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Transhumanisme : Vers un homme augmenté

Ces penseurs veulent dépasser la condition humaine. Leurs idées inspirent Google.

Créé par des ingénieurs britanniques, Bionic Man est le premier robot à 70% humain doté d’organes vitaux artificiels.
Créé par des ingénieurs britanniques, Bionic Man est le premier robot à 70% humain doté d’organes vitaux artificiels.
Ils nous promettent la fin de la maladie et l’immortalité. Ils rêvent de télécharger nos esprits. Et prophétisent l’apparition d’un «homo techno», cousin de l’homo sapiens, aux capacités augmentées par des implants, des objets connectés ou des «avatars» informatiques. Ils se nomment transhumanistes ou post-humanistes. Ils s’appuient sur la convergence des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives dans la perspective d’une amélioration des performances humaines. De la science-fiction? Non. De doux rêveurs marginaux? Pas plus.

Le transhumanisme – dont les théoriciens sont des ingénieurs, des chercheurs ou des intellectuels – recrute ses activistes hors de ces seuls cercles scientifiques. «Les militants de ce mouvement viennent de tous les horizons sociaux. Ce ne sont pas des geeks ou des adeptes du Do it yourself, comme on pourrait le croire. Ils sont moins intéressés par la technologie d’aujourd’hui, toujours décevante, que par celle à venir.» Gabriel Dorthe, doctorant de l’Université de Lausanne (Unil) a fréquenté quatre ans les membres de l’Association française transhumaniste, pour une étude en immersion de cette communauté.

Aux yeux de Gabriel Dorthe, il n’y a rien d’eschatologique dans leur démarche. «Ces militants ne se projettent pas dans le futur parce qu’ils sont fatigués d’eux-mêmes ou de l’humanité telle qu’elle est. Ils cherchent d’ailleurs de plus en plus à s’impliquer dans le présent. Des partis transhumanistes sont même en cours de constitution», explique le philosophe de terrain.

Pour lui, cette communauté n’est pas non plus faite d’un seul bloc. S’ils partagent l’idée que «la nature humaine n’a plus rien de sacré» et s’ils revendiquent «la liberté de pouvoir se modifier», ils ne sont pas tous d’accord sur «ce que sera le post-humain». «Il y a ceux qui croient que la cryogénisation leur permettra de se survivre, d’autres pensent que c’est de la pure spéculation, voire une arnaque». Même débat sur la fusion homme-machine : «Certains pensent que l’homme peut se séparer de son substrat corporel, d’autres que la quête d’immortalité passera par la réparation du corps.»

Libertariens et «techno-progs»

Le chercheur lausannois constate enfin une évolution depuis l’apparition de cette idéologie dans les années 80 : «A l’origine individualiste, libertarien, faisant de la transgression des normes une quête d’émancipation de l’individu, le mouvement compte désormais un courant techno-progressiste qui prend de plus en plus de poids, étant attentif aux questions sociales et militant pour l’égalité d’accès aux améliorations humaines».

Pour l’anthropologue de l’Université lausannoise Daniela Cerqui Ducret, «cette évolution exprime une forme de bonne conscience. Et cette générosité se heurte à une réalité sociale de plus en plus inégalitaire». Les transhumanistes ne sont pas de généreux marginaux, ils «ont intériorisé les normes de notre société», explique-t-elle. Autour d’un mythe fondateur : l’idée que la technologie permet de résoudre tous les problèmes. Et du postulat individualiste «Si je veux, je peux».

A ses yeux, «nous vivons déjà dans une société transhumaniste qui s’ignore. Ce sont les valeurs du monde capitaliste, qui sont juste poussées un peu plus loin». Dans un rapport américain sur la fameuse convergence des technologies de 2002, «il est écrit noir sur blanc qu’augmenter les performances humaines servira la productivité et la croissance économique», rappelle-t-elle. Le mouvement a en effet trouvé des sponsors puissants comme le géant d’internet Google qui finance la Singularity University, leur laboratoire d’idées hébergé sur le campus de l’agence spatiale américaine (NASA) en Californie. Google a par ailleurs racheté des start-ups qui travaillent sur les maladies liées au vieillissement, sur le séquençage de l’ADN ou dans le domaine de la robotique. Toute la panoplie des recherches sur l’homme augmenté est désormais présente dans le groupe Google, dont les deux fondateurs Larry Page et Sergey Brin sont très influencés par la pensée transhumaniste.

«L’homme terminal»

L’homo techno a déjà fait ses premiers pas sans qu’on y prenne garde. De la Google Glass à l’Human Brain Project en Suisse : les signes d’émergence d’un monde nouveau se multiplient dans notre vie quotidienne et nos têtes. Un monde qui «pour une bonne part n’a pas encore été pensé», souligne le journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud.

