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Regardez « In limbo » et plongez dans le monde sensible des données

http://inlimbo.tv/fr/

(cliquez sur l’image, ou lien ci-dessus, pour voir la vidéo)

Où vont les données que nous produisons chaque jour ? Quel degré d’existence ont nos souvenirs dans les data-centers ? De quelle nature est la matière numérique du monde et sur quoi ouvre-t-elle ?

Dans les limbes, répond le réalisateur Antoine Viviani dans son film « In Limbo ». Les limbes sont cet espace intermédiaire entre l’enfer et le paradis – mais aussi, en informatique, là où sont les données qu’on a effacées d’un système mais pas supprimées d’un support de stockage.

Ce qu’est la matière numérique

« In limbo » – dont Rue89 est partenaire et que vous pouvez visionner en haut d’article – est un film sur les données qui, pour une fois, ne parle pas de surveillance ou de « big data » mais de mémoire, d’art, de temps, d’oubli. C’est sa grande réussite que de ne pas faire un exposé didactique, mais une exploration sensible :

« Je voulais faire une expérience avec nos données et ce qu’est vraiment la matière numérique. Car derrière toutes ces données, il y a quelque chose comme un grand dessein. Je trouve ça très inspirant, très beau et surtout très humain. Ce qui s’édifie là, c’est une forme de croyance collective, à laquelle on participe tous sans en avoir conscience. »

Avec un très beau travail sur l’image et le son (d’où l’importance de se mettre en plein écran et d’écouter au casque), Antoine Viviani nous entraîne dans les entrailles de la machine, dans les rêves que nous y projetons et le monde qu’elle dessine.

« Ce qui m’intéresse aussi, c’est l’aspect poétique de tout ça. Comment faire pour donner la sensation d’Internet ? Cela pose des questions poétiques, des questions musicales, des questions d’ambiance… »

Pour que l’immersion soit complète, il vous propose aussi de l’enrichir de vos données, si vous acceptez d’autoriser l’accès à vos comptes Facebook, Gmail, Twitter, etc. (sachant que les données sont détruites à la fin de la session). Si vous jouez le jeu, votre existence numérique se met à contaminer le film, le faisant basculer dans cette inquiétante zone de la « vallée dérangeante ».

L’imaginaire des données

De voix en voix, de flux d’images en flux de données, « In limbo » explore l’imaginaire que nous attachons à ces données. D’emblée, Gordon Bell, l’un des pionniers de l’Internet, qui enregistre toute sa vie dans une e-mémoire, explique :

« D’une certaine manière, la chose principale que nous avons créée est une mémoire alternative. Le véritable but de l’ordinateur personnel est d’être l’interface d’une vie et de stocker une vie. »

Et cet amas de données permet de rêver d’une nouvelle forme de connaissance de soi, jusqu’à présent inaccessible. C’est ce que poursuit, par exemple, l’artiste Laurie Frick, qui raconte avec une calme intensité :

« Il y a quelque chose de très humain et important dans le fait de se surveiller soi-même. Je suis une artiste qui utilise le tracking de ses données personnelles. Parce que je pense qu’il y a quelque chose d’important dans le fait de se mesurer dans le monde pour mieux voir qui l’on est, pour mieux voir cette autre partie de nous-mêmes que l’on ne connaît jamais vraiment.

Je me dis souvent, quand je parle à moi-même : “Mais qui est cette personne ?” D’une certaine manière, si je peux collecter assez de données, je pourrai comprendre qui je suis. »

Une forme de religion des données

Certains, comme l’informaticien et futuriste Ray Kurzweil, vont jusqu’à rêver d’une fusion totale avec la machine. Ils rêvent d’un monde où les données nous préserveront de la disparition et de la mort. L’historien et « créationniste numérique » George Dyson pense même que s’ébauche une forme de religion des données :

« Nous tournons en rond comme des créatures dans le désert, qui n’ont pas encore trouvé leur messie. »

Que feront-nous de ces données qui nous survivront ? Où iront-elles ? S’animeront-elles d’une vie propre ? S’agrégeront-elles en une intelligence collective qui possédera enfin des réponses, comme le rêve Ray Kurzweil ?

« J’aimerais demander à cette intelligence : “Quels devraient être mes buts ? Que devraient être mes actions ? Pourquoi suis-je ici ? Quels types d’invention devrais-je chercher à faire ?”

Je me pose ces questions à moi-même parce que je n’ai pas l’intelligence mais c’est vraiment le genre d’aide que l’on aimerait recevoir d’une IA [intelligence artificielle, ndlr] dans le futur. »

« In limbo » n’apporte aucune réponse, parce qu’il n’en existe encore aucune. Mais cette exploration très réussie nous laisse songeurs sur l’étendue des limbes autour de nous.

sur le même sujet : Eterni.me, le site qui veut vous rendre éternel en créant votre avatar après votre mort 

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