calcul, reste sans doute notre meilleur atout pour continuer à découvrir demain et à explorer, loin devant des machines les plus évoluées, de nouveaux chemins insoupçonnés de créativité et de découverte.

René TRÉGOUËT

Sénateur Honoraire

Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

source

Gartner prévoit qu’un emploi sur trois seront remplacés par des robots, machines intelligentes et logiciels d’ici 2025. « Les machines donneront un sens aux données plus rapidement que les humains le peuvent », a ajouté Peter Sondergaard devant un public de DSI et entrepreneurs. « Le travail centré sur la connaissance sera automatisé », a-t-il insisté.

Les robots et applications intelligentes détruiront-ils plus d’emplois qu’ils n’en créent ? D’après le think tank américain Pew Research Center, 48% des 1 896 « experts » interrogés entre novembre 2013 et janvier 2014 répondent par l’affirmative

Les plus pessimistes craignent un rétrécissement de la classe moyenne, une accélération des inégalités de revenus et une augmentation du nombre de chômeurs « inemployables ».

Les plus optimistes pensent que l’ingéniosité humaine va tirer profit des technologies et créer de nouveaux emplois, parmi lesquels des architectes numériques, des analystes conformité 3.0 et des gestionnaires du risque IT.

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32 Comments »

  1. Quand les algorithmes remplaceront les cadres…DRH, médecins, avocats, assureurs, enseignants, analystes financiers… Même les cols blancs sont menacés. Les profs aussi, d’ailleurs, avec un Mooc, un seul professeur peut toucher des milliers d’étudiants à la fois. Même les médecins ne sont plus à l’abri du big data ! Bien sûr, pour l’instant, il s’agit juste de développer une  » aide  » au diagnostic. Pour l’instant!
    Jusqu’à présent, l’automatisation des tâches intellectuelles avait touché des activités peu qualifiées (guichetiers, caissières…). Mais les cadres bardés de diplômes auraient tort de se croire à l’abri !
    La demande d’emplois qualifiés baisse aux Etats-Unis depuis l’an 2000, et cela va s’amplifier :
    Pour le McKinsey Global Institute, jusqu’à 140 millions de postes qualifiés pourraient disparaître à l’échelle de la planète d’ici à 2025. Des gains de « productivité » ne veux pas dire créations d’emplois, bien au contraire…. alors oui le big data crée aussi des emplois: dataanalyst, chiefdata officer, datascientist, dataminer… en clair des ingénieurs fort en maths et en statistiques,
    mais avec des compétences métier importantes en parallèle. voir l’express pour l’article complet : http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/quand-les-algorithmes-remplaceront-les-cadres_1548065.html

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    • Effectivement (moins qu’on ne le pense) pas mal de métiers pas si créatifs que ca, pourront être remplacés par des systèmes informatisés, ou même par le crowdsourcing.

      mais cela n’empêchera pas les gens d’apprécier la compagnie, pas forcémen très utiles, de leurs congénères.

      le vrai drame actuel c’est que des métiers peu ragoutant, fatiguant, inconfortables, sont plus mal payés que des job intéressants.
      A mon avis c’est cette hiérarchie 19e siècle des salaires qui va exploser.
      je pense au respect pour le « fait main » en artisanat.
      Un jours peut être que dame de compagnie sera mieux payé que créatif chez google.

      le problème par contre en France, c’est que les vraies incompétences des chomeurs, des jeunes largés, ne sont pas essentiellement techniques, mais humaines.
      Ils sont égocentrés, à fleur de peau, exigeant du respect sans jamais en donner. Il y a des causes éducatives, assez dérageantes à expliquer car elle cassent les codes de notre société, et avec du talent pédagogique ca doit se « réparer » (thérapie cognitivo comportementale à envisager?).

      peut être qu’éducateur de jeunes, en complément des MOOC (ou dans un MOOC), sera au sommet de la chaine alimentaire?

      sinon si vous imaginez que les quelques créatifs de google, les constructeurs d’algo financiers, les professeurs constructeurs de MOOC, ou de générateurs de MOOC, des fabriquant de robots, ou d’algo adaptatif de génération de robots, pourront concevoir des robots, des MOOC, des systèmes financiers et industriels…
      vous croyez que ces gars qui offiront tout ce dont on a besoin, le reste étant gratuit car frabriqué par des robots…

      alors vous croyez que ces gens reconnus vont pas exiger des services « humanisés » pour pas se mettre en grève ?
      et ceux qui seront payés, ne vont ‘ils pas exiger eux même des services humanisés ?

      et ainsi une économie des services humanisés, au dessus d’un service de base robotisén va naitre….

      en plus les heros de la technologie pourront pas trop exagérer sinon il se feront étriper et les gens se passeront des robots.

      mécaniquement la situation ne peut pas être pire que sans les robots, sinon on restera au manuel.

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