«Le smartphone qui a envahi nos vies va de plus en plus servir à contrôler notre corps et notre environnement. Les objets ne se conçoivent désormais qu’avec des capteurs et des transmetteurs. Derrière ces technologies se dessine un homme terminal au sens informatique du terme», souligne Daniela Cerqui Ducret. Tandis que des recherches tentent d’introduire du biologique dans les machines…

L’antropologue qui a travaillé en Grande-Bretagne avec Kevin Warwick (lire ci-dessous) a constaté une forme de schizophrénie chez les chercheurs. «Pour une majorité d’entre eux, Kevin Warwick était un marginal. Pour eux, l’humain augmenté, c’est de la science-fiction. Car ils assurent tous travailler dans le seul but thérapeutique. Or dans les faits, la seule limite de leur recherche est technologique. Et les barrières du faisable sont constamment repoussées».

Le site neohumanitas

Le Valaisan Johann Roduit, chercheur à l’université de Zurich s’intéresse notamment aux questions éthiques et de choix de société liés à l’homme augmenté. Il a créé le site francophone neohumanitas qui se veut un think tank et une plateforme destinée à «partager avec un public plus large qu’académique le débat sur l’utilisation des technologies émergentes sur l’être humain». Quelque 150 personnes sont abonnées à la lettre d’information de l’association.

«Je me suis intéressé aux problématiques bioéthiques soulevées par l’augmentation de l’être humain, thème de prédilection des transhumanistes». Cela pose de nombreuses questions sur la liberté d’accès à ces technologies, sur la possibilité de les refuser, sur leurs risques pour la santé». Par ailleurs, la grande question que posent ces technologies, c’est la définition de l’être humain, la frontière floue entre son amélioration et le risque de déshumanisation.»

Pour Daniela Cerqui Ducret, la prise de conscience de la finitude de l’environnement, des ressources et notre propre mort susciste le besoin d’infini, associé chez les transhumaniste à une pensée magique qui fait de la technologie le remède de tous nos maux. Ainsi, «la quête d’immortalité passe par la lutte antiâge, la médecine préventive et prédictive (risque génétique) qui se développent aujourd’hui. Cela implique qu’un individu, même en bonne santé, sera pris en charge médicalement. C’est une traduction logique du bien-être dans une société consumériste.» «Le transhumanisme nous montre la direction que notre société a prise, si on ne veut pas prendre ce chemin, il faut le dire maintenant, conclut-elle. Après, il sera trop tard.» (TDG)

Ray Kurzweil

Parmi les figures du transhumanisme, celle de l’Américain Ray Kurzweil est incontournable. Cet ingénieur new-yorkais, qui a inventé des logiciels de reconnaissance optique et vocale, a rejoint Google en 2012 comme directeur de l’ingénierie. il travaille à l’élaboration d’une intelligence artificielle à partir du moteur de recherche. Ray Kurzweil est l’auteur du livre «La singularité est proche», où il prédit pour 2045 le moment où l’intelligence artificielle dépassera l’intelligence humaine. Cette «singularité» verra selon lui le monde basculer dans une ère nouvelle où la machine sera créatrice. Il a fondé la Singularity University en 2012 en Californie.

Kevin Warwick

Le Britannique Kevin Warwick est aussi ingénieur. Il s’est fait implanter une puce en sous-cutané en 1998, une pratique qui paraît aujourd’hui banale. Puis il a lancé son expérience Cyborg 2 en connectant une puce au réseau nerveux de son avant-bras. Grâce à cela, il parvenait à commander à distance une main électronique dotée de capteurs, par le biais d’une connexion internet.

Natasha Vita-More

Dans les médias, c’est un peu la diva du transhumanisme. Natasha Vita-More, artiste et designer qui a fondé et dirige le Transhumanist Arts and Culture World Center. Elle préside Humanity +, une association transhumaniste américaine, est souvent interrogée sur la prolongation de la vie et l’amélioration du corps (elle fait elle-même du culturisme). Elle est l’épouse du philosophe et futurologue Max More, un des pionniers de ce mouvement idéologique.

Peter Diamandis est un physicien et ingénieur dans le domaine spatial, auteur d’«Abondance, le futur est mieux que ce que vous pensez». Il a fondé la X-prize Foundation qui récompense les innovations. Il dirige la Singularity University.

En France, le chirurgien Laurent Alexandre qui est aussi diplômé de Sciences politiques, est l’auteur de «La mort de la mort», pronostiquant l’allongement exponentiel de la vie, s’intéresse aux bouleversements sociaux que pourraient induire les progrès de la convergence des technologies.

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